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" Page mise à jour le 2 mai 2012
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DU SAMEDI 9 JUIN (19 H) AU SAMEDI 16 JUIN (14 H) 2012



ROBERT MISRAHI :

POUR UNE ÉTHIQUE DE LA JOIE


DIRECTION : Véronique VERDIER

Avec la participation de Robert MISRAHI

ARGUMENT :

Robert Misrahi élabore une philosophie exigeante qui s’est toujours tenue à distance des modes traversant le champ intellectuel et qui pourrait se définir comme un humanisme moderne. Son propos est de décrire les conditions de possibilité de l’accès de chacun et de tous à une existence heureuse.

Ce colloque réunira des philosophes qui mettront en résonances avec leurs propres recherches les principaux aspects de cette philosophie: entre autres, la question du désir, du corps et de la conscience, la redéfinition du bonheur comme acte d’un sujet, la problématique de la liberté. C’est aussi le rapport d’une philosophie résolument novatrice à ses sources qui sera interrogé: quelle nourriture ont constitué les lectures de Spinoza et de Sartre? Quel sens l’auteur accorde-t-il à une philosophie du sujet qui se situe tout en s’en démarquant dans la prolongation de la phénoménologie de Husserl?

Des personnalités des sciences humaines, du monde de l’entreprise, du domaine artistique témoigneront du fait qu’une philosophie peut avoir une incidence concrète et existentielle. Ils interviendront pour dire comment cette philosophie s’est diffusée dans leur propre pratique.

On n’oubliera pas l’aspect politique de cette pensée qui aborde en particulier la crise, concept transversal, et tente de refonder le concept de démocratie. Création, bonheur et utopie constituant les différentes figures d’une philosophie contemporaine éminemment vivante et féconde.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 10 juin
Matin:
Robert MISRAHI: Mon rapport au temps philosophique
Michel ONFRAY: La traversée du siècle

Après-midi:
Véronique VERDIER: La problématique de la crise dans la philosophie de Robert Misrahi
Patrick LANG: L’anthropologie philosophique du sujet dans la discussion contemporaine

Soirée:
Projection d'un film de Catherine et Mary-Pierre Vadelorge


Lundi 11 juin
Matin:
Bertrand VERGELY: La liberté à partir des travaux de Robert Misrahi
Maurice BARBOT: Au-delà de la morale: l’éthique

Après-midi:
Anne MOUNIC: Le rien de lumière et les demeures intérieures: poésie et philosophie
Yannick BUTEL: Dramaturgie du soi ou la théâtralité de Construction d’un château

Soirée:
Concert de Gilles DELIÈGE, alto


Mardi 12 juin
Matin:
Delphine BOUIT: Un architecte de la vie
Soledad SIMON: Le corps-sujet et les neurosciences: le regard du philosophe

Après-midi:
Jean-Paul THOMAS: Différence de la philosophie de la médecine chez Misrahi et chez Canguilhem
Antoine SPIRE: L’approche de la mort, soins palliatifs et euthanasie

Soirée:
Projection du film d'Alain Chrétien


Mercredi 13 juin
Matin:
Nicolas MARTIN: Expérience d'une lecture
Alain CHRÉTIEN: La philosophie comme sotériologie: témoignage d'une conversion

Incidence de la lecture des œuvres de Robert Misrahi, table ronde avec Yvon BEC et Alain CHRÉTIEN

Après-midi:
Silvia LIPPI: Le rapport corporel: pensée et désir chez Spinoza
Jacques PEARON: Le travail de la liberté, philosophie et psychothérapie en dialogue existentiel

Soirée:
Projection du film de Dominique-Emmanuel Blanchard et de Nicolas Martin


Jeudi 14 juin
Matin:
Hervé GOUIL: La place de la coopération dans une conception eudémoniste du travail et de l’échange économique
Bernard MONGE & Christophe THIEBAULT: Le bonheur d’entreprendre

Après-midi:
Marc PERELMAN: Architecture: l’utopie froide du mouvement moderne
Stéphane BAUMONT: Robert Misrahi, philosophe de la démocratie existentielle


Vendredi 15 juin
Matin:
Nicolas GO: Les gais savoirs - les actes de la joie en éducation
Jean-Jacques RASSIAL: Un enseignement philosophique: Robert Misrahi

Après-midi:
Vers la Haut Pays, table ronde autour de la photographie avec Nicolas GO, Gilbert GORMEZANO et Pierre MINOT

Soirée:
Projection d'un ensemble de photographies réalisées par Gilbert GORMEZANO & Pierre MINOT


Samedi 16 juin
Matin:
Robert MISRAHI: La joie comme acte et le tout-autre

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Maurice BARBOT: Au-delà de la morale: l’éthique
Malgré l’identification usuelle des deux termes de morale et d’éthique, leur distinction dans la perspective d’une conduite de l’existence épanouie et responsable apparaît judicieuse et nécessaire. La morale pose Le Bien (et de fait plus encore Le Mal !) comme valeur absolue, universellement connue et reconnue, et comme le régulateur supposé idéal des mœurs, politiques, sociales et relationnelles. Elle est normative: interdit, éventuellement autorise, et impose les valeurs du Mal et du Bien. L’éthique peut, de notre point de vue, utilement désigner la recherche et la mise en œuvre d’une existence libre et heureuse, orientée par l’expérience de la joie et la recherche existentielle de la libre joie se déployant dans une relation à autrui et aux autres la plus épanouie possible: l’éthique est alors le travail intellectuel et existentiel qui permet le passage d’une liberté spontanée (empirique) à une liberté seconde, authentiquement réfléchie, véritable travail de (et sur) la liberté, consistant en une conversion philosophique.

