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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2012 : un des colloques







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LE GÉNIE DE LA MARCHE

POÉTIQUE, SAVOIRS ET POLITIQUE DES CORPS MOBILES


DU JEUDI 31 MAI (19 H) AU JEUDI 7 JUIN (14 H) 2012

DIRECTION :
Georges AMAR, Mireille APEL-MULLER, Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ

Avec le concours de Frédéric de CONINCK

ARGUMENT :

Le regain d’intérêt pour la marche est notoire dans des pratiques artistiques actuelles, l’engouement pour les promenades urbaines, les bénéfices attendus pour la santé ainsi que dans de nouvelles stratégies métropolitaines. Cependant, que savons-nous de la marche et de ses effets? Quelles connaissances des corps mobiles nourrissent nos représentations de la mobilité et des territoires? Tant dans ses objectifs que ses perspectives, le marcheur est une figure universelle et multiple: déplacement obligé du paysan, du pauvre, de l’enfant, du "citadin numérisé" ou action privilégiée du penseur, du randonneur, du flâneur urbain, la marche co/opère avec les mobilités d’une société qui a valorisé la vitesse, à toutes les échelles, de l’espace public à l’espace intime.

Ce colloque fait l’hypothèse d’un "génie de la marche" qui ne demande qu’à être déployé dans le monde contemporain. Destiné aux chercheurs, élus et aménageurs, mais aussi aux créateurs ou prescripteurs et à tous ceux que les ressorts de la marche et ses enjeux interrogent, il alternera séquences scientifiques ou artistiques, ateliers et expériences.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 31 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 1er juin
"De l’héritage au contemporain": l'anthropologie du nouveau marcheur
Matin:
Jérôme Monnet: session de découverte du "mouvement pieds nus"
Georges AMAR: Le génie de la marche
Ariane WILSON: L'héritage anthropologique
Frédéric GROS: Philosophies de la marche
Jérôme MONNET: Quand les marcheurs parlent de la marche "entre eux": savoirs d'usages et intelligence collective

Après-midi:
La marche, nouveau génie de la ville, table ronde animée par Bruno GOUYETTE (Ville de Paris/Montreuil), avec Thierry CICCIONE (STOA, Plan piéton de Strasbourg), Olivier FRÉROT (Agence d'urbanisme de Lyon) et Ricardo MONTEZUMA (Fondacion Ciudad Humana, Bogota)

Sonia LAVADINHO: Le nouveau marcheur

Vernissage de l'exposition de photographies, avec Grégoire VOPEL

Soirée:
La marche au cinéma
Marielle GROS: La figure de marcheur au cinéma: marche et démarche


Samedi 2 juin
"De l'infrastructure à la chaussure": les nouveaux marchés du corps mobile
Matin:
Mireille APEL-MULLER: Marcher dans la ville en mouvement
Athanassios TUBIDIS: Le corps: ressource ultime de mobilité
Véronique MICHAUD: Entre le transport et la marche
Jean-Marc DJIAN & Frédéric CRETINON (Salomon): Du footware au corps mobile

Après-midi:
Exercice avec l'équipe Salomon: Technique de marche, technique de course: la transition vers l'avant du pied

Eloi LE MOUËL: Scénographie artistique d'espaces publics: déplier et coudre la ville par la marche
Anne JARRIGEON: En mouvement les signes. Des corps dans l'espace public
Eric LE BRETON: La marche paysanne

Soirée:
Nommer des lieux, inventer des chemins, avec Emmanuel FILLOT
Marche dans le paysage normand, avec Yves SIMON, maire de Cerisy, et les habitants du canton: présentation et choix d'un nom pour le chemin parcouru "Le chemin du monde comme il vient, et d'ailleurs la nuit"


Dimanche 3 juin
La marche, nouveau génie de la ville
Matin:
Figures de marcheurs (équipe Paris 2030), table ronde animée par Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ (Faire marcher? Le marcheur n'est pas un piéton), avec Steven MELEMIS et Julie ROUSSEL (Marche et confort dans l'espace public parisien)

Après-midi:
Nicolas TIXIER: Transects urbains. Pratique in situ / dispositif de représentation / posture de projet
Gilles DELALEX: La rue sans couture
Stéphane TONNELAT: La liberté à marche forcée

Buffet et soirée: (à Hauteville-sur-Mer, chez Philippe KISTER)
Marche océanique vespérale, "longe-côte", préparée par Catherine ESPINASSE mais "tombée à l'eau" au dernier moment pour cause d'intempéries


Lundi 4 juin
Matin:
DÉTENTE

Après-midi:
Marcher, concevoir, expérimenter
Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ: Introduction
Olivier HIRT & Francesca COZZOLINO: Désigner la marche
Travaux de design, animés par des étudiants de l'ENSCI, avec des collégiens du collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy

Soirée:
Lecture en musique du poème "Je marche" de Guillaume ALLARDI (avec Anastasia BARAVIERA, Armelle DOUSSET, Karim KASMI) et récit d'un voyage de Karim KASMI


Mardi 5 juin
Sciences des corps mobiles
Matin:
Alain BERTHOZ: Le cerveau, la marche et l'espace: la mémoire des trajets, son développement et sa pathologie
Gilles KEMOUN: Déclin cognitif et vieillissement fonctionnel: la marche est-elle une fonction cognitive?

