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" Page mise à jour le 6 juillet 2009 "
DU MARDI 23 JUIN (19 H) AU MARDI 30 JUIN (14
H) 2009
LA JEUNESSE N'EST PLUS CE QU'ELLE ÉTAIT...
DIRECTION : Vincenzo CICCHELLI, Olivier GALLAND, Jacques
HAMEL, Catherine PUGEAULT-CICCHELLI
ARGUMENT :
Qu’est-ce que la jeunesse aujourd’hui? Qu’est-ce
qu’être jeune dans les sociétés
actuelles, spécialement dans les pays francophones?
Voué à répondre à ces questions,
ce colloque s’efforcera de brosser un tableau d’ensemble
de la jeunesse en croisant les regards des principaux
chercheurs en la matière issus de l’anthropologie,
de l’histoire, de la sociologie et des autres sciences
sociales. Avant chaque débat, un vis-à-vis
commentera le propos du conférencier, en
vue de fournir à la discussion une vision comparative
ou longitudinale et d’outrepasser, ainsi, les obédiences
théoriques et les traditions nationales.
L’on s’efforcera de préciser les situations
et d’aborder les problèmes au fil des théories
qui s’efforcent de les expliquer et à la
lumière de leurs applications (sous formes d’interventions
sociales et politiques). On examinera aussi l'histoire
récente de la jeunesse en tenant compte, notamment,
des contestations étudiantes à propos
de l’éducation gratuite, de la violence des banlieues
(au motif du droit à la citoyenneté), des
manifestations opposées à l’insertion professionnelle
(sous le signe de la précarité), ainsi que
la culture des jeunes à l’ère d’Internet avec l’intention
de savoir si, comme première génération
numérique en phase avec la société rythmée
par les développements incessants des "nouvelles
technologies de l’information et de la communication" (NTIC),
ils peuvent orienter la vie sociale.
D’un mot, l’on se demandera si, selon l’expression
consacrée, la jeunesse n’est plus ce qu’elle
était.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 23 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et
des participants
Mercredi 24 juin
Matin:
La jeunesse n'est plus ce qu'elle était...
François
DUBET: La jeunesse n'est-elle "qu'un mot"?
Madeleine
GAUTHIER: Les représentations de la jeunesse
Après-midi:
Olivier GALLAND: Le malaise
de la jeunesse française
Bernard ROUDET:
Qu'était donc la jeunesse avant de devenir
ce qu'elle est aujourd'hui? Retour sur quelques
approches historiques des jeunes français
Guy BAJOIT:
Une jeunesse libre et assujettie
Jeudi 25 juin
Matin:
Jeunes scolarisés et étudiants
Mathias
MILLET: Quelle jeunesse pour les "vaincus" de
la compétition scolaire? L'exemple de collégiens
en ruptures scolaires issus des milieux populaires
Sylvain BOURDON: La nouvelle
jeunesse étudiante, entre études,
travail et temps libre
Stéphanie
GARNEAU & Annie PILOTE: Trajectoire, parcours,
carrière, bifurcation...? Les migrations pour
études de jeunes francophones au Canada
Après-midi:
Jean-François
GUILLAUME: "Comme Daniel dans la fosse aux
lions...". Heurs et malheurs de l'institution scolaire
en Belgique francophone
Jacques HAMEL:
Etudier et être étudiant, quelles valeurs chez les jeunes
d'aujourd'hui?
Vincenzo
CICCHELLI: Le grand (dé)tour. Le séjour Erasmus,
une bildung cosmopolite
Vendredi 26 juin
Matin:
Nouvelles formes d'insertion
Claude
TROTTIER: Les jeunes en difficulté d'insertion
professionnelle: victimes de circonstances défavorables
ou acteurs de leur insertion?
Emmanuelle MAUNAYE: Les enjeux
de l'insertion professionnelle des étudiants: comment
gérer la sortie des études et de l'Université?
Séverine MISSET: Le
renouvellement des générations ouvrières:
le cas des jeunes ouvriers qualifiés
Après-midi:
Mircea VULTUR:
Les stratégies d'insertion professionnelle
des jeunes et les pratiques de recrutement des entreprises.
Vers une intériorisation des structures
de fonctionnement du marché du travail
Stéphane
MOULIN: Les catégories de l'insertion des jeunes:
une comparaison France/Québec
Gérard
MAUGER: La désouvriérisation de
la jeunesse ouvrière en France au tournant des
années 1980
Samedi 27 juin
Matin:
Entrée dans la vie adulte et
socialisation
Claire BIDART
& Maria Eugenia LONGO: Processus, combinatoires,
entourages: autres regards sur la jeunesse
Valérie
GERMAIN: L'entrée dans la vie adulte:
quelle analyse "sociologique" sur le long terme?
Edith HEURGON
& Guillaume MACHER: Quelle adolescence pour
quelle jeunesse? Comment grandit-on dans le Val de Marne?
Après-midi:
DÉTENTE
Dimanche 28 juin
Matin:
Jeunesses, valeurs et citoyenneté
Henri ECKERT: Les jeunes,
les études, le travail, l'autonomie...
Solange LEFEBVRE: Jeunesse
et religion: perspective comparative entre l'Europe de l'Ouest et
l'Amérique du Nord
Patricia VENDRAMIN: Les
relations intergénérationnelles
au travail: une approche comparative européenne
Après-midi:
Formes protestataires et nouvelles formes
de solidarité
Thomas
SAUVADET: L'entre-soi des jeunes de rue dans trois cités
HLM: avant la loi du plus fort, la loi du silence
Sébastien SCHEHR:
La défection et la soustraction dans les modes
d'être et d'agir juvéniles
Marc BREVIGLIERI:
La provocation. Mondes habités et régions
hostiles à l'adolescence
Lundi 29 juin
Matin:
Vie amoureuse, vie familiale et relations
intergénérationnelles
Elsa RAMOS: La vulnérabilité
"ordinaire" à l'adolescence
Hélène
BELLEAU: Les comptes amoureux des jeunes
couples québécois
Catherine
PUGEAULT-CICCHELLI: Etre jeune et se fiancer: une option conjugale
réversible
Après-midi:
Cultures adolescentes
Laurent
TRÉMEL: Les recherches sur les "jeux vidéos":
images du "jeune" et conceptions de l'Université
nouvelle
Dominique PASQUIER: Le
tribunal des pairs: nouvelles questions?
Aurélia MARDON: Les
négociations entre les parents et les enfants autour
de l'apparence au moment de l'entrée dans l'adolescence
Mardi 30 juin
Matin:
Conclusions
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Guy BAJOIT: Une
jeunesse libre et assujettie
Le modèle culturel qui règne aujourd'hui
sur les sociétés occidentales contemporaines appelle
les jeunes à se conduire comme des sujets, à être
les acteurs de leur existence, afin de se construire comme des
individus libres. Mais que signifie être libre? À quoi
reconnaît-on un acte libre? Et, compte tenu des critères
qui permettent d'identifier de tels actes, peut-on affirmer que les
"jeunes d'aujourd'hui" sont plus libres que l'étaient ceux d'hier?
Hélène
BELLEAU: Les comptes amoureux des jeunes
couples québécois
Dans une société telle
que le Québec, qui porte un puissant discours égalitaire,
hommes et femmes conjuguent un idéal amoureux fondé
sur le don, la solidarité et le désintérêt
avec des valeurs d'autonomie, d'indépendance et d'égalité.
Mais cet idéal de la relation conjugale à la
fois intime, égalitaire et détachée des
contraintes sociales bute sur la réalité quotidienne
des jeunes couples. Il tend à minimiser, voire à exclure
du paysage conjugal les inégalités structurelles,
les rapports de genre, les idéaux culturels de la relation amoureuse,
mais aussi le fait que les formes instituées de la parenté,
de l'alliance et de la filiation ont encore aujourd'hui une influence
non négligeable sur les individus. L'analyse de deux enquêtes
réalisées entre 2005 et 2008 auprès de plus
d'une centaine de couples résidant au Québec,
a permis de mettre en évidence, par le biais notamment
d'une analyse des modes de gestion de l'argent comme révélateur,
des conceptions différentes des normes d'égalité
et de questionner plus fondamentalement la notion de "solidarité
conjugale". Cet exposé s'attardera plus spécifiquement
à l'analyse des rapports conjuguaux chez une trentaine de jeunes
âgés entre 20 et 35 ans.