Soucieux d’une compréhension fondée de l’existence et de la liberté, des relations "vraies" à autrui, en vue d’une existence heureuse, partagée, authentique, ma rencontre avec Robert Misrahi (1963) m’a conforté et orienté dans la recherche d’un itinéraire philosophique éthique phénoménologique, existentiel, poétique et amoureux. Professeur de philosophie de 1971 jusqu’en 2002, j’ai travaillé à pratiquer une pédagogie fondée sur cette recherche. J’ai archivé les enregistrements des cours universitaires de Robert Misrahi, ses articles, ses interventions (textes et/ou enregistrements), conférences, participations à des colloques, séminaires, dans des universités, lycées, pour des associations, des formations ponctuelles, des médias (voir ci-dessous: Bibliographie de Robert Misrahi).
Bibliographie personnelle
Compte rendu de lecture des Actes de la Joie de R.M. Paris, P.U.F., 1987, dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger, n°2 –avril-juin 1990, P.U.F. , pp. 427-433.
Transcription avec un groupe d’étudiants, et réécriture en vue de publication du texte du cours de licence de R.M. (Paris I-Sorbonne) 1987-88 : Le Désir, inédit.
Préface au recueil d’articles de R.M. sur Spinoza: L’Être et la Joie, Perspectives synthétiques sur le spinozisme, Encre marine, 1997.
"Il n’y a pas de problème du mal", Journal de philosophie: PENSER au présent, n°2 – mars-avril 1999.
Préface au recueil d’articles de R.M.: Un juif laïque en France, éditions Médicis-Entrelacs, 2004.
Bibliographie de Robert Misrahi établie par Maurice Barbot et Marc Haffen, publiée à la fin du livre de R.M.: Le travail de la liberté, éditions Le Bord de l’eau, 2008, pp. 242-292.
Une philosophie éthique pour notre temps. Dialogues entre Robert Misrahi et Maurice Barbot, à paraître.
"Enseignement philosophique de la liberté et apprentissage de la liberté", pour la revue PEUT-ETRE, Revue de l’Association des amis de Claude Vigée, n°4, à paraître en janvier 2013.


Stéphane BAUMONT: Robert Misrahi, philosophe de la démocratie existentielle
Voici les sept points qui permettront de répondre à leur manière au désarroi général et au désenchantement citoyen qui a saisi la vie politique en France.
1) Bonheur et droit constitutionnel de 1789 à aujourd'hui: pour une lecture constitutionnelle du bonheur à l'aune de l'analyse du philosophe Robert Misrahi.
2) Robert Misrahi: philosophe, penseur politique, constitutionnaliste donc acteur politique?
3) De l'existentialisme constitutionnel ou du constitutionnalisme existentiel: un impératif pour mieux appréhender le Politique pour demain.
4) De la Démocratie comme seul régime permettant de réaliser "la meilleure des synthèse et le meilleur équilibre entre le Politique et l'existentiel".
5) La clé de la conception misrahienne du couple "existence et démocratie": "l'écart se creuse encore un peu plus entre l'intention constitutionnelle de la démocratie qui est d'ouvrir l'histoire et le contenu effectif de certaines existences privées d'avenir et d'historicité".
6) Quand le malheur existentiel se confond avec la privation même de la démocratie: la démocratie, comme telle, n'est pas mise en cause par les malheurs qu'elle laisse advenir en son sein; ce qui est en cause, c'est le fonctionnement même de cette démocratie.
7) De l'instauration d'une démocratie existentielle: l'impératif d'une VIe République.
Au vide doctrinal ayant détruit nombre de repères et aux conceptions classiques de la politique, Robert Misrahi propose une approche existentielle pour mieux dénouer les crises que nous traversons. Tant il est vrai que "l'émergence du malheur n'est pas la conséquence de la démocratie, mais l'expression de l'insuffisante application de ses principes". Il faut que la philosophie politique refonde la démocratie en faisant en sorte que l'individu soit saisi comme sujet, c'est-à-dire être de désir, de réflexion et de réciprocité. Avec Robert Misrahi, la démocratie existentielle peut être l'utopie abstraite de demain; sa nouvelle conception du constitutionnalisme peut contribuer à un changement de la pensée mais aussi de la pratique politique.

Delphine BOUIT: Un architecte de la vie
Robert Misrahi n’est pas le fondateur d’une école, ni même d’un système philosophique; il est un architecte de la vie. Architecte, il arpente les terrains et, en vue des constructions à venir, élabore les fondations, le socle premier sur lequel vont reposer ses édifices. Architecte de la vie, il double la fondation de pierre d’une fondation de lumière; comment ciseler un rien de lumière en joie permanente? Le concept misrahien de seconde fondation fait surgir la problématique suivante: comment atteindre, vivre et maintenir la fondation seconde? L’adhésion à soi permet-elle d’établir des relations fondées, aux autres, ou les relations des sujets sont-elles constitutives des actes de la seconde fondation? Un architecte de la vie n’est-il pas un architecte de la demeure partagée?

Delphine Bouit est docteur en philosophie, psychologue clinicienne et juriste. Elle a été chargée de cours de philosophie à l’université de Limoges pendant dix ans. Elle anime un atelier de philosophie existentielle qu’elle a créé en 2000 et assure chaque année des cycles de conférences de philosophie.
Elle publie régulièrement dans la revue Sigila, dont elle est membre du comité de rédaction: "Sartre et les femmes: secret et transparence dans l’amour", n°6, 2000; "L’activité intime ou le secret du commencement", n°12, 2003  "Spinoza avait raison bien davantage", n°15, 2005; "Des sens au sens :un secret redoublé", n°18, 2008; "Sous les masque: la faiblesse ou la force", n°24, 2009; "Des bâtisseurs de cathédrales aux architectes de la vie", n°28, 2011; "Charte 77, Prague 87", n° 30, à paraître 2012.
Citons aussi: "Lafamille, la durée", dans Le Nouvel Observateur, hors série, Le bonheur mode d’emploi, n°36, 1999; "Le reportage au féminin: faits et intentionnalité", avec M.-J. Protais, dans Littérature et reportage, Presses universitaires de Limoges, Actes du colloque, 2000; "Figures de la négation et intentionnalité: unité psychique et corporelle", avec M.-F. Blès, dans Langage et inconscient, n°4, 2007; "Une tridimension de la négation: intentionnalité, langage et geste. De son appropriation chez l’enfant à une application dans le discours judiciaire", avec M.-F. Blès, dans La négation en discours, Faculté des lettres et des sciences humaines de Sousse, Tunisie, Actes du colloque, 2011; "Lequier vivant", dans Cahiers Jules Lequier, n°3, à paraître 2012; "Lettre à D.: l’impasse de la passion", dans Passion amoureuse, Campagne première, Actes des journées d’études organisées par la S.P.F., à paraître, 2012.


