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" Page mise à jour le 8 mars 2010
"
DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET
(14 H) 2010
KAFKA APRÈS « SON » SIÈCLE
DIRECTION : Wolfgang ASHOLT, Georges-Arthur GOLDSCHMIDT,
Jean-Pierre MOREL
ARGUMENT :
Pendant presque tout le vingtième
siècle, on a fait de Kafka le visionnaire des
bureaucraties absurdes ou criminelles, des grands procès,
des exterminations. Pourtant, débarrassé peut-être
de ce "message" qu’on a tant voulu lui faire porter, il entre
désormais, si ce n’est déjà fait depuis belle
lurette, dans la simple histoire littéraire.
Une décade franco-allemande
devrait donc en priorité faire le point sur ce que l’on
a appris de neuf depuis le début des années
quatre-vingt et la première édition critique
chez Fischer. La genèse de l’ensemble des textes ayant
été datée aussi précisément que
possible, la chronologie de l’œuvre qui en ressort permet de repenser
le rapport des textes à la biographie de l’auteur. La
connaissance de celle-ci ayant, de son côté, progressé,
le rapport de Kafka à plusieurs questions de son temps
se voit ainsi éclairé plus précisément:
par exemple celle du judaïsme et du sionisme, en particulier
à partir de l’été 1917, celle de la dimension de
la vie en société ou celle de l’expérience religieuse.
S’agit-il d’un Kafka entièrement nouveau? Un Kafka,
en tout cas, sensiblement différent de celui dont on
était accoutumé à débattre – et qui
a fait naître de nouvelles interprétations.
Cependant, la postérité
littéraire et artistique de l’œuvre s’est élargie
et renouvelée et on pourra se demander comment le
dernier quart de siècle y a contribué: transpositions
(ou tentatives de transposition) de ses textes à d’autres
arts; "variations" artistiques ou littéraires sur ses divers
écrits; devenir fictionnel de la personne historique
de l’auteur. Organisé selon ces trois axes: bilan des connaissances
nouvelles, renouvellement des lectures ou des interprétations,
diversité de la réception créatrice sur le
plan des arts et de la littérature, le colloque réunira,
autour de spécialistes de nationalité allemande, française
et autres, de jeunes chercheurs et des amateurs passionnés
de Kafka.
COMMUNICATIONS :
* Caspar BATTEGAY:
Kafka dans le discours actuel de la "République de
Berlin"
* Albert BODENHEIMER:
La magie de l'espace vide. Les carnets hébreux de Kafka
* Pascale CASANOVA: Une lecture de l'Amérique
* Catherine COQUIO: A partir de Walter
Benjamin: le messianisme à l'épreuve de l'histoire?
* Jean-Pierre GAXIE:
Comment Kafka s'égypta
* Robert KAHN:
Les biographies récentes de Kafka (R. Stach,
P.-P. Alt)
* Jean JOURDHEUIL:
"Théâtralité de Kafka"?
* Carole KSIAZENICER-MATHERON:
Kafka, littérature yiddish et tradition hassidique
* Ghyslain LÉVY: Kafka
ou la cause perdue
* Vivian LISKA:
Infinitudes ou les fins de Kafka
* Patrice LORAUX:
Le récit sans prise chez Kafka
* Monika PROCHNIEWICZ: Kafka et les écrivains
polonais, de Schulz à nos jours
* Claudine RABOIN: Le chantier
Kafka. L’apport des éditions critiques et des traductions
des Cahiers bleus in-8°
* Paul RAUCHS: Kafka,
la tarte-à-la-crème des psychanalystes
* Roland REUSS: L'édition fac-similé
des manuscrits de Kafka
* Ritchie ROBERTSON: Kafka et le contexte
historique: l'exemple de La Colonie pénitentiaire
* Hubert ROLAND: Kafka précurseur
du réalisme magique: une mise au point historiographique et
esthétique
* Michèle
SINAPI: Günter Anders, lecteur de Kafka
* Gérald STIEG: Kafka et Weininger
* Hélène THIÉRARD: Die
Zürauer Aphorismen, genèse et réception d'un
texte
* Sandra TRAVERS DE FAULTRIER:
Kafka-Gide: "Cet être traqué, c'est moi"
* Sebastian VEG:
Kafka, Brecht et Benjamin, Dans la colonie pénitentiaire
et Homme pour homme
* Arnaud VILLANI: Kafka ou la conscience
de l'abîme
* Karl Dietrich WOLFF: Le concept et l'histoire
de l'édition fac-simile de Kafka
* Philippe ZARD:
Voyages imaginaires de Kafka en Palestine: Kafka, Urzidil,
Roth, Brossat
* John ZILCOSKY: "Samsa était voyageur".
