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" Page mise à jour le 6 octobre 2009 "



DU MERCREDI 30 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 4 OCTOBRE (14 H) 2009



DE L'HÉRÉTIQUE À LA SAINTE

LES PROCÈS DE JEANNE D'ARC REVISITÉS


DIRECTION : François NEVEUX

ARGUMENT :

Tout a été dit sur Jeanne d'Arc !

C'est ce qu'on peut penser en considérant la profusion des ouvrages qui lui ont été consacrés.

Passionnés et polémiques, ces écrits manquent souvent de rigueur scientifique. Depuis quelques années, cependant, on observe un regain d'intérêt pour cette question de la part de chercheurs et d'universitaires.

Ce colloque se propose de faire le point sur les études récentes et de lancer de nouvelles pistes de recherche sur Jeanne d'Arc et ses procès.

Dans une perspective résolument pluridisciplinaire, il rassemblera, venant de divers pays européens et américains des historiens, des juristes, des linguistes, des littéraires et des spécialistes du cinéma. L'on étudiera le contexte historique, les trois procès, de condamnation, de "réhabilitation" et de canonisation, puis envisagera leur retentissement au cours des siècles dans les domaines historique, littéraire et artistique.

CALENDRIER DÉFINITF :

Mercredi 30 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 1er octobre
Matin:
François NEVEUX: Introduction

Les procès de Jeanne d'Arc dans leur contexte
François NEVEUX: Le contexte historique

Après-midi:
Alain SADOURNY: Rouen au temps des procès
Philippe LARDIN: Le château de Rouen au moment du procès de Jeanne d'Arc
Anne CURRY: Les Anglais face au procès


Vendredi 2 octobre
Matin:
Les deux procès de Jeanne d'Arc : condamnation et "réhabilitation"
Sophie POIREY: La procédure d'inquisition
Vincent TABBAGH: Les assesseurs du procès de condamnation
Françoise MICHAUD-FRÉJAVILLE: L'"habit d'homme" du procès de condamnation à la réhabilitation

Après-midi:
Excursion au Mont Saint-Michel. Visite thématique: Le Mont au temps de Jeanne d'Arc

Soirée:
Vincent AMIEL: Les procès au cinéma (avec projections)


Samedi 3 octobre
Matin:
Pierre BOUET & Olivier DESBORDES: Le latin du procès
Catherine BOUGY: Le français de la minute
Philippe CONTAMINE: La réhabilitation passée au prisme des tractatus super materia processus

Après-midi:
Représentations des procès de Jeanne d'Arc
Pierre-Gilles GIRAULT: Les procès de Jeanne des Armoises
Deborah FRAIOLI: Images des deux procès de Rouen dans la littérature française des XVème et XVIème siècles
Michèle GUÉRET-LAFERTÉ: Jeanne la preuse, Jeanne la sainte: la pucelle dans le Ditié de Jeanne d’Arc de Christine de Pizan
Julie DERAMOND: Musique johannique au XIXème siècle

Soirée:
Musiques johanniques, par Julie DERAMOND (chant) et François NEVEUX (piano)


Dimanche 4 octobre
Matin:
Gerd KRUMEICH: Windecke, le procès de condamnation et la Lettre aux Anglais
Olivier BOUZY: Le souvenir du Procès de condamnation chez les historiographes de Jeanne d'Arc
Nadine-Josette CHALINE: Images de Jeanne aux XIXème et XXème siècles
François NEVEUX: Conclusions

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Vincent AMIEL: Les procès au cinéma (avec projections)
Au travers des dizaines de films qui ont été consacrés à Jeanne d'Arc, aussi bien en France qu'à Hollywood, depuis les années 10, on essaiera d'analyser la façon dont les procès eux-mêmes ont été traités, quelle est leur place dans la dramaturgie, quelles sources sont mises à contribution, et quelle représentation, surtout (puisqu'il s'agit de cela), en est donnée en définitive.

