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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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LA FRANCE EN LIVRES ILLUSTRÉS
( XIXe - XXIe SIÈCLES )

Mise à jour
18/07/2016


DU SAMEDI 2 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 9 JUILLET (14 H) 2016

DIRECTION : Philippe ANTOINE, Danièle MÉAUX, Jean-Pierre MONTIER

ARGUMENT :

Ce colloque permettra d’examiner les modalités selon lesquelles le livre — qui inclut des mots et des images (gravures ou photographies) en un univers clos — s’offre, du XIXe siècle jusqu’à nos jours, comme le réceptacle privilégié d’un archivage du patrimoine architectural ou paysager. La somme des différentes facettes d’un site — telle qu’elle est proposée au sein du livre — travaille à la construction d’une identité territoriale qui reflète mais aussi infléchit l’évolution des pratiques humaines de l’espace. Continuités, seuils et évolutions seront envisagés. La manière dont ces ouvrages conjuguent une dimension esthétique à des enjeux géopolitiques sera particulièrement étudiée, comme la façon dont s’articulent éventuellement la production d’une représentation du territoire et ses retombées en matière de préservation, d’aménagement ou encore de valorisation économique des lieux.

Contributeurs et auditeurs seront ainsi invités à croiser les domaines de la géographie, de la sociologie, de l’aménagement et de l’urbanisme, de l’histoire du livre, de la littérature, de l’histoire et de l’esthétique de la photographie.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 3 juillet
Matin:
Philippe ANTOINE, Danièle MÉAUX & Jean-Pierre MONTIER: Introduction

Voyages pittoresques
Gilles BERTRAND: Penser le paysage, mettre la France en images au temps des premiers voyages pittoresques: le cas du Sud-Est de la France (1780-1820)

Après-midi:
Odile PARSIS-BARUBÉ: En marge de Taylor et Nodier: les petits voyages pittoresques et la réinvention romantique de la province
Clément PARADIS: Le Forez pittoresque et monumental de Félix Thiollier, entre création et réaction
Lucie GOUJARD: Du "département" au "territoire". L'invention de présences


Lundi 4 juillet
Matin:
Carnet de voyage et bande dessinée
Pascale ARGOD: Images de la France dans le carnet de voyage-patrimoine: visions esthétiques, patrimoniales ou touristiques
Catherine MAO: Déplacements et découpages du territoire dans les arts du récit en images: péripétie et périphérie aux frontières de la bande dessinée (romans-photos, livres d'illustrations)

Après-midi:
Loisirs et tourisme
Laureline MEIZEL: La pédale ou le piolet: quelle France des loisirs touristiques dans les livres illustrés de photographies à la fin du XIXe siècle?
Paul LÉON: La France à table
Hervé REGNAULD: Motos, châteaux et virolos: quels paysages?


Mardi 5 juillet
Matin:
Des villes à l'épreuve
Michel RAUTENBERG: Saint-Étienne, ville image, ville patrimoniale
Jordi BALLESTA: Paysages usagés de Geoffroy Mathieu et Bertrand Stoffleth. Ouverture, articulation et transformations

Après-midi:
Paris et sa banlieue
Thierry POYET: Le Paris-Guide de 1867: politiques d’écrivains [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Wolfram NITSCH: Terrains vagues en noir et blanc: la banlieue de Paris dans les albums d'après-guerre
David MARTENS: Du visage touristique à l'aura poétique d'une capitale. Portraits photo-textuels de Paris pendant les Trente Glorieuses


Mercredi 6 juillet
Matin:
Portraits de la France
Anne-Céline CALLENS: François Kollar et La France travaille: un regard sur le territoire du travail de l'entre-deux-guerres
Jean-Pierre MONTIER: Vive la France: Henri Cartier-Bresson et François Nourissier sur des barres asymétriques

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 7 juillet
Matin:
Pauline JURADO BARROSO: Les paysages cicatriciels du delta du Rhône
Bernard LATARJET: À propos de la Mission Photographique de la DATAR entre 1984 et 1987 [Entretien avec Danièle MÉAUX]

Après-midi:
Littérature et photographie
Anne REVERSEAU: L'âge d'or de l'ambassade littéraire: la place de l'écrivain et de la littérature dans les portraits illustrés de la France des années 1930 aux années 1960
Elisa BRICCO: Le territoire agricole révélé par Jean-Loup Trassard
Philippe ANTOINE: Voyages excentriques: la France dans ses marges

Vernissage de "Paysages sans qualités", exposition de photographies de Pauline JURADO BARROSO


Vendredi 8 juillet
Paysages / Territoires
Matin:
Sophie LÉCOLE SOLNYCHKINE: Topoïétique de l'album, du patrimoine au lieu-chevêtre. Notes sur Provincia Antiqua de Gabriele Basilico
Jean-Louis GARNELL: Paysages transitoires (Entretien avec Danièle MÉAUX)

Après-midi:
Jean-Philippe BRIAND: La Normandie au-delà des clichés?
Laurence LE CIEUX: Photographie et politique patrimoniale (l'exemple de la ville du Havre)


Samedi 9 juillet
Matin:
Synthèse, par Philippe ANTOINE
Discussion générale

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Philippe ANTOINE: Voyages excentriques: la France dans ses marges
Alors qu'il ne demeure guère de tache blanche sur la carte et que le territoire est quadrillé par les multiples discours qui l'épuisent, bien des "voyageurs" délaissent les lointains et les curiosités ensevelies sous les considérations pour se tourner vers le proche, le quotidien et des marges qui, à en croire les guides, ne vaudraient pas même le détour. La mise en texte et en image d'espaces a priori insignifiants s'apparente à une stratégie de distinction; elle n'en revêt pas moins une dimension poétique et politique. Regarder à côté, habiter des territoires qu'habituellement on traverse ou s'évertuer à réenchanter le prosaïque n'est pas un geste anodin: au voyageur excentrique incombe la mission de donner à voir et à lire les lieux invisibles de notre modernité.

Philippe Antoine est professeur de littérature française à l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand). Il anime un site consacré à la littérature des voyages (www.crlv.org) et coordonne la revue Viatica (viatica.univ-bpclermont.fr).
Publication
Quand le Voyage devient Promenade, Paris, PUPS, "Imago Mundi", 2011.