Yannick BUTEL: Dramaturgie du soi ou la théâtralité de Construction d’un château
"Vous devriez lire Construction d'un château" m'a dit un jour Robert Misrahi au téléphone. Et j'ai lu ce grand texte. Y revenir aujourd'hui, après en avoir longuement parlé avec son auteur, me conduit à l'appréhender comme un texte à forte théâtralité, dans le voisinage des formes du théâtre épique et initiatique. En parler à nouveau sera donc l'occasion d'interroger cet espace littéraire si prompt à faire entendre un monologue intérieur qui est aussi un dialogue avec le monde, à développer une scénographie qui soutient l'action, à organiser une multiplicité de tableaux réalistes et poétiques où s'agencent un corps et une pensée, à recueillir diverses facettes d'une dramaturgie du soi qui passe par une architecture de l'esprit et de la raison.

Pour l'anecdocte, le dialogue entre Robert Misrahi et Yannick Butel a pris le tour de deux très longues lettres autour de Construction d'un château. Lettres "savantes" autant qu'amicales qui figurent dans les archives de Robert Misrahi.
Yannick Butel, dramaturge et critique, est professeur des Universités en études théâtrales à l'Université d'Aix-Marseille. Il est par ailleurs Directeur de publication et éditeur aux Presses Universitaires de Provence.


Nicolas GO: Les gais savoirs - les actes de la joie en éducation
L’idée que l’Ecole puisse être le lieu d’une existence joyeuse, et l’activité de connaissance la source d’une jubilation persistante, résiste aux représentations les plus communes. La simple expérience ordinaire suffit à attester ce qu’affirment les discours savants: au mieux, l’activité scolaire souffre d’un manque de motivation des élèves, au pire, elle fabrique des incivilités, de l’exclusion, de l’illettrisme, de l’échec, de la violence. Cela confinerait au fatalisme, s’il n’y avait ces quelques exemples contraires et prometteurs: des pratiques pédagogiques coopératives confirmées, qui placent au principe de leur action la puissance créatrice du désir, l’élaboration en commun du sens dans une relation sociale de réciprocité et d’écoute, un itinéraire de connaissance comme production de gais savoirs. Ces expériences justifient de prolonger les investigations philosophiques de la joie jusqu’au cœur de l’action éducative, suggérant de nouveaux actes de la joie.

Nicolas Go est philosophe (docteur en philosophie et en sciences de l'éducation), enseignant chercheur à l'université de Rennes. Il interroge le problème de la joie dans la perspective d'une sagesse contemporaine, qu'il s'efforce de prolonger dans le champ de l'éducation.
Outre de nombreux articles, il a publié L'art de la joie. Essai sur la sagesse (Buchet-Chastel 2004, réédition corrigée Le Livre de Poche 2012), Les printemps du silence (Buchet-Chastel 2008), Pratiquer la philosophie (Hachette, 2010).


Gilbert GORMEZANO & Pierre MINOT
Gilbert Gormezano et Pierre Minot poursuivent un voyage commun depuis plus de trente ans qui les conduit à explorer les espaces naturels et imaginaires, extérieurs et intérieurs en quête de cette secrète présence, vibrante et poétique qui anime le cœur du monde. Ces explorations, ces longues marches, ces attentes contemplatives éprouvent les corps, la matière, l’espace, aux limites qui unissent l’imaginaire au réel,  que l’épreuve photographique révèle. Leur rencontre et leur collaboration avec Robert Misrahi, philosophe éclaireur de l’être, éclaire leur réflexion photographique sur les aurores de l’existence, quand la présence à soi se révèle dans le regard du monde.

Depuis 1981, l’œuvre commune et singulière de Pierre Minot et Gilbert Gormezano, déploie en images photographiques et en dessins leur recherche des fondements communs du monde et de l’être. Après de nombreuses années passées dans les chaos de la matière en quête de lumière, entre terre et ciel, ("Le Chaos et la Lumière", Editions BnF-Gallimard 2003), ils ont accompli entre 2002 et 2007, en dialogue avec Robert Misrahi, un itinéraire photographique "L’Ombre, le Reflet" (Editions Skira- Flammarion, 2009).

Hervé GOUIL: La place de la coopération dans une conception eudémoniste du travail et de l’échange économique
Tout se passe en fait comme si les peurs et la défiance l’emportaient bien souvent dans les organisations de production sur les avantages pourtant évidents du "bien travailler ensemble". Il est ainsi possible que la coopération reste un chemin de crête entre le désir de l’individu de se distinguer et son désir d’appartenir au groupe, possible que les coopératives restent des exceptions dans l’ensemble des organisations économiques que l’on nomme entreprises.
Mais il est aussi envisageable d’élargir la voie en évitant l’abîme du cynisme comme le risque de l’angélisme, ce qui amène alors à une "révolution pacifique" de nos comportements, s’appuyant sur une révolution anthropologique.
Cette recherche nous amène à redécouvrir la nature du travail, réduit bien souvent à sa dimension d’emploi par l’organisation économique des sociétés dites modernes et des décennies de chômage massif. Elle nécessite également de revenir sur la notion de violence, si présente dans nos échanges et au contexte de bipolarisation de l’économie, où misère et richesse extrêmes se côtoient.
Il s’agit bien de trouver — notamment à travers une conception plus juste de l’intérêt — comment vivre son désir de travail sans aliéner celui de l’autre, nouveau cadre pour penser la coopération comme optimisation des échanges, en repoussant la violence.
C’est là qu’une éthique du bonheur croise le chemin de la coopération, effort à la fois de réflexion et d’action pour vivre au travail et dans l’entreprise, dans nos rôles de consommateurs et de producteurs une aspiration à la joie, qui articule le "je" et le "nous", la persévérance dans notre être dans la persévérance de celui de la communauté humaine.

