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" Page mise à jour le 8 mars 2010
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DU SAMEDI 11 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 18 SEPTEMBRE (14 H) 2010



L'INCONSCIENT ET SES MUSIQUES


DIRECTION : Jean-Michel VIVES

ARGUMENT :

Nul ne peut se rendre totalement sourd aux mille musiques du monde qui nous assaillent. Pour autant, les psychanalystes ont peu et parfois maladroitement écrit sur la musique. Ou bien ils ont été soucieux de reconstituer quelque psychobiographie, ou bien leur étude s'est principalement attachée à l’examen des thèmes développés dans les opéras ou le texte des lieder et mélodies. Rien, ou presque, sur ce que Lacan choisit d’appeler une pulsion invocante, c’est-à-dire une pulsion où la question de l’appel et de l’adresse est centrale.

Comprendre comment, pourquoi et par quoi les œuvres d’art "produisent de l’effet", telle était la défense première d’un Freud se défiant des passions qui risquaient de l’envahir et de le déborder. "Lorsque je ne puis faire ainsi, par exemple pour la musique, je suis presque incapable d’en jouir. Une disposition rationaliste ou peut-être analytique lutte en moi contre l’émotion quand je ne puis savoir pourquoi je suis ému, ni ce qui m’étreint" nous avertit-il, en 1914, dans son texte Le Moïse de Michel-Ange. On le voit la question de l’incommensurable, cette faille qui fait source et qui fait que l’homme est homme, est un point de butée de la pensée freudienne. Etrangement, Freud, celui qui découvrit la parole inconsciente, ne fut pas conduit à concevoir une pulsion invocante. Est-ce parce qu'il ne pouvait penser que des pulsions sexuelles? Ou est-ce que nous ne devons pas reconnaître que dans sa réflexion sur la pulsion nous pouvons repérer chez Freud un impensé que Lacan a nommé le réel?

Ce sont ces questions que nous voudrions mettre au travail au cours de ce colloque en faisant dialoguer psychanalystes, philosophes, anthropologues, compositeurs et musiciens.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 11 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants

Concert Lyrique


Dimanche 12 septembre
Matin:
Les scènes inconscientes de la voix
Jean CHARMOILLE: Jouir de la musique du corps sexué
Annie PARADIS: Les cris de la Reine. Quelques notes sur un personnage de La Flûte enchantée de Mozart
Claudine VASSAS: Voix de femme, corps de danse chez Pina Bausch

Après-midi:
La musique, une approche du Réel
Anne BOISSIÈRE: Musique, psychanalyse: l'espace (doublement) en question
Brigitte LEROY-VIÉMON: Paysage, rythme et monde: la musique du Réel
Jean-Jacques RASSIAL: Le vide, le blanc, le silence et le réel

Soirée:
Projection d'Orphée et Eurydice de Gluck, mise en scène de Pina Bausch


Lundi 13 septembre
Matin:
Passes et impasses de la voix
Inès CATAO: Voix, parole, langage: la clinique psychanalytique de ceux qui ne parlent pas
Alain ZAEPFFEL: La souffrance de Ferdinand de Saussure

Après-midi:
L'atelier intérieur du musicien
Jean-Marc CHOUVEL: La pulsion esthétique
Philippe LEROUX & Emmanuelle LIZÈRE: L'œuvre musicale comme espace transitionnel
Diego MINCIACCHI: La sonification versus la composition biotique des icônes du cerveau. La musique: de la neuroscience à la performance

Soirée:
Concert de Pierre-Yves ARTAUD (Flûtiste)


Mardi 14 septembre
Matin:
Dialogue autour de l'œuvre de Dominique Bertrand
Dominique BERTRAND: Ut queant laxis, de la Voix perdue naît la musique
Alain DIDIER-WEILL: Commentaire des écrits de Dominique Bertrand

Après-midi:
A l'écoute de l'Autre
Luc CHARLES-DOMINIQUE: Le poids des codes symboliques et de la pré-détermination dans l'expression musicale de la souffrance et de la déchirure
Edith LECOURT: L’intervalle musical: de l’autre à l’Autre
Aline TAUZIN: A propos de la musique, de l’islam et du féminin dans le Maghreb contemporain

Soirée:
Concert de Dominique BERTRAND


Mercredi 15 septembre
Matin:
Musique et temporalité inconsciente
Michel IMBERTY: La musique serait-elle révélatrice d'un temps de l'inconscient?
Laetitia PETIT: En quoi la musique enrichit-elle la conception freudienne de la temporalité?
France SCHOTT-BILLMANN: L’invocation du cœur dans la danse chantée

Après-midi:
Musique et subjectivation
Catherine FAVA-DAUVERGNE: Du cri d'existence au chant, un surgissement revisité
Serge LESOURD: La sexuation de la voix
François SAUVAGNAT: Au-delà de l'expressivité: musique et structuration inconsciente du corps

Soirée:
Concert de Catherine FAVA-DAUVERGNE, accompagnée par Claire GILLIE


Jeudi 16 septembre
Matin:
Musique et affects
Giovanni GUERRA: Musique, émotion, inconscient: logiques d'une perlaboration
Mario PEREIRA: Musicalité et séparation
Véronique VERDIER: Des affects en musique: de la création à l’expérience esthétique

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 17 septembre
Matin:
Du charivari à la musique
Alain VANIER: La musique est-elle du bruit qui pense?
Jean-Michel VIVES: De l’épisode phobique au devenir metteur en scène du "petit Hans": une voi(e)x d’accès à l’inconscient et ses musiques

Après-midi:
All that Jazz
Olivier DOUVILLE: De l’interprétation en jazz et en psychanalyse
Frédéric de RIVOYRE: Take the A train
Frédéric VINOT: Dénuement/dénouement: à propos du "free jazz"

Soirée:
Lecture musicalisée d'œuvres de Claude Maillard


Samedi 18 septembre
Matin:
L'écrit, l'a-voix
Claire GILLIE: La voix battue en brèche
Claude MAILLARD: D'écrire la voix. L'expérience de l'appel ou le temps de l'attente

Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Dominique BERTRAND: Ut queant laxis, de la Voix perdue naît la musique
Lorsque au tournant de l'an Mil les notes de la gamme prennent leur nom d'une prière dédiée à la voix perdue, le son se noue au sens pour viser l'incommensurable, qui sous-tend la musique.

