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" Page mise à jour le 2 mai 2012 "
DU MERCREDI 5 SEPTEMBRE (19 H) AU MERCREDI 12
SEPTEMBRE (14 H) 2012
LA NARRATIVITÉ :
RACINES, ENJEUX ET
OUVERTURES
DIRECTION : Chantal CLOUARD, Bernard GOLSE, Alain
VANIER
ARGUMENT :
Issue d’horizons épistémologiques multiples, la narrativité
est un concept en plein essor dans le champ, notamment, de la
psychopathologie dynamique.
Ses racines épistémologiques sont abondantes: philosophiques, avec Paul
Ricœur et la proposition selon laquelle l’identité de l’être humain
serait fondamentalement une "identité narrative" ; littéraires et linguistiques où se profile, par
l’énonciation du récit et sa
stylistique, une vision du monde que l’individu se fait de lui-même et
de son environnement ; psychanalytiques,
renvoyant à la narration
onirique et aux processus de liaison ; développementales avec les
processus de subjectivation.
Ce colloque se propose d’envisager les domaines nombreux qui peuvent se
voir utilement concernés par le concept de narrativité: la littérature
(récits de soi, sémiologie de l’apparence); le cinéma, le travail de
l’acteur; les arts plastiques et la musique; les mathématiques; la
physique de l’univers (récit des
origines). Chacun, à leur manière, font ainsi œuvre de mise en récit.
L’une des possibilités et l’un des défis que la narrativité présente en
outre, intrinsèquement, est sa dimension réflexive, puisque c’est
l’analyse du récit et de la mise en récit qui peut nous éclairer sur
les ressorts intimes de la narrativité. Elle constitue de ce fait un
champ particulièrement fécond pour favoriser les interfaces entre les
disciplines.
Ce colloque s’emploiera à favoriser cette ouverture.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Mercredi 5 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Jeudi 6 septembre
Matin:
Chantal CLOUARD, Bernard GOLSE & Alain VANIER:
Présentation générale du colloque
Sylvain MISSONNIER:
La
nostalgie des origines. Pour une
psycho(patho)logie narrative périnatale
Bernard
PACHOUD:
Narrativité, métacognition et constitution
réflexive du soi. Implications pour la psychopathologie
Après-midi:
Alain VANIER: Inconscient
et narrativité
Bernard
GOLSE: Les racines épistémologiques du concept de narrativité
Soirée Cinéma (avec Jean-Louis LIBOIS)
Vendredi 7 septembre
Matin:
Bruno
FALISSARD: Les
mathématiques sont-elles l'avenir de la narrativité?
Pierre-Johan
LAFFITTE: La narrativité, modalité du schème intégratif.
Eléments pour une critique de l’herméneutique du texte ricœurienne dans
l’approche psychodynamique
Après-midi:
Roland
GORI: De quoi le
récit tient-il son autorité?
Chantal CLOUARD: La médecine
narrative: une place pour la subjectivité et le récit dans les
pratiques de soin
Soirée Contes et Récits
(avec Marcel RUFO)
Samedi 8 septembre
Matin:
Jean-François
CHIANTARETTO: L'écriture de soi: récit des origines ou récit
d'une altération?
Maurice CORCOS:
Narrativité: mémoire de l'absence
Après-midi:
Jean-Claude
COQUET:
Narrativité et phénoménologie du
langage: le problème de la distance
Pierre DELION:
Narrativité,
autisme et institution
Soirée Narrativité,
interactions, musique et chorégraphie (avec Daniel STERN)
Dimanche 9 septembre
Matin:
Patrick
BEN SOUSSAN: Noé,
son arche et son manteau. La narrativité en situations extrêmes
Blaise
PIERREHUMBERT: Affiliation, autonomie et attachement dans
les narratifs d'enfants
Après-midi:
Franck ZIGANTE:
La
narrativité: pont entre attachement et
psychanalyse. A propos de l'évaluation des processus de changement au
cours de psychothérapies analytiques dans une cohorte d'enfants
Daniel STERN: Le
développement
de la narrativité de la naissance à la petite enfance
Soirée musicale
(avec Gilbert AMY et Bernard GOLSE)
Lundi 10 septembre
Matin:
Ayala BORGHINI:
De la
régulation précoce au récit autobiographique chez l’enfant: un
follow-up sur 10 ans
René
ROUSSILLON:
L'associativité et la narrativité
Après-midi:
Gilbert AMY:
Musique et narrativité
Bernard GOLSE: Le bébé, le
langage et la musique
Soirée Audiodescription
(avec Marie GAUMY et Laurent MANTEL)
Mardi 11 septembre
Matin:
Rose-Marie
GODIER:
Du chuchotement au cri, histoires racontées dans Méditerranée, L’Ordre et Bassae de Jean-Daniel Pollet
Jean-Louis LIBOIS:
La narration suspendue et
le désir de fin
Après-midi:
Marie GAUMY
& Laurent MANTEL:
Narrativité et audiodescription
Michel
ITTY: De la
narration à la narrativité dans la peinture ou la peinture à l'épreuve
de Paul Ricoeur
Mercredi 12 septembre
Matin:
Marie-Rose
MORO: Ecrire la clinique transculturelle, une écriture des
"vies minuscules"
Discussion générale et
clôture du colloque
Synthèse
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Gilbert AMY: Musique et narrativité
Les rapports qu’entretient la musique occidentale avec le récit —
et donc la narrativité comme on dit aujourd’hui — sont courants
et anciens. Reste à savoir ce qu’ils signifient en réalité, ce qu’ils
veulent dire — comme aurait écrit Claudel — et quel peut être leur
contenu, métaphorique ou pas, dans une musique contemporaine, souvent
plus "abstrait" et sans lien apparent avec le réel, l’émotion
sous-jacente, soi-disant ignorante du sujet. C’est peut-être dans
l’observation de ce qui relève du temps, donc du rythme, qu’il faut
aller chercher la voie. Tel pourrait être notre propos, en le reliant
aux expériences du passé (et notablement celle d’un Debussy), dans un
sens plus interrogatif que normatif.
