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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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JEAN-PAUL MICHEL :
LA SURPRISE DE CE QUI EST

Mise à jour
08/09/2016


DU MARDI 12 JUILLET (19 H) AU MARDI 19 JUILLET (14 H) 2016

DIRECTION : Michael BISHOP, Matthieu GOSZTOLA

Avec la participation de Jean-Paul MICHEL

ARGUMENT :

L'œuvre poétique de Jean-Paul Michel, richement diversifiée, constante au cœur de ses puissantes interrogations et son désir de "répondre à la hauteur voulue à la musique de ce qui est", a été remarquée, encouragée et souvent accueillie avec enthousiasme par Breton et Barthes, Foucault et Bonnefoy, Roche et Stéfan, Lacoue-Labarthe et Nancy.

Il s’agit d’une œuvre qui puise profond dans le "statut fondateur de cérémonie et de sacrifice" du poétique compris comme devant faire la preuve de toute la force de sa "valeur d’acte", d’un acte qui cherche à "placer l’être en face de lui-même".

Les interventions de ce colloque, poussant plus loin les études collectives qu’ont offertes Bonté seconde (2002), L’Atelier de Jean-Paul Michel (2009) et la revue NU(e) (2014), s’ouvriront ainsi énergiquement à "la vigueur, à la fraîcheur d’une relation audacieuse au poème" et aux innombrables surprises — violence et vérité, sacré et devoir, brûlure et éclat, stupeur et amour — de ce qui est, qui s’y réfléchissent.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 12 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mercredi 13 juillet
Matin:
Michael BISHOP: Ouverture du colloque
Michel COLLOT: Défense et illustration de la beauté sur terre et dans les textes [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Béatrice BONHOMME: Dans l'éclat et la lumière de la rupture: une écriture de l'être et de la fulgurance

Après-midi:
Jean-Claude PINSON: Hymne et sobriété
Michael BISHOP: Jean-Paul Michel, l'être et ses surprises

Soirée:
Lecture de poèmes par Michel COLLOT et Jean-Paul MICHEL, suivie d'une animation musicale par Michel COLLOT


Jeudi 14 juillet
Matin:
Michael BROPHY: Poïesis et justice chez Jean-Paul Michel
Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: "[...] des éclats qui captent et retiennent les regards [...]"

Après-midi:
Guillaume PIGEARD DE GURBERT: Figure de choses
Arnaud VILLANI: Poésie et métaphysique chez Jean-Paul Michel


Vendredi 15 juillet
Matin:
Susan HARROW: Voyage, valeur, vie: pour une approche éthique du regard michelien
Serge CANADAS: La consécration de la parole dans l'œuvre de Jean-Paul Michel

Après-midi:
Antoine MASSON: Répondre en poète de la commotion du réel adolescent
Marianne FROYE: Réinventer le chant pour repenser les arts et la vie


Samedi 16 juillet
Matin:
Aaron PREVOTS: Jean-Paul Michel ou le pari du journal intime de l'être
Emma WAGSTAFF: "Il n'est pas interdit à la poésie..."
Éric DAZZAN: La promesse et le salut dans l'œuvre de Jean-Paul Michel

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 17 juillet
Matin:
Tristan HORDÉ: Jean-Paul Michel: la poésie et l'édition
Edmundo GARRIDO: La surprise de traduire en espagnol l'œuvre de Jean-Paul Michel

Après-midi:
Françoise NICOL: Le poétique ou "la faculté de cette proposition de figures"
Edmundo GARRIDO: Lecture de poèmes
Éric des GARETS: "L'acharné devoir de ne pas renoncer"
Glenn FETZER: Jean-Paul Michel et l'art du fragment (texte lu par Matthieu GOSZTOLA)


Lundi 18 juillet
Matin:
Matthieu GOSZTOLA: La pure surprise de voir
Scott SHINABARGAR: Le salut d'ici

Après-midi:
Michael G. KELLY: "Le nom vrai d'être est / Chance". De l'assentiment créateur chez Jean-Paul Michel
François RANNOU: Le "Nom" serait aussi un geste

Soirée:
Clément LAYET & Gislinde SEYBERT: Poèmes de Hölderlin (lectures)


Mardi 19 juillet
Matin:
Jean-Paul MICHEL: Réponses aux questions et échange avec les participants

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Michael BISHOP: Jean-Paul Michel, l'être et ses surprises
Cette communication discutera trois questions: l’idée, bataillienne, de "placer l’être en face de lui-même", l’être comme fragmentation et pluralité, symphonie et inachèvement; la notion de hasard et de surprise dans le contexte du choix, de la volonté, de l’invention, de la création; l’entretissement de l’être et du langage, de la surprise et du sens.

Béatrice BONHOMME: Dans l'éclat et la lumière de la rupture: une écriture de l'être et de la fulgurance
Quand on vient d’un monde d’Idées, la surprise est énorme de Jean-Paul Michel est sorti au moment même où deux autres titres étaient réédités (toujours conjointement: Éditions VVV et William Blake & Co.): Placer l’être en face de lui-même et Stupeur et joie de devoirs nouveaux. Ces trois livres bilingues, avec une traduction en anglais, nous parviennent grâce aux efforts de Michael Bishop, critique, comme on le sait, dans les domaines de la poésie et des beaux-arts contemporains, éditeur, poète. Ensemble, ces trois ouvrages permettent de pénétrer dans ce monde à la fois brillamment combatif et rigoureusement médité, lucide et exaltant, que la post-présentation de Bishop nous offre. Quand on vient d’un monde d’Idées, sur lequel nous avons choisi de travailler, est donc un livre écrit à deux mains dans l’amitié du traducteur et de l’auteur, loin de toutes les modes, de tous les attendus. Un texte de l’éclat hölderlinien et de la lumière. Un recueil qui remet d’emblée en question dans son titre la pensée platonicienne et nous ramène à l’habitation de ce monde-ci. L’humour, dont le titre n’est pas exempt, semble ouvrir la disponibilité, la possibilité de l’épars, de l’accueil de l’événement poétique et de sa surprise. Et cela n’est pas de tout repos. C’est un ébranlement. C’est précisément cet arrachement que nous tenterons d'analyser dans cette communication.

