Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
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DU MARDI 16 AOÛT (19 H) AU MARDI 23 AOÛT
(14 H) 2011
NARRATIONS D'UN NOUVEAU SIÈCLE :
ROMANS ET RÉCITS
FRANÇAIS (2001-2010)
DIRECTION : Bruno BLANCKEMAN, Barbara HAVERCROFT
ARGUMENT :
Les réalisations
littéraires, les modèles culturels,
les pratiques éditoriales ne cessent de bouger,
dans des directions et selon des logiques qu’il est souvent
difficile d’appréhender. L'année 2011 semble
être le moment opportun pour prendre une première
mesure de ces transformations en étudiant les récits
de la première décennie du XXIe siècle.
Ce colloque se veut donc un observatoire critique des évolutions
les plus récentes de la littérature narrative
et un laboratoire théorique ouvert sans discrimination
aux différentes approches permettant d’en comprendre
les enjeux en temps réel. Narrations d’un nouveau siècle:
quels types de romans, récits, nouvelles, textes de
soi, le XXIe siècle débutant génère-t-il?
Quelles images et quels imaginaires les proses littéraires
produisent-elles de ce même siècle? Pour aborder
ces questions, plusieurs axes pourront structurer les communications
et les débats:
- un axe historique:
quels événements marquants et quels
phénomènes de fond, nationaux ou internationaux,
intéressent les récits? Quelles relations
au passé et quelles représentations du passé s’en
dégagent? Quels éléments de continuité
et quels éléments de distinction s’observent par rapport
aux oeuvres publiées dans la précédente
décennie? Ces questions d’ordre thématique
inciteront à s’interroger aussi en termes d’histoire
littéraire. Dans quelle mesure la représentation
de ces événements peut-elle constituer un critère
de périodisation (littérature fin de siècle
/ tournant de siècle / début de siècle)?
Que devient la littérature en tant que discipline culturelle
et mode de création artistique? Quelle légitimité
recouvre aujourd’hui l’idée de littérature française
et, à travers elle, de littérature nationale?
- un axe esthétique:
quelles œuvres notoires émergent depuis 2001
et selon quels critères d’identification? Comment
évoluent les œuvres déjà consacrées,
certaines dès les années 1960, d’autres
au début des années 1980, plusieurs encore dans
la décennie des années 1990? Ces questions conduiront
à s’interroger sur d’éventuelles esthétiques
et poétiques communes à ces différentes
œuvres. On pourra ainsi se demander quel degré de pertinence
recouvre encore la notion de genre, ce qu’il en est exactement
des genres anciens (le roman, l’autobiographie) et des pratiques
qui se fondent comme genres nouveaux (l’autofiction, la biofiction)
ou comme hybrides (l’essai) et les contenus que recouvrent aujourd’hui
les idées d’avant-garde et d’expérimentation,
de tradition et d’académisme.
- un axe culturel:
comment se marque l’appartenance de la littérature
à son environnement social, politique, artistique,
et comment interagit-elle avec lui? On favorisera plusieurs
ordres de questionnement. Quels rapports la littérature
entretient avec l’idée de communauté en général
et avec certaines communautés en particulier?
Qu’expriment les récits dont les auteur(e)s viennent
d'ailleurs, souvent d’anciennes colonies, dans lesquels se
manifestent les tensions entre deux cultures? Comment évolue
la littérature des femmes, souvent axée sur
des problématiques relatives au genre sexuel, mais éloignée
de tout féminisme militant? Peut-on parler d’écritures
gays? En même temps que des œuvres, c’est la tentation
d’une approche culturaliste du phénomène littéraire,
les échos et les réticences qu’elle rencontre
en France, qui pourra ainsi être abordée.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 16 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Mercredi 17 août
Matin:
Bruno BLANCKEMAN & Barbara HAVERCROFT: Ouverture
Anne ROCHE: Lignes occupées
Marie-Pascale HUGLO:
L’histoire en vitesses
Après-midi:
Marc DAMBRE: Roman (et) histoire: errances (et) vérités
Gerald PRINCE: Autoportrait:
Les Particules élémentaires
Soirée:
Rencontre-lecture avec Nicole CALIGARIS
Jeudi 18 août
Matin:
Michael SHERINGHAM: Vies précaires: pouvoir
et prestige de l’archive
Frances FORTIER
& Andrée MERCIER: L’autorité narrative
pensée et revue par Anne F. Garréta
Après-midi:
Sabine LOUCIF: Lectures d’aujourd’hui
aux USA: les dessous du marché de la traduction
Simon BROUSSEAU: Du temps de cerveau disponible...
Littérature, écran et logique dans l’extrême
contemporain
Soirée:
Projection de films de Christophe Honoré (romancier et cinéaste)
Vendredi 19 août
Matin:
Wolfgang ASHOLT: Minimalisme
ou écriture blanche? L'œuvre d'Yves Ravey
Laurent DEMANZE: Les
fictions encylopédiques de Pierre Senges
Après-midi:
Warren MOTTE: Critique-roman
Pascal RIENDEAU: Les
essais des romanciers français (2001-2010)
Soirée:
Rencontre-lecture avec Pierre SENGES
Samedi 20 août
Matin:
Yves BAUDELLE: L’autofiction
des années 2000: un changement de régime?
