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DU SAMEDI 14 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 22 AOÛT
(14 H) 2010
LE LANGAGE TOTALITAIRE D'HIER À AUJOURD'HUI
EN HOMMAGE À VICTOR KLEMPERER
DIRECTION : Laurence AUBRY, Béatrice TURPIN
(Informations complémentaires : http://klempereraout2010.free.fr/Cerisy/)
ARGUMENT :
Une réflexion sur totalitarisme
et discours politique évoque le philologue Victor Klemperer
(1881-1960), dont la résistance face au nazisme passa
par une étude minutieuse des énoncés sous
ce régime. Scrupuleusement tenu jour après jour, le
journal des transformations de la langue allemande alors sous influence,
comme des divers symboles et cérémonials de ce régime,
vint témoigner de l'attaque contre la langue, l'esprit
et la culture par la propagande du IIIe Reich. La démarche
de l’écrivain, linguiste, spécialiste de littérature
française et italienne, est emblématique d’une
entreprise interdisciplinaire.
Les communications, qui procèderont
selon une approche fondée sur le dialogue entre diverses
disciplines (linguistique, rhétorique, stylistique,
analyse du discours, sémiologie, communication, psychanalyse,
principalement), auront ainsi en commun de s’interroger sur
les liens entre totalitarisme et langage dans le domaine politique,
de s’intéresser au discours en tant qu’il peut manipuler,
être modifié ou détourné.
Une place sera accordée au regard
que nous proposent les arts intégrant le discours (littérature,
théâtre, cinéma) lorsqu’ils interrogent,
exposent ou dénoncent les signes d’un langage public
ou politique totalitaire (1984 de Georges Orwell).
CALENDRIER DÉFINITIF :
Samedi 14 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques
et des participants
Dimanche 15 août
Matin:
Jean Pierre FAYE: Langage totalitaire
"officiel" et langue totalitaire quotidienne:
la LT1 captée jour après jour
par Klemperer et Schneeberger
Laurence AUBRY:
Paradoxalité de la langue et travail d’écriture
Après-midi:
Ruth AMOSSY:
Avatars du raisonnement partagé
Christelle
REGGIANI: Politique de la représentation.
La manipulation politique au prisme
du discours littéraire
Gabriela
PATIÑO-LAKATOS: Le lieu rhétorique de
la métaphore. Dimension pragmatique
de la métaphore: discours politique, référence
et monde
Lundi 16 août
Matin:
Bernard
LAMIZET: Sémiotique du totalitarisme
Paul DANLER: Les stratégies
discursives dans le discours totalitaire depuis la perspective morphosyntaxique
Après-midi:
Roselyne
KOREN: Langage et justification implicite
de la violence: le cas de l'"amalgame"
Philippe
BRETON: Le discours peut-il tuer? Le rôle
du langage dans la motivation des exécuteurs
de masse et des agents du génocide
Soirée:
Elise LEVRON & Philippe VILLIERS
(compagnie Peredelkino): Lecture d'extraits
du Journal de Victor Klemperer
Mardi 17 août
Matin:
Christiane ROUSSEAUX-MOSETTIG:
Le "Balancier" de Victor Klemperer
Françoise
SAMSON: L'usage de la lettre dans la
LT1
Après-midi:
Marc BONHOMME:
Rhétorique de l'aphorisme et parole totalitaire
Alicja
KACPRZAC: La calomnie et l'invective, instruments discursifs
de la propagande totalitaire
Mercredi 18 août
Matin:
Table Ronde
Ida Lucia
MACHADO: Olga: une femme offerte en "cadeau"
aux nazis par un président brésilien
William
Augusto MENEZES: Discours et action du
parti d'extrême droite au Brésil
dans l'ère Vargas: stratégies identitaires
et rumeur politique
Après-midi:
DÉTENTE
Jeudi 19 août
Matin:
Béatrice
TURPIN: Sémiotique du discours totalitaire
Norma TASCA:
Des effets de sens totalitaires
Après-midi:
Joëlle
RÉTHORÉ: Totalitarismes: quand les
symboles cessent de croître
Béatrice
FRAENKEL: La ville fasciste et ses régimes graphiques:
le témoignage de Victor Klemperer
Soirée:
Fabrice HUMBERT: Débat à
partir de son roman: L'Origine de la violence
(Le passage, 2009)
Vendredi 20 août
Matin:
Johannes
ANGERMÜLLER: Un discours sans sujet? La polyphonie du
discours gouvernemental – des régimes socialistes
à l'Union européenne
Alice
KRIEG-PLANQUE: De Klemperer aux usages militants
d'Orwell: pratiques profanes de la critique du
langage politique à travers la production de dictionnaires
et de contre-lexiques
Après-midi:
Jean-Luc
EVARD: Stefan George. Les poètes dans
la révolution conservatrice
Samedi 21 août
Matin:
Emmanuelle DANBLON:
Le langage totalitaire et la rhétorique: un tragique avatar de la
modernité?
Evelyne GUZY-BURGMAN:
L'apologie du Jihad à la lumière de
LTI. Approche rhétorique de textes
au féminin
Après-midi:
Sjef HOUPPERMANS:
Prendre ses distances. De Victor Klemperer à Renaud Camus
Dimanche 22 août
Matin:
Ina MOTOI:
Quelle pensée critique pour quel travail social dans
le royaume de la rectitude politique?
