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" Page mise à jour le 2 mai 2012 "
DU SAMEDI 9 JUIN (19 H) AU SAMEDI 16 JUIN (14 H)
2012
ROBERT MISRAHI :
POUR UNE ÉTHIQUE DE LA JOIE
DIRECTION : Véronique VERDIER
Avec la participation de Robert MISRAHI
ARGUMENT :
Robert Misrahi élabore une philosophie exigeante qui s’est toujours
tenue à distance des modes traversant le champ intellectuel et qui
pourrait se définir comme un humanisme moderne. Son propos est de
décrire les conditions de possibilité de l’accès de chacun et de tous à
une existence heureuse.
Ce colloque réunira des philosophes qui mettront en résonances avec
leurs propres recherches les principaux aspects de cette philosophie:
entre autres, la question du désir, du corps et de la conscience, la
redéfinition du bonheur comme acte d’un sujet, la problématique de la
liberté. C’est aussi le rapport d’une philosophie résolument novatrice
à ses sources qui sera interrogé: quelle nourriture ont constitué les
lectures de Spinoza et de Sartre? Quel sens l’auteur accorde-t-il à une
philosophie du sujet qui se situe tout en s’en démarquant dans la
prolongation de la phénoménologie de Husserl?
Des personnalités des sciences humaines, du monde de l’entreprise, du
domaine artistique témoigneront du fait qu’une philosophie peut avoir
une incidence concrète et existentielle. Ils interviendront pour dire
comment cette philosophie s’est diffusée dans leur propre pratique.
On n’oubliera pas l’aspect politique de cette pensée qui aborde en
particulier la crise, concept transversal, et tente de refonder le
concept de démocratie. Création, bonheur et utopie constituant les
différentes figures d’une philosophie contemporaine éminemment vivante
et féconde.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Samedi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Dimanche 10 juin
Matin:
Robert
MISRAHI: Mon rapport au temps philosophique
Michel ONFRAY:
La traversée du
siècle
Après-midi:
Véronique VERDIER:
La
problématique de la crise
dans la philosophie de Robert Misrahi
Patrick LANG:
L’anthropologie
philosophique du
sujet dans la discussion contemporaine
Soirée:
Projection d'un film de Catherine et Mary-Pierre Vadelorge
Lundi 11 juin
Matin:
Bertrand VERGELY: La liberté à partir des travaux
de Robert Misrahi
Maurice BARBOT: Au-delà de la
morale: l’éthique
Après-midi:
Anne MOUNIC: Le rien
de lumière
et les demeures intérieures:
poésie et philosophie
Yannick BUTEL:
Dramaturgie du
soi ou la théâtralité
de Construction d’un château
Soirée:
Concert de Gilles DELIÈGE, alto
Mardi 12 juin
Matin:
Delphine BOUIT: Un
architecte
de la vie
Soledad SIMON: Le
corps-sujet
et les neurosciences: le
regard du philosophe
Après-midi:
Jean-Paul THOMAS:
Différence
de la philosophie de la
médecine
chez Misrahi et chez Canguilhem
Antoine SPIRE:
L’approche de
la mort, soins palliatifs et
euthanasie
Soirée:
Projection du film d'Alain Chrétien
Mercredi 13 juin
Matin:
Nicolas
MARTIN:
Expérience d'une
lecture
Alain CHRÉTIEN:
La
philosophie comme sotériologie: témoignage d'une conversion
Incidence de la lecture des œuvres
de
Robert Misrahi, table ronde avec Yvon BEC et Alain CHRÉTIEN
Après-midi:
Silvia
LIPPI: Le rapport
corporel: pensée et désir chez Spinoza
Jacques PEARON: Le
travail de
la liberté, philosophie
et psychothérapie en dialogue existentiel
Soirée:
Projection du film de Dominique-Emmanuel Blanchard et de Nicolas Martin
Jeudi 14 juin
Matin:
Hervé GOUIL: La place
de la
coopération dans une
conception eudémoniste du travail et de l’échange économique
Bernard MONGE &
Christophe THIEBAULT: Le bonheur
d’entreprendre
Après-midi:
Marc PERELMAN:
Architecture:
l’utopie froide du mouvement
moderne
Stéphane BAUMONT: Robert
Misrahi, philosophe de la
démocratie
existentielle
Vendredi 15 juin
Matin:
Nicolas GO: Les gais
savoirs -
les actes de la joie en éducation
Jean-Jacques RASSIAL:
Un
enseignement philosophique: Robert
Misrahi
Après-midi:
Vers la Haut Pays, table
ronde autour de la photographie avec Nicolas
GO, Gilbert GORMEZANO
et Pierre MINOT
Soirée:
Projection d'un ensemble de photographies réalisées par Gilbert
GORMEZANO & Pierre MINOT
Samedi 16 juin
Matin:
Robert
MISRAHI: La joie
comme acte et le tout-autre
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Maurice BARBOT: Au-delà de la morale: l’éthique
Malgré l’identification usuelle des deux termes de morale et d’éthique, leur distinction dans la
perspective d’une conduite de l’existence épanouie et responsable
apparaît judicieuse et nécessaire. La morale pose Le Bien (et de fait
plus encore Le Mal !) comme valeur
absolue, universellement connue et reconnue, et comme le régulateur
supposé idéal des mœurs, politiques, sociales et relationnelles. Elle
est normative: interdit, éventuellement autorise, et impose les valeurs
du Mal et du Bien. L’éthique
peut, de notre point
de vue, utilement désigner la recherche et la mise en œuvre d’une
existence libre et heureuse, orientée par l’expérience de la joie et la
recherche existentielle de la libre
joie se déployant dans une relation à autrui et aux autres la
plus épanouie possible: l’éthique est alors le travail intellectuel et
existentiel qui permet le passage d’une
liberté spontanée (empirique) à une liberté seconde,
authentiquement réfléchie, véritable travail de (et sur) la liberté,
consistant en une conversion
philosophique.
