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" Page mise à jour le 8 mars 2010
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DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET (14 H) 2010



KAFKA APRÈS « SON » SIÈCLE


DIRECTION : Wolfgang ASHOLT, Georges-Arthur GOLDSCHMIDT, Jean-Pierre MOREL

ARGUMENT :

Pendant presque tout le vingtième siècle, on a fait de Kafka le visionnaire des bureaucraties absurdes ou criminelles, des grands procès, des exterminations. Pourtant, débarrassé peut-être de ce "message" qu’on a tant voulu lui faire porter, il entre désormais, si ce n’est déjà fait depuis belle lurette, dans la simple histoire littéraire.

Une décade franco-allemande devrait donc en priorité faire le point sur ce que l’on a appris de neuf depuis le début des années quatre-vingt et la première édition critique chez Fischer. La genèse de l’ensemble des textes ayant été datée aussi précisément que possible, la chronologie de l’œuvre qui en ressort permet de repenser le rapport des textes à la biographie de l’auteur. La connaissance de celle-ci ayant, de son côté, progressé, le rapport de Kafka à plusieurs questions de son temps se voit ainsi éclairé plus précisément: par exemple celle du judaïsme et du sionisme, en particulier à partir de l’été 1917, celle de la dimension de la vie en société ou celle de l’expérience religieuse. S’agit-il d’un Kafka entièrement nouveau? Un Kafka, en tout cas, sensiblement différent de celui dont on était accoutumé à débattre – et qui a fait naître de nouvelles interprétations.

Cependant, la postérité littéraire et artistique de l’œuvre s’est élargie et renouvelée et on pourra se demander comment le dernier quart de siècle y a contribué: transpositions (ou tentatives de transposition) de ses textes à d’autres arts; "variations" artistiques ou littéraires sur ses divers écrits; devenir fictionnel de la personne historique de l’auteur. Organisé selon ces trois axes: bilan des connaissances nouvelles, renouvellement des lectures ou des interprétations, diversité de la réception créatrice sur le plan des arts et de la littérature, le colloque réunira, autour de spécialistes de nationalité allemande, française et autres, de jeunes chercheurs et des amateurs passionnés de Kafka.

COMMUNICATIONS :

* Caspar BATTEGAY: Kafka dans le discours actuel de la "République de Berlin"
* Albert BODENHEIMER: La magie de l'espace vide. Les carnets hébreux de Kafka
* Pascale CASANOVA:
Une lecture de l'Amérique
* Catherine COQUIO: A partir de Walter Benjamin: le messianisme à l'épreuve de l'histoire?
* Jean-Pierre GAXIE: Comment Kafka s'égypta
* Robert KAHN: Les biographies récentes de Kafka (R. Stach, P.-P. Alt)
* Jean JOURDHEUIL: "Théâtralité de Kafka"?
* Carole KSIAZENICER-MATHERON: Kafka, littérature yiddish et tradition hassidique
* Ghyslain LÉVY: Kafka ou la cause perdue
* Vivian LISKA: Infinitudes ou les fins de Kafka
* Patrice LORAUX: Le récit sans prise chez Kafka
* Monika PROCHNIEWICZ: Kafka et les écrivains polonais, de Schulz à nos jours
* Claudine RABOIN: Le chantier Kafka. L’apport des éditions critiques et des traductions des Cahiers bleus in-8°
* Paul RAUCHS: Kafka, la tarte-à-la-crème des psychanalystes
* Roland REUSS: L'édition fac-similé des manuscrits de Kafka
* Ritchie ROBERTSON: Kafka et le contexte historique: l'exemple de La Colonie pénitentiaire
* Hubert ROLAND: Kafka précurseur du réalisme magique: une mise au point historiographique et esthétique
* Michèle SINAPI: Günter Anders, lecteur de Kafka
* Gérald STIEG:
Kafka et Weininger
* Hélène THIÉRARD: Die Zürauer Aphorismen, genèse et réception d'un texte
* Sandra TRAVERS DE FAULTRIER: Kafka-Gide: "Cet être traqué, c'est moi"
* Sebastian VEG: Kafka, Brecht et Benjamin, Dans la colonie pénitentiaire et Homme pour homme
* Arnaud VILLANI:
Kafka ou la conscience de l'abîme
* Karl Dietrich WOLFF: Le concept et l'histoire de l'édition fac-simile de Kafka
* Philippe ZARD: Voyages imaginaires de Kafka en Palestine: Kafka, Urzidil, Roth, Brossat
* John ZILCOSKY: "Samsa était voyageur". Trains, trauma et le corps mécanisé