Références
Bibliographiques :
Belleau H. et Henchoz C. (2008),
L'usage de l'argent dans le couple: pratiques et perceptions
des comptes amoureux. Perspective internationale, L'Harmattan,
Paris.
Belleau H. et Ouellette F.-R., "L'argent
et la famille", n°2, printemps 2005, in Enfances,
Familles, Générations.
Belleau H. et Le Gall J., "Les jeunes
d'ici et d'ailleurs: de la rencontre des valeurs à
la distinction des genres", in G. Pronovost et C. Royer (dir.),
Les valeurs des jeunes. Etat de la question, 2004,
p. 187-204.
Claire BIDART & Maria Eugenia
LONGO: Processus, combinatoires, entourages: autres
regards sur la jeunesse
Nous proposons d'envisager
la transition entre la vie étudiante et la vie
professionnelle comme un véritable processus, qui engage
des interactions entre divers domaines et échelles.
Il s'agit alors de privilégier le caractère
dynamique de ce processus, de prendre en considération
des éléments qui ne se limitent pas au domaine professionnel,
et de dépasser la dimension strictement individuelle
du parcours. Cette ambition comporte des conséquences
méthodologiques que nous discuterons à partir d'une
enquête qualitative longitudinale par panel qui permet
de travailler les temporalités des parcours dans une
réelle diachronie. Les articulations entre les différentes
sphères de la vie y sont questionnées en particulier
au moment des "carrefours" biographiques dans lesquels se présentent
des choix et sont prises des décisions. De plus, la prise
en considération du réseau relationnel permet d'évaluer
l'emprise de l'entourage sur les parcours... qui ne sont alors
plus aussi individuels qu'on le croit. Entre changement et permanence,
la jeunesse reste bien en tout cas une question sociale.
Références
Bibliographiques :
Bidart C., 2008, en collaboration
avec Patrice Cacciuttolo, "Dynamiques des réseaux
personnels et processus de socialisation: évolutions
et influences des entourages lors des transitions vers la
vie adulte", Revue Française de Sociologie,
49-3, pp.559-583.
Bidart C., "Devenir adulte:
un processus", in VRANCKEN D. et THOMSIN L., Vers
un Etat biographique ? L'Etat social à l'épreuve
des parcours de vie, Juin 2008, Academia Bruylant, collection
"Intellection", pp.209-225.
Bidart C., Pellissier A.,
2007, "Entre parents et enfants: liens et relations
à l'épreuve du cheminement vers la vie adulte",
Recherches et prévisions, n°90, pp.29-39.
Bidart C., Longo M. E., "Bifurcations
biographiques et évolutions des rapports au
travail", XIVèmes Journées du Longitudinal
"Ruptures, irréversibilités et imbrications de
trajectoires ; comment sécuriser les parcours professionnels?",
Orléans, 30 et 31 mai 2007, Relief échanges
du Céreq, n°22, Juillet 2007, pp.27-38.
Bidart C., "Crises, décisions
et temporalités : autour des bifurcations biographiques",
avril 2006, Cahiers internationaux de sociologie,
Trajectoires sociales et bifurcations, n° 120, pp.29-57.
Bidart C. (dir.), Devenir
adulte aujourd'hui : perspectives internationales,
INJEP, Collection "Débats-Jeunesse", L'Harmattan,
Octobre 2006, 232 p.
Bidart C., Lavenu D., "Evolutions
of personal networks and life events", avec Daniel Lavenu,
oct. 2005, Social Networks, vol.27, n°4,
pp. 359-376.
Bidart C., "Les temps de
la vie et les cheminements vers l'âge adulte",
2005, Lien Social et Politiques, n°54, pp.51-63.
Bidart C., Pellissier A.,
2002, "Copains d'école, copains de travail. Evolution
des modes de sociabilité d'une cohorte de jeunes",
Réseaux, vol.20, n°115, p.17-49.
Bidart C., "Se dire adulte",
in Juan S., Le Gall D. (dir.), 2002, Conditions
et genres de vie. Chroniques d'une autre France, L'Harmattan,
p.153-169.
Bidart C., 2001, "Faire couple
- Introduction", Agora-Débats jeunesses,
n°23.
Bidart C., 1999, "Se lier
et s'orienter - Introduction", Agora - Débats
jeunesses, n°17, pp.7-17.
Bidart C., 1999, "Les
âges de l’amitié : cours de la vie et formes de
socialisation", in G. Ravis-Giordani (ed.), Amitiés,
anthropologie et histoire, Aix en Provence, Presses
de l’Université de Provence, pp. 421-435.
Longo, María Eugenia
(à paraître). “Reflexiones en torno a la construcción
de trayectorias profesionales”, in Revista Asociacion
de Estudios del Trabajo, Buenos Aires.
Longo, María Eugenia,
JACINTO, Claudia, WOLF, Mariela, BESSEGA, Carla. 2007.
“Jóvenes, precariedades y sentidos del trabajo. Un
estudio en Argentina”, en Revista Medio Ambiente y Urbanización,
IIED-AL, n° 66, abril.
Longo, María Eugenia
(2006) “Trayectorias laborales de jóvenes: algunas
implicancias de las nuevas modalidades de socialización
en el trabajo” en Ximena Díaz, Lorena Godoy, Antonio
Stecher y Juan Pablo Toro (coord.). Trabajo, Identidad
y Vínculo Social: Reflexiones y experiencias en el capitalismo
flexible, Editorial: CEM y Universidad Diego Portales.
Longo, María Eugenia,
LAPORTE, Mariana, BOCALEONNI, Stefania (2005). “Pensar
las experiencias desde las propias experiencias”, en ABDALA
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de jóvenes: entre el escepticismo y la construcción
colectiva, redEtis-Fundación SES-MLAL-Cinterfor,
Montevideo.
Longo, María Eugenia
(2004). “Los confines de la integración social.
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Osvaldo (coor.) El trabajo frente al espejo. Identidad y representaciones
en el mundo del trabajo. Editorial Prometeo, Buenos Aires.
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Longo, María Eugenia
(2003). “Lo que queda a los jóvenes. Capital
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in Capital Social de los y las jóvenes. Propuestas
para programas y proyectos. Volumen II, Serie Políticas
Sociales, CEPAL- ONU, Santiago de Chile. Pag. 31-41.
Sylvain BOURDON: La nouvelle jeunesse
étudiante, entre études, travail
et temps libre
Comme période
de la vie et comme phénomène social,
la jeunesse est d’abord conçue dans l’interstice entre
l’enfance et l’âge adulte où elle tire son existence
du seul fait de l’allongement de cette période d’incertitude
au plan du positionnement social. Si la jeunesse n’est plus ce
qu’elle était aujourd’hui, ce n’est pas tant dans la
désynchronisation accrue des divers passages vers la vie
adulte que dans l’accroissement de leur porosité et dans
leur caractère de moins en moins linéaire qu’on
peut en trouver les marques. C’est sur cette nouvelle donne que
nous réfléchirons en examinant plus particulièrement
l’organisation des études, du travail et des temps
libres des jeunes étudiants en s’appuyant sur les
données d’une enquête longitudinale mixte menée
auprès de jeunes en début d’études postsecondaires
au Québec. En plus d’un nouveau rapport à l’activité
et au temps, ce sont de nouvelles formes d’insertion sociale et de
nouvelles modalités de l’être jeune dans nos
sociétés du risque qu’on voit ainsi se dessiner.
Références
Bibliographiques :
Bourdon, S. et
Bélisle, R. (2005). "Temps de rencontre et
rencontre de temporalités. L'intervention auprès
de jeunes adultes marginalisés comme médiation
des temporalités institutionnelles et individuelles".
Lien social et politiques - RIAC, (54), 173-184.
Bourdon, S. (2001).
"Les jeunes de l'école à l'emploi: l'hyperactivité
comme adaptation à la précarité au Québec". Dans
L. Roulleau-Berger et M. Gauthier (dir.), Les jeunes et
l'emploi dans les villes d'Europe et d'Amérique du Nord
(pp. 73-85). Paris: Éditions de l'Aube.
Bourdon, S. et
Vultur, M. (dir.). (2007). Les jeunes et le travail.
Sainte-Foy: Presses de l'Université Laval.
Bourdon, S., Charbonneau,
J., Cournoyer, L. et Lapostolle, L. (2007). Famille,
réseaux et persévérance au collégial
Phase 1. Rapport de recherche. Sherbrooke: Équipe
de recherche sur les transitions et l'apprentissage (ÉRTA).
Laranjeira, D.
