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" Page mise à jour le 8 juin 2009 "
DU MARDI 26 MAI (19 H) AU MARDI 2 JUIN (14
H) 2009
LIEUX ET LIENS : ESPACES, MOBILITÉS, URBANITÉS
DIRECTION : Catherine ESPINASSE, Yo KAMINAGAI, Eloi LE
MOUËL, Alain MILON
ARGUMENT :
La ville moderne est une espèce de corps vivant
en pleine mutation, dans lequel les déplacements
quotidiens et les transports en commun
jouent un rôle prépondérant.
Les grands acteurs, directs et indirects, de ces multiples
formes de mobilités ne peuvent plus
se contenter de transporter des usagers ; ils sont
obligés de se poser la question de la manière
dont les voyageurs "habitent" leurs différents
modes de transport. Du voyageur-kilomètre,
l’on est ainsi passé aux "services à la
mobilité des personnes".
C’est dans le contexte de cette mutation nouvelle
que seront confrontés, en croisant apports
théoriques, réalisations concrètes
et performances artistiques, les points
de vue de philosophes, de sociologues, d’architectes,
d’aménageurs urbains, de designers, d’artistes,
d’élus, de professionnels du transport.
La question de l’occupation des espaces de mobilité
permettra d’examiner les règles et les conduites
de sociabilité qui s’y développent, selon
leurs dimensions techniques, sociales, architecturales,
esthétiques, éthiques et politiques.
Ce colloque a pour objectif de cerner la nature des
urbanités, sans cesse recomposées,
qu’engendre la ville-monde jusqu’à l’intimité
de ses figures et de son corps, bref de saisir la nature des
liens que les lieux suscitent.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 26 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du
Centre, du colloque et des participants
Mercredi 27 mai
Matin:
Alain MILON:
Introduction générale
Villes-Mondes / Territoires habités
Guy BURGEL: Raconter la ville,
décliner la mobilité
Georges AMAR: La mobilité
comme lieu de liens
Après-midi:
Edith HEURGON, Vincent JOSSO, Dominique
LEGUY (avec une contribution de Marcel RONCAYOLO): Une
ville (Nanterre), un projet d'aménagement durable (Les Groues à
Seine Arche): une affaire de lieux et de liens pour créer de l'urbanité
dans l'Ouest parisien
Vernissage de
l'exposition de Jeanne CHAMPION
(Extrait du catalogue "La face cachée": Lieux
de prédilection)
Interventions artistiques: Cyril BURGET: Théâtralisation
de l’interdit en espace de déambulation
Soirée:
Acteurs de lieux
innovants et liens insolites, table ronde
animée par Sylvain ALLEMAND avec Mustapha
AOUAR, Marc AUREL, Stéphane
JUGUET et Louis VIEILLARD
Jeudi 28 mai
Matin:
Corps dans la
ville / Corps de villes
Maria
HARTI: De l’intime au public, dessiner espaces et
services de transport
Catherine ESPINASSE:
Le corps dans les espaces de transport, la nuit
Yo KAMINAGAI:
Stratégie du design et corps des espaces
Après-midi:
Jean GHÉDIRA:
Ecomobilité, le nouveau visage du transport public
Marc PERELMAN: Mobilité
des corps, densité des espaces urbains et architecturaux
Soirée:
Frank BEAU: L'amour mobile:
les mots interdits et le langage des corps (suivie
d'une lecture, mise en voix et en espace de messages silencieux)
Vendredi 29 mai
Matin:
Figures de villes:
des lieux aux espaces publics, aux territoires...
Bruno GOUYETTE: Qu’est-ce
qui fait "place publique" aujourd'hui? Le point de vue des élus
locaux
Jean-Paul THIBAUD:
Habiter la ville en passant
Rémy FEREDJ:
Comment concevoir des espaces durables? Le point de vue
d’un patricien de la maîtrise d'ouvrage
Après-midi:
Dominique PAGÈS: Territoires
numériques, une notion floue pour des usages contrastés:
du politique à la poétique?
Philippe MARTIN: Quels services dans les espaces publics?
Leslie BELTON CHEVALIER:
Les topologies des liens sociaux à travers les mobilités
quotidiennes
Soirée:
L'espace public,
une clef pour la ville durable?, table
ronde animée par Francis BEAUCIRE avec Mireille
APEL MULLER, Jacques-Joseph BRAC DE LA PERRIERE, Bruno
MARZLOFF et Pascale PECHEUR
Samedi 30 mai
Matin:
Mireille APEL MULLER: La
rue est à nous …tous ! ou comment partager la rue
? - exposition (Histoire d’un projet)
Yann RENAUD: La Cour des départs
de la Gare d’Austerlitz : dispute autour du réaménagement
d'un espace public de transports
Anne QUERRIEN: La ville durable et les
enjeux de la recherche urbaine
Après-midi:
DÉTENTE
Soirée:
Interventions
artistiques
Catherine ROSSEUW: Projection
du film: 24 h de la vie du bus (diff. France 3) suivi
d’un débat
Antonin SGAMBATO: L’enfant
de Saturne, 2007 - La figure errante
du clochard au pli de l'urbain. De l'absence de lieu
à l'absence de lien (court métrage)
Dimanche 31 mai
Matin:
Lieux et liens
dans les espaces publics à tous les âges
Denis SOCHON (avec Geneviève
GRILLET et Olivier MAHÉ): Coproduire l'espace
public avec les agents
Marion TILLOUS: Grand âge
et espaces publics — adhérence aux
lieux, détachement des liens?
Bruno AIRAUD: Parcours et mobilités
touristiques selon les temps de la cité
Après-midi:
Sociabilités
et urbanités
Alain MILON: De la sociabilité
Eloi LE MOUËL: Réciprocité
et commune humanité, la prise de soin de
soi par l’espace
Marie-Michelle LIBILBÉHÉTY-IBKA
& Loïc LEPELLETIER: Regards croisés
sur les règles d’urbanité à Transilien
Soirée:
Interventions
artistiques
Manola ANTONIOLI: L'art de
la déambulation: Richard Serra
Patrick CORILLON: La
Gradiva ou les faux mouvements de la ville
Lundi 1er
juin
Matin:
Céline HÉMON & François
LE VERT: Art & services du quotidien:
métamorphoser les espaces de transit?