Clôture du colloque
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Ruth AMOSSY: Avatars du raisonnement
partagé
Nous verrons dans quelle mesure et selon quelles voies un discours
d'autorité qui repose essentiellement sur l'imposition
par la force et sur la propagande peut relever de l'argumentation
comme démarche de persuasion par des moyens verbaux.
Johannes ANGERMÜLLER:
Un discours sans sujet? La polyphonie du discours gouvernemental
– des régimes socialistes à l'Union européenne
En lisant les discours de la gouvernance
post-nationale comme, par exemple, celui de l'Union européenne,
on se souvient parfois des régimes socialistes, de
leur "langue de bois", analysée, il y a 25 ans, par
Patrick Seriot (1985). Alors que je m'efforce de dégager
le jeu polyphonique spécifique pour ces types de discours
gouvernementaux, les parallèles entre les deux semblent parfois
surprenants, et cela dans des contextes historiques et politiques
très différents. Dans cette communication, je
m'interroge sur ces discours, loin d'être dénués
de sens et grouillant d'une grande pluralité de voix plus ou
moins audibles.
Référence
bibliographique :
SERIOT Patrice. Analyse du discours
politique soviétique, éd. Institut d'Etudes
Slaves, 1985 (http://www2.unil.ch/slav/ling/recherche/biblio/85TH3/tdm.html).
Laurence AUBRY: Paradoxalité
de la langue et travail d’écriture
La langue totalitaire caractéristique du IIIe Reich telle que
l’analyse Victor Klemperer peut être décrite comme une attaque
contre le style. La démarche du philologue est elle aussi stylistique:
attentive au petit détail du discours et du quotidien, elle résiste
à l’abrasement du singulier. Eradiquer la parole et le style dans
la langue est une des manière dont la LTI impose aux locuteurs une
contrainte paradoxale propre à rendre l’autre fou. Celle-ci
participe de la force pragmatique de la LTI, dont nous nous proposons de
comparer l’étau à celle de la paradoxalité, telle
que la définit au plan clinique le psychanalyste Paul Claude Racamier
à propos des schizophrénies et, plus largement, de ce qu’il
nomme après Didier Anzieu les pathologies paradoxales.
Références bibliographiques :
Didier Anzieu, « Le transfert paradoxal », Nouvelle
Revue de Psychanalyse, La Psyché, n°12, automne 1975, p.
49-72.
Piera Aulagnier, « Le droit au secret, condition pour pouvoir
penser », Un interprète en quête de sens, Payot,
2001, p. 299-324.
Sigmund Freud, « L’inconscient » [1915], Métapsychologie,
Œuvres psychanalytiques complètes, XIII, PUF, 1994, p. 238-244.
Sigmund Freud, « Compléments métapsychologiques
à la doctrine du rêve » [1917], Métapsychologie,
Œuvres psychanalytiques Complètes, XIII, PUF, 1994, p. 253-256.
Sigmund Freud, Psychologie des masses et analyse du moi [1921],
Œuvres psychanalytiques complètes, XVI, PUF, 2003, p. 1-83.
André Green, « Hypothèses sur le négatif
en dehors des données cliniques », Illusions et désillusions
du travail psychanalytique, Odile Jacob, 2010, p. 222-236.
Victor Klemperer, LTI, la Langue du IIIe Reich, Albin Michel,
« Pocket », 1996.
Victor Klemperer, Mes soldats de papier, Journal 1933-1941,
Seuil, 2000.
Victor Klemperer, Je veux témoigner jusqu’au bout, Journal
1942-1945, Seuil, 2000.
Ghislain Lévy, « Une weltanschuung fanatique »,
L’ivresse du pire, Campagne Première, 2010, p. 129-147.
Francis Pasche, « Le bouclier de Persée ou Psychose et
réalité », Revue Française de Psychanalyse,
n° 5/6, 1971, p. 859-870.
Paul Claude Racamier, « Schizophrénie et paradoxalité
», Les schizophrènes, Petite Bibliothèque Payot,
2001, p. 145-160.
Harold Searles, L’effort pour rendre l’autre fou, Paris, Gallimard,
« Folio essais », 1977.
Marc BONHOMME: Rhétorique de l'aphorisme
et parole totalitaire
L’objectif de notre communication est de mettre en
évidence l’un des invariants de la
parole totalitaire: son recours à l’aphorisme.
Le genre aphoristique fut notamment à la base
du totalitarisme maoïste (cf. Le Petit
Livre rouge de Mao Tsé-Toung), mais il a
largement été pratiqué par d’autres courants
totalitaires, qu’ils soient d’essence communiste (comme
les discours de Ceaucescu) ou tiers-mondiste (cas de Sekou
Touré en Guinée dans les années 1960).
S’appuyant sur des textes produits par les hommes politiques
précédemment mentionnés, notre
intervention analysera la dimension foncièrement
manipulatoire du recours à l’aphorisme. En particulier,
sur le plan énonciatif, l’aphorisme politique
révèle une oscillation constante entre
une subjectivité latente et un positionnement générique
qui confère une prétention universaliste
— source de totalitarisme — à une idéologie
singulière. Sur le plan informatif, l’aphorisme
manifeste une propension à la tautologie et à la
reformulation qui en fait un discours de ralliement à une
pensée politique prédéfinie. Sur
le plan argumentatif, l’aphorisme apparaît comme
un discours d’autorité masqué, cela grâce
à divers procédés qui permettent de faire
admettre comme allant de soi des assertions politiques contestables.