Après-midi:
Jean-Paul LAUMOND: Un robot, comment ça marche?
Yann MOULIER-BOUTANG: Les externalités de la marche
Isabelle GINOT: "Bon pied bon œil", une exploration du rôle du regard dans la marche: la dé-marche de Moshe Feldenkraïs

Soirée:
Atelier expérimental Feldenkraïs, animé par Isabelle GINOT


Mercredi 6 juin
"Porter le monde avec soi": poétiques de la marche
Matin:
Hoelle CORVEST: Marcher sans y voir
Loïc MAYOUX: La promenade urbaine, entre médiation et expérimentation
Hendrik STURM: La co-spatialité: la superposition des territoires révélée par la marche

Après-midi:
Frédéric de CONINCK: Bascho, le Haïku et la marche
Chantal DECKMYN: Cheminements de pensée
André CARPENTIER: Flâneries urbaines et géopoétique en territoire montréalais
Yannick FRANÇOIS: Marcher, regarder, faire. La marche comme espace de création

Soirée:
Naoko ABE: Lire et écrire le mouvement: la cinétographie Laban - de la danse à la marche
Introduction, initiation et travaux pratiques


Jeudi 7 juin
Clôture du colloque
Matin:
Rapports d'étonnement :
- équipe design (Justine ANDRIEU, Eleni CHALATI, Jean-François GLEYZE, Emilie LE GULVOUT)
- jeunes chercheurs (Mireille DIESTCHY, Carole LANOIX, Julie ROUSSEL, Nadja VICTOR) avec Yves WINKIN

Georges AMAR, Mireille APEL-MULLER et Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ: Synthèse du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

Pendant la semaine: exposition de photos dans l'étable, avec Grégoire VOPEL

RÉSUMÉS :

André CARPENTIER: Flâneries urbaines et géopoétique en territoire montréalais
Montréal se présente comme une ville de contrastes, avec ses cultures fondatrices et son architecture bigarrée, ses hivers neigeux et ses 350 kilomètres de pistes cyclables, sa "montagne" et ses trente kilomètres de réseau piétonnier souterrain, ses grands parcs, ses ruelles... Or, depuis une douzaine d’années, j’ai abondamment exploré Montréal. Pour ce faire, j’ai adopté le rythme de la flânerie, qui est une façon d’habiter la ville, d’y être soi parmi les autres et solidaire des autres. Ces déambulations flâneuses en territoire urbain ont donné lieu à la publication d’ouvrages littéraires. Cette présentation témoignera de mon rapport flâneur à la ville, en tant qu’écrivain, mais aussi dans une perspective géopoétique, qui vise à explorer les relations sensibles à la terre. Cette approche géopoétique a conduit à la mise sur pied d’une activité collective dite du Retour du flâneur et à la tenue d’un Atelier du flâneur montréalais offert aux étudiants de l’Université. Au centre de cette présentation, il y aura donc Montréal, comme espace de flânerie urbaine et géopoétique.

André Carpentier est romancier et nouvelliste. Il a publié un récit de voyage au Tibet, ainsi que deux récits fragmentés résultant d’années de flâneries, l’un en ruelles montréalaises, Ruelles, jours ouvrables (2005), l’autre dans les cafés montréalais, Extraits de cafés (2010). Il flâne actuellement dans les parcs...
André Carpentier enseigne dans le secteur "création" du Département d’Études littéraires de l’UQAM. Il est co-fondateur de La Traversée - Atelier québécois de géopoétique, qui est affiliée à L’Institut international de géopoétique.


Frédéric de CONINCK: Bascho, le Haïku et la marche
Matsuo Basho, poète japonais du XVIIe siècle qui a donné ses lettres de noblesse et largement fixé les règles du Haïku est, par ailleurs, connu pour des journaux de voyage à pied dans différents lieux du Japon. La pratique du Haïku a, chez lui, précédé la pratique de la marche. Pour autant on retrouve à travers ces deux pratiques une même attitude: une réceptivité poétique particulière, au changement de rythme, au détail dissonant, à la vulnérabilité, à la variabilité. Cette attitude rejoint certains des points forts de la marche voulue et assumée aujourd’hui: une manière d’investir différemment l’espace hyperconnecté et hyperfonctionnel qui est notre quotidien, une posture poétique qui est une attention aux situations qui tranchent, à l’irrégularité; un réinvestissement du temps lent et long.

Hoelle CORVEST: Marcher sans y voir
En absence de la vision, la marche installe le corps et toutes les autres sensorialités en résonnances avec l’environnement. A chaque pas, la plante des pieds perçoit et analyse non seulement la configuration topologique du sol, mais immédiatement sa nature avec sa densité le type et l’état de matière qui le recouvre. A chaque foulée, l’écolocation indique la morphologie de l’espace proche, l’olfaction débusque toute effluve particulière, tandis que les flux aériens glissent tour à tour sur l’épiderme. Les mouvements induits par le parcours imprime la carte mentale issue de la mémorisation du jeu tactilo-kinesthésique extéro et proprioceptif. L’écoute est à l’affût de tous les sons d’origines humaines, animales ou mécaniques: à chaque lieu, sa signature sonore...
Au-delà de cette imprégnation spatiale et esthétique, la marche sans contrainte dans un "espace non visuel perceptible", stimule pleinement la liberté d’être en prise au corps-à-corps avec le milieu...

