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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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ARCHÉOLOGIE DES MEDIA,
ÉCOLOGIES DE L'ATTENTION

Mise à jour
23/08/2016


DU LUNDI 30 MAI (12 H) AU LUNDI 6 JUIN (9 H) 2016

DIRECTION : Yves CITTON, Jeff GUESS, Emmanuel GUEZ, Martial POIRSON, Gwenola WAGON

ARGUMENT :

L’attention que nous sommes conduits à porter aux divers objets constituant notre monde conditionne la façon dont nous nous comportons envers eux. Si les problèmes d’économie de l’attention sont aujourd’hui à la mode, il reste à comprendre l’immense diversité des multiples écologies attentionnelles développées par les sociétés humaines, celles que nous héritons du passé, celles qui coexistent dans notre présent et celles qui s’esquissent pour l’avenir. Bien entendu, dès lors que nos attentions (individuelles, conjointes, collectives) passent le plus souvent par des dispositifs médiatiques (depuis le prêche, le livre, le journal, le cinéma, la radio, la TV, jusqu’au PC, au smartphone et aux Google Glass), on ne peut comprendre ces écologies attentionnelles sans étudier les environnements médiatiques qui les conditionnent.

Or un nouveau champ de recherche émerge depuis une vingtaine d’années sous le titre d’archéologie des media: son ambition est d’apporter une lumière nouvelle sur les transformations médiatiques et attentionnelles les plus récentes (entraînées par la numérisation), en les éclairant par ce que nous apprennent des couches oubliées des pratiques matérielles, des appareillages et des imaginaires médiatiques du passé plus ou moins lointain. À travers les va-et-vient déroutant qu’elle propose entre un passé enfoui et un futur émergent, ainsi qu’à travers l’interaction constante qu’elle opère entre la recherche savante et l’expérimentation artistique, l’archéologie des media est l’approche la plus prometteuse pour nous donner de nouveaux repères dans l’exploration de nos écologies attentionnelles.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 30 mai
Fin de matinée:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Après-midi:
L'attention médiale: temporalités, causalités (modérateur: Yves CITTON)
Yves CITTON: Pour une archéologie de l’attention médiale
Antonio SOMAINI: Archéologie du concept de médium et historicité de la perception
Thierry BARDINI: Modalités, récursivités et causes formelles: pour une médiologie critique

Présentation de l'atelier des Actes de l'attention

Soirée de présentation:
Visite du château
Présentation du CCIC et des participants



Mardi 31 mai
Matin:
Médiologie et dispositifs attentionnels: anciens et nouveaux régimes (modératrice: Isabella MATTAZZI)
Estelle DOUDET: Intermédialité et performativité au Moyen Âge
Martial POIRSON: Histoire sociale et culturelle de la claque: genèse d’une économie attentionnelle (XVIIIe-XIXe siècles)
Guy SPIELMANN: (In)attention et spectation: des spectacles aux médias (XVIIIe-XXIe siècles)

Après-midi:
Promenade de lecture de textes anciens (dans les étages du château), avec Estelle DOUDET et Martial POIRSON

Sondages dans quelques pratiques artistiques (modératrice: Isabelle KRZYWKOWSKI)
Riccardo VENTURI: Henri Matisse et l'archéologie du pare-brise
Nicolas MAIGRET: Présentation de quelques travaux récents

Soirée:
Atelier des Actes de l'attention


Mercredi 1er juin
Matin:
Hardware de l'attention (modérateur: Thierry BARDINI)
Emmanuel GUEZ: Manifeste d'un média-archéologue
Frédérique VARGOZ: Friedrich Kittler, un nouveau matérialisme?

Après-midi:
Software de l’attention (modérateur: Jeff GUESS)
Marie LECHNER: Le bruit des Bots
RYBN: Data Ghosts: Cryptologie Kabbalistique
Olivier PERRIQUET: Le printemps des machines

Soirée:
Atelier des Actes de l'attention

Jacopo RASMI:
L'attention documentaire: présentation et projection du film de Michelangelo Frammartino, Le Quattro Volte (2010)


Jeudi 2 juin
Matin:
Quel dessein / design pour quelle attention? (modératrice: Joanna FIDUCCIA & Sal RANDOLPH)
Igor GALLIGO: Le processus d'ambiantalisation
Anthony MASURE & Pia PANDELAKIS: Archéologie des "notifications" numériques [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le webcampus France Culture Plus]
Enrico CAMPO: How to study social attention? (Comment étudier l'attention sociale?)

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 3 juin
Matin:
Pratiques attentionnelles et dispositifs de présence (modératrice: Marie LECHNER)
ESTAR (SER): Le rite de l’appareil
Raphaële JEUNE: Puissances de l'attention dans les dispositifs artistiques de présence

Après-midi:
Aux confins des sciences et des mediumnismes de l'attention (modérateur: Anthony MASURE)
Isabella MATTAZZI: Tromperies de la proximité et machines psychiatriques
Ghislain THIBAULT: Défilements et éthéréalisations: archéologie du fil

Pratiques attentionnelles de Order of the Third Bird, dirigées par Graham BURNETT, Joanna FIDUCCIA, Sal RANDOLPH et Justin SMITH
en parallèle / croisement avec
Gwenola WAGON: Lecture performée Télépathie interstellaire (dans le parc du château)

Soirée:
Quentin JULIEN: Atelier d'archéologie des media dans l'éducation secondaire


Samedi 4 juin
Matin:
Média Mediums: hanté par les algorithmes (modératrice: Gwenola WAGON)
Jeff GUESS: Team Spirit
Anne ZEITZ: De la "sousveillance" à l'amnésie
Alexandre LAUMONIER: Arca studiorum, archéologie d'un data center (conférence projetée)

Après-midi:
Pédagogies de l’attention, table ronde animée par Graham BURNETT & Sal RANDOLPH

Pratiques attentionnelles de Order of the Third Bird
, dirigées par Graham BURNETT, Joanna FIDUCCIA, Sal RANDOLPH et Justin SMITH