Anne BOISSIÈRE: Musique, psychanalyse: l’espace (doublement) en question

La plupart des réflexions esthétiques amputent la musique du paramètre de l’espace, et réservent ce dernier à la peinture et plus généralement aux arts plastiques. La musique n’a-t-elle pas une spatialité qui lui soit propre? Et l’espace ne pourrait-il pas être pensé à partir de la musique au lieu de l’être à partir des lois du visible? Dans le prolongement des réflexions d’Erwin Straus sur l’"espace acoustique" et sur l’idée d’un rapport intrinsèque de la musique à la danse — pour problématiser ici le "sentir", dans son rapport intrinsèque au mouvement — nous proposons de réfléchir aux modalités spatiales de la musique, dans une perspective qui pourrait ultimement viser un modèle musical, et non plus optique, de la spatialité. Ce questionnement, pour nous, rejaillit sur le champ de la psychanalyse, considérée comme théorie et comme pratique. La psychanalyse n’a-t-elle pas de façon privilégiée affaire à l’espace, que ce soit à travers le rêve, à travers sa représentation des phénomènes psychiques ou à travers le dispositif de la cure?

Luc CHARLES-DOMINIQUE: Le poids des codes symboliques et de la pré-détermination dans l'expression musicale de la souffrance et de la déchirure

Alors que Philip Tagg voit dans le traitement musical de l’angoisse1 dans les musiques classiques et populaires l’utilisation systématique d’une certaine forme d’harmonie et d’un chromatisme "tortueux", alors que Robert Müller-Hartman voit dans la quarte chromatique descendante un marqueur de la mort dans les musiques européennes savantes historiques2, on peut se demander si l’expression musicale de la souffrance et de la déchirure n’obéit pas, elle aussi, à un certain codage symbolique et si la mort et son traitement musical particulier (de la lamentation au sonore ritualisé) n’y figurent pas alors de façon prééminente. Dans quelle mesure la notion de "contrariété" n’est-elle pas au cœur de cette esthétique, contrariété harmonique, mélodique (chromatique), mais aussi timbrique, avec les notions de "noirceur" et "d’impureté", présentes à la fois dans le chant et le jeu instrumental? Du cri aux voix sanglotées, suffocantes et étouffées, des procédés artificiels de travestissement sonore (par exemple les altérateurs de voix) aux techniques particulières de jeu instrumental et de chant, c’est la notion même de "déformation" qui nous semble ici centrale. Dans cette perspective, on peut se demander jusqu’à quel point le traitement musical de ce pathos dépend du seul musicien ou compositeur. Dans quelle mesure n’obéit-il pas à un codage symbolique pérenne, ce dernier posant une fois de plus la question de la pré-détermination culturelle et esthétique dans l’expression musicale? À l’image de l’angoisse et de la mort, dont la sémiologie nous est connue dans ses grandes lignes, n’y a-t-il pas un traitement musical assez stéréotypé de la souffrance et de la déchirure se prêtant lui aussi à une analyse sémiologique? Notre propos concernera à la fois certaines musiques savantes occidentales historiques et certaines formes musicales populaires et traditionnelles de l’espace occidental ou de ses prolongements.

1 Philip TAGG, "Significations musicales dans les musiques classiques et populaires. L’expression musicale de l’angoisse", in Jean-Jacques NATTIEZ (ed.), Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, 5. L’Unité de la musique, Arles-Paris/Actes Sud-Cité de la Musique, pp. 743-772.
2 Robert MÜLLER-HARTMANN, "A musical symbol of Death", Journal of the Warburg and Courtand Institutes, VIII, 1945, pp. 199-203.


Jean CHARMOILLE: Jouir de la musique du corps sexué

A partir de deux expériences, celle du discours psychanalytique et celle du chant lyrique, je voudrais questionner quelque chose où, ce qui est ouvert, donné, transmis concerne toujours la jouissance du corps. Celle-ci ne se rapproche pas de l’hédonisme. Elle advient du fait que nous habitons le langage et qu’à l’instar des stoïciens il y a lieu de distinguer signans et signatum. Cela ne se fait pas sans détour, sans lenteur, le travailleur infatigable qu’est l’Inconscient pouvant y conduire, du fait que "ça parle". Ainsi, trouverait-il la musique du corps sexué que le discours de la science n’a cessé de toujours ne pouvoir que rejeter au profit d’une autre, évaluable, calculable, appréciable, jugeable...
(http://www.sonecrit.com)

Jean-Marc CHOUVEL: La pulsion esthétique

Cette contribution voudrait explorer la notion, quelque peu hétérodoxe, de pulsion esthétique. Le fait qu'elle soit largement absente dans les motivations de la "mise en mouvement" pulsionnelle telle que décrite par Freud tient sans doute à la contradiction avec le propos de l'esthétique qui serait par définition dans la tradition kantienne "désintéressé". Or il paraît difficile de nier, sauf à sombrer dans une misanthropie irréductible, que l'attirance vers le beau constitue un moteur, premier ou latéral, des actions humaines. Comment elle prend sa source dans le corps est sans doute une question plus problématique, dans la perspective, toujours kantienne, d'une "contemplation" ou d'un "jugement". Mais c'est là que des considérations sur l'art musical peuvent sans doute nous extraire des poncifs liés principalement à l'esthétique des arts plastiques.