Né en 1936, Gilbert Amy entre au Conservatoire de Paris, où il
sera l'élève de Simone Plé Caussade, Henriette Puig Roget, Olivier
Messiaen et Darius Milhaud.
Pierre Boulez lui commande "Mouvements " pour ensemble
instrumental. Cette œuvre sera créée en 1958 à Darmstadt sous la
direction de Bruno Maderna.
En 1967, il prend la tête du Domaine Musical, série parisienne de
concerts de musique contemporaine, au Théâtre de la Ville.
Parallèlement Gilbert Amy a poursuivi une carrière de chef d'orchestre
à l'étranger et en France. En 1974/75, il crée, à Radio France, le
Nouvel Orchestre Philharmonique, dont il sera le Directeur artistique
et Premier chef d'orchestrer. En 1984, il prend la direction du
jeune Conservatoire National supérieur de Musique de Lyon.
L’activité de compositeur de Gilbert Amy couvre les domaines les plus
variés. Parmi les œuvres les plus marquantes: Trajectoires, pour violon et orchestre,
D'un Espace déployé (créé par Gerog Solti en 1973), Une Saison en enfer (d'après A.Rimbaud),
Missa cum jubilo (1982/83), Orchestrahl, Trois scènes pour orchestre, un
concerto pour violoncelle. Ses œuvres les plus récentes comprennent un
concerto pour piano (2005), un cycle de mélodies, Litanies pour Ronchamp (2005), L’espace du souffle (2007), Cors et cris (2011).
Patrick BEN SOUSSAN: Noé,
son arche et son manteau. La narrativité en situations extrêmes
"Noé commença à cultiver la
terre, et
planta de la vigne. Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu
de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le
rapporta dehors à ses deux frères. Alors Sem et Japhet prirent le
manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et
couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné,
ils ne virent point la nudité de leur père" (Genèse 9, 20-23).
Or donc le père Noé, une fois la Terre asséchée et sa
ménagerie
débarquée, se serait tapé une belle cuite. Bâtir l'Arche et sauver les
animaux du Déluge, quelle aventure, fallait bien célébrer sa réussite !
Le voilà pas qui s’effondre, selon la Sainte Bible, ivre mort et
gravement à poil. Le cadet de ses fistons se bidonne sans vergogne, les
deux autres recouvrent pudiquement leur ivrogne de père de son manteau
en s’approchant de lui à reculons. A l’époque Noé (en hébreu, נֹחַ
nōa'h signifie repos ou consolation) a
à peine plus de 600 ans, être patriarche biblique, ça conserve, il
vivra d’ailleurs 350 ans de plus...
Cette histoire d'une immense inondation destructrice traversée par un
vaisseau salvateur se retrouve dans plusieurs cultures, tout
particulièrement au Moyen Orient. La plus connue et la plus détaillée
est racontée par la "Bible", mais on trouve des récits apparentés et
parfois très antérieurs, comme ceux des tablettes sumériennes, ou des
inscriptions babyloniennes, mais aussi en Grèce, en Inde et même chez
les Romains. Plus ou moins divergentes dans les détails, elles
reprennent cependant l'essentiel de l'imagerie thématique originelle
sans trop en altérer le contenu. Et si nous la détournions ainsi: il
était une fois un Homme comme tous
les hommes soumis aux ahurissants aléas de la vie et du hasard et qui
va devoir traverser tempêtes, enchantements et souffrances pour,
peut-être, sauver sa vie. Cet Homme, en pleine traversée ou échu sur la
grève, après son long et douloureux voyage comme ils disent, va
raconter - se raconter et raconter, ses mille et une nuits, son
odyssée, son roman, ses aventures.
A l’hôpital, chaque patient que je rencontre, petit ou grand, se conte
et me conte une histoire de lui-même dont le "je" est le héros. Ce
roman – familial assurerait Freud - est tenu tout prêt pour répondre
à bien des questions qu’ils souhaitent venir déposer et élaborer ici,
dans ses multiples figurations.
Je vous propose d’aller à la rencontre de ces lieux dits hospitaliers
et où se jouent et se déjouent parfois de bien singulières histoires,
quand la maladie exproprie le sujet de son corps et de son histoire ;
quand la maladie étrange le quotidien des jours et laisse planer sur
l’avenir son ombre funeste.
Mais revenons à l’Arche. En hébreu, "tébah" ou taw/bet/hé est un
contenant, une boîte, mais il désigne aussi "le mot", comme si le mot
était le véhicule de survie d'un trésor qu'il contient. Quel trésor? La
légende sumérienne du déluge le qualifie de "la semence de tout ce qui
vit". Le but de la survie serait-il ainsi non seulement de préserver la
vie humaine, mais aussi de maintenir vivant l’esprit des mots et les
histoires qu’ils édifient?
"Et vogue le navire !" qui nous emporte vers Ithaque, ou Cythère, à
moins que ce ne soit encore vers ce "Never Neverland", cette île du
Jamais Jamais ou ces continents, de l’autre côté de la mer, dont rêvait
Christophe Colomb... Quand le voyage n’a rien d’une partie de plaisir
et que bien des délices s’absentent du jardin vers lequel nous tous
rêvons d’embarquer, quand errance, écueil, naufrage, rythment ces temps
de navigation, quand nous craignons à chaque instant d’être
emporté par une lame de fond, d’étranges sirènes ou d’horribles
monstres, que nous reste-t-il? Sinon le trésor des mots... Et
l’histoire de nos vies. Mais l’histoire d’une vie n’existe pas. Elle
reste à écrire. Surtout elle reste à vivre.
Patrick Ben Soussan, Pédopsychiatre, Responsable du
Département de Psychologie Clinique. Chercheur associé à l’Equipe
CanBioS (Cancer, Biomédecine et Société) - SE4S (Sciences Economiques
& Sociales, Systèmes de Santé, Sociétés -
UMR912/INSERM/IRD/Université Aix-Marseille) et au Laboratoire de
Psychopathologie Clinique de l’Université d’Aix-Marseille II.
