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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2012 : un des colloques







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LA NARRATIVITÉ : RACINES, ENJEUX ET OUVERTURES

DU MERCREDI 5 SEPTEMBRE (19 H) AU MERCREDI 12 SEPTEMBRE (14 H) 2012

DIRECTION : Chantal CLOUARD, Bernard GOLSE, Alain VANIER

ARGUMENT :

Issue d’horizons épistémologiques multiples, la narrativité est un concept en plein essor dans le champ, notamment, de la psychopathologie dynamique.

Ses racines épistémologiques sont abondantes: philosophiques, avec Paul Ricœur et la proposition selon laquelle l’identité de l’être humain serait fondamentalement une "identité narrative"; littéraires et linguistiques où se profile, par l’énonciation du récit et sa stylistique, une vision du monde que l’individu se fait de lui-même et de son environnement; psychanalytiques, renvoyant à la narration onirique et aux processus de liaison; développementales avec les processus de subjectivation.

Ce colloque se propose d’envisager les domaines nombreux qui peuvent se voir utilement concernés par le concept de narrativité: la littérature (récits de soi, sémiologie de l’apparence); le cinéma, le travail de l’acteur; les arts plastiques et la musique; les mathématiques; la physique de l’univers (récit des origines). Chacun, à leur manière, font ainsi œuvre de mise en récit.

L’une des possibilités et l’un des défis que la narrativité présente en outre, intrinsèquement, est sa dimension réflexive, puisque c’est l’analyse du récit et de la mise en récit qui peut nous éclairer sur les ressorts intimes de la narrativité. Elle constitue de ce fait un champ particulièrement fécond pour favoriser les interfaces entre les disciplines.

Ce colloque s’emploiera à favoriser cette ouverture.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 5 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 6 septembre
Matin:
Chantal CLOUARD, Bernard GOLSE & Alain VANIER: Présentation générale du colloque
Sylvain MISSONNIER: La nostalgie des origines. Pour une psycho(patho)logie narrative périnatale
Bernard PACHOUD: Narrativité, métacognition et constitution réflexive du soi. Implications pour la psychopathologie

Après-midi:
Alain VANIER: Inconscient et narrativité
Bernard GOLSE: Les racines épistémologiques du concept de narrativité

Soirée:
Contes et Récits, de Marcel Rufo


Vendredi 7 septembre
Matin:
Bruno FALISSARD: Les mathématiques sont-elles l'avenir de la narrativité?
Pierre-Johan LAFFITTE: La narrativité, modalité du schème intégratif. Eléments pour une critique de l’herméneutique du texte ricœurienne dans l’approche psychodynamique

Après-midi:
Chantal CLOUARD: La médecine narrative: une place pour la subjectivité et le récit dans les pratiques de soin
Roland GORI: De quoi le récit tient-il son autorité?

Soirée:
Cinéma, avec Chantal CLOUARD


Samedi 8 septembre
Matin:
Eléana MYLONA: Julia Kristeva et la vie narrative en psychanalyse
Myriam LEIBOVICI: Paroles et récits en psychanalyse

Après-midi:
Jean-Claude COQUET: Narrativité et phénoménologie du langage: le problème de la distance
Pierre DELION: Narrativité, autisme et institution

Soirée:
Narrativité, interactions, musique, avec Bernard GOLSE


Dimanche 9 septembre
Matin:
Patrick BEN SOUSSAN: Noé, son arche et son manteau. La narrativité en situations extrêmes
Franck ZIGANTE: La narrativité: pont entre attachement et psychanalyse. A propos de l'évaluation des processus de changement au cours de psychothérapies analytiques dans une cohorte d'enfants
Bernard GOLSE: Le développement de la narrativité de la naissance à la petite enfance

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Musique, avec Gilbert AMY et Bernard GOLSE


Lundi 10 septembre
Matin:
Ayala BORGHINI: De la régulation précoce au récit autobiographique chez l’enfant: un follow-up sur 10 ans
Catherine VANIER: Anne et Anna

Après-midi:
Gilbert AMY: Musique et narrativité
Bernard GOLSE: Le bébé, le langage et la musique

Soirée:
Audiodescription, avec Marie GAUMY et Laurent MANTEL


Mardi 11 septembre
Matin:
Rose-Marie GODIER: Du chuchotement au cri, histoires racontées dans Méditerranée, L’Ordre et Bassae de Jean-Daniel Pollet
Jean-Louis LIBOIS: La narration suspendue et le désir de fin

Après-midi:
Olivier TAÏEB: Le cercle de la mimèsis entre les histoires des patients et les modèles des professionnels
Marie GAUMY & Laurent MANTEL: Narrativité et audiodescription

Soirée:
François RAFFINOT: Danse et Narrativité


Mercredi 12 septembre
Matin:
Entretien filmé: Antonio SEGUI et Chantal CLOUARD
Michel ITTY: De la narration à la narrativité dans la peinture ou la peinture à l'épreuve de Paul Ricoeur

Clôture du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

Le feuilleton: Un passage d'une nouvelle de Barbey d'Aurevilly,
lu par le comédien Lionel Pascal a été diffusé chaque jour

RÉSUMÉS :

Gilbert AMY: Musique et narrativité
Les rapports qu’entretient la musique occidentale avec le récit - et donc la narrativité comme on dit aujourd’hui - sont courants et anciens. Reste à savoir ce qu’ils signifient en réalité, ce qu’ils veulent dire - comme aurait écrit Claudel - et quel peut être leur contenu, métaphorique ou pas, dans une musique contemporaine, souvent plus "abstrait" et sans lien apparent avec le réel, l’émotion sous-jacente, soi-disant ignorante du sujet. C’est peut-être dans l’observation de ce qui relève du temps, donc du rythme, qu’il faut aller chercher la voie. Tel pourrait être notre propos, en le reliant aux expériences du passé (et notablement celle d’un Debussy), dans un sens plus interrogatif que normatif.