Nicolas XANTHOS: Consciences
contemporaines: poétique de l’intériorité
chez Toussaint, Modiano et Lenoir
Après-midi:
DÉTENTE
Dimanche 21 août
Matin:
Aurélie ADLER: Fictions de la communauté:
effraction, reconstruction, altération
Bruno BLANCKEMAN: L’écrivain impliqué:
écrire (dans) la Cité
Après-midi:
Pascal MICHELUCCI:
Le parti de l’expression: le roman maniériste d’Eric
Laurrent
Dolorès LYOTARD: L’écriture et
le deuil (autour de Philippe Forest)
Lundi 22 août
Matin:
Joëlle PAPILLON:
Ecrire "le cadavre de l’amour": du désamour dans la littérature
contemporaine des femmes
Barbara HAVERCROFT: Révélations
irrévérencieuses: avatars contemporains de
la confession au féminin
Après-midi:
Sabrinelle BEDRANE:
Quelles communautés? La fracture algérienne
dans certains récits choisis (2000-2010)
Pierre SCHOENTJES:
Littérature et environnement: écrire la nature
Mardi 23 août
Matin:
Catherine DOUZOU: La légion
étrangère du roman français (2001-2011)
Robert DION: La collection
"l’Un et l’Autre" et l’émergence de nouvelles pratiques
biographiques: quoi de neuf depuis 2000?
Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Wolfgang ASHOLT: Minimalisme ou écriture blanche?
L'œuvre d'Yves Ravey
Les notions de minimalisme et d’écritures blanches
conviennent aux romans et aux pièces de théâtre
d’Yves Ravey ,mais ne suffisent pas pour en tenir vraiment compte.
Caractérisé par le "style d’absence" cher à Barthes
et par une sobriété syntaxique et lexicale, ses œuvres désorientent
à un degré rare dans la littérature contemporaine.
A partir d’un quotidien connu par tous, celui de nos jours aussi bien
que celui des catastrophes du 20e siècle, elles nous enlèvent
vers un "unheimlich" qui nous fait voir de manière inconnue le quotidien
d’aujourd’hui et celui de nos souvenirs. Elles nous confrontent ainsi avec
les fantômes de l’histoire et de notre contemporanéité
et, grâce à ces spectres, l’écriture devient un foyer
de résistance. Pour Ravey, "le souvenir est le texte" et c’est à
ce "savoir sur la vie" des textes de Ravey que sera consacrée mon
intervention.
Wolfgang Asholt est profeseur de littératures
romanes à l'université d'Osnabruck, Allemagne) et directeur
de la revue "lendemains".
Dernières publications:
Dans le dehors du monde. Exils d'écrivains et
d'artistes au XXe siècle, Presses de la Sorbonne nouvelle,
2010 (éd. avec Georges-Arthur Goldschmidt et Jean-Pierre Morel,
coll. de Cerisy, 2006).
Jean-Richard Bloch ou A la découverte du monde
connu: Jérusalem et Berlin (1925-1928), Champion, 2010 (Bibliothèque
d'études juives, n°40) (éd. avec Claudine Delphis).
Assia Djebar. Littérature et transmission,
Presses de la Sorbonne nouvelle, 2010 (éd. avec Mireille Calle-Gruber
et Dominique Combes, coll. de Cerisy, 2008).
Un retour des normes romanesques dans la littérature
française contemporaine, Presses de la Sorbonne nouvelle,
2011 (éd. avec Marc Dambre).
Yves BAUDELLE: L’autofiction des années
2000: un changement de régime?
Malgré la confusion qui entoure la définition
même du genre, le constat souvent établi d’une
domination croissante de l’autofiction dans nos lettres a-t-il
suffisamment pris la mesure des évolutions récentes?
Une génération après Fils (1977),
ne peut-on pas affirmer que tout a changé — sauf l’exhibition
de soi comme projet littéraire et la stratégie du
coup médiatique? Au-delà des polémiques sur l’abaissement
supposé d’un genre qui semble avoir trouvé dans la
désublimation sa marque propre, un état des lieux du
domaine autofictionnel implique de ne s’en tenir ni à une problématique
formelle, ni à une axiologie des genres. La présente hégémonie
des écritures de soi apparaît en effet comme l’un des
symptômes des transformations récentes du champ littéraire:
basculement du statut de l’auteur, bouleversement de la hiérarchie
des médias, déclin probable de l’exigence culturelle.
Normalien, Yves Baudelle est professeur
de littérature française à l’Université
de Lille 3, où il a longtemps dirigé la revue Roman 20-50.
Vingtiémiste, il a dirigé de nombreuses publications
collectives (sur Arland, Mandiargues, Sarraute, Robbe-Grillet...).