La force rhétorique de l’aphorisme totalitaire
est encore amplifiée par son importante
composante prosodique qui favorise un engourdissement du
jugement chez ses destinataires.
Philippe BRETON: Le discours peut-il tuer?
Le rôle du langage dans la motivation des
exécuteurs de masse et des agents du génocide
De nombreux travaux, récents et moins récents,
cherchent à comprendre comment des hommes
"ordinaires", du moins qui ne sont pas des psychopathes
avérés, en arrivent à devenir
des exécuteurs, des tueurs de masse et des agents
directs des génocides. Cette communication,
en complément et en critique des explications
traditionnelles (racisme déshumanisant, soumission
au groupe ou à l'autorité, socialisation
par la violence et déprise de soi), partira d'une
analyse précise des paroles tenues sur le terrain
même du meurtre. On cherchera dans cette perspective
à mieux comprendre le rôle de la propagande,
du point de vue du contenu et de celui du nouveau rapport
à la parole qu'elle inaugure. On insistera sur la
fonction jouée dans la commission du meurtre par les discours
de vengeance.
Emmanuelle DANBLON: Le langage totalitaire et la
rhétorique: un tragique avatar de la modernité?
Il n’est pas besoin de rappeler combien le journal du philologue
Victor Klemperer ainsi que l’ouvrage qu’il a écrit dans un second
temps à partir de ses notes est d’un apport irremplaçable
pour comprendre les phénomènes linguistiques et philologiques
qui témoignent d’un véritable changement collectif de mentalités
dans l’Allemagne nazie. Klemperer s’est fait le greffier éclairé
de ces microphénomènes linguistiques derrière lesquels
se révèle la topique d’une société entière,
celle du Troisième Reich. À ce jour, ni la linguistique,
ni l’histoire, ni même la psychologie ne sont encore parvenues
à fournir des explications complètement satisfaisantes
de ce sombre épisode de l’humanité.
De son côté, la rhétorique en tant que discipline,
n’a encore que très modestement contribué à une
meilleure compréhension du phénomène. Je voudrais
ici contribuer à remédier à cette lacune. Chaïm
Perelman, le spécialiste belge de la rhétorique, est sans
doute l’un des premiers à avoir contribué à une réflexion
générale sur la théorie de la rhétorique
à partir d’une réflexion philosophique et juridique, immédiatement
influencée par les événements de la seconde guerre
mondiale. On sait qu’il fut à l’origine d’une renaissance de la
rhétorique en tant que discipline, à partir des années
50.
Dans le Traité de l’argumentation écrit avec
Lucie Olbrechts-Tyteca en 1958, Perelman décrit, entre autres,
une technique, la "dissociation" des notions, qui se trouve mise en œuvre
dans de nombreux débats au point que l’on peut y reconnaître
une pratique commune à toute activité critique. Or si la
critique est la pierre angulaire de toute démarche argumentative,
on sait aussi qu’elle n’est rien si elle n’emporte pas l’adhésion
des auditoires, par la persuasion. Ce faisant, nous aurons d’emblée
évoqué les deux critères essentiels de toute pratique
de la rhétorique: la critique et la persuasion. Dans un tel cadre,
quelles sont les particularités du langage totalitaire? Je me propose
d’aborder la question, à travers une démarche d’anthropologie
et d’épistémologie de la rhétorique, en cherchant à
comprendre ce qui a pu se jouer, depuis la naissance de cette antique discipline,
jusqu’au cœur de la modernité qui a conduit aux phénomènes
totalitaires du 20e siècle. Cette enquête me conduira, à
partir de Perelman, à remonter le temps en passant rapidement par,
Aristote, Platon et les Sophistes afin de tenter de dresser l’autoportrait
de ce que peut être une rhétorique totalitaire. Les réflexions
de Victor Klemperer nous accompagneront pas à pas vers une meilleure
compréhension du phénomène qu’il a lui-même nommé
la LTI, la langue du IIIe Reich.
Paul DANLER: Les stratégies
discursives dans le discours totalitaire depuis la perspective morphosyntaxique
La grammaire explique, grosso modo, les règles qui déterminent
la construction des syntagmes et des phrases. L’analyse du discours,
par contre, prétend saisir l’essence — ou l’essentiel — du discours
sur le plan du contenu en examinant celui-ci sous différents
angles. Pourtant le procès de l’analyse du discours n’est pas
toujours très clair. Tantôt il ne porte que sur le contenu
et ne signifie rien d’autre qu’un résumé de celui-ci. Tantôt
il porte sur l’usage de la langue et s’avère, eo ipso,
être avant tout une analyse pragmatique. Si importantes que puissent
être les composantes lexico-sémantiques et pragmatiques,
il nous semble néanmoins qu’une analyse complète et détaillée
du discours ne peut pas se passer de l’analyse du fondement structurel
du discours, c’est-à-dire des structures morpho-syntaxiques. Cet
aspect de l’analyse du discours est important car il permet de voir que
ce sont les structures morpho-syntaxiques qui contribuent déjà
dans une grande mesure au message de l’énoncé que l’émetteur
vise à transmettre aux destinateurs. Les approches syntaxiques
que nous proposons pour illustrer cela sont la théorie de la valence,
la grammaire des cas ainsi que la perspective fonctionnelle de la phrase
selon l’école de Prague. Ce genre d’analyse nous permettra de découvrir
toute une gamme de stratégies discursives dans le discours fasciste
ce que nous allons voir dans des discours politiques de Franco, Mussolini,
Pétain et Salazar.