Dirige aux éditions érès la revue Spirale
(http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=110).
(Le site de la revue: http://www.spirale-bebe.fr/)
Et parmi d’autres, les collections:
Mille et Un Bébés
(http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=85).
L’ailleurs du corps
(http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=163).
Préside l’Agence nationale des pratiques culturelles autour de la
littérature jeunesse "Quand les livres relient"
(http://www.quandleslivresrelient.fr/).
Ayala BORGHINI: De la régulation
précoce au récit autobiographique chez l’enfant: un follow-up sur 10 ans
Les compétences narratives et les capacités de mentalisation trouvent
leur fondement dans la régulation précoce. Le rapport à l’autre
régulateur vient ainsi forger la capacité du sujet à gouverner sa
propre réactivité émotionnelle. Plus tard dans le développement, il est
possible d’accéder à ce processus lors de tâches comme le récit
autobiographique. Dans la façon tout à fait singulière d’interroger un
sujet sur ses expériences émotionnelles et relationnelles, quelque
chose de cet équilibre régulateur devient alors accessible. L’objet de
la présente communication sera d’explorer cette rééquilibration
constante sur la base d’une étude longitudinale de 1998 à 2010
explorant les effets d’un événement périnatal sur les interactions
précoces et sur le développement de l’enfant tout particulièrement
concernant les compétences narratives et les capacités de mentalisation.
Ayala Borghini est psychologue, coordinatrice des recherches
en périnatalité au SUPEA, Lausanne. Ses recherches se sont axées sur la
narrativité et les capacités de mentalisation suite à des événements
périnataux.
Elle a notamment publié "Un étrange petit inconnu"en 2008
aux Editions Eres ainsi que de nombreux articles traitant de la qualité
de la narrativité en lien avec le traumatisme comme en 2006: Mother’s
attachment representations of their premature infant, 6 and 18 months
after the birth. Infant Mental
Health Journal, 27 (5), 494-508.
Jean-François CHIANTARETTO: L'écriture de soi: récit des origines ou
récit d'une altération?
Les écritures de soi (autobiographie, journaux intimes, autofictions)
mettent toujours en scène une tension entre deux positions psychiques:
attester d’une identité (voilà qui je suis), témoigner d’une altération
(voilà qui je suis empêché d’être). Cette tension se retrouve en chaque
texte, chez chaque auteur et souligne la visée de l’écriture: la
délimitation de soi, au sens d’un espace intérieur, d’un lieu singulier
d’interlocution interne. Cela peut s’exprimer au travers de registres
bien différents, du récit
comme lieu (fantasmatique) d’auto-engendrement à l’altération du récit,
au récit comme témoignage de l’impossibilité du récit. Deux types
d’écrits seront croisés pour aborder ces questions: les récits des
témoins survivants de la Shoah aux prises avec l’attaque de leur
appartenance humaine et les récits de soi intégrant une expérience
traumatique mettant en cause l’identité et/ou le sentiment d’exister de
l’auteur.
Psychologue et psychanalyste, professeur de psychopathologie à
l’Université Paris 13.
Derniers ouvrages parus
Le témoin interne. Trouver en soi
la force d’exister (Paris, Aubier, 2005).
Trouver en soi la force d’exister.
Clinique et écriture (Paris, Campagne Première, 2011).
Chantal CLOUARD: La
Médecine Narrative: une place pour la subjectivité et le récit dans
les pratiques de soin.
L’éthique narrative est un concept récemment utilisé pour
définir et interroger la fonction de la narrativité dans les pratiques
du "prendre soin". Selon Rita Charon, "Comme lors de la lecture des
œuvres littéraires, l’écoute clinique mobilise les ressources
intérieures de celui qui écoute, sa mémoire, ses associations, sa
curiosité, sa créativité, son pouvoir d’interprétation et sa
capacité à évoquer d’autres histoires". La voie ouverte par Georges
Canguilhem proposant de laisser entendre "la maladie du malade",
trouverait-elle avec la Médecine Narrative la possibilité de redonner
une place au discours subjectif et à une relation humanisante qui ne
laisse pas de côté la dimension tragique de l’existence que des
expériences de maladie grave et de confrontation à la mort révèlent ou
réactivent? Nous présenterons les principes de cette médecine fondée
sur la narration et les relations qu’elle entretient avec la
philosophie du soin, la psychanalyse, la notion d’identité narrative
chez Paul Ricœur.
Doctorante à l’UFR d’Etudes psychanalytiques de l’Université Paris VII,
Denis Diderot.
Après une licence de lettres et une licence d’anglais, elle se tourne
vers l’orthophonie, exerce au CHU de Caen, puis à la Fondation
Borel-Maisonny et à l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris
où elle a créé un groupe de recherche sur le langage et les
apprentissages.
Elle est chargée d’enseignement aux écoles d’orthophonie de Caen
et de Nantes.
Orthophoniste dans le service de pédopsychiatrie du Pr. Golse à
l’Hôpital Necker-Enfants Malades à Paris, elle collabore au Programme
International sur le Langage de l’Enfant où elle dirige des travaux sur
les interactions précoces mère bébé. Elle y anime depuis 2008, un
séminaire consacré à l’attachement et la narrativité dans les
récits littéraires autobiographiques.
Sa thèse est consacrée aux enjeux psychiques de l’écriture de soi,
entre narrativité, attachement et psychanalyse.
Jean-Claude COQUET: Narrativité et phénoménologie du
langage: le problème de la distance
Il n'y a pas d'identité narrative sans son présupposé: l'identité
personnelle. Je reprends ici la proposition de P. Ricœur: "La
problématique de l'identité personnelle est liée à l'acte de raconter.