Chantal DECKMYN: Cheminements de pensée
Marcher, écrire, les deux ont à voir avec l’empreinte. Pour nousl marcher est beaucoup plus une expérience poétique ou kinesthésique qu’aucunement sportive. C’est une épreuve de réalité. Marcher, c’est aller sur place, user d’une relation tactile et en volume avec le monde. À l’opposé des études en chambre, des images en deux dimensions et des idées toutes faites, c’est se laisser surprendre par le monde dans ce qu’il a de têtu et d’imprévisible, avec ses courants d’airs qui soufflent depuis le bas des portes du paysage. Les idées ne s’agencent pas dans l’abstraction, elles germent et poussent dans un sol, des territoires, sur des frontières, dans la ville. S’en abstraire ne serait pas se libérer d’une contrainte mais se priver d’un formidable appui, d’un trésor inépuisable, ce "fond qui manque le moins". L’or dont le sol est pavé, il suffit de le voir ; et de le chercher pour le voir.
À "Lire La ville",, notre travail consiste à avoir des idées de formes et de "développement" pour des lieux et des personnes dits sans qualités ou qualification: à faire des projets. À cela près que, pour nous, le projet n’est pas ailleurs ni plus tard, il est au contraire ce qui insiste ici depuis longtemps, ce qu’il y a de plus particulier et de plus constant; c’est ce qui gît, ou luit, depuis toujours dans ce lieu ou chez cette personne. Cette fantastique valeur accumulée que constitue une vie, un lieu, toute vie, tout lieu.

Chantal Deckmyn a fait un diplôme d’architecture-urbanisme (Paris/UP6/1974) sur une lecture déontologique de l’espace: "Essai d’autobiographie spatiale: la Timone"). DEA sur les imbrications espace public/espace privé, forme urbaine/forme sociale (Lyon, Faculté d’Anthropologie, 2000).
30 ans de commandes publiques transdisciplinaires: diagnostics, programmations et projets, utilisant la méthode littéraire du récit ainsi qu’une petite machine portative à lire l’espace, et le plus souvent la déambulation in situ. Création de Lire La Ville en 1997 (www.lirelaville.eu).
Chantal Deckmyn, "Une visite à La Valette" in "Aller par quatre chemins à La-Valette-du-Var", via (http://issuu.com/lirelaville/docs/la_valettedeckmyn) ou La Valette-du-Var, Service des Affaires culturelles, 2005, p. 76-91.
Chantal Deckmyn, "Une promenade dans le cœur de la ville", Aubagne, Lire La Ville, 2008 (http://issuu.com/lirelaville/docs/promenade___aubagne).
Chantal Deckmyn, "Récits de ville avec habitants: les potentiels du territoire", via (http://issuu.com/lirelaville/docs/r_citsdevilleavechabitants), Marseille, Lire la ville, 2011.


Gilles DELALEX: La rue sans couture
L’aménagement des espaces publics et des rues n’échappe ni aux modes, ni aux idéologies. Cette contribution propose de montrer comment le fantasme moderniste d’un espace idéalement continu resurgit dans les pratiques d’aménagement actuelles, alors que la figure de la rue semblait avoir été définitivement bannie de l’urbanisme moderne. Elle montre que la notion de continuité s’est néanmoins modifiée, en gagnant en réalisme ce qu’elle a perdu en ambition, et que les nombreux équipements qui visent à parfaire les continuités de la rue, qu’il s’agisse de dispositifs techniques ou d’interventions plastiques, créent en réalité de nouvelles ruptures. Cette contribution propose finalement de soulever le danger de succomber à l’idéologie du continu et d’occulter les enjeux de seuils et de frontières qui restent d’actualité, dans un monde globalisé et des contextes urbains qui connaissent les formes aiguës de fragmentations sociales et spatiales.

Gilles Delalex est architecte, master en urbanisme et docteur en art. Il enseigne à l'école d'architecture de Paris-Malaquais, et mène une activité d'architecte au sein de l'agence Muoto qu'il crée en 2003 à Paris. Son activité de recherche touche aux thèmes de l'infrastructure, de l'idéologie et du mouvement, notamment au sein du laboratoire LIAT. Il s'est penché sur la question particulière de la rue et de ses relations au design, lors d'une collaboration avec l'Institut pour la Ville en Mouvement, sur l'exposition "La rue est à nous... tous!".

