Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET
(14 H) 2010
KAFKA APRÈS « SON » SIÈCLE
DIRECTION : Wolfgang ASHOLT, Georges-Arthur GOLDSCHMIDT,
Jean-Pierre MOREL
ARGUMENT :
Pendant
presque tout le vingtième siècle,
on a fait de Kafka le visionnaire des bureaucraties absurdes
ou criminelles, des grands procès, des exterminations.
Pourtant, débarrassé peut-être de ce
"message" qu’on a tant voulu lui faire porter, il entre
désormais, si ce n’est déjà fait depuis
belle lurette, dans la simple histoire littéraire.
Une
décade franco-allemande devrait donc en priorité
faire le point sur ce que l’on a appris de neuf depuis le
début des années quatre-vingt et la
première édition critique chez Fischer. La
genèse de l’ensemble des textes ayant été
datée aussi précisément que possible,
la chronologie de l’œuvre qui en ressort permet de repenser
le rapport des textes à la biographie de l’auteur.
La connaissance de celle-ci ayant, de son côté,
progressé, le rapport de Kafka à plusieurs
questions de son temps se voit ainsi éclairé
plus précisément: par exemple celle du judaïsme
et du sionisme, en particulier à partir de l’été
1917, celle de la dimension de la vie en société
ou celle de l’expérience religieuse. S’agit-il d’un Kafka
entièrement nouveau? Un Kafka, en tout cas, sensiblement
différent de celui dont on était accoutumé
à débattre – et qui a fait naître de
nouvelles interprétations.
Cependant,
la postérité littéraire et artistique
de l’œuvre s’est élargie et renouvelée
et on pourra se demander comment le dernier quart de
siècle y a contribué: transpositions
(ou tentatives de transposition) de ses textes à d’autres
arts; "variations" artistiques ou littéraires sur
ses divers écrits; devenir fictionnel de la personne
historique de l’auteur. Organisé selon ces trois axes:
bilan des connaissances nouvelles, renouvellement des lectures
ou des interprétations, diversité de la réception
créatrice sur le plan des arts et de la littérature,
le colloque réunira, autour de spécialistes
de nationalité allemande, française et
autres, de jeunes chercheurs et des amateurs passionnés
de Kafka.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 21 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Jeudi 22 juillet
Matin:
Wolfgang ASHOLT, Georges-Arthur GOLDSCHMIDT &
Jean-Pierre MOREL: Introduction
Pascale CASANOVA:
La colonie pénitentiaire ou l'ethnologie combative de Kafka
Après-midi:
Alfred BODENHEIMER: La magie de l'espace vide.
Les carnets hébraïques de Kafka
Karl Dietrich WOLFF: Le concept et l'histoire de l'édition
fac-similé de Kafka
Soirée:
Lecture, par Yves RAVEY
Vendredi 23 juillet
Matin:
Philippe ZARD: Voyages imaginaires de Kafka
en Palestine: Kafka, Urzidil, Roth, Brossat
Gérald STIEG:
Kafka et Otto Weininger
Après-midi:
Caspar BATTEGAY: (Ce que Kafka n'a jamais écrit)
Le spectre de Kafka dans la littérature juive
Roland REUSS: Les "aphorismes" de Kafka - édition
et interprétation
Samedi 24 juillet
Matin:
Monika PROCHNIEWICZ: Kafka et les écrivains
polonais, de Bruno Schulz à nos jours
Claudine RABOIN: Le
chantier Kafka. L’apport des éditions critiques
et des traductions des Cahiers bleus in-8°
Après-midi:
Jean-Pierre GAXIE:
Comment Kafka s'égypta
Soirée:
Projection, avec Didier GOLDSCHMIDT, de Sullivan's Travels
(1941), film de Preston Sturges
Dimanche 25 juillet
Matin:
Jean JOURDHEUIL: L'improbable théâtralité
de Kafka
Ritchie ROBERTSON:
Kafka et le contexte historique: La Colonie pénitentiaire
Après-midi:
John ZILCOSKY:
"Samsa était voyageur". Trains, trauma et le corps
mécanisé
Danièle WEISS: Les figures de pouvoir et d'autorité
dans Le château
Lundi 26 juillet
DÉTENTE
Mardi 27 juillet
Matin:
Arnaud VILLANI:
Kafka ou la conscience de l'abîme
Sandra
TRAVERS DE FAULTRIER: Kafka-Gide: "Cet être traqué,
c'est moi"
Après-midi:
Hubert ROLAND:
Kafka précurseur du réalisme magique: une mise
au point historiographique et esthétique
Mercredi 28 juillet
Matin:
Daniel MEDIN:
À la Porte. Une leçon kafkaïenne de J. -M. Coetzee
Hélène
THIÉRARD: Die Zürauer Aphorismen,
genèse et réception d'un texte
Après-midi:
Patrice LORAUX: Le récit sans
prise chez Kafka
Soirée:
Lectures variatives sur Kafka, par Laurent CLÉRY
Jeudi 29 juillet
Matin:
Vivian LISKA: Infinitudes
ou les fins de Kafka
Frédérique LEICHTER-FLACK:
Milgram chez Kafka. Une lecture de Dans la colonie pénitentiaire
Après-midi:
DÉTENTE
Vendredi 30 juillet
Matin:
Carole MATHERON:
Kafka et le monde yiddish
Ghyslain LÉVY:
D'un principe d'épuisement
Après-midi:
Paul RAUCHS: Kafka,
tarte à la crème des psychanalystes
Samedi 31 juillet
Matin:
Conclusions et discussion générale
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Pascale CASANOVA:
La colonie pénitentiaire ou l'ethnologie combative de Kafka
Cette communication concernera l'hypothèse de lecture
du premier roman de Kafka comme un "conte politique"
à décrypter à partir de sa rencontre avec
Izak Löwy et sa découverte enthousiaste du théâtre
yiddish.
Jean-Pierre GAXIE: Comment Kafka s'égypta
En 2002, Maurice Nadeau fait paraître L’Egypte
de Franz Kafka. Une relecture de Jean-Pierre
Gaxie. La conjonction dans le titre de l’Egypte ancienne
et du nom de Kafka peut d’abord surprendre. Toutefois,
si l’on se rappelle combien, bibliquement, judaïsme
et ancienne Egypte eurent partie liée et maille
à partir, dans l’épisode de l’Exode et de
la Terre promise, l’incongruité du rapprochement s’en
trouve partiellement levée. En fait, de nombreux
points mettent en lumière qu’il en est sans doute
de l’Egypte comme il en est du Juif dans l’œuvre de Kafka,
elle s’y trouve, tout ensemble, présente et absente,
manifeste et cachée, avérée et non-dite,
comme lui. Par-delà ces éclaircissements, la
contribution s’attache à rendre sensible l’égyptation
marquant l’œuvre de l’écrivain pragois, à travers l’opposition
signifiante de la fuite d’Egypte et de la
fuite en Egypte qui la traverse.
Références bibliographiques
:
L’Egypte de Franz Kafka, Maurice Nadeau, 2002.
Kafka prince de l’identité, Joseph K.,
2005.
L’antienne Egypte, Cécile Defaut,
2009.
Frédérique LEICHTER-FLACK: Milgram chez Kafka.
Une lecture de Dans la colonie pénitentiaire
Qu’est-ce qui fait que l’on intervient ou que l’on n’intervient pas
face au spectacle de la détresse, de l’injustice, de la violence
qui touche autrui à portée de notre action? La question,
plus cruciale sans doute pour comprendre les conditions de réalisation
des crimes de masse et génocides au XXè siècle que
le paradigme sensationnaliste du basculement dans le Mal (bourreau ou héros
du refus), ne l’est pas moins en contexte libéral, quand l’explication
par la terreur n’entre pas en ligne de compte. Diverses expériences
de psychologie sociale ont, depuis les années 60, cherché
à comprendre le phénomène du "témoin passif",
sans pouvoir offrir davantage que des éclairages sur la pertinence
statistique de tel ou tel paramètre contextuel. Et s’il fallait substituer
une expérience à une autre? Mise en scène d’une situation
expérimentale extrême (le spectacle d’une séance de
torture, en touriste, en anthropologue ou en arbitre international), la
célèbre nouvelle de Kafka est aussi une expérience de
lecture, qui teste notre rationalité politique partagée à
l’épreuve de questions politiques brûlantes: barbarie et universalisme
des droits de l’homme, droit d’ingérence et relativisme culturel,
dilemmes de la tolérance et du respect.