Soirée:
Atelier des Actes de l'attention

Igor GALLIGO: Iconologie pour objet temporel. Dispositif à partir de l'œuvre de Lars von Trier

Gwenola WAGON: Lecture performée Télépathie interstellaire (dans le parc du château)


Dimanche 5 juin
Matin:
Archéologie des media et dispositifs attentionnels dans l'histoire de l'art (modérateur: Emmanuel GUEZ)
Erkki HUHTAMO: Mundus Inversus Recurrens. Media Archaeology as Topos Study
Isabelle KRZYWKOWSKI: Poétique de la surprise et conscience du medium: la construction de l'"émersion", des avant-gardes historiques aux littératures numériques

Après-midi:
Reprises par quelques grands témoins
Laurence DECRÉAU & Le Groupe de Paris-Saclay (Catherine JACOB, Antoine VIDON et Renée ZACHARIOU, avec un texte de Baptiste GAUTHIER)

Discussion générale

Clôture par Yves CITTON, Jeff GUESS, Emmanuel GUEZ et Gwenola WAGON


Lundi 6 juin
DÉPARTS

ENTRETIENS :

Pour donner suite au colloque, certains entretiens réalisés par Sylvain ALLEMAND sont disponibles en ligne sur le site "Paris-Saclay Le Média".

- Rencontre avec Yves CITTON

- Témoignage de Laurence DECRÉAU

- Témoignages de quatre diplômés de Paris-Saclay: Baptiste GAUTHIER (à venir), Catherine JACOB, Antoine VIDON et Renée ZACHARIOU (à venir)

RÉSUMÉS :

Yves CITTON: Pour une archéologie de l’attention médiale
Cette présentation tentera de cerner en quoi l’écologie de l’attention et l’archéologie des media méritent d’être croisées pour aider à se repérer dans les reconfigurations en cours de nos media numériques. Il s’agira moins de proposer des percées théoriques originales que de poser et de situer quelques-uns des problèmes qui seront approfondis au cours de la semaine à venir, et de préciser les modes d’interactions envisagés pour que cet approfondissement soit aussi pluraliste et stimulant que possible.

Yves Citton est professeur de littérature française à l’université de Grenoble-Alpes, membre de l’UMR LITT&ARTS CNRS 5316 et co-directeur de la revue Multitudes.
Publications récentes
Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014.
Gestes d’humanités. Anthropologie sauvage de nos expériences esthétiques, Armand Colin, 2012.
Renverser l’insoutenable, Seuil, 2012.
Zazirocratie. Très curieuse introduction à la biopolitique et à la critique de la croissance, Paris, Éditions Amsterdam, 2011.
Ses articles sont en accès libre sur www.yvescitton.net.


Estelle DOUDET: Intermédialité et performativité au Moyen Âge
Intermediality, mediacy, agency, perfomance, performativity: autant de notions qui peuvent paraître anachroniques lorsqu’il s’agit d’enquêter sur le Moyen Âge. Pourtant, dès les années 1970, les médiévistes ont été parmi les premiers à en faire usage. Après avoir questionné les liens possibles entre les outils proposés par l’archéologie des media et les études sur la performance avec les réalités socio-culturelles médiévales, cette contribution étudiera le fonctionnement de l’intermédialité (images, corps, voix, texte) dans les spectacles à idées des XVe et XVIe siècles. Elle s’intéressera entre autres à la mise en scène d’objets techniques métaphorisant les formes de l’attention et aux difficultés à comprendre aujourd’hui, à partir des témoignages d’archives, l’efficacité de ces dispositifs complexes.

Estelle Doudet est professeur de langue et de littérature française du Moyen Âge à l’Université de Grenoble Alpes et membre junior de l’Institut universitaire de France. Ses travaux portent sur les discours publics en français entre 1370 et 1530: théâtre, poésie de circonstance, chroniques d’actualité, traités moraux et politiques, polémique et satire, envisagés dans une triple perspective rhétorique, socio-culturelle et d’archéologie des media. Ses recherches sont aujourd’hui consacrées aux imaginaires et aux pratiques de la communication en Europe au seuil de la modernité (XIVe-XVIe siècle).
Publications:
Un cristal mucié en un coffre. Poétique de George Chastelain, Paris, Champion, 2005
Jean Molinet et son temps, dir. Élodie Lecuppre-Desjardin, Jean Devaux et Estelle Doudet, Turnhout, Brepols, 2013.


Igor GALLIGO: Le processus d'ambiantalisation
Le processus d'ambiantalisation consiste dans la détermination d’une "perception ambiantale" d'un environnement. Nous désignons ainsi un mode perceptif résultant d’un processus cognitif d’hyper- dissémination attentionnelle et sémiotique, dont l’activité de synthèse herméneutique aboutit à une inattention exclusive à un seul objet, mais à une sensation floue et indéfinie d’un ensemble plus vaste composé de plusieurs objets. Notre propos consistera dans une description phénoménologique de l'expérience cognitive et attentionnelle ambiantale, dont le night-club représente aujourd'hui un modèle esthétique.

Igor Galligo est chercheur en esthétique à l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou dirigé par Bernard Stiegler, au sein duquel il développe une réflexion sur les transformations de l’attention visuelle, les ambiances, l'économie libidinale, la sublimation et l’organologie. En 2013, il rejoint le programme de recherche en art et design "Reflective Interaction" dirigé par Samuel Bianchini, à l’EnsadLab. Depuis 2015, il est chargé d’études en esthétique et en muséographie pour le ministère de la Culture et de la Communication, auprès du Département de la Recherche, de l’Enseignement Supérieur et de la Technologie.

Jeff GUESS: Team Spirit
Une conférence sur les sports de compétition — là où s’éprouvent les limites physiques du "soi-disant Homme" (selon la formule de Kittler) — et leur interdépendance croissante avec des algorithmes utilisés pour prendre des décisions stratégiques, améliorer les performances, alimenter les ligues Fantasy, écrire des commentaires des matchs et créer pour les fans des expériences symbiotiques avec les écrans géants vidéo placés dans les stades.