H. P., Bourdon, S. et Teixeira, A. M. F. (2007). "Juventude,
Trabalho, Educação: os jovens são
o futuro do Brasil?", Caderno CRH, 20(49), 95-105.
Marc BREVIGLIERI:
La provocation. Mondes habités et régions
hostiles à l'adolescence
Une anthropologie de l’adolescence ne peut pas
faire l’économie de penser la question de la provocation.
Il y a, dans l’acte provocateur, une manière d’imposer
une turbulence dans l’ordre des choses, d’imprimer un choc et
de libérer des espaces potentiels particulièrement
convoités à l’adolescence. Produit sur le domaine public,
hors du monde habité par l’enfance, la provocation de l’adolescent
s’enlève sur un certain optimisme au sens où il pense
pouvoir produire une métamorphose dans un monde hostile qu’il
peut juger enclin à céder, c’est-à-dire à
se mettre à tourner autrement. L’action provocatrice pose généralement
un certain type de problème au domaine public, elle peut
s’avérer inconciliable avec les principes communs du "vivre-ensemble"
qui le structurent. L’expérience de la provocation permet
ainsi à l’adolescent de tester la pénétrabilité
du domaine public qu’il connaît mal en un sens. En tant que provocateur,
et bien qu’il biaise et rejette alors intentionnellement les épreuves
les plus conventionnelles de ce domaine public, il y connaît
une phase d’apprentissage intense, notamment en mettant en jeu le
noyau de valeur relatif à l’idée de maturité.
Vincenzo
CICCHELLI: Le grand (dé)tour. Le séjour Erasmus,
une bildung cosmopolite
Cette communication s’inscrit dans ce récent
courant de recherches (essentiellement anglo-saxon) qui porte
sur l’émergence d’une conscience et de pratiques cosmopolites
au sein d’une configuration historico-sociale où les
unités d’analyse ne sauraient plus être exclusivement
nationales. Les questions qui seront traitées peuvent
se formuler de la façon suivante: quels traits pourraient-ils
caractériser l’éducation de l’honnête homme
(femme) contemporain dans des sociétés caractérisées
par une plus grande circulation des individus et des produits
culturels? Cet individu censé vivre dans structures sociales
encore nationales, mais aux frontières culturelles plus
poreuses, est-il pour autant plus cosmopolite? Et si c’est le cas,
quels contenus prend cette nouvelle conception de soi, du rapport
à Autrui et du monde? Quelle est la part d’ombre de cette nouvelle
injonction à accepter la différence culturelle, voire
à s'en saisir pour construire sa propre identité? Pour
répondre à ces questions, sera exploré le processus
instable, réversible et ambivalent d'ouverture et fermeture
aux cultures des autres pays européens (processus que nous
avons appelé Bildung cosmopolite) qui se réalise
lors des séjours des étudiants dans le cadre des mobilités
académiques internationales de type Erasmus.
François DUBET: La jeunesse
n'est-elle "qu'un mot"?
Il n'est
guère d'articles, de thèses ou de livres
consacrés à la jeunesse qui ne reprenne
le célèbre mot de Bourdieu: "La jeunesse n'est
qu'un mot". Sans doute y a-t-il plusieurs jeunesses, comme
il y a plusieurs vieillesses, plusieurs conditions féminines,
plusieurs classes ouvrières, plusieurs expériences
sociales déterminées et redéfinies par des
conditions et des contextes singuliers. Pour autant, on peut
supposer que cette diversité, qui peut se fractionner
à l'infini, n'interdit pas de s'interroger sur ce qui
fait la pertinence de certaines catégories dont celle de
jeunesse. Je proposerai donc de croiser l'unité d'une épreuve
juvénile avec la diversité de ses constructions.
Henri ECKERT: Les jeunes, les études,
le travail, l'autonomie...
L'engagement dans le travail salarié pendant les
études — c'est-à-dire le cumul d'un emploi,
à temps partiel le plus souvent, avec la poursuite
d'études à temps plein — interroge directement
la catégorie "jeunesse". Celle-ci a émergé
avec la prolongation des scolarités et le report concomitant
de l'âge auquel les jeunes entrent dans la vie active:
que reste-t-il de ce temps dévolu non seulement à
l'acquisition d'une culture générale et des connaissances
nécessaires à la vie professionnelle mais
disponible aussi pour rencontrer les autres, quelquefois abandonné
à l'insouciance — sinon à la "frivolité" —, dès
lors que l'activité salariée entame cette disponibilité?
La catégorie "jeunesse" ne tiendrait-elle pas
à se défaire, au risque de n'être plus "qu'un
mot", dès lors que les emplois du temps surchargés
limitent la place du temps libre, tendent à restaurer les
conditions d'un contrôle social sur cet âge qui
fut célébré comme celui de la liberté et
incitent à douter de l'autonomie que le salaire permettrait?
Ces questions seront abordées à l'occasion d'une comparaison
entre les situations actuelles des jeunes scolarisés,
au Québec et en France.
Olivier GALLAND:
Le malaise de la jeunesse française
Les jeunes français sont parmi les plus
pessimistes de tous les européens, ils n’ont confiance
ni dans l’avenir, ni dans les autres, ni dans la société
en général. Il faut donc essayer de comprendre et
d’expliquer cette situation. Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur?
Ont-ils de bonnes raisons de craindre à ce point l’avenir? Les
thèses classiques avancées à ce sujet peuvent
se regrouper sous le terme "d’explications générationnelles"
qui fonctionnent sur trois registres différents.
Le premier registre est celui des discriminations
économiques qui peuvent être résumées
en trois points: 1) la flexibilité de l’économie et la
précarité de l’emploi s’accroissent et ce poids de la
précarité repose presque entièrement sur les jeunes;
2) l’ascenseur social est en panne 3) les deux facteurs précédents
rendent l’accès des jeunes français à l’indépendance
extrêmement problématique et parfois impossible. Une
seconde explication générationnelle est assez différente.
Elle revient à dire qu’il y a dans les familles une crise
de la transmission ou une crise de l’éducation. Une dernière
explication, plutôt de nature politique au sens large, part
du constat de la sous-représentation politique des jeunes. Ces
explications générationnelles ont en commun de traiter
la question d’un point de vue discriminatoire (la jeunesse est sous-dotée
économiquement, sous-encadrée moralement, sous-représentée
politiquement) en opposant les jeunes au reste de la société.
Elles ont leur valeur, mais elles manquent une partie de la question.
Une autre façon de voir le problème est de considérer
la jeunesse, ses doutes et ses angoisses, non plus d’un point de vue
victimaire mais comme un révélateur de la crise, institutionnelle
et culturelle, du modèle français de formation. C’est
une crise du modèle méritocratique à la française.
Ce modèle correspond en fait à ce qu’on appelle "l’élitisme
républicain", c’est-à-dire la sélection des meilleurs
selon le principe de la seule récompense du talent et des efforts
de chacun. Ce modèle pouvait fonctionner dans un état antérieur
du système éducatif où une grande partie des élèves
n’avaient de toute façon pas accès aux filières
générales de l’enseignement secondaire. Il ne fonctionne
plus dans une école de masse qui a à gérer
des talents et des aspirations scolaires de plus en plus diverses.
Dans cette école de masse, l’obsession du classement scolaire
qui est à la base de l’élitisme républicain
et la vision dichotomique de la réussite qui sépare les
vainqueurs et les vaincus de la sélection scolaire, aboutit donc
à un système qui élimine plutôt que de promouvoir
le plus grand nombre, qui produit du découragement et qui atteint
l’estime de soi. Le paradoxe c’est que ce système méritocratique
français très élitiste est théoriquement
fondé sur une conception très exigeante de l’égalité:
chacun doit avoir les mêmes chances. Mais ces principes égalitaires
sont trop formels et finissent par produire les résultats inverses
de leurs intentions.
Stéphanie GARNEAU &
Annie PILOTE: Trajectoire, parcours, carrière,
bifurcation...? Les migrations pour études
de jeunes francophones au Canada
À partir
d’une recherche portant sur les migrations pour des
études universitaires de jeunes originaires de
contextes francophones minoritaires au Canada, nous discuterons
des enjeux théoriques soulevés par l’usage
des notions de parcours, de trajectoire, de carrière
et de bifurcation. L'observation des transactions entre,
d’une part, des acteurs politiques et institutionnels placés
en tension entre une gestion comptable de l'enseignement supérieur
et la défense de la francophonie et, d’autre part,
des jeunes étudiants également pris entre deux
rationalités, identitaire et instrumentale, permet
de contextualiser spatialement et temporellement le vécu
étudiant de ces jeunes. Nous montrerons la pertinence d’emprunter
une approche analytique en termes de parcours, laquelle implique
de resituer l'individu dans la pluralité des mondes sociaux
traversés au cours de sa vie — mondes faits de structures sociales
et de significations symboliques — tout en allouant des marges
de contournement et d’appropriation individuelle et subjective aux
acteurs sociaux.
