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" Page mise à jour le 6 avril 2010 "



DU MARDI 27 MAI (19 H) AU MARDI 3 JUIN (14 H) 2008



PENSER LA NÉGOCIATION EN MODERNITÉ AVANCÉE


DIRECTION : Sophie ALLAIN, Christian THUDEROZ

colloque organisé avec la revue "Négociations"

ARGUMENT :

Nous sommes désormais à l’"Age de la Négociation". Investissant de nouveaux champs de la régulation et transformant les processus de décision, la négociation est au cœur de multiples figures contemporaines comme celles du contrat, de la gouvernance ou de la concertation. Révélatrice d’une transformation des rapports d’autorité ainsi que des modalités de production et de mise en œuvre de la norme, elle s’accompagne d’une irruption du sujet et du public, soulève aussi la question de la place et du rôle du tiers dans un contexte d’accroissement simultané de demandes d’intermédiation et d’exigences d’autonomie.

Cette évolution invite à examiner la place de la négociation dans les sciences sociales et à interroger de manière nouvelle ce concept trop souvent réduit à une idée de marchandage, comme à envisager de manière transversale la façon de l’enseigner.

Une rencontre francophone interdisciplinaire permettra d’approfondir ces multiples dimensions d’une activité centrale dans notre vie sociale actuelle.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 27 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 28 mai
Matin:
Sophie ALLAIN & Christian THUDEROZ: Introduction
William ZARTMAN: Gouverner, c'est négocier: systèmes de négociation internationale
Ehrard FRIEDBERG: La notion de négociation dans l'analyse stratégique

Après-midi:
Séquence n°1: Le paradigme de la négociation en question
La négociation dans la pensée de Jean-Daniel Reynaud, table-ronde avec Sophie ALLAIN, Ehrard FRIEDBERG, Annette JOBERT, Christian MOREL

Acquis et perspectives de la négociation
, table-ronde animée par Aurélien COLSON, avec Christophe DUPONTJacques ROJOT et Hubert TOUZARD (Acquis et perspectives de recherche sur la négociation du point de vue de la psychologie sociale)


Jeudi 29 mai
Matin:
Séquence n°1: Le paradigme de la négociation en question (suite)
Alain LEMPEREUR: Le questionnement, comme philosophie fondatrice de la négociation
Aurélien COLSON: Penser la négociation en science politique: retour aux sources et perspectives de recherche
Jean-Christophe PEREAU: Négociation et théorie des jeux: les "dessous" d'un accord acceptable

Après-midi:
Bernard FUSULIER & Nicolas MARQUIS: Transaction sociale et négociation
Christian THUDEROZ: Régimes et registres de négociation

Soirée:
Projection du film: Les médiateurs du Pacifique (Charles Belmont)


Vendredi 30 mai
Matin:
Séquence n°2: L'irruption du sujet dans la négociation
Laurence DE CARLO: Que peuvent apporter les sagesses orientales et la psychanalyse au champ de la négociation?
Arnaud STIMEC: Les négociations ordinaires et leur impact sur la santé au travail
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS: La décence au cœur de l'hospitalité institutionnelle: une lecture en termes de négociation

Après-midi:
Séquence n°3: La question du tiers: nouvelles figures, nouvelles frontières
Elisabeth VOLCKRICK: La question du tiers dans la négociation aujourd'hui
Alice LE FLANCHEC & Jacques ROJOT: La médiation dans les relations du travail
Philip MILBURN: Evolution de la place de la médiation dans la justice française

La médiation dans les conflits internationaux, débat avec Saïd AHAMED, Jacques SALZER et William ZARTMAN

Soirée:
Projection du film: L'âge de la négociation (Eric Blanchot), suivi de commentaires d'Eric BLANCHOT: Les partenaires sociaux et les négocations interprofessionnelles, retour d'expérience et réflexion sur les méthodes et la préparation des acteurs