Catherine ESPINASSE: Marche océanique crépusculaire ou longe côte
Il s’agit d’une initiation à une nouvelle discipline intitulée: longe côte. Sport doux conçu par Thomas Wallyn, en 2005, pour compléter l’entraînement de rameurs. Cette pratique sportive sera encadrée par des professionnels de l’association de longe côte d’Hauteville-sur-mer.
Pourquoi une marche océanique? pour diversifier nos expériences de marche, sortir de l’air ambiant, de son "insoutenable légèreté", faire l’expérience de pas plus lourds, plus lents, plus fatigants, dans l’eau... Pourquoi crépusculaire? pour tenir compte des horaires de marées, mais aussi, par rapport à la beauté et à la singularité de ce passage du jour à la nuit, particulièrement sur une côte.

Catherine Espinasse, psycho-sociologue, conduit des recherches sur les mobilités, les temporalités et les âges de la vie (en particulier le vieillissement) comme en témoigne sa recherche sur "Le deuil de l'objet voiture chez les personnes âgées". Sensible à la question du genre, elle est également l’auteur de "Les femmes pro-voiture" in Avec ou sans voiture? (Documentation Française, 2001). Elle a codirigé les colloques de Cerisy, La Nuit en question(s) (Editions de l’Aube, 2005) et Lieux et liens (L’Harmattan, 2012).

Emmanuel FILLOT
Né en 1957 à Tours, Emmanuel Fillot vit à Paris. Présentée régulièrement en France et à l'étranger, son œuvre propose une poétique de l'espace. Il a collaboré à la revue Les Cahiers des géopoétique fondée par le poète KennethWhite.
Publication
Fuir vers le réel, Editions du Sextant, 2009, préface de Frédéric Jacques Temple.


Yannick FRANÇOIS: Marcher, regarder, faire. La marche comme espace de création
Six heures du matin, au fond d’un torrent entre deux murs de rochers et d’arbres moussus, le bleu d’encre gagne sur le noir. La brusque chute de la température, sans provoquer de gelée blanche, couvre la terre de rosée le temps du passage entre la douceur de la nuit et la chaleur du jour à venir. Même le bruit du torrent n’est pas apaisant. Je me trouve à la source d’une antique expérience: l’écoute de la terre. Cet état de réceptivité provoqué par la terre peut être vécu en d’autres lieux. A ces moments-là je comprends où plutôt j’appréhende comment la puissance de la terre engendra contes et légendes. Cette éternelle force tellurique fut source de créations, de cultures. En tant que créateur contemporain c’est à cette source que je puise. Pour dire le monde, pour parler de son immensité, je ne peux utiliser que des fragments que je rassemble, assemble, appareille. En réalité je suis un promeneur, un flâneur et un glaneur. Ramasser des plumes, squelettes d’oiseaux, posés sur la terre, ils deviennent des signes, des traces. Pour moi ils deviennent un alphabet, l’alphabet tellurique. Georges Amar me définit comme un "Créative Walker".

Olivier FRÉROT: La marche urbaine dans l'agglomération lyonnaise
Et si l’urbanisme se saisissait de la marche pour concevoir et aménager autrement la ville? Ce regain d’intérêt pour la marche urbaine et le mouvement, et plus largement pour les nouvelles mobilités tissées avec le numérique, côtoie et recoupe, de façon inattendue, les intérêts contemporains pour la biodiversité en ville, la transformation du rapport à la nature, le défi climatique, ainsi que l’attente d’urbanité et son expression culturelle et artistique.
Ces évolutions sociétales convergent sur l’espace public, et plus précisément sur la rue. Les politiques publiques conduites depuis une génération attestent une reconquête de l’espace public engagée d’abord sur les places, puis progressivement sur la reconfiguration du réseau de voirie privilégiant l’espace de circulation des transports collectifs et des deux roues, au détriment de l’espace dédié à l’automobile. Il s’agit donc de prendre le contre-pied de ce fonctionnalisme (séparation des fonctions et des circulations, hiérarchisation du réseau de déplacements) qui a produit les enclaves et les fractures de la ville, et dont la rareté de l’espace public disponible montre les limites. Faisons l’hypothèse que cette transformation de l’espace public prenne la forme d’un réseau de liens, pour mettre l’homme mobile au cœur des mobilités, mêler l’urbanité à l’art, à la culture et aux présences du vivant. Et il faut de la place ! En dégageant des marges de manœuvre sur les espaces circulés et le stationnement des voitures. A Lyon, ces idées de liens urbains ont commencé à être mises en œuvre sur le projet de reconquête des berges du Rhône réalisé en 2007, avec la suppression de 1600 places de stationnement, des modes de déplacements multiples, le contact avec la nature du fleuve, la mise en scène de la cité, l’attractivité des cafés et restaurants-bateaux, l’espace de représentation de la ville dans son site.