Frédéric de RIVOYRE: Take the A train

On le sait, le langage a sa musique.
Qu'il soit parlé ou écrit, son rythme, sa tonalité font entendre une musique.
Ne dit-on pas du dernier Goncourt1 que "c'est du Mozart"?
En littérature, on dira que les meilleurs font entendre leur musique et c'est à n'en pas douter aux poètes que l'on pense lorsqu'on dira entendre chanter le langage et les mots.
Lacan disait "vous ne poétassez pas assez" incitant par là les analystes à toujours s'aguerrir davantage aux jeux des sonorités et de l'équivoque. Que dire alors du jeu auquel se livre Duke Ellington sur le clavier de son piano? que dire des improvisations de son camarade Johnny Hodges?
Saurions-nous recueillir dans cette musique du jazz quelques lueurs d'un savoir sur ce réel du corps qui chante et qui nous échappe?

1 Marie N'Diaye: Trois femmes puissantes, Gallimard.

Alain DIDIER-WEILL: Commentaire des écrits de Dominique Bertrand

Relisant le troisième verset de la Genèse "Fiat lux", Lacan propose de le traduire par "Fiat trou" (J. Lacan, Lettre de l'Ecole freudienne, n°18, Avril 1975, page 267). Il ressort de cette conférence, par laquelle le latin "Fiat lux" traduit l'hébreu "iod-he-oid or", que Lacan est passé à coté de quelque chose d'essentiel qui contrevient à la possibilité de penser la scansion. Le "Fiat" latin donne en effet deux idées: idée, d'une part, que ce qui surgit ex-nihilo renverrait à un "être" de la lumière (lumière soit) et, d'autre part, que c'est d'un seul coup "Fiat" que surgit "Lux". Or la référence à l'hébreu transmet une toute autre conception intraduisible par le latin: pour la pensée biblique ce qui advient n'advient pas "d'un coup" comme un "être" achevé de pied en cap mais à l'issue d'un devenir marqué par trois temps différentiables audibles dans "iod he iod": ce n'est qu'après le temps du "iod" puis celui du "he" et celui du retour au "iod" qu'advient "or", la lumière. A ma connaissance Dominique Bertrand est le premier à avoir donné cette possibilité d'interpréter le "Fiat Lux".

Catherine FAVA-DAUVERGNE:
Du cri d'existence au chant, un surgissement revisité
Le chant, porté par la voix, sublime du corps, commémore le premier cri qui nous fit émetteurs dans le champ de l’Autre. En renversant ce qui nous faisait récepteurs, nous faisons barrage à son accroche mais s'ouvre sous nos pas de sujet un trou béant. Le propos sera de tenter d’éclairer ce qui s’est joué à ce temps du refoulement primordial et comment la musique, dans la spécificité du chant tente de revisiter ce passage, tentative à répéter car par définition ratée. L’artiste le rejoue pour nous et tresse cet irreprésentable qui tutoie le Réel, faisant taire, dans l’éphémère qu’il offre, la voix de l’Autre.

Références bibliographiques :

LACAN J., séminaire "D’un Autre à l’autre", Ed. Seuil, 2006.
POIZAT M., La Voix du diable : la jouissance lyrique sacrée, Ed Métaillé, 1991.
CHENG F., Le livre du vide médian, Ed. Albin Michel, 2004.
HEIDEGGER M., Remarques sur art-sculpture-espace, Ed. Payot 2009.
LUCA G., Le chant de la carpe, Ed. José Corti 1999.


Claire GILLIE: La voix battue en brèche

Voix ravageuse, voix ravagée, dévastée par la parole, et désertée par le corps... C’est l’histoire d’une voix qui vient s’échouer sur le divan, les décibels en berne, à l’aube d’un sanglot. Masquant la parole sous le rictus vocal, elle est pourtant celle à ne pas entendre pour que puisse s’ériger l’autre, l’invoquante aphoniée.

Références bibliographiques :

GILLIE C., "Et la voix s’est faite chair ; naissance, essence, sens du Geste Vocal", in Le geste musical, Cahiers de Musiques traditionnelles, Georg, 2002 (37 pages).
GILLIE C., "La Voix Unisexe", in Le Féminin, le masculin et la musique populaire d’aujourd’hui, Actes de la journée du 4 mars 2003. Document de recherche O.M.F. (Observatoire Musical Français), Université de Paris-Sorbonne, Paris, 2004.
GILLIE C., "Le mouvement comme hors la loi du tempo", Colloque de musicothérapie Paris V, 2004.
GILLIE C., "Variations sur la voix des enseignants", in Au commencement était la voix, sous la direction de MF Castarède et G. Konopczynski Eres, 2005.
GILLIE C., "La Voix à fleur de Peau", in Colloque de musicothérapie Paris V, 2007, 2008.
GILLIE C., "De la voix perdue comme objet perdu", in Le Jardin de Freud, Colombie, 2008.
GILLIE C., "De la afonía como "a" fonía. De la voz perdida como objeto perdido [De l’aphonie comme "a" phonie. De la voix perdue comme objet perdu]", Desde el Jardín de Freud Nº8 de la Facultad de Ciencias Humanas, Colombie, 2008.
GILLIE C., "Exil, exode ou transhumance des voix de femmes: la quête du "graave"", in Colloque Musique, Femmes, Interdit, Ambronay, 2008, 2009.


Giovanni GUERRA: Musique, émotion, inconscient: logiques d'une perlaboration
Si l’on peut souscrire à l’affirmation de Hanslick qui soutient que "la musique est un langage que nous arrivons à parler et à comprendre, mais que nous n’arrivons pas à traduire", on peut aussi bien reconnaître que l’auditeur qui veut passer au-delà des sensations se trouve engagé dans un travail psychique très particulier. Un travail très proche de la perlaboration sollicitée par les émotions qui, dans la lecture proposée par Matte Blanco, sont douées d’une logique "symétrique" à celle régissant l’Inconscient. L’émotion, dans cette perspective, est la "matrice de la pensée", en ceci qu’elle fournit un matériel inépuisable à la logique consciente "asymétrique". Le fait que la musique soit strictement liée à l’émotion renforce l’analogie du processus de perlaboration.

