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" Page mise à jour le 6 juillet 2009 "



DU MARDI 23 JUIN (19 H) AU MARDI 30 JUIN (14 H) 2009



LA JEUNESSE N'EST PLUS CE QU'ELLE ÉTAIT...


DIRECTION : Vincenzo CICCHELLI, Olivier GALLAND, Jacques HAMEL, Catherine PUGEAULT-CICCHELLI

ARGUMENT :

Qu’est-ce que la jeunesse aujourd’hui? Qu’est-ce qu’être jeune dans les sociétés actuelles, spécialement dans les pays francophones? Voué à répondre à ces questions, ce colloque s’efforcera de brosser un tableau d’ensemble de la jeunesse en croisant les regards des principaux chercheurs en la matière issus de l’anthropologie, de l’histoire, de la sociologie et des autres sciences sociales. Avant chaque débat, un vis-à-vis commentera le propos du conférencier, en vue de fournir à la discussion une vision comparative ou longitudinale et d’outrepasser, ainsi, les obédiences théoriques et les traditions nationales.

L’on s’efforcera de préciser les situations et d’aborder les problèmes au fil des théories qui s’efforcent de les expliquer et à la lumière de leurs applications (sous formes d’interventions sociales et politiques). On examinera aussi l'histoire récente de la jeunesse en tenant compte, notamment, des contestations étudiantes à propos de l’éducation gratuite, de la violence des banlieues (au motif du droit à la citoyenneté), des manifestations opposées à l’insertion professionnelle (sous le signe de la précarité), ainsi que la culture des jeunes à l’ère d’Internet avec l’intention de savoir si, comme première génération numérique en phase avec la société rythmée par les développements incessants des "nouvelles technologies de l’information et de la communication" (NTIC), ils peuvent orienter la vie sociale.

D’un mot, l’on se demandera si, selon l’expression consacrée, la jeunesse n’est plus ce qu’elle était.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 23 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 24 juin
Matin:
La jeunesse n'est plus ce qu'elle était...
François DUBET: La jeunesse n'est-elle "qu'un mot"?
Madeleine GAUTHIER: Les représentations de la jeunesse

Après-midi:
Olivier GALLAND: Le malaise de la jeunesse française
Bernard ROUDET: Qu'était donc la jeunesse avant de devenir ce qu'elle est aujourd'hui? Retour sur quelques approches historiques des jeunes français
Guy BAJOIT: Une jeunesse libre et assujettie


Jeudi 25 juin
Matin:
Jeunes scolarisés et étudiants
Mathias MILLET: Quelle jeunesse pour les "vaincus" de la compétition scolaire? L'exemple de collégiens en ruptures scolaires issus des milieux populaires
Sylvain BOURDON: La nouvelle jeunesse étudiante, entre études, travail et temps libre
Stéphanie GARNEAU & Annie PILOTE: Trajectoire, parcours, carrière, bifurcation...? Les migrations pour études de jeunes francophones au Canada

Après-midi:
Jean-François GUILLAUME: "Comme Daniel dans la fosse aux lions...". Heurs et malheurs de l'institution scolaire en Belgique francophone
Jacques HAMEL: Etudier et être étudiant, quelles valeurs chez les jeunes d'aujourd'hui?
Vincenzo CICCHELLI: Le grand (dé)tour. Le séjour Erasmus, une bildung cosmopolite


Vendredi 26 juin
Matin:
Nouvelles formes d'insertion
Claude TROTTIER: Les jeunes en difficulté d'insertion professionnelle: victimes de circonstances défavorables ou acteurs de leur insertion?
Emmanuelle MAUNAYE: Les enjeux de l'insertion professionnelle des étudiants: comment gérer la sortie des études et de l'Université?
Séverine MISSET: Le renouvellement des générations ouvrières: le cas des jeunes ouvriers qualifiés

Après-midi:
Mircea VULTUR: Les stratégies d'insertion professionnelle des jeunes et les pratiques de recrutement des entreprises. Vers une intériorisation des structures de fonctionnement du marché du travail
Stéphane MOULIN: Les catégories de l'insertion des jeunes: une comparaison France/Québec
Gérard MAUGER: La désouvriérisation de la jeunesse ouvrière en France au tournant des années 1980


Samedi 27 juin
Matin:
Entrée dans la vie adulte et socialisation
Claire BIDART & Maria Eugenia LONGO: Processus, combinatoires, entourages: autres regards sur la jeunesse
Valérie GERMAIN: L'entrée dans la vie adulte: quelle analyse "sociologique" sur le long terme?
Edith HEURGON & Guillaume MACHER: Quelle adolescence pour quelle jeunesse? Comment grandit-on dans le Val de Marne?

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 28 juin
Matin:
Jeunesses, valeurs et citoyenneté
Henri ECKERT: Les jeunes, les études, le travail, l'autonomie...
Solange LEFEBVRE: Jeunesse et religion: perspective comparative entre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord
Patricia VENDRAMIN: Les relations intergénérationnelles au travail: une approche comparative européenne

Après-midi:
Formes protestataires et nouvelles formes de solidarité
Thomas SAUVADET: L'entre-soi des jeunes de rue dans trois cités HLM: avant la loi du plus fort, la loi du silence
Sébastien SCHEHR: La défection et la soustraction dans les modes d'être et d'agir juvéniles
Marc BREVIGLIERI: La provocation. Mondes habités et régions hostiles à l'adolescence


Lundi 29 juin
Matin:
Vie amoureuse, vie familiale et relations intergénérationnelles
Elsa RAMOS: La vulnérabilité "ordinaire" à l'adolescence
Hélène BELLEAU: Les comptes amoureux des jeunes couples québécois
Catherine PUGEAULT-CICCHELLI: Etre jeune et se fiancer: une option conjugale réversible

Après-midi:
Cultures adolescentes
Laurent TRÉMEL: Les recherches sur les "jeux vidéos": images du "jeune" et conceptions de l'Université nouvelle
Dominique PASQUIER: Le tribunal des pairs: nouvelles questions?
Aurélia MARDON: Les négociations entre les parents et les enfants autour de l'apparence au moment de l'entrée dans l'adolescence


Mardi 30 juin
Matin:
Conclusions

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Guy BAJOIT: Une jeunesse libre et assujettie
Le modèle culturel qui règne aujourd'hui sur les sociétés occidentales contemporaines appelle les jeunes à se conduire comme des sujets, à être les acteurs de leur existence, afin de se construire comme des individus libres. Mais que signifie être libre? À quoi reconnaît-on un acte libre? Et, compte tenu des critères qui permettent d'identifier de tels actes, peut-on affirmer que les "jeunes d'aujourd'hui" sont plus libres que l'étaient ceux d'hier?

Hélène BELLEAU: Les comptes amoureux des jeunes couples québécois
Dans une société telle que le Québec, qui porte un puissant discours égalitaire, hommes et femmes conjuguent un idéal amoureux fondé sur le don, la solidarité et le désintérêt avec des valeurs d'autonomie, d'indépendance et d'égalité. Mais cet idéal de la relation conjugale à la fois intime, égalitaire et détachée des contraintes sociales bute sur la réalité quotidienne des jeunes couples. Il tend à minimiser, voire à exclure du paysage conjugal les inégalités structurelles, les rapports de genre, les idéaux culturels de la relation amoureuse, mais aussi le fait que les formes instituées de la parenté, de l'alliance et de la filiation ont encore aujourd'hui une influence non négligeable sur les individus. L'analyse de deux enquêtes réalisées entre 2005 et 2008 auprès de plus d'une centaine de couples résidant au Québec, a permis de mettre en évidence, par le biais notamment d'une analyse des modes de gestion de l'argent comme révélateur, des conceptions différentes des normes d'égalité et de questionner plus fondamentalement la notion de "solidarité conjugale". Cet exposé s'attardera plus spécifiquement à l'analyse des rapports conjuguaux chez une trentaine de jeunes âgés entre 20 et 35 ans.

Références Bibliographiques :

Belleau H. et Henchoz C. (2008), L'usage de l'argent dans le couple: pratiques et perceptions des comptes amoureux. Perspective internationale, L'Harmattan, Paris.
Belleau H. et Ouellette F.-R., "L'argent et la famille", n°2, printemps 2005, in Enfances, Familles, Générations.
Belleau H. et Le Gall J., "Les jeunes d'ici et d'ailleurs: de la rencontre des valeurs à la distinction des genres", in G. Pronovost et C. Royer (dir.), Les valeurs des jeunes. Etat de la question, 2004, p. 187-204.