Jean-Luc EVARD: Stefan George. Les poètes
dans la révolution conservatrice
Partant du premier texte de célébration
de Stefan George publié en 1909 par son cénacle
(Herrschaft und Dienst, "Souveraineté
et service"), on se propose d’étudier une variante
allemande de l’articulation du politique et du
poétique. Au début du vingtième
siècle, réputé pour avoir été
celui des avant-gardes en tout genre, un cénacle
de poètes réunis autour de Stefan George
définit son idéal de société,
de hiérarchie, d’esthétique.
Son prestige fut considérable, sa relation au politique
durant les années weimariennes et les suivantes
nourrit la controverse. On tentera de décrire
comment des régimes de discours et de parole au
départ distincts composent une constellation où
s’orientent en même temps des attentes et politiques et
poétiques.
Références bibliographiques
:
Schiller, Friedrich : Lettres sur l’éducation
esthétique de l’homme, 1795,
trad. fr. 1943 rééd. Aubier 1992.
Adorno, Th. W. : Notes sur la littérature,
1967, trad. fr. Flammarion 1984.
Fumaroli, Marc : Chateaubriand. Poésie
et Terreur, 2003.
Béatrice FRAENKEL:
La ville fasciste et ses régimes graphiques:
le témoignage de Victor Klemperer
La lecture attentive du journal
qu’a tenu V. Klemperer entre 1933 et 1945 (Seuil, 2000)
témoigne des changements multiples qui affectent
progressivement la ville de Dresde et des nouvelles réglementations
qui modifient la vie des juifs comme citadins. Nous nous proposons
d’analyser comment cet environnement urbain instable articule deux
dimensions: une nouvelle qualification juridique des espaces liés
à de nouvelles qualifications de ses habitants et une nouvelle
écologie graphique qui participe à une transformation
sensorielle de la cité.
Références
bibliographiques :
Fraenkel B. (dir.), Écritures
urbaines : les lois de la ville, Ouvrage à
paraître en 2010, coll. "Les mots de la ville", ed.
MSH-Unesco.
Fraenkel B., "Actes d’écriture
: Quand écrire c’est faire", Langage &
Société n° 121-122, sept-dec 2007, p101-112
(tr. en anglais (2010) et en italien (2009)).
Fraenkel B., 2007, "Les écritures
de la catastrophe. Pratiques d’écriture et de
lecture dans la ville de New York en septembre 2001",
dans La lettre et l’Image, Nouvelles approches, Textuel
n°54, A.-M. Christin et A. Miura (eds.) Université Paris
Diderot-Paris7, p. 27-41 (tr. en espagnol 2008 et en anglais
2010).
Evelyne GUZY-BURGMAN: L'apologie du Jihad
à la lumière de LTI.
Approche rhétorique de textes au féminin
Sur la base de l'analyse d’écrits produits
par des femmes jihadistes francophones, je tenterai
de voir s'il existe une filiation entre le langage
totalitaire tel que le décrit Victor Klemperer
et ces textes contemporains. Je m’attacherai plus particulièrement
à examiner la requalification dont font
l’objet certains termes, tels que "viol" ou "terroriste",
dans le cadre de ces discours radicaux. Dans la foulée
des travaux du Groupe de recherche en rhétorique
et en argumentation linguistique, je tenterai également
de déterminer si ces productions discursives s’inscrivent
dans une topique contemporaine se fondant sur la Déclaration
universelle des Droits de l’Homme.
Sjef HOUPPERMANS: Prendre ses
distances. De Victor Klemperer à Renaud Camus
Ces deux auteurs contemporains s'insurgent notamment contre
un certain populisme qui touche plus précisément
la langue française, notamment dans le domaine culturel
et dans les médias (voir entre autres Richard Millet
"Le sentiment de la langue" et Renaud Camus "Syntaxe
ou l'autre dans la langue").
Alicja KACPRZAC: La calomnie et l'invective, instruments
discursifs de la propagande totalitaire
Le totalitarisme, phénomène défini
par le TLF comme "Système politico-économique
cherchant à imposer son mode de pensée
considéré comme le seul possible" se résume,
entre autres, par un modèle logique bien simple
(voire simpliste): OUI pour nous et notre idéologie,
NON pour les autres et leurs idéologies. La négation
de l’autre qui semble être totale, s’exprime
à l’aide de différents moyens dont dispose
la propagande politique. D’un côté, il s’agit
des moyens non-discursifs, événementiels (par
ex: procès politiques, meetings ressemblant aux minutes
de la haine orwelliennes, manifestations) et symboliques
(par ex: monuments, portraits, pièces de musique),
et de l’autre, des moyens discursifs qui ont parfois un caractère
non-officiel (comme des rumeurs répandues par les services
secrets), et ceux, les plus importants, qui ont un caractère
officiel. Ces derniers, basés sur des supports variés,
emploient de nombreux instruments linguistiques, parmi lesquels
une place spéciale revient à la calomnie et à
l’invective. Notre communication étudiera ces mécanismes
mis en œuvre par la propagande de l’époque communiste en
Pologne pour parler de l’autre en éveillant chez l’auditoire
les sentiments de mépris, de colère, de haine et de
peur.