Béatrice Bonhomme, poète, directrice de Revue, professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, a créé, en 2003, un axe de recherche dédié à la poésie, POIEMA, au sein du CTEL, Centre qu’elle a dirigé de 2007 à 2012. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e), revue de poésie et d’art, qui a consacré à ce jour 61 dossiers à l’œuvre des poètes contemporains. Elle dirige La Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve qu’elle a fondée en 2004 et elle a publié de nombreux articles et ouvrages critiques sur la poésie moderne et contemporaine.
Plus particulièrement dans le cadre de colloques qu’elle a organisés à Cerisy, elle a publié, en collaboration: Avec les poèmes de Bernard Vargaftig; Intégrités et Transgressions de Pierre Jean Jouve; James Sacré; Dans le feuilletage de la terre, sur l’œuvre poétique de Marie-Claire Bancquart, Jude Stéfan, le festoyant français. Béatrice Bonhomme a également publié des livres de poèmes. On peut citer les derniers titres: Mutilation d’arbre, Passant de la lumière, Précarité de la Lumière, Variations du visage et de la rose, L’Enfant au bouclier indien. Une pièce de théâtre, La Fin de l’éternité a été créée en 2009 à Grenade. Un livre sur l’œuvre poétique de Béatrice Bonhomme  est paru en 2012 chez Peter Lang.


Michael BROPHY:
Poïesis et justice chez Jean-Paul Michel
L’œuvre de Jean-Paul Michel se caractérise par la rigueur et l’envergure de sa portée éthique nourrie de scrupules et d’exigences perpétuellement augmentés sous forme de "devoirs nouveaux". Si la poésie y est qualifiée de "dernière justice", c’est qu’elle veille par-dessus tout à assurer "les conditions d’une existence digne". En effet, toute l’œuvre ne cesse de relancer l’énorme et improbable pari pour que, par le poïein, justice soit faite. C’est cette notion même de "justice", cette "morale en action" que nous proposons d’interroger en considérant la "loi d’art" édictée par le poète.

Professeur à University College Dublin, Michael Brophy est spécialiste de poésie moderne et contemporaine.
Publications et directions d'ouvrages
Eugène Guillevic, Rodopi, 1993.
Voies vers l’autre: Dupin, Bonnefoy, Noël, Guillevic, Rodopi, 1997.
Guillevic: la poésie à la lumière du quotidien, Peter Lang, 2009 .
Guillevic maintenant, Colloque de Cerisy, Champion, 2011.
Ineffacer: l’œuvre et ses fins. Esthétiques et poétiques des XXe et XXIe siècles, Hermann, 2015.


Serge CANADAS: La consécration de la parole dans l'œuvre de Jean-Paul Michel

Il y a dans l’œuvre de Jean-Paul Michel une proposition intempestive. Elle semble balayer, d’un titre l’autre, toutes les intimidations — humiliations — que subit depuis un siècle la parole. Il y a consécration (objective) par ce relèvement (résurrection?) qui a peut-être à voir avec un scénario de conquête originaire lié à l’intact, au sauf (au saint?) d’une enfance. Il y a consécration subjective lorsqu’une parole se propose d’instituer l’être (par déclarations, serments, promesses) jusqu’au sein de la suspicion de fiction projetée schématiquement sur toute opération symbolique; à proportion, peut-être, d’une société devenue sourde et aveugle à ce qu’on nomme sacré, sans lequel il n’est peut-être pas d’accès, d’ouverture au réel. C’est ce pouvoir d’énergie et de risque, de refus et d’adhésion renouvelée qui vaut d’être interrogé aujourd’hui, comme une chance réaffirmée de l’esprit, dont la poésie est le témoin le plus désintéressé.

Serge Canadas a enseigné la linguistique et la littérature françaises dans plusieurs universités d’Amérique et d’Europe, dans celle de Bordeaux III enfin. Ses études ont porté sur les œuvres, notamment, de Flaubert, Hugo, Louis-René des Forêts, Michaux, Jammes, Perse, Jouve, Bonnefoy, Le Grand Jeu, Jean Flaminien.

Michel COLLOT: Défense et illustration de la beauté sur terre et dans les textes

Une émotivité excessive et une culture classique portaient naturellement Jean-Paul Michel vers le lyrisme et des idéaux de beauté, de bonté et de vérité. Dans les années 1970, il a cherché à les mettre à distance par crainte de sombrer dans un expressionnisme et un idéalisme que les avant-gardes littéraires de l’époque récusaient et accusaient de complicité avec l’idéologie dominante. Les années 1980 marquent un tournant dans sa pratique et dans sa conception de la poésie: ses poèmes font place à une expression de plus en plus lyrique et spontanée et sa poétique réaffirme les pouvoirs de la poésie après avoir fait l’épreuve de leur perte et sans rien ignorer de ce qui les conteste. Cette communication se propose de dégager les idées-forces de cette poétique, inséparable d’une éthique, et les formes que revêt cette seconde manière. Elles situent Jean-Paul Michel dans un écart délibérément assumé vis-à-vis de toute une tendance de la production poétique: il peut paraître en effet poétiquement incorrect de défendre et d’illustrer aujourd’hui, comme le fait Jean-Paul Michel dans son activité d’éditeur, de poète et de philosophe, la place du Vrai, du Beau et du Bien. C’est sous les auspices de cette triade platonicienne, volontiers honnie par nos contemporains, que se placera la lecture de cette œuvre aussi exemplaire qu’intempestive.