Olivier Frérot est ingénieur des Ponts & Chaussées, il dirige l’Agence d’urbanisme de Lyon depuis l’été 2007.
Bibliographie
Le Piéton dans la ville: l’espace public partagé, Terrin (J.J.), Editeur: Parenthèses éd., 09/2011, 279 p., "La ville en train de se faire". Cet ouvrage présente la réflexion menée à l’occasion de deux séminaires organisés en 2010 à Paris et à Vienne dans le cadre du programme POPSU Europe. Amsterdam, Copenhague, Lausanne, Londres, Lyon, Paris (75), Vienne (Autriche) - Espace public, Piéton, Marche à pied, Mobilité, Accessibilité, Aménagement urbain, Développement durable, Partage de la voirie, Usage, Stratégie, Urbanisme - Documentation. Ouvrage O-13725.
Le Piéton: nouvelles connaissances, nouvelles pratiques et besoins de recherches. Acte du 2ème colloque francophone de la plate-forme intégratrice COPIE, novembre 2009, Lyon, Editeur: INRETS, 09/2010, 330 p. - Piéton, Usager des transports, Marche à pied, Mobilité, Bien-être, Comportement, Sécurité routière, Accident, Enfant, Déplacement, Accessibilité - Documentation. Ouvrage O-13816.
Le Piéton considérable: la marche au cœur des mobilités: 1er phase du séminaire: partage des connaissances, Amar (G.), Michaud (V.), Bellec (Y.), Segrestin (B.), Editeur: RATP, 09/2007, 55 p. - Piéton, Mobilité, Modes doux, Marche à pied, Partage de la voirie, Sécurité routière, Santé, Déplacement, Mode de transport - Documentation. Ouvrage O-11229.


Isabelle GINOT: "Bon pied bon œil", une exploration du rôle du regard dans la marche: la dé-marche de Moshe Feldenkraïs
Comparée à la posture des autres mammifères, la posture verticale de l’être humain est plus dynamique. C’est une construction idéale pour le mouvement, notamment la marche. Beaucoup des animaux peuvent se déplacer plus vite que l’homme pour aller dans une direction particulière. Mais ils n’ont pas, comme l’être humain, la liberté de bouger autour de l’axe vertical, et de changer d’orientation rapidement, et avec aisance. Dans cette communication, nous proposerons d’abord une exploration concrète du lien entre le regard et la marche. Nous ferons sentir aux participants comment notre regard organise nos mouvements, induit - et révèle aussi - nos réponses fonctionnelles. Nous apprendrons à diminuer l’effort afin d’affiner l’appareil sensoriel, et, en créant des situations habituelles ou inhabituelles qui requièrent notre adaptation, nous devrons composer, décomposer et différencier nos montages sensori-moteurs, et prendre conscience du rôle de notre squelette dans la marche. Cette exploration nous fera découvrir le génie de la marche humaine, et nous guidera vers un meilleur ajustement et une économie de mouvement. En même temps que cette exploration concrète, cette intervention proposera un exposé de la pensée du Dr. Moshe Feldenkraïs, et de sa "dé-marche".

Marielle GROS: La figure de marcheur au cinéma: marche et démarche
La démarche révèle l'individu, son caractère, sa classe sociale, on parlera de son "allure"...
La marche, elle, est plus collective: elle parle de la société, explore le territoire, mais elle peut aussi, par un effet de miroir, révéler les profondeurs de l'individu lui-même...
De Charlot à Tati, d'Eric Rohmer aux frères Larrieu, des cinéastes ont mis en scènes des marcheurs.
A travers des extraits de films, se dessine alors une sorte d'itinéraire poétique de la figure du marcheur au cinéma...

Marielle Gros, après un itinéraire qui a croisé la sociologie et l'urbanisme, s'est formée à la réalisation documentaire et a réalisé une trentaine de films sur des sujets de société, notamment la place des femmes et des jeunes dans le monde rural et urbain, le développement local, le rôle social de la culture, la fabrique de l'information... En 2003, a été créée la structure: "Image de Ville" qui a initié le festival du même nom sur l'architecture et l'Espace Urbain à Aix-en-Provence et, en 2006, les Journées du Film sur l'Environnement dont elle est la directrice artistique. Ces journées croisent films et interventions sur des sujets d'environnement et de société. Elles étaient consacrées l'an dernier aux transports sous l'intitulé: "Circulez!" et le sujet de la marche a, bien sûr, été évoqué. Ci-joint le lien vers le programme de cette dernière édition: http://www.imagedeville.org/images/telecharger/jfe11_programme.pdf

Olivier HIRT: Désigner la marche
Dans le moment de réinvention du monde où nous sommes, face aux limites des modèles d’action d’autres disciplines ou activités, le design est souvent un attracteur. Entré au XXe siècle par la forme d’objets "déjà là", il est mobilisé aujourd’hui comme capacité à faire apparaître, dans le langage et dans le sensible, des choses ou des mondes qui n’existent pas encore. A repérer et désigner de nouveaux espaces de valeur, dans différents champs. On parle notamment de design de service, design d’innovation sociale, design de situations...
A travers une présentation de projets faits à l’ENSCI (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle, Paris) - les Ateliers, et l’animation d’un atelier associant les participants du colloque, il s’agira d’explorer ce que pourrait être un "design de la marche": quels espaces nouveaux d’une réinvention de la marche - comme pratique, comme mode, allant avec celles de la ville et de la mobilité -, l’expérience d’une démarche de design peut-elle permettre d’ouvrir? Pour les élèves designers, il s’agira aussi d’appréhender la façon dont le design peut être acteur de processus collectifs d’invention - de formes collectives de création de connaissance et réinvention des choses.