SOIRÉES :

Projection de films avec Didier GOLDSCHMIDT

RÉSUMÉS :

Pascale CASANOVA: Une lecture de l'Amérique
Cette communication concernera l'hypothèse de lecture du premier roman de Kafka comme un "conte politique" à décrypter à partir de sa rencontre avec Izak Löwy et sa découverte enthousiaste du théâtre yiddish.

Jean-Pierre GAXIE: Comment Kafka s'égypta
En 2002, Maurice Nadeau fait paraître L’Egypte de Franz Kafka. Une relecture de Jean-Pierre Gaxie. La conjonction dans le titre de l’Egypte ancienne et du nom de Kafka peut d’abord surprendre. Toutefois, si l’on se rappelle combien, bibliquement, judaïsme et ancienne Egypte eurent partie liée et maille à partir, dans l’épisode de l’Exode et de la Terre promise, l’incongruité du rapprochement s’en trouve partiellement levée. En fait, de nombreux points mettent en lumière qu’il en est sans doute de l’Egypte comme il en est du Juif dans l’œuvre de Kafka, elle s’y trouve, tout ensemble, présente et absente, manifeste et cachée, avérée et non-dite, comme lui. Par-delà ces éclaircissements, la contribution s’attache à rendre sensible l’égyptation marquant l’œuvre de l’écrivain pragois, à travers l’opposition signifiante de la fuite d’Egypte et de la fuite en Egypte qui la traverse.

Références bibliographiques :

L’Egypte de Franz Kafka, Maurice Nadeau, 2002.
Kafka prince de l’identité, Joseph K., 2005.
L’antienne Egypte, Cécile Defaut, 2009.


Carole KSIAZENICER-MATHERON: Kafka, littérature yiddish et tradition hassidique
Les contacts de Kafka avec la littérature yiddish sont attestés à partir de 1911 dans le Journal, en liaison avec la venue à Prague d’une troupe de théâtre yiddish, motivant son "discours sur la langue yiddish", prononcé en février 1912. Par ailleurs, une entrée du Journal datée du 14 septembre 1915 rend compte de sa visite au rabbi de Belz en compagnie des frères Langer, visite à laquelle fait suite une série de notations consacrées au mouvement hassidique, témoignant (entre autres signes) de l’intérêt profond de Kafka pour les mouvements culturels des juifs de l’Est. Dans une lettre à Max Brod de juillet 1916, Kafka, en opposition à Jiri Langer, interprète à sa façon le symbolisme supposé des actes du rabbi et déclare: "je pense que le sens le plus profond est justement que ce sens fait défaut, et c’est à mon avis bien suffisant". On tentera d’explorer ce paradigme d’une rencontre paradoxale avec un sens à la fois "plein" et "défait", qui caractérise l’apport du judaïsme de l’Est à la conception qu’a Kafka de la singularité de son entreprise littéraire.

Ghyslain LÉVY: Kafka ou la cause perdue
L’acte d’écriture est d’abord un acte corporel, un geste qui expose le corps de l’auteur, même si tout l’enjeu de la littérature pour Kafka consiste à interroger un autre "corps" qu’il s’agira de faire apparaître de texte en texte, et tout au long de la correspondance et du Journal. Mais de quel "corps" s’agit-il quand il est question "d’écrire la souffrance dans la souffrance"? On suivra l’archi-texture souterraine, aberrante, improbable de ces corps dont Kafka évoquait l’horrible délimitation: "La solide délimitation des corps humains est horrible". Un enfermement dans une délimitation si douloureuse qu’il trouvera dans la souffrance hypochondriaque la seule relation possible à cette réalité incompréhensible qu’est son propre espace corporel. Jusqu’à cette nuit d’août 1917 où surgit la Chose, un tout autre procès du corps, un tout autre réel encrypté, un tout autre messager de la cause perdue.