Ancien directeur de l’Union Régionale des SCOP de l’ouest, diplômé HEC, Hervé Gouil a crée le Cabinet de Développement Coopératif ANAKENA en août 2001. Membre fondateur de la coopérative TEAM ENTREPRENEUR, école inspirée de l’expérience finlandaise de TIIMIAKATEMIA, il forme, conseille et accompagne des dirigeants d’entreprises, des groupes de coopérateurs et d’acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire, désireux de "mieux faire ensemble". Auteur des ouvrages: Réapprendre à coopérer, Editions Yves Michel, 2010 et Entreprendre en économie sociale, sens des affaires ou affaires de sens ?, Editions Liaisons, 1999, il a également participé à l’élaboration des 7ièmes cahiers du G.R.E.S. (Groupe de Recherche Economique et Sociale du Centre des Jeunes Dirigeants) "Osez le bonheur", Vetter Edition, 2002.

Patrick LANG: L’anthropologie philosophique du sujet dans la discussion contemporaine
À travers La Problématique du sujet aujourd’hui (1994, 2002) et La Jouissance d’être (1996, 2010), Robert Misrahi a inscrit dans la discussion avec d’autres philosophes contemporains, notamment avec Levinas et Ricœur, une anthropologie philosophique qu’il a élaborée dès La condition réflexive de l’homme juif (1963) et Lumière, commencement, liberté (1969, 1996). Afin de mettre à l’épreuve la force et l’actualité de cette phénoménologie du sujet, on la confrontera à d’autres sources de l’anthropologie philosophique au XXe siècle (Scheler, Buber, Plessner) et à des travaux récents qui, tels Le complément de sujet (2004) de Vincent Descombes ou Das Handwerk der Freiheit (2007; trad. fr.: La liberté, un métier, 2011) de Peter Bieri, tentent de faire le point sur ces enjeux fondamentaux que sont le désir, la liberté, l’autonomie.

Diplômé de la faculté d’économie politique de Munich, agrégé et docteur en philosophie, agrégé d’allemand, Patrick Lang est maître de conférences à l’Université de Nantes, où il enseigne la philosophie morale et politique, la philosophie allemande contemporaine et la philosophie de la musique.
Il a notamment publié "Robert Misrahi lecteur critique de Sartre", Études sartriennes n°10 (2005), p. 309-336, traduit les Leçons sur l’éthique et la théorie de la valeur (1908-1914) de Husserl (avec Ph. Ducat et C. Lobo Paris, PUF "Épiméthée", 2009) et préfacé Le Bonheur, essai sur la joie de Robert Misrahi (Nantes, Cécile Defaut, 2011).

Silvia LIPPI: Le rapport corporel: pensée et désir chez Spinoza
"[...] chez Spinoza, la doctrine de l'homme est explicitement construite autour et sur la base du désir", écrit Robert Misrahi dans Le corps et l’esprit dans la philosophie de Spinoza. Pour Misrahi, "Le désir [tient] le rôle central dans l’activité humaine": son interrogation nous fait concevoir autrement le rapport entre corps et pensée. Dans l'approche psychanalytique, le désir est d'abord le désir inconscient, il concerne donc la pensée inconsciente: rappelons-nous que, selon Freud, l’inconscient est constitué par des "chaînes de pensées", ce qui correspond à "l’inconscient structuré comme un langage" de Lacan. Néanmoins, ces pensées inconscientes n’aboutissent pas au discours sensé comme les pensées conscientes, mais à des coupures, des béances, des orifices, des vides..., vides qui ouvrent à la question du corps. L’inconscient, à travers ses formations, se présente donc comme un nouage entre corps et langage. Il y a un accord dans le désir, entre inconscient, corps et pensée. A partir des intuitions de Spinoza et guidés par la réflexion de Misrahi, nous verrons comment s’opère cette rencontre.

Silvia Lippi est docteur en psychologie, psychanalyste (Espace analytique), psychologue clinicienne (EPS Barthélémy Durand, Etampes) et chargée de cours (Université Paris Diderot-Paris 7).
Elle est l’auteur du livre Transgressions. Bataille, Lacan, publié en 2008 par Erès, collection Point-Hors-Ligne.
Bibliographie
Deleuze Gilles, Spinoza. Philosophie pratique, Paris, Les Editions de Minuit, 1981.
Freud Sigmund, "L’interprétation du rêve", in Œuvres complètes (1899-1900), tome IV (traduction J. Laplanche), Paris, PUF, 2004.
Lacan Jacques, Ecrits, Paris, Seuil, 1966.
Lacan Jacques, Le désir et son interprétation (1958-59), Séminaire inédit, Association Lacanienne Internationale, 2000, HC.
Misrahi Robert, Le corps et l’esprit dans la philosophie de Spinoza, Paris, La Découverte, coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 1998.
Misrahi Robert, La jouissance d’être. Le sujet et son désir, Paris, Encre marine, 1996.
Spinoza Baruch, Ethique (édition bilingue, traduction B. Pautrat), Paris, Seuil, 1988.


