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" Page mise à jour le 8 mars 2010
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DU SAMEDI 14 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 21 AOÛT
(14 H) 2010
LA POÉTIQUE DE MUSSET
DIRECTION : Sylvain LEDDA, Frank LESTRINGANT, Gisèle
SÉGINGER
ARGUMENT :
Dans la "Dédicace" de La
Coupe et les Lèvres, Alfred de Musset peint un tableau
de la littérature, en feignant de répondre
à un interlocuteur fictif qui lui aurait demandé "qu’aimez-vous?".
Par ce jeu avec la parole, il décrit, non sans ironie,
l’état de la création littéraire, il passe
en revue les sources d’inspiration et les polémiques de
son temps. Dans ce texte où "Classiques bien rasés"
et "Romantiques barbus" se réconcilient, Musset confirme son
refus d’être affilié à une quelconque école,
alors que l’histoire littéraire a fait de lui, entre autres,
le parangon du romantisme, le chantre de la douleur exsangue. Le rejet
du dogmatisme littéraire, tel qu’il s’affiche avec morgue dans
la "Dédicace" de 1832, peut être lu comme une poétique
à rebours.
Négations et mises à
distance éclairent en effet la singularité
de l’œuvre, l’imagination fantaisiste et l’originalité
de l’inspiration, si humble soit-elle — "Mon verre n’est pas grand
mais je bois dans mon verre". Poésie sans prétention,
théâtre sans spectateurs, récits sur soi
à dimension humaine, l’œuvre de Musset semble se mesurer
à l’aune de l’inspiration du moment, dans la vérité
du présent, souvent confondue avec la vérité du
cœur. Pourtant la référence obsédante à
la littérature passée brouille cette première
impression d’immédiateté et Musset sort de leur gangue
ces joyaux du passé pour mieux les retailler à sa
mesure. L’apparence d’une écriture improvisée ne
relève-t-elle pas d’une assimilation esthétique parfaitement
intégrée à l’écriture même? À
cet égard, Musset apparaît tantôt comme un auteur
moderne, tantôt comme un classique.
Entre sérieux et jeu, Musset
galvanise son lecteur, l’entraîne vers les sables
mouvants de ce qui fait la poéticité singulière
d’une œuvre, modulant tour à tour sur sa lyre les accents
de Shakespeare, les préceptes de Boileau, le rire noir
de Molière, le ton de fausse désinvolture de Byron,
les incongruités de Jean-Paul. Au vrai, le scepticisme,
maître mot du regard que Musset porte sur sa production,
affleure dans cette représentation que l’artiste fantasque
donne de son œuvre. Derrière le persiflage, au-delà
des effets d’emphase et de légèreté, se
dessine une poétique fondée sur la mobilité,
le doute et la variété.
Moment fort des célébrations
du bicentenaire de la naissance du "Prince phosphore de
cœur volant", ce colloque souhaiterait ouvrir une réflexion
neuve sur l’ensemble de la création de Musset: théâtre,
poésie, fictions en prose, œuvre critique, correspondance,
œuvre graphique.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Samedi 14 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Dimanche 15 août
Matin:
Franck LESTRINGANT: Musset et la poétique de l'ivresse
Frédérique
PLAIN: Mise en scène et mise en texte, l'énigme
de Lorenzaccio (ou ce qui gêne le théâtre
dans la poétique de Musset)
Après-midi:
François-Marie MOURAD: Zola et Musset
Aude BRIOT: Musset, Proust et la
poétique du plaisir
Lundi 16 août
Matin:
Gilles CASTAGNÈS:
"L'Anglais mangeur d'opium, traduit de l'anglais par A.D.M.": de
la traduction à la création, l'acte de naissance
d'Alfred de Musset
Jacques BONY: Les cinq états des Caprices