Né en 1936, Gilbert Amy entre au Conservatoire de Paris, où il sera l'élève de Simone Plé Caussade, Henriette Puig Roget, Olivier Messiaen et Darius Milhaud.
Pierre Boulez lui commande "Mouvements" pour  ensemble instrumental. Cette œuvre sera créée en 1958 à Darmstadt sous la direction de Bruno Maderna.
En 1967, il prend la tête du Domaine Musical, série parisienne de concerts de musique contemporaine, au Théâtre de la Ville. Parallèlement Gilbert Amy a poursuivi une carrière de chef d'orchestre à l'étranger et en France. En 1974/75, il crée, à Radio France, le Nouvel Orchestre Philharmonique, dont il sera le Directeur artistique et Premier chef d'orchestrer. En 1984, il prend la direction du  jeune Conservatoire National supérieur de Musique de Lyon.
L’activité de compositeur de Gilbert Amy couvre les domaines les plus variés. Parmi les œuvres les plus marquantes: Trajectoires, pour violon et orchestre, D'un Espace déployé (créé par Gerog Solti en 1973), Une Saison en enfer (d'après A. Rimbaud), Missa cum jubilo (1982/83), Orchestrahl, Trois scènes pour orchestre, un concerto pour violoncelle. Ses œuvres les plus récentes comprennent un concerto pour piano (2005), un cycle de mélodies, Litanies pour Ronchamp (2005), L’espace du souffle (2007), Cors et cris (2011).


Patrick BEN SOUSSAN: Noé, son arche et son manteau. La narrativité en situations extrêmes
"Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne. Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères. Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père" (Genèse 9, 20-23).
Or donc le père Noé, une fois la Terre asséchée et sa ménagerie débarquée, se serait tapé une belle cuite. Bâtir l'Arche et sauver les animaux du Déluge, quelle aventure, fallait bien célébrer sa réussite ! Le voilà pas qui s’effondre, selon la Sainte Bible, ivre mort et gravement à poil. Le cadet de ses fistons se bidonne sans vergogne, les deux autres recouvrent pudiquement leur ivrogne de père de son manteau en s’approchant de lui à reculons. A l’époque Noé (en hébreu, נֹחַ nōa'h signifie repos ou consolation) a à peine plus de 600 ans, être patriarche biblique, ça conserve, il vivra d’ailleurs 350 ans de plus...
Cette histoire d'une immense inondation destructrice traversée par un vaisseau salvateur se retrouve dans plusieurs cultures, tout particulièrement au Moyen Orient. La plus connue et la plus détaillée est racontée par la "Bible", mais on trouve des récits apparentés et parfois très antérieurs, comme ceux des tablettes sumériennes, ou des inscriptions babyloniennes, mais aussi en Grèce, en Inde et même chez les Romains. Plus ou moins divergentes dans les détails, elles reprennent cependant l'essentiel de l'imagerie thématique originelle sans trop en altérer le contenu. Et si nous la détournions ainsi: il était une fois un Homme comme tous les hommes soumis aux ahurissants aléas de la vie et du hasard et qui va devoir traverser tempêtes, enchantements et souffrances pour, peut-être, sauver sa vie. Cet Homme, en pleine traversée ou échu sur la grève, après son long et douloureux voyage comme ils disent, va raconter - se raconter et raconter, ses mille et une nuits, son odyssée, son roman, ses aventures.
A l’hôpital, chaque patient que je rencontre, petit ou grand, se conte et me conte une histoire de lui-même dont le "je" est le héros. Ce roman - familial assurerait Freud - est tenu tout prêt pour répondre à bien des questions qu’ils souhaitent venir déposer et élaborer ici, dans ses multiples figurations.
Je vous propose d’aller à la rencontre de ces lieux dits hospitaliers et où se jouent et se déjouent parfois de bien singulières histoires, quand la maladie exproprie le sujet de son corps et de son histoire; quand la maladie étrange le quotidien des jours et laisse planer sur l’avenir son ombre funeste.
Mais revenons à l’Arche. En hébreu, "tébah" ou taw/bet/hé est un contenant, une boîte, mais il désigne aussi "le mot", comme si le mot était le véhicule de survie d'un trésor qu'il contient. Quel trésor? La légende sumérienne du déluge le qualifie de "la semence de tout ce qui vit". Le but de la survie serait-il ainsi non seulement de préserver la vie humaine, mais aussi de maintenir vivant l’esprit des mots et les histoires qu’ils édifient?
"Et vogue le navire !" qui nous emporte vers Ithaque, ou Cythère, à moins que ce ne soit encore vers ce "Never Neverland", cette île du Jamais Jamais ou ces continents, de l’autre côté de la mer, dont rêvait Christophe Colomb... Quand le voyage n’a rien d’une partie de plaisir et que bien des délices s’absentent du jardin vers lequel nous tous rêvons d’embarquer, quand errance, écueil, naufrage, rythment ces temps de navigation, quand  nous craignons à chaque instant d’être emporté par une lame de fond, d’étranges sirènes ou d’horribles monstres, que nous reste-t-il? Sinon le trésor des mots... Et l’histoire de nos vies. Mais l’histoire d’une vie n’existe pas. Elle reste à écrire. Surtout elle reste à vivre.

Patrick Ben Soussan, Pédopsychiatre, Responsable du Département de Psychologie Clinique. Chercheur associé à l’Equipe CanBioS (Cancer, Biomédecine et Société) - SE4S (Sciences Economiques & Sociales, Systèmes de Santé, Sociétés - UMR912/INSERM/IRD/Université Aix-Marseille) et au Laboratoire de Psychopathologie Clinique de l’Université d’Aix-Marseille II.
Dirige aux éditions érès la revue Spirale (site de la revue: http://www.spirale-bebe.fr/).
Et parmi d’autres, les collections:
Mille et Un Bébés (http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=85).
L’ailleurs du corps (http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=163).
Préside l’Agence nationale des pratiques culturelles autour de la littérature jeunesse "Quand les livres relient" (http://www.quandleslivresrelient.fr/).