Edith LECOURT: L’intervalle musical: de l’autre à l’Autre

Au fondement de la structure musicale se trouve l'intervalle entre deux sons: dans le temps (la durée, le rythme) et dans l'espace (l'association de plusieurs voix/instruments). Les cultures, les sociétés, mettent en avant, à chaque époque, un type de structure musicale, musique alors qualifiée de "savante", "classique" ou "grande". C'est ainsi que les modèles orientaux et occidentaux se sont souvent opposés, notamment entre polyphonie et monodie. C'est-à-dire, dans ce cas, sur l'axe de l'un et de la pluralité. Car la musique se joue, se déploie, sur un axe qui va de l'extrême intime (souvent mystique) à la groupalité la plus exubérante, en passant par une groupalité très structurée. Nous réfléchirons à ce que cela évoque sur le plan psychanalytique, de la relation à l'autre, aux autres, et à l'Autre lacanien.

Références bibliographiques :

LECOURT E. (1992). Freud et le sonore, le tic-tac du désir. Paris : L’Harmattan. (une traduction portugaise : Freud e o universo sonoro – o tique-taque do desejo. Université de Goinania, Brésil : UFG. 1997).
LECOURT E. (1994 ). L’expérience musicale, résonances psychanalytiques. Paris : L’Harmattan.
LECOURT E. (2005). Découvrir la musicothérapie. Paris, Eyrolles.
LECOURT E. (2006). Le sonore et la figurabilité. Paris : L’Harmattan.
LECOURT E. (2007). La musicothérapie analytique de groupe, (ouvrage et CD). Courlay - 79306  Bressuire cedex (France) : Ed. J.M.Fuzeau.

Références complémentaires

LECOURT E. (2002). "Le son passeur et l’effet boomerang, à propos de l’impact du sonore et de sa fonction médiatrice". In B.Chouvier (Ed.) Les processus psychiques de la médiation. Paris : Dunod. pp.201-216. traduit en italien : "Legami sonori nei gruppi : una mediazione misconosciesta". In C. Vacheret (Ed.) Praticare le mediazini in gruppi terapeutici. Roma, Ed.Borla, pp.49-59, 2005.
LECOURT E. (1999). "Toucher le fond : de l’espace visuel à l’espace sonore". Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe. N°33, pp.63-71.
LECOURT E. (2004). "Du chaos à l’effet d’ensemble, création d’un espace sonore de médiation", Revue de psychothérapie Psychanalytique de Groupe. N°41, pp.77-86.
LECOURT E. (1983). "Le sonore et les limites du Soi". Bulletin de Psychologie. 36, 11/15, pp.577-582.
LECOURT E., GOSSEIN M-T. (1986). "Damien ou la bulle « écholalique »". Revue de Musicothérapie. VI, 2, pp.30-36.
LECOURT E. (1987). "Prends l’écouteur. Essai sur « l’écouter » dans la relation transférentielle", Cahiers de l’Institut des Psychologues cliniciens. Université Paris VII, 6, pp.90-94.
LECOURT E. (2003). "Les fonctions psychiques de la musique". Le Journal des Psychologues. N°209, juillet-août, pp.25-28.


Brigitte LEROY-VIÉMON: Paysage, rythme et monde: la musique du Réel

Cette conférence se place sous l'egide d'Henri Maldiney qui a conduit à Straus, Heidegger et Binswanger, pour ouvrir à la compréhension du phénomène de la rencontre en clinique et son paradigme: la rencontre avec le Réel. "Le Réel, c'est [dit Maldiney] ce qu'on n'attendait pas" dont la venue nous révèle, dans un double mouvement, que la "réalité" n'est au mieux que l'objet bien structuré d'une culture et que l'occurrence d'un "nouveau départ" ou d'un "commencement" s'annonce. La surprise, le trouble ou l'ébranlement que nous éprouvons à l'approche du Réel nous introduit au monde d'avant l'identification avec objet. Nous faisons alors l'expérience de la mutation de notre monde propre par laquelle notre histoire s'ouvre à l'événement, la carte le cède au terrain et la géographie à la terre — pour reprendre la parole de Péguy. Le propos de cette conférence sera de qualifier cette apprésentation du Réel où se génère, se forme et s'énacte une possibilité d'être et une position subjective à venir. La focale se placera, en particulier, sur la disposition rythmique par laquelle un sujet se performe (en tant qu'il est et qu'il a un corps, ainsi que le rappelle Merleau-Ponty) pour accueillir l'auspice créateur d'un Réel, dès lors, moins redouté qu'espéré.

Serge LESOURD: La sexuation de la voix

Freud appuie la construction de la différence sexuelle sur les destins des pulsions en construisant sa série: sujet/objet, actif/passif, phallique/châtré, masculin/féminin. En repartant de ce constat nous tenterons de montrer d’abord en quoi les pulsions du désir, voix et regard, soutiennent la différence sexuelle, et ce depuis les premiers temps de la vie psychique, dans une partition qui s’impose au sujet d’abord au temps du stade du miroir par l’action de l’Autre, puis au temps pubertaire par la construction du corps. La voix se révélera alors comme une pulsion inscrite dans la part masculine de la sexuation psychique, comme un outil du "mâle" tant pour la prise de pouvoir dans la "rhétorique" que dans la séduction par la "parole". La société de l’image, telle que l’a décrite Guy Debord, pourra alors être conçue comme une société du féminin qui supplante une société de la parole régie par un principe masculin.