Michel Collot, professeur émérite de Littérature française à l’Université Sorbonne nouvelle Paris 3, a travaillé principalement sur la poésie moderne et contemporaine.
Essais
L'Horizon fabuleux, Corti,1988.
La Poésie moderne et la structure d’horizon, PUF, 1989.
La Matière-émotion, PUF, 1997.
Paysage et poésie, Corti, 2005.
Le Corps cosmos, La Lettre volée, 2008.
Il a édité les Œuvres poétiques complètes de Supervielle et dirigé la section XXème siècle dans l’Anthologie de la poésie française du XXe siècle dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, 1996 et 2000); et publié cinq recueils de poèmes, parmi lesquels Chaosmos (Belin, 1997), Immuable mobile et De chair et d’air (La Lettre volée, 2002 et 2008).


Benoît CONORT
Benoît Conort est écrivain et universitaire. Il a été vice-président de la Maison des écrivains et de la littérature (MEL). Ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, il a enseigné successivement à l’Université de Kelaniya (Sri Lanka), Marie Curie sklodowska (Lublin, Pologne), Porto (Portugal) et Paris-Ouest Nanterre-La Défense. Il est, depuis 2010, professeur de littérature française à l’Université de Rennes 2. Ses recherches portent plus spécialement sur les formes et l’écriture de la mort et du deuil dans la poésie contemporaine.
Publications
Pour une île à venir, éd. Gallimard, Prix Fénéon.
Au-delà des cercles, éd. Gallimard, Prix Tzara.
Main de Nuit, éd. Champ Vallon, prix Mallarmé.
Écrire dans le Noir, éd. Champ Vallon.
Pierre Jean Jouve: écrire la mort, éd. du Septentrion.
Prochain livre à paraître: Sortir.


Éric DAZZAN: La promesse et le salut dans l'œuvre de Jean-Paul Michel

Cette communication portera sur une question qui a travaillé la modernité poétique dès son ouverture: celle de la promesse et du salut. Question foncièrement romantique qui est encore à l'œuvre dans le lyrisme de Jean-Paul Michel et qui gouverne son rapport aussi bien au langage qu'au réel que la parole de poésie a pour devoir de placer devant lui-même, selon le mot du poète qui paraphrase Bataille. Placer le réel devant lui-même, c'est le reconduire à cette individualité souveraine, seule capable de "vérité humaine" et d'accéder à "une beauté qui fait Loi".

Marianne FROYE: Réinventer le chant pour repenser les arts et la vie

Cette communication vise à montrer combien les expériences d’éditeur de Jean-Paul Michel et ses relations avec de nombreux artistes ont profondément nourri son écriture, à tel point que cette dernière se renouvelle sans cesse et participe au renouveau de l’écriture poétique de la fin du XXe siècle. Le poète, orfèvre et artisan des mots, dessine dans ses recueils les contours d’un lyrisme critique qui devient l’expérience maintes fois réitérée de la nouveauté.

Marianne Froye est docteur ès Lettres. Spécialiste d’André Frénaud, elle enseigne à l’Université de Cergy-Pontoise et poursuit ses recherches en poésie contemporaine autour de la question de la spiritualité, de l’identité du sujet poétique, de la philosophie et des liens entre la poésie et les arts.

Éric des GARETS: "L'acharné devoir de ne pas renoncer"
L'œuvre de Jean-Paul Michel se tient dans le défi, la volonté de ne pas céder au factice, de vouloir une voix qui ne doive rien à quelque servitude que ce soit. Il y a, dans cette attitude, un désir de pureté qui me touche tellement. Un élagage souverain. "La vie ordinaire nous blesse", écrivait Pascal. C'est peu dire que Jean-Paul Michel se sera employé à lui tordre le cou pour aller à la beauté. Il n'a jamais fait commerce des vanités. Une solitude violente, sauvage, admirable. Vouée aux signes, à la vraie vie.

Éric des Garets, vit et travaille à Bruxelles. Il est l'auteur de livres aux horizons divers.
Bibliographie
Écrivains en Aquitaine, "Les visiteurs de Malagar", collectif, Le Festin, 1994.
Certitude d'aimer, William Blake and co, 1997.
Mauriac, Malagar, collectif, "Les visiteurs de Malagar", Confluences, 1997.
Tombeau de Pierre Ysmal, William Blake, 2004.
Mohé, Les bords perdus, 2005.
Le Bassin d'Arcachon, Actes Sud, 2007.
Du rugby (version revue et augmentée), Castor Astral, 2007.
Du ballon de rugby, Confluences, 2007.
Un dictionnaire François Mauriac, Le Festin, 2008.
Lumières du Sud Ouest, collectif, Le Festin, 2009.
Chasser l'intrus, Carnets (2003-2006), Le Bleu du ciel, 2012.
MatcH, avec Donatien Garnier, Atelier des baies, 2013.
Pier Paolo Pasolini, une suite et autres poèmes, Le Bleu du ciel, 2015.