Jeff Guess est artiste et enseignant de pratiques algorithmiques à l'École Nationale Supérieure d'Arts Paris-Cergy. Co-directeur, avec Gwenola Wagon, du projet de recherche, Média Médiums. Son travail est traversé par une réflexion sur les conditions de possibilité des images techniques et les croisements de celles-ci avec le langage et la voix. Expositions récentes: Streaming Egos (NRW forum, Düsseldorf, 2016), Attention (Bienniale International Design, Saint-Étienne, 2015), (Mis)Understanding Photography (Museum Folkwang, Essen, 2014).
Sites Internet: www.guess.fr et www.mediamediums.net


Erkki HUHTAMO: Mundus Inversus Recurrens. Media Archaeology as Topos Study
Cette intervention abordera l’archéologie des media avec une perspective spécifique en développant une réflexion historique et théorique autour du topos, dans la continuation des travaux en littérature de Ernst Robert Curtius. Le topos peut être utilisé comme un "outil" pour expliquer les récurrences des clichés et lieux communs dans la culture médiatique. L’intervention visera à circonscrire "l’archéologie du topos" de façon théorique, en en décrivant les antécédents et en démontrant de quelle manière il peut s’appliquer à différentes facettes de la culture médiatique. Les traditions du topos sont interprétées comme des "moteurs" discursifs qui relient les thèmes, les formes et les fantasmes à travers les traditions culturelles. Ils sont devenus des outils efficaces pour les industries culturelles et sont diffusés de manière virale sur internet comme des "macro-mèmes images" [image macro memes] et sous d’autres formes populaires. L’archéologie du topos n’éclaire donc pas uniquement le passé, mais peut aussi servir à appréhender la culture numérique contemporaine.

Erkki Huhtamo est professeur à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Il travaille dans les départements Design | Media Arts et Film, Télévision, and Digital Media. Il a publié de nombreux ouvrages sur l’archéologie des media et les arts des nouveaux médias, a été le commissaire des expositions internationales sur les arts des nouveaux médias et réalisé des programmes télévisuels sur la culture des media. Ses études recouvrent des thématiques telles que les peep-médias, l’archéologie de l’écran, les médias tactiles, les jeux vidéos et les médias mobiles.

Raphaële JEUNE: Puissances de l'attention dans les dispositifs artistiques de présence
L’accélération généralisée de nos sociétés et la désincarnation engendrée par nos prothèses numériques changent notre rapport au corps et à la présence. Multiplication des informations traitées en temps réel par nos cerveaux et dissémination ubiquitaire de nos êtres modifient l’équilibre fragile de notre existence psychosomatique et inhibent notre perception de ce qui est là. Dans le contexte de cette évolution, et notamment de sa traduction dans les habitudes des spectateurs des arts visuels, dont le temps d’attention à l’œuvre s’est considérablement réduit, des artistes proposent des dispositifs de présence dans lesquels ils s’engagent, et engagent le visiteur, à faire l’expérience de "l’ici et maintenant". Cette expérience de co-présence constitue l’œuvre, le média par lequel le spectateur construira son rapport au monde. Nous aborderons les puissances de ces "situations", qui ouvrent à une certaine plasticité de l’être, tout en analysant leur inscription dans une économie culturelle de l’expérience qui a fait de l’intimité de chacun un produit. Nous verrons alors dans quelle mesure ces propositions définissent les conditions d’une écologie de l’expérience.

Raphaële Jeune est commissaire d’exposition indépendante et doctorante en esthétique au Laboratoire Histoire et Critique des Arts de l’Université Rennes 2. Dans sa pratique curatoriale autant que dans ses investigations théoriques, elle s’intéresse aux formes actuelles de l’œuvre comme événement, et notamment aux dispositifs de présence qui invitent à une expérience de l’"ici et maintenant".
Publications
L’événement ou la plasticité des situations: essai(s) de présence, Phakt Editions, Rennes (décembre 2015, pdf).
"François Deck et Raphaële Jeune 24/08/2014-14/07/2015", Optical Sound #3 (automne 2015, pdf).
A paraître: "Vers différents régimes de présence", Multitudes, n°63, été 2016.


Isabelle KRZYWKOWSKI: Poétique de la surprise et conscience du medium: la construction de l'"émersion", des avant-gardes historiques aux littératures numériques
Les avant-gardes historiques, à de nombreuses reprises, ont mis en avant et en pratique la nécessité de surprendre leur public. Particulièrement soucieuses de ce que nous appelons aujourd’hui la "réception", elles ont développé des modes de lecture ou de représentation susceptibles d’obliger le public à intervenir, dans la lecture comme dans le spectacle. Si cet intérêt pour la surprise n’est pas nouveau (elle est théorisée, dès l’antiquité, comme facteur d’accès à la connaissance), cette communication fera l’hypothèse que la réflexion des avant-gardes a la particularité de lier en profondeur surprise et usage des media, comme le confirmeront ultérieurement les recherches de nombre d’artistes numériques qui seront présentées pour finir. La surprise "avant-gardiste", élément sans doute constitutif de la pratique expérimentale, semble reposer sur le refus du dogme de la "transparence du medium", dans la perspective d’obliger le public à en prendre conscience et d’empêcher ainsi toute attitude "immersive" et passive.

Isabelle Krzywkowski, professeur de littérature générale et comparée à l'Université Grenoble-Alpes, est responsable de la composante ISA (Imaginaire et Socio-Anthropologie) de l’UMR Litt&Arts. Ses recherches portent sur les avant-gardes historiques, les relations de la littérature, des arts et des technologies et autour de la question plus générale des littératures expérimentales, qu’elle envisage comme exploration des media.
Publications
"Le Temps et l’Espace sont morts hier". Les Années 1910-1920. Poésie et poétique de la première avant-garde, Paris, Éditions L’Improviste, 2006.
Machines à écrire. Littérature et technologies du XIXe au XXIe siècle, Grenoble, ELLUG, 2010.