Ayala BORGHINI: De la régulation précoce au récit autobiographique chez l’enfant: un follow-up sur 10 ans
Les compétences narratives et les capacités de mentalisation trouvent leur fondement dans la régulation précoce. Le rapport à l’autre régulateur vient ainsi forger la capacité du sujet à gouverner sa propre réactivité émotionnelle. Plus tard dans le développement, il est possible d’accéder à ce processus lors de tâches comme le récit autobiographique. Dans la façon tout à fait singulière d’interroger un sujet sur ses expériences émotionnelles et relationnelles, quelque chose de cet équilibre régulateur devient alors accessible. L’objet de la présente communication sera d’explorer cette rééquilibration constante sur la base d’une étude longitudinale de 1998 à 2010 explorant les effets d’un événement périnatal sur les interactions précoces et sur le développement de l’enfant tout particulièrement concernant les compétences narratives et les capacités de mentalisation.

Ayala Borghini est psychologue, coordinatrice des recherches en périnatalité au SUPEA, Lausanne. Ses recherches se sont axées sur la narrativité et les capacités de mentalisation suite à des événements périnataux.
Elle a notamment publié Un étrange petit inconnu en 2008 aux Editions Eres ainsi que de nombreux articles traitant de la qualité de la narrativité en lien avec le traumatisme comme en 2006: "Mother’s attachment representations of their premature infant, 6 and 18 months after the birth", Infant Mental Health Journal, 27 (5), 494-508.


Chantal CLOUARD: La médecine narrative: une place pour la subjectivité et le récit dans les pratiques de soin
L’éthique narrative est un concept récemment utilisé pour définir et interroger la fonction de la narrativité dans les pratiques du "prendre soin". Selon Rita Charon, "Comme lors de la lecture des œuvres littéraires, l’écoute clinique mobilise les ressources intérieures de celui qui écoute, sa mémoire, ses associations, sa curiosité, sa créativité, son pouvoir d’interprétation et  sa capacité à évoquer d’autres histoires". La voie ouverte par Georges Canguilhem proposant de laisser entendre "la maladie du malade", trouverait-elle avec la Médecine Narrative la possibilité de redonner une place au discours subjectif et à une relation humanisante qui ne laisse pas de côté la dimension tragique de l’existence que des expériences de maladie grave et de confrontation à la mort révèlent ou réactivent? Nous présenterons les principes de cette médecine fondée sur la narration et les relations qu’elle entretient avec la philosophie du soin, la psychanalyse, la notion d’identité narrative chez Paul Ricœur.

Doctorante à l’UFR d’Etudes psychanalytiques de l’Université Paris VII, Denis Diderot.
Après une licence de lettres et une licence d’anglais, elle se tourne vers l’orthophonie, exerce au CHU de Caen, puis à la Fondation Borel-Maisonny  et à l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris où elle a créé un groupe de recherche sur le langage et les apprentissages.
Elle est  chargée d’enseignement aux écoles d’orthophonie de Caen et de Nantes.
Orthophoniste dans le service de pédopsychiatrie du Pr. Golse à l’Hôpital Necker-Enfants Malades à Paris, elle collabore au Programme International sur le Langage de l’Enfant où elle dirige des travaux sur les interactions précoces mère bébé. Elle y anime depuis 2008, un séminaire consacré à l’attachement et la narrativité dans les récits littéraires autobiographiques.
Sa thèse est consacrée aux enjeux psychiques de l’écriture de soi, entre narrativité, attachement et psychanalyse.


Jean-Claude COQUET: Narrativité et phénoménologie du langage: le problème de la distance
Il n'y a pas d'identité narrative sans son présupposé: l'identité personnelle. Je reprends ici la proposition de P. Ricœur: "La problématique de l'identité personnelle est liée à l'acte de raconter. Sous la forme réflexive du "se raconter", l'identité personnelle se projette comme identité narrative". Cette proposition est elle-même problématique. La projection est une opération d'abstraction propre à la philosophie du langage défendue par Ricœur. Qu'en est-il alors de l'identité personnelle avant sa projection? Ricœur ne répond pas à cette question qu'une philosophie du langage ne saurait résoudre. Il nous faut donc quitter l'univers narratif, dont les traits pertinents verbaux sont les prédicats "raconter, se raconter", et entrer dans l'univers linguistique de la phénoménologie du langage, dont les traits pertinents verbaux sont "énoncer, s'énoncer" et passer de Ricœur à Benveniste.

Linguiste, sémioticien, professseur émérite de l’Université Paris VIII.

Pierre DELION: Narrativité, autisme et institution
Les enfants autistes ont une grande difficulté à se raconter à la première personne. En revanche, les parents, et plus tard les professionnels qui travaillent avec eux, ont absolument besoin de raconter leur histoire, voire de la mettre activement en récit. Ne serait-ce pas une des missions humanisantes essentielles des institutions qui les accueillent et les prennent en charge de contribuer à la narration de leur existence? Encore faut-il que les institutions en question aient la liberté de déployer les espaces et les temps nécessaires à ces constructions intersubjectives. L'actualité nous contraint à poser ces problèmes fondamentaux et à essayer d'y trouver des réponses pertinentes. Cette communication tentera de présenter les enjeux de ces grandes questions et quelques pistes de réflexion pour continuer à en penser les évolutions.

Professeur à la faculté de médecine de Lille 2. Chef du service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille, Psychanalyste.