Poéticien, d’abord spécialiste d’onomastique et
de géographie romanesques, il s’est ensuite tourné vers
la question des rapports entre univers référentiel et
mondes fictionnels, notamment dans l’autofiction. Dernier ouvrage
paru: Bernanos, le rayonnement de l’invisible (PUF, 2008).
Sabrinelle BEDRANE: Quelles communautés?
La fracture algérienne dans certains récits choisis
(2000-2010)
Si la littérature du XXIe siècle est résolument
après-guerres, la guerre d’Algérie en tant que guerre
des pères est au centre de nombreux récits (Arno Bertina,
Laurent Mauvignier, Maïssa Bey, Zahia Rahmani...), tel un "compte
à régler vieux de quarante ans" comme il est rappelé
dans Des hommes, récit incombant aux enfants indirectement
(fruit d’un choix pour les deux premiers) ou directement (impérieuse
nécessité pour les deux dernières). Ces fictions
mettent en scène une géographie du souvenir et s’apparentent,
pour M. Bey et Z. Rahmani, à des récits de diction. Me
situant sur l’axe culturel, je voudrais interroger l’idée de
communauté à partir de tensions entre plusieurs cultures
d’écrivaines venues d’Algérie, à l’instar de Maïssa
Bey (pseudonyme de Samia Benameur), avec Entendez-vous dans les
montagnes, 2002 (nouvelle édition en 2010), et de Zahia Rahmani,
avec Moze, 2003, "Musulman", roman, 2005 et
France, récit d’une enfance, 2006.
Sabrinelle Bedrane est maître de conférences
à la Sorbonne Nouvelle. Elle a publié une trentaine d’articles
sur les récits brefs, la question du recueil et des genres,
et plus généralement, la question du récit dans
la littérature contemporaine. Elle a co-dirigé, avec
C. Douzou, un numéro de Roman 20-50 sur une nouvelliste
française contemporaine et co-dirige actuellement avec F. Revaz
(narratologue) et M. Viegnes (auteur, entre autres, de La Nouvelle
française au XXe siècle), un volume sur Le Récit
minimal (à paraitre à la rentrée 2011 aux Presses
de la Sorbonne Nouvelle).
Laurent DEMANZE: Les fictions encylopédiques
de Pierre Senges
A la manière de Borges, Pierre Senges
se détourne de la narration pour le commentaire, et troque
les récits contre la glose érudite. Car tous ses
livres présupposent ou inventent un livre antérieur,
traités d’anatomie, Apocalypse de saint Jean, disputatio
ou bréviaire végétal. Mais à chaque fois,
c’est un pan du savoir qui est convoqué, une branche de
l’encyclopédie qu’il revisite comme au second degré,
pour y faufiler des micro-récits et convoquer des fables depuis
longtemps oubliées. L’œuvre de Pierre Senges, comme celle
de Borges, est ainsi une œuvre seconde, qui s’ourdit entre les lignes
des traités, s’échafaude dans les marges du savoir, pour
inverser les pouvoirs l’érudition: elle n’est plus le remblai
scientifique ou le détail authentique sur lesquels fonder
la connaissance, mais une puissance d’incertitude, un déport
romanesque qui distille le doute dans le projet même de l’encyclopédie.
Laurent Demanze est maître de conférences
en littérature française du XXe siècle à
l’ENS de Lyon. Ses travaux portent sur la littérature contemporaine,
à laquelle il a consacré une trentaine d’articles
et deux essais publiés chez Corti: Encres orphelines :
Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon,
en 2008, et Gérard Macé, l’invention de la mémoire,
en 2009.
Robert DION: La collection
"l’Un et l’Autre" et l’émergence de nouvelles
pratiques biographiques: quoi de neuf depuis 2000?
Officiellement créée
en 1989 par J.-B. Pontalis, mais inaugurée en
1988 par Glenn Gould piano solo de Michel Schneider,
la collection "l’Un et l’Autre" des Éditions Gallimard
continue de s’étoffer au rythme de cinq livres par an
(84 volumes parus à ce jour). Avec des ouvrages aussi
marquants que Rimbaud le fils de Pierre Michon (1991),
Regardez la neige qui tombe (1992) de Roger Grenier ou
encore Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette
(1996), elle a joué un rôle majeur dans l’élaboration
d’une nouvelle littérature biographique au cours des
années 1990, mettant en particulier l’accent sur une
redéfinition de la relation biographique, ce fameux rapport
entre "l’un" et "l’autre" sur lequel insiste le descriptif de
la collection. Me situant sur l’axe esthétique, je
voudrais voir comment, au cours de sa deuxième décennie
d’existence (de 2000 à 2010), cette collection a
évolué et, le cas échéant, s’est renouvelée.