Sous la forme réflexive du "se raconter", l'identité personnelle se
projette comme identité narrative". Cette proposition est elle-même
problématique. La projection est une opération d'abstraction propre à
la philosophie du langage défendue par Ricœur. Qu'en est-il alors de
l'identité personnelle avant sa projection? Ricœur ne répond pas à
cette question qu'une philosophie du langage ne saurait résoudre. Il
nous faut donc quitter l'univers narratif, dont les traits pertinents
verbaux sont les prédicats <raconter, se raconter>, et entrer
dans l'univers linguistique de la phénoménologie du langage, dont les
traits pertinents verbaux sont <énoncer, s'énoncer> et passer de
Ricœur à Benveniste.
Linguiste, sémioticien, professseur émérite de l’Université
Paris VIII.
Maurice CORCOS: Narrativité: mémoire de l’absence
Les antécédents traumatiques dans l’enfance et la menace dépressive
qu’ils génèrent de par leur reviviscence récurrente chez les sujets
limites, ébranlent la cohérence de leur sentiment d’identité à
l’adolescence et appauvrissent les possibilités de mise en récit et
d’historicisation.
Les enfances mornes et sans histoire ou chaotiques avec beaucoup
d’histoire génèrent beaucoup d’ambition productrice de fictions
étayantes et/ou déréalisantes. L’adolescent limite promène le miroir de
ses fictions tout au long du chemin de sa vie. Le traitement
psychothérapeutique vise à laisser le sujet ouvrir le livre de son
histoire familiale et échafauder une narration existentielle intime en
lui permettant une réappropriation subjective et consciente de son
histoire propre. C’est ce qui lui permet en se dégageant des multiples
projections posées sur lui entre autres de faire la différence entre
culpabilité et honte... d’accepter la culpabilité et de rejeter la
honte.
La question centrale pour le sujet limite à bien des égards spectateur
d’une vie dans laquelle il ne parvient pas à être, extension ou
marionnette dans l’histoire d’un autre, est comment au moins en être le
narrateur?
Chef du Département de Psychiatrie de l'Adolescent et du Jeune
Adulte, Institut mutualiste Montsouris, Paris.
Pierre DELION: Narrativité, autisme et institution
Les enfants autistes ont une grande difficulté à se raconter à la
première personne. En revanche, les parents, et plus tard les
professionnels qui travaillent avec eux, ont absolument besoin de
raconter leur histoire, voire de la mettre activement en récit. Ne
serait-ce pas une des missions humanisantes essentielles des
institutions qui les accueillent et les prennent en charge de
contribuer à la narration de leur existence? Encore faut-il que les
institutions en question aient la liberté de déployer les espaces et
les temps nécessaires à ces constructions intersubjectives. L'actualité
nous contraint à poser ces problèmes fondamentaux et à essayer d'y
trouver des réponses pertinentes. Cette communication tentera de
présenter
les enjeux de ces grandes questions et quelques pistes de réflexion
pour continuer à en penser les évolutions.
Professeur à la faculté de médecine de Lille 2. Chef du
service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille, Psychanalyste.
Bruno FALISSARD: Les
mathématiques sont-elles l'avenir de la narrativité?
Il est d'usage d'opposer les recherches narratives aux recherches
scientifiques quantitatives. La réalité est en fait moins simple. Il
existe des études statistiques de corpus narratifs, des travaux
scientifiques "durs" (en biologie par exemple) revêtant une forme pour
l'essentiel narrative, il existe également des tentatives de
mathématiser le discours pour proposer de nouvelles formes de
narrativité. Ces tentatives sont en général décevantes: elles ne
fonctionnent pas au
sens où le lecteur n'y trouve pas son compte, ça ne lui "parle" pas.
S'agit-il ici d'une impasse? Où faut-il poursuivre dans cette voie et,
si oui, quelles perspectives peut-on envisager?
Psychiatre, Prof. de santé publique à la faculté de médecine
Paris-Sud, directeur de l'unité INSERM U669 (santé mentale et santé
publique).
Marie GAUMY& Laurent MANTEL: Narrativité et audiodescription
L'audiodescription a pour but de rendre accessible un film à un public
non voyant ou mal voyant. Il s’agit d’écrire un texte, parfaitement
calé entre les dialogues, qui sera ensuite interprété par un comédien,
afin de recréer les images dans l'imaginaire du spectateur non-voyant.
Le descripteur met en mots des images selon son regard et son
interprétation, mais en se soumettant à une grande exigence de fidélité
à l'œuvre originale. Il doit d'abord analyser et interpréter les images
et les séquences du film pour les transposer en texte et faire éprouver
leur apport narratif, leur charge émotionnelle, leur esthétique, leur
poésie, leur style... Le descripteur se veut être un passeur d'un monde
à un autre, discret à défaut d'être invisible, sensible et sincère. Il
cherche avant tout à recréer l'empathie du spectateur avec la narration
du film. Il se limite strictement à la restitution de l'apport narratif
et sensible du visuel, aussi bien en ce qui concerne les éléments de
l'histoire que des points de vue de la caméra et leurs significations.
Il s'interdit d'expliquer, de juger et de raconter le film à la place
du film, cherchant constamment un équilibre idéalisé entre
l'implication de sa sensibilité et sa recherche d'objectivité. Nous
aborderons les différents paradoxes que soulève cette pratique dans les
différentes phases du travail: la première découverte du film et des
sensations qu'il procure, l'analyse des séquences qui met en opposition
l'exigence de fidélité et l'implication personnelle, psychologique,
sociale et historique dans l'interprétation de l'œuvre d'origine, la
création du texte qui doit restituer un système de signes dans un
autre, et l'interprétation de ce texte par un comédien qui vient
rajouter la subjectivité et la sensibilité indispensable à restitution
d'une oeuvre d'art.