Madeleine GAUTHIER: Les représentations
de la jeunesse
Le thème du colloque
peut susciter diverses réactions. Une première
est d’ordre émotif. Comment ne pas associer cette
affirmation à cette autre qui magnifie le passé:
"On n’a plus les jeunes qu’on avait...", une de ces phrases
assassines du type "Le niveau baisse!" à laquelle Baudelot
et Establet ont répondu: Le niveau monte (1989).
Une deuxième réaction suscite le doute: "La jeunesse
a-t-elle autant changé qu’on le dit?". Revient en tête
Street Corner Society (Whyte, 1943). Comment alors éviter
la comparaison avec La galère (Dubet, 1987)
ou La rue attractive (Parazelli, 2002)? Enfin, finit-on
par se dire: "Et si la jeunesse n’était plus ce qu’elle
était..."! Remontent à la mémoire ces nombreux
travaux sur la jeunesse depuis Rioux (1969), Dumont (1986),
Galland (1991) et tant d’autres qui permettent de mettre en relief
ceux d’aujourd’hui. Il y a tant à lire dans le regard...
Jeunes d’hier ou jeunes d’aujourd’hui, ils ne cessent de révéler
leur sensibilité à la conjoncture, mais aussi leur
capacité d’agir et de réagir. Quel beau livre de chevet
que Children of the Great Depression (Elder, 1974) pour
préparer la trame de quelques représentations de
la jeunesse.
Valérie GERMAIN: L'entrée
dans la vie adulte: quelle analyse "sociologique"
sur le long terme?
L’analyse sociologique
de la jeunesse comme processus d’entrée dans
la vie adulte depuis bientôt un quart de siècle
en France a permis de détailler l’étude
de "calendriers" considérés comme pertinents
et décisifs (décohabitation, mise en couple,
...). Les différences de comportements exhibées
ont révélé l’influence des appartenances sociales
des jeunes: appartenance de sexe, statut d’activité,
origine sociale, etc. La prise en compte de ces "variables" s’est
faite dans un contexte "sociétal" caractérisé
à la fois par une expansion quantitative sans précédent
du statut étudiant et par une précarisation des
conditions d’entrée dans la vie active, elle-même annonciatrice
d’une fragilisation globale des statuts socio-professionnels adultes.
Quelle analyse "sociologique" sur le long terme peut-on mener
de l’entrée dans la vie adulte? Les tendances observées
mettent en discussion les modèles sociaux et sexués
de comportements. A l’heure où l’accroissement continu de
son public s’interrompt et que sa différenciation interne est
apparu au grand jour, la jeunesse étudiante présentée
communément comme le statut socioculturel de référence
désigne plus que jamais, mais sous de nouveaux traits,
une situation relative. Ce questionnement constituera la trame
de la communication proposée.
Jean-François GUILLAUME:
"Comme Daniel dans la fosse aux lions...". Heurs
et malheurs de l'institution scolaire en Belgique francophone
On peut considérer
que la jeunesse est en grande partie ce que les
dispositifs institutionnels font d’elle. Ou, en d’autres
termes, que les pratiques juvéniles (celles des cohortes
les plus jeunes) sont constituées en tant qu’objets
d’analyse ou d’intervention dès lors qu’elles
défient ou contredisent les logiques institutionnelles
ou instituées. Tout un travail de catégorisation
est alors mis en œuvre pour identifier, isoler, cerner,
définir la spécificité de ces pratiques
et pour orienter les actions correctrices auxquelles il
convient de procéder. Bien souvent — voire de plus en
plus souvent — la jeunesse est appréhendée
sous l’angle des problèmes qu’elle soulève ou suscite.
Certes, les institutions de socialisation sont aujourd’hui
moins fortes ; elles sont en déclin parce qu’elles
ne peuvent plus s’appuyer sur un programme institutionnel aussi
fort ou sur des valeurs "hautes". Leur légitimité
ne va plus de soi ; elle est à construire. Il se pourrait alors
que les problèmes de la jeunesse nous apprennent beaucoup
plus sur les défaillances ou les défauts des dispositifs
normatifs et l’obsolescence des logiques institutionnelles que
sur l’incapacité des jeunes à identifier, à
adopter et à intégrer les normes de comportement attendues.
Le fossé se creuse d’autant plus entre "les jeunes" (ou certains
d’entre eux) et les représentants des institutions que dans
le processus de transmission intergénérationnelle,
l’ordre des places est bousculé par la diffusion de ressources
nouvelles propres à certains contextes sociétaux.
Ainsi, le développement actuel des technologies de
l’information et de la communication a-t-il singulièrement
modifié les rapports de domination basés à
la fois sur les possibilités ou les chances d’accès
à des ressources culturelles, cognitives et informatives,
et sur le contrôle exercé sur leur diffusion.
Nous envisagerons
cette double hypothèse au départ d’observations
réalisées dans le cadre d’établissements
scolaires situés dans des zones défavorisées
(discrimination positive) et de travaux réalisés
avec des futurs enseignants autour de la thématique
de l’autorité. D’un côté, on montrera
en quoi certaines dispositions légales contribuent
à modifier ou à affaiblir le rapport à la norme.
D’un autre côté, on s’attardera sur les schèmes
qui structurent la représentation que se font les
futurs enseignants de la relation pédagogique, ceux
dont ils font usage pour identifier les problèmes susceptibles
d’entraver le déroulement d’une leçon en classe,
ceux qui transforment un événement, parfois anodin,
en un incident parfois redoutable. On tentera ainsi d’appréhender
les modalités du contrôle exercé sur les élèves,
et les effets qu’ils induisent, à force de se répéter
dans le cours des interactions quotidiennes. En nous attardant
sur le cas précis de l’institution scolaire, nous suggérerons
qu’il convient de prendre au sérieux les plus banales
des routines, celles qui ne semblent pas dignes d’attention, mais
qui portent en elles les caractéristiques les plus marquantes
d’un processus d’encadrement de la jeunesse.
Jacques HAMEL:
Etudier et être étudiant, quelles valeurs chez les
jeunes d'aujourd'hui?
Quelles valeurs revêtent étudier
et être étudiant chez les jeunes d’aujourd’hui ?
Après avoir défini la notion sous ce chef, on cherchera
donc à cerner les valeurs à l’œuvre à l’égard
1) de l’engagement dans les études supérieures, 2)
du rythme des études, 3) du temps consacré aux études
et à celui passé dans les établissements, et 4)
de l’identité étudiante L'étude ciblera les étudiants
inscrits aux programmes collégiaux et universitaires en médecine,
en travail social et en sociologie. L'exposé s'appuiera principalement
sur les résultats d'un sondage en ligne conduit sur le sujet
durant l'été 2007 (auquel ont collaboré près
de 2 000 étudiants) et d'entrevues réalisées auprès
d'un échantillon de cette population étudiante dont
l'analyse s’établit, sous l'une et l'autre approche, à
la lumière de la distinction entre valeurs "instrumentales" ou
"expressives".
En bref, les valeurs acquièrent une qualité
instrumentale lorsqu’elles s’axent sur une conception fondée
sur la relation d’un moyen par rapport à une fin tandis
qu’elles sont qualifiées "expressives" quand cette conception
s’élargit à des "sentiments", voire à des
symboles d’accomplissement personnel et d’identité.
Edith HEURGON & Guillaume MACHER:
Quelle adolescence pour quelle jeunesse? Comment
grandit-on dans le Val de Marne?
En
2006, le Conseil général du Val de
Marne, dans le cadre d’un partenariat avec le Centre
culturel international de Cerisy, a animé une démarche
de prospective partagée sur "Les rythmes
de vie des adolescents" avec les objectifs suivants: mieux
comprendre les ados, leurs manières d’être et
d’agir, les regards qu’ils portent sur la société,
les questions qu’ils se posent; les appréhender au travers
de leurs pratiques de loisirs; croiser leurs regards avec ceux
des parents, des éducateurs, des acteurs culturels;
proposer des grilles de lecture permettant de les saisir en
"situations" comme "sujets" en cours de construction, susceptibles
d’apprendre des choses aux adultes sur l’évolution
de la société ; nourrir le projet éducatif du département
visant à promouvoir le développement individuel et social
des collégiens.