Nicolas MARTIN: Expérience d'une lecture
Robert Misrahi nous invite à lire L’Ethique de Spinoza comme une sotériologie, une doctrine du salut. Mais ce salut n’est pas religieux, il est immanent et humain. Et l’architecture formelle de l’Ethique étaye cette visée existentielle. C’est parce que l’Ethique est structurée selon la méthode géométrique, et donc qu’elle propose au lecteur un chemin long et difficile, qu’elle est susceptible de le conduire à la plénitude affirmative de la joie et de la conscience. C’est-à-dire à l’éternité immanente. Maintenant, de quelle étoffe sont faits les livres de Robert Misrahi? Notre intervention se propose de rendre compte naïvement d’une expérience de lecture, celle de deux ouvrages: Lumière, commencement, liberté. Fondements pour une philosophie du sujet et pour une éthique de la joie et Les actes de la joie. Fonder, aimer, agir. Philosophie et poétique de la liberté heureuse. Le propos est celui d’un lecteur qui n’est pas un professionnel de la philosophie et donc affronte, désarmé, les difficultés du texte. Nous décrirons l’intensité de cette lecture.

Robert MISRAHI: Mon rapport au temps philosophique
Je dirai quelques points d’ancrage de mes intérêts et donc quelques éléments de ma formation. Ils ont contribué à l’élaboration de mon travail. L’ontologie de Spinoza est destinée à fonder son éthique. Dans cette perspective (et avant le XXe siècle) il place le désir au centre de la nature humaine. J’ai été frappé par le lien qu’il établit entre le désir, mouvement vers la joie, et l’éthique comme maîtrise et jouissance de ce même désir. Une difficulté majeure subsistait: celle du déterminisme et de la liberté. C’est avec la phénoménologie contemporaine (Husserl et Sartre) que je commençai à résoudre cette difficulté. Mais Sartre ne proposait aucune éthique, aucun usage de cette liberté; Jean Grenier ou Martin Buber ouvraient seulement des pistes. J’ai dû poursuivre seul mon travail, en m’appuyant sur l’expérience de la crise et de la joie, et sur la distinction de deux formes de la liberté. Et j’ai toujours relié vie et pensée à l’acte d’écrire.

Robert MISRAHI: La joie comme acte et le tout-autre

Parce que la conscience est désir, la question éthique est de savoir comment vivre. Face au monde empirique s’imposent alors la nécessité théorique d’une anthropologie philosophique et la nécessité pratique d’une conversion. Seule cette conversion permet l’accès à un bonheur d’être: il est l’expérience et le déploiement du tout-autre. Elle est l’instauration d’un nouveau rapport à soi (autonomie), à l’autre (réciprocité véritable) et au monde (jouissance réfléchie). En chaque perspective se déploie une joie "substantielle". Celle-ci n’est pas seulement la surprise enthousiasmante, elle est aussi la jouissance d’un acte de création et de contemplation. Celui-ci est à la fois un dynamisme et un vécu dense, intense et justifié. Le sujet accède alors à une espèce de plénitude active, intuitive et consciente. Il devient jouissance d’être. J’appelle bonheur la mémoire, l’expérience actuelle et l’anticipation de quelques-uns des grands actes de la joie: fonder, aimer, agir.


Bernard MONGE & Christophe THIEBAULT: Le bonheur d’entreprendre
Trop souvent conçue comme une machine à fabriquer du profit, l’entreprise peut-elle se réduire à un objet économique enserré entre les lois de la concurrence, de la réglementation et de la productivité qui constituent autant d’obstacles à son libre développement? Est-il possible de fonder valablement le désir d’entreprendre sur une éthique de la joie? Cette perspective eudémoniste peut être une réponse face à l’empirisme des méthodes de gouvernance et à l’emprise des sciences de gestion. Elle impose un refondement existentiel et critique de l’acte d’entreprendre interprété alors comme libre désir et réciprocité. De même que la conversion du sujet se constitue à la fois comme rupture et commencement, l’entreprise peut-elle opérer par un acte réfléchi et volontaire un renversement des opinions, des valeurs et des choix? Le travail de la liberté constitue alors l’acte fondateur de cette conversion à partir de laquelle l’entreprise pourra promouvoir les formes singulières de son accomplissement, une nouvelle attitude face au monde, une nouvelle manière de vivre.

R. Misrahi, Le travail de la Liberté, Le Bord de l’Eau, 2008.
Polynôme, sous la direction de R. Misrahi, Le bonheur d’Entreprendre, Encre Marine, 2003.
R. Misrahi, La Problématique du Sujet aujourd’hui, Encre marine, Réédition 2002.
R. Misrahi, Existence et Démocratie, PUF, 1994.
R. Misrahi, Ethique, Politique et Bonheur, Seuil, 1983.


Anne MOUNIC: Le rien de lumière et les demeures intérieures: poésie et philosophie
Dans Construction d’un château, Robert Misrahi parle tout à la fois aux philosophes et aux poètes. L’ouvrage, dont je tracerai le mouvement général, trouve une résonance multiple dans l’œuvre de nombre d’entre eux. Je pense à Claude Vigée, mais aussi à Michel Fardoulis-Lagrange dans Théodicée. J’évoquerai également Gustave Roud ou Robert Graves, entre autres. La demeure intérieure du philosophe trouve également son écho dans le Traité des palais du Zohar ainsi que dans certains passages du même ouvrage ayant trait à Noé. En mettant en regard ces perspectives, j’envisagerai la création poétique du point de vue de la voix singulière qui tisse ainsi, en s’ouvrant l’infini, le lieu de sa liberté.

Maître de conférences à Paris 3 Sorbonne nouvelle.
Auteur de nombreux ouvrages sur le poème et les poètes, notamment Jacob ou l’être du possible (Caractères, 2009) et Monde terrible où naître: La voix singulière face à l’Histoire (Champion, 2011). Dernier recueil poétique: L’eau de prudence ou La vigueur des reflets (Caractères, mai 2011), où Robert Misrahi se trouve, comme il le dit, "en filigrane".