Marie Gaumy, née en 1975, interrompt son doctorat de Lettres Modernes
et Arts du Spectacle à Paris X et entre à l’INSAS, à Bruxelles, section
réalisation. Elle se passionne pour le documentaire qu’elle ne cessera
plus d’exercer dès sa sortie de l’école en 2001. Repérée par Quark
production grâce à ses courts-métrages, elle réalise avec eux "Les 400
filles du Docteur Blanche", coproduit par ARTE en 2005. Puis elle
participe à l’écriture et au montage de "Sous-Marin", feuilleton
documentaire produit par ARTE en 2006, dont elle est co-auteur avec
Jean Gaumy. Elle collabore aussi avec Michaël Lheureux. Ensemble, ils
font "Kathleen et Martha", pour France 2 et "Prai Chang", prix du
meilleur documentaire aux Rencontres Cinéma et Nature 2011. En 2008,
formée à l’audiodescription, elle découvre cette façon de transmettre
un film à rebours, de l’image au verbe, qui devient dès lors son second
métier.
Après des études de sociologie et d'art dramatique, Laurent Mantel
devient comédien et metteur en scène de théâtre. Il s'oriente vers le
doublage et prête sa voix depuis 20 ans à un grand nombre de films.
Passionné pour l'écriture et pour les univers sonores, il réalise,
adapte et écrit pour la radio et le théâtre. Il a travaillé à la
description de plus de cent longs métrages.
Rose-Marie GODIER:
Du chuchotement au cri, histoires racontées dans Méditerranée, L’Ordre et Bassæ de Jean-Daniel Pollet
Filmer, pour Jean-Daniel Pollet, c’est se mettre à l’écoute, retourner
le processus qui consiste à faire lien entre les choses au travers de
la mise en ordre qu’opère le récit – mythes ou histoires singulières
qui visent à contenir la profusion du réel et des choses. L’enjeu de Méditerranée, L’Ordre et Bassæ est d’écouter ce que les
pierres, les chemins, les visages nous chuchotent imperceptiblement, ou
nous crient du fond d’un temps excessivement lointain, reculé. Car
c’est toujours une histoire de temps que racontent les images heurtées,
inquiètes de ces films. Qui ramassent et font sonner sur plusieurs
registres ces bribes de récits, jusqu’à trouver la note et le ton au
travers desquels elles parviendront, non seulement à nos oreilles, mais
en quelque endroit reculé qui, en nous, vibrerait à l’unisson.
Rose-Marie Godier est maître de conférences au département
Arts du spectacle de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Son
domaine de recherche est l’histoire et l’esthétique du cinéma.
Elle a
publié en 2005 un ouvrage, "L’Automate et le cinéma, dans La Règle du jeu de Jean Renoir, Le Limier de Joseph Mankiewicz et Pickpocket de Robert Bresson" ; des
articles sur le cinéma de Jean Renoir, ainsi que sur le cinéma
documentaire.
Bernard GOLSE: Les racines épistémologiques du concept de narrativité
Il est intéressant de constater que les différentes
racines épistémologiques du concept de narrativité (philosophiques,
historiques, linguistiques, psychanalytiques) convergent actuellement
dans l'usage qui en est fait dans le champ du tout premier
développement psychoaffectif. On montrera comment les interactions
précoces entre le bébé et l'adulte, peuvent être considérées comme un
espace de récit à double sens.
Bernard GOLSE: Le bébé, le langage et la musique
Outre le fait que le bébé entre dans le langage par la partie musicale
de celui-ci, plus que par la charge symbolique proprement dite des
mots, il est possible, aujourd'hui, d'utiliser les acquis de la
psychologie du développement précoce, de la psychopathologie et de la
psychiatrie du bébé, pour penser la "représentance" de la musique. On
évoquera notamment la narrativité de la musique figurative ou non
figurative au regard de la dynamique des affects, de l'énonciatino et
de l'énoncé, ainsi que certains aspects du jeu musical de l'interprète
en référence à la question des identifications intra-corporelles
précoces.
Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à
l’Université René Descartes (Paris V). Chef du service de
pédopsychiatrie à l’Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris,
Psychanalyste.
Roland GORI: De quoi le
récit tient-il son autorité?
La "religion du marché", accouplée à une hégémonie de l'informatique et
aux effets cybernétiques qu'elle a générés en termes de savoir comme de
gouvernement, a fait chuter le cours de l'expérience au profit de
l'information. Information que le système exige de renouveler sans
cesse dans un monde économique et symbolique voué à l'entropie. Plus
que jamais l'urgence de l'actualité, le flux d'informations nouvelles
dont elle se nourrit, a fait chuter le cours de la mémoire, celui du
sens, de l'histoire qu'incarnent les récits, leur circulation par le
bouche-à-oreille en vue de constituer et de transmettre les vertus de
sagesse et de vérité humaines. Peut-être la psychanalyse est-elle une
des dernières grandes formes de
"savoir narratif", de cet art de raconter des histoires, de transmettre
par cette voie l'expérience, art qui est en train de se perdre parce
qu'il s'oppose aux jeux de langage du pouvoir actuel?
Roland Gori est professeur émérite de Psychopathologie
clinique à l'Université d'Aix-Marseille, Psychanalyste Membre d¹Espace
analytique. Initiateur avec Stefan Chedri de l'Appel des appels, il est
l'actuel Président de l'Association Appel des appels.
Bibliographie
La
Dignité de penser (2011, Les Liens qui Libèrent); De quoi la psychanalyse est-elle le nom ?
Démocratie et subjectivité (2010, Denoël); L'Appel des appels. Pour une insurrection
des consciences (ouvrage collectif sous la direction de Roland
Gori, Barbara Cassin et Christian Laval, 2009, Les Mille et une
nuits-Fayard); Exilés de l'intime.
La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique
(avec MJ Del Volgo, Denoël, 2008); La
santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l¹existence
(avec MJ Del Volgo, 2005, réédition, Flammarion-Poche, 2009) ; La Preuve par la parole (1996,
réédition augmentée érès, 2008) ; Logique
des passions (2002, réédition Flammarion-Poche, 2006); L'Empire des coachs. Une nouvelle forme de
contrôle social (avec P. Le Coz, Albin Michel, 2006).
Michel ITTY: De la
narration à la narrativité dans la peinture ou la peinture à l'épreuve
de Paul Ricoeur
Les
analyses de Paul Ricœur sur la narrativité appliquées à la
littérature, peuvent-elles être transposées dans le domaine des arts
plastiques et spécifiquement dans celui de la peinture? Cette
communication tentera d’en évaluer les possibilités à partir de
l’apparition dans l’histoire de la catégorie sociale de l’artiste.