Ghyslain LÉVY:
D'un principe d'épuisement
L’acte d’écriture
est d’abord un acte corporel, un geste qui expose
le corps de l’auteur, même si tout l’enjeu de la littérature
pour Kafka consiste à interroger un autre "corps"
qu’il s’agira de faire apparaître de texte en texte,
et tout au long de la correspondance et du Journal. Mais de
quel "corps" s’agit-il quand il est question "d’écrire
la souffrance dans la souffrance"? On suivra l’archi-texture
souterraine, aberrante, improbable de ces corps dont Kafka
évoquait l’horrible délimitation: "La solide
délimitation des corps humains est horrible". Un enfermement
dans une délimitation si douloureuse qu’il trouvera
dans la souffrance hypochondriaque la seule relation possible
à cette réalité incompréhensible qu’est
son propre espace corporel. Jusqu’à cette nuit d’août
1917 où surgit la Chose, un tout autre procès
du corps, un tout autre réel encrypté, un tout
autre messager de la cause perdue.
Vivian LISKA: Infinitudes
ou les fins de Kafka
Avant de mourir, K., dans
Le Procès, se dit: "Dois-je laisser dire
de moi qu'au début de mon procès je voulais le
finir et qu'à la fin je ne voulais que le recommencer?
Je ne veux pas qu'on dise cela." Le refus d’en finir avec le procès,
avec la vie et surtout avec l’écriture, ainsi que la gêne
qui accompagne ce refus, s’expriment à différents
niveaux dans l’œuvre de Kafka. A travers une analyse de récits
écrits au cours des dernières années de sa
vie, je tracerai les contours de deux conceptions différentes
de l’infini — Endlosigkeit et Unendlichkeit —
et du rôle que joue la présence de l’autre dans cette
distinction.
Carole MATHERON: Kafka et le monde yiddish
Les contacts de Kafka avec la littérature
yiddish sont attestés à partir de 1911 dans
le Journal, en liaison avec la venue à Prague
d’une troupe de théâtre yiddish, motivant son "discours
sur la langue yiddish", prononcé en février 1912. Par
ailleurs, une entrée du Journal, datée du 14
septembre 1915, rend compte de sa visite au rabbi de Belz en compagnie
des frères Langer, visite à laquelle fait suite une
série de notations consacrées au mouvement hassidique,
témoignant (entre autres signes) de l’intérêt
profond de Kafka pour les mouvements culturels des juifs de l’Est. Dans
une lettre à Max Brod de juillet 1916, Kafka, en opposition
à Jiri Langer, interprète à sa façon le
symbolisme supposé des actes du rabbi et déclare: "je
pense que le sens le plus profond est justement que ce sens fait défaut,
et c’est à mon avis bien suffisant". On tentera d’explorer ce
paradigme d’une rencontre paradoxale avec un sens à la fois "plein"
et "défait", qui caractérise l’apport du judaïsme
de l’Est à la conception qu’a Kafka de la singularité de
son entreprise littéraire.
Daniel MEDIN: À la Porte. Une leçon kafkaïenne
de J.-M. Coetzee
L’empreinte de Kafka se retrouve tout au long de l’œuvre
de J. M. Coetzee. Né en Afrique du Sud en 1940, Coetzee a écrit
son premier roman juste après sa thèse de doctorat sur Samuel
Beckett à l´Université du Texas, à Austin.
Comme chez Kafka, ses livres semblent se soustraire à l´interprétation.
Ils imitent aussi ses superpositions temporelles et son penchant pour
les paraboles. Son ouvrage Elizabeth Costello (2003) reprend les
histoires de Kafka "Communication à une Académie" et "Devant
la Loi" pour approfondir les thèmes qui lui tiennent à cœur
depuis le début de sa carrière: les mécanismes du pouvoir,
la vie des animaux, le sentiment pour l'écrivain d'être arrivé
trop tard. Ma contribution portera intégralement sur la dernière
"leçon", intitulée A la porte, du livre Elizabeth
Costello.