Références bibliographiques
:
AMOSSY, R., 2000, L’argumentation dans le discours,
Paris, Editions Nathan.
BANKS, D. (éd), 2005, Aspects linguistiques
du texte de propagande, Paris, L’Harmattan.
BRALCZYK, J., 2007, O języku propagandy i polityki,
Warszawa, Trio.
KAMIŃSKA-SZMAJ, I., 2004, "Propaganda, perswazja,
manipulacja – próba uporządkowania pojęć", in:
Krzyżanowski J.P., Nowak P. (éds.) Manipulacja
wjęzyku, Lublin, Wyd. Uniwersytetu Marie
Curie-Sklodowskiej, pp. 13-27.
KAMIŃSKA-SZMAJ, I., 2007, Agresja językowa w
życiu publicznym. Leksykon inwektyw politycznych 1918-2000,
Wroclaw, Wydawnictwo Uniwersytetu Wroclawskiego.
PLANTIN, C., 1996, L’argumentation, Paris,
Seuil.
ROBRIEUX J.-J., 2000, Rhétorique et argumentation,
Paris, Editions Nathan / Her.
SZYMANEK K., 2001, Sztuka argumentacji. Slownik
terminologiczny, Warszawa, Wydawnictwo Naukowe
PWN.
Roselyne KOREN: Langage et justification
implicite de la violence: le cas de l'"amalgame"
Cette contribution a pour fin de décrire les
étapes de la transformation de l’analogie,
figure dûment classée et recensée
parmi les "liaisons" "qui fondent la structure du réel"
(Perelman et Olbrechts-Tyteca, Le traité de
l’argumentation, 1983: 499-504), en un raisonnement
fallacieux que l’on nomme l’amalgame. L’histoire de la
politisation de ce terme est des plus significatives. L’historien
G. Lefebvre (La Révolution Française,
1963: 420) constate en effet que ce terme permettait
sous la Terreur de juger ensemble des criminels de droit
commun et des ennemis politiques des "sans-culottes", du fait
de leur commune appartenance à la catégorie des
"aristocrates" ou ennemis de la Révolution. Cela
autorisait les tribunaux à justifier la sentence "punitive"
de condamnation à mort. L’amalgame n’est plus aujourd’hui
une pratique juridique manipulatrice, mais il hante toujours encore
ces espaces discursifs idéologiques où des militants
tentent de délégitimer l’image publique de leur cible
en la diabolisant et en suggérant qu’il est légitime
de la haïr et de souhaiter la détruire. C’est dans
des espaces langagiers polémiques, médiatiques
ou médiatisés, que nous revisiterons les stratégies
de l’amalgame et de ses variantes. Cela nous conduira, chemin
faisant, à problématiser la question d’un type de
manipulation d’autant plus puissant qu’il exhibe les apparences
argumentatives de la rationalité cognitive.
Alice
KRIEG-PLANQUE: De Klemperer aux usages militants d'Orwell:
pratiques profanes de la critique du langage
politique à travers la production de dictionnaires
et de contre-lexiques
Cette
étude vise à analyser des lexiques et dictionnaires que leurs
auteurs conçoivent comme des instruments de lutte politique, sociale
et/ou idéologique. A la croisée de l’analyse du discours politique
et de celle du métalangage ordinaire, il s’agit d’appréhender
une des mises en œuvre de la "critique du langage" dans le débat
public contemporain. Après avoir exposé les critères
d’élaboration du corpus (pratique profane, posture critique, dominante
métadiscursive, organisation par entrée lexicale, catégorie
éditoriale), on analyse plus en détail quelques volumes caractéristiques
(Les mots du pouvoir, Le sens des mots, La langue du capital...),
ainsi que les conceptions sous-jacentes de ce qui constitue les principaux
objets du commentaire (le/la/les politique(s), les médias, le discours,
la langue). On termine en soulignant combien le genre "lexique", jugé
particulièrement emblématique de la posture militante étudiée,
ne peut pas être pensé sans les outils de grammatisation dont
il tire son autorité et sans les dispositifs socio-techniques qui
accompagnent ses évolutions.
Bernard LAMIZET: Sémiotique du
totalitarisme
Le totalitarisme se fonde sur la disparition de la
dimension symbolique du politique. Dans la logique
totalitaire, le politique cesse d’être
un système de rationalité et d’intelligibilité
du monde, pour que le politique soit réduit à
sa dimension réelle: pour le totalitarisme,
le politique n’est plus qu’un mode d’exercice du pouvoir.