Bruno FALISSARD: Les mathématiques sont-elles l'avenir de la narrativité?
Il est d'usage d'opposer les recherches narratives aux recherches scientifiques quantitatives. La réalité est en fait moins simple. Il existe des études statistiques de corpus narratifs, des travaux scientifiques "durs" (en biologie par exemple) revêtant une forme pour l'essentiel narrative, il existe également des tentatives de mathématiser le discours pour proposer de nouvelles formes de narrativité. Ces tentatives sont en général décevantes: elles ne fonctionnent pas au sens où le lecteur n'y trouve pas son compte, ça ne lui "parle" pas. S'agit-il ici d'une impasse? Où faut-il poursuivre dans cette voie et, si oui, quelles perspectives peut-on envisager?

Psychiatre, Prof. de santé publique à la faculté de médecine Paris-Sud, directeur de l'unité INSERM U669 (santé mentale et santé publique).

Marie GAUMY & Laurent MANTEL: Narrativité et audiodescription
L'audiodescription a pour but de rendre accessible un film à un public non voyant ou mal voyant. Il s’agit d’écrire un texte, parfaitement calé entre les dialogues, qui sera ensuite interprété par un comédien, afin de recréer les images dans l'imaginaire du spectateur non-voyant. Le descripteur met en mots des images selon son regard et son interprétation, mais en se soumettant à une grande exigence de fidélité à l'œuvre originale. Il doit d'abord analyser et interpréter les images et les séquences du film pour les transposer en texte et faire éprouver leur apport narratif, leur charge émotionnelle, leur esthétique, leur poésie, leur style... Le descripteur se veut être un passeur d'un monde à un autre, discret à défaut d'être invisible, sensible et sincère. Il cherche avant tout à recréer l'empathie du spectateur avec la narration du film. Il se limite strictement à la restitution de l'apport narratif et sensible du visuel, aussi bien en ce qui concerne les éléments de l'histoire que des points de vue de la caméra et leurs significations. Il s'interdit d'expliquer, de juger et de raconter le film à la place du film, cherchant constamment un équilibre idéalisé entre l'implication de sa sensibilité et sa recherche d'objectivité. Nous aborderons les différents paradoxes que soulève cette pratique dans les différentes phases du travail: la première découverte du film et des sensations qu'il procure, l'analyse des séquences qui met en opposition l'exigence de fidélité et l'implication personnelle, psychologique, sociale et historique dans l'interprétation de l'œuvre d'origine, la création du texte qui doit restituer un système de signes dans un autre, et l'interprétation de ce texte par un comédien qui vient rajouter la subjectivité et la sensibilité indispensable à restitution d'une oeuvre d'art.

Marie Gaumy, née en 1975, interrompt son doctorat de Lettres Modernes et Arts du Spectacle à Paris X et entre à l’INSAS, à Bruxelles, section réalisation. Elle se passionne pour le documentaire qu’elle ne cessera plus d’exercer dès sa sortie de l’école en 2001. Repérée par Quark production grâce à ses courts-métrages, elle réalise avec eux "Les 400 filles du Docteur Blanche", coproduit par ARTE en 2005. Puis elle participe à l’écriture et au montage de "Sous-Marin", feuilleton documentaire produit par ARTE en 2006, dont elle est co-auteur avec Jean Gaumy. Elle collabore aussi avec Michaël Lheureux. Ensemble, ils font "Kathleen et Martha", pour France 2 et "Prai Chang", prix du meilleur documentaire aux Rencontres Cinéma et Nature 2011. En 2008, formée à l’audiodescription, elle découvre cette façon de transmettre un film à rebours, de l’image au verbe, qui devient dès lors son second métier.

Après des études de sociologie et d'art dramatique, Laurent Mantel devient comédien et metteur en scène de théâtre. Il s'oriente vers le doublage et prête sa voix depuis 20 ans à un grand nombre de films. Passionné pour l'écriture et pour les univers sonores, il réalise, adapte et écrit pour la radio et le théâtre. Il a travaillé à la description de plus de cent longs métrages.


Rose-Marie GODIER: Du chuchotement au cri, histoires racontées dans Méditerranée, L’Ordre et Bassæ de Jean-Daniel Pollet
Filmer, pour Jean-Daniel Pollet, c’est se mettre à l’écoute, retourner le processus qui consiste à faire lien entre les choses au travers de la mise en ordre qu’opère le récit - mythes ou histoires singulières qui visent à contenir la profusion du réel et des choses. L’enjeu de Méditerranée, L’Ordre et Bassæ est d’écouter ce que les pierres, les chemins, les visages nous chuchotent imperceptiblement, ou nous crient du fond d’un temps excessivement lointain, reculé. Car c’est toujours une histoire de temps que racontent les images heurtées, inquiètes de ces films. Qui ramassent et font sonner sur plusieurs registres ces bribes de récits, jusqu’à trouver la note et le ton au travers desquels elles parviendront, non seulement à nos oreilles, mais en quelque endroit reculé qui, en nous, vibrerait à l’unisson.

Rose-Marie Godier est maître de conférences au département Arts du spectacle de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Son domaine de recherche est l’histoire et l’esthétique du cinéma.
Elle a publié en 2005 un ouvrage, "L’Automate et le cinéma, dans La Règle du jeu de Jean Renoir, Le Limier de Joseph Mankiewicz et Pickpocket de Robert Bresson"; des articles sur le cinéma de Jean Renoir, ainsi que sur le cinéma documentaire.


Bernard GOLSE: Les racines épistémologiques du concept de narrativité
Il est intéressant de constater que les différentes racines épistémologiques du concept de narrativité (philosophiques, historiques, linguistiques, psychanalytiques) convergent actuellement dans l'usage qui en est fait dans le champ du tout premier développement psychoaffectif. On montrera comment les interactions précoces entre le bébé et l'adulte, peuvent être considérées comme un espace de récit à double sens.

Bernard GOLSE: Le bébé, le langage et la musique
Outre le fait que le bébé entre dans le langage par la partie musicale de celui-ci, plus que par la charge symbolique proprement dite des mots, il est possible, aujourd'hui, d'utiliser les acquis de la psychologie du développement précoce, de la psychopathologie et de la psychiatrie du bébé, pour penser la "représentance" de la musique. On évoquera notamment la narrativité de la musique figurative ou non figurative au regard de la dynamique des affects, de l'énonciatino et de l'énoncé, ainsi que certains aspects du jeu musical de l'interprète en référence à la question des identifications intra-corporelles précoces.

Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université René Descartes (Paris V). Chef du service de pédopsychiatrie à l’Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris, Psychanalyste.

Roland GORI: De quoi le récit tient-il son autorité?
La "religion du marché", accouplée à une hégémonie de l'informatique et aux effets cybernétiques qu'elle a générés en termes de savoir comme de gouvernement, a fait chuter le cours de l'expérience au profit de l'information. Information que le système exige de renouveler sans cesse dans un monde économique et symbolique voué à l'entropie. Plus que jamais l'urgence de l'actualité, le flux d'informations nouvelles dont elle se nourrit, a fait chuter le cours de la mémoire, celui du sens, de l'histoire qu'incarnent les récits, leur circulation par le bouche-à-oreille en vue de constituer et de transmettre les vertus de sagesse et de vérité humaines. Peut-être la psychanalyse est-elle une des dernières grandes formes de "savoir narratif", de cet art de raconter des histoires, de transmettre par cette voie l'expérience, art qui est en train de se perdre parce qu'il s'oppose aux jeux de langage du pouvoir actuel?

Roland Gori est professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université d'Aix-Marseille, Psychanalyste Membre d¹Espace analytique. Initiateur avec Stefan Chedri de l'Appel des appels, il est l'actuel Président de l'Association Appel des appels.
Bibliographie
La Dignité de penser (2011, Les Liens qui Libèrent); De quoi la psychanalyse est-elle le nom? Démocratie et subjectivité (2010, Denoël); L'Appel des appels. Pour une insurrection des consciences (ouvrage collectif sous la direction de Roland Gori, Barbara Cassin et Christian Laval, 2009, Les Mille et une nuits-Fayard); Exilés de l'intime. La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique (avec MJ Del Volgo, Denoël, 2008); La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l¹existence (avec MJ Del Volgo, 2005, réédition, Flammarion-Poche, 2009); La Preuve par la parole (1996, réédition augmentée érès, 2008); Logique des passions (2002, réédition Flammarion-Poche, 2006); L'Empire des coachs. Une nouvelle forme de contrôle social (avec P. Le Coz, Albin Michel, 2006).


Michel ITTY: De la narration à la narrativité dans la peinture ou la peinture à l'épreuve de Paul Ricoeur
Les analyses de Paul Ricœur sur la narrativité appliquées à la littérature, peuvent-elles être transposées dans le domaine des arts plastiques et spécifiquement dans celui de la peinture? Cette communication tentera d’en évaluer les possibilités à partir de l’apparition dans l’histoire de la catégorie sociale de l’artiste. L’identité-idem renvoie-t-elle au genre, au style? Qui est représenté dans le portrait ou dans le paysage? Se peint-on peignant? Les rapports entre l’artiste et son public seront par la suite évoqués à travers les fluctuations de l’identité-ipse en tentant d’ajouter sens à la notion d’Einfühlung. La révolution duchampienne a t-elle fait subir un renversement à l’identité narrative? L’artiste pratique-t-il une autocensure pour maintenir un contrat éthique avec son public? Un cas: Le Tag, surinvestissement égocentrique et banalisation de l’identité. Un tournant: les tribulations de l’identité narrative dans la catégorie de l’art contemporain intégré au marché du XXIe siècle. Si, pour Baudelaire, l’art pur était "créer une magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, le monde extérieur et l’artiste lui-même", n’assistons-nous pas aujourd’hui  à une fragmentation de l’identité narrative, cependant inhérente à l’acte créateur?

Michel Itty est ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il a occupé diverses fonctions dans la production et l’organisation de manifestations artistiques en Basse-Normandie et à Paris, notamment avec des musées français et suisses. Lauréat du Ministère de l’Environnement en 1994. Parallèlement à ses communications sur l’œuvre de Rilke, et de Paul Claudel, il poursuit un programme de recherche par la photographie qui s’effectue en relation avec le Musée Rodin, et explore les rapports entre Camille et Paul Claudel, Camille Claudel et Rodin, Rilke et Rodin. "Sa création, à partir des oeuvres, fait apparaître certaines faces cachées des sculptures, met en évidence le surgissement, par les jeux du hasard comme par ceux de la lumière, d’un “autre” de la sculpture..." (Dominique Viéville, Directeur du Musée Rodin). A assuré la direction avec Silke Schauder du colloque de Cerisy consacré à Rainer Maria Rilke en 2009. Responsable de la production littéraire et audiovisuelle à l’Office Parisien d’Edition et de Réalisation Artistiques.

Pierre-Johan LAFFITTE: La narrativité, modalité du schème intégratif. Eléments pour une critique de l’herméneutique du texte ricœurienne dans l’approche psychodynamique
Le concept ricœurien de narrativité désigne une détermination anthropologique cardinale. Il est porteur d’une ontologie herméneutique, analyse/construction d’une réalité ultimement pensée comme texte, où le dynamisme temporel du rapport au monde a pour corollaire un soi tenant lieu de sujet. Ce paradigme fait-il courir le risque à la métapsychologie de réifier le sens qu’il faut pourtant maintenir dans une déprise radicale de tout réductionnisme? Le nœud de la question est le statut de l’interprétation et de son rapport au sujet, et l’anthropologie contemporaine se tient à ce carrefour.  En effet, la narrativité n’est peut-être qu’une modalité du schème psychodynamique plus fondamental d’intégration. On évoquera l’intégration comme schème de la construction psychique, mais également la construction psychique du schème intégratif, autant de processus travaillés par la négativité du sujet inconscient.

Pierre-Johan Laffitte est Maître de conférences en sciences du langage à l’IUFM d’Amiens - Université de Picardie-Jules-Verne.