Claudine
RABOIN: Le chantier Kafka. L’apport
des éditions critiques et des traductions des
Cahiers bleus in-8°
Quel est
l’apport des nouvelles éditions critiques
des écrits de Kafka à notre connaissance
de cet auteur, quand il s’agit, non des romans ou des
nouvelles les plus célèbres, mais de ces
nombreux fragments narratifs ou réflexifs habituellement
regroupés dans les volumes d’œuvres posthumes? De
1916 à 1918, Kafka utilise, pour consigner ses écrits
littéraires, des petits carnets in-8°, dans lesquels
la frontière devient progressivement de plus en
plus difficile à tracer entre l’écriture de l’intime
et celle de la fiction. On cherchera à savoir jusqu’à
quel point les manuscrits transcrits ou reproduits de ces Cahiers
bleus in-8° permettent d’accéder au système
poétique de Kafka, et si l’on peut mieux observer dorénavant
quelle est la part de l’écriture dans ce qui constitue
l’"effet Kafka". Et l’on se demandera si les nouvelles traductions
d’un tel corpus de textes parviennent, non seulement à
rendre compte du sens des ajouts récents de nouveaux
fragments ou de nouvelles formulations d’un strict point de vue
linguistique, mais si elles sont aussi en mesure de faire comprendre
différemment l’enjeu de la création littéraire
qui se donne à voir dans les écrits de cette période–clé
de l’œuvre de Kafka.
Références
bibliographiques :
Les
critiques de notre temps et Kafka, Paris, Garnier
Frères, 1973.
""Ein
Landarzt" und die Erzählungen aus den 'Blauen
Oktavheften' 1916-1918", In: Heinz Ludwig Arnold
(Hg.), Text + Kritik, Sonderband Franz Kafka,
München, 1994, 2006.
"Le regard
et la perspective: Recherches sur la façon
d'écrire de Kafka en 1912-1913", In: M. Godé
et M. Vanoosthuyse (dir.), Entre critique et rire.
Le Disparu de Franz Kafka, Bibliothèque d'Etudes
Germaniques et Centre-Européennes, Montpellier, 1997.
""Gib's
auf!". Traces d'une lecture de Kafka dans le Stiller
de Max Frisch", In: Ph. Wellnitz (dir.), Max
Frisch. La Suisse en question?, Centre culturel
suisse, Paris et P.U. Strasbourg, 1997.
"Oskar
Pastior lecteur de Kafka: cheminement de l'implicite",
En collaboration avec J. Lajarrige, In: Études
Germaniques 57, 2002.
"Franz
Kafka", In: J.-Cl. Polet (dir.), Le Patrimoine
Littéraire. Auteurs européens du premier
XX°s, De Boeck-Université, Bruxelles,
2002 (t.1).
"Homère,
Kafka, Brecht et les Sirènes : Jeux intertextuels".
In: I. Behr et P. Henninger (dir.), A travers
champs. Etudes interdisciplinaires allemandes. Mélanges
pour Nicole Fernandez-Bravo, L’Harmattan, Paris,
2005.
"Castor
et les revenants. Scénarisation d’une métaphore
fantastique", In: Europe n°923, Mars
2006 ("Franz Kafka").
"Les "effets
spéciaux" du fantastique chez Kafka", In:
F. Cransac et R. Boyer (dir), Figures du fantastique
dans les contes et nouvelles, Rencontres d’Aubrac
2004, Publications Orientalistes de France, Association
A la rencontre des écrivains, Oct.2006.
"Le Procès
de Kafka en BD", In: Ph. Zard (dir.), Sillage
de Kafka, Edition Le Manuscrit, Collection "L’Esprit
des Lettres", Paris, 2007.
"L’Amérique,
un souvenir d’enfance de Kafka", In: Etudes
Germaniques 62 (2007), 1, p. 33-43.
"Franz
Kafka", In: E. Decultot, M. Espagne, J. Le Rider (dir.),
Dictionnaire du Monde Germanique, Bayard,
Paris, 2007.
Schreiben
als Form des Gebetes. "Ecrire, forme de la prière".