Pilotée
par un groupe réunissant des acteurs du
département et de la ville (sous la direction
de Boris Petroff et Françoise Daphnis), la démarche,
d’une durée de trois ans, a connu plusieurs étapes
faisant appel à une variété d’approches méthodologiques
et donné lieu à plusieurs restitutions devant les
divers publics concernés.
- une
synthèse bibliographique et la formulation
de questions prospectives (Edith Heurgon, prospectiviste)
:
- une approche
urbanistique et socio-économique pour repérer
les pratiques et fabriques des jeunes à Vitry
sur Seine, au travers de leurs déambulations (Nicolas
Louvet et Marion Tillous, cabinet 6t) ;
- une recherche
qualitative sur les pratiques de danse des adolescents
au collège, au conservatoire et dans la
rue, au travers de groupes de paroles et d’entretiens
auprès des parents et éducateurs (Catherine Espinasse,
psycho-sociologue) ;
- sur
la base des résultats précédents,
une enquête quantitative sur 3 collèges
de Vitry (CSA) dépouillée avec
le concours de Guillaume Macher (CERLIS) ;
- une
synthèse de l’ensemble de la démarche
avec les acteurs du département et de la ville
(Edith Heurgon avec le concours de Guillaume Macher).
L’exposé
envisage de présenter, d’une part la démarche
d’intelligence collective mise en œuvre à cette
occasion, d’autre part la synthèse des principaux
résultats au regard de la problématique
du colloque, enfin d’argumenter l’hypothèse prospective
consistant à envisager les ados moins comme un groupe
à risque que dans leur aptitude à constituer une
ressource pour comprendre une société en mouvement.
Solange LEFEBVRE:
Jeunesse et religion: perspective comparative entre l'Europe de
l'Ouest et l'Amérique du Nord
Au terme d’une quinzaine d’années d’enquêtes
successives sur la religion, en particulier le christianisme,
et les groupes d’âge et générations, cet exposé
réfléchit sur les conditions culturelles et sociales communes
suscitant une transformation du paysage religieux contemporain,
dans plusieurs pays d’Occident. Le groupe des jeunes, adolescents
et très jeunes adultes, est révélateur. Le
rapport aux religions se fonde à plusieurs égards dans
leurs conditions psychosociologiques et culturelles. Il est aussi vrai
que les contextes régionaux et nationaux induisent des particularités.
Que peut-on nommer comme tendance commune? La jeunesse comme période
de transition et de marge, investit le champ religieux selon cette
condition liminale. Sur le plan sociologique du rapport aux institutions
du sens, l’individualisation de la religion, comme tendance s’accentuant
depuis la période d’après-guerre, est radicalisée
au sein des jeunes générations, et même aux États-Unis,
où l’on observe une forte dynamique du choix. Les jeunes investissent
le champ religieux et, plus largement spirituel, avec leurs expressions
culturelles. La distinction entre religion et spiritualité se
trouve éclairante à ce titre. La privatisation du religieux,
dimension inhérente au phénomène très discuté
de la sécularisation, rend l’objet parfois insaisissable. Si bien
que ce qu’on appelle "pratique religieuse" devient un objet multiple
et subtil. L’exposé élaborera ces perspectives, tout en
rendant compte de quelques résultats d’une recherche pancanadienne
sur les jeunes adultes immigrés de deuxième génération
et leur héritage religieux.
Aurélia MARDON: Les négociations
entre les parents et les enfants autour de l'apparence
au moment de l'entrée dans l'adolescence
Les pratiques vestimentaires
occupent une place centrale dans la construction
de l’identité adolescente. Depuis plusieurs années,
des recherches ont souligné la plus grande précocité
avec laquelle les garçons et les filles affichent leur
appartenance à la culture adolescente. Cet affichage
s’opère dès l’entrée au collège
et peut prendre plusieurs formes: celle de l’adoption de
styles vestimentaires, ou celle de la sexualisation du corps.
Face à ces transformations, les parents ne restent généralement
pas passifs. Entre parents et enfants, les pratiques vestimentaires
font notamment l’objet de négociations. Notre communication
se propose de montrer la place de ces négociations dans la
construction de l’identité vestimentaire des collégiens
et des collégiennes. Elle s’appuiera sur des entretiens
réalisés avec des préadolescents ainsi
qu’avec des parents. Elle est issue d’une recherche portant sur la
socialisation corporelle des préadolescentes qui était
abordée à travers deux de ses enjeux, la puberté
et l’apparence (Mardon, 2006).
Références
Bibliographiques :
Mardon, A, 2009, Les
premières des jeunes filles: puberté et entrée
dans l’adolescence. Sociétés contemporaines
(A paraître).
Mardon, A, 2006, La
Socialisation corporelle des préadolescentes.
Thèse de Sociologie. Université de Paris
X.
Mardon, A, 2005, "Comment
la parure vient aux jeunes filles", Genres de
vie et intimités. Dir. Didier Le Gall, Paris: L’Harmattan.
Gérard
MAUGER: La désouvriérisation de
la jeunesse ouvrière en France au tournant des
années 1980
En s'appuyant sur une enquête menée
entre la fin des années 1970 et le début des années
1980, on s'efforcera de montrer comment les mécanismes
de reproduction qui conduisaient, en définitive, mais pas
toujours sans réticences, les enfants d'ouvriers de l'école
à l'usine et de la famille d'origine à la famille de
procréation se sont enrayés (on parlait alors en France
d'"allergie au travail" ou de "refus du travail industriel") et, pour
partie, transformés.
Emmanuelle
MAUNAYE: Les enjeux de l'insertion professionnelle
des étudiants: comment gérer la sortie des
études et de l'Université?
Le sens et les représentations que les étudiants
construisent de leurs études et de leur future insertion
professionnelle est au cœur de cette réflexion. À
partir de recherches menées actuellement auprès des
étudiants de l’université de Tours (France), nous chercherons
à entendre et à comprendre les discours des étudiants
relatifs à ces enjeux de l’insertion professionnelle.
En replaçant cette question dans le champ des analyses
sur la jeunesse et le passage à l’âge adulte, période
de la vie définie comme une période de construction
de soi, d’expérimentations, on prêtera attention à
la manière dont ces jeunes construisent leur trajectoire non
seulement professionnelle mais aussi sociale. Quelle est, pour
les jeunes étudiants, leur définition de l’insertion
professionnelle? Comment concilient-t-ils leur choix d’études
et leur projet professionnel? Peut-on dégager des stratégies
de formation? d’insertion? Les étudiants ont-ils des stratégies
clairement planifiées ou explorent-ils peu à peu les
diverses solutions qui s’offrent à eux? Ces questions seront
le fil directeur de notre intervention et permettront d’approcher
le sens que les jeunes donnent à leurs études et le
rapport qu’ils établissent avec le travail non seulement universitaire
mais aussi professionnel.
Références Bibliographiques
:
Maunaye Emmanuelle, "L’état de jeunesse.
Entre recherche d’autonomie et besoin d’accompagnement", Territoires,
n°472, 2006.
Maunaye Emmanuelle, "Quitter sa famille d’origine",
in Catherine Pugeault-Cicchelli, Vincenzo Cicchelli, Tariq Ragi
(dir), Ce que nous savons des jeunes, Paris, PUF, 2004.
Maunaye Emmanuelle, Molgat Marc (dir), Les
jeunes adultes et leurs parents: autonomie, liens familiaux et
modes de vie, Québec, PUL, 2003.
Maunaye Emmanuelle, "Quitter ses parents. Trouver
la bonne distance", Terrain, n°36, 2001.
Maunaye Emmanuelle, "Passer de chez ses parents
à chez-soi: entre attachement et détachement", Lien
social et politiques, n°43, 2001.
Mathias MILLET: Quelle jeunesse
pour les "vaincus" de la compétition scolaire?