Soucieux d’une compréhension fondée de l’existence et de la
liberté, des relations "vraies" à autrui, en vue d’une existence
heureuse, partagée, authentique, ma rencontre avec Robert Misrahi
(1963) m’a conforté et orienté dans la recherche d’un itinéraire philosophique éthique
phénoménologique, existentiel, poétique et amoureux. Professeur de
philosophie de 1971 jusqu’en 2002, j’ai travaillé à
pratiquer une pédagogie fondée
sur cette recherche. J’ai archivé
les
enregistrements des cours universitaires de Robert Misrahi, ses
articles, ses interventions (textes et/ou enregistrements),
conférences, participations à des colloques, séminaires, dans des
universités, lycées, pour des associations, des formations ponctuelles,
des médias (voir ci-dessous: Bibliographie de Robert Misrahi).
Bibliographie personnelle
Compte rendu de lecture des Actes de la Joie de
R.M. Paris,
P.U.F., 1987, dans la Revue
philosophique de la France et de l’étranger, n°2 –avril-juin
1990, P.U.F. , pp. 427-433.
Transcription avec un groupe d’étudiants, et réécriture en vue de
publication du texte du cours de licence de R.M. (Paris I-Sorbonne)
1987-88 : Le Désir, inédit.
Préface au recueil d’articles de R.M. sur Spinoza: L’Être et la Joie, Perspectives
synthétiques sur le spinozisme, Encre marine, 1997.
"Il n’y a pas de
problème du mal", Journal de
philosophie: PENSER au présent, n°2 – mars-avril 1999.
Préface au recueil d’articles de R.M.: Un juif laïque en France, éditions
Médicis-Entrelacs, 2004.
Bibliographie de Robert Misrahi établie par Maurice Barbot et Marc
Haffen, publiée à la fin du livre de R.M.: Le travail de la liberté, éditions
Le Bord de l’eau, 2008, pp. 242-292.
Une philosophie éthique pour notre temps. Dialogues entre Robert
Misrahi et Maurice Barbot, à paraître.
"Enseignement philosophique de la liberté et apprentissage de la
liberté", pour la revue PEUT-ETRE,
Revue de l’Association des amis de
Claude Vigée, n°4, à paraître en janvier 2013.
Stéphane BAUMONT: Robert Misrahi, philosophe de la
démocratie
existentielle
Voici les sept points qui permettront de répondre à leur manière au
désarroi général et au désenchantement citoyen qui a saisi la vie
politique en France.
1) Bonheur et droit constitutionnel de 1789 à aujourd'hui: pour une
lecture constitutionnelle du bonheur à l'aune de l'analyse du
philosophe Robert Misrahi.
2) Robert Misrahi: philosophe, penseur politique, constitutionnaliste
donc acteur politique?
3) De l'existentialisme constitutionnel ou du constitutionnalisme
existentiel: un impératif pour mieux appréhender le Politique pour
demain.
4) De la Démocratie comme seul régime permettant de réaliser "la
meilleure des synthèse et le meilleur équilibre entre le Politique et
l'existentiel".
5) La clé de la conception misrahienne du couple "existence et
démocratie": "l'écart se creuse encore un peu plus entre l'intention
constitutionnelle de la démocratie qui est d'ouvrir l'histoire et le
contenu effectif de certaines existences privées d'avenir et
d'historicité".
6) Quand le malheur existentiel se confond avec la privation même de la
démocratie: la démocratie, comme telle, n'est pas mise en cause par les
malheurs qu'elle laisse advenir en son sein; ce qui est en cause,
c'est le fonctionnement même de cette démocratie.
7) De l'instauration d'une démocratie existentielle: l'impératif d'une
VIe République.
Au vide doctrinal ayant détruit nombre de repères
et aux conceptions classiques de la politique, Robert Misrahi propose
une approche existentielle pour mieux dénouer les crises que nous
traversons. Tant il est vrai que "l'émergence du malheur n'est pas la
conséquence de la démocratie, mais l'expression de l'insuffisante
application de ses principes". Il faut que la philosophie politique
refonde la démocratie en faisant en sorte que l'individu soit saisi
comme sujet, c'est-à-dire être de désir, de réflexion et de
réciprocité. Avec Robert Misrahi, la démocratie existentielle peut être
l'utopie abstraite de demain; sa nouvelle conception du
constitutionnalisme peut contribuer à un changement de la pensée mais
aussi de la pratique politique.
Delphine BOUIT: Un architecte de la vie
Robert Misrahi n’est pas le fondateur d’une école, ni même d’un système
philosophique; il est un architecte de la vie. Architecte, il arpente
les terrains et, en vue des constructions à venir, élabore les
fondations, le socle premier sur lequel vont reposer ses édifices.
Architecte de la vie, il double la fondation de pierre d’une fondation
de lumière; comment ciseler un rien de lumière en joie permanente? Le
concept misrahien de seconde fondation fait surgir la problématique
suivante: comment atteindre, vivre et maintenir la fondation seconde?
L’adhésion à soi permet-elle d’établir des relations fondées, aux
autres, ou les relations des sujets sont-elles constitutives des actes
de la seconde fondation? Un architecte de la vie n’est-il pas un
architecte de la demeure partagée?
Delphine Bouit est docteur en philosophie, psychologue
clinicienne et juriste. Elle a été chargée de cours de philosophie à
l’université de Limoges pendant dix ans. Elle anime un atelier de
philosophie existentielle qu’elle a créé en 2000 et assure chaque année
des cycles de conférences de philosophie.
Elle publie régulièrement dans la revue Sigila, dont elle est membre du
comité de rédaction: "Sartre et les femmes: secret et transparence dans
l’amour", n°6, 2000; "L’activité intime ou le secret du commencement",
n°12, 2003 "Spinoza avait raison bien davantage", n°15, 2005;
"Des
sens au sens :un secret redoublé", n°18, 2008; "Sous les masque: la
faiblesse ou la force", n°24, 2009; "Des bâtisseurs de cathédrales aux
architectes de la vie", n°28, 2011; "Charte 77, Prague 87", n° 30, à
paraître 2012.
Citons aussi: "Lafamille, la durée", dans Le Nouvel Observateur, hors série,
Le bonheur mode d’emploi, n°36, 1999; "Le reportage au féminin: faits
et intentionnalité", avec M.-J. Protais, dans Littérature et reportage, Presses
universitaires de Limoges, Actes du colloque, 2000; "Figures de la
négation et intentionnalité: unité psychique et corporelle", avec M.-F.