Pascale ARGOD: Images de la France dans le carnet de voyage-patrimoine: visions esthétiques, patrimoniales ou touristiques
Définir les continuités, les seuils et les évolutions du XIX au XXIe siècle du genre carnet de voyage et du patrimoine s'articule autour des notions de pittoresque, d'esthétique des lieux, de paysage au rythme du voyage (Méaux, 2011), de valorisation du patrimoine, de médiatisation de sites touristiques, mais aussi de "topophilia" (Tuan, 1975). L'art du carnet de voyage (Argod, 2014) est au service de cinq régions qui confortent leur singularité territoriale à travers l'image qu'elle véhiculent: la Bretagne, la Provence, la Normandie, le Pays Basque et l'Alsace. Mais les deux régions que sont la Bretagne et la Provence ont une identité évolutive au fil des carnets de voyage depuis les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France du baron Taylor. La notion de "digne d'être peint" ou de pittoresque semble offrir une esthétique propre au carnet de voyage et favoriser une certaine médiation du patrimoine.

Pascale Argod, PRCE de documentation, enseignante et chercheure requalifiée en SIC, membre du MICA de l'université Bordeaux, membre du LIDO de l'UBP Clermont-Ferrand 2 et du Réseau national inter MSH Méthodes visuelles, auteur du carnet de recherche "Carnet de voyage - reportage" sur Hypotheses.org.
Publications
L'art du carnet de voyage, Gallimard, 2014.
Carnet de voyage sans frontières, Reflets d'Ailleurs, 2011.


Jordi BALLESTA: Paysages usagés de Geoffroy Mathieu et Bertrand Stoffleth. Ouverture, articulation et transformations
Étroitement articulé à la création du GR 2013, premier sentier de Grande Randonnée périurbain, l’ouvrage Paysages Usagés relève tout autant de l’expérimentation éditoriale d’émanation artistique, du document photographique à des fins topographiques que de la mise en image et en page d’un dessein territorial. Composé d’une carte à déplier et de cent cartes postales non reliées, lesquelles font également office de documents photographiques, imprimés, numérotés, datés et localisés, Paysages Usagés pourrait ne pas correspondre à la notion de livre, mais s’approcher davantage de l’idée de dossier. Ainsi, l'analyse de cet ouvrage invite à distinguer les registres composites et les formes hybrides sur lesquels il est fondé. Elle invite également à le questionner au regard d’autres expériences éditoriales, pour partie héritières de la Mission Datar et de l'Observatoire photographique du paysage.

Jordi Ballesta est chercheur associé à l’UMR Géographie-cités et au CIEREC (Université Jean Monnet). Son travail est essentiellement axé, d'une part, sur les modes de production de savoirs issus des projets de documentation photographique, d'autre part, sur la connaissance empirique des paysages à dominante vernaculaire.
Il a notamment publié les articles  de La Mission Datar, photo et géo-graphies empiriques et Park City de Lewis Baltz: entre topo, topio et géo-graphies et assuré le commissariat de l'exposition Photographic Notes on the Road: J. B. Jackson 1955-1989.


Gilles BERTRAND: Penser le paysage, mettre la France en images au temps des premiers voyages pittoresques: le cas du Sud-Est de la France (1780-1820)
Comment le territoire français a-t-il été mis en image dans les ouvrages et descriptions de voyage imprimés des années 1780 à 1820? Quel statut acquit-il à partir de la Description [...] ou voyage pittoresque de la France lancée par Jean-Benjamin de La Borde en 1781, qui pose à la fois le problème du coût (élevé) et de la définition d’un genre de la description illustrée. L’enquête sur le Sud-Est de la France nous présente un espace aux frontières mouvantes où les images publiées par La Borde, Bacler d’Albe, Albanis Beaumont ou Joseph Lavallée participent de la construction d’une identité des lieux. À travers sa très lente affirmation dans le livre, la gravure voit son rôle se redéfinir entre la simple illustration du texte et la fonction de véritable moteur de l’ouvrage. Sur l’onde de choc du travail de dessinateurs comme Cassas ou les Brion, l’image désigne peu à peu la nouveauté d’espaces à conquérir sur le plan autant politique que moral, paysager et esthétique. Elle dessine aussi un nouveau type d’usage des livres de voyage.

Gilles Bertrand, professeur d’histoire moderne à Grenoble et membre de l’Institut Universitaire de France, a travaillé sur le masque, la fête et la politique à Venise au XVIIIe siècle, sur les relations de l’Italie des Lumières et de l’époque napoléonienne avec la France et l’Europe, sur la rencontre entre cultures.
On lui doit une Histoire du carnaval de Venise, XIe-XXIe siècle (Paris, 2013) et une somme sur le voyage des Français en Italie de 1750 à 1820 (Le Grand Tour revisité, Rome, 2008). Il a coordonné avec Jean Ehrard une édition des Voyages de Montesquieu (Paris/Lyon, 2012) et dirigé une vingtaine d’ouvrages collectifs.
http://site.gilles.bertrand.free.fr/accueil.html


Jean-Philippe BRIAND: La Normandie au-delà des clichés?
La Normandie fait l’objet de nombreux clichés. Son image est celle d’une région verte et rurale où paissent paisiblement des vaches à l’ombre des pommiers en fleurs, une terre généreuse connue pour sa gastronomie, ses maisons à colombages, ses paysages impressionnistes et son histoire sur fond de Débarquement qui lui confère une notoriété mondiale. La Normandie est bien plus que cela, mais les autres facettes sont rarement représentées, les livres se contentant souvent de valoriser les images traditionnelles qui hantent l’imaginaire collectif. En s’appuyant sur une sélection de livres et de sites Internet concernant la Normandie, on essaiera d’analyser comment le choix des photographies contribue à façonner l’image et l’identité d’un territoire et l’importance qu’il revêt dans un contexte de forte concurrence territoriale. Un "zoom" spécifique sera fait sur les villes normandes reconstruites après la seconde guerre mondiale qui souffrent aujourd’hui d’un fort déficit d’attractivité: comment peut-on transcender l’image négative qu’elles véhiculent en valorisant leurs richesses patrimoniales et architecturales?