Edmundo GARRIDO: La surprise de traduire en espagnol l'œuvre de Jean-Paul Michel
À partir de l’expérience de traduction en espagnol des essais et poésies de Jean-Paul Michel, cette communication tentera de dégager l’importance et l’actualité de ces écrits dans le monde hispanophone à partir de la publication de "La vida es una quemadura, no un calculo...", "Apostrofe a la belleza dividida", "Nuestros enemigos delinean nuestro rostro" (Critica, Puebla, Mexique, 2012; Un acantilado, como la existencia, Madrid, 2013; "Tres poemas italianos", Angulo recto, Madrid, 2014, et alors que se prépare l'édition bilingue de l’intégrale de Défends-toi, Beauté violente !, Madrid, 2016.

Edmundo Garrido (qui a publié aussi sous le nom de plume de Juan Sorros) est écrivain, traducteur et éditeur, en Espagne et en Amérique latine. Né à Santiago du Chili en 1975. Il dirige la collection de poésie Transatlantica / Portbou et est l’éditeur de Libros de la resistencia. Il a contribué au n°56 de la revue Nu(e) consacré à Jean-Paul Michel, Nice, 2014, sous la direction de Matthieu Gosztola par "Un voyage transatlantique".
Publications
Tanatorio, prix Gabriela Mistrak, 2000.
Cineraria, prix du Conseil du Livre du Chili, 2008.
L’objet ARA, maquina de memoria, 2012.

Matthieu GOSZTOLA: La pure surprise de voir
Cette communication interrogera le haut, fécond dialogue entre Jean-Paul Michel et Jean-Marie Pontévia, (qui a pris la forme sans forme (forme éternelle) de l’amitié perdurant (constant élan) au mépris de la mort), autour et de la surprise éclatante de ce qui est et des sorcelleries qui viventpour répondre à cet éclat pluriel et renversant, littéralement désarçonnant: ces sorcelleries que sont les œuvres d’art. "Les Grecs, écrit Jean-Marie Pontévia, ont inventé une façon d’être au monde qui pourrait se dire "être-dans-la-beauté": ils ont saisi l’Être en tant que Beauté, c’est-à-dire dans un mode particulier de la Présence. Ils ont éprouvé l’apparence comme resplendissante et ravissante [...], comme saisissante. C’est dire qu’ils ont accordé un privilège à tout ce qui, dans l’apparence, brille, scintille, étincelle, resplendit, mais on aurait tort de croire un peu vite que c’est là un trait de naïveté primitive; c’est nous qui sommes des primitifs, de croire que seul l’or brille. Pour les Grecs l’éclat de l’apparence était perceptible là où nous ne le soupçonnons même pas". Là, c’est-à-dire? Partout, oui, partout dans le "grand réel" lorsque celui-ci est vraiment (c’est-à-dire avec la vérité propre à notre expérience d’avant les dogmes, d’avant les topoï) senti, ressenti, pesé, vécu. "J’appelle "Poème", écrit Jean-Paul Michel, toute manière humaine de faire face au grand réel; tout geste esquissé pour lui répondre, toute forme risquée pour lui donner contrepartie. Marques, bornes, menhirs, totems, cippes, stèles, la danse et le chant, les peintures tégumentaires, la coiffure, le vêtement, le cérémonial de chaque jour — les livres: autant de voies pour cet affrontement d’impossible en face. Ces sorcelleries font signe vers la nécessité de nous détourner de ce qui serait funeste. Elles parient avec audace sur une augmentation possible de ce qui est".

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le prix des découvreurs. Il a publié une trentaine d'ouvrages qui appartiennent aux genres suivants (autant qu’ils cherchent à les subvertir): poème, aphorisme, prose, essai, théâtre. Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.
Publications
Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau).
Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin
(Éditions de l’Atlantique).
Matière à respirer (Création et Recherche).
Site internet: http://www.matthieugosztola.com


Susan HARROW: Voyage, valeur, vie: pour une approche éthique du regard michelien
Hésitation exquise entre poésie et prose, poésie et philosophie, poésie et pérégrination, les carnets et écrits de voyage de Jean-Paul Michel nous invitent à parcourir page et paysage (verbal, visuel), éthique et esthétique, à la recherche — et au partage — d’illuminations inaugurales, de connexions sidérantes, de témoignages transformateurs. Le face-à-face avec une existence revigorée, réelle ou potentielle, met d’emblée en relief la valeur méliorative de l’écriture dans le tracé d’un don ou d’une leçon. S’inspirant de réflexions contemporaines sur le don poétique et la leçon esthétique ou éthique, notre approche des écrits de voyage du poète explorera trois questions fondamentales: l’imbrication des valeurs éthiques et ekphrastiques; la leçon de la couleur; la saisie réciproque de la beauté et de la bonté.

Susan Harrow est professeur titulaire à l’Université de Bristol (Grande-Bretagne). Spécialiste des lettres modernes, elle est l’auteur de travaux sur la poésie et d’ouvrages sur la modernité littéraire. Elle réalise actuellement un projet monographique sur l’expression de la couleur dans la poésie française moderne et contemporaine.
Publication
The Material, the Real and the Fractured Self, Toronto UP, 2004.

Tristan HORDÉ: Jean-Paul Michel: la poésie et l'édition
L’activité d’écriture et le travail de l’éditeur n’ont jamais été séparés pour Jean-Paul Michel. Il ne s’agit pas pour lui de fabriquer de "beaux" livres, mais de construire une relation juste entre le poème et la page, le texte étant destiné à être visible: lu (à voix haute ou non), mais en même temps forme. De là, les recherches typographiques, le choix du papier et du format, parfois l’intervention de l’illustration, pour l’ensemble des livres qu’il a décidé d’éditer, et pas seulement pour ses propres poèmes C’est le statut complexe du  texte dans le livre que nous interrogerons.