Blès, dans Langage et inconscient,
n°4, 2007; "Une tridimension de la négation: intentionnalité, langage
et geste. De son appropriation chez l’enfant à une application dans le
discours judiciaire", avec M.-F. Blès, dans La négation en discours, Faculté
des lettres et des sciences humaines de Sousse, Tunisie, Actes du
colloque, 2011; "Lequier vivant", dans Cahiers Jules Lequier, n°3, à
paraître 2012; "Lettre à D.: l’impasse de la passion", dans Passion amoureuse, Campagne
première, Actes des journées d’études organisées par la S.P.F., à
paraître, 2012.
Yannick BUTEL: Dramaturgie du soi ou la théâtralité
de Construction d’un château
"Vous devriez lire Construction
d'un château" m'a dit un jour
Robert Misrahi au téléphone. Et j'ai lu ce grand texte. Y revenir
aujourd'hui, après en avoir longuement parlé avec son auteur, me
conduit à l'appréhender comme un texte à forte théâtralité, dans le
voisinage des formes du théâtre épique et initiatique. En parler à
nouveau sera donc l'occasion d'interroger cet espace littéraire si
prompt à faire entendre un monologue intérieur qui est aussi un
dialogue avec le monde, à développer une scénographie qui soutient
l'action, à organiser une multiplicité de tableaux réalistes et
poétiques où s'agencent un corps et une pensée, à recueillir diverses
facettes d'une dramaturgie du soi qui passe par une architecture de
l'esprit et de la raison.
Pour l'anecdocte, le dialogue entre Robert Misrahi et Yannick
Butel a pris le tour de deux très longues lettres autour de Construction d'un château. Lettres
"savantes" autant qu'amicales qui figurent dans les archives de Robert
Misrahi.
Yannick Butel, dramaturge et critique, est professeur des Universités
en études théâtrales à l'Université d'Aix-Marseille. Il est par
ailleurs Directeur de publication et éditeur aux Presses Universitaires
de Provence.
Nicolas GO: Les gais savoirs - les actes de la joie en
éducation
L’idée que l’Ecole puisse être le lieu d’une existence joyeuse, et
l’activité de connaissance la source d’une jubilation persistante,
résiste aux représentations les plus communes. La simple expérience
ordinaire suffit à attester ce qu’affirment les discours savants: au
mieux, l’activité scolaire souffre d’un manque de motivation des
élèves, au pire, elle fabrique des incivilités, de l’exclusion, de
l’illettrisme, de l’échec, de la violence. Cela confinerait au
fatalisme, s’il n’y avait ces quelques exemples contraires et
prometteurs: des pratiques pédagogiques coopératives confirmées, qui
placent au principe de leur action la puissance créatrice du désir,
l’élaboration en commun du sens dans une relation sociale de
réciprocité et d’écoute, un itinéraire de connaissance comme production
de gais savoirs. Ces expériences justifient de prolonger les
investigations philosophiques de la joie jusqu’au cœur de l’action
éducative, suggérant de nouveaux actes de la joie.
Nicolas Go est philosophe (docteur en philosophie et en
sciences de l'éducation), enseignant chercheur à l'université de
Rennes. Il interroge le problème de la joie dans la perspective d'une
sagesse contemporaine, qu'il s'efforce de prolonger dans le champ de
l'éducation.
Outre de nombreux articles, il a publié L'art de la joie. Essai sur la sagesse
(Buchet-Chastel 2004, réédition corrigée Le Livre de Poche 2012), Les printemps du silence
(Buchet-Chastel 2008), Pratiquer la
philosophie (Hachette, 2010).
Gilbert GORMEZANO & Pierre MINOT
Gilbert Gormezano et Pierre Minot poursuivent un voyage commun depuis
plus de trente ans qui les conduit à explorer les espaces naturels et
imaginaires, extérieurs et intérieurs en quête de cette secrète
présence, vibrante et poétique qui anime le cœur du monde. Ces
explorations, ces longues marches, ces attentes contemplatives
éprouvent les corps, la matière, l’espace, aux limites qui unissent
l’imaginaire au réel, que l’épreuve photographique révèle. Leur
rencontre et leur collaboration avec Robert Misrahi,
philosophe éclaireur de l’être, éclaire leur réflexion photographique
sur les aurores de l’existence, quand la présence à soi se révèle dans
le regard du monde.
Depuis 1981, l’œuvre commune et singulière de Pierre Minot et
Gilbert Gormezano, déploie en images photographiques et en dessins leur
recherche des fondements communs du monde et de l’être. Après de
nombreuses années passées dans les chaos de la matière en quête de
lumière, entre terre et ciel, ("Le
Chaos et la Lumière", Editions
BnF-Gallimard 2003), ils ont accompli entre 2002 et 2007, en dialogue
avec Robert Misrahi, un itinéraire photographique "L’Ombre, le Reflet"
(Editions Skira- Flammarion, 2009).
Hervé GOUIL: La place de la coopération dans une
conception eudémoniste du travail et de l’échange économique
Tout se passe en fait comme si les peurs et la défiance l’emportaient
bien souvent dans les organisations de production sur les avantages
pourtant évidents du "bien travailler ensemble". Il est ainsi possible
que la coopération reste un chemin de crête entre le désir de
l’individu de se distinguer et son désir d’appartenir au groupe,
possible que les coopératives restent des exceptions dans l’ensemble
des organisations économiques que l’on nomme entreprises.
Mais il est
aussi envisageable d’élargir la voie en évitant l’abîme du
cynisme comme le risque de l’angélisme, ce qui amène alors à une
"révolution pacifique" de nos comportements, s’appuyant sur une
révolution anthropologique.
Cette recherche nous amène à redécouvrir la nature du travail, réduit
bien souvent à sa dimension d’emploi par l’organisation économique des
sociétés dites modernes et des décennies de chômage massif. Elle
nécessite également de revenir sur la notion de violence, si présente
dans nos échanges et au contexte de bipolarisation de l’économie, où
misère et richesse extrêmes se côtoient.
Il s’agit bien de trouver —
notamment à travers une conception plus
juste de l’intérêt — comment vivre son désir de travail sans aliéner
celui de l’autre, nouveau cadre pour penser la coopération comme
optimisation des échanges, en repoussant la violence.