Un modèle, un format s’est-il mis en place que les
titres nouveaux se contenteraient de perpétuer? Un
"effet de collection" est-il si perceptible à l’intérieur
d’un ensemble qui comprend des auteurs réputés
"difficiles" comme Pierre Michon, Gérard Macé ou Sylvie
Germain et d’autres plus "grand public" comme Roger Grenier
ou Christian Bobin? Le fait de publier à plusieurs reprises
les mêmes écrivains a-t-il atténué
la capacité d’innovation induite par le "cahier des charges"
de la collection? Une nouvelle esthétique de la relation
biographique se met-elle véritablement en place et se transforme-t-elle
après 2000? Assiste-t-on peu à peu à une banalisation
de la formule? Ce sont ces questions que je voudrais aborder, sans
pour l’instant postuler nécessairement l’existence d’un point
de bascule autour de l’année 2000.
Robert Dion est
professeur de littératures française
et québécoise à l’Université du Québec
à Montréal. Ses recherches portent principalement
sur le rapport entre fiction et essai, dans le roman aussi bien
que dans la biographie. En plus de collectifs et d’articles en
revue, il a publié plusieurs ouvrages dont, tout récemment,
avec Frances Fortier, Écrire l’écrivain. Formes
contemporaines de la vie d’auteur (Presses de l’université
de Montréal, 2010).
Catherine DOUZOU: La légion étrangère
du roman français (2001-2011)
Pour caractèriser la production romanesque française
de la première décennie du XXIe siècle, un regard
sur les auteurs étrangers qui écrivent en français
s'impose. Les auteurs francophones importants utilisent une langue,
le français, qui leur est transmise par l'Histoire. D'autres
auteurs, dont la langue maternelle n'est pas le français et qui
n'ont, a priori, que peu de liens avec le français écrivent
leurs œuvres dans cette langue et reçoivent un accueil qui les
consacre comme des auteurs "français", certes d'un genre particulier.
Parmi eux, Atiq Rahimi, afghan, bientôt naturalisé français,
a reçu le prix Goncourt. Mais il est un auteur étranger
parmi d'autres qui sont en passe de devenir des auteurs français,
d'un genre à part. On s'interrogera sur les raisons de cette écriture
française (Andréi Makine, Milan Kundera, Jonathan Littel...)
au cours de la décennie.
Catherine Douzou est maître de conférences
HDR en littérature française du XXe et XXIe siècles
à l'Université de Lille 3. Elle a travaillé sur
la nouvelle et le récit bref, sur les relations entre le théâtre
et la narration et sur les représentations de l'Histoire
dans les narrations et au théâtre.
Frances FORTIER &
Andrée MERCIER: L’autorité narrative pensée
et revue par Anne F. Garréta
L’œuvre d’Anne F. Garréta
a suscité jusqu’ici des interrogations critiques et
théoriques qui l’ont en quelque sorte associée
à la question de l’identité sexuelle (gender).
Inaugurée par Sphinx (1986) — véritable
tour de force qui réussissait à neutraliser tous
les signes, grammaticaux et autres, d’une identité féminine
ou masculine, tant celle du narrateur que celles des personnages
principaux —, cette problématisation traverse l’ensemble
de sa production. Jensen (2000) et Fludernik (1997), parmi d’autres,
ont montré que cette déconstruction de l’identité
repose sur des modalités énonciatives complexes
(polyphonie du je, syntaxe brouillée, allusions intertextuelles
hétérogènes, etc.). Garréta elle-même
insiste, dans une entrevue accordée à Mathieu Lindon,
non seulement sur la présence envahissante du narrateur mais
sur "sa révolte à l’endroit des formes courantes
de la fiction", qu’elle interprète en ces termes: "D’habitude,
le conflit vient de l’intrigue, ce sont des personnages qui
s’opposent, une quête. Ce que je fais est intégrer
le conflit ou la quête à l’intérieur même
du personnage narrateur. [...] la voix narrative est l’effet
d’un conflit interne» (Libération, 1999).
À cette omniprésence du narrateur et à son indifférenciation
conflictuelle, qui se doublent parfois d’une revendication
saphique (Yale French Studies, n°90, 1996), s’ajoute
une interrogation explicite des genres littéraires (autofiction,
roman à thèse, écriture à contrainte,
etc.).
La décennie 2001-2010
a vu paraître deux titres de Garréta, que
nous entendons étudier plus avant sous l’angle de l’autorité
narrative: Pas un jour (2002) et Eros mélancolique
(co-écrit avec Jacques Roubaud, 2009), posent expressément
la question de l’autorité par l’entremise d’un repositionnement
de la figure et de la fonction de l’auteur. Dans Pas
un jour, la narratrice entend déjouer les attentes
du lecteur contemporain en précisant consentir "au genre
de l’écriture qu’on disait autrefois intime" (10) alors
qu’elle affirme par ailleurs que "nul sujet ne s’exprime jamais
dans nulle narration" (10). Dans Eros mélancolique,
la double auctorialité affichée s’incarne dans une
diégèse qui met en scène l’écriture
électronique contemporaine par le biais d’un "fichier
mystérieux" anonyme offert à quiconque "passera ici
en quête d’un nom" (9). Tous ces brouillages identitaires
méritent qu’on les interroge sous l’angle théorique
de l’autorité narrative, pensée ici comme effet de
stratégies combinées qui convoquent en l’occurrence,
par le jeu de la contrainte, l’ethos du narrateur et le rapport
qui le lie à son lecteur. Nous supposons que les scénographies
romanesques — qui dans les deux récits prêtent un
rôle majeur au désir dans toutes ses acceptions
(désir sexuel, générique, littéraire,
d’identification, etc.) —, renforcent l’autorité narrative en
montrant qu’elle sait répondre au désir du lecteur
tout en le contournant.