L’identité-idem renvoie-t-elle au genre, au style? Qui est représenté
dans le portrait ou dans le paysage? Se peint-on peignant? Les rapports
entre l’artiste et son public seront par la suite évoqués
à travers les fluctuations de l’identité-ipse en tentant d’ajouter sens
à la notion d’Einfühlung. La révolution duchampienne a t-elle fait
subir un renversement à l’identité narrative? L’artiste pratique-t-il
une autocensure pour maintenir un contrat éthique avec son public? Un
cas: Le Tag, surinvestissement égocentrique et banalisation de
l’identité. Un tournant: les tribulations de l’identité narrative dans
la catégorie de l’art contemporain intégré au marché du XXIe siècle.
Si,
pour Baudelaire, l’art pur était "créer
une magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, le monde
extérieur et l’artiste lui-même", n’assistons-nous pas
aujourd’hui à une fragmentation de l’identité narrative,
cependant inhérente à l’acte créateur?
Michel Itty est ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure
des Beaux-Arts de Paris. Il a occupé diverses fonctions dans la
production et l’organisation de manifestations artistiques en
Basse-Normandie et à Paris, notamment avec des musées français et
suisses. Lauréat du Ministère de l’Environnement en 1994. Parallèlement
à ses communications sur l’œuvre de Rilke, et de Paul Claudel, il
poursuit un programme de recherche par la photographie qui s’effectue
en relation avec le Musée Rodin, et explore les rapports entre Camille
et Paul Claudel, Camille Claudel et Rodin, Rilke et Rodin. "Sa création, à partir des oeuvres, fait
apparaître certaines faces cachées des sculptures, met en évidence le
surgissement, par les jeux du hasard comme par ceux de la lumière, d’un
“autre” de la sculpture..." (Dominique Viéville, Directeur du
Musée Rodin). A assuré la direction avec Silke Schauder du colloque de
Cerisy consacré à Rainer Maria Rilke en 2009. Responsable de la
production littéraire et audiovisuelle à l’Office Parisien d’Edition et
de Réalisation Artistiques.
Pierre-Johan LAFFITTE: La
narrativité, modalité du schème intégratif. Eléments pour une critique
de l’herméneutique du texte ricœurienne dans l’approche psychodynamique
Le concept ricœurien de narrativité désigne une détermination
anthropologique cardinale. Il est porteur d’une ontologie
herméneutique, analyse/construction d’une réalité ultimement pensée
comme texte, où le dynamisme temporel du rapport au monde a pour
corollaire un soi tenant lieu de sujet. Ce paradigme fait-il courir le
risque à la métapsychologie de réifier le sens qu’il faut pourtant
maintenir dans une déprise radicale de tout réductionnisme? Le nœud de
la question est le statut de l’interprétation et de son rapport au
sujet, et l’anthropologie contemporaine se tient à ce carrefour.
En effet, la narrativité n’est peut-être qu’une modalité du schème
psychodynamique plus fondamental d’intégration. On évoquera
l’intégration comme schème de la construction psychique, mais également
la construction psychique du schème intégratif, autant de processus
travaillés par la négativité du sujet inconscient.
Pierre-Johan Laffitte est Maître de conférences en sciences du
langage à l’IUFM d’Amiens - Université de Picardie-Jules-Verne.
Jean-Louis LIBOIS:
La narration suspendue et
le désir de fin
Un film, c’est une suite
d’images
qui se succèdent dans une durée définie et qui entraînent le regard du
spectateur dans une temporalité imaginaire (…)
C’est parce qu’il y a une fin pour
tout film que la question se pose de savoir ce qui poursuit le
spectateur quand le film est fini. Marie-José Mondzain
Néanmoins,
si tout film a une fin, tout film ne se finit pas. En effet, aux
happy-ending et à leur tentative "d’expulser la tragédie"
ont répondu les fins ouvertes où; la vie débordant de l’écran, le
film semblait se poursuivre dans la vie. Qu’en est-il, en revanche,
dans ce geste plus singulier, plus radical
qui consiste pour des cinéastes à suspendre leur récit? Il y a ainsi
des cinéastes de la suspension du récit (Michelangelo
Antonioni, Théodore Angelopoulos, Béla Tarr, Andrei Tarkosky) et
d’autres pour lesquels elle semble davantage au service d’un
renouvellement du mode narratif ou du propos du cinéaste. Aussi,
ferons nous porter nos analyses sur les trois films
suivants: Damnation (2005) du
cinéaste hongrois B. Tarr, Les
Oiseaux (1962) du cinéaste "hollywoodien" A. Hitchcock, et Une séparation (2011) de A.
Farhadi, cinéaste du renouveau iranien.
Scénariste et cinéaste (1980-2000), maître de conférences à
l'université de Caen où il a fondé le Département des Arts du spectacle
et où il enseigne le cinéma. A soutenu sa thèse "Le dispositif filmique
et l'implication du spectateur" sous la direction de M. Christian Metz
(1983). Membre du Centre de recherche le LASLAR, il coordonne plusieurs
numéros de la revue Double Jeu
(PUC) dont il est rédacteur... Ses recherches portent particulièrement
sur les cinématographies européennes et plus précisément sur les
auteurs tels que Truffaut, Bergman, Fellini, Bunuel.
Sylvain MISSONNIER: La nostalgie des origines. Pour une
psycho(patho)logie narrative périnatale
Face à Chronos, Paul Ricœur et Daniel Stern voient dans la genèse du
récit, la signature de l’humain inséré dans la spirale intersubjective.
Pour eux, le temps du récit est celui de l’action et de la dynamique
affective. Cette structure narrative matricielle correspond à une mise
en intrigue, à une refiguration, bref à un montage qui supraorganise la relation à soi et
à l’autre en lui donnant, dans le meilleur des cas, sa cohérence dans un scénario identitaire
créatif.