C’est là qu’une
éthique du bonheur croise le chemin de la coopération,
effort à la fois de réflexion et d’action pour vivre au travail et dans
l’entreprise, dans nos rôles de consommateurs et de producteurs une
aspiration à la joie, qui articule le "je" et le "nous", la
persévérance dans notre être dans la persévérance de celui de la
communauté humaine.
Ancien directeur de l’Union Régionale des SCOP de l’ouest,
diplômé HEC, Hervé Gouil a crée le Cabinet de Développement Coopératif
ANAKENA en août 2001. Membre fondateur de la coopérative TEAM
ENTREPRENEUR, école inspirée de l’expérience finlandaise de
TIIMIAKATEMIA, il forme, conseille et accompagne des dirigeants
d’entreprises, des groupes de coopérateurs et d’acteurs de l’Economie
Sociale et Solidaire, désireux de "mieux faire ensemble". Auteur des
ouvrages: Réapprendre à coopérer,
Editions Yves Michel, 2010 et Entreprendre
en économie sociale, sens des affaires ou affaires de sens ?,
Editions Liaisons, 1999, il a également participé à l’élaboration des
7ièmes cahiers du G.R.E.S. (Groupe de Recherche Economique et Sociale
du Centre des Jeunes Dirigeants) "Osez le bonheur", Vetter Edition,
2002.
Patrick LANG: L’anthropologie philosophique du
sujet dans la discussion contemporaine
À travers La Problématique du sujet
aujourd’hui (1994, 2002) et La
Jouissance d’être (1996, 2010), Robert Misrahi a inscrit dans la
discussion avec d’autres philosophes contemporains, notamment avec
Levinas et Ricœur, une anthropologie philosophique qu’il a élaborée dès
La condition réflexive de l’homme
juif (1963) et Lumière,
commencement, liberté (1969, 1996). Afin de mettre à l’épreuve
la force et l’actualité de cette phénoménologie du sujet, on la
confrontera à d’autres sources de l’anthropologie philosophique au XXe
siècle (Scheler, Buber, Plessner) et à des travaux récents qui, tels Le complément de sujet (2004) de
Vincent Descombes ou Das Handwerk
der Freiheit (2007; trad. fr.: La
liberté, un métier, 2011) de
Peter Bieri, tentent de faire le point sur ces enjeux fondamentaux que
sont le désir, la liberté, l’autonomie.
Diplômé de la faculté d’économie politique de Munich, agrégé
et docteur en philosophie, agrégé d’allemand, Patrick Lang est maître
de conférences à l’Université de Nantes, où il enseigne la philosophie
morale et politique, la philosophie allemande contemporaine et la
philosophie de la musique.
Il a notamment publié "Robert Misrahi
lecteur critique de Sartre", Études
sartriennes n°10 (2005), p. 309-336, traduit les Leçons sur l’éthique et la théorie de la
valeur (1908-1914) de Husserl (avec Ph. Ducat et C. Lobo Paris,
PUF "Épiméthée", 2009) et préfacé Le
Bonheur, essai sur la joie de Robert Misrahi (Nantes, Cécile
Defaut, 2011).
Silvia LIPPI: Le
rapport
corporel: pensée et désir chez Spinoza
"[...] chez Spinoza, la doctrine de l'homme est explicitement
construite autour et sur la base du désir", écrit Robert Misrahi dans Le corps et l’esprit dans la philosophie
de Spinoza. Pour Misrahi, "Le désir [tient] le rôle central dans
l’activité humaine": son interrogation nous fait concevoir autrement le
rapport entre corps et pensée. Dans l'approche psychanalytique, le
désir est d'abord le désir
inconscient, il concerne donc
la pensée inconsciente:
rappelons-nous que, selon Freud, l’inconscient est constitué par des
"chaînes de pensées", ce qui correspond à "l’inconscient structuré
comme un langage" de Lacan. Néanmoins, ces pensées inconscientes
n’aboutissent pas au discours sensé comme les pensées conscientes, mais
à des coupures, des béances, des orifices, des vides..., vides qui
ouvrent à la question du corps. L’inconscient, à travers ses
formations, se présente donc comme un nouage entre corps et langage. Il
y a un accord dans le désir, entre inconscient, corps et pensée. A
partir des intuitions de Spinoza et guidés par la réflexion de Misrahi,
nous verrons comment s’opère cette rencontre.
Silvia Lippi est docteur en psychologie, psychanalyste (Espace
analytique), psychologue clinicienne (EPS Barthélémy Durand, Etampes)
et chargée de cours (Université Paris Diderot-Paris 7).
Elle est
l’auteur du livre Transgressions.
Bataille, Lacan, publié en 2008 par Erès, collection
Point-Hors-Ligne.
Bibliographie
Deleuze Gilles, Spinoza.
Philosophie
pratique, Paris, Les Editions de Minuit, 1981.
Freud Sigmund, "L’interprétation du rêve", in Œuvres complètes (1899-1900), tome
IV (traduction J. Laplanche), Paris, PUF, 2004.
Lacan Jacques, Ecrits, Paris,
Seuil, 1966.
Lacan Jacques, Le désir et son
interprétation (1958-59), Séminaire inédit, Association
Lacanienne Internationale, 2000, HC.
Misrahi Robert, Le corps et l’esprit
dans la philosophie de Spinoza, Paris, La Découverte, coll. Les
Empêcheurs de penser en rond, 1998.
Misrahi Robert, La jouissance
d’être. Le sujet et son désir, Paris, Encre marine, 1996.
Spinoza Baruch, Ethique
(édition bilingue, traduction B. Pautrat), Paris, Seuil, 1988.
Nicolas MARTIN: Expérience d'une lecture
Robert Misrahi nous invite à lire L’Ethique de Spinoza comme une
sotériologie, une doctrine du salut. Mais ce salut n’est pas religieux,
il est immanent et humain. Et l’architecture formelle de l’Ethique étaye cette visée
existentielle. C’est parce que l’Ethique
est structurée selon la méthode géométrique, et donc qu’elle propose au
lecteur un chemin long et difficile, qu’elle est susceptible de le
conduire à la plénitude affirmative de la joie et de la conscience.