Michel ONFRAY: La traversée du siècle
Robert Misrahi a traversé le siècle indemne des modes, intact des compromissions consubstantielles à cette période. Né en 1926, il pouvait endosser toutes les errances philosophiques du XXe. Or, bien que de gauche, ami de Sartre, auteur des Temps Modernes, il n’a été ni marxiste, ni communiste, ni bolchevique après guerre; il n’a pas souscrit aux constructions cérébrales du structuralisme qui évacuaient le sujet, l’individu, pour lui préférer les agencements de signes; il n’a pas fait ses dévotions aux héros de 68 qui avaient nom Marx, Mao, Lénine ou Trotski; il n’a jamais défendu l’URSS, les pays de l’Est, la Chine de Mao, Pol Pot – ou Georges Marchais; il n’a rien lâché à la religion de l’Esprit Absolu et de la dialectique hégélienne qui justifiait le négatif en politique comme un moment du positif à venir; il n’a pas non plus communié dans la religion des déçus du grand soir avorté de Mai, à savoir le lacanisme; pas plus il n’avait en amont pris au sérieux la pensée magique de Freud et des freudiens; même chose avec Heidegger dont la fumée ne l’a pas impressionné. Comme il n’eut rien à se reprocher et à se faire pardonner, il n’a pas non plus vibré au lyrisme anti-marxiste des Nouveaux Philosophes. D'où l'intérêt de célébrer cette pensée de toutes les résistances: une philosophie hédoniste. La plus élaborée du siècle.

Jacques PEARON: Le travail de la liberté, philosophie et psychothérapie en dialogue existentiel
Dans "Savoir vivre", au sous-titre révélateur, "manuel à l’usage des désespérés", Robert Misrahi aborde cette question: comment accéder à la joie? Ce comment se pose encore davantage quand un individu ne dispose pas des outils intellectuels, de l’éducation, d’une connaissance de soi nécessaire et, bien plus, quand un individu est aux prises avec une problématique psychologique aliénante. Pour ce faire il propose deux étapes: la psychothérapie et la philosophie. Depuis notre rencontre, nos deux voies, vous pouvez  entendre nos deux voix, s’interrogent en un dialogue existentiel sur ce sujet commun, la liberté. Cette liberté exigeant de la personne d’advenir comme "sujet", responsable de ses actes dans la construction de sa singularité. Ainsi, cette psychothérapie que je nomme existentielle et cette philosophie ont-elles pour finalité de replacer la personne dans sa liberté. Leurs convergences reposent sur leur projet commun d’accroître la conscience, de ne pas se laisser impressionner par "l’inconscient" et de considérer "la crise" comme salutaire. Pour réaliser "ce retour sur soi" indispensable, nous préciserons les contours du travail thérapeutique et du travail philosophique que nous propose Robert Misrahi. Leur mise en dialogue mettra en figure la spécificité de l’une et l’autre voie,qui se questionnent sur leur fond existentiel... le cadre dans lequel elles se déroulent... la qualité du dialogue... les processus d’acquisitions... sans oublier les impasses inévitables. Quelle que soit la voie empruntée, ce "travail de la liberté" se fonde sur "une éthique de la joie".

Jacques Pearon, psychothérapeute existentiel, enseigne dans le cadre d’instituts de formation à la thérapie existentielle et en assure la direction du département de la philosophie. Ancien attaché de cours à l’université Lille III (communication et relations humaines) il est superviseur didacticien certifié. (France-Montréal). Conjointement pendant plus de trente ans, il a dirigé des établissements d’handicapés et malades mentaux. La question "du sujet libre et responsable" est au cœur de ses préoccupations.
Il a rédigé des articles pour les instituts de formation et la revue professionnelle de la Société Française de Gestalt: une posture existentialiste... phénoménologie et données existentielles... la liberté oblige la responsabilité... le labyrinthe des désirs... construire sa singularité au moment présent...


Marc PERELMAN: Architecture: l’utopie froide du mouvement moderne
Robert Misrahi a peu écrit sur l'architecture dans son œuvre philosophique. Un article paru dans la revue du MAUSS en 2002, intitulé "Le “Lieu” comme demeure (contribution à une philosophie de l'architecture)" vise à décrire un vécu et des significations immédiates ainsi qu'à exprimer dans les termes de la phénoménologie une exigence radicale et une recherche de substantialité. La question centrale pour R. Misrahi est celle du sujet non pas en tant que sujet de connaissance mais en tant que sujet créateur de l'architecture ou pour l'architecture. A ce sujet, il associe le désir qui est réflexivité libre et créatrice, auxquels la joie donnera toute sa plénitude. L'architecture serait, selon R. Misrahi, l'une des incarnations possibles de cette joie parce qu'elle est d'emblée liée au refus immédiat de l'existence pour proposer une construction neuve du monde humain, elle-même destinée à la sociabilité, à la vie en commun, à la réciprocité. L'architecture, selon R. Misrahi, serait cette incarnation privilégiée en tant que jouissance du monde. Autrement dit, l'architecture revêt une signification ontologique en tant qu'elle exprime l'être de l'homme mais surtout parce qu'elle rompt avec le donné, l'immédiat en fabriquant, entre autres, des monuments et par là-même une nouvelle existence.
Mon propos sera de montrer comment le Mouvement moderne en architecture (le Bauhaus, Le Corbusier...) a été la tentative de dissolution physique du sujet singulier au profit d'une cristallisation d'un sujet collectif abstrait, soit le projet de la fabrication d'une masse agrégée de sujets placée en miroir d'une masse agrégée de bâtiments unidimensionnels nettoyés de tout ornement, lissés comme du papier. Loin de fonder une existence poétique, le projet de l'architecture moderne – prolongé par le postmodernisme – est donc une utopie froide – bien que revendiquant le bonheur par l'architecture – parce qu'elle fonde certes un lieu habitable mais peu passionnant, un lieu de pure fonctionnalité où le sujet humain est corseté par l'architecture créée en son nom.