Lexicographe et critique, Tristan Hordé a participé à plusieurs colloques à Cerisy (James Sacré, Jean Bollack, Jude Stéfan, Philippe Beck, Christian Prigent). Collabore notamment aux revues Europe, Sitaudis.
Bibliographie
Jean-Paul Michel, Bonté seconde, cahier dirigé par Tristan Hordé, éditions Joseph K., 2002.


Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: "[...] des éclats qui captent et retiennent les regards [...]"
"La peinture, le dessin, la photographie, les arts de l’œil en général, ont sur moi un pouvoir dont je n’essaie pas de me défendre"(1), reconnaît Jean-Paul Michel dans un entretien de 1993. Et d’ajouter que la vue est chez lui un "sens [à ce point] dominant" que "la contemplation sidérée de presque n’importe quel spectacle peut "[l]’absorber sans limite et [lui] procurer une joie complète"(2). Or cette joie sans cesse reconduite "dans la surprise de voir"(3) habite sans nul doute une écriture que peintures, gravures ou paysages soutiennent de leurs "éclats" réciproques — de leurs mallarméennes "scintillations". Ainsi répondre à hauteur d’écriture à un paysage, dialoguer avec les états d’une gravure(4), rêver un livre peint, "parler"(5) — tel Bonnefoy avec Goya — avec les peintres ou "disposer [...] des signes" pour que, "[d]es espacements neufs", naisse "[u]ne autre cadence de la lecture"(6), est-ce "donner figure à notre joie"(7), répondre au visible par des formes — faire le pari de l’art, de ses effets, "éclat contre éclat"(8). Ce sont ces "correspondances" entre les "éclats qui captent et retiennent les regards"(9) du poète et l’en-allée de son écriture que je me propose de lire. Et peut-être "déceler des constantes qui auraient, à [s]on insu, dans [s]on œil, leur secret"(10).

(1) "Cette poussière de beautés nouvelles qui signent un écrivain...", entretien avec Éric des Garets [1993], in: Les Inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles [abrégé en II], Paris: Flammarion, coll. "Poésie", 2013, p.53.
(2) Id.
(3) Référence est faite ici à Dans la surprise de voir, avec Alexandre Hollan, Bordeaux: William Blake & Co., 2004.
(4) Référence est faite ici à "Placer l’être en face de lui-même" / Carnets de Sicile (été 1994), avec Farhad Ostovani, Neuf états d’une gravure, Bordeaux: William Blake & Co., 2008.
(5) "Donner pour être / Yves Bonnefoy, Goya, les peintures noires" / "La compassion absolue est le seul réel dans un univers où tout est illusoire sauf la douleur", in: II, p.243.
(6) Référence est faite ici à Le Rêve d’un livre peint, avec Eugenio López, Géométries, La Casa Dipinta / Bordeaux: William Blake & Co., 2002.
(7) "Le Héros veut battre la douleur" [1980-1981], in: Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre, Paris: Flammarion, coll. "Poésie", 2010, p.98.
(8) "À Pierre Bergounioux", in: II, p.60.
(9) "Cette poussière de beautés nouvelles qui signent un écrivain...", in: II, p.53.
(10) Id.


Spécialiste de poésie française et francophone moderne et contemporaine, Marie Joqueviel-Bourjea est maîtresse de Conférences HDR en littérature des XXe et XXIe siècles à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3. Sa recherche s’intéresse également aux relations qu’entretiennent poésie et peinture à la modernité.
Derniers ouvrages parus
René Depestre, le soleil devant (en collaboration avec Béatrice Bonhomme), Hermann, 2015.
Jacques Réda. À pied d’œuvre, Champion, 2015.
Tout au milieu, la limite. Conversation avec le peintre Jacques Clauzel, Tandem, 2014.
Marie Étienne: organiser l’indicible, L’Improviste, 2013.
Nu(e) Marie Étienne, n°47, 2011.


Michael G. KELLY: "Le nom vrai d'être est /
Chance". De l'assentiment créateur chez Jean-Paul Michel
[NB: Chance en italiques (il s’agit d’une citation de JPM), "/" marque la fin d’un vers]
Cette intervention se propose d’explorer une tension observable dans l’écriture de Jean-Paul Michel entre la réflexion qui s’y poursuit sur l’acte de nommer et l’engagement durable dont elle témoigne envers la possibilité de créer.  Il ne s’agit pas là d’une incertitude sur de prétendus pouvoirs de la parole, mais d’une sensibilité ouverte, précaire comme le poème qui en découle, qu’on nommera ici assentiment créateur. Dans cette perspective, "la surprise de ce qui est" désignerait non seulement une capacité du monde à l’égard du sujet (surpris) indissociable d’une attention du sujet à l’affût du monde (surpris à son tour) — mais en outre le processus indéfini et heureux par lequel le poète cherche à articuler ces mouvements d’apparence contradictoires.

Michael G. Kelly enseigne la littérature française et comparée à l’Université de Limerick (Irlande).
Publications et direction d'ouvrages
Strands of Utopia. Spaces of Poetic Work in Twentieth-Century France,  Legenda (Oxford), 2008.
Chantiers du poème. Prémisses et pratiques de la création poétique moderne et contemporaine), Peter Lang, 2013.
French Forum, numéro intitulé "Poetic Practice and the Practice of Poetics in French since 1945", 2012.
L’Esprit créateur, numéro sur les rapports entre poésie, philosophie et politique, 2015.


Clément LAYET: Poèmes de Hölderlin

Dans les poèmes et dans les essais de Jean-Paul Michel, comme dans son œuvre d’éditeur, Friedrich Hölderlin occupe une place incomparable. Il est "pour nous, aujourd’hui, la Loi". Non pas au sens où Hölderlin serait le nom d’une autorité suprême. Mais parce que sa parole est elle-même entièrement tendue vers le foyer de relations dont la légalité non-écrite nous apparaît, aujourd’hui peut-être plus violemment que jamais, la seule souveraineté. Nous lirons une traduction de trois de ses hymnes.
 