L'exemple de collégiens en ruptures scolaires
issus des milieux populaires
Plusieurs travaux montrent que, depuis les années
80, le mouvement d’extension scolaire allié aux difficultés
croissantes d’insertion sur le marché de l’emploi,
aboutissent à une reconfiguration de la jeunesse
et de ses modalités (Galland, 2001). Dans ce processus,
l’expansion scolaire joue un rôle déterminant
et une jeunesse scolaire et prolongée, fortement campée
sur le modèle hédoniste et ludique d’une vie
lycéenne ou étudiante, s’est peu à peu
imposée comme modèle dominant. Ce modèle,
d’abord du côté des catégories les plus dotées,
s’est peu à peu répandu, même avec des variations,
du côté des milieux populaires de plus en plus souvent
engagés dans des études longues et acquis aux thèses
de leurs bienfaits (Beaux, 2002 ; Beaud, Pialoux, 1997 ; Mauger,
1994 ; Poullaouec, 2004). Là où, encore dans les années
80, les scolarités lycéennes et supérieures
des jeunes de milieux populaires demeuraient l’exception, celles-ci
se sont depuis largement développées au point que
l’on peut parler aujourd’hui d’une génération universitaire
des milieux populaires (Hugrée, 2008). En outre, à côté
de cette nouvelle donne, des études montrent que, pour les
fractions de la jeunesse populaire qui, faute de parvenir à
prendre le train des études longues, s’orientent dans les voies
de l’apprentissage salarié, celui-ci constitue encore pour elles,
notamment par les maigres ressources financières qu’il permet,
le moyen de vivre une jeunesse "lycéenne" à l’écart
d’une école avec laquelle elles étaient en désamour
et les ayant rejeté (Moreau, 2003, 2005).
Pourtant, à côté
de ces situations, certains enfants de milieux populaires
en ruptures scolaires continuent d’échapper radicalement
à l’accroissement de l’espérance de vie scolaire
et aux formes comme aux modes de jeunesse qui lui sont liés
(Glasman, Oeuvrard, 2004 ; Millet, Thin, 2005 ; Mohammed, Mucchielli,
2007). Alors que, jusque y compris parmi leurs pairs et parfois
même dans leur fratrie, l’accès à la jeunesse
lycéenne et étudiante s’est diffusé, ils
comptent au nombre des laissés pour compte des politiques
de la massification scolaire et sont orientés ou maintenus
aux marges d’un système d’enseignement en lien étroit
avec d’autres institutions comme celles du travail social ou de
la protection judiciaire de la jeunesse (Kherroubi, Millet, Thin,
2005). Aussi peut-on s’interroger sur les réalités
et les conditions vécues par ces jeunes de milieux populaires
et se demander de quelle jeunesse est faite la situation de ceux
qui, pour reprendre l’expression du rapport de la commission Thélot,
sont des "vaincus de la compétition scolaire"? Cette communication
cherchera à rendre compte des conditions et des configurations
familiales, scolaires, institutionnelles, juvéniles, socio-professionnelles
qui, dans leur articulation et leurs interdépendances,
font les parcours de cette jeunesse populaire scolairement délaissée.
Il s’agira de s’interroger ainsi sur les réalités
et les logiques sociales dont est faite la "jeunesse" (problématique)
de ces collégiens tant du point de vue de leur
rapport scolaire, des sociabilités juvéniles,
des solidarités familiales, de leur parcours institutionnel,
que de leur destinée sociale. Trois recherches permettront
d’étayer le propos. La première sur les parcours
de ruptures scolaires de collégiens de milieux populaires.
La situation d’une vingtaine de collégiens a été
étudiée à travers une centaine d’entretiens
menés auprès d’eux-mêmes, de leurs parents,
de leurs enseignants et éducateurs, et l’étude de
leurs dossiers social, scolaire. La seconde étude porte
sur les relations entre les familles et les classes relais. Cinq classes
relais ont été enquêtées, des observations
de rencontres des agents institutionnels avec les familles ont
été conduites, et une cinquantaine de familles ont
été interrogées dans le cadre d’entretiens
approfondis. Enfin, une troisième recherche en cours sera
mobilisée qui se propose de contribuer au suivi et à
la reconstruction des parcours institutionnels et socioprofessionnels
de collégiens en ruptures scolaires passés par des
classes relais.
Références
Bibliographiques :
Mathias Millet, Les étudiants
et le travail universitaire, Lyon, Presses universitaires
de Lyon, 2003.
Mathias Millet & Daniel
Thin, Ruptures scolaires. L'école à
l'épreuve de la question sociale, Paris, Presses
universitaires de France, coll Le lien social, 2005.
Martine Kherroubi, Mathias
Millet, Daniel Thin, Classes relais et famille.
Accompagnement ou normalisation? Vaucresson, CNFE-PJJ, coll
Etudes et recherches, 2005.
Séverine
MISSET: Le renouvellement des générations
ouvrières: le cas des jeunes ouvriers qualifiés
Les travaux sociologiques sur le monde ouvrier
depuis les années 90 ont largement analysé l’impact
de la massification scolaire sur les modes d’entrée dans
la vie ouvrière et sur le vécu de la condition ouvrière
[Dubet, 1992 ; Beaud et Pialoux, 1999 ; Beaud, 2002 ; Terrail, 1990].
Plus récemment, les résultats de Tristan Poullaouec
[2004] confirment la disqualification massive des destins ouvriers.
Par ailleurs, Beaud et Pialoux [1999] soulignent l’importance des
évolutions des catégories d’ouvriers spécialisés
(OS) et d’ouvrier professionnel (OP) et leurs rôles dans le
processus de disqualification de la condition ouvrière. Néanmoins,
les travaux sociologiques récents sur les jeunes ouvriers
ne se penchent que relativement peu sur ces nouveaux "ouvriers professionnels"
et sur leurs façons de vivre la condition ouvrière.
En revanche, d’autres travaux se sont intéressés plus
spécifiquement à l’émergence du baccalauréat
professionnel, aux bouleversements engendrés dans la relation
formation-emploi par l’arrivée des titulaires de ce diplôme
[Eckert, 1999 et 2006]. Mais tous les jeunes ouvriers qualifiés
ne sont pas bacheliers professionnels, loin s’en faut.
Dès lors, l’enquête de terrain partait
d’une idée simple: comprendre comment les jeunes ouvriers
qualifiés vivent le travail ouvrier, en interrogeant sa
dévalorisation présumée et en questionnant
les possibilités d’extension des thèses actuelles
sur la jeunesse ouvrière à la situation propre des ouvriers
qualifiés. L’hypothèse centrale était que l’utilisation
récurrente d'une catégorie générique
"ouvriers" ne doit pas masquer les différenciations et l'hétérogénéité
des pratiques et des représentations, notamment en fonction de
la possibilité de se définir comme un "professionnel" et
de valoriser son activité comme un "métier". Dès lors,
la question des possibilités de formes d’accommodation à
la condition ouvrière et au travail ouvrier au sein des jeunes
générations restait ouverte. L’enquête était
aussi l’occasion de s’interroger sur les modes de cohabitation entre deux
générations ouvrières — les anciens ouvriers qualifiés
massivement titulaires de CAP, et les jeunes générations
où prédominent les bacheliers professionnels — dans un contexte
de transformation notable des métiers d’ouvriers qualifiés.
Les analyses proposées dans cette communication s’appuieront sur
une enquête de terrain réalisée par entretiens semi-directifs
entre 2004 et 2007, dans quatre usines contrastées appartenant
à une même entreprise de l’industrie métallurgique,
et localisées dans différentes régions françaises
(deux sites en Ile-de-France, un en Lorraine et un en Franche-Comté).
54 entretiens auprès d’ouvriers qualifiés (OQ) embauchés
dans l’entreprise ont été réalisés ainsi que
27 entretiens auprès de jeunes ouvriers non qualifiés
(ONQ), embauchés ou intérimaires. Une douzaine d’entretiens
ont également été réalisés auprès
de responsables hiérarchiques et de gestionnaires du personnel.
Ces données ont été complétées par
des observations et des discussions informelles, au siège de l’entreprise
et sur les sites étudiés, ainsi que par la consultation
de documents d’entreprise.
Stéphane
MOULIN: Les catégories de l'insertion des jeunes:
une comparaison France/Québec
La manière avec laquelle les
jeunes se représentent leurs situations et leurs
parcours entre en interaction avec la manière avec laquelle
les institutions les encadrent et les classent. Ces classifications
interactives des jeunes diffèrent d’un espace sociétal
à un autre. L’analyse des catégories mobilisées
aujourd’hui par les institutions statistiques de la France et du Canada
permet d’opposer la logique d’insertion combinatoire et professionnelle
du Canada à la logique d’insertion séquentielle et statutaire
de la France. A travers l’analyse d’enquêtes longitudinales
qualitatives françaises et québécoises, cette
communication tente d’apprécier dans quelle mesure les catégorisations
indigènes des jeunes français et québécois
s’encastrent dans les catégories statistiques normatives
des appareils d’État et quels sont les facteurs qui rendent
possible les résistances des jeunes face aux réductions
opérées par les catégories institutionnelles.
