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Cerisy-La-Salle : cliquez
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DU JEUDI 31 MAI (19 H) AU JEUDI 7 JUIN (14 H)
2012
LE GÉNIE DE LA MARCHE
POÉTIQUE, SAVOIRS ET POLITIQUE DES CORPS MOBILES
DIRECTION : Georges AMAR, Mireille APEL-MULLER,
Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ
Avec le concours de Frédéric de CONINCK
ARGUMENT :
Le regain d’intérêt pour la marche est notoire dans des pratiques
artistiques actuelles, l’engouement pour les promenades urbaines, les
bénéfices attendus pour la santé ainsi que dans de nouvelles stratégies
métropolitaines. Cependant, que savons-nous de la marche et de ses
effets? Quelles connaissances des corps mobiles nourrissent nos
représentations de la mobilité et des territoires? Tant dans ses
objectifs que ses perspectives, le marcheur est une figure universelle
et multiple: déplacement obligé du paysan, du pauvre, de l’enfant, du
"citadin numérisé" ou action privilégiée du penseur, du randonneur, du
flâneur urbain, la marche co/opère avec les mobilités d’une société qui
a valorisé la vitesse, à toutes les échelles, de l’espace public à
l’espace intime.
Ce colloque fait l’hypothèse d’un "génie de la marche" qui ne demande
qu’à être déployé dans le monde contemporain. Destiné aux chercheurs,
élus et aménageurs, mais aussi aux créateurs ou prescripteurs et à tous
ceux que les ressorts de la marche et ses enjeux interrogent, il
alternera séquences scientifiques ou artistiques, ateliers et
expériences.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 31 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Vendredi 1er juin
« De l’héritage au contemporain » :
l'anthropologie du nouveau
marcheur
Matin:
Jérôme Monnet: session de
découverte du "mouvement pieds nus"
Georges AMAR: Le
génie
de la marche
Ariane WILSON: L'héritage
anthropologique
Frédéric GROS: Philosophies
de la marche
Jérôme
MONNET: Quand les
marcheurs parlent de la marche "entre eux": savoirs d'usages et
intelligence collective
Après-midi:
La
marche, nouveau génie de la ville, table ronde animée par Bruno GOUYETTE (Ville de
Paris/Montreuil), avec Thierry
CICCIONE (STOA, Plan piéton de Strasbourg), Olivier
FRÉROT
(Agence d'urbanisme
de Lyon) et Ricardo
MONTEZUMA
(Fondacion Ciudad Humana, Bogota)
Sonia LAVADINHO: Le nouveau
marcheur
Vernissage de
l'exposition de photographies, avec Grégoire VOPEL
Soirée:
La
marche au cinéma
Marielle
GROS: La figure de marcheur au cinéma: marche et démarche
Samedi 2 juin
« De l'infrastructure à
la chaussure »: les nouveaux
marchés du corps mobile
Matin:
Mireille APEL-MULLER:
Marcher dans la ville en mouvement
Athanassios
TUBIDIS: Le corps: ressource ultime de mobilité
Véronique MICHAUD: Entre
le transport
et
la marche
Jean-Marc
DJIAN & Frédéric CRETINON (Salomon):
Du footware au
corps mobile
Après-midi:
Exercice avec l'équipe Salomon:
Technique de marche, technique de course: la transition vers l'avant du
pied
Eloi
LE
MOUËL: Scénographie
artistique d'espaces publics: déplier et coudre la
ville par la marche
Anne
JARRIGEON: En mouvement les signes. Des corps dans l'espace
public
Eric
LE
BRETON: La marche paysanne
Soirée:
Nommer
des lieux, inventer des chemins, avec Emmanuel FILLOT
Marche dans le paysage normand,
avec Yves SIMON, maire de Cerisy, et les habitants du canton:
présentation et choix d'un nom pour le
chemin parcouru « Le chemin du monde
comme il vient, et d'ailleurs la nuit »
Dimanche 3 juin
La marche, nouveau génie de la ville
Matin:
Figures de marcheurs (équipe Paris
2030), table ronde animée par Sabine
CHARDONNET-DARMAILLACQ (Faire marcher? Le marcheur n'est pas un
piéton), avec Steven
MELEMIS et Julie ROUSSEL
(Marche et confort dans l'espace public parisien)
Après-midi:
Nicolas
TIXIER: Transects
urbains. Pratique in situ /
dispositif de représentation / posture de projet
Gilles
DELALEX: La
rue sans couture
Stéphane
TONNELAT: La liberté à marche forcée
Buffet et soirée: (à
Hauteville-sur-Mer, chez Philippe
KISTER)
Marche
océanique vespérale, « longe-côte », préparée par Catherine
ESPINASSE mais « tombée à l'eau » au dernier moment pour
cause
d'intempéries
Lundi 4 juin
Matin:
DÉTENTE
Après-midi:
Marcher,
concevoir, expérimenter
Sabine
CHARDONNET-DARMAILLACQ: Introduction
Olivier HIRT
& Francesca COZZOLINO:
Désigner la
marche
Travaux de design, animés par
des étudiants de l'ENSCI, avec
des collégiens du collège Anne
Heurgon-Desjardins de Cerisy
Soirée:
Lecture en musique du poème "Je marche" de Guillaume ALLARDI (avec Anastasia
BARAVIERA, Armelle DOUSSET, Karim KASMI) et récit d'un voyage de Karim KASMI
Mardi 5 juin
Sciences des corps mobiles
Matin:
Alain BERTHOZ: Le
cerveau, la marche et l'espace: la mémoire des trajets, son
développement et sa pathologie
Gilles KEMOUN: Déclin
cognitif et vieillissement fonctionnel: la marche est-elle une fonction
cognitive?
