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DU MERCREDI 3 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 13 AOÛT (14 H) 2011



MARX, LACAN :

L'ACTE RÉVOLUTIONNAIRE ET L'ACTE ANALYTIQUE


DIRECTION : Patrick LANDMAN, Silvia LIPPI

ARGUMENT :

"Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas marxiste"
Karl Marx

"C’est à vous d’être lacaniens, si vous voulez. Moi, je suis freudien"
Jacques Lacan

Contrairement à la plupart des théoriciens, Marx et Lacan sont préoccupés des effets de leurs démarches: le marxisme et la psychanalyse sont avant tout des praxis. L’appel à la révolution de Marx est une manière de transformer une pensée en acte. Et le dire du sujet en analyse comporte toujours des effets pratiques sur ses actes: en ce sens, tout acte analytique est aussi bien un acte politique, car le sujet s’inscrit dans le lien social autrement.

Y a-t-il une relation entre la révolte des masses voulue par le marxisme et la subversion du sujet à laquelle conduit la psychanalyse? Toute la difficulté est de donner une valeur à ce qui sort du champ de la mesure et du calcul: le travail de l’ouvrier pour Marx, et le désir du sujet pour Lacan.

L’impact de Marx et de Lacan dépasse le domaine de la politique, de la philosophie et de la psychanalyse, pour imprégner aussi le champ de l’art: littérature, peinture, musique... C’est autour de ces rencontres que l’histoire de notre temps a pu s’inscrire et laisser sa marque, toujours active, puissante et en devenir.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 3 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 4 août
Matin:
Patrick LANDMAN: Lacan à Cerisy
Silvia LIPPI: Marx à Cerisy

Après-midi:
Joël BIRMAN: Il ne s'agit plus d'interpréter le sujet, mais de le changer
Christian HOFFMANN: De la plus-value à la perte

Soirée:
Lecture: Sans trêve, de Benoît BRUYERE, avec Béatrice LAOUT


Vendredi 5 août
Matin:
Jean-Jacques RASSIAL: Intérêt de classe et désir inconscient. Qu'en dire après Althusser et Lacan?
Jacquy CHEMOUNI: Le freudo-marxisme de Trotsky

Après-midi:
André MICHELS: Comment penser le travail? De la question économique comme politique
Simonetta FRANCI: Autarcie vs Démocratie: les impératifs de la mode

Soirée:
Concert: Récital de Chansons Populaires, avec Béatrice LAOUT


Samedi 6 août
Matin:
Patrick LANDMAN: L’aliénation de Marx à Lacan
Georgy KATZAROV: Régicide/suicide

Après-midi:
Silvia LIPPI: Destin et improvisation: Démocrite, Marx et la cure
Frédéric VINOT: Ce qui sort du champ de la mesure

Soirée:
Free Jazz, avec Silvia LIPPI et Frédéric VINOT


Dimanche 7 août
Matin:
Radu TURCANU: L'avenir de l'homme, c'est le rapport sexuel
Jean-Claude AGUERRE: De la servitude volontaire, au sujet de la psychanalyse

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 8 août
Matin:
Guy DANA: Comment rejoindre le politique?
René LEW: Identité de structure entre le schématisme de Marx et celui de Freud (texte lu par Alain PARQUET)

Après-midi:
Orsola BARBERIS: Paul Klee et la maison de travers: révolution artistique et révolution psychique
Yannick KERGOAT: Le montage au cinéma, un art dialectique

Soirée:
Projection du film: Orestie africaine de Pier Paolo Pasolini


Mardi 9 août
Matin:
Philippe KONG: La révolution du sujet: du manque à être au manque à jouir
Léonardo ARRIETA: Marx et le signifiant de la valeur dans la clinique des psychoses de l'enfance

Après-midi:
Manya STEINKOLER: L'"ah" chère, la chair, et l’âme-à-tiers: Kleist, Pasolini, Lacan
Jean-Jacques MOSCOVITZ: Pasolini, l’espèce humaine? Questions sur l'actuel


Mercredi 10 août
DÉTENTE


Jeudi 11 août
Matin:
Dominique TOURRÈS-GOBERT: La lutte des classes en institution au risque du transfert
Henri COHEN SOLAL: Sujet et institution, de Marx à Lacan