Sur une phrase de Kafka en 1920. Strasbourg, PUS,
2008.
Paul RAUCHS: Kafka,
la tarte-à-la-crème des psychanalystes
Contemporain et compatriote de Freud,
Kafka est, comme le père de la psychanalyse, un
juif de langue allemande. Aussi les psychanalystes se sont-ils
emparés de son œuvre dont le style hyperréaliste
et dénué de tout sentimentalisme s'apparente à
la pensée opératoire qui caractérise certains
hypocondriaques. Ces écrits tiennent du cauchemard et
de la névrose, mais leur froide lucidité protège
leur auteur de la psychose, malgré des thématiques
délirantes récurrentes. Ajoutons à cela les incessantes
références au père et à la loi, ainsi
que la relation ambivalente à Prague et à la mère,
et nous comprenons que le corpus kafkaïen fait le bonheur des
exégètes lacaniens. Il n'empêche que Kafka reste
avant tout le comptable de la nostalgie et de la culpabilité.
Ritchie ROBERTSON:
Kafka et le contexte historique: l'exemple de La Colonie
pénitentiaire
La critique littéraire
cherche à situer des textes, dont elle s'occupe,
dans leur contexte historique. Qu'en est-il de Kafka? Comment
peut-on le faire? La plupart de ses livres de fiction sont
abstraits et universels. Ses œuvres tiennent de la parabole
plus que du roman ou du roman court. En exemple, nous voudrions
examiner La Colonie pénitentiaire. La littérature
critique propose trois manières de situer historiquement
ce texte:
1) on peut explorer dans
quelle mesure le texte a rapport aux événements
et aux actualités du vivant de Kafka: les colonies
pénitentiaires réelles; la controverse de
l'incarcération du capitaine Dreyfus à l'île
du Diable; les colonies pénitentiaires en Sibérie
dont Kafka a pris connaissance dans les lettres de Dostoievski;
et, étant donné que l'histoire a été
écrite en septembre et en octobre 1914, l'ouverture des
hostilités de la première guerre mondiale ;
2) on peut examiner l'influence qu'a eu
la lecture de Kafka sur ce texte. Parmi des œuvres pertinentes,
on peut compter La Généalogie de la
morale de Nietzsche et Le Jardin des supplices d'Octave
Mirbeau ;
3) on ne devrait pas manquer de tenir compte
de la façon étrange avec laquelle Kafka
semble pouvoir prédire les atrocités de la
fin du 20e siècle et même du 21e siècle. Par
exemple, lorsque dans ce texte l'on traite le prisonnier cornme
un chien, le lecteur d'aujourd'hui ne peut s'empêcher de
penser à Abu Ghraib, où les prisonniers iraquiens ont
été tenus en laisse et forcés de se comporter
comme des chiens. Ce trait de l'imagination de Kafka dépasse
tout concept et tout mode traditionnel de classification historique
des textes littéraires.
Dans cette communication,
nous étudierons les enjeux de ces trois approches,
sans pour autant trancher en faveur d'une solution prématurée.
Hubert ROLAND: Kafka
précurseur du réalisme magique: une mise
au point historiographique et esthétique
La mention régulière
du nom de Kafka comme précurseur et figure influente
sur les écrits du réalisme magique fera
l’objet d’une mise au point à plusieurs niveaux. Sur le
plan de l’historiographie allemande, nous envisagerons le magischer
Realismus comme une poétique et une vision du monde,
fondés sur un élargissement et un approfondissement
du réalisme traditionnel. On y observe une tension fondamentale
entre une précision minutieuse, quasi microscopique dans
la description du monde réel et la conscience de la présence
d’un deuxième fond secret et mystérieux de la réalité,
qui se tient derrière les choses. Nombre de représentants
de ce Erzählstil caractéristique d’une tendance
des Lettres allemandes des années 1920 à 1950 — citons
notamment Hermann Kasack et son roman Die Stadt hinter dem Strom
(1947), traduit jadis par Clara Malraux — ont une dette évidente
à l’égard de Kafka. Lorsque, par la suite, le realismo
magico/real maravilloso s’autonomisera et fera fortune dans
les pays d’Amérique latine, le nom de Kafka reviendra dans
les discussions théoriques, mais aussi comme influence décisive
dans l’œuvre des "passeurs" d’idées littéraires
entre l’Europe et le nouveau monde Jorge Luis Borges et Alejo Carpentier.