Après-midi:
Jean-Paul
LAUMOND: Un robot,
comment ça marche?
Yann MOULIER-BOUTANG: Les
externalités de la marche
Isabelle
GINOT: "Bon pied bon œil", une exploration du rôle du regard
dans la marche: la dé-marche de Moshe Feldenkraïs
Soirée:
Atelier expérimental Feldenkraïs,
animé par Isabelle GINOT
Mercredi 6 juin
« Porter le
monde
avec soi »: poétiques de la marche
Matin:
Hoelle
CORVEST: Marcher sans y voir
Loïc
MAYOUX: La promenade urbaine, entre médiation et
expérimentation
Hendrik STURM: La
co-spatialité: la superposition des territoires révélée par la marche
Après-midi:
Frédéric
de CONINCK:
Bascho, le Haïku et la marche
Chantal
DECKMYN:
Cheminements de pensée
André
CARPENTIER: Flâneries urbaines et géopoétique en territoire
montréalais
Yannick
FRANÇOIS: Marcher, regarder,
faire. La marche comme espace de création
Soirée:
Naoko ABE:
Lire et écrire le mouvement: la cinétographie Laban - de la danse à la
marche
Introduction, initiation et travaux pratiques
Jeudi 7 juin
Clôture du colloque
Matin:
Rapports d'étonnement :
- équipe design (Justine ANDRIEU,
Eleni CHALATI, Jean-François GLEYZE, Emilie LE GULVOUT)
- jeunes chercheurs (Mireille DIESTCHY,
Carole LANOIX, Julie ROUSSEL, Nadja VICTOR) avec Yves WINKIN
Synthèse, avec Georges AMAR, Mireille APEL-MULLER et Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ
Après-midi:
DÉPARTS
Pendant la semaine:
exposition de photos dans l'étable, avec Grégoire VOPEL
RÉSUMÉS :
André CARPENTIER: Flâneries urbaines
et géopoétique en territoire montréalais
Montréal se présente comme une ville de contrastes, avec ses cultures
fondatrices et son architecture bigarrée, ses hivers neigeux et ses 350
kilomètres de pistes cyclables, sa "montagne" et ses trente kilomètres
de réseau piétonnier souterrain, ses grands parcs, ses ruelles... Or,
depuis une douzaine d’années, j’ai abondamment exploré Montréal. Pour
ce faire, j’ai adopté le rythme de la flânerie, qui est une façon
d’habiter la ville, d’y être soi parmi les autres et solidaire des
autres. Ces déambulations flâneuses en territoire urbain ont donné lieu
à la publication d’ouvrages littéraires. Cette présentation témoignera
de mon rapport flâneur à la ville, en
tant qu’écrivain, mais aussi dans une perspective géopoétique, qui vise
à explorer les relations sensibles à la terre. Cette approche
géopoétique a conduit à la mise sur pied d’une activité collective dite
du Retour du flâneur et à la
tenue d’un Atelier du flâneur
montréalais offert aux étudiants de l’Université. Au centre de
cette présentation, il y aura donc Montréal, comme espace de flânerie
urbaine et géopoétique.
André Carpentier est romancier et nouvelliste. Il a publié un
récit de voyage au Tibet, ainsi que deux récits fragmentés résultant
d’années de flâneries, l’un en ruelles montréalaises, Ruelles, jours ouvrables (2005),
l’autre dans les cafés montréalais, Extraits
de cafés (2010). Il flâne actuellement dans les parcs...
André
Carpentier enseigne dans le secteur "création" du Département d’Études
littéraires de l’UQAM. Il est co-fondateur de La Traversée — Atelier québécois de géopoétique,
qui est affiliée à L’Institut international de géopoétique.
Frédéric de CONINCK:
Bascho, le Haïku et la marche
Matsuo Basho, poète japonais du XVIIe siècle qui a donné ses lettres de
noblesse et largement fixé les règles du Haïku est, par ailleurs, connu
pour des journaux de voyage à pied dans différents lieux du Japon. La
pratique du Haïku a, chez lui, précédé la pratique de la marche. Pour
autant on retrouve à travers ces deux pratiques une même attitude: une
réceptivité poétique particulière, au changement de rythme, au détail
dissonant, à la vulnérabilité, à la variabilité. Cette attitude rejoint
certains des points forts de la marche voulue et assumée aujourd’hui:
une manière d’investir différemment l’espace hyperconnecté et
hyperfonctionnel qui est notre quotidien, une posture poétique qui est
une attention aux situations qui tranchent, à l’irrégularité; un
réinvestissement du temps lent et long.
Hoelle CORVEST: Marcher sans y voir
En absence de la vision, la marche installe le corps et toutes les
autres sensorialités en résonnances avec l’environnement. A chaque pas,
la plante des pieds perçoit et analyse non seulement la configuration
topologique du sol, mais immédiatement sa nature avec sa densité le
type et l’état de matière qui le recouvre. A chaque foulée,
l’écolocation indique la morphologie de l’espace proche, l’olfaction
débusque toute effluve particulière, tandis que les flux aériens
glissent tour à tour sur l’épiderme. Les mouvements induits par le
parcours imprime la carte mentale issue de la mémorisation du jeu
tactilo-kinesthésique extéro et proprioceptif. L’écoute est à l’affût
de tous les sons d’origines humaines, animales ou mécaniques : à chaque
lieu, sa signature sonore...