Après-midi:
Marielle DAVID: De l’esprit du protestantisme au conatus de Spinoza
Marc-Léopold LEVY: Les lendemains qui chantent et le désenchantement comme advenue: deux versants de la pensée juive, les temps messianiques comme à venir et l'idolâtrie comme abomination

Soirée:
Projection du court-métrage: Che cosa sono le nuvole? de Pier Paolo Pasolini
Commentaire de Orsola BARBERIS et Silvia LIPPI, suivi d'un débat


Vendredi 12 août
Matin:
Marcel DRACH: Le double fétichisme de l'argent
Bernard TOBOUL: Le prolétaire, sa chaîne et les gadgets

Après-midi:
Dariush DOUST: De l'Anticipation: Antiphilosophie depuis Marx
Martin BAKERO CARRASCO: Symptôme et capitalisme: excès et nécessité dans la production du sujet et de la culture
Questions à Marcel DRACH

Soirée:
Projection de vidéo: Rescapés-Vestiges de Jean-Yves COUSSEAU, suivi d'un entretien vidéo


Samedi 13 août
Matin:
Patrick LANDMAN & Silvia LIPPI: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Léonardo ARRIETA: Marx et le signifiant de la valeur dans la clinique des psychoses de l'enfance
S'il est juste, avec J. Lacan, de reconnaître en K. Marx un prédécesseur du miroir, nous pouvons par ailleurs rendre compte de comment une analyse de l'objet porte-valeur nous ouvre à une saisie de la structure signifiante. Ceci mérite non seulement d'être suivi, nous poussant à nous laisser conduire vers cet au-delà de la théorisation auquel s'ouvrent autant Marx que Lacan, mais nous habilite à interroger une pratique clinique auprès d'enfants psychotiques. Et d'aborder ainsi une thérapeutique orientée par la psychanalyse lacanienne en prenant appui sur les concepts marxistes concernant la valeur d'échange; faisant jouer ce pas-de-sens qui aura été engagé dans la parole du sujet attendu; nous permettant de repenser la théorie à l'ombre de ce qu'offrent les cures d'enfants psychotiques.

Orsola BARBERIS: Paul Klee et la maison de travers: révolution artistique et révolution psychique
Paul Klee, par son œuvre théorique et picturale, accomplit une véritable révolution dans le domaine artistique. Cette révolution trouve son pendant dans l’œuvre de Freud. Ce n’est sûrement pas un hasard si Klee a été l’un des premiers artistes à s’intéresser au rêve et à l’inconscient. Par ailleurs, nombreux sont les textes où Klee souligne l’importance de la construction en peinture, l’importance de la construction de la forme. Une construction, dont il souligne la structure dynamique, qui n’est pas sans rapport avec celle, théorisée par Freud dans Construction dans l’analyse (1937), une construction qui n’a de lois que celles qui lui sont propres. Toutefois, cette construction qui fait appel à une rigueur extrême, peut, en dépit de cela, être à l’origine d’une maison plantée de travers, renvoyant ainsi à "la vérité de la construction" qui convainc le patient alors que le souvenir n’a pas pu être retrouvé. Dans les deux cas, nous avons affaire à des lois internes, distantes de l’objectivité et proches de la transformation, répondant, chacune dans le domaine qui est le leur, à l’affirmation que Marx avait fait au sujet du monde: "ce qui importe c’est le transformer". Une "maison de travers" n’est pas sans évoquer une image qui a trait à l’enfance et, avec elle, à la déambulation, souvent quelque peu en biais, voire "boiteuse", de la marionnette. Marionnette dont Paul Klee était un grand créateur. Marionnette qui traverse en filigrane l’œuvre de Jacques Lacan.

FREUD Sigmund (1937), "Construction dans l’analyse", in Résultats, idées, problèmes, Paris, PUF, 1985, t. II.
LACAN Jacques, "La direction de la cure et les principes de son pouvoir", in Écrits, Paris, Seuil, 1966.
KLEE Paul (1924), Théorie de l’art moderne (éd. posth.1945), Paris, Denoël/Gonthier (s.d.).
MARX Karl, Thèses sur Feuerbach (1845), éd. par ENGELS Friedrich 1888, version numérique.