Claire BIDART & Maria Eugenia LONGO: Processus, combinatoires, entourages: autres regards sur la jeunesse
Nous proposons d'envisager la transition entre la vie étudiante et la vie professionnelle comme un véritable processus, qui engage des interactions entre divers domaines et échelles. Il s'agit alors de privilégier le caractère dynamique de ce processus, de prendre en considération des éléments qui ne se limitent pas au domaine professionnel, et de dépasser la dimension strictement individuelle du parcours. Cette ambition comporte des conséquences méthodologiques que nous discuterons à partir d'une enquête qualitative longitudinale par panel qui permet de travailler les temporalités des parcours dans une réelle diachronie. Les articulations entre les différentes sphères de la vie y sont questionnées en particulier au moment des "carrefours" biographiques dans lesquels se présentent des choix et sont prises des décisions. De plus, la prise en considération du réseau relationnel permet d'évaluer l'emprise de l'entourage sur les parcours... qui ne sont alors plus aussi individuels qu'on le croit. Entre changement et permanence, la jeunesse reste bien en tout cas une question sociale.

Références Bibliographiques :

Bidart C., 2008, en collaboration avec Patrice Cacciuttolo, "Dynamiques des réseaux personnels et processus de socialisation: évolutions et influences des entourages lors des transitions vers la vie adulte", Revue Française de Sociologie, 49-3, pp.559-583.
Bidart C., "Devenir adulte: un processus", in VRANCKEN D. et THOMSIN L., Vers un Etat biographique ? L'Etat social à l'épreuve des parcours de vie, Juin 2008, Academia Bruylant, collection "Intellection", pp.209-225.
Bidart C., Pellissier A., 2007,  "Entre parents et enfants: liens et relations à l'épreuve du cheminement vers la vie adulte", Recherches et prévisions, n°90, pp.29-39.
Bidart C., Longo M. E., "Bifurcations biographiques et évolutions des rapports au travail", XIVèmes Journées du Longitudinal "Ruptures, irréversibilités et imbrications de trajectoires ; comment sécuriser les parcours professionnels?", Orléans, 30 et 31 mai 2007, Relief échanges du Céreq, n°22, Juillet 2007, pp.27-38.
Bidart C., "Crises, décisions et temporalités : autour des bifurcations biographiques", avril 2006, Cahiers internationaux de sociologie, Trajectoires sociales et bifurcations, n° 120, pp.29-57.
Bidart C. (dir.), Devenir adulte aujourd'hui : perspectives internationales, INJEP, Collection "Débats-Jeunesse", L'Harmattan, Octobre 2006, 232 p.
Bidart C., Lavenu D., "Evolutions of personal networks and life events", avec Daniel Lavenu, oct. 2005, Social Networks, vol.27, n°4, pp. 359-376.
Bidart C., "Les temps de la vie et les cheminements vers l'âge adulte", 2005, Lien Social et Politiques, n°54, pp.51-63.
Bidart C., Pellissier A., 2002, "Copains d'école, copains de travail. Evolution des modes de sociabilité d'une cohorte de jeunes", Réseaux, vol.20, n°115, p.17-49.
Bidart C., "Se dire adulte", in Juan S., Le Gall D. (dir.), 2002, Conditions et genres de vie. Chroniques d'une autre France, L'Harmattan, p.153-169.
Bidart C., 2001, "Faire couple - Introduction", Agora-Débats jeunesses, n°23.
Bidart C., 1999, "Se lier et s'orienter - Introduction", Agora - Débats jeunesses, n°17, pp.7-17.
Bidart C., 1999,  "Les âges de l’amitié : cours de la vie et formes de socialisation", in G. Ravis-Giordani (ed.), Amitiés, anthropologie et histoire, Aix en Provence, Presses de l’Université de Provence, pp. 421-435.
Longo, María Eugenia (à paraître). “Reflexiones en torno a la construcción de trayectorias profesionales”, in Revista Asociacion de Estudios del Trabajo, Buenos Aires.
Longo, María Eugenia, JACINTO, Claudia, WOLF, Mariela, BESSEGA, Carla. 2007. “Jóvenes, precariedades y sentidos del trabajo. Un estudio en Argentina”, en Revista Medio Ambiente y Urbanización, IIED-AL, n° 66, abril.
Longo, María Eugenia (2006) “Trayectorias laborales de jóvenes: algunas implicancias de las nuevas modalidades de socialización en el trabajo” en Ximena Díaz, Lorena Godoy, Antonio Stecher y Juan Pablo Toro (coord.). Trabajo, Identidad y Vínculo Social: Reflexiones y experiencias en el capitalismo flexible, Editorial: CEM y Universidad Diego Portales.
Longo, María Eugenia, LAPORTE, Mariana, BOCALEONNI, Stefania (2005). “Pensar las experiencias desde las propias experiencias”, en ABDALA E., JACINTO, C., SOLLA, A., La inclusión social de jóvenes: entre el escepticismo y la construcción colectiva, redEtis-Fundación SES-MLAL-Cinterfor, Montevideo.
Longo, María Eugenia (2004). “Los confines de la integración social. Trabajo e identidad en jóvenes pobres” in BATTISTINI, Osvaldo (coor.) El trabajo frente al espejo. Identidad y representaciones en el mundo del trabajo. Editorial Prometeo, Buenos Aires. Pag. 199-234.
Longo, María Eugenia (2003). “Lo que queda a los jóvenes. Capital social, Trabajo y Juventud en varones pobres del GBA, Argentina”, in Capital Social de los y las jóvenes. Propuestas para programas y proyectos. Volumen II, Serie Políticas Sociales, CEPAL- ONU, Santiago de Chile. Pag. 31-41.


Sylvain BOURDON: La nouvelle jeunesse étudiante, entre études, travail et temps libre
Comme période de la vie et comme phénomène social, la jeunesse est d’abord conçue dans l’interstice entre l’enfance et l’âge adulte où elle tire son existence du seul fait de l’allongement de cette période d’incertitude au plan du positionnement social. Si la jeunesse n’est plus ce qu’elle était aujourd’hui, ce n’est pas tant dans la désynchronisation accrue des divers passages vers la vie adulte que dans l’accroissement de leur porosité et dans leur caractère de moins en moins linéaire qu’on peut en trouver les marques. C’est sur cette nouvelle donne que nous réfléchirons en examinant plus particulièrement l’organisation des études, du travail et des temps libres des jeunes étudiants en s’appuyant sur les données d’une enquête longitudinale mixte menée auprès de jeunes en début d’études postsecondaires au Québec. En plus d’un nouveau rapport à l’activité et au temps, ce sont de nouvelles formes d’insertion sociale et de nouvelles modalités de l’être jeune dans nos sociétés du risque qu’on voit ainsi se dessiner.

Références Bibliographiques :

Bourdon, S. et Bélisle, R. (2005). "Temps de rencontre et rencontre de temporalités. L'intervention auprès de jeunes adultes marginalisés comme médiation des temporalités institutionnelles et individuelles". Lien social et politiques - RIAC, (54), 173-184.
Bourdon, S. (2001). "Les jeunes de l'école à l'emploi: l'hyperactivité comme adaptation à la précarité au Québec". Dans L. Roulleau-Berger et M. Gauthier (dir.), Les jeunes et l'emploi dans les villes d'Europe et d'Amérique du Nord (pp. 73-85). Paris: Éditions de l'Aube.
Bourdon, S. et Vultur, M. (dir.). (2007). Les jeunes et le travail. Sainte-Foy: Presses de l'Université Laval.
Bourdon, S., Charbonneau, J., Cournoyer, L. et Lapostolle, L. (2007). Famille, réseaux et persévérance au collégial Phase 1. Rapport de recherche. Sherbrooke: Équipe de recherche sur les transitions et l'apprentissage (ÉRTA).
Laranjeira, D. H. P., Bourdon, S. et Teixeira, A. M. F. (2007). "Juventude, Trabalho, Educação: os jovens são o futuro do Brasil?", Caderno CRH, 20(49), 95-105.