Au-delà de cette imprégnation spatiale et esthétique, la marche sans
contrainte dans un "espace non visuel perceptible", stimule pleinement
la liberté d’être en prise au corps-à-corps avec le milieu...
Chantal DECKMYN:
Cheminements de pensée
Marcher, écrire, les deux ont à voir avec l’empreinte. Pour nousl
marcher est beaucoup plus une expérience poétique ou kinesthésique
qu’aucunement sportive. C’est une épreuve de réalité. Marcher, c’est
aller sur place, user d’une relation tactile et en volume avec le
monde. À l’opposé des études en chambre, des images en deux dimensions
et des idées toutes faites, c’est se laisser surprendre par le monde
dans ce qu’il a de têtu et d’imprévisible, avec ses courants d’airs qui
soufflent depuis le bas des portes du paysage. Les idées ne s’agencent
pas dans l’abstraction, elles germent et poussent dans un sol, des
territoires, sur des frontières, dans la ville. S’en abstraire ne
serait pas se libérer d’une contrainte mais se priver d’un formidable
appui, d’un trésor inépuisable, ce "fond qui manque le moins". L’or
dont le sol est pavé, il suffit de le voir ; et de le chercher pour le
voir.
À "Lire La ville",, notre travail consiste à avoir des idées de formes
et
de "développement" pour des lieux et des personnes dits sans qualités
ou qualification: à faire des projets. À cela près que, pour nous, le
projet n’est pas ailleurs ni plus tard, il est au contraire ce qui
insiste ici depuis longtemps, ce qu’il y a de plus particulier et de
plus constant; c’est ce qui gît, ou luit, depuis toujours dans ce lieu
ou chez cette personne. Cette fantastique valeur accumulée que
constitue une vie, un lieu, toute vie, tout lieu.
Chantal Deckmyn a fait un diplôme d’architecture-urbanisme
(Paris/UP6/1974) sur une
lecture déontologique de l’espace: "Essai
d’autobiographie spatiale: la Timone"). DEA sur les imbrications
espace public/espace privé, forme urbaine/forme sociale (Lyon/Faculté
d’Anthropologie/2000).
30 ans de commandes publiques transdisciplinaires: diagnostics,
programmations et projets, utilisant la méthode littéraire du récit
ainsi qu’une petite machine portative à lire l’espace, et le plus
souvent la déambulation in situ. Création de Lire La Ville 1997
(www.lirelaville.eu).
Chantal Deckmyn, "Une visite à La
Valette" in "Aller par quatre
chemins à La-Valette-du-Var",
via
(http://issuu.com/lirelaville/docs/la_valettedeckmyn) ou La
Valette-du-Var, Service des Affaires culturelles, 2005, p. 76-91.
Chantal Deckmyn, "Une promenade dans
le cœur de la ville", Aubagne, Lire La Ville 2008,
(http://issuu.com/lirelaville/docs/promenade___aubagne).
Chantal Deckmyn, "Récits de ville
avec habitants: les potentiels du territoire",
via
(http://issuu.com/lirelaville/docs/r_citsdevilleavechabitants),
Marseille, Lire la ville, 2011.
Gilles DELALEX: La
rue sans couture
L’aménagement des espaces publics et des rues n’échappe ni aux modes,
ni aux idéologies. Cette contribution propose de montrer comment le
fantasme moderniste d’un espace idéalement continu resurgit dans les
pratiques d’aménagement actuelles, alors que la figure de la rue
semblait avoir été définitivement bannie de l’urbanisme moderne. Elle
montre que la notion de continuité s’est néanmoins modifiée, en gagnant
en réalisme ce qu’elle a perdu en ambition, et que les nombreux
équipements qui visent à parfaire les continuités de la rue, qu’il
s’agisse de dispositifs techniques ou d’interventions plastiques,
créent en réalité de nouvelles ruptures. Cette contribution propose
finalement de soulever le danger de succomber à l’idéologie du continu
et d’occulter les enjeux de seuils et de frontières qui restent
d’actualité, dans un monde globalisé et des contextes urbains qui
connaissent les formes aiguës de fragmentations sociales et spatiales.
Gilles Delalex est architecte, master en urbanisme et docteur
en art. Il enseigne à l'école d'architecture de Paris-Malaquais, et
mène une activité d'architecte au sein de l'agence Muoto qu'il crée en
2003 à Paris. Son activité de recherche touche aux thèmes de
l'infrastructure, de l'idéologie et du mouvement, notamment au sein du
laboratoire LIAT. Il s'est penché sur la question particulière de la
rue et de ses relations au design, lors d'une collaboration avec
l'Institut pour la Ville en Mouvement, sur l'exposition "La rue est à
nous... tous!".
Catherine ESPINASSE: Marche océanique crépusculaire ou longe côte
Il s’agit d’une initiation à une nouvelle discipline intitulée:
longe côte. Sport doux conçu par Thomas Wallyn, en 2005, pour compléter
l’entraînement de rameurs. Cette pratique sportive sera encadrée par
des professionnels de l’association de longe côte d’Hauteville-sur-mer.