Jacquy CHEMOUNI: Le freudo-marxisme de Trotsky
Par l'expression "freudo-marxisme", on désigne les diverses tentatives de concilier les découvertes psychanalytiques et le marxisme. A la psychanalyse qui proposait une théorie de l'âme, une méthode et une technique de soin dans le but de déprendre l'homme de son aliénation, conséquence des "ratés" de son histoire personnelle, le marxisme apportait une analyse des processus d'aliénation socio-historique qui se voulait objective et une solution pour y remédier: la révolution prolétarienne. Cette alliance qui ne plaisait pas à Freud, réfractaire à toute idéologie, a surtout séduit les psychanalystes dans les années 1920 et 1930.
Le freudo-marxisme n'a pas seulement séduit les psychanalystes. Des politiciens comme Henri de Man ou Trotsky ont tenté de lier Freud et Marx. Nous nous intéresserons au cours de cet exposé à la tentative entreprise par Trotsky de lier Freud, Pavlov et Marx.
Le marxisme bolchevique, marqué par la figure tutélaire de Lénine, dont Trotsky, bien que développant, en théorie, des idées personnelles, fut l'un des plus ardent artisans, est vite apparu à beaucoup de psychanalystes, Freud en tête, incompatible avec la nature même de la psychanalyse. On peut se demander si la conception de la dictature du prolétariat conduit nécessairement à l'avènement d'un dictateur ou, au moins, à une dictature sur la pensée. Cette impossibilité de penser découle-t-elle exclusivement de la théorie marxiste, dont bien des présuppositions épistémologiques barrent la route à la science psychanalytique, ou résulte-t-elle des comportements personnels des révolutionnaires qui, une fois les rênes du pouvoir entre leurs mains, ne souhaitent pas, quel qu'en soit le prix, les partager? Il n'est évidemment pas possible, dans cette communication, de répondre de manière définitive à ces interrogations, pourtant essentielles. Toutefois, les relations de Trotsky avec la psychanalyse, la manière dont il envisage sa présence dans la société socialiste, et, surtout, la conception scientifique qu'il en a, jette un éclairage intéressant sur ces questions.

Jacquy Chemouni est historien, psychanalyste, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l'Université de Caen Basse-Normandie. Ses travaux portent sur l'histoire du mouvement psychanalytique, sujet sur lequel il a déjà publié plusieurs ouvrages: Georg Groddeck, psychanalyste de l'imaginaire (Editions Payot, 1984), Freud et le sionisme. Terre psychanalytique, terre promise (Editions Solin, 1988), Trotsky et la psychanalyse, suivi de son attitude à l'égard des troubles mentaux et de la psychanalyse de sa fille Zina (à partir de sa correspondance inédite) (Paris, Editions In Press, 2005). Il travaille également dans le domaine de la psychosomatique: La psychosomatique de l'enfant et de l'adulte, 3ème édition (Paris, Editions In Press, 2010). Il vient de publier La psychanalyse française captive du politique (Paris, Editions Beauchesne, 2010). Il prépare un essai historique sur le freudo-marxisme.

Guy DANA: Comment rejoindre le politique?
La question d’un agencement collectif de l’énonciation intéresse le politique comme l’analytique, mais n’est-ce pas celle des contraires réciproques? Ainsi en va-t-il aussi de l’athéisme de l’inconscient lorsqu’on le rapporte à une éventuelle conception du monde. Ces questions posent, par des chemins différents, le principe du lien social ou encore du politique. Là encore, psychanalyse et marxisme s’en préoccupent différemment. Ce seront nos prémisses.

Psychiatre et psychanalyste, ancien président du Cercle Freudien, responsable d’un secteur de psychiatrie générale adulte dans le nord Essonne (Longjumeau), Guy Dana, auteur de nombreux articles et ayant participé à des ouvrages collectifs, a publié récemment: Quelle politique pour la folie ? Le suspense de Freud (STOCK), et organisé en 2003: Le forum des psychanalystes pour le Proche-Orient (au Sénat).