de Marianne
Après-midi:
Barbara COOPER: Le personnage
de l'étourdi dans les comédies de Musset
Sylvain LEDDA: Musset,
ou la poétique du jeu
Mardi 17 août
Matin:
Gisèle SÉGINGER:
Musset et la poésie: une poétique du disparate
Caroline CAPÉLY: Le lyrisme philosophique dans l'œuvre
de Musset
Après-midi:
Christian CHELEBOURG: Les plaisirs de la forfanterie
- Poétique de l’orgueil mussétien
Mariane BURY: Musset et la critique personnelle
Mercredi 18 août
Matin:
Olivier BARA: Poétique de la forme brève
Laure PINEAU: Musset et l’ekphrasis
Samy COPPOLA: La polémisation
des genres chez Musset
Après-midi:
DÉTENTE
Jeudi 19 août
Matin:
Jean MAURICE: L'image de la chevalerie
chez Musset
Stéphane ARTHUR:
"Suis-je un Satan?": Musset et les représentations du
XVIe siècle
Après-midi:
Valentina PONZETTO: Musset
et les écrivains italiens du Moyen-Age et de la Renaissance
Esther PINON: Ecrire le sacré:
Musset et ses modèles
Vendredi 20 août
Matin:
Patrick BERTHIER: Musset
vu par Balzac: un regard sur l'homme et sur l'écrivain
Aurélie LOISELEUR: Spectres de Musset
Après-midi:
Satsué KANOSÉ: L’Homme des masques,
Musset au Japon
Florence NAUGRETTE: Le jardin
dans le théâtre de Musset
Samedi 21 août
Matin:
Gisèle SÉGINGER & Sylvain LEDDA: Conclusion
du colloque
Après-midi:
DÉPART
RÉSUMÉS :
Stéphane ARTHUR: "Suis-je
un Satan?": Musset et les représentations du XVIe siècle
Dans Lorenzaccio, le personnage éponyme
s’interroge: "Suis-je un Satan?". Cette réflexion éclaire
la trajectoire du héros tyrannicide, mais aussi, plus
largement, la poétique adoptée par Musset dans
ses représentations du XVIe siècle. En effet, revenir
à l’emploi originel du terme satan nous rappelle que
ce nom commun désigne dans l’Ancien Testament un accusateur
devant un tribunal, et par extension un adversaire. Lorsque Lorenzaccio
s’interroge, il ne se représente pas en personnage diabolique,
ce qui en ferait une transposition dans l’univers florentin du XVIe
siècle du personnage du traître que les mélodrames
ont si souvent donné à voir aux spectateurs des scènes
secondaires. Il est un accusateur, qui fait passer les hommes devant
"le tribunal de [sa] volonté". Il en résulte une
esthétisation du crime qui, de simple tyrannicide, est érigé
en œuvre d’art destinée à donner à voir, dans le
contexte florentin de la Renaissance, la lâcheté des
hommes, qu’ils soient contemporains d’Alexandre de Médicis
ou de Musset. Les représentations poétiques, narratives
ou dramatiques du XVIe siècle dans l’œuvre de Musset illustrent
de même ce que l’on pourrait qualifier de poétique du
satan: l’éclat de la Renaissance qui les illumine ne
rend que plus évidente, au sens premier, la décadence
associée aux représentations du XVIe siècle. C’est
ainsi que Musset détourne l’histoire au profit d’une représentation
désenchantée de la politique, mais aussi de la création.
Il élabore une poétique de la distance et du détour,
à l’égard de ses sources mais aussi des objets représentés,
qui traduit une véritable mise en accusation de l’inanité
et de la sclérose de l’action de ses contemporains dès lors
qu’il est question d’établissement d’un nouveau régime
politique, ou d’élaboration d’une esthétique novatrice.
Patrick BERTHIER: Musset vu
par Balzac: un regard sur l'homme et sur l'écrivain
La communauté des écrivains
à l’époque romantique se révèle
souvent assez étroite, y compris lorsque c’est le conflit
qui la révèle: Hugo/Dumas, Hugo/Sainte-Beuve... ou Sand/Musset!