Pourquoi une marche océanique? pour diversifier nos expériences de
marche, sortir de l’air ambiant, de son "insoutenable légèreté",
faire l’expérience de pas plus lourds, plus lents, plus fatigants, dans
l’eau... Pourquoi crépusculaire? pour tenir compte des horaires
de marées, mais aussi, par rapport à la beauté et à la singularité de
ce passage du jour à la nuit, particulièrement sur une côte.
Catherine Espinasse, psycho-sociologue,conduit
des recherches sur les mobilités, les
temporalités et les âges de la vie (en particulier le vieillissement)
comme en témoigne sa recherche sur "Le deuil de l'objet voiture chez
les personnes âgées". Sensible à la question du genre, elle est
également l’auteur de « Les femmes pro-voiture » in Avec ou sans
voiture? (Documentation Française, 2001). Elle a codirigé les colloques
de Cerisy, La Nuit en question(s) (Editions de l’Aube, 2005), Lieux et
liens (L’Harmattan, 2012).
Emmanuel FILLOT: Nommer un chemin dans le canton de Cerisy à proximité
du Centre culturel
Né en 1957 à Tours, Emmanuel Fillot vit à Paris.
Présentée
régulièrement en France et à l'étranger, son œuvre propose une poétique
de l'espace. Il a collaboré à la revue Les Cahiers des géopoétique
fondée par le poète KennethWhite.
Publication
Fuir vers le réel, Editions
du Sextant, 2009, préface de Frédéric Jacques Temple.
Yannick
FRANÇOIS: Marcher, regarder,
faire. La marche comme espace de création
Six
heures du matin, au fond d’un torrent entre deux murs de rochers et
d’arbres moussus, le bleu d’encre gagne sur le noir. La brusque chute
de la température, sans provoquer de gelée blanche, couvre la terre de
rosée le temps du passage entre la douceur de la nuit et la chaleur du
jour à venir. Même le bruit du torrent n’est pas apaisant. Je me trouve
à la source d’une antique expérience: l’écoute de la terre. Cet état de
réceptivité provoqué par la terre peut être vécu en
d’autres lieux. A ces moments-là je comprends où plutôt j’appréhende
comment la
puissance de la terre engendra contes et légendes. Cette éternelle
force tellurique fut source de créations, de cultures.
En tant que créateur contemporain c’est à cette source que je puise.
Pour dire le monde, pour parler de son immensité, je ne peux utiliser
que des fragments que je rassemble, assemble, appareille. En réalité je
suis un promeneur, un flâneur et un glaneur. Ramasser des plumes,
squelettes d’oiseaux, posés sur la terre, ils
deviennent des signes, des traces. Pour moi ils deviennent un alphabet,
l’alphabet tellurique. Georges Amar me définit comme un "Créative
Walker".
Olivier FRÉROT: La marche
urbaine dans l'agglomération lyonnaise
Et si l’urbanisme se saisissait de la marche pour concevoir et aménager
autrement la ville? Ce regain d’intérêt pour la marche urbaine et le
mouvement, et plus
largement pour les nouvelles mobilités tissées avec le numérique,
côtoie et recoupe, de façon inattendue, les intérêts contemporains pour
la biodiversité en ville, la transformation du rapport à la nature, le
défi climatique, ainsi que l’attente d’urbanité et son expression
culturelle et artistique.
Ces évolutions sociétales convergent sur l’espace public, et plus
précisément sur la rue. Les
politiques publiques conduites depuis une génération attestent une
reconquête de l’espace public engagée d’abord sur les places, puis
progressivement sur la reconfiguration du réseau de voirie privilégiant
l’espace de circulation des transports collectifs et des deux roues, au
détriment de l’espace dédié à l’automobile. Il s’agit donc de prendre
le contre-pied de ce fonctionnalisme (séparation des fonctions et des
circulations, hiérarchisation du réseau de déplacements) qui a produit
les enclaves et les fractures de la ville, et dont la rareté de
l’espace public disponible montre les limites. Faisons l’hypothèse que
cette transformation de l’espace public prenne
la forme d’un réseau de liens,
pour mettre l’homme mobile au
cœur des mobilités, mêler l’urbanité à l’art, à la culture et aux
présences du vivant. Et il faut de la place ! En dégageant des marges
de manœuvre sur les espaces circulés et le stationnement des voitures.
A Lyon, ces idées de liens urbains
ont commencé à être mises en œuvre sur le projet de reconquête des berges du Rhône réalisé en 2007,
avec la suppression de 1600 places de stationnement, des modes de
déplacements multiples, le contact avec la nature du fleuve, la mise en
scène de la cité, l’attractivité des cafés et restaurants-bateaux,
l’espace de représentation de la ville dans son site.
Olivier Frérot est ingénieur des Ponts & Chaussées, il
dirige l’Agence d’urbanisme de Lyon depuis l’été 2007.
Bibliographie
Le Piéton dans la ville:
l’espace
public partagé, Terrin (J.J.), Editeur: Parenthèses éd.,
09/2011, 279 p.,
"La ville en train de se faire". Cet ouvrage présente
la réflexion menée à l’occasion de deux séminaires organisés en 2010 à
Paris et à Vienne dans le cadre du programme POPSU Europe. Amsterdam,
Copenhague, Lausanne, Londres, Lyon, Paris (75), Vienne (Autriche) –
Espace public, Piéton, Marche à pied, Mobilité, Accessibilité,
Aménagement urbain, Développement durable, Partage de la voirie, Usage,
Stratégie, Urbanisme – Documentation. Ouvrage
O-13725.