Stéphane TONNELAT: Confiance
et émotions dans le métro: une expérience new-yorkaise
Agnès LEVITTE:
Balades urbaines et esthétique de l'ordinaire
Après-midi:
Pedro José GARCIA SANCHEZ:
Conflits d’urbanité: du trouble habitant à
la mobilité éprouvée
Nathalie
BREVET: Une mobilité révélatrice
d'ancrage? L'exemple des habitants de la
ville nouvelle de Marne-la-Vallée
Synthèses et conclusion : Catherine ESPINASSE,
Yo KAMINAGAI et Eloi LE
MOUËL
Mardi 2 juin
DÉPART DES
PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Bruno AIRAUD:
Parcours et mobilités touristiques selon les temps de
la cité
Fort de France en Martinique et Saint Louis du Sénégal,
classés au patrimoine mondial de l'Unesco, interrogent
leurs espaces et projets de ville face à leurs enjeux majeurs
de développement touristique. Le bureau d'ingénierie
culturelle BICFL a proposé d'intégrer dans son approche urbaine
les notions de parcours et de mobilités touristiques entre
les points forts de la ville, établissant des connections
entre les espaces et leurs durées de "consommation", différentes
selon les temps de la cité. La proposition de déambulation
urbaine fait alors projet et est associée à la diversité
des plaisirs que peut, voire doit, offrir la ville à celles et
ceux qui la découvrent ou qui la redécouvrent, de jour
comme de nuit ... tout en veillant, d'une part, aux bonnes relations
entre touristes et résidents et, d'autre part, à la qualité
des liens entre les lieux.
Georges AMAR: La mobilité comme
lieu de liens
Le secteur
du transport entre en ce début de
XXIème siècle, dans un régime d’innovation
intense et parfois paradoxale, qui correspond à
un véritable changement de paradigme, affectant
simultanément les usages, les valeurs, les outils, les
acteurs et les métiers. La valeur de la mobilité
n’est plus centrée sur la puissance (vitesse, portée,
débit) mais sur la reliance, entendue comme création
de liens, de contacts, d’activités, d’opportunités…
L’usage des
TIC et leurs innombrables conséquences placent
la "softmobilité" et les "services à la personne
mobile", tels que la navigation, la pédagogie
ou la mise en relation, au cœur des processus d’innovation
et de la mutation des transports urbains.
Les lieux
de la mobilité enfin, de l’arrêt de bus
au hub, en passant par… le banc public, la station vélo,
la station de métro, les gares en tant
qu’étapes, ou le véhicule lui-même,
en tant que lieu du mouvement, constituent des enjeux majeurs
de cette reliance qui donne un nouveau sens à la mobilité,
cohérent avec les défis du développement
durable.
Manola ANTONIOLI: L'art
de la déambulation: Richard Serra
Du 7 mai au 15 juin 2008, dans le cadre de la manifestation
"Monumenta 2008", le sculpteur américain
Richard Serra a présenté à Paris, dans la
nef du Grand Palais, une œuvre intitulée Promenade.
Au-delà de la performance technique qui
a consisté à installer cinq plaques d’acier Corten,
pesant chacune 75 tonnes et de 17 mètres de hauteur,
Serra a voulu surtout produire chez les visiteurs une expérience
à la fois physique, esthétique et intellectuelle,
en les invitant à déambuler dans un espace
exceptionnel, où la pesanteur de l’acier se transforme en
légèreté aérienne grâce aux
reflets de la verrière. Le Grand Palais constitue
aux yeux de l’artiste un espace hybride, ni privé comme
celui d’une galerie d’art, ni entièrement public comme
celui du hall d’une gare que pourtant il évoque. La
sculpture de Serra, rigoureusement non figurative, "capture"
dans son abstraction la matérialité et la pesanteur
de l’acier, et engage directement le corps du spectateur dans
une "promenade", expérience individuelle et intime qui se
nourrit également du spectacle produit par la déambulation
collective des autres visiteurs. Le lieu produit ainsi
un lien éphémère, le regard se transforme
en fonction des déplacements et la monumentalité
de la sculpture devient durée et événement.
À partir d’une analyse des différentes déclinaisons
de l’œuvre de Serra (interventions dans l’espace urbain,
dans le paysage, plis "baroques" de The Matter of
Time et verticalité austère de Promenade),
je voudrais montrer comment la déambulation
peut devenir une nouvelle forme d’art.
Mireille APEL MULLER: La
rue est à nous …tous ! ou comment partager la
rue ? - exposition (Histoire d’un projet)
La rue fait
la ville et elle est le premier support du mouvement
des personnes, des biens, voire des informations. Mais
la rue est l’objet d’usages variés qui entrent souvent
en conflit car son espace est nécessairement limité.
En effet, d’une part la rue sert à la fois à se déplacer
et à traverser la ville, à accéder à
des lieux de résidence, de travail ou à des équipements
et services collectifs, à accueillir toutes sortes
d’activités, à être un lieu de rencontre,
d’information, voire de spectacle. D’autre part, le développement
des villes s’accompagne de celui de toutes sortes de modes
de transports aux vitesses différentes et qui sont
en concurrence pour l’occupation de la voirie.
L’Institut pour
la ville en mouvement, qui s’est donné pour mission
d’œuvrer pour l’amélioration de la mobilité
urbaine, se devait donc de traiter les questions posées
par la conception, l’aménagement, l’utilisation
et la gestion des rues dans les villes contemporaines. C’est
dans cette perspective qu’a été conçue
l’exposition La rue est à nous… tous !, présentée
à Paris en avril 2007 et qui circule aujourd’hui dans
le monde entier (en Chine, en Amérique du nord et en
Amérique du Sud, en Inde…).