Olivier BOUZY: Le souvenir du Procès de condamnation chez les historiographes de Jeanne d'Arc
L'utilisation des procès de Jeanne d'Arc par les historiographes et les historiens ne va pas de soit: dans un premier temps, dès la fin du XVème siècle, on rédige une histoire de Jeanne, très succincte, pour servir d'introduction à des recueil de sources, parmi lesquelles figurent les procès, plus ou moins résumés. Puis histoires et procès semblent suivrent des destinées séparées: les histoires sont progressivement étoffées, mais les sources sont désormais publiées à part. Si les historiographes consultent les procès, et parfois s'en servent, ils semblent plutôt intéresser les avocats et figurent dans les grands recueils juridiques des XVIème et XVIIème siècles. Ce n'est qu'au XVIIIème siècle qu'ils commencent à prendre de l'importance en tant que source d'information, jusqu'à éclipser les chroniques jusque là prédominantes pour les historiographes. Les débuts de la procédure de canonisation les placent au centre de l'intérêt historique et politique, et ils seront traduits, analysés et utilisés de manière parfois contradictoire jusqu'à nos jours.

Philippe CONTAMINE: La réhabilitation passée au prisme des tractatus super materia processus
Dans ma contribution au colloque de Cerisy-la-Salle de 2000: Cultes et pèlerinages à saint Michel en Occident. Les trois monts dédiés à l’archange, éd. Pierre Bouet, Giorgio Otranto et André Vauchez, Rome, 2003 (Collection de l’École française de Rome, 316), "Saint Michel au ciel de Jeanne d’Arc", je concluais en parlant du "dossier, impressionnant et il faut le dire dérangeant pour la théologie et l’angélologie du temps, qu’avaient constitué sur les anges et les saintes de Jeanne d’Arc les juges du procès de condamnation". J’ajoutais qu’ "une génération plus tard, dans un autre contexte politique, il devait revenir aux experts, aux témoins et aux juges du procès de réhabilitation de s’attaquer à ce gros dossier afin d’en annuler l’effet". Le dessein de la présente communication est maintenant de passer attentivement au crible les traités des experts en question, en laissant de côté la parole des témoins et l’appréciation des juges.

Julie DERAMOND: Musique johannique au XIXème siècle
Un grand nombre de musiciens se sont penchés sur l’histoire de Jeanne d’Arc au XIXème siècle, composant qui, une cantate, qui un opéra ou un ballet. Si l’on connaît les opéras de Verdi ou de Tchaïkovski, on oublie généralement la cantate de Rossini, la mélodie de Liszt ou la musique de scène composée par Charles Gounod pour le drame de Jules Barbier. Un véritable répertoire, doublé d’un corpus johannique à déchiffrer, en mots et en notes.

Deborah FRAIOLI: Images des deux procès de Rouen dans la littérature française des XVème et XVIème siècles
Par comparaison avec les nombreuses chroniques, histoires, et annales du XVème siècle qui examinent la carrière de Jeanne d’Arc, le corpus littéraire est, pour dire le moins, peu abondant et la mention des procès encore plus rare. Non seulement il resta longtemps une vague odeur d’hérésie autour de la Pucelle (même après le deuxième procès) qui inclinait à limiter les hommages poétiques à son honneur, mais l’invention poétique appliquée à sa vie risquait d’être inférieure à la réalité historique. Pourtant, une double impulsion a favorisé la discussion des deux procès: un contact direct de l’écrivain avec les documents authentiques, et la floraison puissante, surtout au XVIème siècle, du genre "vies des dames illustres".