Né en 1953, Marc Perelman est architecte dplg de formation. Il a soutenu à Paris 10-Nanterre une thèse de doctorat de IIIe cycle en philosophie (1992) et une thèse d’habilitation à diriger des recherches (hdr) en esthétique (1997). De 1994 à2000, il a été Maître de conférences à l’Université de Lille I (IUT "A"). Il est actuellement Professeur en esthétique à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense. Il a créé et dirigé Les Éditions de la Passion de 1986 à 2004. Aux éditions Verdier, depuis 2004, il est le directeur de la collection "Art et architecture" ; il dirige également une collection aux Presses de Paris Ouest, "Livre et société". Site : http://marcperelman.com
Marc Perelman, Urbs ex machina, Le Corbusier (le courant froid de l’architecture), Paris, Les Éditions de la Passion, 1986.
Marc Perelman, Construction du corps / Fabrique de l’architecture. Figures, histoire, spectacle, Paris, Les Éditions de la Passion, 1994.


Jean-Jacques RASSIAL: Un enseignement philosophique: Robert Misrahi
Les élèves de Robert Misrahi ont eu la chance de recevoir, non seulement un enseignement de philosophie, mais un enseignement philosophique, à l’encontre d’une évolution positiviste de la philosophie. C’est pourquoi mon exposé sera très subjectif, pour souligner une influence qui insiste, près de quarante ans plus tard, et alors que j’ai quitté le champ propre de la philosophie. Certes, l’influence de Misrahi peut d’abord se mesurer, chez ses élèves, à la place qu’ils peuvent donner à Spinoza, moins à sa doctrine qu’à sa démarche d’ailleurs, quitte à s’en approprier leur propre lecture. Mais l’essentiel est ailleurs: Misrahi m’a d’abord appris à penser, c’est-à-dire à ne pas cliver mon activité intellectuelle en différents champs de la pensée. Pas d’étude épistémologique sans position éthique; pas d’inspiration spontanée sans réflexion active; pas d’engagement politique sans compréhension des fondements du lien social, etc. Je l’appliquerai à mon propre parcours: d’une part, ma conception de la psychanalyse et ma pratique d’analyste, et, d’autre part, mon enseignement et mes recherches universitaires ont été orientés par le style de Robert Misrahi.

Professeur de psychopathologie clinique à l’Université Aix-Marseille, psychanalyste membre d’Espace Analytique.
Derniers ouvrages parus ou réédités
L’Adolescent et le Psychanalyste (1990), Petite bibliothèque Payot, 2009.
Le Passage adolescent (1996), Erès-poche, 2010.
Pour en finir avec la guerre des psys, Albin Michel, 2010.
Court traité de pratique psychanalytique, Erès, 2011.


Soledad SIMON: Le corps-sujet et les neurosciences: le regard du philosophe
L’essor des neurosciences offre l’espoir de rendre au cerveau malade ou lésé son intégrité. Le philosophe dirait: espoir de rendre à la conscience sa liberté. La conscience est précisément le problème qui s’impose au philosophe face aux neurosciences qui la désignent comme un processus, ou un organe du cerveau, ou une instance de contrôle qui se contente de comparer l’intention dudit cerveau ("machinerie" neuronale) et le résultat de l’action du sujet. Mais neuroscientifiques et philosophes parlent-ils du même sujet? Chez Robert Misrahi, le sujet est spontanément doué de conscience, c’est-à-dire d’identité, de réflexivité et de liberté, et il est constitué d’un corps, d’un corps-sujet. Que veut dire alors Robert Misrahi lorsqu’il affirme: "C’est le cerveau qui prend les décisions"? Rejoint-il les neurosciences qui veulent que la philosophie, pour être "respectable", s’appuie "... sur une analyse des mécanismes cérébraux" (Edelman-Tononi), c’est-à-dire sur des déterminismes physicochimiques forgés au cours de l’évolution naturelle? Or, par ailleurs, Robert Misrahi admet que "... la biologie ne sait pas trop que faire de la conscience". La position du philosophe serait-elle ambiguë? On montrera comment la conception du corps-sujet chez Robert Misrahi résout le paradoxe et permet d’expliquer, phénoménologiquement, et dans une perspective moniste, la relation organisme-conscience, c’est-à-dire mécanicité-liberté – liberté fondamentale pour une éthique de la joie.

Publications
Mauvaise foi et conscience philosophique
, thèse de doctorat dirigée par Robert Misrahi, 1984.
Du cerveau à la conscience, à paraître (titre provisoire).
"Cerveau, conscience et liberté", article à paraître, Revue Peut-être, n°5.


Antoine SPIRE: L’approche de la mort, soins palliatifs et euthanasie
Il y a en fait cohérence entre la conception médicale des fins de vie et la philosophie qui préside aux soins palliatifs. Dans notre pays, l'une comme l'autre sont idéologiquement modelées par le catholicisme. Il y a comme un non-dit religieux des sources morales de cette éthique médicale et laïque. Toute personne un peu familière de la littérature qui a trait à l'éthique médicale se convaincra aisément de l'importance de philosophes comme Paul Ricœur et Emmanuel Levinas. C'est un judaïsme sous influence chrétienne qui baigne toute l'œuvre de Levinas. Et la foi chrétienne hante l'œuvre de Ricœur. Dans La problématique du sujet aujourd'hui (Ed. Ancre Marine, 1994), Robert Misrahi souligne l'a priori religieux des pensées de Levinas et de Ricœur qui, certes suivant des voies différentes, font "vaciller la valeur et la certitude du sujet devant la grandeur infinie de l'Etre caché". Cette philosophie de l'Autre "qui n'est pas essentiellement l'autre homme mais l'altérité comme Etre et comme infini n'est pas réellement une philosophie mais une détermination de la croyance". Pour les croyants comme pour les médecins, il est des philosophies plus hospitalières que d'autres.