Vivian LISKA: Infinitudes ou les fins de Kafka
Avant de mourir, K., dans Le Procès, se dit: "Dois-je laisser dire de moi qu'au début de mon procès je voulais le finir et qu'à la fin je ne voulais que le recommencer? Je ne veux pas qu'on dise cela." Le refus d’en finir avec le procès, avec la vie et surtout avec l’écriture, ainsi que la gêne qui accompagne ce refus, s’expriment à différents niveaux dans l’œuvre de Kafka. A travers une analyse de récits écrits au cours des dernières années de sa vie, je tracerai les contours de deux conceptions différentes de l’infini — Endlosigkeit et Unendlichkeit — et du rôle que joue la présence de l’autre dans cette distinction.

Claudine RABOIN: Le chantier Kafka. L’apport des éditions critiques et des traductions des Cahiers bleus in-8°
Quel est l’apport des nouvelles éditions critiques des écrits de Kafka à notre connaissance de cet auteur, quand il s’agit, non des romans ou des nouvelles les plus célèbres, mais de ces nombreux fragments narratifs ou réflexifs habituellement regroupés dans les volumes d’œuvres posthumes? De 1916 à 1918, Kafka utilise, pour consigner ses écrits littéraires, des petits carnets in-8°, dans lesquels la frontière devient progressivement de plus en plus difficile à tracer entre l’écriture de l’intime et celle de la fiction. On cherchera à savoir jusqu’à quel point les manuscrits transcrits ou reproduits de ces Cahiers bleus in-8° permettent d’accéder au système poétique de Kafka, et si l’on peut mieux observer dorénavant quelle est la part de l’écriture dans ce qui constitue l’"effet Kafka". Et l’on se demandera si les nouvelles traductions d’un tel corpus de textes parviennent, non seulement à rendre compte du sens des ajouts récents de nouveaux fragments ou de nouvelles formulations d’un strict point de vue linguistique, mais si elles sont aussi en mesure de faire comprendre différemment l’enjeu de la création littéraire qui se donne à voir dans les écrits de cette période–clé de l’œuvre de Kafka.

Références bibliographiques :

Les critiques de notre temps et Kafka, Paris, Garnier Frères, 1973.
""Ein Landarzt" und die Erzählungen aus den 'Blauen Oktavheften' 1916-1918", In: Heinz Ludwig Arnold (Hg.), Text + Kritik, Sonderband Franz Kafka, München, 1994, 2006.
"Le regard et la perspective: Recherches sur la façon d'écrire de Kafka en 1912-1913", In: M. Godé et M. Vanoosthuyse (dir.), Entre critique et rire. Le Disparu de Franz Kafka, Bibliothèque d'Etudes Germaniques et Centre-Européennes, Montpellier, 1997.
""Gib's auf!". Traces d'une lecture de Kafka dans le Stiller de Max Frisch", In: Ph. Wellnitz (dir.), Max Frisch. La Suisse en question?, Centre culturel suisse, Paris et P.U. Strasbourg, 1997.
"Oskar Pastior lecteur de Kafka: cheminement de l'implicite", En collaboration avec J. Lajarrige, In: Études Germaniques 57, 2002.
"Franz Kafka", In: J.-Cl. Polet (dir.), Le Patrimoine Littéraire. Auteurs européens du premier XX°s, De Boeck-Université, Bruxelles, 2002 (t.1).
"Homère, Kafka, Brecht et les Sirènes : Jeux intertextuels". In: I. Behr et P. Henninger (dir.), A travers champs. Etudes interdisciplinaires allemandes. Mélanges pour Nicole Fernandez-Bravo, L’Harmattan, Paris, 2005.
"Castor et les revenants. Scénarisation d’une métaphore fantastique", In: Europe n°923, Mars 2006 ("Franz Kafka").
"Les "effets spéciaux" du fantastique chez Kafka", In: F. Cransac et R. Boyer (dir), Figures du fantastique dans les contes et nouvelles, Rencontres d’Aubrac 2004, Publications Orientalistes de France, Association A la rencontre des écrivains, Oct.2006.
"Le Procès de Kafka en BD", In: Ph. Zard (dir.), Sillage de Kafka, Edition Le Manuscrit, Collection "L’Esprit des Lettres", Paris, 2007.
"L’Amérique, un souvenir d’enfance de Kafka", In: Etudes Germaniques 62 (2007), 1, p. 33-43.
"Franz Kafka", In: E. Decultot, M. Espagne, J. Le Rider (dir.), Dictionnaire du Monde Germanique, Bayard, Paris, 2007.
Schreiben als Form des Gebetes. "Ecrire, forme de la prière". Sur une phrase de Kafka en 1920. Strasbourg, PUS, 2008.