Frances Fortier est
professeure au Département de lettres de l’Université
du Québec à Rimouski et membre du Centre de recherche
interuniversitaire sur la littérature et la culture
québécoises (CRILCQ). Ses recherches actuelles
portent principalement sur les fictions contemporaines, qu'elles
soient narratives ou biographiques. Elle a, entres autres,
participé, avec Andrée Mercier, à deux ouvrages
collectifs: en 2009, Enjeux du contemporain. Études
sur la littérature actuelle, [sous la direction de René
Audet] et en 2010 Le roman français de l’extrême
contemporain. Écritures, engagements, énonciations
[sous la direction de B. Havercroft, P. Michelucci et P. Riendeau], chez
Nota bene. Avec Robert Dion, elle a publié en 2010 l’ouvrage
Écrire l’écrivain. Formes contemporaines
de la vie d’auteur, aux Presses de l’Université de
Montréal.
Andrée Mercier est professeure
au département des littératures à
l’Université Laval et directrice du Centre de recherche
interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises.
Avec Frances Fortier, elle a dirigé différents projets
de recherche (subventionnés par le Conseil de recherche
en sciences humaines du Canada) sur le récit littéraire,
de même que sur l’autorité narrative et la vraisemblance
dans le roman contemporain. En ce moment, toutes deux travaillent
sur des questions de problématisation de la transmission
narrative dans le roman. Elle est membre, avec Frances Fortier,
d’une équipe interuniversitaire dirigée par Robert
Dion de l’Université du Québec à Montréal
qui mène une recherche de poétique et d’esthétique
comparée des littératures narratives française
et québécoise actuelles.
Marie-Pascale HUGLO: L’histoire en
vitesses
L'histoire est un des "lieux" de la littérature
qui, au début du XXIe siècle, continue de revenir
et de hanter notre présent. Qu'elle jouxte le récit
de soi, comme dans Les Années d'Annie Ernaux, ou
qu'elle s'en écarte comme dans Courir de Jean
Echenoz, qu'elle se mêle intimement à la fiction romanesque,
à la manière de Volodine, ou qu'elle cherche à
s'en détacher, l'histoire fait l'objet de maints récits
qui la revisitent, l'interrogent, la racontent à nouveau.
Sans chercher à épuiser le sujet, je m'intéresserai
plus particulièrement, d'un point de vue esthétique,
aux jeux de vitesse dont l'histoire fait l'objet à partir d'œuvres
littéraires représentatives parues au cours de
la dernière décennie. Je m'attarderai sur le tempo
narratif, qui projette le temps de l'histoire à travers des variations
de vitesse dont j'explorerai les modes et les effets. Une telle exploration
participe d'une réflexion plus large sur la médiation
du cinéma et des médias télévisuels
dans notre saisie de la réalité — médiation incontournable
tant au niveau des références (l'intertexte) qu'au
niveau des modes d'apparition cinétiques qui configurent
nos représentations du passé lointain et immédiat.
Il s'agira donc de voir comment la littérature narrative
contemporaine relance l'histoire "en vitesses", donnant à
réfléchir non seulement sur l'histoire comme telle,
mais aussi sur sa démultiplication esthétique.
Marie-Pascale Huglo est professeur
au Département des littératures de langue française
de l'Université de Montréal. Outre des ouvrages de fiction,
elle a publié Métamorphoses de l'insignifiant. Essai
sur l'anecdote dans la modernité (Montréal, Balzac
- Le Griot, 1997) et, plus récemment, Le Sens du récit.
Pour une approche esthétique de la narrativité contemporaine
(Lille, Presses Universitaires du Septentrion, "Perspectives",
2007). Elle a dirigé un ouvrage collectif et des dossiers
de revue (au Canada, aux Etats-Unis et en France) sur la littérature
narrative contemporaine. Ses recherches actuelles portent sur
les relations entre la littérature contemporaine et le
cinéma.
Sabine LOUCIF: Lectures d’aujourd’hui aux USA: les dessous du marché
de la traduction
La littérature française d’aujourd’hui n’est diffusée
en français que dans le cercle très restreint des quelques
programmes de Doctorats qui peinent à survivre en ces temps de guerre
contre les humanités et les langues étrangères. Les
budgets des maisons d’éditions sont maigres et la compétition
féroce entre les auteurs étrangers "traduisibles". Quels romans
et récits français publiés après 2001 ont été
traduits pour le marché américain? Qui sont les décideurs?
Selon quelle logique culturelle et économique choisit-on de traduire
un auteur plutôt qu’un autre? Quelle est la réception des auteurs
récemment traduits aux USA? L’exploration du marché de la
traduction des auteurs français d’aujourd’hui outre-Atlantique nous
donnera accès aux images et représentations américaines
de la "francité" en ce début de vingt-et-unième siècle.