La relation entre Musset et Balzac est plus paisible, plus
sporadique aussi, et moins intime que l’amitié véritable
établie entre Balzac et Gautier par exemple ; mais le
regard du romancier sur son cadet ne manque pas d’intérêt,
ainsi lorsqu’il juge ses qualités de prosateur, en 1840,
dans la Revue parisienne, ou à travers les quelques
allusions qu’il fait à son œuvre dans La Comédie
humaine, ou encore en le mentionnant assez souvent dans ses lettres
à Mme Hanska. On tentera ici une synthèse de ces éléments
épars.
Aude BRIOT: Musset, Proust et la poétique
du plaisir
Musset fait partie de la culture de Proust et des allusions
ou références précises à l’homme ou à
son œuvre sont disséminées dans À la recherche
du temps perdu. Proust admire en Musset le poète davantage
que l’auteur de fictions en prose. Mais il semble, en dépit qu’il
en ait, qu’il ait été davantage influencé par celui-ci
que par celui-là. En témoigne la vision du plaisir des
deux écrivains. Leurs fictions révèlent un rapport
trouble au plaisir, qui côtoie la douleur, la brutalité et
la mort.
Gilles CASTAGNÈS: "L'Anglais
mangeur d'opium, traduit de l'anglais par A.D.M.": de la
traduction à la création, l'acte de naissance d'Alfred
de Musset
Quoi de plus contraignant a priori qu’un travail
de traduction? C’est à cette tâche ingrate que s’est
attelé Musset pour publier dans sa dix-huitième
année son premier ouvrage, L’Anglais mangeur d’opium,
"traduction" des Confessions of an English Opium-Eater de
Thomas de Quincey: "Traduit de l’anglais par A.D.M", annonçait
la page de titre de l’édition originale de 1828. Trois initiales
derrières lesquelles semble se cacher timidement un jeune
homme que personne ne connaît encore, et un mot qui fait l’objet
de notre réflexion: traduction. Car c’est en réalité
à un travail de création que se livre Musset, résumant,
supprimant, ajoutant même selon sa fantaisie. Le futur auteur
de "Namouna" se joue déjà des modèles et expérimente
sa propre écriture, dans ce qu’il convient bien de considérer
comme sa première œuvre.
Références bibliographiques
:
"Alfred de Musset ou l’univers de la discontinuité",
revue Nineteenth-Century French Studies, vol.32,
nos 1 et 2 fall-winter 2003-2004.
Les Femmes et l’esthétique de
la féminité dans l’œuvre d’Alfred de Musset, Berne,
Peter Lang SA, Editions scientifiques européennes,
2004.
"Approche sémiologique du Nom : les
personnages féminins dans l’œuvre d’Alfred de Musset",
revue Romantisme, n°123, 1er trimestre 2004.
"De Vergiss mein nicht à Rappelle-toi
de Musset : neuf vers en quête d’identité", revue
Histoires littéraires, n°24, juin 2005.
"Musset, poète de la nuit", revue Le
Bateau fantôme, octobre 2005, numéro 5 consacré
à "La Nuit".
"Musset, les romantiques et le Moyen Âge
: les enjeux d’une querelle", revue Etudes littéraires
(Université Laval de Québec), numéro consacré
aux "Bibliothèques médiévales du XIXe siècle",
sous la direction de M. Luc Bonenfant, volume 37, n°2, printemps
2006.
"Les Paradoxes de l’écrivain : les
Nouvelles et les Contes d’Alfred de Musset", revue Nineteenth-Century
French Studies, vol. 34 n°3 et 4 spring-summer 2006.
"L’Ecriture de l’ode : l’autre aspect du lyrisme
de Musset", dans L’Ode, en cas de toute liberté poétique,
sous la direction de Mme Marie-Catherine Huet-Brichard, Berne,
Peter Lang, 2007.
"De Musset à Zola : Les Caprices d’Une
Page d’amour", Revue d’Histoire Littéraire de
la France, 2008 n°2.
Réédition des Contes
de Musset, en collaboration avec M. Frank Lestringant, Classiques
Garnier, 2009.