L’enjeu de la
conception et de la gestion des rues est un des défis
majeurs de la conception des villes du XXIe siècle.
Les villes des époques et des civilisations passées
sont d’ailleurs souvent symbolisées par le type de
rues et de places à partir desquelles elles se sont
organisées. Quelles seront donc les rues qui rendront
accessibles à tous et durables des villes qui aujourd’hui
sortent de leurs limites anciennes, qui voient se développer
toutes sortes de mobilités, qui à la fois s’étendent
sur de vastes territoires et qui se densifient et se verticalisent
autour de certains pôles ? Si l’on devait résumer
en une formule l’esprit dans lequel l’équipe des experts
et le commissariat de l’exposition a travaillé, nous
dirions qu’il vise à aider à "agir en toute connaissance
de cause" tous ceux qui sont concernés par la conception,
l’aménagement et la gestion des rues, qu’il s’agisse
des élus, des techniciens de l’urbanisme et des transports,
ou de tous les utilisateurs de la rue qui souhaitent s’impliquer
sur son avenir. Trois messages principaux
Comment partager
la rue? Les rues ne sont ainsi pas plus des
juxtapositions d’usages que les villes ne sont des additions
de villages. Il n’y a pas de rues sans mélanges et
donc sans compromis. Associer à la gouvernance de la
rue tous les acteurs et personnes concernés est donc
une des conditions de base pour trouver des solutions durables,
pour trouver un équilibre acceptable entre le partage/séparation
et le partage/mise en commun.
La nécessaire
diversité: La très grande
variété internationale des situations urbaines
que nous présentons montre aussi que, derrière
les différences culturelles, souvent très
grandes entre villes de multiples pays, agissent souvent
des logiques voisines et que les différences peuvent
ainsi aider à penser autant la généralité
que la diversité.
Vous n’êtes
pas dans la rue, vous êtes la rue! Attirer
l’attention sur la polyvalence des rues, que chaque
usager a souvent tendance à oublier et que les urbanistes
et spécialistes des transports ont souvent négligée
au cours du xxe siècle en appliquant trop systématiquement
des modèles de spécialisation fonctionnelle
dont on voit de plus en plus clairement les limites aujourd’hui.
Les rues n’ont en effet pas seulement des fonctions liées
au transport, que ce soit le transit, c’est-à-dire l’usage
d’une voie pour aller d’un point à un autre, ou la desserte
d’un endroit le long d’une voie. Les rues sont aussi des espaces
collectifs et largement publics. Ce sont des lieux d’activité,
d’information, de rencontres et d’évitements, de
visions de l’autre, d’être-ensemble.
Frank BEAU: L'amour mobile, les
mots interdits et le langage des corps
Lorsque des
sites internet proposent à des milliers de voyageurs
de poster des annonces visant à retrouver une personne
séduite furtivement entre deux stations de métro,
rien ne semble nouveau, et rien ne l'est en soi. Si ce n'est
que ces récits persistent désormais, que ces persistances
racontent, et que ce qu'elles racontent semble intéresser
à la fois la question des flux urbains, le monde des technologies
de l'information en recherche d'utopies sociales, et plus profondément
la pratique amoureuse de notre époque, ses imaginaires. Car
ce geste de prélèvement par le récit, d'un
micro-phénomène urbain, vieux comme l'histoire du voyage,
et suffisamment fréquent pour nous évoquer à
tous, quelque chose d'intime, modifie tout de même la perception
que nous avons de l'espace public de transport. Il jette par cette
série d'éclairages, ces coups de foudres racontés,
occasionnés par la machine à flux, un regard sur cet univers,
plus précis et plus indicible. Il semble interroger profondément
ce qui a justement précédé le récit d'une
liaison posthume: l'exploration contrainte, des langages et
moyens de communications non verbaux à notre époque.
Ce que racontent ces récits, c'est que voilà une scène,
le métro, qui oblige puisqu'elle n'autorise pas le passage
à l'acte et la mise en scène transgressive de soi
et par dessus tout la parole en public, à trouver des manières
de se dire quelque chose sans les mots. Les jeux de regards
et de sourires, la position et les choix précis de
posture des corps dans l'espace, le rôle déclencheur
de certains objets médiateurs comme les livres, sont autant
de manières de raconter ce qui fait lien au sein de ce lieu
mobile. Mais encore de comprendre pourquoi ces machines infernales,
qui nous oppressent et nous baladent, nous concernent tant. Récit
autour de l'Amour mobile, une étude sur les récits
de coups de foudre dans le métro.
Leslie BELTON CHEVALIER: Les topologies
des liens sociaux à travers les mobilités quotidiennes
Le lien social se délite:
les liens qui le composent sont de plus en plus électifs,
faibles et mouvants. Ce présupposé sur la façon
actuelle d’"être ensemble" des individus influence
par ricochet la prise en compte de la mobilité par le rôle
qui lui est conféré dans ce processus. Qu’elle
soit réelle (i.e. déplacements) ou virtuelle
(i.e. usages des TIC), la mobilité est un potentiel d’évitement,
de fuite de l’autre. En favorisant la fuite éternelle
de l’individu, cette dernière serait alors un catalyseur
de la liquéfaction des liens sociaux. Pour le dire autrement,
la mobilité est support d’une topologie, d’un mode d’agencement
des liens sociaux qualifié de fluide, voire de liquide.
L’analogie avec l’état chimique des éléments
n’est pas anodine: est fluide tout corps dont les particules ne
tiennent que faiblement ensemble, sont en mesure d’être
séparées les unes des autres à la moindre pression.