Claude MAILLARD: D'écrire la voix. L'expérience de l'appel ou le temps de l'attente

Ne fait-elle pas partie, la voix, de la chorégraphie freudienne. A quelle place l’attendre. Par les mots qui précédent le temps du pas, la rejoindre. Et surprendre la pulse de la réalité la plus proche de l’inconscient. Ainsi, l’Ouïssante — diva surgie des coulisses de la scène — ne sera-t-elle pas celle que vous écouterez, mais celle qui m’a fait écrire.

Diego MINCIACCHI: La sonification versus la composition biotique des icônes du cerveau. La musique: de la neuroscience à la performance
La sonification est l'utilisation d’une structure sonore dépourvue d’éléments langagiers pour transmettre un contenu informatif. Elle concerne des méthodes visant à dresser la carte des données dans des formes sonores permettant d’être comprises par les auditeurs [1]. Inversement, la musique biotique peut être considérée comme une production musicale dont les données d’origine sont biologiques. Elle laisse aux compositeurs un plus grand choix pour trouver les meilleures stratégies de traduction individuelles et/ou locales de la matière d’origine. La traduction des activités du cerveau en musique fut longtemps un rêve de musiciens et de neuroscientifiques. Les premiers essais datent de 1934 [3]. Depuis, différents compositeurs ont exploré les façons d'utiliser les informations du cerveau pour créer de la musique [2, 4, 5]. Seront présentés les enjeux théoriques et les stratégies originales de traduction où les données obtenues du cerveau sont converties en structures de relation entre les données de base et les objets sonores produits. La stratégie biotique décrite ici — du processus de perception à la performance — peut contribuer à une vue unitaire des différents paramètres du son et des aspects micro et macroformels de la composition.
 
Références bibliographiques :

1. Wu D., Li C.Y., Yao D.Z. 2009. Scale-free music of the brain. PLoS One, 4: e5915.
2. Minciacchi D. 2003. Translation from neurobiological data to music parameters. Ann. N.Y. Acad. Sci., 999: 282-301.
3. Adrian E., Matthews B. 1934. The Berger rhythms: potential changes from the occipital lobes in man. Brain, 57: 355–385.
4. Rosenboom D., ed. 1976. Biofeedback and the arts. Results of Early experiments. Vancouver: Aesthetic Research Centre of Canada. Rosenboom D. 1990. Extended musical interface with the human nervous system. San Francisco: International Society for the Arts, Sciences and Technology (ISAST).
5. Miranda ER, Brouse A (2005) Interfacing the Brain Directly with Musical Systems: On developing Systems for Making Music with Brain Signals. Leonardo 38: 331–336.


Annie PARADIS: Les cris de la Reine. Quelques notes sur un personnage de La Flûte enchantée de Mozart

J’aimerais réfléchir, en anthropologue, sur la possibilité d’une autre lecture du personnage de la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée de Mozart. Toujours présentée comme la "méchante", face au "bon" Sarastro, la Reine — tout entière contenue dans ses célèbres vocalises — est cependant un féminin chantant bien plus complexe qu’il n’y paraît. Cette complexité culmine sans doute dans sa deuxième aria, face à une fille muette, sidérée, aria où s’accomplit dans l’extrême violence un travail symbolique de séparation sous le double signe de la coutume et du destin. Dans ce grand opéra de l’initiation où un tout jeune couple traverse les épreuves d’un parcours qui feront d’eux une homme et une femme — Mann und Weib — un époux et une épouse, la grande Reine, dans son royaume nocturne, fait elle aussi, plus secrètement, un dur chemin d’apprentissage, peut-être le plus douloureux de l’opéra...

Références bibliographiques :

Mozart, l'opéra réenchanté, Editions Fayard, 1999.
Anna Maria, Editions Fayard, 2003.
Mozart, lettres des jours ordinaires, Editions Fayard, 2005.
La traversée lyrique, moments d'une ethnologue à l'opéra, Editions Fayard, 2010 (à paraître).


Laetitia PETIT: En quoi la musique enrichit la conception freudienne de la temporalité?

Freud affirme que l’inconscient ignore le temps, les processus primaires étant atemporels tandis que les processus secondaires impliquent une temporalité. Si les représentations inconscientes ne sont pas inscrites dans une temporalité, la musique comme art du temps ou "jeu au temps" fait pourtant le pari de déployer ce qui se situe au plus près de l’inconscient dans une temporalité. Ce paradoxe nous oblige à examiner la question de savoir s’il existe une spécificité de la temporalité musicale et, si oui, pouvons-nous continuer de la définir dans sa proximité avec l’inconscient? Autrement dit, la musique comme art du temps trouverait son corrolaire dans l’art de représenter le réel. Partant des œuvres musicales, mais aussi de leurs interprétations, nous définirons les éléments constitutifs de cette spécificité, et verrons dans quelle mesure la musique enrichit la conception freudienne de la temporalité.

Références bibliographiques :

"Musique contemporaine, contemporanéité des musiques", in Prétentaine n°23/24 ("Devenir Musique. Musiques contemporaines, contemporanéités des musiques"), été 2008, 9 pages.
"Le Jazz, jaillissement de vie, épaisseur du rêve. Dialogue entre Laetitia Petit et Olivier Douville", in Prétentaine n°23/24 ("Devenir Musique. Musiques contemporaines, contemporanéités des musiques"), été 2008, 22 pages.
"Constellations musicales", in Prétentaine n°22 ("Constellations musicales. De l’essence de la musique"), octobre 2007, 4 pages.
"Phénoménologie de la musique. La fin est dans le commencement", in Prétentaine n°22 ("Constellations musicales. De l’essence de la musique"), octobre 2007, 92 pages.
"La musique, ça parle ? Psychanalyse, musique et interprétations. Dialogue entre Laetitia Petit et Patrick Delaroche", in Prétentaine n°22 ("Constellations musicales. De l’essence de la musique"), octobre 2007, 17 pages.
"La répétition dans la musique tonale et atonale", in Sémiologie, sociologie et psychologie de la communication musicale, actes du séminaire doctoral Franco-Italien, Paris, L’Harmattan, juin 2007, sous la direction du Professeur Jean-Pierre Mialaret, 11 pages.
"Son et sens, une rencontre impossible ?", in Prétentaine n°20/21 ("Opéras et représentations scéniques"), mars 2007, 13 pages.
"La magie musicale", in Prétentaine, n°18/19 ("Musique"), Printemps 2005, 55 pages.
"La magie de l’univers musical. Perspective herméneutique sur l’essence de la musique savante occidentale", Thèse de doctorat de psychologie sous la direction du Professeur Michel Imberty, Université Paris X-Nanterre, Mai 2005, 514 pages.
"Cités de la musique et musique dans la cité", in Prétentaine, n°16/17 ("Villes"), hiver 2003-2004, 28 pages.