Trains, trauma et le corps mécanisé
SOIRÉES :
Projection de films avec Didier GOLDSCHMIDT
RÉSUMÉS :
Pascale CASANOVA: Une lecture de l'Amérique
Cette communication concernera l'hypothèse
de lecture du premier roman de Kafka comme un "conte politique"
à décrypter à partir de sa rencontre avec Izak
Löwy et sa découverte enthousiaste du théâtre
yiddish.
Jean-Pierre GAXIE:
Comment Kafka s'égypta
En 2002, Maurice Nadeau fait
paraître L’Egypte de Franz Kafka. Une
relecture de Jean-Pierre Gaxie. La conjonction dans le titre
de l’Egypte ancienne et du nom de Kafka peut d’abord surprendre.
Toutefois, si l’on se rappelle combien, bibliquement, judaïsme
et ancienne Egypte eurent partie liée et maille à
partir, dans l’épisode de l’Exode et de la Terre promise,
l’incongruité du rapprochement s’en trouve partiellement
levée. En fait, de nombreux points mettent en lumière
qu’il en est sans doute de l’Egypte comme il en est du Juif
dans l’œuvre de Kafka, elle s’y trouve, tout ensemble, présente
et absente, manifeste et cachée, avérée
et non-dite, comme lui. Par-delà ces éclaircissements,
la contribution s’attache à rendre sensible l’égyptation
marquant l’œuvre de l’écrivain pragois, à travers l’opposition
signifiante de la fuite d’Egypte et de la fuite en
Egypte qui la traverse.
Références
bibliographiques :
L’Egypte de Franz Kafka,
Maurice Nadeau, 2002.
Kafka prince de l’identité,
Joseph K., 2005.
L’antienne Egypte,
Cécile Defaut, 2009.
Carole KSIAZENICER-MATHERON: Kafka, littérature yiddish
et tradition hassidique
Les contacts de Kafka avec la littérature yiddish sont attestés
à partir de 1911 dans le Journal, en liaison avec la venue
à Prague d’une troupe de théâtre yiddish, motivant son
"discours sur la langue yiddish", prononcé en février 1912.
Par ailleurs, une entrée du Journal datée du 14 septembre
1915 rend compte de sa visite au rabbi de Belz en compagnie des frères
Langer, visite à laquelle fait suite une série de notations
consacrées au mouvement hassidique, témoignant (entre autres
signes) de l’intérêt profond de Kafka pour les mouvements culturels
des juifs de l’Est. Dans une lettre à Max Brod de juillet 1916, Kafka,
en opposition à Jiri Langer, interprète à sa façon
le symbolisme supposé des actes du rabbi et déclare: "je pense
que le sens le plus profond est justement que ce sens fait défaut,
et c’est à mon avis bien suffisant". On tentera d’explorer ce paradigme
d’une rencontre paradoxale avec un sens à la fois "plein" et "défait",
qui caractérise l’apport du judaïsme de l’Est à la conception
qu’a Kafka de la singularité de son entreprise littéraire.
Ghyslain LÉVY: Kafka ou la
cause perdue
L’acte d’écriture est d’abord un acte
corporel, un geste qui expose le corps de l’auteur, même
si tout l’enjeu de la littérature pour Kafka consiste à
interroger un autre "corps" qu’il s’agira de faire apparaître
de texte en texte, et tout au long de la correspondance et du Journal.
Mais de quel "corps" s’agit-il quand il est question "d’écrire
la souffrance dans la souffrance"? On suivra l’archi-texture souterraine,
aberrante, improbable de ces corps dont Kafka évoquait l’horrible
délimitation: "La solide délimitation des corps humains
est horrible". Un enfermement dans une délimitation si douloureuse
qu’il trouvera dans la souffrance hypochondriaque la seule relation
possible à cette réalité incompréhensible
qu’est son propre espace corporel. Jusqu’à cette nuit d’août
1917 où surgit la Chose, un tout autre procès du corps,
un tout autre réel encrypté, un tout autre messager
de la cause perdue.