C’est-à-dire à l’éternité immanente. Maintenant, de quelle étoffe sont
faits les livres de Robert Misrahi? Notre intervention se propose de
rendre compte naïvement d’une expérience de lecture, celle de deux
ouvrages: Lumière, commencement,
liberté. Fondements pour une philosophie du sujet et pour une éthique
de la joie et Les actes de la
joie. Fonder, aimer, agir. Philosophie et poétique de la liberté
heureuse. Le propos est celui d’un lecteur qui n’est pas un
professionnel de la philosophie et donc affronte, désarmé, les
difficultés du texte. Nous décrirons l’intensité de cette lecture.
Robert MISRAHI: Mon rapport au temps philosophique
Je dirai quelques points d’ancrage de mes intérêts et donc
quelques éléments de ma formation. Ils ont contribué à l’élaboration de
mon travail. L’ontologie de Spinoza est destinée à fonder son éthique.
Dans cette perspective (et avant le XXe siècle) il place le désir au
centre de la nature humaine. J’ai été frappé par le lien qu’il établit
entre le désir, mouvement vers la joie, et l’éthique comme maîtrise et
jouissance de ce même désir. Une difficulté majeure subsistait: celle
du déterminisme et de la liberté. C’est avec la phénoménologie
contemporaine (Husserl et Sartre) que je commençai à résoudre cette
difficulté. Mais Sartre ne proposait aucune éthique, aucun usage de
cette liberté; Jean Grenier ou Martin Buber ouvraient seulement des
pistes. J’ai dû poursuivre seul mon travail, en m’appuyant sur
l’expérience de la crise et de la joie, et sur la distinction de deux
formes de la liberté. Et j’ai toujours relié vie et pensée à l’acte
d’écrire.
Robert MISRAHI: La joie comme acte et le tout-autre
Parce que la conscience est désir, la question éthique est de savoir
comment vivre. Face au monde empirique s’imposent alors la nécessité
théorique d’une anthropologie philosophique et la nécessité pratique
d’une conversion. Seule cette conversion permet l’accès à un bonheur
d’être: il est l’expérience et le déploiement du tout-autre. Elle est
l’instauration d’un nouveau rapport à soi (autonomie), à l’autre
(réciprocité véritable) et au monde (jouissance réfléchie). En chaque
perspective se déploie une joie "substantielle". Celle-ci n’est pas
seulement la surprise enthousiasmante, elle est aussi la jouissance
d’un acte de création et de contemplation. Celui-ci est à la fois un
dynamisme et un vécu dense, intense et justifié. Le sujet accède alors
à une espèce de plénitude active, intuitive et consciente. Il devient
jouissance d’être. J’appelle bonheur la mémoire, l’expérience actuelle
et l’anticipation de quelques-uns des grands actes de la joie: fonder,
aimer, agir.
Bernard MONGE & Christophe
THIEBAULT: Le bonheur
d’entreprendre
Trop souvent conçue comme une machine à fabriquer du profit,
l’entreprise peut-elle se réduire à un objet économique enserré
entre les lois de la concurrence, de la réglementation et de la
productivité qui constituent autant d’obstacles à son libre
développement? Est-il possible de fonder valablement le désir
d’entreprendre sur une éthique de la joie? Cette perspective
eudémoniste peut être une réponse face à l’empirisme des méthodes de
gouvernance et à l’emprise des sciences de gestion. Elle impose un
refondement existentiel et critique de l’acte d’entreprendre interprété
alors comme libre désir et réciprocité. De même que la conversion du
sujet se constitue à la fois comme rupture et commencement,
l’entreprise peut-elle opérer par un acte réfléchi et volontaire un
renversement des opinions, des valeurs et des choix? Le travail de la
liberté constitue alors l’acte fondateur de cette conversion à partir
de laquelle l’entreprise pourra promouvoir les formes singulières de
son accomplissement, une nouvelle attitude face au monde, une nouvelle
manière de vivre.
R. Misrahi, Le travail de
la Liberté, Le Bord de l’Eau, 2008.
Polynôme, sous la direction
de R. Misrahi, Le bonheur
d’Entreprendre, Encre Marine, 2003.
R. Misrahi, La Problématique du
Sujet aujourd’hui, Encre marine, Réédition 2002.
R. Misrahi, Existence et Démocratie,
PUF, 1994.
R. Misrahi, Ethique, Politique et
Bonheur, Seuil, 1983.
Anne MOUNIC: Le rien de lumière et les demeures
intérieures:
poésie et philosophie
Dans Construction d’un château,
Robert Misrahi parle tout à la fois aux philosophes et aux poètes.
L’ouvrage, dont je tracerai le mouvement général, trouve une résonance
multiple dans l’œuvre de nombre d’entre eux. Je pense à Claude Vigée,
mais aussi à Michel Fardoulis-Lagrange dans Théodicée. J’évoquerai également
Gustave Roud ou Robert Graves, entre autres. La demeure intérieure du
philosophe trouve également son écho dans le Traité des palais du Zohar ainsi que dans certains
passages du même ouvrage ayant trait à Noé. En mettant en regard ces
perspectives, j’envisagerai la création poétique du point de vue de la
voix singulière qui tisse ainsi, en s’ouvrant l’infini, le lieu de sa
liberté.
Maître de conférences à Paris 3 Sorbonne nouvelle.
Auteur de
nombreux
ouvrages sur le poème et les poètes, notamment Jacob ou l’être du possible
(Caractères, 2009) et Monde terrible
où naître: La voix singulière face à l’Histoire (Champion,
2011). Dernier recueil poétique: L’eau
de prudence ou La vigueur des reflets
(Caractères, mai 2011), où Robert Misrahi se trouve, comme il le
dit, "en filigrane".