Cette analyse conduit à mettre l’accent sur l’origine sociale
et les ressources culturelles comme facteur principal de différenciation.
Dominique PASQUIER: Le tribunal
des pairs: nouvelles questions?
Le rôle
des groupes de pairs dans le processus de socialisation
des jeunes est une question que la sociologie a souvent
abordée. Cette communication s’intéressera
dans un premier temps aux principales pistes qui ont été
développées par le passé et tentera de mettre en
évidence l’existence de thématiques de
recherche privilégiées — notamment dans la littérature
anglo-saxonne. Dans un deuxième temps, elle
s’interrogera sur les transformations qu’ont pu induire plus
récemment les industries des médias et de
la communication. Le développement, massif, de produits
culturels appropriés spécifiquement par les
jeunes, puis celui de circuits d’information et de communication
échappant en grande partie à la régulation
parentale, posent la question d’un bouleversement à "bas
bruit" — mais inéluctable — des relations entre générations
et des formes de la transmission culturelle. Plus généralement,
il met à jour une tension forte entre les injonctions
à l’authenticité que promeut la démocratisation
de la sphère privée et les tendances au conformisme
qu’induit une présence plus grande des groupes de pairs
dans le déroulement de la vie quotidienne.
Catherine
PUGEAULT-CICCHELLI: Etre jeune et se fiancer: une option conjugale
réversible
Dans une enquête réalisée sur
le mariage en 1995, un pourcentage non négligeable de jeunes
adultes nouveaux mariés s’étaient déclarés
fiancés (40%). Comment rendre compte de cette proportion
certes minoritaire, mais non négligeable? Les fiançailles
juvéniles signent-elles l’affirmation d’une privatisation
de la relation conjugale? Si c’est le cas cette privatisation se
définit-elle par rapport au mariage conçu comme acte public
manifestant une attitude adulte? La privatisation fait-elle sens par
rapport aux fiançailles traditionnelles qui impliquent un accord
externe aux fiancés, une forme d’hétéro-régulation
renvoyant aux contrôles familiaux? Les fiançailles marquent-elles
un rite liminaire? Ou manifestent-elles plutôt une expérience
d’alternative au moins temporaire au mariage: quand le mariage est
différé le temps de boucler des études en cours ou
de disposer d’une meilleure assise matérielle, se fiancer
devient peut-être attractif et ce d’autant plus que les fiançailles
sont pensées comme réversibles... Les fiançailles
forment un analyseur de relations sociales multiples: conjugales certes,
mais aussi personnelles (certaines fiançailles sont des compromis
entre conjoints), intergénérationnelles. En ce sens,
l’étroitesse de l’objet n’est qu’apparente, les fiançailles
permettent de saisir des processus sociaux variés et d’interroger
le rapport à l’institution matrimoniale des jeunes dans la
société contemporaine.
Elsa RAMOS: La vulnérabilité
"ordinaire" à l'adolescence
Cette communication
reposera sur une étude qui s’intéresse
à la vulnérabilité "ordinaire" des adolescents,
c'est-à-dire aux "petites choses" qui font que le
jeune se sent en danger ou tout au moins est déstabilisé:
il est accusé à tort par un professeur d’avoir copié
et ne "peut pas répondre" ; il prend une claque dans un
magasin par sa mère parce qu’il fait des bêtises,
tout le monde le regarde et il a honte; ses camardes se moquent
de lui parce qu’il est trop maigre, trop gros, trop petit, trop grand
et il se sent humilié... La vulnérabilité est
énoncée quand il existe un écart au monde "approuvé":
les attentes du jeune ne répondent pas aux attentes d’autrui
(professeurs, parents, amis...). Le monde de l’adolescence apparaît
construit par rapport à des références fortes
et les arguments sont normatifs: importance d’être comme les
autres, de ne pas être mis à l’écart, d’être
inclus dans le groupe... Etre vulnérable participe paradoxalement
au processus d’autonomisation: c’est éprouver l’écart
au monde de référence et prendre conscience de la marge
de manœuvre individuelle.
Références
Bibliographiques :
2002, Rester enfant,
devenir adulte. La cohabitation des étudiants
chez leurs parents, Paris, L’Harmattan-Logiques
Sociales.
2006, "As negociações
no espaço domestico: construir a "boa distancia"
entre pais e jovens "coabitantes"", in Myriam Lins de
Barros (dir.), Familia et gerações,
Rio de Janeiro, FGV Editora, pp.27-36.
2004, "Le jeune adulte,
producteur de nouvelles relations dans la cohabitation
intergénérationnelle", in Marc Molgat
et Emmanuelle Maunaye, Les jeunes adultes et leurs
parents. Autonomie, liens familiaux et modes de vie,
Laval, Presses Universitaire de Laval- Culture et Société,
pp. 27-44.
2006, "L’ambiguïté
du parent-ami dans les relations parents/enfant au Brésil:
contrôle et protection", Recherches Familiales,
n°3, La famille: entre production de santé
et consommation de soins, pp. 127-136.
2003, "Age et places
dans la cohabitation intergénérationnelle",
Agora, n°33, Sports et intégration sociale,
pp. 98-108.
Bernard
ROUDET: Qu'était donc la jeunesse avant
de devenir ce qu'elle est aujourd'hui? Retour
sur quelques approches historiques des jeunes français
Pour penser un présent en
constante mutation, le recours à l’histoire apporte
une dimension comparative. Parallèlement à une
analyse sociologique des spécificités actuelles
de la jeunesse, il importe de comprendre comment cette catégorie
sociale s’est constituée historiquement et quels changements
l’ont affecté sur le long terme. Nous sommes en effet
confrontés aujourd’hui à une figure moderne de
la jeunesse, distincte de celle des siècles précédents,
mais qui témoigne de son existence comme fait social
constant. Cette contribution souhaite donc revenir sur le
contexte français de la construction de la jeunesse en
tant qu’objet d’étude historique. À travers une présentation
synthétique des travaux concernés, seront examinées
les pratiques et les représentations de la jeunesse à
certaines étapes de l’histoire de notre société:
de quelle manière a été organisé le passage
de l’enfance à l’âge adulte et quelle place a pu
être accordée à la jeunesse? Seront tout
particulièrement distinguées les caractéristiques
qui différencient l’Ancien régime de la période
révolutionnaire et du XIXème siècle.
Références
Bibliographiques :
Bernard ROUDET (dir.), Les jeunes
en France, Presses de l’université Laval, coll.
"Regard sur...", Québec, 2009.
Bernard ROUDET (dir., avec Olivier
GALLAND), Les jeunes Européens et leurs valeurs.
Europe occidentale, Europe centrale et orientale, La
Découverte-INJEP, coll. "Recherches", Paris, 2005.
Thomas SAUVADET: L'entre-soi
des jeunes de rue dans trois cités HLM: avant la loi
du plus fort, la loi du silence
En s’appuyant
sur les données d’une enquête socio-ethnographique
menée dans trois cités HLM (deux
en région parisienne, une à Marseille), entre
2000 et 2003 (enquête publiée chez Armand
Colin en 2006), cette communication présente les différentes
facettes de "la loi du silence" qui entoure certains
actes dramatiques survenus dans des bandes de garçons
(agression à l’arme blanche, bagarre à mains
nues, vol). Une "loi" qui conditionne la mise en place de
la "loi du plu fort" au sein de ces bandes, en tenant à distance,
sans toujours y parvenir, les institutions, les adultes, les parents
et les femmes. Cette "loi du silence" témoigne d’un
entre-soi dont nous verrons qu’il est à la fois populaire,
juvénile, masculin et révélateur des problèmes
sociaux de la France d’aujourd’hui. En comparant cet entre-soi
avec celui des "bandes de loubards", nous nous interrogerons sur
les continuités et les ruptures qui font que la jeunesse
concernée n’est plus, ou demeure, ce qu’elle était.
Sébastien SCHEHR: La
défection et la soustraction dans les modes d'être
et d'agir juvéniles
Traditionnellement
appréhendée comme une réaction
possible au mécontentement, alternative
au conflit et à la prise de parole, la défection
tend à s'imposer comme forme majeure d'agir dans
les sociétés différenciées.