Marc BREVIGLIERI: La provocation. Mondes habités et régions hostiles à l'adolescence
Une anthropologie de l’adolescence ne peut pas faire l’économie de penser la question de la provocation. Il y a, dans l’acte provocateur, une manière d’imposer une turbulence dans l’ordre des choses, d’imprimer un choc et de libérer des espaces potentiels particulièrement convoités à l’adolescence. Produit sur le domaine public, hors du monde habité par l’enfance, la provocation de l’adolescent s’enlève sur un certain optimisme au sens où il pense pouvoir produire une métamorphose dans un monde hostile qu’il peut juger enclin à céder, c’est-à-dire à se mettre à tourner autrement. L’action provocatrice pose généralement un certain type de problème au domaine public, elle peut s’avérer inconciliable avec les principes communs du "vivre-ensemble" qui le structurent. L’expérience de la provocation permet ainsi à l’adolescent de tester la pénétrabilité du domaine public qu’il connaît mal en un sens. En tant que provocateur, et bien qu’il biaise et rejette alors intentionnellement les épreuves les plus conventionnelles de ce domaine public, il y connaît une phase d’apprentissage intense, notamment en mettant en jeu le noyau de valeur relatif à l’idée de maturité.

Vincenzo CICCHELLI: Le grand (dé)tour. Le séjour Erasmus, une bildung cosmopolite
Cette communication s’inscrit dans ce récent courant de recherches (essentiellement anglo-saxon) qui porte sur l’émergence d’une conscience et de pratiques cosmopolites au sein d’une configuration historico-sociale où les unités d’analyse ne sauraient plus être exclusivement nationales. Les questions qui seront traitées peuvent se formuler de la façon suivante: quels traits pourraient-ils caractériser l’éducation de l’honnête homme (femme) contemporain dans des sociétés caractérisées par une plus grande circulation des individus et des produits culturels? Cet individu censé vivre dans structures sociales encore nationales, mais aux frontières culturelles plus poreuses, est-il pour autant plus cosmopolite? Et si c’est le cas, quels contenus prend cette nouvelle conception de soi, du rapport à Autrui et du monde? Quelle est la part d’ombre de cette nouvelle injonction à accepter la différence culturelle, voire à s'en saisir pour construire sa propre identité? Pour répondre à ces questions, sera exploré le processus instable, réversible et ambivalent d'ouverture et fermeture aux cultures des autres pays européens (processus que nous avons appelé Bildung cosmopolite) qui se réalise lors des séjours des étudiants dans le cadre des mobilités académiques internationales de type Erasmus.

François DUBET: La jeunesse n'est-elle "qu'un mot"?
Il n'est guère d'articles, de thèses ou de livres consacrés à la jeunesse qui ne reprenne le célèbre mot de Bourdieu: "La jeunesse n'est qu'un mot". Sans doute y a-t-il plusieurs jeunesses, comme il y a plusieurs vieillesses, plusieurs conditions féminines, plusieurs classes ouvrières, plusieurs expériences sociales déterminées et redéfinies par des conditions et des contextes singuliers. Pour autant, on peut supposer que cette diversité, qui peut se fractionner à l'infini, n'interdit pas de s'interroger sur ce qui fait la pertinence de certaines catégories dont celle de jeunesse. Je proposerai donc de croiser l'unité d'une épreuve juvénile avec la diversité de ses constructions.

Henri ECKERT: Les jeunes, les études, le travail, l'autonomie...
L'engagement dans le travail salarié pendant les études — c'est-à-dire le cumul d'un emploi, à temps partiel le plus souvent, avec la poursuite d'études à temps plein — interroge directement la catégorie "jeunesse". Celle-ci a émergé avec la prolongation des scolarités et le report concomitant de l'âge auquel les jeunes entrent dans la vie active: que reste-t-il de ce temps dévolu non seulement à l'acquisition d'une culture générale et des connaissances nécessaires à la vie professionnelle mais disponible aussi pour rencontrer les autres, quelquefois abandonné à l'insouciance — sinon à la "frivolité" —, dès lors que l'activité salariée entame cette disponibilité? La catégorie "jeunesse" ne tiendrait-elle pas à se défaire, au risque de n'être plus "qu'un mot", dès lors que les emplois du temps surchargés limitent la place du temps libre, tendent à restaurer les conditions d'un contrôle social sur cet âge qui fut célébré comme celui de la liberté et incitent à douter de l'autonomie que le salaire permettrait? Ces questions seront abordées à l'occasion d'une comparaison entre les situations actuelles des jeunes scolarisés, au Québec et en France.

Olivier GALLAND: Le malaise de la jeunesse française
Les jeunes français sont parmi les plus pessimistes de tous les européens, ils n’ont confiance ni dans l’avenir, ni dans les autres, ni dans la société en général. Il faut donc essayer de comprendre et d’expliquer cette situation. Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur? Ont-ils de bonnes raisons de craindre à ce point l’avenir? Les thèses classiques avancées à ce sujet peuvent se regrouper sous le terme "d’explications générationnelles" qui fonctionnent sur trois registres différents.
Le premier registre est celui des discriminations économiques qui peuvent être résumées en trois points: 1) la flexibilité de l’économie et la précarité de l’emploi s’accroissent et ce poids de la précarité repose presque entièrement sur les jeunes; 2) l’ascenseur social est en panne 3) les deux facteurs précédents rendent l’accès des jeunes français à l’indépendance extrêmement problématique et parfois impossible. Une seconde explication générationnelle est assez différente. Elle revient à dire qu’il y a dans les familles une crise de la transmission ou une crise de l’éducation. Une dernière explication, plutôt de nature politique au sens large, part du constat de la sous-représentation politique des jeunes. Ces explications générationnelles ont en commun de traiter la question d’un point de vue discriminatoire (la jeunesse est sous-dotée économiquement, sous-encadrée moralement, sous-représentée politiquement) en opposant les jeunes au reste de la société. Elles ont leur valeur, mais elles manquent une partie de la question. Une autre façon de voir le problème est de considérer la jeunesse, ses doutes et ses angoisses, non plus d’un point de vue victimaire mais comme un révélateur de la crise, institutionnelle et culturelle, du modèle français de formation. C’est une crise du modèle méritocratique à la française. Ce modèle correspond en fait à ce qu’on appelle "l’élitisme républicain", c’est-à-dire la sélection des meilleurs selon le principe de la seule récompense du talent et des efforts de chacun. Ce modèle pouvait fonctionner dans un état antérieur du système éducatif où une grande partie des élèves n’avaient de toute façon pas accès aux filières générales de l’enseignement secondaire. Il ne fonctionne plus dans une école de masse qui a à gérer des talents et des aspirations scolaires de plus en plus diverses. Dans cette école de masse, l’obsession du classement scolaire qui est à la base de l’élitisme républicain et la vision dichotomique de la réussite qui sépare les vainqueurs et les vaincus de la sélection scolaire, aboutit donc à un système qui élimine plutôt que de promouvoir le plus grand nombre, qui produit du découragement et qui atteint l’estime de soi. Le paradoxe c’est que ce système méritocratique français très élitiste est théoriquement fondé sur une conception très exigeante de l’égalité: chacun doit avoir les mêmes chances. Mais ces principes égalitaires sont trop formels et finissent par produire les résultats inverses de leurs intentions.

Stéphanie GARNEAU & Annie PILOTE: Trajectoire, parcours, carrière, bifurcation...? Les migrations pour études de jeunes francophones au Canada
À partir d’une recherche portant sur les migrations pour des études universitaires de jeunes originaires de contextes francophones minoritaires au Canada, nous discuterons des enjeux théoriques soulevés par l’usage des notions de parcours, de trajectoire, de carrière et de bifurcation. L'observation des transactions entre, d’une part, des acteurs politiques et institutionnels placés en tension entre une gestion comptable de l'enseignement supérieur et la défense de la francophonie et, d’autre part, des jeunes étudiants également pris entre deux rationalités, identitaire et instrumentale, permet de contextualiser spatialement et temporellement le vécu étudiant de ces jeunes. Nous montrerons la pertinence d’emprunter une approche analytique en termes de parcours, laquelle implique de resituer l'individu dans la pluralité des mondes sociaux traversés au cours de sa vie — mondes faits de structures sociales et de significations symboliques — tout en allouant des marges de contournement et d’appropriation individuelle et subjective aux acteurs sociaux.