Myriam LEIBOVICI: Paroles et récits en psychanalyse
Les relations des psychanalystes à la narratologie furent parfois tumultueuses. Les psychanalystes, s’insurgeant contre une conception narrativiste de la cure, considéraient le récit comme une formation défensive qui ne permettrait pas l’ouverture aux processus inconscients et ferait barrage à ce que vise le transfert (M. Bertrand, D. Weil, 1998). Rappelant que l’analyse des rêves et la méthode d’association libre inaugurées par Freud constituent en fait une incitation à de multiples récits, et qu’il existerait une structure narrative s’actualisant dès les premières interactions pulsionnelles du nouveau-né, les écrits de Julia Kristeva ouvrent à une approche sensible de la narration dans la cure, non plus comme formation défensive, mais comme "transsubstantiation", terme qu’elle emprunte à Proust pour désigner dans son écriture romanesque cette "immersion du signifiant dans la pulsion et le senti qui semble bien être une suspension du refoulement... mouvement allant de la chair au symbole". Des concepts tels qu’"intertextualité", "signifiance" "sémiotique", à la lisière d’une théorie du langage et de la littérature, pourraient également éclairer les spécificités de la parole et des récits dans la cure analytique. À partir de récits de patients en analyse, nous illustrerons l’intérêt de ces hypothèses; il sera également question de souligner ce qui, chez Freud, dès la Traumdeutung pourrait constituer en filigrane une théorie du récit.

Myriam Leibovici est psychanalyste, chargée de cours à l’Université Paris7 Denis Diderot, UFR d’Etudes Psychanalytiques.

Jean-Louis LIBOIS: La narration suspendue et le désir de fin
Un film, c’est une suite d’images qui se succèdent dans une durée définie et qui entraînent le regard du spectateur dans une temporalité imaginaire (…)
C’est parce qu’il y a une fin pour tout film que la question se pose de savoir ce qui poursuit le spectateur quand le film est fini. Marie-José Mondzain

Néanmoins, si tout film a une fin, tout film ne se finit pas. En effet, aux happy-ending et à leur tentative "d’expulser la tragédie" ont  répondu les fins ouvertes où; la vie débordant de l’écran, le film semblait se poursuivre dans la vie. Qu’en est-il, en revanche, dans ce geste plus singulier, plus radical qui consiste pour des cinéastes à suspendre leur récit? Il y a ainsi des cinéastes de la suspension du récit (Michelangelo Antonioni, Théodore Angelopoulos, Béla Tarr, Andrei Tarkosky) et d’autres pour lesquels elle semble davantage au service d’un renouvellement du mode narratif ou  du propos du cinéaste. Aussi, ferons nous porter nos analyses sur les trois films suivants: Damnation (2005) du cinéaste hongrois B. Tarr, Les Oiseaux (1962) du cinéaste "hollywoodien" A. Hitchcock, et Une séparation (2011) de A. Farhadi, cinéaste du renouveau iranien.

Scénariste et cinéaste (1980-2000), maître de conférences à l'université de Caen où il a fondé le Département des Arts du spectacle et où il enseigne le cinéma. A soutenu sa thèse "Le dispositif filmique et l'implication du spectateur" sous la direction de M. Christian Metz (1983). Membre du Centre de recherche le LASLAR, il coordonne plusieurs numéros de la revue Double Jeu (PUC) dont il est rédacteur... Ses recherches portent particulièrement sur les cinématographies européennes et plus précisément sur les auteurs tels que Truffaut, Bergman, Fellini, Bunuel.

Sylvain MISSONNIER: La nostalgie des origines. Pour une psycho(patho)logie narrative périnatale
Face à Chronos, Paul Ricœur et Daniel Stern voient dans la genèse du récit, la signature de l’humain inséré dans la spirale intersubjective. Pour eux, le temps du récit est celui de l’action et de la dynamique affective. Cette structure narrative matricielle correspond à une mise en intrigue, à une refiguration, bref à un montage qui supraorganise la relation à soi et à l’autre en lui donnant, dans le meilleur des cas, sa cohérence dans un scénario identitaire créatif.
En philosophe, Ricœur ouvre la voie de l’identité narrative adulte et en esquisse la phénoménologie des grincements individuels et collectifs.
En clinicien du nourrisson, Stern explore la genèse interactive précoce de cette enveloppe narrative. Cet ancrage lui permet, in fine, de convoquer à la table de négociation épistémologique, le nourrisson de l’observation et le nourrisson clinique.
Les psycho(patho)logues de la périnatalité, de l’enfance peuvent bénéficier dans leurs dispositifs cliniques de l’issue de la convergence épistémologique entre le philosophe et le thérapeute en ces termes: l’enveloppe prénarrative du fœtus/bébé se co-construit dans une interaction constante avec l’identité narrative individuelle des parents, des pourvoyeurs de soin et, collective, de leur communauté culturelle d’appartenance. Clinique et cinéma s’associeront pour argumenter cette plaidoirie en faveur d’une psycho(patho)logie narrative périnatale enracinée dans cet héritage épistémologique et des apports convergents plus récents.

Sylvain Missonnier est professeur de psychologie clinique de la périnatalité à l’Université Paris Descartes. Directeur du laboratoire PCPP (EA 4056). Psychanalyste SPP.

Eléana MYLONA: Julia Kristeva et la vie narrative en psychanalyse
De Ricœur à Proust, de la philosophie à l’œuvre littéraire,  en passant par Hannah Arendt et D. Stern, Julia Kristeva conçoit l’idée que la narrativité est la vie elle-même. Nous comptons retracer le développement de sa pensée sur les questions qu’elle s’était posé sur le récit et sa mise en forme, traversée par le fantasme, pour arriver à la mise en nue, en sensorialité, en représentation de la psycho-sexualité et finalement en sens dans la situation analytique. Le destin polymorphe de la narration révélé par le transfert et le contre-transfert implique l’acte de questionner, et illustre le processus complexe de la construction-déconstruction de la subjectivité. La narrativité traversée par la force pulsionnelle réalise un surgissement de l’expérience sensible, son indexation, ayant pour fondement et pour but de traverser le refoulement originaire sur lequel s’appuie le langage de la narration.