"Musset et le ‘mal du siècle’ dans
La Confession d’un enfant du siècle : un romantisme de
façade ?", revue Littératures, à
paraître fin 2009.
"Entre Musset et Beckett, Le Faiseur de Balzac
: l’intertextualité en question", revue Nottingham French Studies,
à paraître en 2010.
Réédition de L’Anglais mangeur
d’opium, dans les Œuvres complètes de Musset,
Honoré Champion, sous la direction de M. Sylvain Ledda, à
paraître en 2010.
Réédition des Nouvelles
de Musset, en collaboration avec M. Frank Lestringant, Classiques
Garnier, à paraître en 2010.
"L’élaboration d’un fantasme, ou la
création mise à nu : Le Fils du Titien, d’Alfred
de Musset", à paraître dans Ecritures XIX, Lettres
modernes - Minard, "Revue des Lettres Modernes", numéro
consacré à "Alfred de Musset, auteur tout nu", sous la
direction de M. Christian Chelebourg, à paraître début
2010.
Réédition de Voyage où
il vous plaira, de Johannot, Musset et Stahl, Classiques Garnier,
à paraître en 2010.
Barbara COOPER: Le personnage de l'étourdi
dans les comédies de Musset
Quels sont les personnages que l’on pourrait qualifier
d’étourdi dans les comédies de Musset? Sont-ils tous
pareils ou y a-t-il des différences entre eux? L’étouderie
du personnage mussétien a-t-elle partie liée avec l’esthétique
de Musset? Voilà quelques-unes des questions que nous explorerons
dans cette communication.
Samy COPPOLA: La polémisation des
genres chez Musset
Comme Victor Hugo, Alfred de Musset s’est illustré
dans tous les genres littéraires disponibles à son époque:
poésie lyrique, théâtre (du drame au proverbe,
en passant par la comédie qu’il a puissamment renouvelée),
roman autobiographique, nouvelle fantastique, chroniques journalistiques,
contes... Dès ses débuts fracassants en 1830 avec Les
Contes d’Espagne et d’Italie, le jeune poète révéla
une tendance innée à la parodie et à la subversion
des genres et des poétiques romantiques comme classiques. Si sa
Nuit vénitienne, représentée quelques mois
plus tard, fut un échec, ce fut aussi parce que Musset subvertissait
de l’intérieur le genre théâtral en instaurant un
théâtre de la parole et de l’ambiguïté tout en
prenant le contre-pied des drames romantiques alors à la mode (à
bien des égards La Nuit vénitienne est un contre-Hernani,
dont elle inverse tous les codes). Quant à la Confession d’un
enfant du siècle, si romantique en apparence, n’oublions pas
qu’elle s’ouvre sur un chapitre 2 à mi-chemin entre essai et pamphlet,
dans lequel Musset vilipende son siècle et parodie l’épopée
napoléonienne. Mais ce sont surtout ses articles parus dans Le
Temps en 1831 (sous le titre Revues fantastiques) et ses
Lettres de Dupuis et Cotonet (publiées dans la Revue
des deux mondes en 1836-1837) qui révèlent les talents
polémiques de Musset, d’une part par leurs réflexions
sur des questions de poétique (autour du débat opposant classiques
et romantiques, que Musset renvoient dos à dos), d’autre part
par la liberté que les genres journalistiques, non codifiés,
laissent au jeune poète pour inventer de nouvelles formes polémiques
et subvertir les genres traditionnels par un traitement dialogique et
parodique inhérent à son projet polémique. Il nous
faudra aussi évoquer quelques poèmes, souvent peu connus
et non recueillis pour beaucoup dans les Poésies Nouvelles
(Maurice Allem les a réunis sous les titres Poésies complémentaires
et Poésies posthumes dans son édition de La Pléiade)
dans lesquels Musset retrouve la tradition polémico-satirique
d’un Mathurin Régnier ("Sur la paresse") ou d’un Molière
("Une soirée perdue"), manie l’épigramme à la
manière de Voltaire, et brocarde les lois sur la presse de 1835
("La loi sur la presse") avec un rare talent de polémiste. Ainsi
nous verrons que Musset, au lieu de rédiger une poétique
en bonne et due forme, un manifeste à l’instar de La Préface
de Cromwell ou de celle aux Etudes françaises de Deschamps,
choisit la pratique des genres, la subversion en acte des poétiques
existantes au moyen du pastiche et de la parodie, pour mieux affirmer
ses idées poétiques et ses velléités polémiques.