A travers cette communication, nous souhaitons interroger plus
avant la figure du fluide, la portée qui lui est conférée
et le rôle supposé qu’y joue la mobilité qu’elle
soit réelle ou virtuelle. Pour répondre à
ces questions, une question mérite d’être plus largement
posée: quelles topologies dessinent les mobilités
(réelles et/ou virtuelles)? En se centrant sur le quotidien
comme lieu d’observation privilégié des individus,
de leurs pratiques et des modes d’agencement des relations interpersonnelles
dans lesquelles ils sont pris, il apparaît que les individus
agencent leurs liens sociaux de différentes manières
et pas uniquement sur un mode fluide. Via l’approche topologique
de J. Mol et A.-M. Law (1994), d’autres figures ou topologies, telles
que le réseau et la région, émergent à travers
l’examen des mobilités mises en œuvre.
Nathalie BREVET: Une mobilité
révélatrice d'ancrage? L'exemple des habitants
de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée
Le qualificatif de nomadisme qui accompagne parfois
l’homme mobile est loin de signifier, dans le cadre
des mobilités spatiales, la disparition
des liens qu’entretient un individu avec le territoire.
Doit-on considérer la mobilité comme l’envers
de l’ancrage? N’y a-t-il pas lieu plutôt de se demander
quels seraient les liens autres qu’antinomiques que l’on
pourrait établir entre ces deux termes? Ne serait-il
pas plus judicieux d’établir une approche dynamique
et d’appréhender les modes d’ancrage en référence
à la mobilité partant de l’hypothèse
que c’est par le mouvement que se révèlent
les ancrages? C’est la position que nous nous proposons
de défendre ici. L’objet de cette intervention
est de montrer dans quelle mesure la mobilité peut être
révélatrice d’ancrage. Cette question
sera traitée à partir de l’exemple des habitants
de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée et s’appuiera
sur les résultats d’une enquête quantitative
et qualitative. Au-delà des compromis effectués
par les habitants, nous montrerons comment l’acceptation
de temps de transport élevés et le vécu
du déplacement témoignent d’un ancrage
que nous qualifierons tantôt de "choisi", tantôt
de "subi". Nous soulignerons aussi le caractère réversible
de cet ancrage qui évolue avec le temps.
Références Bibliographiques
:
LEVY J., 2003, "De nouvelles spatialités urbaines",
Les sens du mouvement, synthèse
du colloque international organisé par l’IVM à
Cerisy-la-Salle, p. 9-14.
ORFEUIL J.-P., 1999, "La mobilité révélatrice
du nomadisme ou de la volonté d’ancrage?",
in Villes du XXIème siècle - Entre
villes et métropoles: rupture ou continuité?,
Synthèse du colloque de la Rochelle, 19-20
octobre 1998, CERTU, p. 100-116.
ORTAR N., 2005a, "Le paradoxe de l’ancrage et de la
mobilité en zone rurale et périurbaine", in
Bonnet L., Bertrand L., (textes réunis par),
Mobilités, habitat et identités,
INED, coll. "Documents de travail", 2005, 92 p.
RAMOS E., 2002, Mobilité résidentielle
et processus d’ancrage. Les "provinciaux" qui vivent
à Paris et en région parisienne, Rapport
pour le Ministère de l’Equipement, des Transport,
du Tourisme et de la Mer, 144 p.
Guy BURGEL: Raconter la ville, décliner
la mobilité
La ville aujourd’hui souffre
moins de ses problèmes, économiques,
sociaux ou environnementaux, que d’un déficit de vision
politique, empêchant la constitution indispensable
du récit de la cité, même mythique ou
utopique. Au-delà de ses finalités fonctionnelles,
la mobilité apparaît un des fils directeurs possibles
de la reconstruction d’une histoire et d’une stratégie
urbaines. L’exemple du Grand Paris sera entre autres sollicité.
Références Bibliographiques
:
La revanche des villes, Hachette
Littératures, Paris, 2006, 239 p.
"Mobilité, culpabilité, ou l’urbanisme
à pensée double", in La mobilité qui fait
la ville, sous la direction de Yves Chalas et Florence Paulhiac,
Lyon, Editions du Certu, 2008, pp. 176-187.
Paris meurt-il ?, Perrin, 2008, 181p.
Guy Burgel (et Alexandre Grondeau, Maxime
Schirrer, sous la direction de), Villes en Parallèle,
Le Grand Paris, matériaux pour une altermétropolisation,
DOC 4, Nanterre, 2008, 94p.
Paris : une altermétropolisation
est-elle possible ?, Actes du séminaire de la Fondation
Gabriel Péri, Paris, juin 2006-mars 2007, 2008, pp. 13-15,
26-28, 34-35, 41-43, 52-54.
"Grand Paris : la démocratie métropolitaine
est-elle encore possible ?", Esprit, n°348, octobre
2008, pp.174-185.
Cyril BURGET: Théâtralisation
de l’interdit en espace de déambulation
(Intervention artistique)
Un espace de déambulation est théâtralisé
de manière à re-jouer une réalité sociale
et individuelle a priori connue. L’encadrement
et l’ordonnancement de l’installation ont
vocation à produire des réactions dans
nos corps et nos jugements communs. Ce sont ces notions que
je tenterai d’interroger au travers d’une mise en espace
composée d’éléments picturaux, d’objets
sonores et plastiques...
Jeanne CHAMPION: Extrait du catalogue
"La face cachée": Lieux de prédilection
"Je l’avoue, aucun spectacle
ne m’apporte autant de plaisir que la vue d’un inconnu
dont le visage me rappelle celui d’un personnage du Quattrocento
— ou de toute autre époque — installé sur un
banc du métro, lieu de prédilection pour les grandes
rencontres muettes. La démultiplication, la mise en scène
des expressions humaines et leurs poses, sont des faveurs
dont bénéficient la peinture figurative et
la photo. Peut-être est-ce là la raison pour laquelle
je dialogue avec les affiches devant lesquelles je m’arrête,
éblouie et vaincue, car quelle toile pourrait soutenir
la comparaison? La vérité c’est que je ne puis plus
longer les couloirs du métro sans être interpellée
par la toute puissance des images qui s’alignent comme des bornes
sur les bord de la route d’un imaginaire passé sous machine."