Eléana Mylona, psychanalyste membre de la SPP, travaille avec des adultes au Centre de Psychanalyse Evelyne et Jean Kestemberg (ASM 13), et avec des enfants/adolescents au Centre Alfred Binet (ASM13) et au CHU Sainte Anne. Docteur en Psychopathologie Fondamentale et Psychanalyse (Paris VII), avec une thèse sur La langue maternelle articulateur de l’intrapsychique et de l’interpsychique. L’intraité du langage, elle est enseignante-chercheur et a enseigné à l’Université Paris VII et à Paris X. Ses travaux et recherches portent sur le langage en psychanalyse.
Elle a publié plusieurs articles dont les plus récents sont: "Du refoulement originaire à la langue maternelle: l’homme est le rêve d’un hombre", Revue Française de Psychanalyse, 2011, PUF; "La lettre d’amour volée: Intelligibilité ou représentation en souffrance ?", Revue Française de Psychosomatique, 2011, PUF.
Elle co-dirige avec Julia Kristeva un séminaire-groupe de recherche au sein de la SPP sur ce sujet.


Bernard PACHOUD: Narrativité, métacognition et constitution réflexive du soi. Implications en psychopathologie
Les sciences sociales contemporaines (par exemple A. Giddens, 2004) insistent sur le fait que nos sociétés "post-traditionnelles" confrontent chacun à la liberté, mais aussi à la responsabilité, de construire son identité sociale à travers des projets et des choix de vie. L’accent est dès lors mis sur le rôle de la réflexivité, en particulier dans sa forme narrative, dans ce travail de définition (ou de redéfinition) de soi. Cette tâche s’impose d’une manière particulière aux personnes qui souhaitent se dégager de l’identité sociale stigmatisante de "malade mental" et cherchent à se réapproprier leur devenir. La fonction narrative joue dans ce cas un rôle d’autant plus important qu’elle s’avère étroitement interdépendante des fonctions métacognitives et de la représentation de soi, qui sont parmi les principaux déterminants du devenir fonctionnel et social de ces personnes. Nous évoquerons enfin les conceptions dialogiques du soi d’inspiration bakhtinienne, dans lesquelles l’activité narrative est requise pour articuler, dans une sorte de dialogue interne, la pluralité des identités sociales que chacun doit assumer, et par conséquent la pluralité des "soi" en interaction. L’hypothèse a été avancée (Lysaker & al., 2008) d’une défaillance dans la schizophrénie de cette articulation narrative des facettes multiples du soi, dont résulteraient l’expérience de morcellement et l’absolutisation délirante de l’une des facettes identitaires du soi. L’activité narrative permettrait donc non seulement l’articulation, mais aussi la pondération des facettes du soi, favorisant la constitution d’un soi unifié, sans rien perdre de sa complexité ni de son caractère pluriel et en évolution.

Bernard Pachoud est psychiatre. MCU Université Paris Diderot. CRPMS.

François RAFFINOT: Danse et Narrativité
Etymologiquement, narrer c'est "faire connaître". Connaître, c'est se faire une idée, conceptualiser. Depuis les romantiques et Kant, le beau est sans concept. Autrement dit, l'œuvre d'art se passe d'interprétation univoque. Si la musique s'adapte particulièrement bien à ce jugement, qu'en est-il de la danse?
Vers la fin des années 90, je répondais à une question similaire dans A force de s'appuyer sur la barre on devient un homme du milieu (éditions Séguier / Archimbaut):
"Cette question concerne le sens. Effectivement la danse utilise des chemins de traverse dans la mesure où elle se situe de plein pied dans le discours indirect. Elle établit le récit de personnages imprécis et fugitifs dont les motivations demandent l'interprétation nuancée de chaque spectateur. C'est la présence effacée de la parole articulée et l'approche d'une autre fiction qui rend la danse si curieuse. Mais si la musique est de même nature, il faut garder à l'esprit ce qui la différentie fondamentalement de la danse: alors que la musique se sert d'instruments artificiels qui prolongent les possibilités humaines, la danse continue à n'utiliser que le corps. Mais contrairement au théâtre, elle est bizarrement amputée de la voix. Le corps n'est pas prolongé mais limité, réduit à sa plus simple expression, la voix brillant par son absence, la parole présente par l'effacement que la danse produit".
On voit que le sens de la danse est celui du corps en récit, comme le chant est une parole sublimée par le récitatif (...).
Cette rencontre sera accompagnée de projections vidéos d'extraits d'œuvres chorégraphiques.

François Raffinot est né à Paris en 1953. Après des études de danse et de philosophie, une carrière de danseur auprès de Félix Blaska, Peter Goss, Susan Buirge, un détour par la reconstitution et l'actualité des danses anciennes dans les années 80, François Raffinot est nommé au Havre en 1993, à la direction du Centre Chorégraphique National avec Guilène Lloret. En 1999, il met ensuite en place le Département Chorégraphique de l'Ircam avec Laurent Bayle, pour finalement créer le SNARC en 2003, le Site Nomade des Ateliers de Recherche Chorégraphique en résidence à Metz jusqu'à 2006. Il est régulièrement invité à donner des cours théoriques dans les écoles d'art, les universités et publie régulièrement ouvrages, articles et fictions. On lui doit la conception et la première édition du Vif du Sujet, manifestation chorégraphique de la SACD au Festival d'Avignon. Il est actuellement professeur de philosophie en classe Terminale.
Ouvrages
Journal d'Adieu, Mémoire Vivante. Editions Plume, 1995.
À force de s'appuyer sur la barre on devient un homme du milieu, Editions Séguier Archimbaud, 2002.
Trace-écarT, Editions Séguier Archimbaud, 2006.
Articles
"Une révélation viscérale", in La règle du jeu, n°19, "Défense et illustration de la musique contemporaine", mai 1996.
"Temps réel", in La revue du Collège International de Philosophie, "Penser la danse contemporaine", sous la direction de Véronique Fabbri, mai 2004.
"Eclats multiples: danse et nouvelles technologies", in Orfeo, "Le renouveau de l'art total", 2004.
"Les attaches du corps", in Essaim, revue de psychanalyse, n°14, sous la direction d'Erik Porge, printemps 2005.
"Tracé de l’espace", in Par les routes... des écritures dans l’espace, ouvrage autour de Noëlle Renaude, éditions Théâtre ouvert, décembre 2005.
"Le Complexe de Dédale", in Revue du paysage, "Comme une danse", janvier 2007.