Paul RAUCHS: Kafka, la tarte-à-la-crème des psychanalystes
Contemporain et compatriote de Freud, Kafka est, comme le père de la psychanalyse, un juif de langue allemande. Aussi les psychanalystes se sont-ils emparés de son œuvre dont le style hyperréaliste et dénué de tout sentimentalisme s'apparente à la pensée opératoire qui caractérise certains hypocondriaques. Ces écrits tiennent du cauchemard et de la névrose, mais leur froide lucidité protège leur auteur de la psychose, malgré des thématiques délirantes récurrentes. Ajoutons à cela les incessantes références au père et à la loi, ainsi que la relation ambivalente à Prague et à la mère, et nous comprenons que le corpus kafkaïen fait le bonheur des exégètes lacaniens. Il n'empêche que Kafka reste avant tout le comptable de la nostalgie et de la culpabilité.

Ritchie ROBERTSON: Kafka et le contexte historique: l'exemple de La Colonie pénitentiaire
La critique littéraire cherche à situer des textes, dont elle s'occupe, dans leur contexte historique. Qu'en est-il de Kafka? Comment peut-on le faire? La plupart de ses livres de fiction sont abstraits et universels. Ses œuvres tiennent de la parabole plus que du roman ou du roman court. En exemple, nous voudrions examiner La Colonie pénitentiaire. La littérature critique propose trois manières de situer historiquement ce texte:
1) on peut explorer dans quelle mesure le texte a rapport aux événements et aux actualités du vivant de Kafka: les colonies pénitentiaires réelles; la controverse de l'incarcération du capitaine Dreyfus à l'île du Diable; les colonies pénitentiaires en Sibérie dont Kafka a pris connaissance dans les lettres de Dostoievski; et, étant donné que l'histoire a été écrite en septembre et en octobre 1914, l'ouverture des hostilités de la première guerre mondiale ;
2) on peut examiner l'influence qu'a eu la lecture de Kafka sur ce texte. Parmi des œuvres pertinentes, on peut compter La Généalogie de la morale de Nietzsche et Le Jardin des supplices d'Octave Mirbeau ;
3) on ne devrait pas manquer de tenir compte de la façon étrange avec laquelle Kafka semble pouvoir prédire les atrocités de la fin du 20e siècle et même du 21e siècle. Par exemple, lorsque dans ce texte l'on traite le prisonnier cornme un chien, le lecteur d'aujourd'hui ne peut s'empêcher de penser à Abu Ghraib, où les prisonniers iraquiens ont été tenus en laisse et forcés de se comporter comme des chiens. Ce trait de l'imagination de Kafka dépasse tout concept et tout mode traditionnel de classification historique des textes littéraires.
Dans cette communication, nous étudierons les enjeux de ces trois approches, sans pour autant trancher en faveur d'une solution prématurée.