Sylvain LEDDA: Musset, ou la poétique du jeu
Dans l’œuvre de Musset, le jeu est une constante. Qu’il s’agisse des parties
de piquet de la baronne de Mantes (Il ne faut jurer de rien), du
lansquenet de Steinberg (Bettine), des cache-cache de Margot (Margot),
le jeu est une passion personnelle qui offre de nombreuses variations dans
la fiction. Musset, fort habile aux échecs, fait du jeu une marque
de fabrique. Scènes et situations montrent des personnages qui s’adonnent
au plaisir des cartes, qui rêvent à d’hypothétiques
gains ou se lamentent sur leurs pertes. Jeux et joueurs suggèrent
ainsi un monde instable où règnent hasards et retournements
de fortune; c’est toute la "philosophie" de Musset qui se dessine alors au
contour des aléas liés au jeu: "Fou ! trois fois fou à
lier, celui qui calcule ses chances, et qui met la raison de son côté!",
constate Octave (Les Caprices de Marianne, II, 4). Comment, entre
hasard et empirisme, la poétique du jeu dévoile-t-elle les
rehauts de l’imaginaire de Musset? Comment crée-t-elle une dynamique
esthétique et une vision du monde? Le jeu n’est pas seulement un thème
ou une pratique sociale expérimentée par l’auteur, mais un
principe esthétique et une mise en abyme de l’acte créateur.
L’acte ludique, qui grise et provoque parfois "l’ilynx" (Roger Caillois),
est l’une des manifestations les plus originales de la fantaisie de Musset
— à cet égard, on se demandera si "le vertige du jeu" n’est
pas une subversion de l’esthétique du sublime.
Jean MAURICE: L'image de la chevalerie
chez Musset
À partir d'un corpus comprenant différents
genres, on examinera l'image de la chevalerie chez Musset. On
s'interrogera sur les sources utilisées par le poète
et sur le brouillage des représentations qu'elles impliquent.
On étudiera aussi comment les décalages historiques
voulus ou subis par Musset construisent un sens original.
Florence NAUGRETTE: Le jardin dans le théâtre de Musset
Dans de nombreuses pièces de Musset, le jardin est l’un des lieux
de la fiction. Espace fantasmé de la nature domestiquée, le
jardin, chez Musset, est un lieu trompeur: lieu charmant, d’évasion,
de solitude ou de rencontres secrètes, il est aussi le lieu de la
trahison, de la scène épiée, voire un coupe-gorge. On
étudiera dans cette communication tout à la fois le discours
que les personnages tiennent à son sujet, révélateur
d’un imaginaire romantique de la nature domestiquée, et son fonctionnement
dans l’espace dramatique de la fiction. Quelques exemples de sa mise en œuvre
scénique seront pris en considération. On s’inspirera aussi
des réflexions du philosophe américain Robert Harrison (Jardins.
Réflexions sur la condition humaine, Le Pommier, 2008) sur l’imaginaire
attaché à ce lieu, comme métaphore de la condition humaine.
Esther PINON: Ecrire le sacré:
Musset et ses modèles
Poète du doute et du scepticisme,
Musset n’en est pas moins, comme l’ensemble de ses contemporains,
profondément marqué par un imaginaire de la religion
et du sacré, dont les traces surgissent dans la matière
même de ses œuvres. De toute évidence, cette écriture
du sacré ne peut se construire qu’en se situant dans une
longue lignée de textes et de références culturelles
(ou cultuelles), modèles désignés ou moins
directement assumés. De l’intertexte biblique à la
rhétorique religieuse contemporaine, en passant par le souvenir
des confessions augustiniennes, on se demandera comment la poétique
mussétienne se nourrit d’écriture sacrée,
peut-être en la subvertissant et sans doute en se souvenant
de ces deux autres grands modèles que sont la peinture et
la musique sacrées.