Vivian LISKA: Infinitudes ou les fins de Kafka
Avant de mourir, K., dans Le Procès,
se dit: "Dois-je laisser dire de moi qu'au début de mon procès
je voulais le finir et qu'à la fin je ne voulais que le recommencer?
Je ne veux pas qu'on dise cela." Le refus d’en finir avec le procès,
avec la vie et surtout avec l’écriture, ainsi que la gêne
qui accompagne ce refus, s’expriment à différents niveaux
dans l’œuvre de Kafka. A travers une analyse de récits écrits
au cours des dernières années de sa vie, je tracerai les
contours de deux conceptions différentes de l’infini — Endlosigkeit
et Unendlichkeit — et du rôle que joue la présence
de l’autre dans cette distinction.
Claudine RABOIN: Le
chantier Kafka. L’apport des éditions critiques
et des traductions des Cahiers bleus in-8°
Quel est l’apport des nouvelles éditions
critiques des écrits de Kafka à notre connaissance
de cet auteur, quand il s’agit, non des romans ou des nouvelles
les plus célèbres, mais de ces nombreux fragments
narratifs ou réflexifs habituellement regroupés
dans les volumes d’œuvres posthumes? De 1916 à 1918, Kafka utilise,
pour consigner ses écrits littéraires, des petits
carnets in-8°, dans lesquels la frontière devient progressivement
de plus en plus difficile à tracer entre l’écriture
de l’intime et celle de la fiction. On cherchera à savoir
jusqu’à quel point les manuscrits transcrits ou reproduits de ces
Cahiers bleus in-8° permettent d’accéder au système
poétique de Kafka, et si l’on peut mieux observer dorénavant
quelle est la part de l’écriture dans ce qui constitue l’"effet
Kafka". Et l’on se demandera si les nouvelles traductions d’un
tel corpus de textes parviennent, non seulement à rendre compte
du sens des ajouts récents de nouveaux fragments ou de nouvelles
formulations d’un strict point de vue linguistique, mais si elles sont
aussi en mesure de faire comprendre différemment l’enjeu de
la création littéraire qui se donne à voir dans
les écrits de cette période–clé de l’œuvre de Kafka.
Références
bibliographiques :
Les critiques de notre temps
et Kafka, Paris, Garnier Frères, 1973.
""Ein Landarzt" und die Erzählungen
aus den 'Blauen Oktavheften' 1916-1918", In: Heinz Ludwig
Arnold (Hg.), Text + Kritik, Sonderband Franz Kafka,
München, 1994, 2006.
"Le regard et la perspective: Recherches
sur la façon d'écrire de Kafka en 1912-1913",
In: M. Godé et M. Vanoosthuyse (dir.), Entre critique
et rire. Le Disparu de Franz Kafka, Bibliothèque d'Etudes
Germaniques et Centre-Européennes, Montpellier, 1997.
""Gib's auf!". Traces d'une lecture
de Kafka dans le Stiller de Max Frisch", In: Ph. Wellnitz
(dir.), Max Frisch. La Suisse en question?, Centre
culturel suisse, Paris et P.U. Strasbourg, 1997.
"Oskar Pastior lecteur de Kafka:
cheminement de l'implicite", En collaboration avec J.
Lajarrige, In: Études Germaniques 57, 2002.
"Franz Kafka", In: J.-Cl. Polet (dir.),
Le Patrimoine Littéraire. Auteurs européens
du premier XX°s, De Boeck-Université, Bruxelles,
2002 (t.1).
"Homère, Kafka, Brecht et
les Sirènes : Jeux intertextuels". In: I. Behr
et P. Henninger (dir.), A travers champs. Etudes interdisciplinaires
allemandes. Mélanges pour Nicole Fernandez-Bravo,
L’Harmattan, Paris, 2005.
"Castor et les revenants. Scénarisation
d’une métaphore fantastique", In: Europe
n°923, Mars 2006 ("Franz Kafka").
"Les "effets spéciaux" du
fantastique chez Kafka", In: F. Cransac et R. Boyer (dir),
Figures du fantastique dans les contes et nouvelles,
Rencontres d’Aubrac 2004, Publications Orientalistes de France,
Association A la rencontre des écrivains, Oct.2006.