Alexandre LAUMONIER: Arca studiorum, archéologie d'un data center
Au printemps 1640, Samuel Hartlib, l’un des fondateurs de la Royal Society of London (organisation intellectuelle qui tentait entre autres de mettre en pratique les théories épistémologies de Francis Bacon), entend parler d’une "Harrisons booke-Invention", qui n’est autre que le premier centre de traitement de données moderne à avoir vu le jour. Cet épisode inconnu de l’histoire du traitement de l’information ne connaîtra jamais de suite (pour des raisons politico-religieuses liées au contexte de l’époque) mais l’Arca studiorum, cette "machine" en forme d’armoire organisée en bits d’information imaginée par Thomas Harrison, reste néanmoins un fascinant projet qui anticipe, quelques siècles auparavant, le traitement de l’information et son indexation par les algorithmes qui, au XXIe siècle, ont rendu caduques le computer, ce mot qui désignait jusque dans les années 1960 des ouvriers humains chargés de "calculer" l’information.

Alexandre Laumonier, graphiste et éditeur, est enseignant à l’École supérieure d’art de Cambrai. Après avoir dirigé la revue Nomad’s land et les éditions Kargo dans les années 2000, il dirige aujourd’hui la maison belge Zones sensibles, ainsi que la collection "Graphê" aux éditions Les Belles Lettres. Il a publié plus de 80 ouvrages, soit plus de 150 auteurs. En tant que graphiste, il produit des livres principalement académiques (plus de 120 depuis 1996). Il est responsable du programme de recherche "Savoir, tabulation, signes & code" de l’École supérieure d’art de Cambrai, où il développe (avec ses étudiants) des pistes de réflexions sur la tabularisation du savoir avant l’apparition de l’informatique, et sur les signes typographiques nécessaires à cet encodage de l’information. Ses recherches actuelles portent également sur l’ingénierie algorithmique en lien avec la microstructure de marché et les réseaux commerciaux.
Publications
6/5, Zones sensibles, Bruxelles, 2013-2014. "Préface" à la réédition du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, École supérieure d’art de Cambrai/Les Belles Lettres, collection "Graphê ", Paris, 2015.
"Postface" à Mahomet, Pierre Bayle, Zones sensibles, Bruxelles, 2016.
A paraître, en 2017 aux Belles-Lettres, un ouvrage sur la préhistoire de l’encodage numérique, du XIIIe au XIXe siècles, et en 2019 un livre d’anthropologie sur "La nature du marché. Essai sur la quantification" (Zones sensibles).


Marie LECHNER: Le bruit des bots
Les bots (abréviation de robots) sont de vieux compagnons du réseau internet. "Premières espèces indigènes du cyberespace", ces programmes sont affectés à toutes sortes de tâches qu'ils permettent d'automatiser. Qu'ils opèrent en coulisse ou réclament notre attention, ils ont colonisé une impressionnante variété d'environnements, des jeux vidéos aux applications de rencontre, de Twitter à Wikipédia, armée de l'ombre d'une société des données à la recherche de toujours plus d'efficacité. La communication tente d'en tracer une généalogie en se focalisant sur les plus humains des bots, ceux qui nous parlent. Ces "chatbots" font l'objet de tous les efforts des géants du web, convaincus qu'à l'avenir, les humains s'adresseront directement en langage naturel à des bots conversationnels qui les assisteront au quotidien, dans leur travail, leurs loisirs, voire leur vie sentimentale.

Marie Lechner est journaliste, spécialisée en arts et cultures numériques (Libération, Arte Creative, MCD, Le monde). Elle collabore au projet de recherche Média Médiums et étudie les bots dans le cadre d'un DSRA au PAMAL à l'École Supérieure des Beaux-Arts d’Avignon. Elle a également été co-commissaire des expositions Streaming Egos (NRW forum, Düsseldorf, 2016), Evil Clowns (Hartware MedienKunstVerein, Dortmund, 2015), Speed Show (Paris, 2010) et est l'auteur d'une conférence Supertalk "Le Wi-fi: de l'Antiquité à nos jours".

Nicolas MAIGRET: Présentation de quelques travaux récents
Ses travaux ont été présentés dans des festivals, galeries et musées internationaux: Transmediale (Berlin) - File (Sao Paulo) - Museum of Art and Design (New York) - China Museum of Digital Arts (Beijing) - School of the Art Institute (Chicago) - 30th Chaos Communication Congress (Hamburg) - North West Film Forum (Seattle) - HEK (Basel) - The Pirate Bay 10th Anniversary (Stockholm) - Palais de Tokyo (Paris) - Elektra (Montreal).

Nicolas Maigret rend perceptible les enjeux et caractéristiques internes des technologies à travers une exploration de leurs dysfonctionnements, états limites ou seuils de rupture. En tant que curateur, il a initié le Disnovation Research Group, menant un ensemble de stratégies déviantes et d'activités symboliques face à la "propagande de l'innovation". Il a co-fondé le collectif Art of Failure en 2006 et enseigne à présent à Parsons Paris. Avec Maria Roszkowska, il a récemment publié The Pirate Book, une anthologie sur le piratage de contenus culturels.