Madeleine GAUTHIER: Les représentations de la jeunesse
Le thème du colloque peut susciter diverses réactions. Une première est d’ordre émotif. Comment ne pas associer cette affirmation à cette autre qui magnifie le passé: "On n’a plus les jeunes qu’on avait...", une de ces phrases assassines du type "Le niveau baisse!" à laquelle Baudelot et Establet ont répondu: Le niveau monte (1989). Une deuxième réaction suscite le doute: "La jeunesse a-t-elle autant changé qu’on le dit?". Revient en tête Street Corner Society (Whyte, 1943). Comment alors éviter la comparaison avec La galère (Dubet, 1987) ou La rue attractive (Parazelli, 2002)? Enfin, finit-on par se dire: "Et si la jeunesse n’était plus ce qu’elle était..."! Remontent à la mémoire ces nombreux travaux sur la jeunesse depuis Rioux (1969), Dumont (1986), Galland (1991) et tant d’autres qui permettent de mettre en relief ceux d’aujourd’hui. Il y a tant à lire dans le regard... Jeunes d’hier ou jeunes d’aujourd’hui, ils ne cessent de révéler leur sensibilité à la conjoncture, mais aussi leur capacité d’agir et de réagir. Quel beau livre de chevet que Children of the Great Depression (Elder, 1974) pour préparer la trame de quelques représentations de la jeunesse.

Valérie GERMAIN: L'entrée dans la vie adulte: quelle analyse "sociologique" sur le long terme?
L’analyse sociologique de la jeunesse comme processus d’entrée dans la vie adulte depuis bientôt un quart de siècle en France a permis de détailler l’étude de "calendriers" considérés comme pertinents et décisifs (décohabitation, mise en couple, ...). Les différences de comportements exhibées ont révélé l’influence des appartenances sociales des jeunes: appartenance de sexe, statut d’activité, origine sociale, etc. La prise en compte de ces "variables" s’est faite dans un contexte "sociétal" caractérisé à la fois par une expansion quantitative sans précédent du statut étudiant et par une précarisation des conditions d’entrée dans la vie active, elle-même annonciatrice d’une fragilisation globale des statuts socio-professionnels adultes. Quelle analyse "sociologique" sur le long terme peut-on mener de l’entrée dans la vie adulte? Les tendances observées mettent en discussion les modèles sociaux et sexués de comportements. A l’heure où l’accroissement continu de son public s’interrompt et que sa différenciation interne est apparu au grand jour, la jeunesse étudiante présentée communément comme le statut socioculturel de référence désigne plus que jamais, mais sous de nouveaux traits, une situation relative. Ce questionnement constituera la trame de la communication proposée.

Jean-François GUILLAUME: "Comme Daniel dans la fosse aux lions...". Heurs et malheurs de l'institution scolaire en Belgique francophone
On peut considérer que la jeunesse est en grande partie ce que les dispositifs institutionnels font d’elle. Ou, en d’autres termes, que les pratiques juvéniles (celles des cohortes les plus jeunes) sont constituées en tant qu’objets d’analyse ou d’intervention dès lors qu’elles défient ou contredisent les logiques institutionnelles ou instituées. Tout un travail de catégorisation est alors mis en œuvre pour identifier, isoler, cerner, définir la spécificité de ces pratiques et pour orienter les actions correctrices auxquelles il convient de procéder. Bien souvent — voire de plus en plus souvent — la jeunesse est appréhendée sous l’angle des problèmes qu’elle soulève ou suscite. Certes, les institutions de socialisation sont aujourd’hui moins fortes ; elles sont en déclin parce qu’elles ne peuvent plus s’appuyer sur un programme institutionnel aussi fort ou sur des valeurs "hautes". Leur légitimité ne va plus de soi ; elle est à construire. Il se pourrait alors que les problèmes de la jeunesse nous apprennent beaucoup plus sur les défaillances ou les défauts des dispositifs normatifs et l’obsolescence des logiques institutionnelles que sur l’incapacité des jeunes à identifier, à adopter et à intégrer les normes de comportement attendues. Le fossé se creuse d’autant plus entre "les jeunes" (ou certains d’entre eux) et les représentants des institutions que dans le processus de transmission intergénérationnelle, l’ordre des places est bousculé par la diffusion de ressources nouvelles propres à certains contextes sociétaux. Ainsi, le développement actuel des technologies de l’information et de la communication a-t-il singulièrement modifié les rapports de domination basés à la fois sur les possibilités ou les chances d’accès à des ressources culturelles, cognitives et informatives, et sur le contrôle exercé sur leur diffusion.
Nous envisagerons cette double hypothèse au départ d’observations réalisées dans le cadre d’établissements scolaires situés dans des zones défavorisées (discrimination positive) et de travaux réalisés avec des futurs enseignants autour de la thématique de l’autorité. D’un côté, on montrera en quoi certaines dispositions légales contribuent à modifier ou à affaiblir le rapport à la norme. D’un autre côté, on s’attardera sur les schèmes qui structurent la représentation que se font les futurs enseignants de la relation pédagogique, ceux dont ils font usage pour identifier les problèmes susceptibles d’entraver le déroulement d’une leçon en classe, ceux qui transforment un événement, parfois anodin, en un incident parfois redoutable.  On tentera ainsi d’appréhender les modalités du contrôle exercé sur les élèves, et les effets qu’ils induisent, à force de se répéter dans le cours des interactions quotidiennes.  En nous attardant sur le cas précis de l’institution scolaire, nous suggérerons qu’il convient de prendre au sérieux les plus banales des routines, celles qui ne semblent pas dignes d’attention, mais qui portent en elles les caractéristiques les plus marquantes d’un processus d’encadrement de la jeunesse.

Jacques HAMEL: Etudier et être étudiant, quelles valeurs chez les jeunes d'aujourd'hui?
Quelles valeurs revêtent étudier et être étudiant chez les jeunes d’aujourd’hui ? Après avoir défini la notion sous ce chef, on cherchera donc à cerner les valeurs à l’œuvre à l’égard 1) de l’engagement dans les études supérieures, 2) du rythme des études, 3) du temps consacré aux études et à celui passé dans les établissements, et 4) de l’identité étudiante L'étude ciblera les étudiants inscrits aux programmes collégiaux et universitaires en médecine, en travail social et en sociologie. L'exposé s'appuiera principalement sur les résultats d'un sondage en ligne conduit sur le sujet durant l'été 2007 (auquel ont collaboré près de 2 000 étudiants) et d'entrevues réalisées auprès d'un échantillon de cette population étudiante dont l'analyse s’établit, sous l'une et l'autre approche, à la lumière de la distinction entre valeurs "instrumentales" ou "expressives".
En bref, les valeurs acquièrent une qualité instrumentale lorsqu’elles s’axent sur une conception fondée sur la relation d’un moyen par rapport à une fin tandis qu’elles sont qualifiées "expressives" quand cette conception s’élargit à des "sentiments", voire à des symboles d’accomplissement personnel et d’identité.

Edith HEURGON & Guillaume MACHER: Quelle adolescence pour quelle jeunesse? Comment grandit-on dans le Val de Marne?
En 2006, le Conseil général du Val de Marne, dans le cadre d’un partenariat avec le Centre culturel international de Cerisy, a animé une démarche de prospective partagée sur "Les rythmes de vie des adolescents" avec les objectifs suivants: mieux comprendre les ados, leurs manières d’être et d’agir, les regards qu’ils portent sur la société, les questions qu’ils se posent; les appréhender au travers de leurs pratiques de loisirs; croiser leurs regards avec ceux des parents, des éducateurs, des acteurs culturels; proposer des grilles de lecture permettant de les saisir en "situations" comme "sujets" en cours de construction, susceptibles d’apprendre des choses aux adultes sur l’évolution de la société ; nourrir le projet éducatif du département visant à promouvoir le développement individuel et social des collégiens.
Pilotée par un groupe réunissant des acteurs du département et de la ville (sous la direction de Boris Petroff et Françoise Daphnis), la démarche, d’une durée de trois ans, a connu plusieurs étapes faisant appel à une variété d’approches méthodologiques et donné lieu à plusieurs restitutions devant les divers publics concernés.
- une synthèse bibliographique et la formulation de questions prospectives (Edith Heurgon, prospectiviste) :
- une approche urbanistique et socio-économique pour repérer les pratiques et fabriques des jeunes à Vitry sur Seine, au travers de leurs déambulations (Nicolas Louvet et Marion Tillous, cabinet 6t) ;
- une recherche qualitative sur les pratiques de danse des adolescents au collège, au conservatoire et dans la rue, au travers de groupes de paroles et d’entretiens auprès des parents et éducateurs  (Catherine Espinasse, psycho-sociologue) ;
- sur la base des résultats précédents, une enquête quantitative sur 3 collèges de Vitry (CSA) dépouillée avec le concours de Guillaume Macher (CERLIS) ;
- une synthèse de l’ensemble de la démarche avec les acteurs du département et de la ville (Edith Heurgon avec le concours de Guillaume Macher).
L’exposé envisage de présenter, d’une part la démarche d’intelligence collective mise en œuvre à cette occasion, d’autre part la synthèse des principaux résultats au regard de la problématique du colloque, enfin d’argumenter l’hypothèse prospective consistant à envisager les ados moins comme un groupe à risque que dans leur aptitude à constituer une ressource pour comprendre une société en mouvement.