Statisticien économiste, Jean-Philippe Briand a débuté sa carrière à l’INSEE de Basse-Normandie où il s’est spécialisé dans le diagnostic territorial et les relations avec les partenaires locaux. En 2005, il rejoint la Région Basse-Normandie en tant que chef du service "Études, Prospective et Information Géographique" chargé d’élaborer le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement du Territoire (SRADT). Il intègre en 2008 le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional de Basse-Normandie (CESER) en tant que chargé de mission. Il réalise plusieurs études, notamment une étude prospective sur l’avenir des villes moyennes bas-normandes, et un positionnement de la Basse-Normandie vis-à-vis des autres régions françaises basé sur l’analyse d’indicateurs d’alerte et de progrès. Il rejoint en 2012 l’Agence d’Urbanisme de Caen Normandie Métropole, l’AUCAME, en tant que Directeur adjoint. Il intervient à l’École de Management de Normandie (EMN) où il enseigne le diagnostic territorial.
Bibliographie
"La Normandie — Grands voyageurs" - Denis MONTAGNON et Jacques DENARNAUD - 2012.
"La Normandie corps et âme" - Sophie de PAILLETTE et Catherine GRIVE - 2008.
"La Normandie vue du ciel" - Franck MULLIEZ et Corinne TARGAT - 2007.
"L’architecture de la reconstruction dans le Calvados" - CAUE du Calvados - 2010.


Elisa BRICCO: Le territoire agricole révélé par Jean-Loup Trassard
Quelle est la relation entre les objets de la ferme qui sont représentés dans quelques livres avec photographies de J.-L. Trassard et le territoire où ils se trouvent? Cette question sera le point de départ de notre réflexion. La lecture de Territoire sera le premier objet de notre recherche parce que les contenus des textes, qui traitent de la ferme, des lieux et des outils du travail fermier, ne correspondent pas avec les images présentes dans le livre. Dans un premier temps, nous étudierons donc la relation intermédiale entre les deux typologies de "textes" du livre, en interrogeant l’espace de signification interstitiel qui se crée par leur côtoiement et les significations inédites qui en surgissent. Ensuite, afin de vérifier nos lectures, nous élargirons notre corpus avec L'inventaire des outils à main dans une ferme, Archéologie des feux, Objets de grande utilité, livres où la représentation des objets fermiers implique aussi, sans doute, le surgissement naturel du territoire où ils se trouvent.

Elisa Bricco est professeur associé de littérature française à l’Université de Gênes. Spécialiste de la littérature française contemporaine, elle a publié entre autres des études sur Arno Bertina, François Bon, Jean Echenoz, Sylvie Germain, Christian Garcin, Valérie Jouve, Pierre Michon, Valérie Rouzeau, Eugène Savitzkaya, Antoine Volodine. Elle dirige le groupe de recherche de l’ARGEC (Atelier de recherches génois sur l’écriture contemporaine).
Dernières publications
2012, coordinaton du numéro 23 de la revue en ligne Cahiers de narratologie sur "Le sujet et l’art dans la prose française contemporaine (1990-2012)".
2015, essai Le Défi du roman (Peter Lang) et collectif Le Bal des arts. Le sujet et l’image: écrire avec l’art (Quodlibet).
2016, numéro de la revue Nuova Corrente (156) sur "Le scritture ibride contemporanee".

Anne-Céline CALLENS: François Kollar et La France travaille: un regard sur le territoire du travail de l'entre-deux-guerres
En 1931, François Kollar signe un contrat avec les éditions "Horizons de France" et débute l’un des plus grands chantiers de sa carrière avec la réalisation d’une série de reportages dans les différentes industries et provinces françaises. Le perfectionnement des appareils photographiques et les avancées en matière d’impression — notamment par la simultanéité nouvelle de reproduction de la photographie et du texte au moyen d’une trame — permettent aux éditeurs de proposer ce nouveau type de publications illustrées. Quelques années après avoir publié Le Visage de la France (qui rend compte des paysages et sites les plus remarquables), les éditions "Horizons de France" font preuve d’un intérêt pour ces différents espaces ruraux et urbains français dans leur articulation avec l’évolution des pratiques du travail. Cette commande s’échelonnera sur quatre années et donnera lieu à plusieurs milliers de prises de vues sur deux cent sites et la publication de quinze volumes, sous l’intitulé La France travaille, qui mêlent les images du photographe aux textes de Paul Valéry, Pierre Hamp, Gabriel Faure ou encore Jean Rostand.

Anne-Céline Callens prépare une thèse en esthétique et sciences de l’art sur le fonds Paul Martial. Elle a été co-commissaire de l’exposition "Les Éditions Paul-Martial: la belle publicité" au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne (2014) et chercheur invité de la Bibliothèque nationale de France en 2014/2015 dans le cadre du programme de recherche sur la photographie soutenu par la Fondation Louis Roederer.
Elle a coordonné l’ouvrage Art, architecture, paysage. À l’époque post-industrielle (PUSE, 2015).


Jean-Louis GARNELL: Paysages transitoires (Entretien avec Danièle MÉAUX)
Les paysages que Jean-Louis Garnell donne à voir, souvent constitués de terres retournées, de chantiers et de matériaux épars, renvoient à l'évolution et au devenir. C'est sur cette relation de l'espace et du temps que portera principalement l'entretien, au sein des photographies de lieux comme au sein d'autres travaux de l'artiste. Une attention particulière sera également accordée aux modalités de présentation des images, en diptyques, en grilles, ou encore au sein du dispositif du livre.