"Le Procès de Kafka en BD",
In: Ph. Zard (dir.), Sillage de Kafka, Edition
Le Manuscrit, Collection "L’Esprit des Lettres", Paris, 2007.
"L’Amérique, un souvenir d’enfance
de Kafka", In: Etudes Germaniques 62 (2007), 1, p.
33-43.
"Franz Kafka", In: E. Decultot, M.
Espagne, J. Le Rider (dir.), Dictionnaire du Monde
Germanique, Bayard, Paris, 2007.
Schreiben als Form des Gebetes.
"Ecrire, forme de la prière". Sur une phrase de
Kafka en 1920. Strasbourg, PUS, 2008.
Paul RAUCHS: Kafka, la tarte-à-la-crème
des psychanalystes
Contemporain et compatriote de Freud, Kafka est, comme le père
de la psychanalyse, un juif de langue allemande. Aussi les psychanalystes
se sont-ils emparés de son œuvre dont le style hyperréaliste
et dénué de tout sentimentalisme s'apparente à
la pensée opératoire qui caractérise certains hypocondriaques.
Ces écrits tiennent du cauchemard et de la névrose, mais
leur froide lucidité protège leur auteur de la psychose,
malgré des thématiques délirantes récurrentes.
Ajoutons à cela les incessantes références au père
et à la loi, ainsi que la relation ambivalente à Prague et
à la mère, et nous comprenons que le corpus kafkaïen
fait le bonheur des exégètes lacaniens. Il n'empêche
que Kafka reste avant tout le comptable de la nostalgie et de la culpabilité.
Ritchie ROBERTSON: Kafka et le contexte
historique: l'exemple de La Colonie pénitentiaire
La critique littéraire cherche à situer
des textes, dont elle s'occupe, dans leur contexte historique. Qu'en
est-il de Kafka? Comment peut-on le faire? La plupart de ses livres
de fiction sont abstraits et universels. Ses œuvres tiennent de la
parabole plus que du roman ou du roman court. En exemple, nous voudrions
examiner La Colonie pénitentiaire. La littérature
critique propose trois manières de situer historiquement ce
texte:
1) on peut explorer dans quelle mesure le texte a rapport
aux événements et aux actualités du vivant
de Kafka: les colonies pénitentiaires réelles; la controverse
de l'incarcération du capitaine Dreyfus à l'île
du Diable; les colonies pénitentiaires en Sibérie dont
Kafka a pris connaissance dans les lettres de Dostoievski; et, étant
donné que l'histoire a été écrite en septembre
et en octobre 1914, l'ouverture des hostilités de la première
guerre mondiale ;
2) on peut examiner l'influence qu'a eu la lecture de Kafka sur
ce texte. Parmi des œuvres pertinentes, on peut compter La Généalogie
de la morale de Nietzsche et Le Jardin des supplices
d'Octave Mirbeau ;
3) on ne devrait pas manquer de tenir compte de la façon
étrange avec laquelle Kafka semble pouvoir prédire les
atrocités de la fin du 20e siècle et même du
21e siècle. Par exemple, lorsque dans ce texte l'on traite le
prisonnier cornme un chien, le lecteur d'aujourd'hui ne peut s'empêcher
de penser à Abu Ghraib, où les prisonniers iraquiens ont
été tenus en laisse et forcés de se comporter comme
des chiens. Ce trait de l'imagination de Kafka dépasse tout concept
et tout mode traditionnel de classification historique des textes littéraires.
Dans cette communication, nous étudierons les
enjeux de ces trois approches, sans pour autant trancher en faveur
d'une solution prématurée.