Pascal MICHELUCCI: Le parti de l’expression:
le roman maniériste d’Eric Laurrent
En neuf textes aux Éditions de Minuit
depuis 1995, Eric Laurrent s'est établi comme un des
principaux représentants contemporains d'une approche
anti-documentaire du roman. L'analyse des mœurs et des mouvements
de la séduction va de pair chez Laurrent avec une recherche
de la belle langue — élégance de l'expression, tonalité
humoristique, raffinement et nuance — qu'on voit rarement exprimés
dans de telles configurations dans l'extrême contemporain.
Nous tenterons de montrer qu'avec cet écran qu'elle élève
devant une thématique qui n'arrête plus la perception,
la langue laurrentienne n'est pas seulement un glacis d'originalité,
un voile esthétisant ou un obstacle qui demande à être
levé, mais plutôt le moyen de projection d'une fantasmatique
personnelle, une manière individuelle conçue pour
forcer l'attention et renouveler la sensibilité.
Pascal Michelucci enseigne en
lettres modernes au Département d'Études françaises
de l'Université de Toronto et dans le Département
d'Études langagières de l’Université de Toronto
Mississauga (UTM). Il est membre du Groupe de recherche et d'étude
sur la littérature française d'aujourd'hui (GRELFA)
au Département d'Études françaises de
l'Université de Toronto. Il a publié une monographie
sur la métaphore dans l'œuvre de Paul Valéry (La
métaphore dans l’œuvre de Paul Valéry, 2003),
et plusieurs articles, sur Lamartine, Rimbaud, Laforgue, Claudel,
Valéry, Guillevic et Mérimée, Pieyre de Mandiargues,
Duras, Ernaux, Chevillard et Jauffret.
Warren MOTTE: Critique-roman
Depuis une bonne trentaine d'années
au moins, le roman est un terrain générique
bien contesté. Face aux incursions d'autres genres
(autobiographie, témoignage, essai, poésie) sur
ce terrain, il vaut mieux désormais préciser la sorte
de roman dont on voudrait parler. Ainsi, il est possible de parler
d'un roman critique, c'est-à-dire, d'un roman qui
met ses propres principes de construction en scène, qui
est conscient de son héritage littéraire, qui thématise
sa structure, qui invite ses lecteurs et lectrices à prendre
une position critique par rapport à sa propre matière.
Il est nettement plus rare en revanche d'entendre parler de l'opposé
symétrique de ce dernier, la critique-roman, c'est-à-dire,
un ouvrage qui se présente comme un texte critique ou théorique,
mais dont le fonctionnement suit les conventions romanesques.
En m'appuyant sur quelques livres récents de Pierre Bayard,
Qui a tué Roger Ackroyd? (1998), Comment améliorer
les œuvres ratées ? (2000), Enquête sur Hamlet
(2002), Peut-on appliquer la littérature à la
psychanalyse ? (2004), Demain est écrit (2005),
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? (2007),
L'Affaire du chien des Baskerville (2008) et Le Plagiat
par anticipation (2009), je me propose de débrouiller les
pistes de cette critique-roman, et de suggérer ainsi ce qui
arrive lorsque le roman en vient aux prises avec la critique.
Professeur de littérature
française et de littérature comparée
à l'Université du Colorado, Warren Motte s'intéresse
aux formes multiples du roman dans la littérature contemporaine.
Auteur d'études sur Georges Perec (1984), sur Edmond
Jabès (1990), sur la littérature ludique (1995) et
sur la littérature minimaliste (1999), ses livres récents
portent sur le roman français des années 1990 (Fables
of the Novel : French Fiction Since 1990, 2003) et 2000 (Fiction
Now : The French Novel in the Twenty-First Century, 2008).
Joëlle PAPILLON: Ecrire "le
cadavre de l’amour": du désamour dans la littérature
contemporaine des femmes
Chez Camille Laurens et Nelly Arcan,
la littérature se fait "le tombeau de l'amour", témoignant
de sa disparition progressive puis de sa mort, disséquant
son cadavre afin de déterminer les causes du décès
et de porter accusation contre les coupables. Au banc des accusés
se retrouvent le désir et la différence sexuelle,
puisque hommes et femmes ne savent pas ou plus se désirer.
Dans les récits d'Arcan comme chez Marie Nimier, le rapport
pornographique a pris la place du rapport amoureux qui semble
obsolète — bien que les personnages féminins le
recherchent toujours ardemment. Cette communication se propose d'étudier
la mise en texte des ratages de l'amour dans quelques récits
de femmes contemporains afin de dégager les diverses articulations
de l'amour, du désir et de la différence sexuelle
présentes dans ces œuvres, dans la visée d'interroger
la portée sociopolitique de telles représentations
de l'amour au féminin: la libération des femmes
peut-elle faire l'économie du désenchantement?