Jean-Louis Garnell, né en 1954, s'intéresse, après des études scientifiques, à la photographie, pour en faire son activité principale en 1985, lorsqu'il rejoint la Mission photographique de la DATAR. La question de la représentation de l'espace est un élément récurrent dans son travail. Il réalise des séries pour La mission Ytransmanche (1988), Fos-sur-mer (1995), Porto Marghera (1997), Mutations (200), et mène un travail toujours en cours sur Châtenay-Malabry. De nombreuses autres problématiques sont abordées dans les travaux réalisés jusqu'à ce jour.
Site internet: http://www.jeanlouisgarnell.net


Lucie GOUJARD: Du "département" au "territoire". L'invention de présences
Les recensements photographiques du patrimoine, monumental et naturel, mis en albums, puis en livres ou revues illustrés, sont l’héritage de l’esprit encyclopédiste. Il s’agit le plus souvent de "produire un inventaire visuel" des richesses existantes. Mais il n’est naturellement pas envisageable de pouvoir réaliser un relevé exhaustif. À l’idéal rationaliste de collecte se substitue donc très vite un principe de sélection, de parcours, ou de vues fragmentaires, sérielles. Les publications font le plus souvent apparaître des motifs, signes, figures, topoï, toujours rattachés à une "identité" géographique et qui constituent une forme de  représentation essentielle. Du pittoresque local à son glissement sémantique vers la notion de territoire, la construction de ces éditions, espaces d’emblée subjectifs mais aussi hautement plausibles et définitifs, engage donc en cela une implication, voire une prudence, tout à fait singulières, parfois même solennelles, de la part des principaux "artisans": tenants de la culture savante, locale ou centrale, auteurs, "illustrateurs", éditeurs, commanditaires, parfois souscripteurs. S’intéresser à cette question conduit à rétablir la vocation première de l’image photographique intégrée au livre qui ne consistait pas tant à "documenter" ou à "illustrer" suivant les champs lexicaux les plus établis, mais tplutôt à fabriquer pour séduire et convaincre.

Lucie Goujard est chercheur en histoire de l’art/histoire de la photographie, à l’Université de Lille3. En 2001, elle a relancé ses travaux sur l’édition photographique française du tournant des XIXe-XXe siècles. Elle a été commissaire générale de la triple exposition Normandie pittoresque, organisée par les musées de Caen, Rouen et Le Havre, réunissant pour la première fois art, photographie et procédés photomécaniques sur ce thème (2009). Elle travaille également à l’étude et la valorisation patrimoniale — encore inédite en France — de l’héliogravure, à laquelle elle a consacré plusieurs articles et expositions.

Pauline JURADO BARROSO: Les paysages cicatriciels du delta du Rhône
Tout récemment, le photographe français François Deladerrière s’est intéressé à la topographie du delta du Rhône qu’il envisage au sens large — confinant aux frontières d’Arles, Marseille et Montpellier. À l’intérieur de ce territoire aux visages multiples, les espaces interstitiels mis en image en marge des villes  forment une continuité imaginaire, un décor à l’intérieur duquel toute forme de vie semble possible. En alternant paysages et fragments d’objets au sol, le photographe décrit l’histoire d’un territoire blessé par l’industrie et ses aménagements, mais enclin à la cicatrisation.

Pauline Jurado Barroso, doctorante en arts plastiques, membre du CIEREC, Université Jean-Monnet, Saint-Étienne, prépare une thèse sur les moyens par lesquels on peut photographier les ruines de l’architecture moderne, en témoin actif d’une histoire de l’urbanisme récent.
Publications
Jurado Barroso Pauline, Callens Anne-Céline (dir.), Art, architecture, paysage. À l’époque post-industrielle, Saint-Étienne, PUSE, 2015.
Jurado Barroso Pauline, ""Projet urbain": ruines modernes et perte de repère", in Méaux Danièle (dir.), Lieux identitaires & dispositifs photolittéraires, Paris, RSH, 2015.
Jurado Barroso Pauline, "Disparition d’une architecture moderne: de la ruine au monument", in Méaux Danièle et Costa Fabienne (dir.), Paysages en devenir, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2012, p. XVIII-XXI, p. 111-119.


Bernard LATARJET: À propos de la Mission Photographique de la DATAR entre 1984 et 1987 (Entretien avec Danièle MÉAUX)
Au début des années 80, les transformations des paysages français, d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent, conduisent les responsables de la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) à faire appel à des photographes pour qu’ils portent sur ces changements le regard d’artistes. C’est ainsi que fut lancée la commande la plus importante (en durée, en moyens, en nombre de campagnes réalisées) de l’histoire de la photographie. 30 ans après, quels enseignements peut-on tirer de ce projet?
Raphaële Bertho (historienne de l’art) s’entretiendra avec Bernard Latarjet, ancien chargé de mission de la DATAR, initiateur et co-directeur de la commande.

Sophie LÉCOLE SOLNYCHKINE: Topoïétique de l'album, du patrimoine au lieu-chevêtre. Notes sur Provincia Antiqua de Gabriele Basilico
Travail de commande réalisé par Gabriele Basilico pour l’Agence Régionale du Patrimoine (Région PACA), l’album Provincia Antiqua (Actes Sud, 2002) questionne les modalités sensibles de l’inscription des monuments antiques dans la chair vivante de nos villes. De proche en proche, au fil des pages, les signes visibles de l’urbanisme contemporain se superposent aux vestiges antiques. Les photographies de G. Basilico réconcilient, par la coprésence, ces deux pôles qu’elles maintiennent en tension sans les opposer, échafaudant à leur dialogue architectural d’autres voies que celles d’une muséification rampante. Le lieu-chevêtre qui émerge alors des images permet l’affleurement d’un feuilletage de références littéraires et artistiques, dont l’étude permet d’éclairer la façon dont l’album, dans sa structure même, produit un effet-monde, et peut, à ce titre, se comprendre comme topoïète. En dernier lieu, il faut alors questionner l’effet-retour qui invite le regard, depuis l’album, à se reporter sur le réel.