Solange LEFEBVRE: Jeunesse et religion: perspective comparative entre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord
Au terme d’une quinzaine d’années d’enquêtes successives sur la religion, en particulier le christianisme, et les groupes d’âge et générations, cet exposé réfléchit sur les conditions culturelles et sociales communes suscitant une transformation du paysage religieux contemporain, dans plusieurs pays d’Occident. Le groupe des jeunes, adolescents et très jeunes adultes, est révélateur. Le rapport aux religions se fonde à plusieurs égards dans leurs conditions psychosociologiques et culturelles. Il est aussi vrai que les contextes régionaux et nationaux induisent des particularités. Que peut-on nommer comme tendance commune? La jeunesse comme période de transition et de marge, investit le champ religieux selon cette condition liminale. Sur le plan sociologique du rapport aux institutions du sens, l’individualisation de la religion, comme tendance s’accentuant depuis la période d’après-guerre, est radicalisée au sein des jeunes générations, et même aux États-Unis, où l’on observe une forte dynamique du choix. Les jeunes investissent le champ religieux et, plus largement spirituel, avec leurs expressions culturelles. La distinction entre religion et spiritualité se trouve éclairante à ce titre. La privatisation du religieux, dimension inhérente au phénomène très discuté de la sécularisation, rend l’objet parfois insaisissable. Si bien que ce qu’on appelle "pratique religieuse" devient un objet multiple et subtil. L’exposé élaborera ces perspectives, tout en rendant compte de quelques résultats d’une recherche pancanadienne sur les jeunes adultes immigrés de deuxième génération et leur héritage religieux.

Aurélia MARDON: Les négociations entre les parents et les enfants autour de l'apparence au moment de l'entrée dans l'adolescence
Les pratiques vestimentaires occupent une place centrale dans la construction de l’identité adolescente. Depuis plusieurs années, des recherches ont souligné la plus grande précocité avec laquelle les garçons et les filles affichent leur appartenance à la culture adolescente. Cet affichage s’opère dès l’entrée au collège et peut prendre plusieurs formes: celle de l’adoption de styles vestimentaires, ou celle de la sexualisation du corps. Face à ces transformations, les parents ne restent généralement pas passifs. Entre parents et enfants, les pratiques vestimentaires font notamment l’objet de négociations. Notre communication se propose de montrer la place de ces négociations dans la construction de l’identité vestimentaire des collégiens et des collégiennes. Elle s’appuiera sur des entretiens réalisés avec des préadolescents ainsi qu’avec des parents. Elle est issue d’une recherche portant sur la socialisation corporelle des préadolescentes qui était abordée à travers deux de ses enjeux, la puberté et l’apparence (Mardon, 2006).

Références Bibliographiques :

Mardon, A, 2009, Les premières des jeunes filles: puberté et entrée dans l’adolescence. Sociétés contemporaines (A paraître).
Mardon, A, 2006, La Socialisation corporelle des préadolescentes. Thèse de Sociologie. Université de Paris X.
Mardon, A, 2005, "Comment la parure vient aux jeunes filles", Genres de vie et intimités. Dir. Didier Le Gall, Paris: L’Harmattan.


Gérard MAUGER: La désouvriérisation de la jeunesse ouvrière en France au tournant des années 1980
En s'appuyant sur une enquête menée entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, on s'efforcera de montrer comment les mécanismes de reproduction qui conduisaient, en définitive, mais pas toujours sans réticences, les enfants d'ouvriers de l'école à l'usine et de la famille d'origine à la famille de procréation se sont enrayés (on parlait alors en France d'"allergie au travail" ou de "refus du travail industriel") et, pour partie, transformés.

Emmanuelle MAUNAYE: Les enjeux de l'insertion professionnelle des étudiants: comment gérer la sortie des études et de l'Université?
Le sens et les représentations que les étudiants construisent de leurs études et de leur future insertion professionnelle est au cœur de cette réflexion. À partir de recherches menées actuellement auprès des étudiants de l’université de Tours (France), nous chercherons à entendre et à comprendre les discours des étudiants relatifs à ces enjeux de l’insertion professionnelle. En replaçant cette question dans le champ des analyses sur la jeunesse et le passage à l’âge adulte, période de la vie définie comme une période de construction de soi, d’expérimentations, on prêtera attention à la manière dont ces jeunes construisent leur trajectoire non seulement professionnelle mais aussi sociale. Quelle est, pour les jeunes étudiants, leur définition de l’insertion professionnelle? Comment concilient-t-ils leur choix d’études et leur projet professionnel? Peut-on dégager des stratégies de formation? d’insertion? Les étudiants ont-ils des stratégies clairement planifiées ou explorent-ils peu à peu les diverses solutions qui s’offrent à eux? Ces questions seront le fil directeur de notre intervention et permettront d’approcher le sens que les jeunes donnent à leurs études et le rapport qu’ils établissent avec le travail non seulement universitaire mais aussi professionnel.

Références Bibliographiques :

Maunaye Emmanuelle, "L’état de jeunesse. Entre recherche d’autonomie et besoin d’accompagnement", Territoires, n°472, 2006.
Maunaye Emmanuelle, "Quitter sa famille d’origine", in Catherine Pugeault-Cicchelli, Vincenzo Cicchelli, Tariq Ragi (dir), Ce que nous savons des jeunes, Paris, PUF, 2004.
Maunaye Emmanuelle, Molgat Marc (dir), Les jeunes adultes et leurs parents: autonomie, liens familiaux et modes de vie, Québec, PUL, 2003.
Maunaye Emmanuelle, "Quitter ses parents. Trouver la bonne distance", Terrain, n°36, 2001.
Maunaye Emmanuelle, "Passer de chez ses parents à chez-soi: entre attachement et détachement", Lien social et politiques, n°43, 2001.