Dans ces conditions, le totalitarisme rend impossible
tout débat dans l’espace public, il se fonde
sur une logique de soumission et d’indistinction:
de soumission, puisqu’il n’y a plus de médiation
entre le singulier et le collectif; d’indistinction,
puisque, comme le singulier ne se voit plus reconnaître
de statut, il n’y a plus d’individualités distinctes
aux yeux du pouvoir. La sémiotique du totalitarisme
sera un essai d'interprétation des logiques et
des pratiques de communication à l'œuvre dans les
systèmes totalitaires, qui se place sur le plan
de l’intelligibilité d’une instance inconsciente du politique.
On peut, sans doute, considérer le totalitarisme
comme une limite absolue du politique, comme le point
ultime au-delà duquel il n’y a plus de politique possible.
Ida Lucia MACHADO: Olga, une femme offerte
en "cadeau" aux nazis par un président
brésilien
J’approcherai dans cette communication le destin d’une
femme, victime d’un discours totalitaire (et de son
application) au Brésil du Président
Vargas, à l’époque de la seconde Guerre Mondiale:
Olga Benario, compagne du Brésilien Carlos
Prestes, leader communiste et homme politique haï par
Vargas. J’essaierai de tracer les grandes lignes de la vie
d’Olga Benario, qui aurait pu vivre au Brésil comme
patrie d’asile, sans connaître l’infamie de camps de
concentration allemands. Victime des paroles, victime des
discours, elle a été livrée comme un "cadeau"
par le gouvernement Vargas (en signe évident de bonne
volonté?) au bourreau nazi qui l’a envoyée au
camp de concentration de Ravensbrück. A la lumière
de l’analyse du discours, je comparerais des extraits:
(i) des documents officiels brésiliens et (ii) des
lettres écrites par Olga elle-même et par sa mère.
Je puiserai dans des concepts liés à l’argumentation
et aux "discours de vie" en tant que méthodologie
de recherche pour essayer de mieux comprendre le fonctionnement
argumentatif des discours mentionnés.
Références bibliographiques
:
AMOSSY, Ruth, L’argumentation dans le discours.
Paris, Armand Colin, 2006, 2e édition.
BRETON, Philippe, La parole manipulée,
Paris, La Découverte/Poche, 1997, 2000.
CHARAUDEAU, Patrick, Le discours politique,
Paris, Vuibert, 2005.
GOHARD-RADENKOVIC, Aline et RACHEDI, Lyliane, Récits
de vie, récits de langues et mobilités,
Paris, L’Harmattan, 2009.
MORAIS, Fernando, Olga, São Paulo,
Companhia das Letras, 2007, 17e édition.
PARANA, Denise, Lula, o filho do Brasil.
São Paulo: Fundação Perseu Abramo,
2002.
William Augusto MENEZES: Discours et action
du parti d'extrême droite au Brésil
dans l'ère Vargas: stratégies identitaires
et rumeur politique
Cette communication a le but d’analyser le discours
de l’extrême droite brésilienne constitué
autour du mouvement social "Ação Integralista Brasileira
— AIB" et l’action de son parti politique — le "Partido Integralista",
pendant l’époque connue comme "Ère Vargas". L’objectif
est de mettre en évidence les stratégies identitaires
liées à ce mouvement aussi bien que les stratégies
fondées dans la "rumeur politique" et mises en scène
pour combattre les voix qui lui étaient contraires. Les
questions fondamentales qui guident notre analyse peuvent ainsi
être résumées: (i) quelles seraient les stratégies
identitaires employées par le discours du parti cité
par rapport à lui-même, à son interlocuteur
et à l’autre; (ii) comment s’articulent les éffets de
vérité et de crédibilité dans la mise en scène
de telles stratégies? Le corpus de la recherche se constitue de
documents et publications des années 1930, au Brésil.
Ina MOTOI: Quelle pensée critique pour
quel travail social dans le royaume de la rectitude politique?
Le travail social en tant que discipline pratique
vise l’amélioration des conditions de vie des individus,
des familles, des groupes et des collectivités. Dans cette
perspective, il facilite l’appropriation du pouvoir individuel
et collectif (empowerment) afin de faire respecter en toute
solidarité et équité les relations humaines, les
droits humains, le développement d’une citoyenneté responsable
et la justice sociale.
Actuellement au Québec, l’accent est mis
sur une professionnalisation accrue du travail social axée
sur les compétences. De plus, la nouvelle loi sur la gouvernance
institutionnelle pourra changer en profondeur le rôle et
la mission de l’Université par rapport aux formations qu’elle
dispense puisque le pouvoir décisionnel se déplacera
à l’extérieur de la réalité universitaire
entre des mains qui pourraient ignorer la traditionnelle collégialité
qui a assuré jusqu’à maintenant la légitimité
et l’autonomie des décisions prises, ainsi que la liberté
académique. Dans ces conditions, comment les enseignantes
et les enseignants seront-elles/ils en mesure de construire la connaissance
par la pensée critique en action? Devront-elles/ils enseigner
seulement la gestion de l’exclusion sociale? La pensée critique
peut-elle être une compétence parmi d’autres dans un
référentiel de compétences? Comment s’organiser
pour construire interactivement un sens par la pensée
critique et dépasser cette tentation totalitaire de tout définir
à l´avance par d'autres? Comment contourner ce contrôle
de la pensée et de l´enseignement du travail social? Construire
la connaissance par la pensée critique en action n’est pas
propre au travail social et concerne toutes les disciplines d’enseignement
à l’université. L'éviction de la pensée critique
a d'ailleurs été le fait des régimes totalitaires
du XXe siècle. Qu'en est-il actuellement de la pensée critique
comme pensée antitotalitaire à l'université?