Patrick CORILLON: La
Gradiva ou les faux mouvements de la ville (Intervention
artistique)
L’intervention évoquera un art de se promener,
mais surtout de s’arrêter dans la ville...
Catherine ESPINASSE:
Le corps dans les espaces de transport, la nuit
La nuit, temps de vie des urbains, apporte un éclairage
singulier aux espaces publics, qu’ils soient
d’attente, de déambulation ou de transport.
Conçus et pensés initialement dans
une logique du diurne, leurs usages nocturnes posent
question au regard de la différence des activités,
ambiances, vécus et besoins ressentis la nuit,
par rapport au jour. Sera abordée tout d’abord,
la station de bus, la nuit. Les abri-bus, ces lieux mal
dénommés, puisque n’abritant pas de véhicules,
mais des piétons en attente d’un moyen de
transport, feront l’objet d’une analyse critique,
au travers de résultats de différents travaux
menés sur les mobilités nocturnes et sur
les vécus de l’attente en extérieur, la nuit...
Bien que la nuit n’y soit pas visible, les espaces
souterrains du Métro et du RER, seront également
abordés, en tant que scènes de la vie
nocturne, où le corps s’expose d’autant plus aux regards,
que les flux sont moindres, le décor et les
espaces libérés de la foule. La nuit
dans le métro, ne serait-elle pas perceptible,
visible essentiellement au travers des postures corporelles
des usagers? Dès lors, ne mérite-t-elle
pas un traitement particulier des ambiances, au travers
de "voix de la nuit", d’univers sonores et d’éclairages
spécifiques?
Pedro José GARCIA SANCHEZ:
Conflits d’urbanité: du trouble habitant
à la mobilité éprouvée
On ne peut plus être naïf quand on interroge
aujourd’hui la condition urbaine et ses métamorphoses.
Si l’hétérogénéité est
une valeur sure dans les villes-monde, c’est bien parce
que sa gestion est assumée autant par le citadin
(plus ou moins compétent) dans ses gestes
ordinaires que par les dispositifs (de plus en plus partenariaux)
de la citoyenneté urbaine. Dans un parcours qui va des
espaces publics consacrés aux transports à
Caracas aux lieux de recomposition urbaine à Nanterre,
cette communication interroge la contemporanéité
des conflits d’urbanité.
Bruno GOUYETTE: Qu’est-ce
qui fait "place publique" aujourd'hui? Le point de vue
des élus locaux
Il est banal de rappeler que la notion d’espace public
est récente en France et polymorphe. La
distinction entre les "lieux urbains" et les "lieux
du débat public", qui constituent les deux acceptions
classiques de l’espace public, permet d’interroger
le sens de cette notion "espace public" pour les élus
locaux français, principalement les maires et
leurs adjoints mais aussi les élus des conseils généraux
et des conseils régionaux. Les acteurs politiques
locaux sont devenus, avec les lois de décentralisation
des années 1980 et le recul de l’Etat aménageur,
les principaux artisans de la "fabrication de la ville".
Pour autant, la part des contenus (programmes, ambitions urbaines,
...) et celle des contenants (urbanisme, architecture, paysages,
espace public) montre souvent un déséquilibre
dans les propos des élus. La notion d’espace public est beaucoup
plus récente encore dans leurs paroles ou leurs écrits.
Quels sont les constituants de ce qui fait place public pour
des élus locaux aujourd’hui. A travers un corpus,
très limité et donc peu représentatif
d’élu(e)s de villes en régions, dans la région
parisienne et à Paris, on tentera d’exprimer les
grandes catégories de cette notion et d’en postuler l’intelligibilité
et la nécessité d’aller plus loin dans ce travail d’archéologie
des discours politiques sur l’espace public.
Références Bibliographiques
:
La place publique urbaine du Moyen Âge
à nos jours - Etudes réunies par Laurence
Baudoux-Rousseau, Youri Carbonnier et Philippe
Bragard – Artois Presses Université – 2007, Arras (colloque
"la place publique urbaine", Université de l’Artois,
24, 25 et 26 mai 2004).
Antoine Fleury, Les espaces publics dans les
politiques métropolitaines – réflexions
au croisement de trois expériences: de Paris
aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul –
Thèse de géographie (Paris-I) soutenue
en décembre 2007.
Jacques Julliard, "La ville, lieu politique", in
La ville aujourd’hui, mutations urbaines,
décentralisation et crise du citadin. Histoire
de la France urbaine. Editions du Seuil, nouvelle
édition 2001 – Paris (édition originale:
1985).
Articles ou dossiers de revues
Architecture d’aujourd’hui (n°355): Voirie.
Novembre-décembre 2004 – Paris.
Urbanisme (n°346): Espace(s) public(s). Janvier-février
2006 – Paris.
Pouvoirs (n°116): La rue. Editions du Seuil,
2006 – Paris.
Maria HARTI: De l’intime au public,
dessiner espaces et services de transport
L’espace
dans le train a longtemps été le résultat
de normes physiques, chaque passager devant tenir
dans l’équivalent d’un caisson dont les mesures
étaient définies administrativement.
Ces espaces "individuels" ont été au fil du
temps complétés de zones semi-publiques comme
les couloirs latéraux des wagons à compartiments
ou de zones publiques comme les voitures restaurants ou
voitures bar. Ces dernières zones ayant pour fonction
le divertissement du voyageur.
Naturellement,
le compartiment, conçu comme un "salon"
a été un lieu propice à générer
des contacts, voire à créer des liens
entre voyageurs. Au fil du temps, et au fil de l’optimisation
économique, nous sommes passés des compartiments
aux voitures coach qui limitent le contact au seul voisin
latéral et de ce fait limite la possibilité de
création de liens. A la veille de l’ouverture des monopoles
ferroviaires européens, afin de proposer une
offre différente des concurrents et de fidéliser
les clients, ne serait-il pas opportun pour les opérateurs
ferroviaires de repartir des besoins de "socialisation"
des voyageurs pour concevoir et animer des espaces dans le train
qui permettent de créer des liens entre les voyageurs
d’une part, entre les voyageurs et le personnel de bord d’autre
part.