Sophie Lécole Solnychkine est maître de conférences en Arts plastiques à l’Université Toulouse - Jean Jaurès. Spécialiste du paysage, elle s’intéresse à la relation entre fiction et paysage, notamment à la manière dont la fiction modèle notre rapport au réel tout en permettant de le renouveler (artialisation / topoïétique). Elle a publié de nombreux articles dans des revues telles que la Nouvelle Revue d’Esthétique, Anabases, Textimage, Éclipses, ou encore Entrelacs.
Ainsi que plusieurs contributions à des ouvrages collectifs:

Publications
"The landscape as a framework for the contemporary reception of antiquity", in Maarten De Porcq et al. (Dir.), Framing the Antiquity. Reception studies, Leyde, Brill, 2015 (avec L. André).
"Cartografías sensibles y experiencia del lugar", in Mónica Francisca Benítez Dávila (Dir.), Arte, entorno y comunidad, Mexico, Universidad Autónoma Metropolitana (UAM Lerma), 2015 (avec P. Barrès).
L’invention du singulier (avec G. Lecerf), Hors-série Entrelacs, 2015.
Le paysage sonore, échographie du monde (2016), actes du colloque en préparation.


Paul LÉON: La France à table
La France à table, revue bimestrielle, initialement sous-titrée "Gastronomie et Tourisme", fit dès son avènement une place centrale à la photographie. Co-dirigée dans un premier temps par le fameux critique gastronomique Maurice Edmond Sailland dit Curnonsky et l'éditeur Gaston Pinget, elle paraît une première fois de mai 1934 à juillet 1937, illustrée par de grands noms de l'avant-garde photographique comme Germaine Krull ou André Kertész. Après interruption, elle renaît en 1949, et ce jusqu'en 1978, sous la direction de Gaston Sainsot lequel privilégie quant à lui la mythologie de la France des paysages. Les photomontages initiaux sont remplacés de numéro en numéro — chacun étant consacré à un département ou une "province" — par une sorte de vaste recensement des terroirs comme autant de cornes d'abondance. Les agences photographiques ont pris le relais, mais quelques grands noms, comme celui de Doisneau, subsistent ici et là. Nous nous proposons de jeter un regard critique sur l'entreprise de cette revue un peu oubliée, désormais très inactuelle dans sa conception, mais qui continue d'attirer les collectionneurs.

Bibibliographie
Jacques Lacarrière, Chemin faisant, Fayard, 1974.
Renaud Camus, Journal d'un voyage en France, Hachette / POL, 1981.
Michel Chaillou, La France fugitive, Fayard, 1998.
Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement – Voyages en France, Seuil, 2011.
Pierre Bonte, La France que j'aime, Albin Michel, 2012.
Magali Nachtergael, Roland Barthes contemporain, Max Milo, 2015.


Catherine MAO: Déplacements et découpages du territoire dans les arts du récit en images: péripétie et périphérie aux frontières de la bande dessinée (romans-photos, livres d'illustrations)
Traditionnellement, la bande dessinée se présente comme un art du personnage, en action et en mouvement, qui ne se préoccupe pas ou peu de représenter le territoire national. De manière plus révélatrice encore, les albums présentant un intérêt de ce point de vue se situent souvent aux frontières de la bande dessinée, frayant avec le livre d'illustrations ou avec le roman-photo. Car la représentation de la France pose à l'auteur des questions éminemment modernes d'énonciation et de narration: parcourant un territoire familier, ce dernier n'en conserve pas moins une posture d'extériorité (d'étrangeté) intensifiée par son statut d'énonciateur graphique. Se posent ainsi dans les arts graphiques des questions de réalisme, de relecture de l'image, voire de voyeurisme. Cette communication sera l'occasion d'étudier la manière dont la pensée du territoire s'articule autour d'une réflexion accrue sur le médium et fait basculer le récit de la péripétie vers les modalités de la périphérie.

Formée à l'EHESS et à l'Université Paris-Sorbonne, Catherine Mao a achevé en 2014 un doctorat sur "La bande dessinée autobiographique (1982-2013): transgression, hybridation, lyrisme" sous la direction de Jacques Dürrenmatt. Elle a développé des cours d'introduction à la narration visuelle, à l'Université et dans d'autres contextes de diffusion des savoirs. Elle a publié plusieurs articles relatifs à l'écriture de soi et à la représentation de soi dans la bande dessinée, notamment "La syncope ou le désir d'image dans la bande dessinée" dans la Revue textimage ou "L'artiste de bande dessinée et son miroir: l'autoportrait détourné" dans Comicalités.

David MARTENS: Du visage touristique à l'aura poétique d'une capitale. Portraits photo-textuels de Paris pendant les Trente Glorieuses
Des années trente à la fin des années soixante-dix, le genre du portrait de pays a connu un développement majeur, tout spécialement sous la forme d’albums photographiques de grand format. Dans le domaine francophone, plusieurs collections de livres de ce type ont marqué le champ éditorial des Trente Glorieuses. Plusieurs d’entre elles ont consacré un ou plusieurs ouvrages à Paris. Au sein de ces collections, ces volumes occupent une place à part. Comme nombre de capitales, Paris apparaît souvent, sinon comme une forme quintessenciée de la France, du moins comme son cœur symbolique. Dans le même temps, comme toute capitale, Paris apparaît comme un lieu singulier, marqué par une forme d’état d’exception, qui en fait un espace à part au sein du pays. Les représentations de la France et de Paris se ressentent nécessairement de cette situation particulière. Quelles images de la ville de Paris y sont-elles données à voir? Selon quels dispositifs icono-textuels Paris y tient-il lieu d’image de la France entière ou, au contraire, en apparaît-il comme une partie distincte? Quels éléments du patrimoine sont-ils particulièrement mis en avant? Quelles sont les enjeux de ces figurations de la ville sur le plan de la valorisation touristique? Tout spécialement, compte tenu de l’implication d’écrivains dans ces ouvrages et de ce que la France apparaît comme "le pays de la littérature", selon quelles modalités les références littéraires sont-elles convoquées pour façonner ces portraits de la Ville Lumière et du pays dont elle constitue la vitrine?

David Martens est professeur de littérature française moderne et contemporaine à l’Université de Louvain (KU Leuven), membre fondateur du groupe MDRN (www.mdrn.be) et rédacteur en chef de la revue Interférences littéraires/Literaire interferenties (www.interferenceslitteraires.be). Il assure, depuis janvier 2014, la direction d’un projet de recherche financé intitulé "La Fabrique du patrimoine littéraire" portant sur des collections de monographies illustrées consacrées aux écrivains ("Poètes d’aujourd’hui", "Écrivains de toujours", "Albums de la Pléiade"...). Il coordonne en outre, en collaboration avec Jean-Pierre Montier, un projet de recherche international sur les portraits de pays (http://phlit.org/press/?p=2495).