Marielle DAVID: De l’esprit du protestantisme au conatus de Spinoza
Du commerce de l’homme avec Dieu et de ses conceptions naissent les grandes étapes de l’organisation sociale: telles sont les thèses de Max Weber au début du XXe siècle dans l’ouvrage très connu L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme et de Fréderic Lordon récemment, au début  du XXIe siècle, dans Capitalisme, désir et servitude. En colloque à Venise récemment, nous avons été témoins des beautés du monde catholique qui séparait la vie monastique avec son rapport d’une grande proximité avec la vérité religieuse, de la vie dans le siècle. Une valeur était accordée au caché, mais le commerce entre les hommes avait pour but de montrer la puissance de ceux qui faisaient fonctionner la cité. Ils avaient pour devoir de ne pas oublier, grâce à l’art, de manifester  la gloire de Dieu. Un des buts essentiels de l’activité marchande était donc la dépense.
Au XVIe siècle, alors que Venise commence son déclin lié à la possibilité du commerce par l’Atlantique, le christianisme connaît le début d’un séisme. En 1521, la diète de Worms excommunie Martin Luther: le protestantisme naît. Une mentalité nouvelle apparaît qui s’oppose au clivage vie temporelle / vie de l’Eglise qui prévalait depuis plusieurs siècles. "Le devoir s’accomplit dans les affaires temporelles, il consiste en l’activité morale la plus haute que l’homme puisse s’assigner ici-bas", écrit Luther. Il s’agit donc d’un dégagement du discours mystique qui, dans les régions catholiques, perdurera: Calvin naît à Genève en 1509, Sainte Thérèse d’Avila en 1515. Deux conceptions de la foi allaient entraîner d’effroyables guerres de religion.
Au début du XXe siècle, Max Weber travaille sur la remarque déjà faite avant lui que les régions protestantes favorisent l’esprit et la réalisation du capitalisme. Une nouvelle éthique est en partie responsable de cette facilitation: transformer positivement l’activité de profit en profession prise au sens honorable de "beruf" (vocation). Ainsi fut créé l’éthos du capitalisme qui n’est pas seulement lié à l’appât du gain et à la jouissance des biens. La doctrine calviniste va refuser des mécanismes compensateurs de pardon et d’indulgences du catholicisme. Seul le rapport direct à Dieu est toléré. Un ascétisme dans le monde est prôné avec une apologétique du travail valorisant la formation du capital par l’épargne forcée de l’ascèse. Nous sommes donc devant un paradoxe. La valorisation de la vie ascétique dans le monde entraîne une augmentation du capital, pris comme valeur morale puisque témoin du puritanisme d’une vie bourgeoise.
Ainsi donc est né la capitalisme. Peu à peu, malgré tout, il devint une exploitation de l‘homme par l’homme. Marx devait en théoriser l’évolution, la nature. L’organisation d’une société différente a raté et, aujourd’hui, le capitalisme est roi. Pour Frédéric Lordon, afin de maintenir l’entreprise à son meilleur rendement, le système crée un nouveau processus: la servitude passionnelle. Spinoza écrivait déjà "l’argent est devenu le condensé de tous les biens". D’où la réussite du capitalisme. Comment rallier les hommes à chercher à optimiser les gains d’une entreprise dont ils ne connaissent que la stabilité de leur salaire? Il faut acquérir le conatus ou "l’effort de persévérer dans son être" dont l’énergie, c’est la vie du désir.

Dariush DOUST: De l'Anticipation: Antiphilosophie depuis Marx
Le texte de Lacan "Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée" (Ecrits) sert comme point de départ pour aborder l'avènement de l'antiphilosophie moderne depuis la thèse XI sur Feuerbach. L’anticipation est la modalité de la décision, ce qui apparaît comme assertion, acte non-fondé, pointage instantané de l’histoire. Elle ne précède donc pas la décision, ni fait partie des règles déjà existantes de la situation. Ni représentation historique, ni prescription, l’anticipation relève de l’inadéquation de l’infini de la vérité et de la localité finie de l’existence. La présentation porte ensuite et en conclusion sur le rapport de Lénine et Lacan comme ce qui structure l'usage que Lacan fait de la théorie de Marx dans son enseignement.