Anne JARRIGEON: En mouvement les signes. Des corps dans l'espace public
Que met en mouvement le corps en marche dans les espaces publics? Les corps urbains sont porteurs de rhétoriques silencieuses. Vêtements, couleur de la peau, gestes, regards... composent ces véhicules singuliers dont la ville organise la coprésence, alimentant une pluralité de pratiques interprétatives qui interdisent de réduire les parcours piétonniers des sujets citadins à une seule approche cognitive, éthologique ou même interactionniste. Il s’agira d’interroger à partir de plusieurs terrains parisiens la manière dont s’entremêlent la sensorialité et la lisibilité des corps, dans des formes d’intelligibilité sociale que la marche tout à la fois révèle, contribue à produire et met à l’épreuve. Les situations d’anonymat ajoutent à la marche comme modalité performative des identités en jeu au cours des expériences urbaines un contexte d’intrigue généralisée invitant à se pencher, par delà le mouvement des corps, sur le mouvement des signes qui les instituent dans l’espace public.

Anthropologue, photographe et maître de conférences en Urbanisme au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Paris Est) depuis 2009, Anne Jarrigeon s’intéresse aux pratiques et aux imaginaires liés aux mobilités et aux espaces urbains. Ses approches mêlent l’ethnographie, l’anthropologie visuelle et la sémiotique de l’image, du corps et de l’architecture.
Publications
"L’ambiance des foules anonymes. Eléments d’anthropologie poétique des espaces publics parisiens", in Faire une ambiance. Creating an atmosphère. J.-F. Augoyard (dir.), A la croisée, 2011.
"Des corps piétonniers. L’anonymat ou le jeu des apparences", in Marcher en ville. Faire corps, prendre corps, donner corps aux ambiances urbaines, Thomas R. (dir.), Editions des archives contemporaines, 2010.


Jean-Paul LAUMOND: Un robot, comment ça marche?
La robotique traite du rapport que peut entretenir avec le monde réel une machine dont les mouvements sont commandés par un ordinateur. Le robot se distingue ainsi à la fois de l’automate dont les mouvements sont mécaniquement déterminés, et de l’ordinateur qui manipule des informations mais ne bouge pas. Les roboticiens ont développé des modèles et des algorithmes permettant à un robot humanoïde bipède de marcher, modèles et algorithmes actuellement très éloignés des principes connus gouvernant la locomotion humaine. Il y a à gagner à confronter les différentes approches: pour le roboticien en testant de nouvelles méthodes de contrôle de la marche, pour le neurophysiologiste en bénéficiant de nouveaux modèles mathématiques pour mieux comprendre la forme des trajectoires locomotrices humaines.

Jean-Paul Laumond est directeur de recherche au LAAS-CNRS à Toulouse. Ses travaux portent sur les fondements calculatoires du mouvement anthropomorphe, chez l'homme et pour les robots humanoïdes. Il enseigne la robotique à l'ENS. Professeur de mathématique en lycées au début de sa carrière, il intègre le CNRS en 1985. En 2000 il contribue à la création de la société Kineo Cam qu'il dirige pendant deux ans: l'entreprise développe des composants logiciels aujourd'hui bien implantés dans le secteur du prototypage virtuel pour l'industrie automobile et l'aéronautique. De retour au LAAS-CNRS, il co-dirige de 2005 à 2008 le laboratoire franco-japonais JRL dédié à la robotique humanoïde. Il est actuellement le titulaire de la chaire annuelle Innovation Technologique Liliane Bettencourt au Collège de France.

Eric LE BRETON: La marche paysanne
Certains marchent parce qu’ils n’ont pas de voiture ou pas d’argent pour y mettre de l’essence; certains marchent parce qu’ils travaillent dans des endroits et à des heures où il n’y a rien d’autre; certains marchent parce qu’ils ne comprennent rien du tout à l’organisation des transport en commun, et parce qu’ils sont mal à l’aise dans l’ambiance électrique des grandes gares multimodales: ce qui se présente comme espace de service pour certains est un repoussoir pour d’autres; certains marchent parce que faire un ou deux kilomètres suffit à baliser le territoire qu’ils maîtrisent et que, plus loin, ils ne veulent pas y aller car ils ne connaissent pas; certains marchent car, à pied, on s’enfuit plus facilement qu’en voiture, qu’en bus et qu’en métro. Un français sur cinq est contraint à ce type de marche qu’on dira "paysanne": une marche physiquement fatigante et restrictive, pratiquée sur des réseaux d’hyper-proximité.

Eric Le Breton est maître de conférence en sociologie à l'Université Rennes 2.
Il a mené des enquêtes sur les politiques publiques de transport collectif (L’utilisateur des transports collectifs  usager, client, usager?, L’Harmattan, 2002), puis sur les rapports entre la mobilité quotidienne et l’insertion sociale et professionnelle (Bouger pour s’en sortir, A. Colin, 2005) et sur les pratiques de mobilité des salariés (Domicile-travail, les Carnets de l’info, 2008). Après un détour du côté des théories urbaines critiques (Pour une critique de la ville, PUR, 2012), il conduit, à Lyon, une enquête sur la lisibilité des villes.