Laureline MEIZEL: La pédale ou le piolet: quelle France des loisirs touristiques dans les livres illustrés de photographies à la fin du XIXe siècle?
Dans les années 1880, les pratiques amateurs de la photographie et du cyclisme se développent de façon exponentielle. Regroupant les membres de sphères sociales similaires dans des structures associatives identiques, elles sont très vite connectées. À une période d’amplification de l’édition des livres illustrés de photographies, notamment des récits de voyage, il est alors remarquable de constater que peu d’entre eux sont consacrés au cyclotourisme contrairement au tourisme montagnard, quand leurs formes sont assez pauvres. Deux hypothèses peuvent être avancées: premièrement, les difficultés du medium photographique à traduire l’expérience du défilement et la perception d’un territoire traversé; deuxièmement, les liens étroits du cyclisme et du journalisme, qui font peut-être de la presse le vecteur privilégié de la représentation photo-scripturale de la France à bicyclette. En comparant les productions émanant de diverses pratiques touristiques, notre communication propose de tester ces hypothèses, afin de définir les spécificités du livre illustré de photographies par rapport à la presse quant à la représentation d’une France des loisirs à la Belle Époque.

Après un mémoire sur le Nouveau roman-photo lauréat du prix Roland Barthes, Laureline Meizel termine une thèse à l’Université Paris 1 sur les rapports de la photographie au livre dans l’édition française du dernier tiers du XIXe siècle. Elle a publié plusieurs articles, sur l’évolution des moyens photomécaniques ou encore sur l’usage de la photographie dans les publications archéologiques. Elle a également codirigé L’Expérience photographique avec Éléonore Challine et Michel Poivert (2014) [https://univ-paris1.academia.edu/LaurelineMeizel].

Jean-Pierre MONTIER: Vive la France: Henri Cartier-Bresson et François Nourissier sur des barres asymétriques
De tous les livres publiés par Henri Cartier-Bresson, Vive la France est probablement le plus mal-aimé. Fruit d'une commande passée par le Reader's Digest, un magazine américain fondé dans les années 20, réputé conservateur mais bénéficiant d'une très bonne diffusion auprès du public français des années 50 à 70, le livre paraît en 1970 sous la double signature du photographe et de l'écrivain François Nourissier, dont le roman Une histoire française avait reçu le prix de l'Académie trois ans plus tôt. La formule imagée des "barres asymétriques" inscrite dans le titre de cette intervention souligne la singularité de l'exercice opéré conjointement par le photographe et l'écrivain, qui ne partagent que peu d'options idéologiques et sont réunis par un éditeur qui, de son côté, promeut une idée de la photographie et une conception de la littérature qui ne correspondent ni à l'un ni à l'autre de ces deux "auteurs". Autant dire que ce livre avait tous les atouts pour être raté. Il l'est du reste en partie, comme objet esthétique. Mais il en subsiste au moins un document historique absolument passionnant: si chacun des auteurs s'investit dans des logiques qui lui sont propres, l'un et l'autre partagent le souci de mettre à jour les fondamentaux d'une "identité française" et, dans cette perspective, le dialogisme entre littérature et photographie — en dépit ou en raison de son asymétrie — est à présent d'un intérêt éminent.

Jean-Pierre Montier est professeur à l'Université Rennes 2. Il a dirigé le Cellam de 2013 à 2013, et organisé plusieurs colloques à Cerisy, notamment "Henri Cartier-Bresson: images de l'histoire" (2008), "Carrefour Alfred Stieglitz" (2010, avec Jay Bochner et Liliane Louvel) et "L'écrivain vu par la photographie" (2014, avec David Martens et Anne Reverseau). Ses recherches portent sur les relations entre littérature et photographie. Il a créé le site phlit.org qui leur est consacré, et a bénéficié (avec le Pr S. Guerlac) d'une bourse de la fondation France-Berkeley en 2015 pour promouvoir la photolittérature. Le site phlit agrège de nombreux chercheurs et projets, notamment avec l'université de Leuven.

Wolfram NITSCH: Terrains vagues en noir et blanc: la banlieue de Paris dans les albums d'après-guerre
La banlieue de Paris (1949), un album réunissant des textes de Blaise Cendrars et des photographies de Robert Doisneau, a marqué l’histoire de l’exploration littéraire et artistique de la "zone" parisienne. La communication se propose, d'une part, d’analyser comment ce livre illustré présente la périphérie de la capitale, en particulier les terrains vagues qui y abondent, d'autre part, de mettre en relief son originalité par rapport à des ouvrages semblables d’après-guerre comme Paris insolite (1954) de Jean-Paul Clébert et Patrice Molinard ou Belleville-Ménilmontant (1954) de Willy Ronis et Pierre Mac Orlan.

Wolfram Nitsch est professeur de littérature française et hispanique à l’Université de Cologne. Ses principaux champs de recherche sont la prose française du XXe siècle, la littérature espagnole du siècle d’or et la littérature argentine moderne, ainsi que l’anthro-pologie et la médiologie du littéraire.
Dernièrement, il a co-dirigé les volumes Lectures allemandes de Claude Simon (2013), Scénarios d’espace (2014) et Le mouvement des frontières (2015). À present, il dirige un projet de recherche sur la poétique du terrain vague.


Clément PARADIS: Le Forez pittoresque et monumental de Félix Thiollier, entre création et réaction
Entre 1873 à 1914, Félix Thiollier a publié quarante-deux livres de photographies qui rendent compte de son intérêt pour l’espace européen et, plus spécifiquement, pour la France et sa terre natale, le Forez. Son œuvre majeure publiée en 1889, Le Forez pittoresque et monumental, fut pour Thiollier un véritable défi: il y conserve "le souvenir d'objets disparus ou destinés à disparaître" dans une région où "l'amour de la destruction semble indestructible, et les hommes des partis les plus opposés s'entendent souvent à merveille pour démolir ou pour défigurer". Nous reviendrons donc ici sur cet ouvrage si particulier qu’est Le Forez pittoresque et monumental: à la lumière des problématiques contemporaines de la photographie, il nous semble possible de révéler la logique singulière d’une œuvre qui fait cohabiter un projet d’archivage "archéologique", les dernières avancées techniques d’une époque et l’esprit artistique d’un photographe visionnaire.