René LEW: Identité de structure entre le schématisme de Marx et celui de Freud
Je soutiendrai que Lacan fait saillir la structure de l’inconscient en lisant Freud avec ce qu’il est possible de faire valoir de l’économie politique comme Marx la décrit. En ce sens, je considère que l’économie subjective et l’économie politique ont même structure. Cette structure est celle du signifiant. Du moins c’est au niveau même des schémas fondateurs du discours que cette identité de structure apparaît, et non au niveau des schèmes conceptuels qui sous-tendent ce même schématisme. En effet, un tel schématisme se répercute dans les champs différenciés de l’inconscient et du capitalisme en modulant différemment les concepts qui organisent chacun de ces domaines. Leur commune "mesure" est cependant une topologie asphérique (mœbienne, disons) du signifiant qui n’"existe" pas plus en soi que la force de travail ou la jouissance phallique, lesquelles ne sont spécifiables que mises en œuvre. Ce schématisme s’établit sur les dites apories de la valeur, transitant de l’échange à l’usage, réversivement.

Silvia LIPPI: Destin et improvisation: Démocrite, Marx et la cure
Le problème du déterminisme, tel qu’il a été exposé par Démocrite, a toujours intéressé la psychanalyse, et bien sûr la théorie marxiste. Dans sa thèse de 1841 sur la Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure, aussi bien que dans ses Manuscrits de 1844 et d’autres textes, il est question, pour Marx, de dégager les mécanismes qui enchaînent l’homme dans des structures sociales déterminées et aliénantes. La cure psychanalytique se propose une finalité analogue, à partir des déterminismes inscrits au niveau de l’inconscient. Le marxisme et la psychanalyse donnent au sujet la possibilité de se révolter contre ces structures, qui ne sont pas inébranlables. Dans la cure, l’improvisation instaure un rapport particulier entre loi et transgression: élément fécond, l’inattendu permet au sujet de sortir des chemins tracés, et d’opérer une "subversion subjective", selon l’expression de Lacan. Comme dans le free jazz, qui ne brise pas simplement les règles, mais aussi fonde des nouvelles formes à partir d’un même engagement artistique et social. Comme dans le Manifeste du Parti communiste, où il ne s’agit pas seulement d’échapper au déterminisme économique bourgeois, mais de fonder une nouvelle société, capable de créer des moyens d’épanouissement inédits pour le sujet.

De formation philosophique, Silvia Lippi est psychanalyste à Paris. Elle est psychologue clinicienne (EPS Barthélémy Durand, Etampes) et enseigne la psychanalyse à l'Université Paris 7-Denis Diderot. Elle est l’auteur du livre Transgressions. Bataille, Lacan (Erès, coll. Point Hors Ligne, 2008).

André MICHELS: Comment penser le travail? De la question économique comme politique
Le concept de travail, introduit par Marx dès les "manuscrits économiques et politiques" (rédigés en 1844 à Paris), lui a permis de poser la question de l'acte et de prendre ses distances par rapport à une approche purement philosophique. Il nous invite à notre tour à repenser le "point de vue économique" chez Freud et la question de la valeur (économique, logique, éthique) qui s'est radicalisée chez Lacan, à revenir finalement sur ce qui fonde l'acte analytique et le situe dans sa véritable dimension qui est politique.

Jean-Jacques MOSCOVITZ: Pasolini, l’espèce humaine? Questions sur l'actuel
Entre liberté et sécurité, Lacan et Marx, où êtes-vous? Image et psychanalyse sont-ils des opérateurs et des appuis pour dire/écrire le rapport entre sujet et collectif; intime et politique?

Jean-Jacques RASSIAL: Intérêt de classe et désir inconscient. Qu'en dire après Althusser et Lacan?
L'enseignement d'Althusser s'est arrêté sur la promesse que cette question serait l'objet de son prochain séminaire. Il est bien sûr impossible d'en imaginer le contenu, mais ne serait-ce que la poser permet de dépasser la notion de conscience comme moteur de l'acte, enjeu de la rencontre impossible de la psychanalyse avec Marx, une fois écartée l'illusion idéaliste qui ferait du moi, ou du souci de soi et de l'autre, le motif de la subjectivité moderne?