Eloi LE MOUËL: Scénographie artistique d'espaces publics: déplier et coudre la ville par la marche
Nous nous appuierons sur un exemple situé (le Festival Photo de Mer 2012, Ville de Vannes, Morbihan) afin de comprendre en quoi la mise en cohérence d’époques urbaines et de territoires d’expression divers peut enrichir les logiques patrimoniales "classiques" d’un supplément d’âme "en train de se faire" (In the doing), pour reprendre un terme cher à Goffman. Nous tenterons de saisir en quoi la scénographie artistique des espaces urbains peut être assimilée à un travail de couture spatiale et expérientielle, donnant sens et corps à une ville déployée dans ses territoires, ses activités et ses temps. Le génie de la marche active, suscitée, rythmée, appelée par des espaces urbains prenant la parole, invitant à des dialogues faits de pauses et de mouvements, de spectaculaire et d’intime serait l’une des clefs de cette dynamique.

Docteur en sociologie de l’Université de Nanterre (sous la Direction d’Isaac Joseph puis d’Alain Milon), spécialiste en sociologie urbaine des interactions, Eloi Le Mouel est chargé d’affaires dans l’unité Conception et Identité des Espaces de la RATP auprès de Yo Kaminagai jusqu’en 2011 et Scénographe Urbain auprès de M. Yvan Sytnik (Responsable de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Vannes) depuis 2012, il axe ses recherches sur les enjeux de la culture et du design en espaces publics et de transport. Soucieux de nourrir son expérience professionnelle de son travail de recherche et vice versa, il intervient en écoles d’urbanisme, d’architecture, de design, d’action culturelle et artistique et de commerce.

Loïc MAYOUX: La promenade urbaine, entre médiation et expérimentation
La promenade urbaine, conçue comme une pratique située, collective et discursive de la marche, a de plus en plus de succès auprès des différents acteurs de la ville (du grand public aux aménageurs en passant par les structures culturelles ou la politique de la ville). Cela s'explique peut-être parce qu'au-delà de son objectif, toujours essentiel, de pédagogie de la ville et de l'architecture, la promenade urbaine, nourrie de la richesse des lieux et de celle de ses participants, est un outil aux nombreux usages: alimenter une démarche de concertation, nourrir un travail artistique, s'interroger sur les pratiques et les perceptions de l'espace, ouvrir et décaler le regard quotidien... En nous appuyant sur l'histoire de l'association Les Promenades Urbaines et d'autres acteurs de la promenade, des expériences menées depuis trente ans par Yves Clerget (fondateur de l'association récemment décédé) aux projets récents, nous examinerons la diversité des usages de la promenade urbaine, ses vertus heuristiques, et les questionnements sur l'espace urbain et sa (ses) pratique(s) qu'elle est susceptible de nourrir.

Loïc Mayoux, concepteur de promenades et membre de l'association Les Promenades Urbaines, a travaillé pendant plus de deux ans avec Yves Clerget, fondateur de l'association et responsable de la pédagogie "Ville Architecture Design" au Centre Pompidou. Pour approfondir ces questions, et notamment celle du rapport entre l'individu, le groupe et l'espace public, il a choisi de compléter sa formation par un cursus de géographie à l’Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis.

Jérôme MONNET: Quand les marcheurs parlent de la marche "entre eux": savoirs d'usages et intelligence collective
Une communauté de marcheurs constituée à partir d'un forum internet, structurée par des rencontres et des "sorties", puis organisée en association, a été l'objet d'une observation participante pendant une année. Son modèle de fonctionnement n'est pas celui du club ni même celui du sport, mais plutôt celui d'un réseau qui articule différentes dimensions de l'expérience individuelle et collective. Ces marcheurs engagent leur corps comme ils engagent leur parole, avec une importante auto-réflexivité et en utilisant le "matos" et le "terrain" comme médiateurs des conditions relatives de l'expérience. On observe alors que la marche n'est pas une action isolable ni même une activité motrice, mais un complexe pratique qui articule le quotidien et l'extra-ordinaire, la perception sensible et les représentations discursives, l'intime et l'exotique.

Jérôme Monnet, professeur au Lab'Urba/Institut Français d'Urbanisme de l'Université Paris-Est (Marne-la-Vallée) mène ses recherches sur la production sociale de l'espace public.
Publications
"Le territoire réticulaire", Anthropos n°227, Barcelone, 2010.
"Manger sur le pouce dans la métropole contemporaine: dispositifs de consommation ambulante et ‘snackisation’ du paysage urbain", Commerce et mobilités, Editions universitaires de Dijon, 2010.
"Le consommateur ambulant: mobilités, stratégies et services", coord. avec J. F. Staszak, Espaces et sociétés n°135, 2008.
"La rue et la représentation de la ville: iconographie et lieux communs à Mexico et Los Angeles", Flux n°66-67, 2006.