Clément Layet est né au Havre en 1978. Il a traduit des poèmes de Hölderlin aux éditions William Blake & Co ("C’est là une tout autre clarté": Fête de la paix et huit autres poèmes, 2014).
Il est également l’auteur d’une présentation de l’œuvre du poète André du Bouchet (Seghers, 2002), d’une édition de ses essais sur la poésie et d’un choix d’annotations de ses carnets (tous deux parus en 2011 aux éditions Le Bruit du temps).


Antoine MASSON: Répondre en poète de la commotion du réel adolescent

Si le moment adolescentmoment poétique — conjugue les deux versants du choc du réel et de l’art de naître, l’écriture de Jean-Paul Michel ouvre une voie — une voix — des plus précieuses, consistant en une tentative remarquable d’affronter en poésie un tel moment adolescent, d’inscrire le pli de la commotion et des signes qui en répondent. Si le poète écrit toujours sous l’effet d’une impulsion, d’une commotion, d’une attente, il ne s’agit cependant pas de simplement y céder, mais bien d’y "faire face" avec le pouvoir fragile des signes, au-delà de l’exubérance transgressive qui s’imagine inventer, là où elle ne fait que répéter. Fusse avec des ciseaux, la visée du poète, dans la suite de Rimbaud, est d’arracher, découper, atteindre "le lieu et la formule", selon l’"exigence d’une forme juste", pourtant non oublieuse de "la farouche promesse de vérité et d’honneur de son aurore", terrible aurore.

Antoine Masson est psychiatre et psychanalyste, inscrit à Espace analytique Belgique et France, coresponsable d’un département de consultation pour Adolescents et Jeunes Adultes à Bruxelles. Il est professeur à l’École de Criminologie de l’Université Catholique de Louvain et au Département de Philosophie de l’Université de Namur. Il présente le groupe belge FNRS "Cliniques de la création". Sa thèse de doctorat ainsi que nombre de ses articles traitent du rapport entre la poésie (ainsi que l’art) et la clinique selon une approche originale visant à dégager un acte analogue dans les deux champs et produire une connaissance nouvelle grâce à une telle mise en résonnance.

Gérard NOIRET: Ce qui fait événement chez Jean-Paul Michel

Quelles sont les pages, les vers et les propositions qui font de JPM un poète qui saute au visage d'un lecteur de poèmes depuis 30 ans.

Gérard Noiret, né en 1948, a publié depuis 1982 une dizaine de livres de poèmes et un roman aux éditions Actes Sud, Maurice Nadeau et Obsidiane. Publie des articles au Monde Diplomatique. Membre du Comité de Rédaction d'Europe, de Secousse et aujourd'hui d'En attendant Nadeau après avoir participé plus de 30 ans à La Quinzaine Littéraire. Plusieurs de ses textes ont été mis en voix par France Culture et porté à la scène.

Françoise NICOL: Le poétique ou "la faculté de cette proposition de figures"

Contre une acception trop restreinte, "le poétique en général (tous arts confondus)" est défini par Jean-Paul Michel comme "la faculté de cette proposition de figures du visible, de l'audible, du dicible, du pensable" (Revue Secousse, mars 2015). C’est dans la confrontation à la peinture que sera examiné "le pouvoir de révélation" de la langue (Dans la surprise de voir). Entre dicible et visible, on étudiera d’abord, dans les Écrits sur la poésie 1981-2012, la présence du nom "figure", au singulier ou au pluriel, rapporté au domaine de la peinture, comme peuvent l’être les mots "sens" ou (faire) "signe". Mais un lieu privilégié de cette confrontation est le Livre comme "action"(1). On observera en particulier les possibilités ouvertes par les trois livres publiés par Thierry Le Saëc à la Canopée (Notre inaptitude à connaître est énorme, 2007, Stupeur et joie de devoirs nouveaux, 2009, Introduire un peu d’art dans nos sentiments, 2013).
(1) Jean-Paul Michel, "Un si improbable objet (quant au livre d’artiste)", in Thierry Le Saëc, Les éditions de la Canopée, 2006-2015, Correspondances, Musée de Vannes, 2014.

Françoise Nicol est maître de conférences HDR à l’Université de Nantes. Spécialiste des relations entre littérature et arts visuels aux XXe et XXIe siècles, des livres du peintre Braque, objet de sa thèse dirigée par J. Chénieux-Gendron, à la critique d’art.
Publication et direction d'ouvrage
Georges Limbour, L’Aventure critique, Presses Universitaires de Rennes, 2014.
Avec M. Colin-Picon, édition des écrits sur la peinture de G. Limbour, Spectateur des arts, Le Bruit du temps, 2013.

Gérard NOIRET:
Ce qui fait événement

Cette communication tentera de répondre à la question suivantate: quelles sont les pages, les vers et les propositions qui font de Jean-Paul Michel un poète qui saute au visage d'un lectuer de poèmes depuis 30 ans?