Frédérique PLAIN: Mise
en scène et mise en texte, l'énigme de Lorenzaccio
(ou ce qui gêne le théâtre dans la poétique de
Musset)
Le destin de Lorenzaccio à la scène
est une énigme dans le paysage littéraire et
théâtral français. Longtemps réputé
injouable de par sa forme, ses dimensions et son propos, le drame
monstre de Musset, écrit en 1834, ne fut créé
à la scène que soixante-deux ans plus tard, en 1896,
dans une adaptation d’Armand d’Artois pour Sarah Bernhardt. Aujourd’hui,
le chef-d’œuvre injouable de Musset est devenu sa pièce la
plus jouée. Cette fortune scénique tend à faire
oublier qu’il est pourtant l’une des seules œuvres du répertoire
classique français à n’avoir jamais été montée
dans sa version intégrale. C’est cette énigme que nous
nous efforcerons de creuser, en analysant plusieurs adaptations scéniques
de la pièce, tant anciennes que contemporaines. Cette analyse
nous permettra de mettre en lumière un certain nombre de permanences
qui, du XIXe siècle à nos jours, caractérisent
les relations ambivalentes, faites autant de fascination que de répulsion,
entre la pratique théâtrale et la poétique de
Musset.
Valentina PONZETTO: Musset et les écrivains
italiens du Moyen-Age et de la Renaissance
Le Decameron de Boccace et le recueil anthologique
I quattro poeti italiani, con una scelta di poesie italiane
dal 1200 sino a nostri tempi figurent parmi les rares livres conservés
par Musset lors du tri sévère de sa bibliothèque
auquel il se livre au printemps 1834. C’est assez dire l’importance
que revêtent à ses yeux ces écrivains, et notamment
les représentants de ce qu’il considère comme l’âge d’or
de la culture italienne, entre la fin du Moyen-Age et la mort de Michel-Ange.
Dante et Pétrarque, Boccace et Bandello, mais aussi l’Arioste,
Machiavel, ou Michel-Ange apparaissent à ses yeux comme des modèles
d’écriture et d’esthétique, souvent cités, évoqués
et même directement imités. Il faudra alors s’interroger
sur les voies et les enjeux de cette intertextualité, toujours créatrice,
parfois inattendue, souvent transgénérique, une nouvelle
pouvant inspirer une pièce de théâtre, ou des poèmes
un récit en prose, pour comprendre de quelle manière la tradition
italienne joue son rôle dans l’élaboration de la poétique
de Musset.
Gisèle SÉGINGER: Musset et la poésie:
une poétique du disparate
Dans Un Poète déchu, Musset considère
la "paresse d'écrire" comme une saine abstention. Aussi son art
moderne n'est-il qu'un Impromptu qui suggère l'inutilité
des poétiques savamment élaborées: "Chanter, rire,
pleurer, seul, sans but, au hasard", tel est le but du poète.
Musset se méfie de la raison et de ses calculs existentiels comme
des contraintes qu'elle impose à la littérature: "Ma poétique,
un jour, si je puis la donner, / Sera bien autrement savante et salutaire
[...] / Mon premier point sera qu'il faut déraisonner" (Après
une lecture). En accord avec une conception de l'existence, sa pratique
poétique privilégie le fragmentaire et l'éphémère,
le mélange des genres, l'ellipse et ses incertitudes, les contrastes.
Résistant à la fascination douloureuse des valeurs supérieures
et des au-delà — l'éternité, le divin, le devenir
— et à la leçon de la Muse, Musset accepte le jeu de la vie
et de la mort, le hasard. Sa poétique du disparate est un acte d'affirmation
qui tente de lutter — dans le domaine de l'écriture — contre l'angoisse
de l'infini.
Avec le soutien de l’Université Paris Est /
Marne la Vallée