Responsabilité d’ouvrages collectifs
Responsable scientifique du numéro spécial de la Revue Prétentaine n°18/19 ("Musique. Phénoménologies, Ontologies, Interprétations"), Paris, printemps 2005 (Revue à comité scientifique international, soutenue par le Centre National du Livre).
Responsable scientifique du numéro spécial de la Revue Prétentaine n°20/21 ("Opéras, mises en scènes et représentations théâtrales"), mars 2007.
Responsable scientifique du numéro spécial de la Revue Prétentaine n°22 ("Constellations musicales. De l’essence de la musique"), octobre 2007.
Responsable scientifique du numéro spécial de la Revue Prétentaine n°23/24 ("Devenir Musique. Musiques contemporaines, contemporanéités des musiques"), été 2008.


Jean-Jacques RASSIAL: Le vide, le blanc, le silence et le réel

Trois contemporains inaugurent le modernité dans l'art, l'écriture et la musique: Cézanne ouvre à l'abstraction en poussant l'impressionnisme jusqu'à dévoiler le vide de la matière de la toile; Mallarmé "poursuit noir sur blanc" là où "blanc sur noir seul l'alphabet des astres s'inscrit", jusqu'au Coup de dés jamais n'abolira le hasard où se nomme le réel; Debussy, à l'encontre d'un trop-plein wagnérien, use le silence au cœur de la mélodie. Ils révèlent ainsi comment la pulsion de mort, à l'entropie du plaisir esthétique, est le moteur de la sublimation. Alors que d'abord le réel, pour Lacan, se concevait au négatif du symbolique, comme son impossible, la topologie le dessine, en fait même la matière de la langue à travers la lettre (lituraterre). Ne rejoint-il pas alors les successeurs de ces trois fondateurs?

France SCHOTT-BILLMANN: L’invocation du cœur dans la danse chantée

Le plaisir qu’on prend à la voix est une des raisons du bonheur qu’on éprouve à chanter, mais aussi du succès d’une technique dansée-chantée, nommée "expression primitive" où la voix est libre de toute charge sémantique: les danseurs-chanteurs n’articulent pas des mots mais des phonèmes, tantôt saccadés (Hou-Ha...) et purement rythmiques, tantôt liés et mélodiques (Oyémayé). N’étant pas soumis à l’emprise de la signification, le chant ainsi déconstruit permet de retrouver la jouissance de l’objet perdu, de revivre la dimension pulsionnelle originelle, non pas de l’ordre du besoin car ses émissions ne sont ni "brutes" et inarticulées comme dans le cri primal, ni dans le registre de la signification car elles ne sont pas non plus composées de mots comme le chant des danses traditionnelles qui suit de près la construction normale de la langue. Le dispositif de l’expression primitive nous fait ainsi entendre quelque chose de la voix originaire qui fonde le rapport à l’Autre comme rapport pulsionnel d’invocation que Lacan nomme pulsion invocante. La voix fonde le rapport à l’Autre. Mais son association avec le geste fait saisir que celui-ci est également une voix appelant une réponse de l’Autre. Celui-ci se présentifie dans le va-et-vient rythmique qui anime la musique, le chant et la danse, miroirs sonore et gestuel du souffle et du cœur. Il incarne donc le Vivant, que les Grecs et Nietzsche appellent Dionysos, l’âme ou le "daimon", l'esprit, du souffle et du cœur battant.

Références bibliographiques :

Le Besoin de Danser, Odile Jacob, 2000.
Le Féminin et l'amour de l'Autre, Odile Jacob, 2006.


Aline TAUZIN: A propos de la musique, de l’islam et du féminin dans le Maghreb contemporain

C’est la musique qui a été convoquée, récemment, en Mauritanie, lorsqu’il s’est agi de dégager une causalité à des faits de transgenre: son écoute constituait la raison pour laquelle des hommes se réclamaient du féminin. Il sera donc question des similitudes posées par la théorie autochtone, en accord avec le dogme musulman, entre homme, parole et entendement d’une part, et femme, musique et hors sens de l’autre. Il sera aussi question des aménagements apportés à cette opposition dans la mystique et des évolutions en cours, dans le Maroc contemporain, à travers quelques exemples de pratiques confrériques.

Références bibliographiques :

Figures du féminin dans la société maure (Mauritanie), Paris, Karthala, 2001, 215 p.
"Femme, musique et Islam. De l’interdit à la scène", CLIO, Histoire, Femmes et Sociétés, 25/2007, pp.143-163.


Claudine VASSAS: Voix de femme, corps de danse chez Pina Bausch

"Café Müller. Une pièce de Pina Bausch" montée et représentée en 1978 s’offre aussi comme la dernière participation dansée de la chorégraphe. L’attention portée à la singularité de sa gestuelle — reprise par une deuxième danseuse comme en écho — la particularité du support musical: ses apparitions-dansées se déploient sur des fragments d’opéras, alors que les autres danseurs évoluent, soit dans le silence, soit dans le fracas des chaises renversées, permet de faire, à son propos, l’hypothèse d’une "esthétique du corps tragique" supportée par la voix, une voix de femme. Si dans Café Müller des arias de Purcell ("la plainte de Junon" de The Fairy Queen, "Remember me" de Dido et Enée,...) opératisent sa chorégraphie en la traversant d’un souffle lyrique la vision de son "opéra dansé", l’Orphée et Eurydice de Glück, chorégraphié par Pina Bausch en 1974 ou le chœur est redoublé par le corps de ballet et chaque chanteuse-ombre par un corps dansant dont elle se sépare et qu’elle rejoint pour finir multiplie les résonances et invite à y déceler en filigrane sa "signature".