Gérard Noiret, né en 1948, est memdre du comité de rédaction d'Europe, de Secousse et aujourd'hui d'En attendant Nadeau après avoir participé pendant plus de 30 ans à la Quinzaine littéraire. Il a également publié des articles dans le Monde Diplomatique. Plusieurs de ses textes ont été mis en voic par France Culture et porté à la scène.
Publications
Poésie
Autoportrait au soleil couchant, Obsidiane, 2011  (Prix Max Jacob, 2012)
Atlantides, Action Poétique, 2008
Pris dans les choses , Obsidiane, 2003
Toutes voix confondues, Maurice Nadeau, 1998 (Prix des découvreurs, 1999)
Tags, Maurice Nadeau, 1994
Le commun des mortels, Actes Sud, 1990 (Prix Tristan Tzara, 1991)
Chatilla, Actes Sud, 1986
Le pain aux alouettes, Temps Actuels, 1982
Romans
Polyptique de la dame à la glycine, Actes Sud, 2000
Chroniques d'inquiétude, Actes Sud, 1994

Guillaume PIGEARD DE GURBERT: Figure de choses

Si Jean-Paul Michel a fait de la poésie un art de la boxe ("casser la figure") qui se pratique aux ciseaux pour couper "ce qui est" des figures du poétique (science et philosophie incluses), c’est en libérant un espace inhabitable entre ce qui est et la fiction du dicible, où le poète "à peine chante", l’espace d’un instant, la poésie d’une "figure de choses" laissée en suspens:
tu
t’avances dans le
respect et ta main hé
site avant de donner à
ce qui est
figure de choses
connues et
définies.

Guillaume Pigeard de Gurbert est professeur de philosophie en khâgne. Son travail reconduit la philosophie à sa sensibilité poétique à l’impensable. Son dernier livre, Le Spectre du possible (Kimé, 2016), se fonde en ce sens sur une relecture du Poème de Parménide et de l’histoire de la philosophie.
Publications
"Le cran du poète", numéro sur Jean-Paul Michel de la Revue Nu(e).
"L’accusation poétique", à paraître aux Presses de l’Université de Provence.
Contre la philosophie, Actes Sud.


Jean-Claude PINSON: Hymne et sobriété

Il me semble que, pour l’essentiel, ce sont des hymnes (à la beauté, à la brûlure tragique d’exister, à la fête que devrait être vivre...) qu’écrit Jean-Paul Michel. Et il le fait à contre-courant de l’époque; à contre-courant de ce qu’il nomme son "nihilisme". Quand l’air du temps est au dénigrement, à l’ironie systématique, il a le grand courage en effet de l’affirmation. Il prend ainsi le risque de l’emphase qui accompagne, presque inévitablement, l’entreprise de chanter la grandeur, la hauteur, quand l’âge démocratique qui est le nôtre achève d’araser toutes les éminences. La question principale que pose donc, à mes yeux, cette œuvre singulière, solitairement intempestive, est celle de l’hymne en des temps où la sobriété paraît plus que jamais requise — en des temps où sans doute s’impose ce que Jean-Christophe Bailly nomme "une contrainte non fabuleuse". C’est elle, cette question, celle de l’hymne en des temps de détresse et de "dé-fabulation", que je voudrais traiter. Ce sera ma façon de saluer cette œuvre, à la hauteur qui est sienne (je l’espère), même si ma propre longueur d’onde est assez différente (quoique par bien des côtés nous soit commune la même "étroite bande de terme ferme" que Jean-Paul Michel évoque à propos de Bonnefoy et de son rapport à Leopardi).

Aaron PREVOTS: Jean-Paul Michel ou le pari du journal intime de l'être

Cette communication examinera les poèmes de vers centrés chez Jean-Paul Michel, pour révéler l’éclat inhérent à leur dire et les changements de perspective qui s’y inscrivent. Nous mettrons en relief leur originalité et leur intertextualité, leur musicale "commotion émotive" et l’accueil de cette commotion, leurs tensions énonciatives et la tranquillité retrouvée vers laquelles ils tendent. Il s’agira d’équivalences entre le sincère et le beau, l’appréhension directe et la vérité, le dedans et le dehors. Au travers de poèmes représentatifs et de parallèles entre Michel, Dante, Hölderlin, et Hopkins, nous insisterons sur son actualité paradoxale: à l’écart des modes, il partage avec le lecteur une façon d’être ardente et tendre, enthousiaste et avisée, liée au tout de l’être pour faire contrepoids au conceptuel.

Aaron Prevots est professeur associé à la Southwestern University (États-Unis). Ses recherches portent sur la poésie française et la musique. Il est l’auteur d’articles sur Rimbaud, Guillevic, Bonnefoy, Jaccottet, Réda, et Michel, et d’une monographie sur Réda à paraître chez Brill Rodopi.
Publications et traductions
Jacques Réda (Retour au calme / Return to Calm, Europes, Treize chansons de l’amour noir / Thirteen Songs of Dark Love)
Bernard Vargaftig (Comme respirer / As Breathing)
chez Host Publications et aux Éditions VVV.

François RANNOU: Le "Nom" serait aussi un geste

D’un "autre" Nom répondant "à la folie du Poème" jusqu’à la justesse du geste de vivre debout, du pseudonyme au vrai Nom inconnu du "grand réel": ma tentative sera d’interroger l’espace d’une œuvre qui aux valeurs du père répond par un mouvement héroïque à perte, chancelant, ouvert et ceint, fort, gagné.