Une lecture d’exemples représentatifs issus de l’œuvre
de Kafka elle-même servira bien entendu à alimenter notre
propos, afin de préciser l’apport réel et la portée
de celle-ci sur la littérature du réalisme magique.
Gérald
STIEG: Kafka et Weininger
Il s’agit de
montrer que la pensée d’Otto Weininger (1880-1903),
notamment ses réflexions posthumes ("Des fins
ultimes"), ont laissé des traces considérables
dans le "Château" de Kafka. Après une introduction
consacrée aux analogies entre Kafka et Weininger,
cette présence (longtemps délibérément
négligée par les études sur Kafka)
sera analysée en trois étapes: 1) L’interprétation
de l’opéra "Parsifal" par Weininger et les analogies
entre la quête du Graal et la quête du Château
; 2) L’opposition entre temporalité linéaire et temporalité
circulaire ; 3) Les scènes avec Frieda-Kundry comme
parodies de "Tristan" et "Parsifal".
Hélène THIÉRARD:
Die Zürauer Aphorismen, genèse et
réception d'un texte
La récente publication des Zürauer
Aphorismen par Roberto Calasso (Suhrkamp Verlag, 2006) attire
l'attention sur la genèse de ce texte déconcertant,
en le proposant au lecteur sous une forme inédite
; une forme, peut-être, "autorisée". La série
de méditations, éditée pour la première
fois par Max Brod en 1931 sous le titre Betrachtungen
über Sünde, Leid, Hoffnung und den wahren Weg,
semble bien avoir été préparée par
l'auteur de son vivant en vue d'une publication: Kafka extrait
certains fragments de l'ensemble des notes prises dans les
Oktavhefte pour les recopier au propre, en isolant chacun d'eux
sur une page soigneusement numérotée. En quoi ce
geste de Kafka induit-il une réception spécifique
des aphorismes? On s'intéressera à la genèse du
texte en prenant pour point de départ les Oktavhefte
et on tentera, au vu des différents partis pris éditoriaux
qui se sont attachés à ces "aphorismes", de redéfinir
la place que la critique leur a attribuée dans l'oeuvre
de Kafka.
Les Aphorismes de
Zürau paraîtront aux éditions Gallimard
en octobre 2010 dans la collection Arcades (Traduction: Hélène
Thiérard).
Sandra
TRAVERS DE FAULTRIER: Kafka-Gide: "Cet être
traqué, c'est moi"
C’est ainsi
que Gide réagit dans son journal à la date
du 28 août 1940 à la relecture du Procès.
S’il travailla à l’adaptation théâtrale
du livre de Kafka, œuvre seconde qui nous accompagnera, c’est,
au-delà du texte précis, l’interrogation d’un
silence auquel il tentera de donner voix. En l'œuvre de Kafka
résonne, pour Gide, comme une souffrance jumelle à
la sienne. Mais, contrairement aux apparences, ce n’est pas
la scène judiciaire qui constitue le territoire commun
de ces deux auteurs, mais la qualification (les juristes appellent
ainsi leur mode de nomination des actes, des choses et des personnes)
qui pourrait bien être au cœur des mots des "sans voix"
que sont les êtres traqués.
Arnaud VILLANI:
Kafka ou la conscience de l'abîme
Dans l’esprit
de la thèse de Kierkegaard, Le concept d’ironie
constamment appliqué à Socrate, je voudrais
tenter de poster derrière chaque ouvrage, chaque
phrase, chaque acte, et peut-être même derrière
le style de Kafka, une sorte de "principe de chute", comme
Héraclite a placé sous tous ses aphorismes un principe
de flux. Cet "exposant" des éléments kafkaïens
constituera leur "puissance". Il sera possible d’en tirer
une existentialité dont le fondement serait le tremblement
ou, plus exactement, le vacillement.
Références
bibliographiques :
Sophocle, Antigone,
Œdipe-Roi.