Samedi 31 mai
Matin:
Séquence n°4: Négociation et régulation sociale
Guy GROUX: L'individu protestataire, un nouvel enjeu contractuel?
Laurent DUCLOS & Pierre-Eric TIXIER: La négociation intégrative. Un modèle par défaut
Christian MOREL: La négociation intra-organisationnelle
Débat avec Annette JOBERT et Roger LECOURT

Après-midi:
REPOS


Dimanche 1er juin
Matin:
Séquence n°5: L'enseignement de la négociation
Reynald BOURQUE: L'enseignement de la négociation: une comparaison Etats-Unis et Québec

Comment former à la négociation?
, table-ronde animée par Arnaud STIMEC, avec Lionel BOBOT (Méthodes d'enseignement de la négociation), Claude RIOUX (Description et examen d’un programme de formation à la négociation collective et à l’approche de résolution de problèmes dans les relations professionnelles au Maroc) et Jacques SALZER (TOUT ce que le négociateur pourrait savoir (contribution à un programme exhaustif de formation à la négociation))

Après-midi:
Séquence n°6: Négociation, délibération et participation
Olivier GIRAUD: La démocratie de négociation face aux crises: une évaluation de quelques expériences étrangères
Sophie ALLAIN: Décrypter l'activité délibérative par la négociation dans la régulation territoriale


Lundi 2 juin
Matin:
Séquence n°6: Négociation, délibération et participation (suite)
Jean-Michel BONVIN: Approche par les capacités et théories de la négociation. Le cas de la démocratie participative dans les entreprises
Laurent MERMET: La négociation, mode de composition dans les systèmes d'action complexes

Après-midi:
Synthèse du colloque


Mardi 3 juin
Matin
Détente

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Sophie ALLAIN: Décrypter l'activité délibérative par la négociation dans la régulation territoriale
La participation sociale, entendue comme l’implication d’acteurs externes aux cercles politico-administratifs traditionnels dans les processus décisionnels, constitue aujourd’hui un principe fort de l’action publique. Présentées comme un moyen d’efficacité et de légitimité de l’action publique, les démarches participatives sont cependant loin de remplir toutes leurs promesses. Pour aller plus loin, nous avançons qu’il est nécessaire de renoncer au "mythe participatif" sur lequel reposent implicitement ou explicitement ces démarches et selon lequel il est possible de parvenir à un consensus à travers une argumentation rationnelle qui permettrait une compréhension mutuelle pour reconnaître l’inéluctable caractère négocié de l’action publique. Aller en ce sens suppose toutefois de préciser la négociation en jeu: loin de se limiter à un marchandage circonscrit, celle-ci porte sur la fabrication même du bien commun. On examinera alors à quelles conditions des démarches participatives peuvent contribuer à de telles négociations. La communication s’appuiera largement sur des exemples empruntés au champ de l’environnement et de l’aménagement.

Eric BLANCHOT: Les partenaires sociaux et les négocations interprofessionnelles, retour d'expérience et réflexion sur les méthodes et la préparation des acteurs
Une négociation interprofessionnelle est un processus complexe aux dimensions multiples. Impliquant l’ensemble des centrales syndicales et des organisations patronales, elle peut mobiliser durant plusieurs semaines ou plusieurs mois l’attention des négociateurs mandatés pour des séances de négociations dont l’issue, toujours incertaine, doit être interprétée en fonctions des nombreux intérêts qui motivent les choix et stratégies des parties en présences. Comment les acteurs impliqués perçoivent-ils leurs mandats, comment se préparent-ils et avec quels moyens? Comment se construisent les coalitions? Dans quel climat relationnel? L’auteur des deux films reviendra sur une expérience personnelle et tentera de confronter la méthode de négociation, telle qu’il l’enseigne, et les réalités vécues sur le terrain.

Jean-Michel BONVIN: Approche par les capacités et théories de la négociation. Le cas de la démocratie participative dans les entreprises
L'objectif de la présentation consiste à confronter l’approche par les capacités d'Amartya Sen (et notamment sa vision de la démocratie et de la capability for voice) aux principaux courants théoriques de la négociation. La contribution s'articulera autour de deux axes: 1) comment l'approche de Sen s'inscrit-elle dans le paysage des théories de la négociation et quel est son apport spécifique?, 2) comment peut-on opérationnaliser cette approche en vue de mener des investigations de terrain (dans le domaine spécifique de la démocratie participative dans les entreprises) et quelle valeur ajoutée apporte-t-elle? Cette deuxième partie s'appuiera sur des études empiriques menées dans une dizaine d'entreprises suisses.