Michel ONFRAY: La traversée du siècle
Robert Misrahi a traversé le siècle indemne des modes, intact des
compromissions consubstantielles à cette période. Né en 1926, il
pouvait endosser toutes les errances philosophiques du XXe. Or, bien
que de gauche, ami de Sartre, auteur des Temps Modernes, il n’a été ni
marxiste, ni communiste, ni bolchevique après guerre; il n’a pas
souscrit aux constructions cérébrales du structuralisme qui évacuaient
le sujet, l’individu, pour lui préférer les agencements de signes; il
n’a pas fait ses dévotions aux héros de 68 qui avaient nom Marx, Mao,
Lénine ou Trotski; il n’a jamais défendu l’URSS, les pays de l’Est, la
Chine de Mao, Pol Pot – ou Georges Marchais; il n’a rien lâché à la
religion de l’Esprit Absolu et de la dialectique hégélienne qui
justifiait le négatif en politique comme un moment du positif à venir;
il n’a pas non plus communié dans la religion des déçus du grand soir
avorté de Mai, à savoir le lacanisme; pas plus il n’avait en amont
pris au sérieux la pensée magique de Freud et des freudiens; même
chose avec Heidegger dont la fumée ne l’a pas impressionné. Comme il
n’eut rien à se reprocher et à se faire pardonner, il n’a pas non plus
vibré au lyrisme anti-marxiste des Nouveaux Philosophes. D'où l'intérêt
de célébrer cette pensée de toutes les résistances: une philosophie
hédoniste. La plus élaborée du siècle.
Jacques PEARON: Le travail de la liberté, philosophie
et psychothérapie en dialogue existentiel
Dans "Savoir vivre", au
sous-titre révélateur, "manuel à
l’usage des désespérés", Robert Misrahi aborde cette question:
comment accéder à la joie? Ce comment se pose encore davantage quand un
individu ne dispose pas des outils intellectuels, de l’éducation, d’une
connaissance de soi nécessaire et, bien plus, quand un individu est aux
prises avec une problématique psychologique aliénante. Pour ce faire il
propose deux étapes: la psychothérapie et la philosophie. Depuis notre
rencontre, nos deux voies, vous pouvez entendre nos
deux voix, s’interrogent en un dialogue existentiel sur ce sujet
commun, la liberté. Cette liberté exigeant de la personne d’advenir
comme "sujet", responsable de ses actes dans la construction de sa
singularité. Ainsi, cette psychothérapie que je nomme existentielle et
cette
philosophie ont-elles pour finalité de replacer la personne dans sa
liberté. Leurs convergences reposent sur leur projet commun d’accroître
la conscience, de ne pas se laisser impressionner par "l’inconscient"
et de considérer "la crise" comme salutaire. Pour réaliser "ce retour
sur soi" indispensable, nous préciserons les
contours du travail thérapeutique et du travail philosophique que
nous propose Robert Misrahi. Leur mise en dialogue mettra en figure la
spécificité de l’une et l’autre voie,qui se questionnent sur leur
fond existentiel... le cadre dans lequel elles se déroulent... la
qualité du dialogue... les processus d’acquisitions... sans oublier les
impasses inévitables. Quelle que soit la voie empruntée, ce "travail de
la liberté" se fonde
sur "une éthique de la joie".
Jacques
Pearon, psychothérapeute existentiel, enseigne dans le
cadre d’instituts de formation à la thérapie existentielle et en assure
la direction du département de la philosophie. Ancien attaché de cours
à
l’université Lille III (communication et relations humaines) il est
superviseur didacticien certifié. (France-Montréal). Conjointement
pendant plus de trente ans, il a dirigé des établissements d’handicapés
et malades mentaux. La question "du
sujet libre et responsable" est au cœur de ses préoccupations.
Il a rédigé des articles pour les instituts de formation et la revue
professionnelle de la Société Française de Gestalt: une posture existentialiste...
phénoménologie et données existentielles... la liberté oblige la
responsabilité... le labyrinthe des désirs... construire sa singularité
au moment présent...
Marc PERELMAN: Architecture: l’utopie froide du mouvement
moderne
Robert Misrahi a peu écrit sur l'architecture dans son œuvre
philosophique. Un article paru dans la revue du MAUSS en 2002, intitulé
"Le “Lieu” comme demeure (contribution à une philosophie de
l'architecture)" vise à décrire un vécu et des significations
immédiates ainsi qu'à exprimer dans les termes de la phénoménologie une
exigence radicale et une recherche de substantialité. La question
centrale pour R. Misrahi est celle du sujet non pas en tant que sujet
de connaissance mais en tant que sujet créateur de l'architecture ou
pour l'architecture. A ce sujet, il associe le désir qui est
réflexivité
libre et créatrice, auxquels la joie donnera toute sa plénitude.
L'architecture serait, selon R. Misrahi, l'une des incarnations
possibles de cette joie parce qu'elle est d'emblée liée au refus
immédiat de l'existence pour proposer une construction neuve du monde
humain, elle-même destinée à la sociabilité, à la vie en commun, à la
réciprocité. L'architecture, selon R. Misrahi, serait cette incarnation
privilégiée en tant que jouissance du monde. Autrement dit,
l'architecture revêt une signification ontologique en tant qu'elle
exprime l'être de l'homme mais surtout parce qu'elle rompt avec le
donné, l'immédiat en fabriquant, entre autres, des monuments et par
là-même une nouvelle existence.
Mon propos sera de montrer comment le Mouvement moderne en architecture
(le Bauhaus, Le Corbusier...) a été la tentative de dissolution
physique du sujet singulier au profit d'une cristallisation d'un sujet
collectif abstrait, soit le projet de la fabrication d'une masse
agrégée de sujets placée en miroir d'une masse agrégée de bâtiments
unidimensionnels nettoyés de tout ornement, lissés comme du papier.
Loin de fonder une existence poétique, le projet de l'architecture
moderne – prolongé par le postmodernisme – est donc une utopie froide
– bien que revendiquant le bonheur par l'architecture – parce qu'elle
fonde certes un lieu habitable mais peu passionnant, un lieu de pure
fonctionnalité où le sujet humain est corseté par l'architecture créée
en son nom.
Né en 1953, Marc Perelman est architecte dplg de formation. Il
a soutenu à Paris 10-Nanterre une thèse de doctorat de IIIe cycle en
philosophie (1992) et une thèse d’habilitation à diriger des recherches
(hdr) en esthétique (1997). De 1994 à2000, il a été Maître de
conférences à l’Université de Lille I (IUT "A"). Il est actuellement
Professeur en esthétique à l’Université Paris Ouest-Nanterre La
Défense. Il a créé et dirigé Les Éditions de la Passion de 1986 à 2004.