Reinhardt, Sophocle.
Kierkegaard,
Crainte et tremblement.
Böhme, L’aurore
naissante.
Maître
Eckhart, Sur ma naissance de Dieu dans l’âme.
Arnaud Villani,
Le Château : Kafka et l’ouverture de l’existant,
Belin, 1984.
Arnaud Villani,
"Kafka et Prague", Numéro spécial de
la revue Critique : Prague, cité magique, n°483-484,
1987.
Arnaud Villani,
"L’instance de la tragédie grecque dans l’accomplissement
poétique hölderlinien", Po&sie,
n°38, 1986.
Arnaud Villani,
"Figures de la dualité : Hölderlin et la tragédie
grecque", Cahier de l’Herne Hölderlin,
L’Herne, 1989.
Arnaud Villani,
Petites méditations métaphysiques
sur la vie et la mort, Hermann, 2008.
Arnaud Villani,
Court Traité du rien, Hermann, 2009.
John ZILCOSKY: "Samsa était
voyageur". Trains, trauma et le corps mécanisé
Kafka’s interest in train-transported
bodies began in his early novel-fragments, Hochzeitsvorbereitungen
auf dem Lande and Richard und Samuel — Eine kleine
Reise durch mitteleuropäische Gegenden, and culminated
in his 1912 Die Verwandlung, whose hero, Gregor Samsa,
is a commercial traveler who transforms into a vermin. In line with
Samsa’s self-diagnosis — that he is "ill", suffering from a "standing
ailment of commercial travelers" — I investigate his symptoms
in relation to contemporary medical claims that excessive train
travel caused physical and psychological pathologies. My point is
not that Samsa’s transformation results directly from too much train
travel, but rather that his body’s notorious hermeneutic opaqueness
points to something beyond literature: to the indeterminately ill,
mechanized body that lies at the heart of fin de siècle trauma
discourse.
Bibliographic References
:
Zilcosky, John. "Kafka Approaches Schopenhauer’s
Castle". German Life and Letters 44 (July 1991):
353-69.
Zilcosky, John. "Of Sugar Barons
and Banana Kings: Franz Kafka, Imperialism, and Schaffsteins’
Grüne Bändchen". Journal of the Kafka
Society of America 20 (1996): 63-75.
Zilcosky, John. "Franz Kafka,
Perverse Traveler: Flaubert, Kafka, and the Reiseaufzeichnungen".
Journal of the Kafka Society of America 23 (1997):
80-87.
Zilcosky, John. "The Traffic
of Writing: Technologies of ‘Verkehr’ in Franz Kafka’s Briefe
an Milena". German Life and Letters 52 (July 1999):
365-81.
Zilcosky, John. "The Ends of
the Exotic: Franz Kafka, Modernist Inwardness, and the
Travel Novel, Richard and Samuel". La Porta
D’Oriente: Viaggi e Poesia. Ed. Paola Mildonian, Maria Alzira
Seixo, Lourdes Câncio Martins. Lisbon: Edições
Cosmos, 2002. 165-76.
Zilcosky, John. "Surveying the Castle:
Kafka’s Colonial Visions". A Companion to the Works
of Franz Kafka. Ed. James Rolleston. Rochester, NY: Camden
House, 2002. 281-324.
Zilcosky, John. "Kafka’s Remains". Lost
in the Archives. Ed. Rebecca Comay. Toronto: Alphabet
City Media, 2002. 630-43.
Zilcosky, John. Kafka’s Travels:
Exoticism, Colonialism, and the Traffic of Writing.
New York: Palgrave, 2003.
Zilcosky, John. "Wildes Reisen: Kolonialer
Sadismus und Masochismus in Kafkas ‘Strafkolonie’". Weimarer
Beiträge 50:1 (January 2004): 33-54.
Zilcosky, John. "Von Zuckerbaronen und
Landvermessern: Koloniale Visionen in Schaffsteins Grüne
Bändchen und Kafkas Das Schloss". Kafkas Institutionen.
Ed. Arne Höcker and Oliver Simons. Bielefeld: Transcript Verlag,
2007. 119-144.
Avec le soutien de l’Université d’Osnabrück
et des Editions Fischer