Mathias MILLET: Quelle jeunesse pour les "vaincus" de la compétition scolaire? L'exemple de collégiens en ruptures scolaires issus des milieux populaires
Plusieurs travaux montrent que, depuis les années 80, le mouvement d’extension scolaire allié aux difficultés croissantes d’insertion sur le marché de l’emploi, aboutissent à une reconfiguration de la jeunesse et de ses modalités (Galland, 2001). Dans ce processus, l’expansion scolaire joue un rôle déterminant et une jeunesse scolaire et prolongée, fortement campée sur le modèle hédoniste et ludique d’une vie lycéenne ou étudiante, s’est peu à peu imposée comme modèle dominant. Ce modèle, d’abord du côté des catégories les plus dotées, s’est peu à peu répandu, même avec des variations, du côté des milieux populaires de plus en plus souvent engagés dans des études longues et acquis aux thèses de leurs bienfaits (Beaux, 2002 ; Beaud, Pialoux, 1997 ; Mauger, 1994 ; Poullaouec, 2004). Là où, encore dans les années 80, les scolarités lycéennes et supérieures des jeunes de milieux populaires demeuraient l’exception, celles-ci se sont depuis largement développées au point que l’on peut parler aujourd’hui d’une génération universitaire des milieux populaires (Hugrée, 2008). En outre, à côté de cette nouvelle donne, des études montrent que, pour les fractions de la jeunesse populaire qui, faute de parvenir à prendre le train des études longues, s’orientent dans les voies de l’apprentissage salarié, celui-ci constitue encore pour elles, notamment par les maigres ressources financières qu’il permet, le moyen de vivre une jeunesse "lycéenne" à l’écart d’une école avec laquelle elles étaient en désamour et les ayant rejeté (Moreau, 2003, 2005).
Pourtant, à côté de ces situations, certains enfants de milieux populaires en ruptures scolaires continuent d’échapper radicalement à l’accroissement de l’espérance de vie scolaire et aux formes comme aux modes de jeunesse qui lui sont liés (Glasman, Oeuvrard, 2004 ; Millet, Thin, 2005 ; Mohammed, Mucchielli, 2007). Alors que, jusque y compris parmi leurs pairs et parfois même dans leur fratrie, l’accès à la jeunesse lycéenne et étudiante s’est diffusé, ils comptent au nombre des laissés pour compte des politiques de la massification scolaire et sont orientés ou maintenus aux marges d’un système d’enseignement en lien étroit avec d’autres institutions comme celles du travail social ou de la protection judiciaire de la jeunesse (Kherroubi, Millet, Thin, 2005). Aussi peut-on s’interroger sur les réalités et les conditions vécues par ces jeunes de milieux populaires et se demander de quelle jeunesse est faite la situation de ceux qui, pour reprendre l’expression du rapport de la commission Thélot, sont des "vaincus de la compétition scolaire"? Cette communication cherchera à rendre compte des conditions et des configurations familiales, scolaires, institutionnelles, juvéniles, socio-professionnelles qui, dans leur articulation et leurs interdépendances, font les parcours de cette jeunesse populaire scolairement délaissée. Il s’agira de s’interroger ainsi sur les réalités et les logiques sociales dont est faite la "jeunesse" (problématique) de ces collégiens tant du point de vue de leur rapport scolaire, des sociabilités juvéniles, des solidarités familiales, de leur parcours institutionnel, que de leur destinée sociale. Trois recherches permettront d’étayer le propos. La première sur les parcours de ruptures scolaires de collégiens de milieux populaires. La situation d’une vingtaine de collégiens a été étudiée à travers une centaine d’entretiens menés auprès d’eux-mêmes, de leurs parents, de leurs enseignants et éducateurs, et l’étude de leurs dossiers social, scolaire. La seconde étude porte sur les relations entre les familles et les classes relais. Cinq classes relais ont été enquêtées, des observations de rencontres des agents institutionnels avec les familles ont été conduites, et une cinquantaine de familles ont été interrogées dans le cadre d’entretiens approfondis. Enfin, une troisième recherche en cours sera mobilisée qui se propose de contribuer au suivi et à la reconstruction des parcours institutionnels et socioprofessionnels de collégiens en ruptures scolaires passés par des classes relais.

Références Bibliographiques :

Mathias Millet, Les étudiants et le travail universitaire, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2003.
Mathias Millet & Daniel Thin, Ruptures scolaires. L'école à l'épreuve de la question sociale, Paris, Presses universitaires de France, coll Le lien social, 2005.
Martine Kherroubi, Mathias Millet, Daniel Thin, Classes relais et famille. Accompagnement ou normalisation? Vaucresson, CNFE-PJJ, coll Etudes et recherches, 2005.


Séverine MISSET: Le renouvellement des générations ouvrières: le cas des jeunes ouvriers qualifiés
Les travaux sociologiques sur le monde ouvrier depuis les années 90 ont largement analysé l’impact de la massification scolaire sur les modes d’entrée dans la vie ouvrière et sur le vécu de la condition ouvrière [Dubet, 1992 ; Beaud et Pialoux, 1999 ; Beaud, 2002 ; Terrail, 1990]. Plus récemment, les résultats de Tristan Poullaouec [2004] confirment la disqualification massive des destins ouvriers. Par ailleurs, Beaud et Pialoux [1999] soulignent l’importance des évolutions des catégories d’ouvriers spécialisés (OS) et d’ouvrier professionnel (OP) et leurs rôles dans le processus de disqualification de la condition ouvrière. Néanmoins, les travaux sociologiques récents sur les jeunes ouvriers ne se penchent que relativement peu sur ces nouveaux "ouvriers professionnels" et sur leurs façons de vivre la condition ouvrière. En revanche, d’autres travaux se sont intéressés plus spécifiquement à l’émergence du baccalauréat professionnel, aux bouleversements engendrés dans la relation formation-emploi par l’arrivée des titulaires de ce diplôme [Eckert, 1999 et 2006]. Mais tous les jeunes ouvriers qualifiés ne sont pas bacheliers professionnels, loin s’en faut.
Dès lors, l’enquête de terrain partait d’une idée simple: comprendre comment les jeunes ouvriers qualifiés vivent le travail ouvrier, en interrogeant sa dévalorisation présumée et en questionnant les possibilités d’extension des thèses actuelles sur la jeunesse ouvrière à la situation propre des ouvriers qualifiés. L’hypothèse centrale était que l’utilisation récurrente d'une catégorie générique "ouvriers" ne doit pas masquer les différenciations et l'hétérogénéité des pratiques et des représentations, notamment en fonction de la possibilité de se définir comme un "professionnel" et de valoriser son activité comme un "métier". Dès lors, la question des possibilités de formes d’accommodation à la condition ouvrière et au travail ouvrier au sein des jeunes générations restait ouverte. L’enquête était aussi l’occasion de s’interroger sur les modes de cohabitation entre deux générations ouvrières — les anciens ouvriers qualifiés massivement titulaires de CAP, et les jeunes générations où prédominent les bacheliers professionnels — dans un contexte de transformation notable des métiers d’ouvriers qualifiés. Les analyses proposées dans cette communication s’appuieront sur une enquête de terrain réalisée par entretiens semi-directifs entre 2004 et 2007, dans quatre usines contrastées appartenant à une même entreprise de l’industrie métallurgique, et localisées dans différentes régions françaises (deux sites en Ile-de-France, un en Lorraine et un en Franche-Comté). 54 entretiens auprès d’ouvriers qualifiés (OQ) embauchés dans l’entreprise ont été réalisés ainsi que 27 entretiens auprès de jeunes ouvriers non qualifiés (ONQ), embauchés ou intérimaires. Une douzaine d’entretiens ont également été réalisés auprès de responsables hiérarchiques et de gestionnaires du personnel. Ces données ont été complétées par des observations et des discussions informelles, au siège de l’entreprise et sur les sites étudiés, ainsi que par la consultation de documents d’entreprise.

Stéphane MOULIN: Les catégories de l'insertion des jeunes: une comparaison France/Québec
La manière avec laquelle les jeunes se représentent leurs situations et leurs parcours entre en interaction avec la manière avec laquelle les institutions les encadrent et les classent. Ces classifications interactives des jeunes diffèrent d’un espace sociétal à un autre. L’analyse des catégories mobilisées aujourd’hui par les institutions statistiques de la France et du Canada permet d’opposer la logique d’insertion combinatoire et professionnelle du Canada à la logique d’insertion séquentielle et statutaire de la France. A travers l’analyse d’enquêtes longitudinales qualitatives françaises et québécoises, cette communication tente d’apprécier dans quelle mesure les catégorisations indigènes des jeunes français et québécois s’encastrent dans les catégories statistiques normatives des appareils d’État et quels sont les facteurs qui rendent possible les résistances des jeunes face aux réductions opérées par les catégories institutionnelles. Cette analyse conduit à mettre l’accent sur l’origine sociale et les ressources culturelles comme facteur principal de différenciation.

Dominique PASQUIER: Le tribunal des pairs: nouvelles questions?
Le rôle des groupes de pairs dans le processus de socialisation des jeunes est une question que la sociologie a souvent abordée. Cette communication s’intéressera dans un premier temps aux principales pistes qui ont été développées par le passé et tentera de mettre en évidence l’existence de thématiques de recherche privilégiées — notamment dans la littérature anglo-saxonne. Dans un deuxième temps, elle s’interrogera sur les transformations qu’ont pu induire plus récemment les industries des médias et de la communication. Le développement, massif, de produits culturels appropriés spécifiquement par les jeunes, puis celui de circuits d’information et de communication échappant en grande partie à la régulation parentale, posent la question d’un bouleversement à "bas bruit" — mais inéluctable — des relations entre générations et des formes de la transmission culturelle. Plus généralement, il met à jour une tension forte entre les injonctions à l’authenticité que promeut la démocratisation de la sphère privée et les tendances au conformisme qu’induit une présence plus grande des groupes de pairs dans le déroulement de la vie quotidienne.