Anthony MASURE: Archéologie des "notifications" numériques
"L'inattention se vend mal", pour reprendre l'aphorisme du designer Raymond Loewy selon laquelle " la laideur se vend mal " (1963). Sous le terme d'attention, nous entendons moins une faculté de l'esprit qu'"une réaction corporelle susceptible de se faire happer par des dispositifs de capture " (Yves Citton, 2014). En effet, nombre de productions se réclamant du design développent des stratagèmes faisant appel à la part réflexe de l'être humain. Ce type de design vise à produire une attention comportementale, réflexe, "ciblée" sur ce qui a été anticipé dans la conception. Dans le contexte des dispositifs numériques, il ne s'agit pas seulement de focaliser l'attention sur une offre, mais, dans bien des cas, de la gérer continuellement par "itérations" (eye tracking, A/B testing, etc.) afin de la réorienter vers des objectifs à atteindre. Suivant les analyses de la chercheur Natasha Dow Shüll (2012) concernant le design "attentionnel ", des espaces de jeu à Las Vegas, nous proposons de rapprocher "attention " et "addiction" pour qualifier ces stratégies de captation des consciences. Nous nous intéresserons plus spécifiquement à la notion de " notification ", qui a pris ces dernières années une importance cruciale dans le design d'interfaces en raison de la masse croissante d'informations à traiter et de la multiplicité des contextes d'usage (mobilité, etc.). Afin de développer une réflexion sur la façon dont les media numériques conditionnent l’attention humaine qui s’y trouve impliquée, il importe d'emprunter une approche "archéologique" pour dégager des points saillants traversant les époques. Nous souhaitons examiner "le passage d'un modèle économique (de l'investissement) au modèle écologique (de la relation au milieu)" (Yves Citton, 2014). Les programmes numériques peuvent-ils être ou devenir le lieu d'une écologie attentionnelle contribuant à une " écologie [plus large] de l'environnement artificiel " (Ezio Manzini, 1990)? Comment concevoir, par le design, la place de l'attention humaine au sein des machines numériques?
Bibliographie
Pierre-Damien Huyghe, À quoi tient le design, Saint Vincent de Mercuze, De l'Incidence, 2014.
Natasha Dow Schüll, Addiction by Design. Machine Gambling in Las Vegas [2012], Princeton University, 2014.
Ezio Manzini, Artefacts. Vers une écologie de l’environnement artificiel [1990], trad. de l’italien par Adriana Pilia, Paris, Centre Georges Pompidou, CCI, coll. "Les Essais", 1991.

Ancien étudiant du département Design de l’École normale supérieure de Cachan et agrégé d’arts appliqués, Anthony Masure enseigne le design graphique et numérique. Sa thèse portant sur " le design des programmes ", dirigée par Pierre-Damien Huyghe, a été soutenue à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a co-fondé la revue Back Office, à paraître en 2016, qui interroge les rapports qu’entretiennent le design graphique et les pratiques numériques.
Sites internet: www.anthonymasure.com ; www.softphd.com ; www.revue-backoffice.com
Publications récentes
Design et humanités numériques, Editions B42, Paris, 2016.
" Subjectivités computationnelles et consciences appareillées", Multitudes, n°62, 2016.


Olivier PERRIQUET: Le printemps des machines
L'intelligence artificielle a subi une série de phases d'hibernation, dont l'une des plus importantes a fait suite aux prédictions pessimistes de Marvin Minsky quant à la capacité des réseaux de neurones artificiels à rivaliser avec des méthodes algorithmiques. Mais les succès récents du paradigme connexionniste semblent augurer du retour d'un printemps ensoleillé pour une telle approche de l'intelligence artificielle, inspirée du vivant. Par ce mouvement vers des formes plus incarnées, l'ambition est ainsi montée d'un cran et l'IA rejoint aujourd'hui à certains endroits la cybernétique et la vie artificielle, consacrant un retour au corps (perception, reconnaissance de motifs, préhension, voire émotions, apprentissage, importance des formes), nous engageant résolument vers une cohabitation avec d'autres entités, munies de facultés comparables aux nôtres et avec lesquelles nous pourrions interagir de pair à pair. Il existe à cet endroit un déplacement épistémique que je me propose d'explorer.

Olivier Perriquet est artiste et chercheur scientifique. Diplômé du Fresnoy - Studio National, parallèlement à un cursus en science (algèbre, puis doctorat en bio-informatique et intelligence artificielle), lauréat Fulbright (Duke University, Dept. Art & Histoire de l'art), il est actuellement chargé de la recherche au Fresnoy ainsi qu'à l'école média/art de Chalon-sur-Saône e|m|a|fructidor.
[http://olivier.perriquet.net | http://cesium-133.net | http://idformes.xyz]


Martial POIRSON: Histoire sociale et culturelle de la claque: genèse d’une économie attentionnelle (XVIIIe-XIXe siècles)
Claque et sifflet (spectateurs complices payés pour orchestrer le succès ou l’échec d’une création) constituent, depuis la fin du XVIIe siècle et jusqu’à la fin du XIXe siècle, les premiers dispositifs attentionnels de service tarifé rendu par des catégories professionnalisées du public, préposées à l’orientation de la faculté d’attention d’autres spectateurs captifs. Une telle pratique socio-économique n’est pas sans rapport avec certaines expérimentations contemporaines "wearable", telles  que le protocole "pay per laugh" mis en œuvre en avril 2014 par le Theatreneu de Barcelone pour indexer le prix du spectacle sur les réactions somatiques des spectateurs, mesurées à l’aide de tablettes numériques. À partir d’une mise en perspective diachronique à large empan, c’est à cette économie des affects en régime attentionnel qu’est consacrée cette intervention visant à mettre en évidence les stratégies de capture de la valeur artistique des biens symboliques.

Martial Poirson est professeur de l’Université Paris 8 et directeur de l’équipe "Politique et socio-économie des arts, de la culture et de la création". Spécialiste d’histoire et d’esthétique théâtrale, ses travaux portent sur la politique culturelle et la socio-économie de la création. Il a dirigé une vingtaine de collectifs sur le théâtre, le cinéma, la littérature, les musées ou l’économie et la philosophie politique. Il anime un séminaire consacré aux "politiques culturelles à l’ère numérique" et développe des activités de dramaturge et de commissaire d’exposition.
Publications récentes
Politique de la représentation, Champion, 2014.
En collaboration avec I. Barbéris, Économie du spectacle vivant, PUF, rééd. 2016.


Jacopo RASMI: L'attention documentaire: présentation et projection du film de Michelangelo Frammartino,
Le Quattro Volte (2010)
La présentation de ce film sera l’occasion de mettre à l’épreuve l'hypothèse selon laquelle les films documentaires offrent un espace d’expérience multiple en-deçà des représentations majoritaires et identitaires, à la fois par les vertus d’enregistrement automatique de la caméra, qui permettent à l’altérité locale du réel de s’inscrire sur le film, et par une éthique d’exploration de zones d’invisibilité médiatique où des formes de vie mineures persistent et résistent.