Références bibliographiques :

1998, "Parfum de correspondance", in Barka, Poésie, politique, psychanalyse, n°8, "La cause des mots".
2000, "La danse traversière', in Terrain, n°35, "Danser" (et coordination du numéro).
2004, "Accords et désaccords", in Terrain, n°42, "Homme/Femme" (et coordination du numéro).
2007," A  propos de Café Müller. Une pièce de Pina Bausch", in Terrain, n°49, "Toucher".
2009, "Autour du corps : limites et frontières des disciplines", in Nouveaux contextes, nouveaux objets, nouvelles approches, textes réunis et présentés par Georges Ravis-Giordani, Editions du CTHS, "Le regard de l’ethnologue", n°21.


Véronique VERDIER: Des affects en musique: de la création à l’expérience esthétique

La musique provoque des émotions et souvent nous bouscule, nous bouleverse. Mais il nous semble que cette expérience n’est pas forcément de l’ordre de l’indicible, et que la création musicale ne relève pas d’un don ou d’une qualité proche de l’ineffable qui nous laisserait coi. En nous fondant à la fois sur le témoignage de créateurs contemporains et sur des écrits de philosophes, nous tenterons de déterminer la place et le rôle des affects tout au long de la création musicale: depuis le commencement de l’acte créateur, en passant par la réalisation d’une œuvre et de ce qu’il faut bien appeler son achèvement jusqu’à l’épreuve de son écoute tant de la part du compositeur lui-même que d’un public simplement mélomane. Ce ne sont pas nécessairement tourments et douleur que nous rencontrerons au fil de cette analyse ; des affects positifs, la joie de créer, le plaisir d'écouter, émergeront et nous permettront de comprendre pourquoi l'expérience musicale demeure essentielle parmi les expériences humaines.

Références bibliographiques :

Spinoza, Éthique, Trad. Robert Misrahi, Paris, PUF, 1990.
Didier Anzieu, Le Corps de l’œuvre, Paris, Gallimard, 1981.
Henri Bergson, L’Énergie spirituelle, Paris, PUF, 1996.
Ernst Bloch, Le Principe espérance, Trad. Françoise Wuimart, Paris, Gallimard, 1976.
Mikel Dufrenne, Phénoménologie de l’expérience esthétique, Paris, PUF, 1992.
Vladimir Jankélévitch, La Musique et l’ineffable, Paris, Armand Colin.
Robert Misrahi, La Jouissance d’être, La Versanne, Encre marine, 1996.
René Passeron, La Naissance d’Icare, Valenciennes, ae2cg, 1996.
Compositeurs:
Georges Aperghis, Entretien donné dans L’Étincelle, Le Journal de la création à l’Ircam, Novembre 2007, #3.
Gérard Grisey, Écrits ou l’invention de la musique spectrale, Paris, MF, 2008.
Jean-Luc Hervé, "L’Improvisation dans l’écriture", in Actes du Colloque: Improvisations et composition: un conciliation impensable?, décembre 2000, Université Paris-Sorbonne.
Betsy Jolas, "La Musique est d’abord dans notre tête", in Prétentaine, n°18/19, 2005.
Tristan Murail, "En y repensant", in Modèles et artifices, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2004.
Emmanuel Nunes, "Préalables à une lecture musicale de Husserl", in Filigrane, n°1, Musicologies?, Delatour France, 2005.

Frédéric VINOT: Dénuement/dénouement: à propos du "free jazz"

L’expérience musicale appelée "free jazz" n’est pas sans avoir, par sa radicalité même, interroger musicologues, écrivains, anthropologues et philosophes depuis maintenant près de 40 ans. En quoi la psychanalyse peut-elle se sentir, à son tour, interpellée? La tentative de dénouement ("démantèlement" selon L. Malson) de toutes les conventions harmoniques, rythmiques et mélodiques qui jusque-là avaient permis une certaine forme de régulation des corps nommée "jazz", n’est pas sans offrir une fenêtre donnant sur cette part d’insupportable qui gît en l’homme. D’où notre question: l’aventure dite "free jazz" pourrait-elle à ce titre faire écho à certains modes de constitution du lien social que nous rencontrons parfois avec ceux qui, dans la rue, visent le plus extrême dénuement?

Référérences bibliographiques :

"Dimensions psychiques de l’habiter chez les personnes SDF", Université de Nice, Circplès, Rapport de Recherche financée par la DDASS 06, 2010.
"Lazo Social y goce vocálico : algunas reflexiones a partir de la hypóthesis de una actualidad de los castrados", Desde el Jardin de Freud, Université National de Colombie, 2008.
"De l’orientation professionnelle à la pulsion invocante : l’appel d’appel", Filigrane, volume 17, n°1, 2008.
"Renoncement pulsionnel vocal et exclusion sociale", Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe n°50, 2008.
"Comment penser les liens entre voix et exclusion sociale ?", La revue de Musicothérapie, vol. XXVIII, n°1, 2008.
" Pour une approche pulsionnelle du mana", Insistance n°2, Erès, 2006.
"Politiques de la souffrance psychique et idéologie de l’insertion", Cliniques Méditerranéennes n°72, Erès, 2005.