Le Piéton : nouvelles
connaissances, nouvelles pratiques et besoins de recherches.
Acte du 2ème colloque francophone de la plate-forme intégratrice COPIE,
novembre 2009, Lyon, Editeur: INRETS, 09/2010, 330 p. – Piéton, Usager
des transports, Marche à pied, Mobilité, Bien-être, Comportement,
Sécurité routière, Accident, Enfant, Déplacement, Accessibilité –
Documentation. Ouvrage O-13816.
Le Piéton considérable : la marche
au cœur des mobilités : 1er phase du séminaire : partage des
connaissances, Amar (G.), Michaud (V.), Bellec (Y.), Segrestin
(B.), Editeur: RATP, 09/2007, 55 p. – Piéton, Mobilité, Modes doux,
Marche à pied, Partage de la voirie, Sécurité routière, Santé,
Déplacement, Mode de transport – Documentation. Ouvrage O-11229.
Isabelle GINOT: "Bon pied bon œil", une exploration du rôle du regard
dans la marche: la dé-marche de Moshe Feldenkraïs
Comparée à la posture des autres mammifères, la posture verticale de
l’être humain est plus dynamique. C’est une construction idéale pour le
mouvement, notamment la marche. Beaucoup des animaux peuvent se
déplacer plus vite que l’homme pour aller dans une direction
particulière. Mais ils n’ont pas, comme l’être humain, la liberté de
bouger autour de l’axe vertical, et de changer d’orientation
rapidement, et avec aisance. Dans cette communication, nous proposerons
d’abord une exploration concrète du lien entre le regard et la marche.
Nous ferons sentir aux participants comment notre regard organise nos
mouvements, induit – et révèle aussi – nos réponses fonctionnelles.
Nous apprendrons à diminuer l’effort afin d’affiner l’appareil
sensoriel, et, en créant des situations habituelles ou inhabituelles
qui requièrent notre adaptation, nous devrons composer, décomposer et
différencier nos montages sensori-moteurs, et prendre conscience du
rôle de notre squelette dans la marche. Cette exploration nous fera
découvrir le génie de la marche humaine, et nous guidera vers un
meilleur ajustement et une économie de mouvement. En même temps que
cette exploration concrète, cette intervention proposera un exposé de
la pensée du Dr. Moshe Feldenkraïs, et de sa "dé-marche".
Marielle GROS: La figure de marcheur au cinéma: marche et démarche
La démarche révèle l'individu, son caractère, sa classe sociale, on
parlera de son "allure"...
La marche, elle, est plus collective: elle parle de la société, explore
le territoire, mais elle peut aussi, par un effet de miroir, révéler
les profondeurs de l'individu lui-même...
De Charlot à Tati, d'Eric Rohmer aux frères Larrieu, des cinéastes ont
mis en scènes des marcheurs.
A travers des extraits de films, se dessine alors une sorte
d'itinéraire poétique de la figure du marcheur au cinéma...
Marielle Gros, après un itinéraire qui a croisé la sociologie
et l'urbanisme, s'est formée à la réalisation documentaire et a
réalisé une trentaine de films sur des sujets de société, notamment la
place des femmes et des jeunes dans le monde rural et urbain, le
développement local, le rôle social de la culture, la fabrique de
l'information... En 2003, a été créée la structure: "Image de Ville"
qui a initié le
festival du même nom sur l'architecture et l'Espace Urbain à
Aix-en-Provence et, en 2006, les Journées du Film sur l'Environnement
dont elle est la directrice artistique. Ces journées croisent films et
interventions sur des sujets d'environnement et de société. Elles
étaient consacrées l'an dernier aux transports sous l'intitulé:
"Circulez!" et le sujet de la marche a, bien sûr, été évoqué.
Ci-joint le lien vers le programme de cette dernière édition:
http://www.imagedeville.org/images/telecharger/jfe11_programme.pdf
Olivier HIRT: Désigner la
marche
Dans le moment de réinvention du monde où nous sommes, face aux limites
des modèles d’action d’autres disciplines ou activités, le design est
souvent un attracteur. Entré au XXe siècle par la forme d’objets "déjà
là", il est mobilisé aujourd’hui comme capacité à faire apparaître,
dans le langage et dans le sensible, des choses ou des mondes qui
n’existent pas encore. A repérer et désigner de nouveaux espaces de
valeur, dans différents champs. On parle notamment de design de
service, design d’innovation sociale, design de situations...
A travers une présentation de projets faits à l’ENSCI – les Ateliers,
et l’animation d’un atelier associant les participants du colloque, il
s’agira d’explorer ce que pourrait être un "design de la marche": quels
espaces nouveaux d’une réinvention de la marche — comme pratique, comme
mode, allant avec celles de la ville et de la mobilité —, l’expérience
d’une démarche de design peut-elle permettre d’ouvrir? Pour les élèves
designers, il s’agira aussi d’appréhender la façon dont
le design peut être acteur de processus collectifs d’invention – de
formes collectives de création de connaissance et réinvention des
choses.