Clément Paradis enseigne à l’esthétique de la photographie à l’Université Jean Monnet à Saint-Étienne. Il travaille actuellement à une thèse de doctorat sur les publications de Félix Thiollier.

Odile PARSIS-BARUBÉ: En marge de Taylor et Nodier: les petits voyages pittoresques et la réinvention romantique de la province
Si le récit de voyage pittoresque illustré a pris corps dans les dernières décennies du XVIIIe siècle et refait surface au lendemain de la Révolution, la publication, en 1820, du premier tome des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France de Taylor, Nodier et de Cailleux stimule le succès éditorial du genre. Entre 1820 et 1825, les publications de récits de voyages illustrés explicitement qualifiés de "pittoresques" dans les provinces de France abondent. Ces textes participent de la réinvention romantique de la province, laquelle prend corps dans des dispositifs rhétoriques et poétiques qui en font la scène d’une expérience intérieure où, dans la désolation du présent, la nature et l’histoire concourent à la définition de nouveaux découpages symboliques. Lieux d’inscription privilégiés des parcours sensibles dans une "ancienne France" regardée comme un champ de ruines, les provinces deviennent, sous la plume des auteurs de voyages pittoresques, souvent eux-mêmes très impliqués dans les milieux antiquaires, l’objet de discours nouveaux, nourris des apports de l’inventaire monumental et archéologique autant que de la poésie rétrospective dont Nodier avait fixé les codes dès la préface du premier volume des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France consacré, en 1820, à la Normandie. Par là se révèlent les ressorts d’un nouvel imaginaire de l’espace. En choisissant d’ignorer les départements pour faire des provinces les territoires d’élection de la représentation anhistorique d’une "ancienne France" préservée du progrès, les voyages pittoresques de l’époque romantique contribuent, à côté de, contre ou en symbiose avec la littérature statisticienne produite par les préfectures et les sociétés savantes, à la construction d’un discours sur la particularité locale à l’heure où le pays fait l’apprentissage du centralisme administratif. L’invention de la province pittoresque et romantique est aussi celle d’une esthétique littéraire et iconographique. La lithographie, en lui assurant une reproductibilité plus facile, fait de la vue pittoresque un standard visuel qui, par sa répétitivité, concourt à la fixation de codes paysagers transposables d’une province à une autre. À travers cette alliance du texte et de l’image, se trouve posée, à l’heure où Augustin Thierry tente de la théoriser en l’important dans le domaine historiographique, la question du rendu de la couleur locale.

Odile Parsis-Barubé est maître de conférences à l’Université de Lille et membre de l’IRHiS (CNRS UMR 8529). Ses recherches portent sur la reconstruction de l’imaginaire de l’espace et du temps au lendemain de la Révolution et, plus particulièrement, sur la notion de pittoresque ainsi que sur les apports des milieux érudits provinciaux à la genèse des images régionales et des identités locales.
Publications
La province antiquaire. L’invention de l’histoire locale en France 1800-1870, Paris, éd. du CTHS, 2011.
En collaboration avec Jean-Pierre Lethuillier, Le pittoresque. Formes d’une quête dans l’Europe moderne et contemporaine, Paris, Garnier, 2012.


Thierry POYET: Le Paris-Guide de 1867: politiques d’écrivains
En se proposant de mettre en album le Paris de 1867 à l’occasion de l’Exposition Universelle, les éditeurs agrègent les grandes plumes de l’époque dans un projet collectif, bientôt dirigé par Hugo. Une telle aventure éditoriale interroge tout à la fois la propagande du régime impérial selon une perspective patriotique et la conception du Progrès grâce à une industrie pensée et mise au service de tous. Il en va alors d’une certaine représentation de la France donnée à voir selon autant de prismes individuels qu’il y a de contributeurs en même temps que les réalités montrées se trouvent concurrencées par les clichés et les stéréotypes. À la fois soucieux de l’image du pays qu’ils sont en train de tracer et de leur propre reconnaissance au sein des membres du Guide, les artistes de cette aventure sont mus par des motivations différentes et même opposées. Avec le Paris-Guide de 1867, la "France en album" devient une sorte d’album des artistes français...

Maître de conférences en littérature française, agrégé es lettres, Thierry Poyet enseigne à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Membre du CELIS, il a publié de nombreux articles et différents ouvrages consacrés à la correspondance et à l’œuvre de Flaubert. Spécialiste des écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle, il travaille actuellement sur la notion de minores.

Michel RAUTENBERG: Saint-Étienne, ville image, ville patrimoniale
Saint-Étienne a été l’une des "villes champignons" du XIXe siècle et la première capitale industrielle du pays. Cette association de la modernité urbaine et de l’industrie a marqué profondément l’imaginaire stéphanois et se retrouve dans nombre de publications graphiques: livres, gravures, assiettes, banderoles, pochettes de disques ou de cd, cartes postales, aquarelles... Dans leur variété, ces images se sont  concentrées sur les activités industrielles d’une ville réputée n’avoir pas de monuments. D’autres sujets ont pourtant été régulièrement reproduits: les luttes ouvrières; l’architecture "moderniste" des années 1960/70 reprenant la ville "américaine" évoquée près d’un siècle plus tôt; le design; les espaces publics. Cette communication vise à montrer comment ces deux fils, celui de la ville industrielle et celui de la ville moderniste, se conjoignent et s’opposent. À la lumière de ces ensembles d’images, Nous interrogerons le fonctionnement du stéréotype urbain stéphanois qui est par ailleurs régulièrement détourné, renforcé, moqué par certains auteurs et illustrateurs de la ville, installant l’humour et la dérision au cœur de l’imaginaire stéphanois.