Hubert ROLAND: Kafka précurseur du réalisme magique: une mise au point historiographique et esthétique
La mention régulière du nom de Kafka comme précurseur et figure influente sur les écrits du réalisme magique fera l’objet d’une mise au point à plusieurs niveaux. Sur le plan de l’historiographie allemande, nous envisagerons le magischer Realismus comme une poétique et une vision du monde, fondés sur un élargissement et un approfondissement du réalisme traditionnel. On y observe une tension fondamentale entre une précision minutieuse, quasi microscopique dans la description du monde réel et la conscience de la présence d’un deuxième fond secret et mystérieux de la réalité, qui se tient derrière les choses. Nombre de représentants de ce Erzählstil caractéristique d’une tendance des Lettres allemandes des années 1920 à 1950 — citons notamment Hermann Kasack et son roman Die Stadt hinter dem Strom (1947), traduit jadis par Clara Malraux — ont une dette évidente à l’égard de Kafka. Lorsque, par la suite, le realismo magico/real maravilloso s’autonomisera et fera fortune dans les pays d’Amérique latine, le nom de Kafka reviendra dans les discussions théoriques, mais aussi comme influence décisive dans l’œuvre des "passeurs" d’idées littéraires entre l’Europe et le nouveau monde Jorge Luis Borges et Alejo Carpentier. Une lecture d’exemples représentatifs issus de l’œuvre de Kafka elle-même servira bien entendu à alimenter notre propos, afin de préciser l’apport réel et la portée de celle-ci sur la littérature du réalisme magique.

Gérald STIEG: Kafka et Weininger
Il s’agit de montrer que la pensée d’Otto Weininger (1880-1903), notamment ses réflexions posthumes ("Des fins ultimes"), ont laissé des traces considérables dans le "Château" de Kafka. Après une introduction consacrée aux analogies entre Kafka et Weininger, cette présence (longtemps délibérément négligée par les études sur Kafka) sera analysée en trois étapes: 1) L’interprétation de l’opéra "Parsifal" par Weininger et les analogies entre la quête du Graal et la quête du Château ; 2) L’opposition entre temporalité linéaire et temporalité circulaire ; 3) Les scènes avec Frieda-Kundry comme parodies de "Tristan" et "Parsifal".

Hélène THIÉRARD: Die Zürauer Aphorismen, genèse et réception d'un texte
La récente publication des Zürauer Aphorismen par Roberto Calasso (Suhrkamp Verlag, 2006) attire l'attention sur la genèse de ce texte déconcertant, en le proposant au lecteur sous une forme inédite ; une forme, peut-être, "autorisée". La série de méditations, éditée pour la première fois par Max Brod en 1931 sous le titre Betrachtungen über Sünde, Leid, Hoffnung und den wahren Weg, semble bien avoir été préparée par l'auteur de son vivant en vue d'une publication: Kafka extrait certains fragments de l'ensemble des notes prises dans les Oktavhefte pour les recopier au propre, en isolant chacun d'eux sur une page soigneusement numérotée. En quoi ce geste de Kafka induit-il une réception spécifique des aphorismes? On s'intéressera à la genèse du texte en prenant pour point de départ les Oktavhefte et on tentera, au vu des différents partis pris éditoriaux qui se sont attachés à ces "aphorismes", de redéfinir la place que la critique leur a attribuée dans l'oeuvre de Kafka.

Les Aphorismes de Zürau paraîtront aux éditions Gallimard en octobre 2010 dans la collection Arcades (Traduction: Hélène Thiérard).

Sandra TRAVERS DE FAULTRIER: Kafka-Gide: "Cet être traqué, c'est moi"
C’est ainsi que Gide réagit dans son journal à la date du 28 août 1940 à la relecture du Procès. S’il travailla à l’adaptation théâtrale du livre de Kafka, œuvre seconde qui nous accompagnera, c’est, au-delà du texte précis, l’interrogation d’un silence auquel il tentera de donner voix. En l'œuvre de Kafka résonne, pour Gide, comme une souffrance jumelle à la sienne. Mais, contrairement aux apparences, ce n’est pas la scène judiciaire qui constitue le territoire commun de ces deux auteurs, mais la qualification (les juristes appellent ainsi leur mode de nomination des actes, des choses et des personnes) qui pourrait bien être au cœur des mots des "sans voix" que sont les êtres traqués.

Arnaud VILLANI: Kafka ou la conscience de l'abîme
Dans l’esprit de la thèse de Kierkegaard, Le concept d’ironie constamment appliqué à Socrate, je voudrais tenter de poster derrière chaque ouvrage, chaque phrase, chaque acte, et peut-être même derrière le style de Kafka, une sorte de "principe de chute", comme Héraclite a placé sous tous ses aphorismes un principe de flux. Cet "exposant" des éléments kafkaïens constituera leur "puissance". Il sera possible d’en tirer une existentialité dont le fondement serait le tremblement ou, plus exactement, le vacillement.