(ENSCI: Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle, Paris)
Anne JARRIGEON: En mouvement les signes. Des corps dans l'espace public
Que met en mouvement le corps en marche dans les espaces publics? Les
corps urbains sont porteurs de rhétoriques silencieuses. Vêtements,
couleur de la peau, gestes, regards ... composent ces véhicules
singuliers dont la ville organise la coprésence, alimentant une
pluralité de pratiques interprétatives qui interdisent de réduire les
parcours piétonniers des sujets citadins à une seule approche
cognitive, éthologique ou même interactionniste. Il s’agira
d’interroger à partir de plusieurs terrains parisiens la manière dont
s’entremêlent la sensorialité et la lisibilité des corps, dans des
formes d’intelligibilité sociale que la marche tout à la fois révèle,
contribue à produire et met à l’épreuve. Les situations d’anonymat
ajoutent à la marche comme modalité performative des identités en jeu
au cours des expériences urbaines un contexte d’intrigue généralisée
invitant à se pencher, par delà le mouvement des corps, sur le
mouvement des signes qui les instituent dans l’espace public.
Anthropologue, photographe et maître de conférences en
Urbanisme au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université
Paris Est) depuis 2009, Anne Jarrigeon s’intéresse aux pratiques et aux
imaginaires liés aux mobilités et aux espaces urbains. Ses approches
mêlent l’ethnographie, l’anthropologie visuelle et la sémiotique de
l’image, du corps et de l’architecture.
Elle est notamment l’auteur de:
"L’ambiance des foules anonymes. Eléments d’anthropologie poétique des
espaces publics parisiens", in Faire
une ambiance. Creating an atmosphère. J.-F. Augoyard (dir). A la
croisée, 2011.
"Des corps piétonniers. L’anonymat ou le jeu des apparences", in Marcher en ville. Faire corps, prendre
corps, donner corps aux ambiances urbaines, Thomas R. (dir.)
Editions des archives contemporaines, 2010.
Jean-Paul LAUMOND: Un robot,
comment ça marche?
La robotique traite du rapport que peut entretenir avec le monde réel
une machine dont les mouvements sont commandés par un ordinateur. Le
robot se distingue ainsi à la fois de l’automate dont les mouvements
sont mécaniquement déterminés, et de l’ordinateur qui manipule des
informations mais ne bouge pas. Les roboticiens ont développé des
modèles et des algorithmes permettant à un robot humanoïde bipède de
marcher, modèles et algorithmes actuellement très éloignés des
principes connus gouvernant la locomotion humaine. Il y a à gagner à
confronter les différentes approches: pour le roboticien en testant de
nouvelles méthodes de contrôle de la marche, pour le neurophysiologiste
en bénéficiant de nouveaux modèles mathématiques pour mieux comprendre
la forme des trajectoires locomotrices humaines.
Jean-Paul Laumond est directeur de recherche au LAAS-CNRS à
Toulouse. Ses travaux portent sur les fondements calculatoires du
mouvement anthropomorphe, chez l'homme et pour les robots humanoïdes.
Il enseigne la robotique à l'ENS. Professeur de mathématique en lycées
au début de sa carrière, il intègre le CNRS en 1985. En 2000 il
contribue à la création de la société Kineo Cam qu'il dirige pendant
deux ans: l'entreprise développe des composants logiciels aujourd'hui
bien implantés dans le secteur du prototypage virtuel pour l'industrie
automobile et l'aéronautique. De retour au LAAS-CNRS, il co-dirige de
2005 à 2008 le laboratoire franco-japonais JRL dédié à la robotique
humanoïde. Il est actuellement le titulaire de la chaire annuelle
Innovation Technologique Liliane Bettencourt au Collège de France.
Eric LE BRETON: La marche paysanne
Certains marchent parce qu’ils n’ont pas de voiture ou pas d’argent
pour y mettre de l’essence; certains marchent parce qu’ils travaillent
dans des endroits et à des heures où il n’y a rien d’autre; certains
marchent parce qu’ils ne comprennent rien du tout à l’organisation des
transport en commun, et parce qu’ils sont mal à l’aise dans l’ambiance
électrique des grandes gares multimodales: ce qui se présente comme
espace de service pour certains est un repoussoir pour d’autres;
certains marchent parce que faire un ou deux kilomètres suffit à
baliser le territoire qu’ils maîtrisent et que, plus loin, ils ne
veulent pas y aller car ils ne connaissent pas; certains marchent car,
à pied, on s’enfuit plus facilement qu’en voiture, qu’en bus et qu’en
métro. Un français sur cinq est contraint à ce type de marche qu’on
dira "paysanne": une marche physiquement fatigante et restrictive,
pratiquée sur des réseaux d’hyper-proximité.
Eric Le Breton est maître de conférence en sociologie à
l'université
Rennes 2.
Il a mené des enquêtes sur les politiques publiques de
transport collectif (L’utilisateur
des transports collectifs usager, client, usager ?,
L’Harmattan, 2002), puis sur les rapports entre la mobilité quotidienne
et l’insertion sociale et professionnelle (Bouger pour s’en sortir, A. Colin,
2005) et sur les pratiques de mobilité des salariés (Domicile-travail, les Carnets de
l’info, 2008). Après un détour du côté des théories urbaines critiques (Pour une critique de la ville, PUR,
2012), il conduit, à Lyon, une enquête sur la lisibilité des villes.