En philosophe, Ricœur ouvre
la voie de l’identité narrative adulte et en esquisse la phénoménologie
des grincements individuels et collectifs.
En clinicien du nourrisson,
Stern explore la genèse interactive précoce de cette enveloppe
narrative. Cet ancrage lui permet, in
fine, de convoquer à la table de négociation épistémologique, le
nourrisson de l’observation et le nourrisson clinique.
Les psycho(patho)logues de la périnatalité, de l’enfance peuvent
bénéficier dans leurs dispositifs cliniques de l’issue de la
convergence épistémologique entre le philosophe et le thérapeute en ces
termes: l’enveloppe prénarrative du
fœtus/bébé se co-construit dans une interaction constante avec
l’identité narrative individuelle des parents, des pourvoyeurs de soin
et, collective, de leur communauté culturelle d’appartenance.
Clinique et cinéma s’associeront pour argumenter cette plaidoirie en
faveur d’une psycho(patho)logie narrative périnatale enracinée dans cet
héritage épistémologique et des apports convergents plus récents.
Sylvain Missonnier est professeur de psychologie clinique de
la périnatalité à l’Université Paris Descartes. Directeur du
laboratoire PCPP (EA 4056). Psychanalyste SPP.
Marie-Rose
MORO:
Ecrire la clinique transculturelle, une écriture des "vies minuscules"
En partant de la littérature (Pierre Michon, Annie Ernaux, Arundhati
Roy) et de la philosophie (Michel Foucault), nous nous interrogerons
sur
comment écrire la clinique transculturelle, clinique avec les enfants
de migrants et leurs parents, clinique des "Petits Riens" et des "vies
minuscules", "écriture de la vie" tout simplement. C’est, pour nous, un
défi clinique, esthétique et politique. En effet, comme dans toute
perspective nouvelle, il importe de témoigner, de partager, voire de
confronter à d’autres champs, ce qui se passe dans nos consultations
avec les enfants de migrants et leurs parents lorsqu’on introduit la
langue maternelle et que l’on fait varier le dispositif de soins
psychothérapique pour améliorer l’alliance avec les familles et
potentialiser les changements de l’enfant et de sa famille. Il faut
pour cela trouver une forme de récit fidèle à la complexité de la
clinique mais transmissible et sensible. C’est ce travail d’écriture et
de récit que nous analyserons dans ce colloque à travers plusieurs
récits recueillis dans des dispositifs transculturels. Enfin, trouver
l’écriture adaptée permettra peut-être de modifier le regard social sur
ces familles migrantes qui souvent sont objet de discriminations.
Professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent,
Paris Descartes, Sorbonne, Chef de service de la Maison des adolescents
de Cochin, Maison de Solenn (Paris, APHP, www.maisondesolenn.fr),
www.marierosemoro.fr
Bibliographie
Arundhati R. Le Dieu des Petits Riens.
Paris, Folio, 2000.
Ernaux A. Ecrire la vie,
Paris, Gallimard, 2010.
L'autre "Cliniques, Cultures et
Sociétés", 1 (1) "Nourritures d’enfances", Grenoble, La Pensée
sauvage, 2000.
Michon P. Vies
minuscules
(1984). Paris, Folio, 1996.
Moro MR. Nos enfants demain. Pour
une société multiculturelle, Paris, O Jacob, 2010.
Moro MR. Les enfants de
l’immigration, une chance pour l’école, Paris, Bayard, 2012
(entretien avec DJ Peiron).
Bernard PACHOUD: Narrativité, métacognition et constitution réflexive
du soi. Implications en psychopathologie
Les sciences sociales contemporaines (par exemple A. Giddens, 2004)
insistent sur le fait que nos sociétés "post-traditionnelles"
confrontent chacun à la liberté, mais aussi à la responsabilité, de
construire son identité sociale à travers des projets et des choix de
vie. L’accent est dès lors mis sur le rôle de la réflexivité, en
particulier dans sa forme narrative, dans ce travail de
définition (ou de redéfinition) de soi. Cette tâche s’impose d’une
manière particulière aux personnes qui souhaitent se dégager de
l’identité sociale stigmatisante de"malade mental" et cherchent à se
réapproprier leur devenir. La fonction narrative joue dans ce cas un
rôle d’autant plus important qu’elle s’avère étroitement
interdépendante des fonctions métacognitives et de la représentation de
soi, qui sont parmi les principaux déterminants du devenir fonctionnel
et social de ces personnes. Nous évoquerons enfin les conceptions
dialogiques du soi d’inspiration bakhtinienne, dans lesquelles
l’activité narrative est requise pour articuler, dans une sorte de
dialogue interne, la pluralité des identités sociales que chacun doit
assumer, et par conséquent la pluralité des "soi" en interaction.
L’hypothèse a été avancée (Lysaker & al., 2008) d’une défaillance
dans la schizophrénie de cette articulation narrative des facettes
multiples du soi, dont résulteraient l’expérience de morcellement et
l’absolutisation délirante de l’une des facettes identitaires du soi.
L’activité narrative permettrait donc non seulement l’articulation,
mais aussi la pondération des facettes du soi, favorisant la
constitution d’un soi unifié, sans rien perdre de sa complexité ni de
son caractère pluriel et en évolution.
Bernard Pachoud est psychiatre. MCU Université
Paris Diderot. CRPMS.
Blaise PIERREHUMBERT: Affiliation,
autonomie et attachement dans les narratifs d'enfants
La littérature sur l'attachement considère généralement que les
représentations (ou "modèles internes opérants") relatifs aux relations
d'attachement sont indépendants de la culture. A l'aide d'une procédure
de recherche basée sur le complétement de début d'histoires proposées à
des enfants de 4 à 6 ans environ à l'aide de poupées, nous avons
toutefois relevé la présence de certaines particularités associées à la
culture dans les narratifs décrivant les relations entre enfants et
figures parentales. Nous nous intéressons particulièrement aux
expressions d'affiliation et d'autonomie et à leurs liens avec les
expressions d'attachement; cela, en prenant en compte les
particularités
culturelles, en comparant des narratifs d'enfants occidentaux et de
cultures orientales. Nous questionnerons plus particulièrement la
notion selon laquelle la sécurité de l'attachement constituerait un
état d'équilibre entre des besoins universels, respectivement
d'affiliation et d'autonomie. Nous suggérons en effet que les besoins
d'affiliation et d'autonomie varient selon les cultures, et cela de
façon indépendante de la sécurité de l'attachement.