Michèle GUÉRET-LAFERTÉ: Jeanne la preuse, Jeanne la sainte: la pucelle dans le Ditié de Jeanne d’Arc de Christine de Pizan
Prolongeant la réflexion que nous avions développée lors d’une communication au colloque rouennais Images de Jeanne d’Arc ("Camille et Jeanne. L’influence du courant humaniste sur l’image de Jeanne d’Arc", Images de Jeanne d’Arc, textes recueillis par J. Maurice et D. Couty, Paris P.U.F., 2000), nous nous interrogerons sur la conciliation, dans le Ditié, de deux images qui, par certains aspects, se contredisent: celle de la femme guerrière et celle de la sainte. L’élucidation de ces deux images nous conduira, d’un côté, à explorer l’œuvre de Christine, dont le Ditié représente l’ultime production, et, de l’autre côté, à aborder certains textes qui ont exercé sur elle une influence déterminante, en particulier le De mulieribus claris de Boccace.

Gerd KRUMEICH: Windecke, le procès de condamnation et la Lettre aux Anglais
La chronique de Eberhard von Windecke est une source importante mais peu considérée par les spécialistes de Jeanne d'Arc. On y trouve nombre d'assertions réalistes, mais en même temps un grand nombre de récits fantaisistes qui en disent long de ce qu'on a appris, outre Rhin, des faits de la Pucelle. Par ailleurs, la chronique de Windecke contient une traduction contemporaine de la fameuse "Lettre aux Anglais" de Jeanne d'Arc, qui nous permet d'avancer dans la connaissance de la signification de ce document controversé.

Philippe LARDIN: Le château de Rouen au moment du procès de Jeanne d'Arc
Le château de Rouen, construit par Philippe Auguste, continuait à jouer un rôle important dans la ville de Rouen malgré la construction d'un autre château au sud de la ville, construction ordonnée par Henri V quand il devint le nouveau maître de la Normandie. L'ancien château restait celui qui abritait la garnison anglaise, celui dont on voulait s'emparer quand on tentait de reprendre la ville. Il exerçait sur la ville une puissance ressentie par tous. C'est donc dans ce bâtiment symbolique autant sur le plan militaire que sur le plan politique que fut enfermée Jeanne d'Arc. Des documents dispersés dans les comptabilités permettent en outre de se faire une idée de la prison de Jeanne, de sa situation dans le bâtiment et des événements auxquels elle fut confrontée.

Françoise MICHAUD-FRÉJAVILLE: L'"habit d'homme" du procès de condamnation à la réhabilitation
La question de cet habit d’homme revêtu par Jeanne la Pucelle dès le début de sa vie publique risque de paraître aujourd’hui dérisoire, elle l’a conduite cependant au bûcher, comme de relapse, et est finalement à l’aube de l’extraordinaire destin historiographique de la jeune paysanne du Barrois. Sur ce sujet, les premiers traités (Gerson, Jacques Gélu) et le déroulement du Procès de condamnation sont aujourd’hui assez bien analysés et les historien(ne)s ont fait avancer la compréhension de l’importance de l’affaire pour le tribunal. On s’attachera donc à voir un peu la suite: comment les experts de l’enquête en annulation ont abordé, discuté et surtout éludé un aspect très inconfortable de leur attaque du tribunal de Rouen: l’argument de savoir si l’habit viril est recevable comme motif d’accusation et surtout de la condamnation à mort en raison de sa reprise prend le pas sur l’exposé de l’innocence possible d’un vêtement indecens. Dans tous les cas les théologiens et juristes se heurtent à la transgression de l’interdit par la justification d’un but à atteindre et qui fut atteint: la victoire finale de Charles VII. Cet interdit demeure assez vivace pour que le procès de béatification n’y fasse guère allusion tandis que les historiens du XIXème siècle ne posent jamais la question au fond en se contentant de reprendre sans commentaire les paroles mêmes de Jeanne à Rouen et en faisant retomber sur les geôliers l’entière responsabilité de l’introduction de la cause de relaps.