Edith HEURGON, Vincent JOSSO,
Dominique LEGUY (avec une contribution de Marcel RONCAYOLO):
Une ville (Nanterre), un projet d'aménagement durable (Les
Groues à Seine Arche): une affaire de lieux et de liens pour créer
de l'urbanité dans l'Ouest parisien
Voici notre hypothèse prospective. Dans un contexte
sociétal inédit, fait de nouvelles « cardinalités »
et « calendarités », où les mobilités
jouent un rôle central, l’aménagement durable d’un territoire
se construit en articulant trois registres solidaires (l’intime
et la personne, l’universel et la planète, en passant par divers
CO, "en commun", collectifs, culturels, civilisationnels), au regard
de trois tensions qu'il convient de dépasser pour créer
de l’urbanité (ville à vivre/ville à produire;
ville dans la métropole/ville de métropole; ville héritée/ville
qui s’invente°
Voici notre terrain d'expérimentation : une ville
(Nanterre), un projet d'aménagement conduit par l'EPASA
(Les Groues).
Voici le dispositif d'accompagnement réflexif et évaluatif:
un Conseil d’aménagement durable qui succède à un Comité
de prospective (qui a donné lieu à un ouvrage de Marcel Roncayolo
"Territoires en partage. Nanterre, Seine-Arche en recherche d'identité(s)",
Parenthèses, 2007).
Dans une présentation à quatre voix introductive au
débat, nous essayerons de faire surgir les liens que les lieux,
dans diverses configurations d'espaces et de temps, ont noués ou
dénoués...
1- Nouveau contexte sociétal et hypothèse prospective;
Nanterre, du bourg rural à la ville de métropole (Edith
Heurgon)
2. Le projet d’aménagement durable des Groues dans Seine
Arche (Vincent Josso)
3. Lire et apprécier la durabilité des territoires
dans une métropole européenne (Dominique Leguy)
4. Contrepoint (Marcel Roncayolo)
Marie-Michelle LIBILBÉHÉTY-IBKA
& Loïc LEPELLETIER: Regards croisés
sur les règles d’urbanité à Transilien
Les règles d’urbanité sont
régulièrement sujettes à
définition, redéfinition, composition
dans les espaces publics de transport :
- tantôt garantes d’un "mieux
vivre ensemble", remparts contre l’anomie;
-
tantôt objets d’appropriation pour les voyageurs/agents
"déviants";
- tantôt objets d’instrumentalisation
pour les voyageurs/agents "stratèges".
A travers
une approche compréhensive basée sur
un corpus de photos prises dans les gares et les trains,
de récits et d’anecdotes de voyageurs, mais aussi
de cheminots, nous tenterons d’éclairer quelques
unes des "dimensions cachées" des règles d’urbanité.
Eloi LE MOUËL: Réciprocité
et commune humanité, la prise de soin de soi par l’espace
Nous proposons pour cette intervention un double regard
sur les espaces de transport: celui de chargé
de projets en design et projets culturels à la RATP
et celui de sociologue analysant les interactions en espaces
publics. Le déploiement par les savoirs "sensibles"
(Architecture, Design...) de vocabulaires attentionnés
en espaces publics passe par un travail global
de scénographie des lieux, déclinable
en fonction des publics. De la construction d’une ambiance
feutrée, à la métamorphose totale des
perceptions, se dessine une dynamique de préservation
de la vulnérabilité des engagements en espace
public. Les trajets du quotidien envisagés comme
un récit au sein d’une ville mosaïque semblent
s’écrire de manière radicalement différente
en fonction de la qualité des affects proposés
par les lieux, co-acteurs de la scène. En d’autres
termes, l’attention sensible portée au lieu, serait
une attention sensible portée aux liens qui s’y nouent,
envers l’ensemble des coacteurs de la scène: espaces,
voyageurs, publics... Le prendre soin de la figure des espaces
de transport pourrait donc se lire comme une volonté
d’échapper au paradigme posé par Hanna Arendt:
"vivre avec l’autre, sans autrui"?
François LE VERT
& Céline HÉMON: Art & services
du quotidien: métamorphoser les espaces
de transit?
Longtemps perçus comme des non lieux, lieux
de couture bancale ou repoussoir entre deux temps
de trajets, les parking d'Europe, Vinci Park en
tête, ont métamorphosé leur mode de lien
à l'urbain depuis une dizaine d'année. Les vocabulaires
qui ont accompagné ce changement radical passent
aussi bien par une mise en scène spectaculaire de
formes architecturales audacieuses, un soin porté aux
espaces fonctionnels, la déclinaison d'une gamme
complète de services liés à la vie
en ville (journaux, prêt de parapluie...), qu'à
des gestes purement artistiques. On se propose d'étudier
ce renouvellement du lien au lieu, depuis sa figure la
plus complète jusqu'au détail du
partenariat qui unit Vinci Park au Printemps des Poètes
depuis 3 ans ; où comment la couture à l'urbain
et le lien à l'usager du quotidien est magnifiée
par l'advenue de la poésie en sous-sol...
Agnès LEVITTE: Balades
urbaines et esthétique de l'ordinaire
Dans le cadre de recherches sur la perception des objets
quotidiens dans l’environnement urbain, je propose
une réflexion sur l’esthétique
de l’ordinaire appuyée sur l’analyse de balades
urbaines au cours desquelles j’enregistre les habitants
qui parlent de leur vécu de piéton, de cycliste
et de voyageur dans les rues parisiennes. La promenade
est toujours la même et pourtant chaque promeneur pose
son regard différemment, selon sa personnalité,
sa culture, son savoir et ses besoins. Du voir au "voir pour"
et au "voir en" on distingue le regard qui apprécie
ou critique de celui qui engage le corps pour utiliser le mobilier
urbain. Pourquoi l’un occulte-t-il si souvent l’autre? Quel
est le lien entre regard sensible et cognition? Comment apprendre
par le regard? Quelle peut être la place du design dans
cet enseignement sensible?