Aux éditions Verdier, depuis 2004, il est le directeur de la collection
"Art et architecture" ; il dirige également une collection aux Presses
de Paris Ouest, "Livre et société". Site : http://marcperelman.com
Marc Perelman, Urbs ex machina, Le
Corbusier (le courant froid de l’architecture), Paris, Les
Éditions de la Passion, 1986.
Marc Perelman, Construction du corps
/ Fabrique de l’architecture. Figures, histoire, spectacle,
Paris, Les Éditions de la Passion, 1994.
Jean-Jacques RASSIAL: Un enseignement philosophique: Robert
Misrahi
Les
élèves de Robert Misrahi ont eu la chance de recevoir, non seulement un
enseignement de philosophie, mais un enseignement philosophique, à
l’encontre d’une évolution positiviste de la philosophie. C’est
pourquoi mon exposé sera très subjectif, pour souligner une influence
qui insiste, près de quarante ans plus tard, et alors que j’ai quitté
le champ propre de la philosophie. Certes, l’influence de Misrahi peut
d’abord se mesurer, chez ses
élèves, à la place qu’ils peuvent donner à Spinoza, moins à sa doctrine
qu’à sa démarche d’ailleurs, quitte à s’en approprier leur propre
lecture. Mais l’essentiel est ailleurs: Misrahi m’a d’abord appris à
penser,
c’est-à-dire à ne pas cliver mon activité intellectuelle en différents
champs de la pensée. Pas d’étude épistémologique sans position éthique;
pas d’inspiration spontanée sans réflexion active; pas d’engagement
politique sans compréhension des fondements du lien social, etc. Je
l’appliquerai à mon propre parcours: d’une part, ma
conception de la psychanalyse et ma pratique d’analyste, et, d’autre
part,
mon enseignement et mes recherches universitaires ont été orientés par
le style de Robert Misrahi.
Professeur de psychopathologie clinique à l’Université
Aix-Marseille, psychanalyste membre d’Espace Analytique.
Derniers ouvrages parus ou
réédités
L’Adolescent et le Psychanalyste
(1990), Petite bibliothèque Payot, 2009.
Le Passage adolescent
(1996), Erès-poche, 2010.
Pour en finir avec la guerre des
psys, Albin Michel, 2010.
Court traité de pratique
psychanalytique, Erès, 2011.
Soledad SIMON: Le corps-sujet et les neurosciences: le
regard du philosophe
L’essor des neurosciences offre l’espoir de rendre au cerveau malade ou
lésé son intégrité. Le philosophe dirait: espoir de rendre à la
conscience sa liberté. La conscience est précisément le problème qui
s’impose au philosophe face aux neurosciences qui la désignent comme un
processus, ou un organe du cerveau, ou une instance de contrôle qui se
contente de comparer l’intention dudit cerveau ("machinerie" neuronale)
et le résultat de l’action du sujet. Mais neuroscientifiques et
philosophes parlent-ils du même sujet? Chez Robert Misrahi, le sujet
est spontanément doué de conscience, c’est-à-dire d’identité, de
réflexivité et de liberté, et il est constitué d’un corps, d’un
corps-sujet. Que veut dire alors Robert Misrahi lorsqu’il affirme:
"C’est le cerveau qui prend les décisions"? Rejoint-il les
neurosciences qui veulent que la philosophie, pour être "respectable",
s’appuie "... sur une analyse des mécanismes cérébraux"
(Edelman-Tononi), c’est-à-dire sur des déterminismes physicochimiques
forgés au cours de l’évolution naturelle? Or, par ailleurs, Robert
Misrahi admet que "... la biologie ne sait pas trop que faire de la
conscience". La position du philosophe serait-elle ambiguë? On montrera
comment la conception du corps-sujet chez Robert Misrahi résout le
paradoxe et permet d’expliquer, phénoménologiquement, et dans une
perspective moniste, la relation organisme-conscience, c’est-à-dire
mécanicité-liberté – liberté fondamentale pour une éthique de la joie.
Publications
Mauvaise foi et conscience
philosophique, thèse de doctorat dirigée par Robert Misrahi,
1984.
Du cerveau à la conscience,
à paraître (titre provisoire).
"Cerveau, conscience et liberté", article à paraître, Revue Peut-être, n°5.
Antoine SPIRE: L’approche de la mort, soins palliatifs et
euthanasie
Il y a en fait cohérence entre la conception médicale des fins de vie
et la philosophie qui préside aux soins palliatifs. Dans notre pays,
l'une comme l'autre sont idéologiquement modelées par le catholicisme.
Il y a comme un non-dit religieux des sources morales de cette éthique
médicale et laïque. Toute personne un peu familière de la littérature
qui a trait à l'éthique médicale se convaincra aisément de l'importance
de philosophes comme Paul Ricœur et Emmanuel Levinas. C'est un
judaïsme sous influence chrétienne qui baigne toute l'œuvre de Levinas.
Et la foi chrétienne hante l'œuvre de Ricœur. Dans La problématique du
sujet aujourd'hui (Ed. Ancre Marine, 1994), Robert Misrahi souligne l'a
priori religieux des pensées de Levinas et de Ricœur qui, certes
suivant des voies différentes, font "vaciller la valeur et la certitude
du sujet devant la grandeur infinie de l'Etre caché". Cette philosophie
de l'Autre "qui n'est pas essentiellement l'autre homme mais l'altérité
comme Etre et comme infini n'est pas réellement une philosophie mais
une détermination de la croyance". Pour les croyants comme pour les
médecins, il est des philosophies plus hospitalières que d'autres.
Journaliste de télévision: émissions scientifiques et
philosophiques "Tambour Battant", chaîne Cinaps; Responsable
éditorial aux éditions Le Bord de l'eau; Professeur de
philosophie éthique à l'Université populaire de Caen. Antoine Spire
fut directeur du département recherche en sciences humaines de l'’InCa
(2004-2007), professeur associé à l'université de Compiègne en
Information et Communication (2001-2004) et responsable de "Staccato",
le magazine culturel quotidien de France-culture (Radio France).