Joëlle Papillon est professeure
adjointe au Département de langues modernes de l’Université
Algoma, au Canada. Elle a publié de nombreux articles et chapitres
de livres portant sur la littérature contemporaine des
femmes en France et au Québec, notamment sur Marie Nimier,
Nelly Arcan, Annie Ernaux et Alina Reyes.
Gerald PRINCE: Autoportrait:
Les Particules élémentaires
Sera présentée
une sorte d’autoportrait des Particules élémentaires
à partir du roman de Michel Houellebecq et de son paratexte,
autoportrait qui non seulement le caractérisera
mais qui permettra aussi de le situer dans la production romanesque
contemporaine et d’évoquer les aspirations, les réalisations
et les limites de cette dernière.
Gerald Prince est
professeur de Langues Romanes et membre de la Annenberg
School of Communication ainsi que des sections doctorales
de Linguistique et de Littérature Comparée
à l’Université de Pennsylvanie. Auteur de plusieurs ouvrages,
dont Narrative as Theme: Studies in French Fiction
et Guide du roman de langue française (1901-1950),
il prépare Guide du roman de langue française
(1951-2000).
Pascal RIENDEAU: Les essais des romanciers
français (2001-2010)
Certains romanciers sont aussi des essayistes aguerris,
alors que d’autres n’écrivent pas d’essais, mais recourent
au journal, à la correspondance, à l’entretien pour exposer
leur conception du roman, de la littérature, de l’écriture
ou de la lecture. Comment l’essai — "le genre le plus libre qui soit"
(Starobinski) — permet-il de mieux comprendre le roman? Je tâcherai
de répondre à cette question en effectuant, en premier lieu,
un bilan de l’ensemble de la production d’essais écrits par
les romanciers français de 2001 à 2010, en dégageant
les principales tendances, les idées fortes, les propositions
nouvelles qu’on y retrouve. En second lieu, je retiendrai quelques
œuvres singulières (celles de Chevillard, Ernaux, Huston, Kundera,
Laurens), afin de procéder à une analyse détaillée
des idées et des imaginaires qui nous permettent de repenser
la littérature narrative.
Pascal Riendeau est professeur au Département
d’études françaises de l’Université de Toronto
où il co-dirige le GRELFA (Groupe de recherche et d’étude
sur la littérature française d’aujourd’hui) avec B.
Havercroft et P. Michelucci. Ensemble, ils ont dirigé Le
roman français de l’extrême contemporain. Écritures,
engagements, énonciations (Nota Bene, 2010). Pascal Riendeau
a récemment coordonné un dossier critique portant sur Éric
Chevillard (Roman 20/50, décembre 2008). Il travaille
actuellement à un ouvrage sur les questions éthiques
dans le roman français de l’extrême contemporain.
Anne ROCHE: Lignes occupées
Je voudrais interroger, au travers
de quelques cas, ce qui me paraît faire bouger les
lignes dans les domaines suivants:
- le rapport au réel (référentiel,
historique): certains des écrivains les plus novateurs
aujourd’hui intègrent dans leurs récits des
événements qu’ils n’ont pas vécus (guerre
d’Algérie pour Arno Bertina, emprisonnement sous une
dictature pour Nicole Caligaris...) mais, de façon radicalement
différente, de ce qu’a pu être le roman historique
(ou le roman politique) jusqu’à la fin du siècle dernier;
- le rapport à l’autobiographie:
aux deux extrémités, contraires, Chloé
Delaume (Dans ma maison sous terre, 2009) et Leslie
Kaplan (Mon Amérique commence en Pologne, 2009).
Ajoutons une troisième extrémité avec Olivier
Rolin (Suite à l’hôte Crystal, 2004);
- le rapport aux récits
antérieurs: Quignard, Macé, Chevillard,
Pierre Senges (Fragments de Lichtenberg, 2008), y compris
aux récits antérieurs de soi, avec
la tentative extrême de La Dissolution de Roubaud
(2009).
Ces exemples, s’inscrivant à
la fois dans l’axe historique et l’axe esthétique
du colloque, ne prétendent pas répondre à
toutes les questions qui y sont posées, mais s’intéressent
en priorité à la question des frontières
génériques et de leur mobilité.
Pierre SCHOENTJES:
Littérature et environnement: écrire la nature
La sensibilité pour les questions environnementales,
longtemps moins fortes politiquement en France que dans
les pays du Nord de l’Europe — voire aux Etats-Unis — a
peut-être retardé sinon l’apparition du moins la visibilité
d’une littérature qui accorderait une place importante
à l’entourage non-humain. La nature, et plus généralement
les thématiques qui touchent à l’environnement,
semblent à première vue absentes d’un imaginaire
littéraire contemporain qu’on imagine volontiers tourné
vers l’espace urbain. Il est caractéristique qu’aucun des
panoramas consacrés à la littérature de
"l’extrême contemporain" ne consacre un chapitre à
ce domaine. Il s’agit là sans doute d’un effet de perspective
car à y regarder de plus près l’on constate qu’il
existe bien un corpus se rattachant à ce que la critique
(anglo-)américaine nomme "nature writing", "ecoliterature",
ou dans le sillage des travaux de L. Buell, "environmental writing".