Alain MILON: De la
sociabilité
Notre objectif est d’étudier, à partir
des différents types de pratiques et de discours
de ceux qui font la manche dans le métro, la manière
dont ces mendiants d’un nouveau genre posent la
question de la déstructuration et de la désaffiliation
du lien social. Il s’agira de cerner et de comprendre,
au travers les mutations de la mendicité, l’évolution
des échelles de valeurs morales et sociales
à l’égard de la valeur-travail, ainsi que les
processus de normalisation sociale mises en œuvre par le
mancheur. Ce travail reposera essentiellement sur une analyse
de discours des stratégies rhétoriques
des ‘mancheurs’ afin de montrer comment la sollicitation s’inscrit
dans un processus emphatique, souvent proche des techniques
de vente. Les discours de la manche font appel à
des stratégies adressées le plus souvent à
une clientèle captive puisque enfermée
dans le métro. Nous verrons aussi comment cette activité
permet au ‘mendiant’ de repenser son rapport à la collectivité
par une redéfinition de la figure de la reconnaissance
sociale.
Dominique PAGÈS: Territoires
numériques, une notion floue pour des usages
contrastés: du politique à la poétique?
Il s'agira donc
de questionner cette notion par trop consensuelle
de "territoire numérique" en interrogeant ceux qui
la promeuvent (des politiques aux artistes, des géographes
aux urbanistes) et en ont fait une vulgate que la critique
qui lui est portée ne fait que renforcer; d'analyser
sa généalogie, sa diffusion, ses appropriations
et déclinaisons mais aussi la pertinence et l'impertinence
de ses usages, d'étudier son intégration aux
actuelles réflexions sur l'imaginaire métropolitain,
par une diversité d’acteurs (les opérateurs
de mobilité mais aussi les artistes), enfin de penser les formes
de vivre ensemble que ces territoires "proposent" et d’ouvrir
une réflexion sur les formes effectives de leur appropriation.
L’exemple des blogs de voyage et des plateformes d’autopublication
dédiées au voyage servira notamment de référence.
Marc PERELMAN: Mobilité des corps,
densité des espaces urbains et architecturaux
Depuis la
fin du XIXème siècle, la modernité
a enclenché un processus irréversible où
les corps vivants se déplacent dans des espaces de
plus en plus réduits, difficiles d'accès, souvent
pénibles aux principaux sens constamment mis en éveil
(la vue, l'ouïe, l'odorat). La mobilité extrême
des corps, voire l'agitation et même le grouillement
auxquels la vie urbaine les soumet, a exacerbé leurs
sens lors même qu'ils parcourent des territoires variés
et parfois opposés à l'instar de la ville et
de la campagne. Mais en ville, l'apparente liberté des
corps est soumise à la pression d'un urbanisme dont tant la
densité que l'étendue augmentent sans paraître
pouvoir s'arrêter. A priori libérés
des contraintes de la vie ancienne (sexualité
libre, déplacement rapide, anonymat, etc.), l'emprise
sur le corps n'en est que plus forte dans des lieux-étaux
où la puissance de la muralité architecturale
n'ouvre pas l'espace vers de lointains infinis mais corsète
les corps dans des empilements vertigineux (gratte-ciel), sur
des horizons sans limite (la ville diffuse), dans les entrailles
de la terre (métro, tunnel), dans les lieux de consommation
(supermarché, stade) et enfin dans les rues envahies
par l'automobile, cette autre façon de loger son corps à
l'étroit.
Anne QUERRIEN:
La ville durable et les enjeux de la recherche urbaine
Cette communication traitera du
passage d'une conception du développement durable
à une autre. La première visait la recherche d'une
croissance équilibrée entre les dimensions économique,
sociale et environnementale qui faisait la part belle à
l'espace public comme lieu de négociation; la seconde s'efforce
d'opposer une résistance technologique au changement climatique
et recherche des opportunités de croissance économique
qui rejettent dans un espace public oppositionnel la dimension sociale.
On se demandera si l'appel à la culture (en fait à l'identité,
proposition suédoise) ou à l'urbanité (notre tradition
collective) peut avoir raison des tensions entre tendance expérimentatrice
et technologisante surpuissante d'un côté, innovations
marginales rejetées dans le champ de l'action sociale de
l'autre. La recherche urbaine peine à trouver des marques aussi
productives que celles de sa fondation, car le contexte est profondément
renouvelé par la professionalisation croissante de l'université,
et la faiblesse du débat intellectuel en France.
Yann RENAUD: La Cour des départs
de la Gare d’Austerlitz : dispute autour du réaménagement
d'un espace public de transports
Situé en lisière d’une gare et de la ville, à
l’articulation de la ville historique et d’une zone d’aménagement
urbain, entre métropole et quartier, la Cour des départs de
la Gare d’Austerlitz suscite différentes perceptions des liens qui
y ont cours ou qu’on souhaite voir s’y développer. Selon les priorités
retenues (fonctionnelle, urbanistique, socio-urbaine, environnementale,
patrimoniale…) et selon les échelles adoptées (nationale,
métropolitaine, urbaine, locale), il est ainsi possible de dresser
une typologie variée des liens assignés à un espace
public de transports.
Ces perceptions et conceptions sont portées et défendues
par des acteurs différents (aménageur, élus locaux
ou parisiens, propriétaire exploitant du lieu et des infrastructures,
associations de défense de quartier, de l’environnement ou du patrimoine,
habitants, architectes-urbanistes…). Que se passe-t-il lorsqu’elles se
rencontrent autour d’un projet de réaménagement de ce lieu?
Adoptant la double posture de l’acteur employé au service des associations
et des Conseils de quartier et de l’observateur de l’intérieur (insider),
nous retracerons l’histoire de la controverse autour du réaménagement
de la Gare d’Austerlitz dans le cadre de l’opération Paris rive gauche.