Jacopo Rasmi est doctorant contractuel auprès de l’Université Grenoble Alpes où il mène un travail de recherche autour des pratiques documentaires contemporaines à partir du contexte italien, notamment par une approche de médiologie et d’écologie de l’attention. Ses travaux récents ont porté sur Vincent Dieutre, Sharunas Bartas ou Pier Paolo Pasolini, la pensée de Giorgio Agamben ainsi que la poésie contemporaine.

RYBN: Data Ghosts: Cryptologie Kabbalistique

Dataghost explore l'usage des systèmes herméneutiques d'interprétation de la Kabbale, appliqués aux communications réseau, afin de mettre au jour les messages cachés qui y sont enfouis. Un daemon, installé sur un serveur, espionne toutes les communications numériques entrantes et sortantes, et capture le contenu généré par les processus à l'œuvre dans la gestion et l'administration des tâches réseau. Tout le contenu des échanges, ainsi que les données encapsulées qui transitent, sont soumis à différents algorithmes de déchiffrement qui reproduisent les techniques emblématiques de la Kabbale — Gematria, Temura et Notarique. Les données brutes sont décomposées et recomposées selon les principes de numérologie et de subsitution qui gouvernent la Kabbale, de manière à tisser une métaphysique des communications réseau.

RYBN.ORG est une plate-forme de recherche artistique expérimentale et extra-disciplinaire fondée en 1999. Elle s'intéresse au couplage, au détournement et à la perversion des outils d'écriture et de formalisation liés aux technologies (algorithmes, réseaux, robots, flux de données, captation, surveillance, audiovisuel, temps-réel), réinscrites dans le champ artistique.
http://www.rybn.org


Antonio SOMAINI: Archéologie du concept de médium et historicité de la perception

L'histoire du concept de médium — des notions aristotéliciennes de metaxu et diaphane jusqu'à la Medientheorie allemande contemporaine — est caractérisée par le croisement de plusieurs traditions théoriques. On y trouves des théories du médium comme forme de représentation artistique (les médiums de la peinture, de la sculpture, de la photographie, du cinéma...); des théories du médium comme instrument technique, comme "moyen" [Mittel, means] utilisé dans le cadre de quelque opération technique; des théories du médium comme terme moyen — terminus medius — d'un raisonnement logique; des théories du médium comme individu ou objet capable de se proposer comme intermédiaire entre les morts et les vivants (les "médiums" de l'occultisme); des théories du médium comme instrument de communication et de transmission (comme dans le cas des mass media); et, finalement, des théories du médium comme "milieu", environnement, atmosphère. Dans cette intervention, il s'agira de faire le point sur l'histoire de ces différentes interprétations du concept de médium afin de les examiner dans une perspective archéologique: une archéologie du concept de médium capable — au-delà de toute téléologie et de toute linéarité univoque — de se tourner vers le passé à partir du point de vue du présent, et vers le présent à partir des points de vue du passé.

Antonio Somaini, professeur en études cinématographiques, études visuelles et théorie des médias à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, est directeur adjoint de l'équipe de recherche LIRA (Laboratoire International de Recherches en Arts) et membre du Steering Committee du NECS (European Network for Cinema and Media Studies).
Publications
I) recherches concernant les théories de la photographie, du cinéma et des médias des années 1920 et 1930
Ejzenštejn. Il cinema, le arti, il montaggio, Einaudi, Torino 2011.
Notes pour une histoire générale du cinéma d'Eisenstein, Azougue 2015.
W. Benjamin, Aura e choc. Saggi sulla teoria dei media, avec Andrea Pinotti, Einaudi, Torino 2012.
L. Moholy-Nagy, Pittura Fotografia Film, Einaudi, Torino 2010.
II) recherches sur la culture visuelle contemporaine
Cultura visuale. Immagini, sguardi, media, dispositivi (avec Andrea Pinotti), Einaudi, Torino 2016.
Estetica dei media e della comunicazione (avec Roberto Diodato), Il Mulino, Bologna 2011.
Teorie dell'immagine. Il dibattito contemporaneo
(avec Andrea Pinotti) Cortina, Milano 2009.
Il luogo dello spettatore, Vita & Pensiero, Milano 2005.


Guy SPIELMANN:
(In)attention et spectation: des spectacles aux médias (XVIIIe-XXIe siècles)
Ontologiquement, le spectacle — la conjonction, en un lieu et un temps donnés, d'une instance performative et une instance spectative — s'oppose au medium par sa nature événementielle. Cependant, spectacles et média partagent un certain nombre de points communs parce qu'ils relèvent d'un même phénomène général, la communication, même si, sur le plan de la recherche, cette relation est rarement reconnue. Après avoir détaillé les modalités d'une conception neutre du spectacle, il s'agira de faire le rapport entre "spectacles" et "médias" du point de vue de l'attention, en considérant le rôle essentiel de celle-ci dans l'instance spectative, mais aussi en la problématisant à la fois sur le plan quantitatif (tout spectateur étant plus ou moins attentif) et qualitatif (l'attention peut changer de nature, y compris lors d'une même instance spectative). On partira du postulat d'une antériorité du spectacle sur les médias, pour tenter de déterminer, dans l'aire européenne, le basculement d'une société de spectacle — jusqu'au XVIIIe siècle — à une société de médias, qui débouche sur une fusion permettant à Guy Debord, en 1967, de fustiger le triomphe du "médiatique" totalisant sous l'expression "société du spectacle", où le commun des mortel (ne) serait (que) spectateur, mais sans pouvoir contrôler ni le volume ni le mode d'attention prodigué. On s'interrogera ensuite sur la validité de ce constat dans le cadre d'une "écologie de l'attention" théorisée par Yves Citton, à une époque où l'émergence de médias inexistants semble annoncer un nouveau basculement: la mutation profonde — sinon la disparition pure et simple — de la presse écrite, de la radio et de la télévision s'accompagne de la mutation (ou de la disparition) de modes d'attention qui les caractérisaient. Or, le spectacle, qui pré-existe aux médias, continue de fonctionner selon des principes de base constants depuis des millénaires, en dépit de variations et de déplacements superficiels. Faut-il dès lors envisager entre spectacle et médias une opposition qui aurait valeur opératoire dans la conceptualisation de l'attention?