Gabriela PATIÑO-LAKATOS: Le lieu
rhétorique de la métaphore. Dimension pragmatique
de la métaphore: discours politique,
référence et monde
Les auteurs qui ont étudié la métaphore
ont usuellement relevé les fonctions
rhétorique et poétique, de même
qu'une fonction épistémique de
cette figure; certains de ces auteurs ont interrogé la
place de la métaphore dans la construction
de la connaissance, en mettant souvent en garde
contre les "abus" et l’"obscurcissement de la raison"
que l’on peut imputer à la rhétorique de
la métaphore. Face à cette tradition
de pensée, cette communication propose d’explorer
la fonction de la métaphore dans la composition
du discours politique et sa part dans la construction
discursive d’une réalité sociale et politique
déterminée. Nous prenons comme corpus
d’analyse le discours national-socialiste, plus précisément
des fragments de Mein Kampf d’A. Hitler et des
réflexions documentées dans LTI de
V. Klemperer, afin d’identifier un système fondamental
de métaphores qui constituent l’ontologie
de ce discours politique et qui définissent ses
lignes d’action. Dans cette analyse nous interrogeons ce que
P. Ricœur appelle la "portée ontologique du
langage métaphorique". De même, au long de
cette réflexion, nous reprenons différents
concepts permettant d’aborder des problématiques
propres à une dimension pragmatique,
liée à son tour à la fonction rhétorique
de la métaphore, comme celles de la matérialité
et de la "performativité" du discours métaphorique.
Christelle REGGIANI: Politique de la représentation.
La manipulation politique au prisme du
discours littéraire
On partira d’un corpus romanesque mettant en scène
des hommes politiques — réels ou imaginaires
— dont l’éloquence engage explicitement
une part de manipulation (il s’agira de romans de Barrès,
Jules Romains, Martin du Gard, Aragon...), pour se
demander ce que fait la littérature, comme esthétique
de la représentation verbale, à la manipulation
langagière. Cette question est à entendre
en un double sens: de quelle intelligence de la manipulation
langagière la représentation littéraire
est-elle, le cas échéant, porteuse?
La représentation, par la fiction romanesque, de discours
manipulateurs peut-elle constituer (et à quelles
conditions) un dépassement d’une telle éloquence
démagogique — conférant ainsi au discours
littéraire une vertu proprement politique, dont
il s’agirait alors de déterminer, aussi précisément
que possible, la portée spécifique.
Joëlle RÉTHORÉ: Totalitarismes:
quand les symboles cessent de croître
La définition même du totalitarisme (et
dans une moindre mesure celle des régimes autoritaires)
entraîne la perte des libertés, et
en particulier celle de penser à voix haute. Production
et échange de signes, verbaux et non verbaux, sont
contrôlés de la façon la plus stricte
par les représentants du pouvoir, qui énoncent
de façon unilatérale les signes désormais
autorisés, portant une atteinte fatale aux langages
individuels et aux droits de l'homme. En effet si, par
définition, le symbole est le genre de signe capable
de croître en signification, cela n'est vrai que pour
autant que les symboles de la culture concemée soient
validés et acceptés par l'ensemble de la commnnauté.
Dans le cadre de ce colloque, le champ sémantique
des fêtes nationales sous la France de Vichy illustrera
ce phénomène de sélection des symboles
et valeurs d'une société désormais intentée
par le pouvoir: la limitation de leur nombre va de pair
avec une autre limitation, imposée aux discours
interprétants, qui interdit à ces demiers toute
distance critique et toute subjectivité.
Christiane ROUSSEAUX-MOSETTIG: Le balancier
de Victor Klemperer
A quelle conscience de la langue nous rapportons-nous
quand nous disons que la langue est totalitaire? L'objet
que nous observons est le même que celui avec
lequel nous le décrivons. Victor Klemperer
crée un sigle, LTI, abréviation
de Lingua Tertii Imperii, qu'il nomme son balancier, instrument
précaire et faillible mais indispensable
pour reconnaître au jour le jour les usages "toxiques"
de cette langue façonnée par la propagande.
Le balancier tend à rétablir les qualités
discriminantes de la langue. M'appuyant sur ses analyses
détaillées, j'essaierai de montrer comment
la langue totalitaire perd sa qualité de signifier pour
ne devenir qu'un langage de pouvoir qui façonne la sensibilité
et paralyse la capacité de juger. Par exemple l'emploi exclusif
et obligé de tel ou tel mot (parmi d'autres: "fanatisme")
supplante tous ses synonymes et mots apparentés,
et nécrose une partie du réseau de la langue.
Comment des tournures syntaxiques sont modifiées
et des déterminants grammaticaux usuels évités
— comme les pronoms personnels de la première
et deuxième personne qui fondent la relation d'intersubjectivité
et lui substituent une relation de masse entre individus et
avec leur leader, au sens freudien. Comment des opérations
logiques fondamentales comme le principe d'identité,
principe constructeur au coeur du langage, est mis à
mal dans les fréquentes formules où sont affirmées
simultanément des contraires. Bref, l'individu
séparé de sa vie intérieure et de la temporalité
qui lui est propre, est affaibli dans ses possibilités
psychiques et exposé à l'effet schizophrénique
de la dictature.