Nicolas TIXIER: Transects urbains. Pratique in situ / dispositif de représentation / posture de projet
Le transect se présente comme un dispositif se situant entre la coupe "clinique" et le parcours sensible empruntant à ces deux techniques pour les hybrider. Le transect se construit par le dessin, la photo, le texte, la vidéo autant qu’il se pratique in situ. Réhabilitant de fait la dimension atmosphérique dans les représentations architecturales et urbaines, rendant possible l’inscription des récits et le débat entre les disciplines, le transect peut devenir alors un mode d’interrogation et d’expression de l’espace sensible et des pratiques vécues à l’articulation entre analyse et conception.

Nicolas Tixier est architecte et docteur en sciences pour l’ingénieur. Enseignant à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Grenoble et à l'Ecole Supérieure d'Art de l'Agglomération d'Annecy, chercheur au laboratoire Cresson (UMR CNRS n°1563), ses travaux concernent principalement les ambiances architecturales et urbaines. Il mène parallèlement une activité de projet au sein du collectif BazarUrbain (lauréat du palmarès des jeunes urbanistes 2007). De 2003 à 2010, il a été chargé de mission scientifique au Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère au Ministère de la Culture. Depuis 2009, il est président de la Cinémathèque de Grenoble.

Stéphane TONNELAT: La liberté à marche forcée
Marcher n'est pas seulement un moyen de transport. Pour des populations minoritaires en milieu urbain, comme les sans abris, les vendeurs de rue, ou tout simplement les adolescents, c'est un moyen d'être en ville sans "prendre place" (Joseph, 1995). D'après Goffman, ne faire que passer et ne pas prendre place est une façon de rester hors cadre, et ainsi de ne pas tomber sous le coup des obligations et des jugements propres à la situation traversée. Ainsi, pour les camelots sénégalais de Times Square, ou pour des adolescents dans de nombreux centres commerciaux, la marche est-elle un moyen de s'adonner au commerce ou, à l'inverse, de s'y soustraire. Mais la marche n'est pas seulement une "arme du pauvre" (James Scott, 1985), c'est aussi, pour les mêmes minorités, une obligation de mobilité qui pèse à la fois sur les jambes et sur la tête. "Circulez!" est de fait le principal mot d'ordre de la force publique, notamment pour tous les "indésirables" (Whyte, 1980). Ne pas pouvoir prendre place est fatiguant. C'est surtout l'actualisation en acte d'un statut de paria pour tous ces citadins qui ont de fait perdu leur place en société, pour certains de façon temporaire, pour d'autres de manière plus durable.

Athanassios TUBIDIS: Le corps: ressource ultime de mobilité
Avant de concrétiser un tel projet, ... j’ai pensé aux métropoles du monde avec leurs systèmes complexes de mobilité, et l’individu comme la force motrice de tout ça; ... tous les moyens numériques et virtuels qui s’amplifient d’ une manière exponentiel au service de la ville, et, de l’autre côté, notre déplacement qui est un acte strictement physique et matériel.
En fait, il s’agit d’une expérience de 24 heures dans la vie de notre "héros" urbain, qui vit dans une ville, comme la plupart d’entre nous, comme un tiers de la population de la planète. Il vit et se déplace chaque jour dans les zones congestionnées.
Cependant, à côté d'une population active de jeunes qui se sont réinventés en termes de transport urbain. Ayant des moyens très limités, ils se sont exprimés en s'appuyant sur leur ressource ultime de mobilité: leurs corps. Depuis trois décennies, ils bougent et dansent avec leurs rollers, planches à roulettes, trottinettes pliables, vélos, BMX, à coté des scooters hybrides à 3 roues, ou motos électriques pliables et ils ont établi une véritable tendance en se déplaçant (tout en respectant l'environnement).
Freiner, accélérer et braquer rapidement, stop et go, est le nom du jeu en milieu urbain et la performance perceptive de chaque véhicule urbain. Autrement dit une participation active et physique au sens du mouvement (une vraie chorégraphie!). Ces gestes ("geste" comme un acte à la fois expression corporelle et prolongement de son être urbain) devient son expression ultime en milieu métropolitain. ... Oui, j'ai oublié. Le style est une chose importante pour notre héros qui veut être vu, il veut être "cool" Mais... Il aime aussi l'intimité, ... son casque par exemple, peut lui fournir ça. C’est une chance unique de s’isoler pour un moment tout en étant en déplacement. Prendre une minute avec sa musique favorite et plonger (ininterrompu) dans ses rêves. (dans son propre environnement).
Il est très loin des épopées d'autoroute avec des performances fulgurantes mais il est beaucoup plus en phase avec une vraie accélération sensationnelle sur une distance très courte, presque explosive (... donnée par deux moteurs électriques, etc.). Il peut bouger vite, virer rapidement accélérer, arrêter et redémarrer, se garer contre le trottoir tout en étant silencieux et respectueux de l’environnement. Nous vivons actuellement une saga de transports urbains personnalisés...

Avec le soutien
de l'Institut pour la Ville en Mouvement
de la Ville de Paris
et de l'Ecole National Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais
(Laboratoire ACS - Architecture, Culture, Société XIXe-XXIe siècles - CNRS FRE 3221)