Michel Rautenberg, anthropologue, professeur de sociologie à l’Université de Saint-Étienne, travaille sur les formes de patrimonialisation des villes, en particulier en lien avec l’imaginaire social.
Direction de volumes
En 2008, le volume de la revue Culture et musées sur le thème "L’imaginaire de la ville, le regard et le pas du citadin".
En 2010, (avec Bénédicte Lefebvre),  Utopies et mythologies urbaines à Villeneuve d’Ascq.

(avec Corine Védrine), Imaginaires stéphanois. Mineurs, artistes et habitants (à paraitre en 2016).

Hervé REGNAULD: Motos, châteaux et virolos: quels paysages?
Le paysage est parfois appréhendé depuis un point de vue fixe, parfois depuis un véhicule en mouvement. La moto est l'un des véhicules qui permet la meilleure vue (pas d'obstacles) sur des itinéraires longs. Le paysage, dans ce cas, implique la vitesse et l'appréciation du temps météorologique dont le motard n'est pas protégé par un toit. Enfin la moto nécessite d'être inclinée dans les virages: la notion d'horizon est alors en cause, dans son horizontalité même. Il est donc envisageable que le paysage vu par des motards soit différent de celui que d'autres utilisateurs de véhicules peuvent avoir.

Hervé Regnauld étudie la morphodynamique littorale en l'inscrivant dans deux cadres épistémologiques distincts et complémentaires. Cette dynamique, d'une part, est liée aux changements climatiques anciens et actuels ce qui en fait un thème — parmi d'autres — d'une science naturaliste et non déterministe, et, d'autre part, induit des changement rapides de l'objet que la culture désigne par paysage, ce qui en fait un thème — parmi d'autres — d'une science sociale.

Anne REVERSEAU: L'âge d'or de l'ambassade littéraire: la place de l'écrivain et de la littérature dans les portraits illustrés de la France des années 1930 aux années 1960
La littérature d'un pays est toujours partie prenante de son identité nationale, mais la place du fait littéraire est particulièrement importante dans l'identité française. Lorsqu'il s'agit de présenter la France dans des albums illustrés, on a donc recours aux écrivains, pour fournir une préface, un texte complet, des légendes ou des notices, aussi bien qu'aux textes littéraires qui viennent appuyer, sous diverses formes citationnelles, le propos phototextuel. Cette communication présentera une synthèse de la place du littéraire dans les portraits de la France, rôle qui apparaît plus clairement dans les ouvrages ilustrés, lorsque le texte partage le territoire du livre avec les images. Nous traiterons cette question à partir de quatre livres illustrés et d'un magazine publiés en amont et en aval de la Seconde Guerre mondiale: le n°220 de Vu (juin 1932, "France, pays de la mesure"), l'album photographique Aspects de la France de 1938, France édité par Horizons de France en 1940, La France de profil de Paul Strand et Claude Roy (1952) ainsi que La France d'une série éditée par Life en 1960.

Docteur en littérature française (Paris-Sorbonne, 2011), Anne Reverseau est chercheuse post-doctorale à l'Université belge de Leuven (KU Leuven) depuis 2011. Elle travaille sur la poésie moderne, les liens entre écrivains et photographie et l'esthétique documentaire dans la littérature française de 1900 à 1950.
Publications
Le Sens de la vue. Le regard photographique dans la poésie moderne française, PUPS, 2016.
En co-direction: Petit musée d'histoire littéraire (1900-1950), Impressions nouvelles, 2015.
Le numéro 109 de La Licorne, "Littérature et document autour de 1930", PUR, 2014.
Poésie et médias, XXe-XXIe siècle, Nouveau Monde, 2012.
Elle a récemment dirigé un colloque de Cerisy sur "L'écrivain vu par la photographie" (juin 2014) et deux collectifs sur les portraits de villes et de pays illustrés par la photographie (à paraître respectivement en français et en anglais en janvier et en avril 2016 chez Garnier et Leuven University Press).
EXPOSITION :

"Paysages sans qualités"
, photographies de Pauline JURADO BARROSO

Délaissés et ordinaires, les paysages sans qualités correspondent à des sites qui nous sont indifférents et n’ont habituellement pas vocation à être contemplés. N’appartenant ni à la "ville", ni à la "campagne", ils découlent plutôt de l’histoire ou de l’accident. Le plus souvent désaffectés, ces lieux se situent à la frange d’anciennes cités industrielles et sont rarement pris en compte par les politiques d’aménagement. Leur aspect composite et inachevé interpelle l’imagination. Leur avenir reste ouvert.

BIBLIOGRAPHIE :

Jean Adhémar, Les Lithographies de paysages au XIXe siècle, Paris, Somogy, 1997.
Jean-Marc Besse, Le Goût du monde. Exercices de paysage, Arles, Actes Sud, 2009.
Bernard Debarbieux, Martin Vanier (dir.), Ces Territorialités qui se dessinent, Paris, Éditions de l'Aube / DATAR, 2002.
Bruno Foucart (dir.), Adrien Dauzats et les Voyages pittoresques et romantique dans l'ancienne France du baron Taylor, Paris, Fondation Taylor, 1990.
Jean-Marie Goulemot, Paul Lidsky, Didier Masseau, Le Voyage en France. Anthologie des voyageurs français et étrangers en France, aux XIXe et XXe siècles, Paris, Laffont, "Bouquins", 1997.
Alain Guyot, Chantal Massol (dir.), Voyager en France au temps du romantisme. Poétique, esthétique, idéologie, Grenoble, Ellug, 2003.
John B. Jackson, À la découverte du paysage vernaculaire, Arles, Actes Sud, 2003.
Christine Ollier, Paysage Cosa Mentale. Le renouvellement de la notion de paysage à travers la photographie contemporaine, Paris, Éditions Loco, 2013.
John Wylie, Paysage. Manières de voir, Arles, Actes Sud, 2015.
La Mission photographique de la DATAR. Nouvelles perspectives critiques, Paris, La Documentation française, 2014.

Avec le soutien
du CIEREC (
Université de Saint-Étienne),
du CELIS (Université de Clermont-Ferrand)
et du CELLAM (Université de Rennes 2)