Ouvrages récents: La Résilience,
entretien avec Boris Cyrulnik, Le bord de l’'eau, 2009; L'obsession des origines,
Verticales/Seuil, 2000; Si le monde
m’'est insupportable..., entretien avec Pierre Bourdieu, Ed. de
l'Aube, 2002; Dieu aime-t-il les
malades?, avec Nicolas Martin, Anne Carrière, 2004 (prix
Medec en 2005); Cancer, le malade
est une personne, Odile Jacob, 2011; Chine, La dissidence de François Jullien,
avec Nicolas Martin, Seuil, 2011.
Jean-Paul THOMAS: Différence de la philosophie de la
médecine
chez Misrahi et chez Canguilhem
Le philosophe, le patient et le
soignant (publié en 2006 par Robert Misrahi) entend prendre la
mesure des débats "que l'on dit éthiques" à propos de la recherche en
biologie et des thérapeutiques qu'elle rend possible. Dénonçant le
désarroi et la confusion qui caractérisent la situation présente, il
propose de commencer par le commencement, en remédiant à l'incertitude
des consciences par une philosophie pratique, une éthique justifée et
fondée. Cette posture est assez exceptionnelle: à la notable exception
de l'Eglise catholique, qui assume sur d'autres bases un même projet,
le champ de la bioéthique est celui de la casuistique et des débats
argumentés. L'objet de cette conférence est de tenter un rapprochement
entre cette philosophie pratique et la philosophie de Georges
Canguilhem. Rapprochement paradoxal, pour autant que les œuvres de
Robert Misrahi et de Georges Canguilhem semblent éloignées par leurs
objets et leurs méthodes, mais qui s'impose dès lors que l'on prend
acte de la proximité de leurs conceptions du sujet. Cela étant, il ne
semble guère possible à un lecteur de Canguilhem de poser les problèmes
éthiques liés à l'exercice de la médecine sans faire référence à
l'histoire des sciences et des techniques médicales. C'est sur ce
point, et ses implications, que la différence entre la philosophie de
la médecine de Robert Misrahi et celle de Georges Canguilhem peut être
établie.
Véronique VERDIER: La problématique de la crise
dans la philosophie de Robert Misrahi
Robert Misrahi est tout autant un philosophe du bonheur qu’un
philosophe de la crise, ce sont les deux axes les plus importants et
les plus significatifs de sa pensée. Ce qui peut paraître
contradictoire: ne doit-on pas se désoler de traverser une crise, que
celle-ci soit personnelle, économique ou politique? Le bonheur n’est-il
pas alors un orient hors de portée, ce qui peut devenir un motif de
souffrance supplémentaire? C’est toute la force de Robert Misrahi de
montrer que, bien au contraire, les deux peuvent s’articuler et qu’il
faut saisir l’occasion d’une crise pour reconstruire son existence,
l’économie, le politique et les orienter d’une toute autre façon qui
soit pleinement satisfaisante. J’aimerais décrire dans cette
communication le cheminement qui mène de
la crise à une existence heureuse et mettre ainsi en évidence le fait
que ces analyses entrent précisément en résonance avec les problèmes de
notre modernité, si l’on pense en particulier à la présence récurrente
des crises économiques en ce début de XXIe siècle.
Docteur en philosophie, Véronique Verdier développe sa
recherche autour du concept de création tant d’un point de vue
philosophique qu’esthétique. Robert Misrahi a été membre de son jury de
thèse de doctorat.
Publications récentes
"Créations musicales", in Devenir
Musique, Prétentaine,
n°23/24, septembre 2008; "La réappropriation du lieu dans le champ de
la musique contemporaine", in Musique
et lieu, Filigrane, n°12, 2010; "La réflexion créatrice", in Quel penser?, Prétentaine,
n°27/28, printemps 2011; "Des affects en musique: de la création à
l’expérience esthétique", in L’Inconscient
et ses musiques, Insistance, n°5, colloque de Cerisy, 2011
; Robert Misrahi: l’existence comme
itinéraire, Editions le Bord de l'eau, 2012.
BIBLIOGRAPHIE :
Bibliographie non
exhaustive de Robert Misrahi
Lumière, Commencement, Liberté, Seuil, « Point-Essai
», 1969, réédition 1996.
Traité du bonheur, I, Construction d’un château, Seuil,
1981.
Traité du bonheur, II, Ethique, politique et bonheur, Seuil,
1983.
Les Actes de la Joie, PUF, 1987, réédition Encre Marine
2010.
La Problématique du sujet aujourd’hui, Encre Marine, 1991,
réédition 2002.
La Signification de l’éthique, Synthélabo, Les Empêcheurs
de penser en rond, 1995.
Existence et démocratie, PUF, 1995.
La Jouissance d’être, Le sujet et son désir, Encre
Marine, 1996.
Un Combat philosophique, Pour une éthique de la joie,
entretiens
avec Nicolas Martin, Le Bord de l’eau, 2000.
Le Travail de la liberté, Le Bord de l’eau, 2008.
L’Ombre, le Reflet, Itinéraires photographique et philosophique,
avec les photographies de Minot-Gormezano, Skira-Flammarion, 2008.
Savoir vivre, Manuel à l’usage des désespérés,
entretiens avec Hélène Fresnel, Encre Marine, 2010.
Le Bonheur, Essai sur la joie, éditions Cécile Defaut,
2011.
Œuvres consacrées à Spinoza
Ethique, traduction nouvelle, introduction et notes,
commentaire
et index, PUF, 1990, réédition Livre de Poche, 2011.
Le Corps et l’Esprit dans la philosophie de Spinoza,
Synthélabo,
Les Empêcheurs de penser en rond, 1992.
Le Système du monde, la réalisation de soi et la félicité
dans la philosophie de Spinoza, Grancher, 1992.
L’Être et la Joie. Perspectives synthétiques sur le spinozisme,
Recueil d’articles rassemblés et présentés par Maurice
Barbot, Encre Marine, 1997.
A paraître
L’Inscription du sens, recueil d’articles, Germina, 2012.
L’Existence comme itinéraire. Introduction à la philosophie
de Robert Misrahi, présentée par Véronique Verdier,
Germina, 2012.
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