Françoise SAMSON: L'usage de
la lettre dans la LT1
Quand Hitler a pris le pouvoir, la LTI, la
langue d’un petit groupe, celle de "Mein Kampf",
est devenue langue populaire (Volkssprache)
et s’est emparée de tous les domaines de la vie
privée et publique. Par son extrême pauvreté
et monotonie, la LTI vise l’effacement de la différence
entre langue parlée et langue écrite.
Je proposerai une lecture croisée de l’étude
de Victor Klemperer, en particulier des chapitres "Effacement
de frontière", "Système et organisation",
"Je crois en lui" et "La malédiction du superlatif"
avec les avancées de Sigmund Freud sur l’église
et l’armée dans "Psychologie des foules" et celles de
Jacques Lacan sur la voix et le regard.
Norma
TASCA: Des effets de sens totalitaires
Y-a-t-il
une unité dénommée "Discours Totalitaire"?
La réponse à cette question exige la
construction d’un modèle conceptuel appelé à
rendre compte de cette unité sous-tendue par ses différentes
formes contingentes, verbales ou non-verbales, et dont le
caractère distinctif autoriserait le sémioticien
à lui réserver une place dans une typologie
des discours. Cette approche aurait le mérite de dévoiler
que l’unité "Discours Totalitaire" n’est pas le propre
d’un état ou d’un régime totalitaire, ses traits
pouvant se retrouver dans différentes pratiques langagières
de nos jours. D’où cette autre question: y-a-t-il une
causalité sous-jacente à ces productions signifiantes,
toujours prête à animer une nouvelle mise en
forme de ce simulacre formel reconstruit?
En fait
il y a dans ce qu’on délimite comme "Discours
Totalitaire" un noyau énigmatique et irréductible
aux approches rationalisantes. Seulement à
partir d’une optique psychanalytique cette causalité peut
devenir intelligible, éclairant du coup la tentation et
la séduction de la priméité qu’elle présuppose.
Par ailleurs, la littérature (F. Pessoa) et l’art
(M. de Oliveira) éclairent les traits des codes totalitaires
à partir de leur mise en cause qui déjoue les
fétiches de l’univocité, de la transparence
entre le signe et son supposé référent,
ressuscitant le plaisir du jeu avec la langue, avec l’image.
Béatrice TURPIN: Sémiotique
du discours totalitaire
Nous nous proposons de déterminer
les processus qui peuvent permettre de caractériser
un discours dit "totalitaire", en interrogant cette notion et
ce qu’elle recouvre, notamment à partir des analyses de Victor
Klemperer, de Jean-Pierre Faye et de l'appréhension du totalitarisme
comme forclusion de toute altérité proposée
par Hannah Arendt. Nous étudierons les signes discursifs de
cette forclusion dans l’objet du discours (le dit) et dans l’interlocution
(le dire) en nous basant sur divers discours politiques la mettant
en scène.
BIBLIOGRAPHIE :
ARENDT, Hanna, Les Origines du totalitarisme (New-York,
1951): 1. Sur l’antisémitisme,
Paris, Seuil, Points/Essais, 2005 (Calman-Lévy,
1975), 2. L’Impérialisme, Paris,
Seuil, Points/Essais, 2006 (Fayard, 1982), 3.
Le Système totalitaire, Paris Seuil,
Points/Essais, 2005 (Seuil, 1972).
BRETON, Philippe, La parole manipulée,
Paris, La Découverte/Poche, 1997, 2000.
FAYE, Jean Pierre, Langages totalitaires. La
raison critique de l’économie narrative,
Paris, Hermann, 1972.
FAYE, Jean Pierre, Le langage meurtrier,
Paris, Hermann, 1996.
FAYE, Jean Pierre, Introduction aux langages
totalitaires. Théories et transformations
du récit, Paris, Hermann, 2003.
FREUD, Sigmund, Le malaise dans la culture,
in Œuvres complètes. Psychanalyse, XVIII,
1926-1930, Paris, Presses Universitaires de
France, 1994, 2002 (éd. or. Wien, Internationaler
Psychoanalytischer Verlag, 1930), p. 245-333.
KLEMPERER, Victor, LTI, la langue du IIIe Reich,
Paris, Albin Michel, 1996 (éd.
or. Leipzig, Reclam Verlag, 1975), coll. «
Pocket ».
KLEMPERER, Victor, Mes soldats de papier. Journal
1933-1941, Paris, Éditions
du Seuil, 2000 (éd. or. Berlin, Aufbau-Verlag
GmbH, 1995).
KLEMPERER, Victor, Je veux témoigner jusqu’au
bout. Journal 1941-1945, Paris, Éditions
du Seuil, 2000 (éd. or. Berlin,
Aufbau-Verlag GmbH, 1995).
ZALTZMAN, Nathalie, L’esprit du mal, Paris,
Éditions de l’Olivier, 2007.
Avec le soutien de l’Université de Paris IV
- Sorbonne ("Sens, Texte, Histoire" / "Concepts et Langages")
et de l’Université de Cergy-Pontoise (CRTF/LaSCoD)