Eloi LE MOUËL: Scénographie
artistique d'espaces publics: déplier et coudre la
ville par la marche
Nous nous appuierons sur un exemple situé (le Festival Photo de Mer
2012, Ville de Vannes, Morbihan) afin de comprendre en quoi la mise en
cohérence d’époques urbaines et de territoires d’expression divers peut
enrichir les logiques patrimoniales "classiques" d’un supplément d’âme
"en train de se faire" (In the doing), pour reprendre un terme cher à
Goffman. Nous tenterons de saisir en quoi la scénographie artistique
des espaces urbains peut être assimilée à un travail de couture
spatiale et expérientielle, donnant sens et corps à une ville déployée
dans ses territoires, ses activités et ses temps. Le génie de la marche
active, suscitée, rythmée, appelée par des espaces urbains prenant la
parole, invitant à des dialogues faits de pauses et de mouvements, de
spectaculaire et d’intime serait l’une des clefs de cette dynamique.
Docteur en sociologie de l’Université de Nanterre (sous la
Direction d’Isaac Joseph puis d’Alain Milon), spécialiste en
sociologie urbaine des interactions, Eloi Le Mouel est chargé
d’affaires dans l’unité
Conception et Identité des Espaces de la RATP auprès de Yo Kaminagai
jusqu’en 2011 et Scénographe Urbain auprès de M. Yvan Sytnik
(Responsable de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de
Vannes) depuis 2012, il axe ses recherches sur les enjeux de la culture
et du design en espaces publics et de transport. Soucieux de nourrir
son expérience professionnelle de son travail de recherche et vice
versa, il intervient en écoles d’urbanisme, d’architecture, de design,
d’action culturelle et artistique et de commerce.
Loïc MAYOUX: La promenade urbaine, entre médiation et expérimentation
La
promenade urbaine, conçue comme une pratique située, collective et
discursive de la marche, a de plus en plus de succès auprès des
différents acteurs de la ville (du grand public aux aménageurs en
passant par les structures culturelles ou la politique de la ville).
Cela s'explique peut-être parce qu'au-delà de son objectif, toujours
essentiel, de pédagogie de la ville et de l'architecture, la promenade
urbaine, nourrie de la richesse des lieux et de celle de ses
participants, est un outil aux nombreux usages: alimenter une démarche
de concertation, nourrir un travail artistique, s'interroger sur les
pratiques et les perceptions de l'espace, ouvrir et décaler le regard
quotidien... En nous appuyant sur l'histoire de l'association Les Promenades Urbaines et d'autres
acteurs de la promenade, des expériences menées depuis trente ans par
Yves Clerget (fondateur de l'association récemment décédé) aux projets
récents, nous examinerons la diversité des usages de la promenade
urbaine, ses vertus heuristiques, et les questionnements sur l'espace
urbain et sa (ses) pratique(s) qu'elle est susceptible de nourrir.
Loïc Mayoux, concepteur de promenades et membre de
l'association Les Promenades Urbaines,
a travaillé pendant plus de deux ans avec Yves Clerget, fondateur de
l'association et responsable de la pédagogie "Ville Architecture
Design" au Centre Pompidou. Pour approfondir ces questions, et
notamment celle du rapport entre l'individu, le groupe et l'espace
public, il a choisi de compléter sa formation par un cursus de
géographie à l’Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis.
Jérôme MONNET: Quand les
marcheurs parlent de la marche "entre eux": savoirs d'usages et
intelligence collective
Une communauté de marcheurs constituée à partir d'un forum internet,
structurée par des rencontres et des "sorties", puis organisée en
association, a été l'objet d'une observation participante pendant une
année. Son modèle de fonctionnement n'est pas celui du club ni même
celui du sport, mais plutôt celui d'un réseau qui articule différentes
dimensions de l'expérience individuelle et collective. Ces marcheurs
engagent leur corps comme ils engagent leur parole, avec une importante
auto-réflexivité et en utilisant le "matos" et le "terrain" comme
médiateurs des conditions relatives de l'expérience. On observe alors
que la marche n'est pas une action isolable ni même une activité
motrice, mais un complexe pratique qui articule le quotidien et
l'extra-ordinaire, la perception sensible et les représentations
discursives, l'intime et l'exotique.
Jérôme Monnet, professeur au Lab'Urba/Institut Français
d'Urbanisme de l'Université Paris-Est (Marne-la-Vallée) mène ses
recherches sur la production sociale de l'espace public.
Il
a notamment publié "Le territoire réticulaire" (Anthropos n°227, Barcelone, 2010);
"Manger sur le pouce dans la métropole contemporaine: dispositifs de
consommation ambulante et ‘snackisation’ du paysage urbain" (Commerce et mobilités, Editions
universitaires de Dijon, 2010); "Le consommateur ambulant: mobilités,
stratégies et services" (coord. avec J. F. Staszak, Espaces et sociétés n°135,
2008); "La rue et la représentation de la ville: iconographie et
lieux communs à Mexico et Los Angeles" (Flux n°66-67, 2006).