Journaliste de télévision: émissions scientifiques et philosophiques "Tambour Battant", chaîne Cinaps;  Responsable éditorial aux éditions Le Bord de l'eau; Professeur de philosophie éthique à l'Université populaire de Caen. Antoine Spire fut directeur du département recherche en sciences humaines de l'’InCa (2004-2007), professeur associé à l'université de Compiègne en Information et Communication (2001-2004) et responsable de "Staccato", le magazine culturel quotidien de France-culture (Radio France).
Ouvrages récents: La Résilience, entretien avec Boris Cyrulnik, Le bord de l’'eau, 2009; L'obsession des origines, Verticales/Seuil, 2000; Si le monde m’'est insupportable..., entretien avec Pierre Bourdieu, Ed. de l'Aube, 2002; Dieu aime-t-il les malades?, avec Nicolas Martin, Anne Carrière, 2004 (prix Medec en 2005); Cancer, le malade est une personne, Odile Jacob, 2011; Chine, La dissidence de François Jullien, avec Nicolas Martin, Seuil, 2011.

Jean-Paul THOMAS: Différence de la philosophie de la médecine chez Misrahi et chez Canguilhem
Le philosophe, le patient et le soignant (publié en 2006 par Robert Misrahi) entend prendre la mesure des débats "que l'on dit éthiques" à propos de la recherche en biologie et des thérapeutiques qu'elle rend possible. Dénonçant le désarroi et la confusion qui caractérisent la situation présente, il propose de commencer par le commencement, en remédiant à l'incertitude des consciences par une philosophie pratique, une éthique justifée et fondée. Cette posture est assez exceptionnelle: à la notable exception de l'Eglise catholique, qui assume sur d'autres bases un même projet, le champ de la bioéthique est celui de la casuistique et des débats argumentés. L'objet de cette conférence est de tenter un rapprochement entre cette philosophie pratique et la philosophie de Georges Canguilhem. Rapprochement paradoxal, pour autant que les œuvres de Robert Misrahi et de Georges Canguilhem semblent éloignées par leurs objets et leurs méthodes, mais qui s'impose dès lors que l'on prend acte de la proximité de leurs conceptions du sujet. Cela étant, il ne semble guère possible à un lecteur de Canguilhem de poser les problèmes éthiques liés à l'exercice de la médecine sans faire référence à l'histoire des sciences et des techniques médicales. C'est sur ce point, et ses implications, que la différence entre la philosophie de la médecine de Robert Misrahi et celle de Georges Canguilhem peut être établie.

Véronique VERDIER:
La problématique de la crise dans la philosophie de Robert Misrahi
Robert Misrahi est tout autant un philosophe du bonheur qu’un philosophe de la crise, ce sont les deux axes les plus importants et les plus significatifs de sa pensée. Ce qui peut paraître contradictoire: ne doit-on pas se désoler de traverser une crise, que celle-ci soit personnelle, économique ou politique? Le bonheur n’est-il pas alors un orient hors de portée, ce qui peut devenir un motif de souffrance supplémentaire? C’est toute la force de Robert Misrahi de montrer que, bien au contraire, les deux peuvent s’articuler et qu’il faut saisir l’occasion d’une crise pour reconstruire son existence, l’économie, le politique et les orienter d’une toute autre façon qui soit pleinement satisfaisante. J’aimerais décrire dans cette communication le cheminement qui mène de la crise à une existence heureuse et mettre ainsi en évidence le fait que ces analyses entrent précisément en résonance avec les problèmes de notre modernité, si l’on pense en particulier à la présence récurrente des crises économiques en ce début de XXIe siècle.

Docteur en philosophie, Véronique Verdier développe sa recherche autour du concept de création tant d’un point de vue philosophique qu’esthétique. Robert Misrahi a été membre de son jury de thèse de doctorat.
Publications récentes
"Créations musicales", in Devenir Musique, Prétentaine, n°23/24, septembre 2008; "La réappropriation du lieu dans le champ de la musique contemporaine", in Musique et lieu, Filigrane, n°12, 2010; "La réflexion créatrice", in Quel penser?, Prétentaine, n°27/28, printemps 2011; "Des affects en musique: de la création à l’expérience esthétique", in L’Inconscient et ses musiques, Insistance, n°5,  colloque de Cerisy, 2011 ; Robert Misrahi: l’existence comme itinéraire, Editions le Bord de l'eau, 2012.

BIBLIOGRAPHIE :

Bibliographie non exhaustive de Robert Misrahi

Lumière, Commencement, Liberté, Seuil, « Point-Essai », 1969, réédition 1996.
Traité du bonheur, I, Construction d’un château, Seuil, 1981.
Traité du bonheur, II, Ethique, politique et bonheur, Seuil, 1983.
Les Actes de la Joie, PUF, 1987, réédition Encre Marine 2010.
La Problématique du sujet aujourd’hui, Encre Marine, 1991, réédition 2002.
La Signification de l’éthique, Synthélabo, Les Empêcheurs de penser en rond, 1995.
Existence et démocratie, PUF, 1995.
La Jouissance d’être, Le sujet et son désir, Encre Marine, 1996.
Un Combat philosophique, Pour une éthique de la joie, entretiens avec Nicolas Martin, Le Bord de l’eau, 2000.
Le Travail de la liberté, Le Bord de l’eau, 2008.
L’Ombre, le Reflet, Itinéraires photographique et philosophique, avec les photographies de Minot-Gormezano, Skira-Flammarion, 2008.
Savoir vivre, Manuel à l’usage des désespérés, entretiens avec Hélène Fresnel, Encre Marine, 2010.
Le Bonheur, Essai sur la joie, éditions Cécile Defaut, 2011.

Œuvres consacrées à Spinoza

Ethique, traduction nouvelle, introduction et notes, commentaire et index, PUF, 1990, réédition Livre de Poche, 2011.
Le Corps et l’Esprit dans la philosophie de Spinoza, Synthélabo, Les Empêcheurs de penser en rond, 1992.
Le Système du monde, la réalisation de soi et la félicité dans la philosophie de Spinoza, Grancher, 1992.
L’Être et la Joie. Perspectives synthétiques sur le spinozisme, Recueil d’articles rassemblés et présentés par Maurice Barbot, Encre Marine, 1997.

A paraître

L’Inscription du sens, recueil d’articles, Germina, 2012.
L’Existence comme itinéraire. Introduction à la philosophie de Robert Misrahi, présentée par Véronique Verdier, Germina, 2012.


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