Références bibliographiques :

Sophocle, Antigone, Œdipe-Roi.
Reinhardt, Sophocle.
Kierkegaard, Crainte et tremblement.
Böhme, L’aurore naissante.
Maître Eckhart, Sur ma naissance de Dieu dans l’âme.
Arnaud Villani, Le Château : Kafka et l’ouverture de l’existant, Belin, 1984.
Arnaud Villani, "Kafka et Prague", Numéro spécial de la revue Critique : Prague, cité magique, n°483-484, 1987.
Arnaud Villani, "L’instance de la tragédie grecque dans l’accomplissement poétique hölderlinien", Po&sie, n°38, 1986.
Arnaud Villani, "Figures de la dualité : Hölderlin et la tragédie grecque", Cahier de l’Herne Hölderlin, L’Herne, 1989.
Arnaud Villani, Petites méditations métaphysiques sur la vie et la mort, Hermann, 2008.
Arnaud Villani, Court Traité du rien, Hermann, 2009.

John ZILCOSKY: "Samsa était voyageur". Trains, trauma et le corps mécanisé
Kafka’s interest in train-transported bodies began in his early novel-fragments, Hochzeitsvorbereitungen auf dem Lande and Richard und SamuelEine kleine Reise durch mitteleuropäische Gegenden, and culminated in his 1912 Die Verwandlung, whose hero, Gregor Samsa, is a commercial traveler who transforms into a vermin. In line with Samsa’s self-diagnosis — that he is "ill", suffering from a "standing ailment of commercial travelers" — I investigate his symptoms in relation to contemporary medical claims that excessive train travel caused physical and psychological pathologies. My point is not that Samsa’s transformation results directly from too much train travel, but rather that his body’s notorious hermeneutic opaqueness points to something beyond literature: to the indeterminately ill, mechanized body that lies at the heart of fin de siècle trauma discourse.

Bibliographic References :

Zilcosky, John. "Kafka Approaches Schopenhauer’s Castle". German Life and Letters 44 (July 1991): 353-69.

Zilcosky, John. "Of Sugar Barons and Banana Kings: Franz Kafka, Imperialism, and Schaffsteins’ Grüne Bändchen". Journal of the Kafka Society of America 20 (1996): 63-75.
Zilcosky, John. "Franz Kafka, Perverse Traveler: Flaubert, Kafka, and the Reiseaufzeichnungen". Journal of the Kafka Society of America 23 (1997): 80-87.
Zilcosky, John. "The Traffic of Writing: Technologies of ‘Verkehr’ in Franz Kafka’s Briefe an Milena". German Life and Letters 52 (July 1999): 365-81.
Zilcosky, John. "The Ends of the Exotic: Franz Kafka, Modernist Inwardness, and the Travel Novel, Richard and Samuel". La Porta D’Oriente: Viaggi e Poesia. Ed. Paola Mildonian, Maria Alzira Seixo, Lourdes Câncio Martins. Lisbon: Edições Cosmos, 2002. 165-76.
Zilcosky, John. "Surveying the Castle: Kafka’s Colonial Visions". A Companion to the Works of Franz Kafka. Ed. James Rolleston. Rochester, NY: Camden House, 2002. 281-324.
Zilcosky, John. "Kafka’s Remains". Lost in the Archives. Ed. Rebecca Comay. Toronto: Alphabet City Media, 2002. 630-43.
Zilcosky, John. Kafka’s Travels: Exoticism, Colonialism, and the Traffic of Writing. New York: Palgrave, 2003.
Zilcosky, John. "Wildes Reisen: Kolonialer Sadismus und Masochismus in Kafkas ‘Strafkolonie’". Weimarer Beiträge 50:1 (January 2004): 33-54.
Zilcosky, John. "Von Zuckerbaronen und Landvermessern: Koloniale Visionen in Schaffsteins Grüne Bändchen und Kafkas Das Schloss". Kafkas Institutionen. Ed. Arne Höcker and Oliver Simons. Bielefeld: Transcript Verlag, 2007. 119-144.



Avec le soutien de l’Université d’Osnabrück et des Editions Fischer



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