Jean-Michel VIVES: De l’épisode phobique au devenir metteur en scène du "petit Hans": une voi(e)x d’accès à l’inconscient et ses musiques

A l’occasion de la relation du cas du "petit Hans" Freud, incidemment, en note de bas de page1, nous apprend que "le père de Hans a même observé que concurremment à ce refoulement2 une part de sublimation se manifeste chez Hans. Dès le début de son état anxieux, Hans montre une recrudescence d’intérêt pour la musique. Qu’est-ce qui dans la rencontre de Hans avec la psychanalyse, à travers son père et ponctuellement avec Freud, le conduit à se mettre en position de renouveler la scène opératique à partir de son "intérêt pour la musique"? Si Max Graf, mélomane et critique musical, avait donné le "la", et si le professeur Freud avait dessiné, par ses interventions, la scène sur laquelle se jouerait la phobie, il revenait à Herbert Graf (véritable nom du "petit Hans") de créer quelque chose allant au-delà, de manière à transformer la scène de la résolution de la phobie en mise en scène de la voix. Le destin d’artiste d’Herbert Graf nous permet d’ajouter que "le petit Hans", une fois devenu metteur en scène, entretint un rapport au réel qui n’est plus de suture mais d’ouverture, en ce que l’artiste est celui qui se laisse transformé par le réel avant que de lui donner une forme. Ce parcours nous permettra d’articuler plus précisément le surprenant rapport relevé par Freud entre refoulement et intérêt pour la musique.

1 Freud S. (1909) "Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans)", Cinq psychanalyses, trad. fr., Paris, P.U.F., p. 191.
2 "Il (Hans) renonce à l’onanisme, il repousse avec dégoût tout ce qui lui rappelle les excréments et le fait de  regarder d’autres personnes satisfaire leurs besoins naturels". Freud S. (1909), opus cité, p. 191.


Références bibliographiques :

Dachet F. (1993) De la sensibilité artistique du professeur Freud, L’Unebévue, Paris, EPEL, 1993, pp 7-37.
Freud S. (1909) "Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans)", Cinq psychanalyses, trad. fr., Paris, P.U.F, 1981, pp. 93-198.
Graf H. (1972) Mémoires d’un homme invisible, L’Unebévue, Paris, EPEL, 1993, pp.1-20.
Graf M. (1952) "Entretien du père du petit Hans [Max graf] avec Kurt Eissler", Le Bloc-notes de la psychanalyse, 14, 1996, p.123- 159.
Lacan J. (1956-1957) Le Séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.
Morin I. (2006) La phobie, le vivant, le féminin, Toulouse, P.U.M.
Vives J-M. (2004) Le "petit Hans" et l’invention de la mise en scène d’opéra, Freud et Vienne, Didier-Weill A. (sous la direction), Eres, Toulouse, 55-64.


Alain ZAEPFFEL: La souffrance de Ferdinand de Saussure

Dans ses carnets consacrés à la poésie gréco-latine, Ferdinand de Saussure nomme anagramme la dissémination par les poètes d'un mot dans l'espace d'un ou de plusieurs vers. Toutefois il note: "le terme anaphonie serait plus juste". Des "fragments phoniques", et non des lettres, forment donc un "thème". Jean Starobinski parle de variations sur un mot-thème, de fugue. On pense à ces motets polyphoniques de Guillaume de Machaut où l'on entend par intervalle, dessous le contrepoint rythmique serré, la voix du thème grégorien et les syllabes égrenées du commandement: ME-MEN-TO... Les "fragments phoniques" dispersés parfois sur six vers, dans les poèmes latins, peuvent s'entendre comme des voix revêtues du nom d'un héros ou d'un dieu par le linguiste. Or, la voix ("figure vocale", "onde sonore") est exclue de la définition du signe par Saussure. Le signe linguistique: "arbitraire", n'est que "différences oppositives", et la figure vocale ne s'appellera signifiant que dans sa corrélation à un signifié. Dès lors, ces carnets ne peuvent-ils apparaître comme la tentative secrète de réinscrire la voix au coeur du signe afin d'en rémunérer l'arbitraire? La voix est-elle ce que la linguistique moderne dut sacrifier pour se constituer comme science? Ferdinand de Saussure ne publia ni ses écrits ni ses carnets, ni son cours qu'il ne donna qu'oralement.

BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages:

Bertrand D., (2006) Le Diabolus des Sages, Paris, Signatura.
Charles-Dominique L., (2007) Musiques savantes, musiques populaires : les symboliques du sonore en France, 1200-1750, Paris, Editions CNRS.
Didier-Weill A., (1998) Invocations, Paris, Calmann-Lévy.
Imberty M., (2005) La musique creuse le temps, Paris, l’Harmattan.
Lecourt M., (1992) Freud et le sonore, Paris, l’Harmattan.
Poizat M., (2001) Vox populi, vox dei, Paris, Métailié.
Reik T., (1953) Ecrits sur la musique, Paris, Les belles lettres, 1984.
Schott-Billman (2001) Le besoin de danser, Paris, Odile Jacob.
Kintzler C., Boissière A., (2006) Approche philosophique du geste dansé, Lille, Presses du septentrion.
Vives J.-M., (sous la direction de) (2002) Les enjeux de la voix en psychanalyse dans et hors la cure, Grenoble, P.U.G.

Revues:

Insistance
, n°1, "D’une pulsion invocante", Toulouse, Eres, octobre 2005.
Psychologie Clinique, n°19, "La voix dans la rencontre clinique", Paris, L’Harmattan, printemps 2005.
Prétentaine, n°18/19, "Musique", Montpellier, Université Paul Valéry, printemps 2005.
Prétentaine, n°20/21, "Opéra. Mises en scènes et représentations théâtrales", Montpellier, Université Paul Valéry, mars 2007.
Prétentaine, n°22, "Constellations musicales. De l’essence de la musique", Montpellier, Université Paul Valéry, octobre 2007.
Prétentaine, n°23-24, "Devenir musique. Musiques contemporaines, contemporanéités des musiques", Montpellier, Université Paul Valéry, été 2008.


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