Catherine PUGEAULT-CICCHELLI: Etre jeune et se fiancer: une option conjugale réversible
Dans une enquête réalisée sur le mariage en 1995, un pourcentage non négligeable de jeunes adultes nouveaux mariés s’étaient déclarés fiancés (40%). Comment rendre compte de cette proportion certes minoritaire, mais non négligeable? Les fiançailles juvéniles signent-elles l’affirmation d’une privatisation de la relation conjugale? Si c’est le cas cette privatisation se définit-elle par rapport au mariage conçu comme acte public manifestant une attitude adulte? La privatisation fait-elle sens par rapport aux fiançailles traditionnelles qui impliquent un accord externe aux fiancés, une forme d’hétéro-régulation renvoyant aux contrôles familiaux? Les fiançailles marquent-elles un rite liminaire? Ou manifestent-elles plutôt une expérience d’alternative au moins temporaire au mariage: quand le mariage est différé le temps de boucler des études en cours ou de disposer d’une meilleure assise matérielle, se fiancer devient peut-être attractif et ce d’autant plus que les fiançailles sont pensées comme réversibles... Les fiançailles forment un analyseur de relations sociales multiples: conjugales certes, mais aussi personnelles (certaines fiançailles sont des compromis entre conjoints), intergénérationnelles. En ce sens, l’étroitesse de l’objet n’est qu’apparente, les fiançailles permettent de saisir des processus sociaux variés et d’interroger le rapport à l’institution matrimoniale des jeunes dans la société contemporaine.

Elsa RAMOS: La vulnérabilité "ordinaire" à l'adolescence
Cette communication reposera sur une étude qui s’intéresse à la vulnérabilité "ordinaire" des adolescents, c'est-à-dire aux "petites choses" qui font que le jeune se sent en danger ou tout au moins est déstabilisé: il est accusé à tort par un professeur d’avoir copié et ne "peut pas répondre" ; il prend une claque dans un magasin par sa mère parce qu’il fait des bêtises, tout le monde le regarde et il a honte; ses camardes se moquent de lui parce qu’il est trop maigre, trop gros, trop petit, trop grand et il se sent humilié... La vulnérabilité est énoncée quand il existe un écart au monde "approuvé": les attentes du jeune ne répondent pas aux attentes d’autrui (professeurs, parents, amis...). Le monde de l’adolescence apparaît construit par rapport à des références fortes et les arguments sont normatifs: importance d’être comme les autres, de ne pas être mis à l’écart, d’être inclus dans le groupe... Etre vulnérable participe paradoxalement au processus d’autonomisation: c’est éprouver l’écart au monde de référence et prendre conscience de la marge de manœuvre individuelle.

Références Bibliographiques :

2002, Rester enfant, devenir adulte. La cohabitation des étudiants chez leurs parents, Paris, L’Harmattan-Logiques Sociales.
2006, "As negociações no espaço domestico: construir a "boa distancia" entre pais e jovens "coabitantes"", in Myriam Lins de Barros (dir.), Familia et gerações, Rio de Janeiro, FGV Editora, pp.27-36.
2004, "Le jeune adulte, producteur de nouvelles relations dans la cohabitation intergénérationnelle", in Marc Molgat et Emmanuelle Maunaye, Les jeunes adultes et leurs parents. Autonomie, liens familiaux et modes de vie, Laval, Presses Universitaire de Laval- Culture et Société, pp. 27-44.
2006, "L’ambiguïté du parent-ami dans les relations parents/enfant au Brésil: contrôle et protection", Recherches Familiales, n°3, La famille: entre production de santé et consommation de soins, pp. 127-136.
2003, "Age et places dans la cohabitation intergénérationnelle", Agora, n°33, Sports et intégration sociale, pp. 98-108.


Bernard ROUDET: Qu'était donc la jeunesse avant de devenir ce qu'elle est aujourd'hui? Retour sur quelques approches historiques des jeunes français
Pour penser un présent en constante mutation, le recours à l’histoire apporte une dimension comparative. Parallèlement à une analyse sociologique des spécificités actuelles de la jeunesse, il importe de comprendre comment cette catégorie sociale s’est constituée historiquement et quels changements l’ont affecté sur le long terme. Nous sommes en effet confrontés aujourd’hui à une figure moderne de la jeunesse, distincte de celle des siècles précédents, mais qui témoigne de son existence comme fait social constant. Cette contribution souhaite donc revenir sur le contexte français de la construction de la jeunesse en tant qu’objet d’étude historique. À travers une présentation synthétique des travaux concernés, seront examinées les pratiques et les représentations de la jeunesse à certaines étapes de l’histoire de notre société: de quelle manière a été organisé le passage de l’enfance à l’âge adulte et quelle place a pu être accordée à la jeunesse? Seront tout particulièrement distinguées les caractéristiques qui différencient l’Ancien régime de la période révolutionnaire et du XIXème siècle.

Références Bibliographiques :

Bernard ROUDET (dir.), Les jeunes en France, Presses de l’université Laval, coll. "Regard sur...", Québec, 2009.
Bernard ROUDET (dir., avec Olivier GALLAND), Les jeunes Européens et leurs valeurs. Europe occidentale, Europe centrale et orientale, La Découverte-INJEP, coll. "Recherches", Paris, 2005.


Thomas SAUVADET: L'entre-soi des jeunes de rue dans trois cités HLM: avant la loi du plus fort, la loi du silence
En s’appuyant sur les données d’une enquête socio-ethnographique menée dans trois cités HLM (deux en région parisienne, une à Marseille), entre 2000 et 2003 (enquête publiée chez Armand Colin en 2006), cette communication présente les différentes facettes de "la loi du silence" qui entoure certains actes dramatiques survenus dans des bandes de garçons (agression à l’arme blanche, bagarre à mains nues, vol). Une "loi" qui conditionne la mise en place de la "loi du plu fort" au sein de ces bandes, en tenant à distance, sans toujours y parvenir, les institutions, les adultes, les parents et les femmes. Cette "loi du silence" témoigne d’un entre-soi dont nous verrons qu’il est à la fois populaire, juvénile, masculin et révélateur des problèmes sociaux de la France d’aujourd’hui. En comparant cet entre-soi avec celui des "bandes de loubards", nous nous interrogerons sur les continuités et les ruptures qui font que la jeunesse concernée n’est plus, ou demeure, ce qu’elle était.

Sébastien SCHEHR: La défection et la soustraction dans les modes d'être et d'agir juvéniles
Traditionnellement appréhendée comme une réaction possible au mécontentement, alternative au conflit et à la prise de parole, la défection tend à s'imposer comme forme majeure d'agir dans les sociétés différenciées. Plus qu'une stratégie optimale, ponctuelle et circonstanciée, nous montrerons que celle-ci apparaît de plus en plus comme une habitude, un trait commun, voire le dénominateur de toute une génération si l'on suit certaines recherches en sociologie de la jeunesse. Partir, fuir, se désengager... ne seraient plus des options marginales et marginalisées mais bien de véritables modes de vie.

Laurent TRÉMEL: Les recherches sur les "jeux vidéos": images du "jeune" et conceptions de l'Université nouvelle
Alors que la pratique des jeux vidéo peut être considérée comme un fait social digne d'intérêt depuis plus de vingt ans, force est de constater que, jusqu'à une date récente, correspondant au début des années 2000, l'université française s'était peu préoccupée de l’étude de cette activité de loisir.
Depuis quelques années, avec notamment l'arrivée sur la scène universitaire d'une génération de "jeunes chercheurs" (souvent joueurs ou anciens joueurs), la tendance s'inverse. Le positionnement de ces intervenants n'est toutefois pas sans soulever quelques questions, puisque ceux-ci participent fréquemment, de par la thématique de leurs travaux — où les "joueurs" sont présentés la plupart du temps, dans une perspective libérale, comme des "acteurs" de leur propre socialisation et où seules les pratiques les plus "remarquables" sont prises comme objet d'étude — mais également leurs interventions médiatiques, à un processus de légitimation sociale et culturelle du médium. Cette posture fait directement écho aux préoccupations des industriels du loisir et se traduit par des collaborations — sous la forme de colloques ou de publications revendiquant un statut scientifique — où la parole du "savant" accompagnera celle des représentants de l'industrie. La tendance s'accentue du fait de la redéfinition des missions de l'université opérée par le gouvernement depuis l'été 2007, qui légitime de tels partenariats.
En parallèle, on assiste à des phénomènes comparables dans le monde journalistique: l'information sur les jeux vidéo provenant en grande partie de "gamers" experts, intervenant sur Internet ou dans les revues spécialisées, dont certains, sous la forme de "blogs" collaborent actuellement aux "grands quotidiens nationaux" (Le Monde et Libération notamment). Eux-aussi, engagés dans une démarche de légitimation de leur passe-temps favori, participent à plein au processus décrit précédemment.
Se basant sur l'analyse d'un corpus constitué d'articles de presse ou de travaux se présentant comme des productions scientifiques (environ 200 références), issu d'un travail de veille scientifique, le propos de la communication sera de rendre compte, à partir de l'étude de cas concrets, des tendances observées. Nous en soulignerons les implications dans une perspective sociologique, notamment au travers de la construction de l'image du "joueur" opérée là, ou encore des incidences que la diffusion de certaines thèses peuvent avoir dans le domaine éducatif. Au bout du compte, si des "jeunes" arrivent à trouver un sens aussi riche à des produits de l'industrie du loisir que celui que l'on décrit parfois dans cette prose, si ceux-ci sont passés maîtres dans la "réappropriation" des nouvelles technologies alors qu'en parallèle ils s'ennuient à l'école, l'Education nationale a-t-elle encore un sens? Ne conviendrait-il pas mieux d'étoffer la gamme des logiciels disponibles sur micro-ordinateurs?