François Rannou poète, essayiste. Dans son travail, on trouve l’alliance d’un lyrisme très personnel et d’un sens graphique qui peut rappeler à la fois Cummings et Seuphor. Éditeur, il s’occupe de la collection de poésie "L'Inadvertance":
[http://www.publie.net/le-catalogue-numerique/litterature-francaise/linadvertance/].
Il co-dirige avec Pierre-Yves Soucy la collection "Poiesis" [http://www.lettrevolee.com/spip.php?rubrique25] aux éditions la Lettre volée. Il a participé au colloque de Cerisy sur André du Bouchet [http://remue.net/spip.php?article2282] et a coordonné deux importants volumes sur ce poète (pour la revue L’étrangère). Il a participé au numéro de la revue Nu(e) [http://www.terreaciel.net/La-revue-Nu-e-consacre-un-numero#.Vp32B_GHp4d] sur Jean-Paul Michel
.
Publications
rapt [http://lelivresestouvert.hautetfort.com/]
Le Livre s'est ouvert
[http://cahiercritiquedepoesie.fr/ccp-30-1/francois-rannou-le-livre-sest-ouvert]
La Chèvre noire [http://www.publie.net/le-cheminement-de-francois-rannou-dans-la-chevre-noire-vu-par-jacques-josse/]


Scott SHINABARGAR: Le salut d'ici

L’œuvre de Jean-Paul Michel renvoie à l’une des sources de la poésie — la louange irrépressible de l’existence. Tandis que le lyrisme a été valorisé à travers l’histoire, l’effusion de notre contemporain est d’autant plus remarquable pour avoir coulé contre ce qui la nierait, rejet d’un cynisme croissant envers l’expression de l’affirmation. Une voix qui se réjouit, il faut noter, même enl’absence de joie. En effet, cette communication souhaite illuminer ce que l’on pourrait désigner comme passion sans pathos — un équilibre subtile de forces qui est maintenu dans la poésie de Michel, à travers plusieurs éléments récurrents: l’alternation d’instants d’illumination et de souffrance; l’insistance véhémente du sujet poétique à habiter pleinement ces deux états opposés (par l’emphase du déictique: ici, cela, ...); et, enfin, le plus modeste des gestes discursifs, re-connaissance qui nous sauve de la pesanteur de l’aliénation: la salutation du réel.

Scott Shinabargar est professeur de lettres françaises à Winthrop University aux États-Unis. Ses recherches portent principalement sur la poésie des dix-neuvième et vingtième siècles, et la problématique de la révolte — les moyens de l’exprimer, ainsi que les limitations qu’elle entraîne.
Son livre, The Revolting Body of Poetry — sur Baudelaire, Lautréamont, Césaire, Char — sortira cet automne.


Arnaud VILLANI:
Poésie et métaphysique chez Jean-Paul Michel
La question se pose de savoir si l'aspiration métaphysique n'est pas, en poésie, une façon de tendre au maximum la toile sensible, et d'obtenir la meilleure "voilure" pour une navigation du réel, qui ne cherche ni à le fuir, ni à le comparer, mais à l'habiter.

Écrivain, philosophe, Arnaud Villani écrit et traduit de la poésie.
Dernière publication
Philosophie du feu. Le courage d'être heureux, Éditions sur le Fil, 2015.

Emma WAGSTAFF: "Il n'est pas interdit à la poésie..."
Dans les essais critiques de Jean-Paul Michel se trouvent de nombreux mots qui sont liés à l’autorisation: permettre; l’audace; la règle; le législateur; l’interdit. L’assertion que nous reprenons pour titre de cette communication incite deux pistes de réflexion. Premièrement, sa formulation négative introduit de l’ambiguïté: le poète a-t-il le droit d’être audacieux ou a-t-il plutôt l’obligation de l’être? et la poésie peut-elle ou non répondre à ces exigeances de manière directe? Ensuite, vu que la phrase fait partie d’un court texte sur Alberto Giacometti, la poésie a-t-elle des droits ou des devoirs particuliers quand elle entre en contact avec les arts plastiques? Nous examinerons l’œuvre de Jean-Paul Michel dans la perspective des limites que la poésie établit et franchit, puis nous proposerons qu’il s’agit d’une tentative rigoureuse de trouver les contraintes qui seraient les plus aptes à délimiter la tâche du poète.

Emma Wagstaff est maître de conférences à l’Université de Birmingham au Royaume-Uni.
Publications
Provisionality and the Poem: Transition in the Work of André du Bouchet, Philippe Jaccottet and Bernard Noël, Rodopi, 2006.
Writing Art: French Literary Responses to the Work of Alberto Giacometti, Peter Lang, 2011.
Avec Nina Parish, elle dirige un réseau de recherche sur la poésie contemporaine, et elle a co-dirigé, avec Hugues Azérad, Michael G. Kelly, et Nina Parish, deux volumes collectifs sur la poésie (2012).


BIBLIOGRAPHIE :

Jean-Paul Michel, Le plus réel est ce hasard, et ce feu, Flammarion, 1997 / 2006.
Jean-Paul Michel, Défends-toi, Beauté violente !, Flammarion, 2001.
Jean-Paul Michel, La vérité, jusqu’à la faute, Gallimard, NRF, 1995.
Jean-Paul Michel, Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre, Flammarion, 2010.
Jean-Paul Michel, Quand on vient d’un monde d’Idées, la surprise est énorme / When One Comes from a World of Ideas, Vast is the Surprise, quarante poèmes choisis, traduits et post-présentés par Michael Bishop, Éditions VVV/William Blake & Co., 2013.
Jean-Paul Michel, Écrits sur la poésie, Flammarion, 2013.
Jean-Paul Michel, Stupeur et Joie de devoirs nouveaux, Éditions VVV, 2009 (Coédition avec William Blake & Co., 2013, Édition bilingue).
Jean-Paul Michel, Placer l’être "en face de lui-même", Éditions VVV, 2010 (Coédition avec William Blake & Co., 2013, Édition bilingue).
Bonté seconde, Joseph K., 2002 (Cahier dirigé par Tristan Hordé).
L’atelier de Jean-Paul Michel, Numéro spécial, dirigé par Jean-Paul Bota, de la revue Le Préau des Collines, 2009.
Jean-Paul Michel, Numéro spécial, coordonné par Matthieu Gosztola, de la revue NU(e), 2014.