L’attention se portera en particulier sur la formation et l’évolution
des perceptions et des conceptions que les acteurs impliqués se
font de la Cour des départs de la gare à travers les modes
d’action qu’ils déploient dans les diverses sphères d’action
possibles (juridique, médiatique, experte, de rue…) mais aussi à
travers les débats tenus dans le cadre du Comité permanent
de concertation de Paris rive gauche. Se dessine alors une image de l’espace
public de transports comme objet disputé quant à la nature
des liens à y développer en priorité et, finalement,
comme un des lieux où se discute le vivre ensemble en ville.
Catherine ROSSEUW: Projection
du film: 24 h de la vie du bus (diff. France 3)
suivi d’un débat (Cinéma)
Film documentaire de Catherine Rosseuw et Mehdi
Lallaoui.
Personnage mythique, le bus sillonne sans relâche
les décors urbains que constituent
Paris et sa région. Conduit par des machinistes,
Laurent le saxophoniste ou Cathy bientôt à
la retraite, il transporte indifféremment salariés,
chômeurs ou touristes dans une noria urbaine
où se mélangent les genres. Machinistes,
usagers, ou psychosociologue, interprètent
différemment la déambulation quotidienne
de ces milliers de véhicules. De l’aube jusqu’à
la nuit, 24 heures durant, le bus dévoile peu
à peu son univers du voyage, nous faisant vivre une expérience
citoyenne et poétique.
Antonin SGAMBATO:
L’enfant de Saturne, 2007 (Cinéma)
Court-métrage de 13’: La figure errante
du clochard au pli de l’urbain — de l’absence de lieu
à l’absence de liens.
José erre seul à la recherche d’un nouveau
lieu où établir son campement. Il ne laisse
derrière-lui que des morceaux de carton
à l’emplacement de sa tente. On lui demande d’aller
ailleurs, mais cet "ailleurs" n’existe pas. L’Enfant
de Saturne est un film sur l’exclu, celui qui ne laissera
jamais de traces.
Denis
SOCHON (avec Geneviève GROUILLET et Olivier MAHE): Coproduire
l'espace public avec les agents
Comment, pour imaginer le Métro
ou le RER du futur, co-produire les espaces et les services
avec des agents en contact avec le public? C’est l’histoire en
cours au sein de la RATP d'un collectif intitulé "Groupe
Innovation Prospective Terrain" que nous nous proposons d’exposer.
Comment fabriquer un métier de service dans des lieux de passage
et d’échanges? quelles contributions peuvent apporter des
experts du quotidien que sont ces agents et quelle légitimité
leur est accordée? Comment rendre compte de ceux qui, au quotidien,
tissent dans ces lieux de transit du lien avec les voyageurs et le
territoire? Pour ce faire, nous nous appuierons sur les travaux de
ce groupe, mais aussi sur ceux d’Yves Clot et les apports de la psychologie
sociale.
Jean-Paul THIBAUD: Habiter
la ville en passant
Cette intervention s’appuiera sur la notion d’ambiance
pour rendre compte du caractère transitoire
et ambulatoire de l’expérience en milieu
urbain. Il s’agira d’ébaucher une problématique
de l’accompagnement, à la recherche d’outils
transversaux et intermédiaires, permettant
d’articuler dans un même mouvement les formes
sensibles, les formes sociales et les formes construites
de la mobilité.
Marion TILLOUS:
Grand âge et espaces publics — adhérence
aux lieux, détachement des liens?
L’entrée dans le grand âge est marquée
par une involution des capacités
physiques qui impose un rapport à l’espace beaucoup
plus immédiat que par le passé: chaque
élément doit être pris en compte
consciemment pour éviter la chute ou le coup.
Or, même si le choc ne se produit pas, cela favorise
une montée de l'appréhension. De ce
fait, la spécificité du grand âge dans l’espace
public induit un certain nombre de reconfigurations
qui dépassent de loin la simple question du
handicap physique ; la sociabilité au sein des espaces publics
en particulier en est profondément transformée.
On observe ainsi le paradoxe suivant: les personnes
âgées, bien plus touchées que les
autres catégories de personnes par l’isolement,
ont tendance à rechercher le contact ; dans le même
temps, étant également les plus vulnérables,
elles redoutent l’autre, et l’évitent. En
définitive, naît avec le grand âge une
forme de sociabilité très segmentée, qui
se caractérise par un contact avec le même, dans
lequel toute forme d’altérité est exclue.
Stéphane TONNELAT:
Confiance et émotions dans le métro: une expérience
new-yorkaise
Ce travail suggère un effet important du métro
dans la ville, souvent négligé par les études
qui s'intéressent aux aspects directement
fonctionnels, à savoir la production d'un type
particulier d'espace public qui contribue à
l'urbanité des grandes villes. A New York, les stations
de métro sont des zones de transition entre
des quartiers plus ou moins différenciés
et identifiés et des espaces de transport aux formes
génériques. Comment les voyageurs négocient-ils
leur passage d'un milieu à l'autre? Des parcours
commentés effectués avec des personnes
variées depuis leur domicile jusqu'à la
station Roosevelt/74th street et la rame du métro 7
nous permettent d'analyser la succession des domaines
publics traversés et leurs régimes de communication.
Nous verrons, d'une part, que les perceptions des uns
et des autres sont très déterminées
par des attributs individuels, mais qu'elles se déclinent
différemment suivant que l'on est plus ou moins proche
des quais du métro, mettant ainsi en valeur deux modèles
type d'interactions en public. Nous observerons, d''autre
part, que les seuils ou passages entre le quartier et le métro
sont localisés à différents endroits
selon les personnes, introduisant de fait une incertitude
chez les uns et les autres quant aux normes de communication
en vigueur dans un périmètre qui va de l'intérieur
de la station aux rues immédiatement alentour. Cette
contiguïté de normes serait ce qui fait de la rencontre
entre les stations de métro et les quartiers des
espaces de frottements et de rencontres aux issues toujours
renégociées: un lieu d'urbanité pluraliste?
Avec le soutien de la RATP et de la SNCF