Plus qu'une stratégie optimale, ponctuelle
et circonstanciée, nous montrerons que celle-ci
apparaît de plus en plus comme une habitude,
un trait commun, voire le dénominateur de toute
une génération si l'on suit certaines recherches
en sociologie de la jeunesse. Partir, fuir, se désengager...
ne seraient plus des options marginales et marginalisées
mais bien de véritables modes de vie.
Laurent TRÉMEL: Les recherches
sur les "jeux vidéos": images du "jeune"
et conceptions de l'Université nouvelle
Alors
que la pratique des jeux vidéo peut être
considérée comme un fait social digne
d'intérêt depuis plus de vingt ans, force
est de constater que, jusqu'à une date récente, correspondant
au début des années 2000, l'université
française s'était peu préoccupée
de l’étude de cette activité de loisir.
Depuis
quelques années, avec notamment l'arrivée
sur la scène universitaire d'une génération
de "jeunes chercheurs" (souvent joueurs ou anciens joueurs),
la tendance s'inverse. Le positionnement de ces intervenants
n'est toutefois pas sans soulever quelques questions,
puisque ceux-ci participent fréquemment, de par la
thématique de leurs travaux — où les "joueurs"
sont présentés la plupart du temps, dans une
perspective libérale, comme des "acteurs" de leur propre
socialisation et où seules les pratiques les plus "remarquables"
sont prises comme objet d'étude — mais également
leurs interventions médiatiques, à un processus
de légitimation sociale et culturelle du médium.
Cette posture fait directement écho aux préoccupations
des industriels du loisir et se traduit par des collaborations
— sous la forme de colloques ou de publications revendiquant
un statut scientifique — où la parole du "savant" accompagnera
celle des représentants de l'industrie. La tendance s'accentue
du fait de la redéfinition des missions de l'université
opérée par le gouvernement depuis l'été
2007, qui légitime de tels partenariats.
En parallèle,
on assiste à des phénomènes
comparables dans le monde journalistique: l'information sur
les jeux vidéo provenant en grande partie de
"gamers" experts, intervenant sur Internet ou dans les
revues spécialisées, dont certains, sous la
forme de "blogs" collaborent actuellement aux "grands quotidiens
nationaux" (Le Monde et Libération notamment).
Eux-aussi, engagés dans une démarche de légitimation
de leur passe-temps favori, participent à plein au processus
décrit précédemment.
Se basant
sur l'analyse d'un corpus constitué d'articles
de presse ou de travaux se présentant comme des
productions scientifiques (environ 200 références),
issu d'un travail de veille scientifique, le
propos de la communication sera de rendre compte, à
partir de l'étude de cas concrets, des tendances
observées. Nous en soulignerons les implications
dans une perspective sociologique, notamment au travers
de la construction de l'image du "joueur" opérée
là, ou encore des incidences que la diffusion
de certaines thèses peuvent avoir dans le domaine
éducatif. Au bout du compte, si des "jeunes" arrivent
à trouver un sens aussi riche à des produits de
l'industrie du loisir que celui que l'on décrit parfois
dans cette prose, si ceux-ci sont passés maîtres
dans la "réappropriation" des nouvelles technologies
alors qu'en parallèle ils s'ennuient à l'école,
l'Education nationale a-t-elle encore un sens? Ne conviendrait-il
pas mieux d'étoffer la gamme des logiciels disponibles
sur micro-ordinateurs?
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genre, coll. SHS, 2009.
Claude TROTTIER: Les jeunes en
difficulté d'insertion professionnelle: victimes
de circonstances défavorables ou acteurs
de leur insertion?
L’interprétation
des difficultés d’insertion des jeunes est
l’objet de controverses. Des auteurs mettent l’accent
sur des facteurs structurels et la conjoncture économique,
d’autres sur l’inadaptation du système éducatif
et les carences individuelles de jeunes ou de leur milieu
familial. Certains considèrent que les jeunes en difficulté
en sont plus ou moins victimes; d’autres estiment qu’ils sont
aussi acteurs de leur insertion. Cette communication aborder
acette controverse à partir des résultats d’une
recherche sur l’insertion de jeunes québécois
qui ont interrompu leurs études secondaires. Que sont-ils
devenus cinq ans après avoir quitté l’école?
Je présenterai tout d’abord la conception de l’insertion
professionnelle sous-jacente à cette recherche et j’en
décrirai la méthodologie (entrevues semi-structurées
et construction d’une typologie). L’analyse des résultats
portera sur les quatre types de jeunes qui ont été
mis à jour. Et je dégagerai la signification des
résultats du point de vue de la controverse qui entoure
l’interprétation des difficultés de leur insertion.
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Patricia VENDRAMIN: Les
relations intergénérationnelles au
travail: une approche comparative européenne
La
communication s’intéresse aux dimensions intergénérationnelles
des mutations du rapport au travail. Elle met en
évidence les facteurs de solidarité et
de tension entre les générations dans
le cadre du travail et, par conséquent, elle interroge
certaines hypothèses concernant le développement,
par la jeune génération, d’attitudes,
de valeurs ou de formes de participations nouvelles qui
seraient porteuses de conséquences importantes
pour les relations entre groupes d’âge. La recherche
s’intéresse aux formes contemporaines d’engagement
dans le travail ainsi qu’aux perceptions mutuelles des générations.
Elle s’interroge sur le lien entre un type de rapport
au travail et une vision particulière des générations,
et sur les implications en termes de cohésion
sociale dans le champ du travail.
La
communication se base sur une large investigation
empirique, qualitative et quantitative, menée
dans six pays en Europe (BE, IT, FR, HU, DE, PT), dans
le cadre d’une recherche européenne SPReW (Social
patterns of relation to work / Dimensions intergénérationnelles
des mutations du rapport au travail). La recherche a été
menée dans le cadre du 6ème programme cadre de recherche
de l’Union européenne (2006-2008), http://www.ftu-namur.org/sprew.
Mircea VULTUR: Les stratégies
d'insertion professionnelle des jeunes et
les pratiques de recrutement des entreprises. Vers
une intériorisation des structures de fonctionnement
du marché du travail
Dans ma communication, je présenterai,
dans un premier temps, les traits essentiels de l’accès
à l’emploi des jeunes au Québec en mettant l’accent
sur les tendances structurelles et les transformations
récentes pour examiner ensuite les pratiques de recrutement
des entreprises et leur rôle dans la structuration
des stratégies d’insertion professionnelle des jeunes.
Comment les entreprises recrutent-elles leur main-d’œuvre et
comment les stratégies d’insertion des jeunes se structurent-elles
en fonction des critères de sélection utilisés
par les employeurs dans ce processus? À partir de plusieurs
recherches qualitatives menées au Québec, je mettrai
en évidence: 1) les changements dans les pratiques de recrutement
des entreprises et notamment le phénomène de "naturalisation"
de l’expérience professionnelle et 2) les stratégies
conséquentes d’"entrée en entreprise" mises en œuvre
par les jeunes. Je montrerai que, pour les jeunes, les compétences
attendues des travailleurs ne sont plus bien signalées par le
diplôme; avoir de l’expérience est souvent plus important
parce que cette expérience suppose que l’on soit capable
d’obtenir plus facilement un emploi convoité et de faire preuve
de qualités personnelles dont les entreprises ont besoin.
Les jeunes intègrent les structures de fonctionnement du marché
du travail et réagissent activement par rapport au rôle
croissant des entreprises dans le processus de validation des compétences
et d’insertion professionnelle. Leur comportement renforce, par
voie de conséquence, la tendance du fonctionnement actuel
du marché du travail à générer une différenciation
de plus en plus forte des trajectoires professionnelles et indique
l’extrême sensibilité du processus d’insertion à
l’évolution des pratiques d’entreprises. À partir de
ces constats, je soulèverai, dans un deuxième temps,
une série d’interrogations sur les mécanismes socio-économiques
actuels (et notamment sur le fonctionnement du marché du
travail) et sur les nouvelles formes de socialisation professionnelle
qui ont façonné une jeunesse à profil distinct: dotée
d’un credo (les échanges à court terme sur un mode
transactionnel), d’un programme (suivre sa vocation), d’une pulsion
(tout vouloir très rapidement) et d’un principe de réalité
(le travail ce n’est pas toute la vie).
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Avec le soutien de la Caisse Nationale d'Allocations
Familiales (CNAF),
de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education
Populaire (INJEP),
de la Mission de la Recherche (MiRe) de la DREES,
de l'Union nationale des Associations familiales (UNAF),
du fonds québécois pour la recherche sur
la société et la culture (FQRSC)
et du Secrétariat à la jeunesse du Québec