Dominique TOURRÈS-GOBERT: La lutte des classes en institution au risque du transfert
Marx a promu la lutte des classes comme moteur de l'Histoire et comme référent essentiel pour expliquer les contradictions dans la société. Qu'en est-il dans les institutions se référant à la psychanalyse? La notion de transfert vient subvertir la verticalité de la hiérarchie et son corollaire la lutte des classes tout aussi bien que l'horizontalité de l'égalité démocratique. La psychothérapie institutionnelle inspirée de la psychanalyse et du marxisme prône un cadre et des contenus originaux pour dépasser et élaborer les conflits d'intérêt entre les soignants ainsi que la barrière soignant-soigné. La psychanalyse appliquée aux institutions de façon dogmatique préserve la hiérarchie et la barrière soignant-soigné tandis que la conception purement syndicale héritée du marxisme, en ne voyant que les conflits de pouvoir, occulte la dimension transversale du transfert que nous apprend la psychanalyse.

Frédéric VINOT: Ce qui sort du champ de la mesure
Pour T. Reik, l’acte analytique consiste à précéder le patient "d’un fragment de temps, d’une mesure", dessinant ainsi un portrait de l’analyste en Janus, aidant le patient à franchir un seuil, c’est-à-dire une barre de mesure. Or, si l’on considère que la révolution du free jazz, c’est l’acte d’affranchissement de la barre de mesure, comment penser une pratique clinique enseignée par le free jazz?

"L’improvisation entre franchissement et affranchissement : d’un enseignement du jazz pour la pratique analytique", Insistance, n°5, 2011.
"Les Erinyes, le free jazz et l’au-delà du principe de plaisir", Oxymoron, n°1, 2010 (http://revel.unice.fr/oxymoron).
"Humour, Droit et voix : le sourire de l’Autre", Insistance, n°4, 2010.
"Du pan de tableau au pan de transfert", Cliniques Méditerranéennes, n°80, 2009.
"Renoncement pulsionnel vocal et exclusion sociale", Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe, n°50, 2008.
"Lazo Social y goce vocálico : algunas reflexiones a partir de la hypóthesis de una actualidad de los castrados", Desde el Jardin de Freud, Université National de Colombie, 2008 (co-écrit avec J.-M. Vivès).


BIBLIOGRAPHIE :

CARLES Philippe, COMOLLI Jean-Louis, Free jazz / Black power, Paris, Gallimard, coll. "Folio", 1971.
Collectif, Les écoles présocratiques, Paris, Gallimard, Coll. "Folio", 1991.
Collectif, 2001, Lacan dans le siècle (Colloque de Cerisy), Paris, Editions du Champs lacanien, 2002.
Collectif, Le centenaire du Capital (Colloque de Cerisy), Paris, Mouton & Co, 1969.
FREUD Sigmund, Essais de psychanalyse, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1981.
FREUD Sigmund, Le malaise dans la culture, Paris, PUF, coll. "Quadrige", 1995.
FREUD Sigmund, La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
LACAN Jacques, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
LACAN Jacques, "Subversion du sujet et dialectique du désir", in Ecrits, Paris, Seuil, 1966.
LACAN Jacques, Le séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.
LACAN Jacques, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973.
LACAN Jacques, Le séminaire, Livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.
LACAN Jacques, Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Seuil, Paris, 2005.
LUCRECE, De la nature / De rerum natura, Paris, Flammarion, coll. "GF", 1997.
MARX Karl, Le Capital (livre I, livres II et III), Gallimard, coll. "Folio", 2008.
MARX Karl, Manuscrit de 1844, Paris, Flammarion, coll. "GF", 1996.
MARX Karl, Philosophie, Paris, Gallimard, coll. "Folio", 1982.
MARX Karl, "Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure", in Œuvres philosophiques, Tome 1, Paris, Aditions Alfred Costes, 1946.
MARX Karl, ENGELS Friedrich, Manifeste du Parti communiste, Paris Flammarion, coll. "GF", 1999.
SALEM Jean, Démocrite, Epicure, Lucrèce. La vérité du minuscule, Paris, Encre marine, 1998.



Avec le soutien
de l'UFR Sciences Humaines Cliniques de l'Université Paris 7 - Denis Diderot
et du Centre de Recherches "Psychanalyse Médecine et Société" (CRPMS)


   



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