La "wilderness", la nature "sauvage", n’étant constitutive
ni de la réalité physique de la France ni de son imaginaire
national, il ne saurait évidemment exister à strictement
parler d’équivalent à la production aux USA. Mais
dès lors qu’on élargit le champ au-delà du "nature-writing"
pour considérer la littérature de l’environnement,
celle qui accorde une place aussi au paysage non-humain, l’on constate
que la dernière décennie à vu apparaitre une
quantité relativement importante d’ouvres qui s’inscrivent dans
cette perspective. Et parmi eux certains d’importance, comme Dormance
(2000) de Jean-Loup Trassard. J’interrogerai prioritairement l’écofiction,
et ce à partir des outils fournis pas la "ecocriticism"
anglo-saxonne, mais en m’intéressant surtout à
la spécificité de la situation en France. Il me semble
que, loin de tout régionalisme qui sentirait bon la
terre, c’est un domaine où se joue une part importante
de notre postmodernité désireuse de renouer avec
la réalité concrète du monde. Un domaine
qui reste encore à défricher mais dans lequel l’interrogation
éthique rejoint des préoccupations esthétiques.
Nicolas XANTHOS: Consciences contemporaines:
poétique de l’intériorité chez
Toussaint, Modiano et Lenoir
S’il est une question qui, presque consubstantielle
au roman depuis sa modernité, n’a cessé de faire
l’objet de représentations multiples, variées, conflictuelles,
dont les contrastes successifs font l’histoire du roman et s’élaborent
parallèlement à l’histoire des idées philosophiques
et psychologiques, que ce soit dans leur lumière ou dans leur
ombre, c’est bien celle de l’intériorité. En se gardant
de fédérer indûment des courants de pensée,
sinon des individus, on ne manquera pas de constater que la suspicion
des années 1960, tant littéraire (dans le sillage du
Nouveau Roman) que théorique (dans celui du structuraliste) a imposé
devant cette question de l’intériorité une attitude allant
de la méfiance au rejet et dont l’influence se fait sentir aujourd’hui
encore, notamment sur le plan critique avec la crispation qu’on lit parfois
autour de la notion d’"être de papier" dont les vertus premières
se muent, dans cette rigidité, en limitations indues. Car la littérature,
elle, n’a pas cessé ses explorations de l’intériorité
qui vont même, jusqu’à un certain point, constituer des traits
définitoires du contemporain. Il suffit de penser aux multiples
formes des écritures de soi, qui sont autant de manières
de ressaisir et de redéfinir la subjectivité, dans sa
complexité immédiate ou dans une historicité qui redéfinit
l’expérience et le legs du temps. Si les écritures de soi
font l’objet d’une reconnaissance critique, d’autres explorations contemporaines
de l’intériorité, proprement fictionnelles, restent à
décrire. C’est à contribuer à cette tâche que
la présente communication voudrait, précisément,
s’employer, en observant la production actuelle de trois auteurs dont
le travail, à un titre ou à un autre, touche de près
à la représentation de l’intériorité: Jean-Philippe
Toussaint, Patrick Modiano et Hélène Lenoir. Dans la récente
trilogie de Toussaint, autour de Marie, l’impassibilité initiale
le cède à une mise sous tension des êtres, sans
que cette dernière ne s’accompagne d’un épaississement identitaire
ou subjectif. C’est bien plutôt une intériorité
sans subjectivité que la trilogie explore, dans une intensité
perceptive et affective qui irradie et déstructure le temps comme
l’espace. Par delà la quête identitaire qui les constituent,
les romans de Modiano depuis le tournant du millénaire creusent
plus avant la voie de la mise en scène de "subjectivités",
si l’on ose encore utiliser ce terme, situées au croisement
improbable d’une densité historique qui peine à se configurer
et d’une absence à soi comme mode d’être, perturbant
dans le roman les ordres de l’agir et du temps. Lenoir travaille plutôt
à dire la rumeur inquiète, dans les marges de la conscience,
qui accompagne toute expérience du monde et complique son actualité
d’un passé constamment ressuscité en douleurs, craintes ou
amertumes diffuses, doublant ainsi le moment présent d’un potentiel
d’évocations réelles ou non, incessant sans pour autant
être jamais pleinement exprimé. C’est ainsi à l’intériorité
dans les œuvres contemporaines de ces trois auteurs que nous voudrions
nous intéresser ici, pour prendre la mesure des imaginaires
qui en sous-tendent la représentation, des formes romanesques
spécifiques qu’elle commande et du rapport au temps qu’elle implique.
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Viart, Dominique et Bruno
Vercier. La littérature française
au présent: héritage, modernité,
mutations (Paris : Éditions Bordas, 2005).
Avec le soutien
du Conseil Scientifique de l'Université de la Sorbonne
Nouvelle Paris III,
de L'Equipe Accueil 4400 "Ecritures de la modernité",
du CERACC (Centre d'Etude du Roman des Années
Cinquante au Contemporain)
et de l'Université de Toronto