Hubert ROLAND: Kafka précurseur du
réalisme magique: une mise au point historiographique et esthétique
La mention régulière du nom de Kafka comme
précurseur et figure influente sur les écrits du
réalisme magique fera l’objet d’une mise au point à
plusieurs niveaux. Sur le plan de l’historiographie allemande, nous
envisagerons le magischer Realismus comme une poétique
et une vision du monde, fondés sur un élargissement et
un approfondissement du réalisme traditionnel. On y observe une
tension fondamentale entre une précision minutieuse, quasi microscopique
dans la description du monde réel et la conscience de la présence
d’un deuxième fond secret et mystérieux de la réalité,
qui se tient derrière les choses. Nombre de représentants
de ce Erzählstil caractéristique d’une tendance des
Lettres allemandes des années 1920 à 1950 — citons notamment
Hermann Kasack et son roman Die Stadt hinter dem Strom (1947), traduit
jadis par Clara Malraux — ont une dette évidente à l’égard
de Kafka. Lorsque, par la suite, le realismo magico/real maravilloso
s’autonomisera et fera fortune dans les pays d’Amérique latine,
le nom de Kafka reviendra dans les discussions théoriques, mais
aussi comme influence décisive dans l’œuvre des "passeurs" d’idées
littéraires entre l’Europe et le nouveau monde Jorge Luis Borges
et Alejo Carpentier. Une lecture d’exemples représentatifs issus
de l’œuvre de Kafka elle-même servira bien entendu à alimenter
notre propos, afin de préciser l’apport réel et la portée
de celle-ci sur la littérature du réalisme magique.
Gérald STIEG: Kafka et
Weininger
Il s’agit de montrer que la pensée
d’Otto Weininger (1880-1903), notamment ses réflexions
posthumes ("Des fins ultimes"), ont laissé des traces considérables
dans le "Château" de Kafka. Après une introduction
consacrée aux analogies entre Kafka et Weininger, cette
présence (longtemps délibérément négligée
par les études sur Kafka) sera analysée en trois
étapes: 1) L’interprétation de l’opéra
"Parsifal" par Weininger et les analogies entre la quête du Graal
et la quête du Château ; 2) L’opposition entre temporalité
linéaire et temporalité circulaire ; 3) Les scènes avec
Frieda-Kundry comme parodies de "Tristan" et "Parsifal".
Hélène THIÉRARD: Die Zürauer
Aphorismen, genèse et réception d'un texte
La récente publication des Zürauer Aphorismen par
Roberto Calasso (Suhrkamp Verlag, 2006) attire l'attention sur la
genèse de ce texte déconcertant, en le proposant au lecteur
sous une forme inédite ; une forme, peut-être, "autorisée".
La série de méditations, éditée pour la
première fois par Max Brod en 1931 sous le titre Betrachtungen
über Sünde, Leid, Hoffnung und den wahren Weg, semble
bien avoir été préparée par l'auteur de son
vivant en vue d'une publication: Kafka extrait certains fragments de
l'ensemble des notes prises dans les Oktavhefte pour les recopier
au propre, en isolant chacun d'eux sur une page soigneusement numérotée.
En quoi ce geste de Kafka induit-il une réception spécifique
des aphorismes? On s'intéressera à la genèse du texte
en prenant pour point de départ les Oktavhefte et on tentera,
au vu des différents partis pris éditoriaux qui se sont
attachés à ces "aphorismes", de redéfinir la place
que la critique leur a attribuée dans l'oeuvre de Kafka.
Les Aphorismes de Zürau paraîtront
aux éditions Gallimard en octobre 2010 dans la collection Arcades
(Traduction: Hélène Thiérard).
Sandra TRAVERS DE FAULTRIER:
Kafka-Gide: "Cet être traqué, c'est moi"
C’est ainsi que Gide réagit dans
son journal à la date du 28 août 1940 à la
relecture du Procès. S’il travailla à l’adaptation
théâtrale du livre de Kafka, œuvre seconde qui nous
accompagnera, c’est, au-delà du texte précis, l’interrogation
d’un silence auquel il tentera de donner voix. En l'œuvre de
Kafka résonne, pour Gide, comme une souffrance jumelle
à la sienne. Mais, contrairement aux apparences, ce n’est
pas la scène judiciaire qui constitue le territoire commun
de ces deux auteurs, mais la qualification (les juristes appellent
ainsi leur mode de nomination des actes, des choses et des personnes)
qui pourrait bien être au cœur des mots des "sans voix" que
sont les êtres traqués.
Arnaud VILLANI: Kafka ou la
conscience de l'abîme
Dans l’esprit de la thèse de Kierkegaard,
Le concept d’ironie constamment appliqué à
Socrate, je voudrais tenter de poster derrière chaque
ouvrage, chaque phrase, chaque acte, et peut-être même
derrière le style de Kafka, une sorte de "principe de chute",
comme Héraclite a placé sous tous ses aphorismes un
principe de flux. Cet "exposant" des éléments kafkaïens
constituera leur "puissance". Il sera possible d’en tirer une
existentialité dont le fondement serait le tremblement ou, plus
exactement, le vacillement.