Références Bibliographiques :

Fortin T., Trémel L., Les mythologies des jeux vidéo (titre provisoire). Paris. Le Cavalier bleu, coll. Mytho, à paraître.
Trémel L. (coord.), Les pratiques audiovisuelles. Réflexions sur l'éducation, la culture et la consommation de masse. Dijon, Editions d'un Autre genre, coll. SHS, 2009.


Claude TROTTIER: Les jeunes en difficulté d'insertion professionnelle: victimes de circonstances défavorables ou acteurs de leur insertion?
L’interprétation des difficultés d’insertion des jeunes est l’objet de controverses. Des auteurs mettent l’accent sur des facteurs structurels et la conjoncture économique, d’autres sur l’inadaptation du système éducatif et les carences individuelles de jeunes ou de leur milieu familial. Certains considèrent que les jeunes en difficulté en sont plus ou moins victimes; d’autres estiment qu’ils sont aussi acteurs de leur insertion. Cette communication aborder acette controverse à partir des résultats d’une recherche sur l’insertion de jeunes québécois qui ont interrompu leurs études secondaires. Que sont-ils devenus cinq ans après avoir quitté l’école? Je présenterai tout d’abord la conception de l’insertion professionnelle sous-jacente à cette recherche et j’en décrirai la méthodologie (entrevues semi-structurées et construction d’une typologie). L’analyse des résultats portera sur les quatre types de jeunes qui ont été mis à jour. Et je dégagerai la signification des résultats du point de vue de la controverse qui entoure l’interprétation des difficultés de leur insertion.

Références Bibliographiques :

Ashton, D. (1993). Understanding Change in Youth Labor Market: a Conceptual Framework. Papers from the conference organized by the ESF Network on Transition in Youth, CEDEFOP and GRET. Barcelona: Universitat Autonoma de Barcelona: 12-25.
Demazière, D. et C. Dubar, C. (dir.) (1994). L'insertion professionnelle des jeunes de bas niveaux scolaires. Trajectoires biographiques et contextes structurels. Documents synthèse n°91. Marseille: Centre d'études et de recherches sur les qualifications.
Gauthier, M., J. Hamel, M. Molgat, C. Trottier, C. Turcotte et M. Vultur, M. (2004). L'insertion professionnelle et le rapport au travail des jeunes qui ont interrompu leurs études secondaires ou collégiales en 1996-1997. Étude rétrospective, Montréal: Institut national de la recherche scientifique.
Grell, P. (1990). "Temporalités et banlieu du travail salarié". Société, 30, 39-50.
Nicole-Drancourt, C. et L. Roulleau-Berger (1995). L’insertion de jeunes en France. Paris: Presses universitaires de France.
Schehr, S. (1999). La vie quotidienne des jeunes chômeurs. Paris: Presses universitaires de France.
Trottier, C. et M. Gauthier (2007). "Les cheminements scolaires et l’insertion professionnelle des jeunes qui ont interrompu leurs études secondaires". Pp. 173-193 dans S. Bourdon et M. Vultur  (dir.), Les jeunes et le travail. Québec: Les Éditions de l’IQRC/PUL.
Trottier, C., M. Gauthier et C. Turcotte (2005). "Typologie de jeunes québécois ayant interrompu leurs études du point de vue de leur insertion professionnelle". Interracções, 1, 99-124.
Vincens, J, (1986). L'entrée dans la vie active. Quelques aspects méthodologiques et théoriques, Toulouse : Centre d'études juridiques et économiques de l'emploi, Université des sciences sociales de Toulouse.
Vincens, J. (1997). "L'insertion professionnelle des jeunes. À la recherche d'une définition conventionnelle". Formation Emploi, 60, 21-36.


Patricia VENDRAMIN: Les relations intergénérationnelles au travail: une approche comparative européenne
La communication s’intéresse aux dimensions intergénérationnelles des mutations du rapport au travail. Elle met en évidence les facteurs de solidarité et de tension entre les générations dans le cadre du travail et, par conséquent, elle interroge certaines hypothèses concernant le développement, par la jeune génération, d’attitudes, de valeurs ou de formes de participations nouvelles qui seraient porteuses de conséquences importantes pour les relations entre groupes d’âge. La recherche s’intéresse aux formes contemporaines d’engagement dans le travail ainsi qu’aux perceptions mutuelles des générations. Elle s’interroge sur le lien entre un type de rapport au travail et une vision particulière des générations, et sur les implications en termes de cohésion sociale dans le champ du travail.
La communication se base sur une large investigation empirique, qualitative et quantitative, menée dans six pays en Europe (BE, IT, FR, HU, DE, PT), dans le cadre d’une recherche européenne SPReW (Social patterns of relation to work / Dimensions intergénérationnelles des mutations du rapport au travail). La recherche a été menée dans le cadre du 6ème programme cadre de recherche de l’Union européenne (2006-2008), http://www.ftu-namur.org/sprew.

Mircea VULTUR: Les stratégies d'insertion professionnelle des jeunes et les pratiques de recrutement des entreprises. Vers une intériorisation des structures de fonctionnement du marché du travail
Dans ma communication, je présenterai, dans un premier temps, les traits essentiels de l’accès à l’emploi des jeunes au Québec en mettant l’accent sur les tendances structurelles et les transformations récentes pour examiner ensuite les pratiques de recrutement des entreprises et leur rôle dans la structuration des stratégies d’insertion professionnelle des jeunes. Comment les entreprises recrutent-elles leur main-d’œuvre et comment les stratégies d’insertion des jeunes se structurent-elles en fonction des critères de sélection utilisés par les employeurs dans ce processus? À partir de plusieurs recherches qualitatives menées au Québec, je mettrai en évidence: 1) les changements dans les pratiques de recrutement des entreprises et notamment le phénomène de "naturalisation" de l’expérience professionnelle et 2) les stratégies conséquentes d’"entrée en entreprise" mises en œuvre par les jeunes. Je montrerai que, pour les jeunes, les compétences attendues des travailleurs ne sont plus bien signalées par le diplôme; avoir de l’expérience est souvent plus important parce que cette expérience suppose que l’on soit capable d’obtenir plus facilement un emploi convoité et de faire preuve de qualités personnelles dont les entreprises ont besoin. Les jeunes intègrent les structures de fonctionnement du marché du travail et réagissent activement par rapport au rôle croissant des entreprises dans le processus de validation des compétences et d’insertion professionnelle. Leur comportement renforce, par voie de conséquence, la tendance du fonctionnement actuel du marché du travail à générer une différenciation de plus en plus forte des trajectoires professionnelles et indique l’extrême sensibilité du processus d’insertion à l’évolution des pratiques d’entreprises. À partir de ces constats, je soulèverai, dans un deuxième temps, une série d’interrogations sur les mécanismes socio-économiques actuels (et notamment sur le fonctionnement du marché du travail) et sur les nouvelles formes de socialisation professionnelle qui ont façonné une jeunesse à profil distinct: dotée d’un credo (les échanges à court terme sur un mode transactionnel), d’un programme (suivre sa vocation), d’une pulsion (tout vouloir très rapidement) et d’un principe de réalité (le travail ce n’est pas toute la vie).

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Avec le soutien de la Caisse Nationale d'Allocations Familiales (CNAF),
de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire (INJEP),
de la Mission de la Recherche (MiRe) de la DREES,
de l'Union nationale des Associations familiales (UNAF),
du fonds québécois pour la recherche sur la société et la culture (FQRSC)
et du Secrétariat à la jeunesse du Québec




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