Né à Marseille, Guy Spielmann est enseignant-chercheur à Georgetown University (Washington, DC). Son domaine de prédilection recouvre tout ce qui touche aux arts du spectacle à l'aube des temps modernes, avec un penchant particulier pour la scénographie et les genres non-littéraires, tels que le théâtre de foire et la commedia dell'arte. Il travaille sur les rapports entre connaissance savante et diffusion de masse, notamment sur les représentations des XVIIe-XVIIIe s. au cinéma et dans la bande dessinée. Il prépare actuellement une synthèse (en anglais) sur la possibilité d'une théorie globale du spectacle, intitulée Spectacle Events, et dirige avec Martial Poirson un numéro spécial de la revue Dix-Huitième Siècle: "Une Société de spectacle" (2017).
Publications
Le Jeu de l'Ordre et du Chaos: Comédie et pouvoirs à la Fin de règne, 1673-1715 (Honoré Champion, 2002).
Les "parades" du XVIIIe siècle (Éditions Lampsaque, 2006), comédies foraines réinventées par le théâtre de société.


Ghislain THIBAULT: Défilements et éthéréalisations: archéologie du fil
Câbles, cordes, fils, lignes et autres connecteurs ont longtemps occupé le cœur de l’imaginaire technique de communication à distance. Et pourtant toute l’évolution technique du XXe siècle cherchera justement à défiler ses media. Au nom du triomphe de l’abstraction sur la matérialité, et suivant cette tendance très moderne du progrès par simplification, les fils en tous genres (télégraphique, électrique, Ethernet, fibre optique) ont, depuis plus d’un siècle, fait l’objet de plaintes, de camouflages et d’enfouissement. Cette communication portera sur les logiques de dé-filements à l’œuvre dans le trope du sans-fil (TSF, radio, wi-fi). L’urgence d’un tel examen des matérialités de la communication est double. D’abord les formes médiatiques masquent de plus en plus la réalité matérielle qui les constituent: on cherche à les faire passer pour im-médiats, vaporeux, éthéréels.  Mais une telle analyse permet aussi d’aborder les modes d’attention et de présence — une psychotechnique —  des media. C’est en suivant le fil de ces défilements, de ces passages à l’éther, du matériel à l’imaginaire, du continu au discret, que j’entame ici une enquête archéologique de la connexion.

Ghislain Thibault est professeur adjoint au Département de communication de l’Université de Montréal (Canada). Ses recherches en histoire des médias et en archéologie médiatique ont fait l’objet de diverses publications, notamment dans Configurations, VIEW, Amodern, Canadian Literature et Intermédialités. Il codirige actuellement avec le professeur Mark Hayward un projet de recherche financé par le Conseil de recherche en sciences humaines portant sur l’histoire des sciences des machines.

Frédérique VARGOZ: Friedrich Kittler, un nouveau matérialisme?
Pour Friedrich Kittler, "les média déterminent notre situation" et ce n'est qu'au prisme de son enregistrement et de sa représentation médiatique que celui que l'on appelle l'homme se définit. Les média semblent être pour l'archéologie des média kittlérienne le déterminant "en dernière instance", à tel point que l'on peut comparer le rôle qui leur est attribué à celui que Marx attribuait aux moyens de production comme facteur déterminant de la production des hommes par eux-mêmes. Comment faut-il alors comprendre la place centrale ainsi accordée aux média? Faut-il lire les déterminations médiatiques comme un cas particulier de la détermination de l'homme par la machine, telle que Marx la décrivait pour le mode de production capitaliste, le médium étant un outil ou une machine parmi d'autres, aux effets seulement plus puissants car affectant les modes de pensée? Ou faut-il repenser l'ensemble des sociétés humaines à partir des conditions de sa reproduction et de sa diffusion symbolique, et non plus seulement, comme le faisait Marx, à partir de l'organisation technique de la production? Qu'apporte l'archéologie kittlérienne des média à un matérialisme plus ancien, qui déjà avait mis en évidence le hardware à l'œuvre derrière le software?

Frédérique Vargoz est agrégée de philosophie, professeur dans le secondaire et traductrice. Elle prépare une thèse sur Friedrich Kittler à l'université de Grenoble.
Publications
F. Kittler, Mode protégé, Presses du réel, Dijon, 2015 (traduction et préface avec E. Guez).
F. Kittler, Gramophone, Film, Machine à écrire, de F. Kittler, Dijon, Presses du réel, 2016 (à paraître) (traduction).
"Une histoire de l'ordinateur du point de vue de la théorie des média", en collaboration avec E. Guez, Cahiers philosophiques, n°141, 2015/2.


Gwenola WAGON: Lecture performée Télépathie interstellaire
Le rêve de voyage spatial a été propagé par des astronomes depuis plusieurs siècles dont Camille Flammarion qui passa sa vie à scruter les planètes imaginant des conditions possibles de vie martienne. Les récits de science-fiction spéculèrent sur ces hypothèses en inculquant le rêve de voyage intersidéral à des générations entières. La notion de cyberspace a été métaphoriquement liée à l’espace cosmique. On aurait pu contempler la Terre depuis des jardins d’Eden flottant dans l’espace alimentés par l’énergie solaire. Aujourd'hui, les projets d'exploration spatiale par quelques entrepreneurs de la Silicon Valley sont liés à la quête de nouvelles extraterritorialités, des off-shore célestes échappant à la législation des États. Les sommes colossales nécessaires pour financer cette course aux étoiles proviennent de la captation des ressources attentionnelles du collectif par tous les moyens possibles, redéployées vers la création de paradis libertaire pour happy few.