Nicolas TIXIER: Transects
urbains. Pratique in situ / dispositif de représentation / posture
de projet
Le transect se présente comme un dispositif se situant entre la coupe
"clinique" et le parcours sensible empruntant à ces deux techniques
pour les hybrider. Le transect se construit par le dessin, la photo, le
texte, la vidéo autant qu’il se pratique in situ. Réhabilitant de fait la
dimension atmosphérique dans les représentations architecturales et
urbaines, rendant possible l’inscription des récits et le débat entre
les disciplines, le transect peut devenir alors un mode d’interrogation
et d’expression de l’espace sensible et des pratiques vécues à
l’articulation entre analyse et conception.
Nicolas Tixier est architecte et docteur en sciences pour
l’ingénieur. Enseignant à l'Ecole nationale supérieure d'architecture
de Grenoble et à l'Ecole Supérieure d'Art de l'Agglomération d'Annecy,
chercheur au laboratoire Cresson (UMR CNRS n°1563), ses travaux
concernent principalement les ambiances architecturales et urbaines. Il
mène parallèlement une activité de projet au sein du collectif
BazarUrbain (lauréat du palmarès des jeunes urbanistes 2007). De 2003 à
2010, il a été chargé de mission scientifique au Bureau de la recherche
architecturale, urbaine et paysagère au Ministère de la Culture. Depuis
2009, il est président de la Cinémathèque de
Grenoble.
Stéphane TONNELAT: La liberté
à marche forcée
Marcher
n'est pas seulement un moyen de transport. Pour des populations
minoritaires en milieu urbain, comme les sans abris, les vendeurs de
rue, ou tout simplement les adolescents, c'est un moyen d'être en ville
sans "prendre place" (Joseph, 1995). D'après Goffman, ne faire que
passer et ne pas prendre place est une façon de rester hors cadre, et
ainsi de ne pas tomber sous le coup des obligations et des jugements
propres à la situation traversée. Ainsi, pour les camelots sénégalais
de
Times Square, ou pour des adolescents dans de nombreux centres
commerciaux, la marche est-elle un moyen de s'adonner au commerce ou, à
l'inverse, de s'y soustraire. Mais la marche n'est pas seulement une
"arme du pauvre" (James Scott, 1985), c'est aussi, pour les mêmes
minorités, une obligation de mobilité qui pèse à la fois sur les jambes
et sur la tête. "Circulez!" est de fait le principal mot d'ordre de la
force publique, notamment pour tous les "indésirables" (Whyte, 1980).
Ne pas pouvoir prendre place est fatiguant. C'est surtout
l'actualisation en acte d'un statut de paria pour tous ces citadins qui
ont de fait perdu leur place en société, pour certains de façon
temporaire, pour d'autres de manière plus durable.
Athanassios TUBIDIS: Le corps:
ressource ultime de mobilité
Avant de concrétiser un tel projet, ... j’ai pensé aux métropoles du
monde avec leurs systèmes complexes de
mobilité, et l’individu comme la force motrice de tout ça; ... tous les
moyens numériques et virtuels qui s’amplifient d’ une
manière exponentiel au service de la ville, et, de l’autre côté, notre
déplacement qui est un acte strictement physique
et matériel.
En fait, il s’agit d’une expérience de 24 heures dans la vie de notre
"héros"
urbain, qui vit dans une ville, comme la plupart d’entre nous, comme
un tiers de la population de la planète. Il vit et se déplace chaque
jour dans les zones congestionnées.
Cependant, à côté d'une population active de jeunes qui se sont
réinventés en
termes de transport urbain. Ayant des moyens très limités, ils se sont
exprimés en s'appuyant sur leur ressource ultime de mobilité: leurs
corps. Depuis trois décennies, ils bougent et dansent avec
leurs rollers, planches à roulettes, trottinettes pliables, vélos, BMX,
à coté des scooters hybrides à 3 roues, ou motos électriques pliables
et ils ont établi une véritable tendance en se déplaçant (tout en
respectant l'environnement).
Freiner, accélérer et braquer rapidement, stop et go, est le nom du jeu
en milieu urbain et la performance perceptive de chaque
véhicule urbain. Autrement dit une participation active et physique au
sens du mouvement (une vraie chorégraphie!). Ces gestes ("geste" comme
un acte à la fois expression corporelle
et prolongement de son être urbain) devient son expression ultime en
milieu métropolitain. ... Oui, j'ai oublié. Le style est une chose
importante pour notre
héros qui veut être vu, il veut être "cool’" Mais... Il aime aussi
l'intimité, ... son casque par exemple, peut lui fournir ça. C’est une
chance
unique de s’isoler pour un moment tout en étant en déplacement. Prendre
une minute avec sa musique favorite et plonger (ininterrompu) dans ses
rêves. (dans son propre environnement).
Il est très loin des épopées d'autoroute avec des performances
fulgurantes mais il est beaucoup plus en phase avec une vraie
accélération sensationnelle sur une distance très courte, presque
explosive (... donnée par deux moteurs électriques, etc.). Il peut
bouger vite, virer rapidement accélérer, arrêter et redémarrer,
se garer contre le trottoir tout en étant silencieux et respectueux de
l’environnement. Nous vivons actuellement une saga de transports
urbains
personnalisés...
Avec le soutien
de l'Institut pour la
Ville en Mouvement
de la Ville de Paris
et de l'Ecole National Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais
(Laboratoire ACS - Architecture, Culture, Société XIXe-XXIe siècles -
CNRS FRE 3221)
Laboratoire ACS
Architecture, Culture, Société XIXe-XXIe siècles
CNRS FRE 3221