Blaise Pierrehumbert est chercheur en psychologie, responsable
d'une unité de recherche en pédopsychiatrie à Lausanne; il enseigne à
l'Université de Lausanne la théorie de l’attachement. Il a développé
diverses lignes de recherches incluant l'analyse du narratif
autobiographique; il a également mis au point des instruments basés sur
les narratifs d'enfants, utilisés notamment dans des études
inter-culturelles sur les relatons parent-enfant. Il est l’auteur de
plusieurs livres dont: Le premier
lien: Théorie de l’attachement, éd. O. Jacob, Paris, 2003.
René ROUSSILLON: Associativité et
narrativité
La psychanalyse a fondé sa méthode sur la règle de l’association
libre, celle-ci est en lien avec une théorie du fonctionnement
psychique fondée sur une théorie d’un fonctionnement associatif. Les
formes primaires de symbolisation sont donc elles aussi fondées sur
l’associativité, une associativité polymorphique, qui mêle des formes
de représentations diverses, des formes de langage issues du monde de
l’affect, de l’acte de la sensorialité, etc. Mais, dans la pratique
psychanalytique, l’association libre est de fait adressée à un analyste
et cette contrainte infléchit le fonctionnement de l’associativité
psychique, il doit prendre en compte les impératifs de la symbolisation
secondaire. Ce qui signifie que la situation psychanalytique impose un
travail psychique complémentaire de mise en scène et de mise en récit;
c’est à partir de ceux-ci que le travail de mise en sens peut
s’effectuer. L’associativité dès lors doit s’organiser aussi en
fonction d’impératifs issus du système secondaire: traduction en
langage verbal, prise en compte de la temporalité, principe de non
contradiction, partage, etc. L’associativité "débridée", non liée selon
le langage de Freud, représente le processus primaire, l’impératif de
la narrativité représente, elle, le processus secondaire et, au final,
la parole adressée résulte de la dialectique et de l’articulation
associativité / narrativité.
Professeur de Psychologie clinique, Université Lumière Lyon 2.
Psychanalyste.
Daniel STERN: Le développement de la narrativité de la
naissance à la petite enfance
Un récit doit avoir une ligne de tension, avec une intrigue. La tension
peut monter jusqu’à un point culminant, puis se résoudre comme dans le
théâtre classique, ou la pièce peut se terminer sur le point culminant
de la tension ou l’amorcer, mais une certaine forme de profil temporel
est nécessaire au flux séquencé des phases de l’intrigue, à savoir, la
mise en place, le déroulement de l’intrigue, la crise et sa résolution.
Sans une ligne de tension, le flux du récit serait (est) gravement
compromis. Cette présentation examinera les premiers signes chez les
nourrissons
de l’expression et de la perception des schémas de flux de tension qui
organise l’expérience en unités de récit. Nous suggérons que
l’expérience des schémas de flux de tension vient en
premier dans le développement et que les capacités plus tardives (comme
le langage) prennent appui sur l’expérience de base des flux de tension.
Professeur de psychologie à l’Université de Genève. Professeur
de psychiatrie au Cornell University Medical School à New York.
Alain VANIER: Inconscient et narrativité
La dimension narrative est ce que l’analyse littéralement déconstruit.
Pourtant la mise en récit – ce que Freud décrit bien à propos du rêve –
a une fonction qui ne peut se comprendre seulement comme défense. C’est
ce qu’il conviendra de préciser.
Professeur des Universités, directeur du CRPM (Université
Paris Diderot), Psychanalyste.
Franck ZIGANTE: La
narrativité: pont entre attachement et
psychanalyse. A propos de l'évaluation des processus de changement au
cours de psychothérapies analytiques dans une cohorte d'enfants
La narrativité occupe une position charnière entre la théorie de
l’attachement et la psychanalyse. Elle est explorée par la philosophie
avec l’identité narrative, la psychanalyse avec les notions de liaison
et de secondarisation, l’attachement avec l’importance des interactions
précoces dans le développement de la cohérence du récit. Nous explorons
le concept d’identité narrative (Paul Ricoeur, 1990) en relevant les
liens entre narrativité, attachement et psychanalyse. Afin d’évaluer le
processus thérapeutique, nous suivons l’évolution de la narrativité au
cours de la thérapie. Notre étude explore l’évolution de la narrativité
et des
représentations d’attachement au cours de thérapies psychanalytiques
chez des enfants présentant une psychopathologie. Trente six enfants
(névrotiques, limites, psychotiques) de quatre à onze ans ont été
suivis pendant quatre ans de thérapie et évalués chaque année avec les
histoires à compléter (ASCT, Bretherton et al., 1990) codées par les
Cartes de Complètement d’Histoires (Miljkovtich et al., 2008). Les
résultats montrent une progression nette de l’attachement et de la
narrativité dès la première année de thérapie sur l’ensemble de la
cohorte. Les enfants névrotiques améliorent rapidement le style et le
contenu de leurs récits. Les enfants psychotiques
progressent plus tardivement et l’amélioration du style précède celle
du contenu. Les enfants limites ne montrent aucune évolution
significative sur le plan de l’attachement et de la narrativité au
cours de la thérapie. Nous discutons ces résultats en regard des
apports psychanalytiques et attachementistes sur la prise en charge
psychothérapeutique des enfants limites.
Pédopsychiatre, Hôpital Necker-Enfants malades, Paris.
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Avec
le soutien
de l'Université de Paris 7
et de l'AFPPEA
(Association pour la Formation à la
Psychothérapie Psychanalytique de l’Enfant et de l’Adolescent)
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