Gwenola Wagon est artiste et maître de conférences dans le département arts plastiques de l’Université de Paris 8. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris et de l’Atelier de Recherches Interactives, elle collabore au sein de l’équipe TEAMeD (Théorie Expérimentation Arts Médias et Design). Elle a soutenu une thèse sur les Utopies d’un cinéma interactif. En 2007, elle co-fonde le projet Nogo voyages avec Stéphane Degoutin. Elle réalise principalement des projets d'installations, de performances et de films exposés en France et à l’étranger comme Blackpool Manchester, Globodrome, Hypnorama, Discothèque sauvage, Cyborgs dans la brume et World Brain. Comme commissaire d’exposition Voyages dans les données du monde. Elle réalise actuellement le film Qu’est ce que cela fait d’être une luciole? 2015-2016 sur la découverte de nouvelles espèces à Taiwan, ainsi avec Jeff Guess que le projet Haunted by Algorithms dans le cadre du projet de recherche Média médiums.

Anne ZEITZ: De la "sousveillance" à l'amnésie
Cette communication porte sur des formes d'écriture qui apparaissent en réponse aux mécanismes de la "sousveillance". Le fonctionnement de ces derniers repose sur des processus de data-mining et de profilage à grande envergure. Ces formes contemporaines de la surveillance se détachent fortement de la dimension visuelle. Elles s'exercent davantage par la "lecture" et le calcul de données recueillies. Ainsi émerge l'idée d'une "mémoire algorithmique" en constante transformation. Cette mémoire sera questionnée à travers des exemples textuels issus de la littérature et du cinéma contemporains mettant en œuvre l'amnésie et l'hypermnésie en lien avec les algorithmes qui les traversent et nous traversent.

Anne Zeitz est docteure en Esthétique, Sciences et Technologies des Arts (Université Paris 8) et postdoctorante du Labex Arts-H2H. Associée aux projets de recherche Média Médiums et La Fabrique des arts sonores, elle enseigne à l'Université Paris 8. Ses recherches portent principalement sur les notions de contre-observation et d'images opératoires, ainsi que sur les théories de la "sousveillance" et la dataveillance dans l'art contemporain, la littérature et le cinéma.
Publications récentes
Contre-observations aériennes et dronisées (MCD #78, été 2015).
Moments d'(in)attention, De la temporalité suspendue chez Max Neuhaus (Tacet #4, décembre 2015)
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Pratiques attentionnelles de Order of the Third Bird, dirigées par Graham BURNETT, Joanna FIDUCCIA, Sal RANDOLPH et Justin SMITH

Cette présentation sera basée sur la découverte de documents intrigants relatifs au philosophe Vilém Flusser (1920-1991), un exilé sans fond qui a passé une bonne partie de sa vie au Brésil et se trouve célébré aujourd'hui pour sa vision prémonitoire de notre attention contemporaine dominée par les effets hallucinatoires des "techno-images", produites par des "appareils" comme l'appareil-photo, la caméra, l'ordinateur et le smartphone. Créées dans la chambre obscure d'une "boîte noire", ces images peuvent nous envoûter selon l'encodage dont elles émanent...

D. Graham Burnett vit à New York. Il travaille à l’intersection de la recherche historique et de la pratique artistique. Il s’intéresse aux approches expérimentales et empiriques du matériel textuel, aux modes pédagogiques et aux activités herméneutiques traditionnellement associées aux sciences humaines. Récentes performances (collaboratives): "The Trochilus Exercise" (2016; Gwangju, South Korea); "Schema for a School" (2015; Ljubljana Biennial); and "L’œuvre d’art à l’heure de l’accessibilité discontinue" (2014; Palais de Tokyo, Paris). Burnett est rédacteur dans le Cabinet magazine à Brooklyn et enseigne à l’Université de Princeton (dgrahamburnett.net).

Joanna Fiduccia est critique d’art et doctorante au département en histoire de l’Art à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA), où elle étudie l’histoire et la théorie de la sculpture moderne et d’avant-garde. Parallèlement à son travail universitaire, elle est l’auteur d’essais et de recensions sur l’art contemporain, notamment Parkett, Artforum, et Spike Art Quarterly et fut rédactrice associée à Kaleidoscope. Ses recherches sont soutenues par la société des historiens français, le centre des études européennes et eurasiennes de l’UCLA et la confédération helvétique. Elle a reçu en 2016 une bourse des Mellon/American Council of Learned Societies pour sa thèse.

Sal Randolph est une artiste vivant à Brooklyn, qui travaille entre langage et action. Elle est l’auteur de Money Actions, présentée à la biennale des arts graphiques de Ljubljana en 2011, à la Live Biennal, à Open Engagement, Wave Pool, Moore Galleries et dans Cabinet Magazine. D’autres projets ont fait l’objet d’expositions au Bétonsalon, au Dairy Art Centre, à la Göttingen Kunstverein, La Box Bourges, Röda Sten, BüroFriedrich, Manifesta 4, et au Palais de Tokyo. Elle a enseigné à Princeton et comme artiste invitée à l’Université de Columbia, HEAD Geneva, au musée Guggenheim, Institute for Raüm Experimente, Massachusetts College of Art, Mildred's Lane, RISD. Ses nouveaux travaux sur le langage sont sur Queen Mob's Teahouse, Pith, Otolith, et elle écrit un roman sur Twitter.


Avec le soutien
du Labex Arts-H2H (ANR-10-LABX-80-01), de l’Université Paris 8,
de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, de CréaTIC,
du PAMAL, de l’École Supérieure d'Art d’Avignon,
de l'ENSTA ParisTech, de l’UMR LITT&ARTS (CNRS 5316),
de l’AGIR-PEPS EMCIPP, de l’Université de Grenoble-Alpes
et de l’Institut de France

Labex Arts-H2H
Université Paris 8
ENSAPC CréaTIC
PAMAL
École Supérieure d'Art d’Avignon
ENSTA ParisTech
UMR LITT&ARTS
Université Grenoble Alpes
Institut de France