François NEVEUX: Le contexte historique
Jeanne d’Arc apparaît au cours de la seconde phase de la guerre de Cent Ans, alors qu’une bonne partie du royaume de France est occupée par les Anglais. Aux termes du traité de Troyes (1420), le dauphin Charles a été déshérité au profit du roi d’Angleterre, Henri V, avec l’accord du duc de Bourgogne. À l’âge de 17 ans, Jeanne quitte son Barrois natal et réussit à se faire confier une armée par "le dauphin". Elle réussit à faire lever le siège d’Orléans (8 mai 1429) et à faire couronner Charles VII à Reims (17 juillet). Puis elle est faite prisonnière par les Bourguignons, qui la livrent aux Anglais. Or le gouvernement anglais d’Henri VI veut absolument obtenir la mort de cette femme, qui a terrorisé ses soldats. Le procès de "la Pucelle" a lieu à Rouen, en 1431. C’était un procès d’Église, mené par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, l’un des négociateurs du traité de Troyes. Jeanne est finalement condamnée à être brûlée comme hérétique. Ce procès était éminemment politique. Il ne peut s’expliquer que par la situation désastreuse du royaume de France, en proie à la guerre civile et à l’occupation étrangère. Vingt-cinq ans plus tard, après le "recouvrement" du royaume, Charles VII veut organiser un nouveau procès, pour laver son honneur (entaché par la condamnation de Jeanne). Ce procès de "Réhabilitation" (1456) se révélera tout autant politique que le premier. Il s’agira à nouveau d’un procès d’Église, qui prononcera la nullité du premier procès.

Alain SADOURNY: Rouen au temps des procès
La situation de Rouen lors des deux procès (condamnation et réhabilitation) de Jeanne d’Arc est totalement différente. En 1430-1431, Rouen est anglaise depuis onze ans environ et semble parfaitement s’accomoder de la présence anglaise. C’est au moins le cas du haut clergé, du chapitre cathédrale et de la classe dirigeante de la ville. Autant dire que le procès voulu par le duc de Bedford ne semble pas émouvoir la ville. En 1449, Rouen ne s’est rendue à Charles qu’après hésitation et il y a encore des réticences à l’égard du roi notamment de la part du chapitre... Il faudra voir si, dans un contexte d’appauvrissement relatif de la ville et de difficultés économiques, les classes dirigeantes acceptent le passé, particulièrement ceux qui avaient "collaboré" avec les Anglais et quel est leur comportement lors des séances du procès de réhabilitation.

Références Bibliographiques :

A. Sadourny, "Rouennais et Anglais au temps de Jeanne d’Arc", in Images de Jeanne d’Arc, Actes du colloque de Rouen (25-27 mai 1999), PUf, 2000, p.29-34.
A. Sadourny, "Occupants et occupés (1417-1449)", in La Normandie au XVème siècle, art et histoire ; Actes du colloque organisé par les Archives départementales de la Manche, Saint Lô (2-5 décembre 1998), 1999.
A. Sadourny, "Rouen pendant la guerre de Cent ans", in La Normandie dans la guerre de Cent ans (1346-1450), Skira, 1999.


Vincent TABBAGH: Les assesseurs du procès de condamnation
Plus de cent personnes ont siégé, de manière assidue ou beaucoup plus épisodique, comme assesseurs au procès de condamnation, sous l’autorité des deux juges, l’évêque et l’inquisiteur. L’étude sociale, politique et culturelle de ces ecclésiastiques doit permettre de comprendre leurs réactions, relativement diverses, devant la personnalité de Jeanne. Que se joue-t-il dans cette collection d’hommes chastes en face d’une vierge qui se voulait elle aussi un homme, dans cette assemblée de clercs qui voient dans la paix une valeur supérieure même à la justice face à une guerrière habituée des combats et des camps, dans cette réunion de savants juristes et de fameux théologiens en face d’une fille de paysans qui répète les formules apprises dans son enfance? Entre leurs positions politiques, leur crainte de l’hétérodoxie, leur soupçon d’une action diabolique, leur horreur du travestissement et peut-être une certaine pitié, comment les uns et les autres répondent-ils à la lourde responsabilité qui leur incombe?


Avec le soutien de l'Université de Caen Basse-Normandie (OUEN, CRHQ),
du Conseil régional de Basse-Normandie (CPER)
,
de la DRAC de Basse-Normandie et du Conseil général de la Manche



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