Références bibliographiques
:
Sophocle, Antigone, Œdipe-Roi.
Reinhardt, Sophocle.
Kierkegaard, Crainte et tremblement.
Böhme, L’aurore naissante.
Maître Eckhart, Sur ma naissance
de Dieu dans l’âme.
Arnaud Villani, Le Château : Kafka
et l’ouverture de l’existant, Belin, 1984.
Arnaud Villani, "Kafka et Prague", Numéro
spécial de la revue Critique : Prague, cité
magique, n°483-484, 1987.
Arnaud Villani, "L’instance de la tragédie
grecque dans l’accomplissement poétique hölderlinien",
Po&sie, n°38, 1986.
Arnaud Villani, "Figures de la dualité
: Hölderlin et la tragédie grecque", Cahier de
l’Herne Hölderlin, L’Herne, 1989.
Arnaud Villani, Petites méditations
métaphysiques sur la vie et la mort, Hermann,
2008.
Arnaud Villani, Court Traité du
rien, Hermann, 2009.
John ZILCOSKY: "Samsa était voyageur". Trains,
trauma et le corps mécanisé
Kafka’s interest in train-transported bodies began in his early
novel-fragments, Hochzeitsvorbereitungen auf dem Lande and Richard
und Samuel — Eine kleine Reise durch mitteleuropäische Gegenden,
and culminated in his 1912 Die Verwandlung, whose hero, Gregor
Samsa, is a commercial traveler who transforms into a vermin. In line
with Samsa’s self-diagnosis — that he is "ill", suffering from a "standing
ailment of commercial travelers" — I investigate his symptoms in relation
to contemporary medical claims that excessive train travel caused physical
and psychological pathologies. My point is not that Samsa’s transformation
results directly from too much train travel, but rather that his body’s
notorious hermeneutic opaqueness points to something beyond literature:
to the indeterminately ill, mechanized body that lies at the heart of fin
de siècle trauma discourse.
Bibliographic References :
Zilcosky, John. "Kafka Approaches Schopenhauer’s Castle". German
Life and Letters 44 (July 1991): 353-69.
Zilcosky, John. "Of Sugar Barons and Banana Kings: Franz
Kafka, Imperialism, and Schaffsteins’ Grüne Bändchen".
Journal of the Kafka Society of America 20 (1996): 63-75.
Zilcosky, John. "Franz Kafka, Perverse Traveler: Flaubert,
Kafka, and the Reiseaufzeichnungen". Journal of the Kafka Society
of America 23 (1997): 80-87.
Zilcosky, John. "The Traffic of Writing: Technologies
of ‘Verkehr’ in Franz Kafka’s Briefe an Milena". German Life
and Letters 52 (July 1999): 365-81.
Zilcosky, John. "The Ends of the Exotic: Franz Kafka,
Modernist Inwardness, and the Travel Novel, Richard and Samuel".
La Porta D’Oriente: Viaggi e Poesia. Ed. Paola Mildonian, Maria
Alzira Seixo, Lourdes Câncio Martins. Lisbon: Edições
Cosmos, 2002. 165-76.
Zilcosky, John. "Surveying the Castle: Kafka’s Colonial Visions".
A Companion to the Works of Franz Kafka. Ed. James Rolleston.
Rochester, NY: Camden House, 2002. 281-324.
Zilcosky, John. "Kafka’s Remains". Lost in the Archives.
Ed. Rebecca Comay. Toronto: Alphabet City Media, 2002. 630-43.
Zilcosky, John. Kafka’s Travels: Exoticism, Colonialism, and
the Traffic of Writing. New York: Palgrave, 2003.
Zilcosky, John. "Wildes Reisen: Kolonialer Sadismus und Masochismus
in Kafkas ‘Strafkolonie’". Weimarer Beiträge 50:1 (January
2004): 33-54.
Zilcosky, John. "Von Zuckerbaronen und Landvermessern: Koloniale
Visionen in Schaffsteins Grüne Bändchen und Kafkas
Das Schloss". Kafkas Institutionen. Ed. Arne Höcker
and Oliver Simons. Bielefeld: Transcript Verlag, 2007. 119-144.
Avec le soutien de l’Université d’Osnabrück
et des Editions Fischer