Olivier TAÏEB: Le cercle de la mimèsis entre les histoires des patients et les modèles des professionnels
A partir des travaux de Ricœur, l’auteur montre que les patients tentent d’être auteurs et narrateurs de leurs histoires (mimèsis I et II) mais sont aussi lecteurs, auditeurs et spectateurs de multiples autres histoires, dont celles écrites, racontées ou mises en scène par les professionnels dans leurs modèles cliniques et leurs théories (mimèsis III). Les patients ont besoin d’être secourus par la littérature, c’est-à-dire la fiction, l’Histoire, mais aussi la littérature spécialisée, pour construire leurs identités et organiser leurs expériences temporelles. Cette appropriation, nécessaire pour se connaître soi-même, doit rester critique. L’équilibre est fragile entre des dispositifs de soins illisibles empêchant toute configuration de la souffrance et des dispositifs, à l’opposé, trop lisibles fabriquant des Patients Modèles uniformes et indifférenciés. Un des objectifs du soin psychique est, en effet, de protéger le caractère polyphonique des discours et des histoires pour construire un monde du soin, par analogie au monde du texte, où toutes les voix peuvent être entendues, aussi bien celles du passé que celles à venir.

Olivier Taïeb, Service de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent et de Psychiatrie générale, Hôpital Avicenne, APHP, Université Paris 13, Bobigny et Inserm U669, Paris.
Bibliographie
Aulagnier P., L’apprenti-historien et le maître sorcier. Du discours identifiant au discours délirant (1984), Paris, PUF, 2000.
Eco U., Lector in fabula. Le rôle du lecteur ou la Coopération interprétative dans les textes narratifs, Paris, Grasset "Livre de poche", 1985.
Genette G., Figures III, Paris, Seuil, 1972.
Iser W., L’acte de lecture. Théorie de l’effet esthétique, Bruxelles, Mardaga, 1985.
Jauss H.R., Pour une esthétique de la réception (1978), Paris, Gallimard "Tel", 1990.
Ricœur P., Temps et récit (1983-1985), Paris, Seuil "Points Essais", 1991.
Ricœur P., Soi-même comme un autre (1990), Paris, Seuil "Points Essais", 1996.
Ricœur P., Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004.
Taïeb O., Reyre A., Rouchon J.F., et al. "Théories de la lecture et addictions: du Lecteur Modèle au Patient Modèle", L’évolution psychiatrique, 2008, 73, 685-99.
Taïeb O., Les histoires des toxicomanes. Récits et identités dans les addictions, Paris, PUF, 2011.
Todorov T., Mikhaïl Bakhtine. Le principe dialogique, Paris, Seuil, 1981.


Alain VANIER: Inconscient et narrativité
La dimension narrative est ce que l’analyse littéralement déconstruit. Pourtant la mise en récit - ce que Freud décrit bien à propos du rêve - a une fonction qui ne peut se comprendre seulement comme défense. C’est ce qu’il conviendra de préciser.

Professeur des Universités, directeur du CRPM (Université Paris Diderot), Psychanalyste.

Franck ZIGANTE: La narrativité: pont entre attachement et psychanalyse. A propos de l'évaluation des processus de changement au cours de psychothérapies analytiques dans une cohorte d'enfants
La narrativité occupe une position charnière entre la théorie de l’attachement et la psychanalyse. Elle est explorée par la philosophie avec l’identité narrative, la psychanalyse avec les notions de liaison et de secondarisation, l’attachement avec l’importance des interactions précoces dans le développement de la cohérence du récit. Nous explorons le concept d’identité narrative (Paul Ricoeur, 1990) en relevant les liens entre narrativité, attachement et psychanalyse. Afin d’évaluer le processus thérapeutique, nous suivons l’évolution de la narrativité au cours de la thérapie. Notre étude explore l’évolution de la narrativité et des représentations d’attachement au cours de thérapies psychanalytiques chez des enfants présentant une psychopathologie. Trente six enfants (névrotiques, limites, psychotiques) de quatre à onze ans ont été suivis pendant quatre ans de thérapie et évalués chaque année avec les histoires à compléter (ASCT, Bretherton et al., 1990) codées par les Cartes de Complètement d’Histoires (Miljkovtich et al., 2008). Les résultats montrent une progression nette de l’attachement et de la narrativité dès la première année de thérapie sur l’ensemble de la cohorte. Les enfants névrotiques améliorent rapidement le style et le contenu de leurs récits. Les enfants psychotiques progressent plus tardivement et l’amélioration du style précède celle du contenu. Les enfants limites ne montrent aucune évolution significative sur le plan de l’attachement et de la narrativité au cours de la thérapie. Nous discutons ces résultats en regard des apports psychanalytiques et attachementistes sur la prise en charge psychothérapeutique des enfants limites.

Pédopsychiatre, Hôpital Necker-Enfants malades, Paris.

Avec le soutien
de l'Université de Paris 7
et de l'Association pour la Formation à la Psychothérapie Psychanalytique
de l’Enfant et de l’Adolescent (
AFPPEA)