Aurélien COLSON: Penser la négociation en science politique: retour aux sources et perspectives de recherche
La négociation renvoie à des enjeux ou convoque des concepts qui sont de longue date explorés par la science politique: le pouvoir et ses sources, la légitimité et ses critères, le mandat et les théories de la représentation, les motivations et les notions de valeurs ou d'identité, la répartition et les enjeux d'équité. Il y a donc lieu de penser la négociation du point de vue de la science politique. Dans cette perspective, la communication identifie tout d'abord les sources historiques communes de la négociation et des objets traditionnels de la science politique. Puis elle étudie, d'un point de vue épistémologique, les points de rencontre entre "négociation" et "science politique" en tant que domaines de savoir et objets de recherche.

Laurence DE CARLO: Que peuvent apporter les sagesses orientales et la psychanalyse au champ de la négociation?
La question du sujet devient de plus en plus prégnante dans la conceptualisation de la négociation (voir communication de C. Thuderoz). En effet, non seulement les individus engagent-ils des négociations, mais aussi s’engagent-ils en tant que sujets dans ces négociations. Les sagesses orientales, en particulier le bouddhisme, de même que la psychanalyse, reconnaissent différents phénomènes qui éclairent les négociations entre sujets engagés. La psychanalyse définit un sujet comme un individu doté non seulement d’une conscience mais aussi d’un inconscient. La démarche psychanalytique vise à faire en sorte qu’un sujet se libère progressivement de ses refoulements pour prendre conscience des phénomènes qui l’empêchent d’appréhender la réalité sans la déformer. Ainsi, l’individu élargit le champ de sa conscience et accepte mieux l’existence d’un inconscient résiduel qu’il ne peut maîtriser.
Le bouddhisme, en particulier celui développé par Nhich Nhat Han, maître bouddhiste vietnamien, propose également des moyens pour que l’individu développe un état de conscience accrue qui lui permette un meilleur accès à la réalité. Le phénomène de projection (projection inconsciente sur autrui d’une partie de soi que l’on n’assume pas), en particulier, est reconnu dans les deux disciplines. Pour celles-ci, les conflits intrapersonnels influent sur les conflits interpersonnels. On peut ainsi définir les freins ou les potentialités des négociations selon qu’elles sont engagées entre sujets dont l’état de conscience est limité ou important, en termes de reconnaissance de ses propres intérêts, de capacité d’écoute de l’autre, de capacité d’accepter la non-maîtrise, et de capacité de créativité collective pour trouver un terrain d’entente.

Laurent DUCLOS & Pierre-Eric TIXIER: La négociation intégrative. Un modèle par défaut
Le développement des négociations transnationales et territoriales déborde aujourd’hui le cadre formé du droit des conventions collectives et des usages nationaux. A une configuration qui mettait en scène des acteurs représentatifs et des négociations centrées sur les variables classiques de l’échange salarial (salaires/durée du travail/qualification) se superposent des négociations moins cadrées, donnant lieu à des configurations plus instables, multi-acteurs, mettant en jeu des objets nouveaux comme l’information ou les droits fondamentaux. Les configurations d’acteurs en question ne sont plus fondées uniquement sur des mécanismes de représentation: à la figure du représentant-négociateur se substitue la figure du "diplomate"; à l’idée d’un accord de volonté motivé par l’existence préalable d’un monde commun, succède une dynamique du "projet négocié" qui concerne un monde commun restant à définir. Les solidarités à construire sont a priori indéterminées: elles se révèlent en marchant. Elles témoignent, en tous les cas, de l’émergence d’une nouvelle forme de légitimité, fondée moins sur la capacité représentative que sur la capacité des acteurs à négocier des modes de résolution de problème. De ce point de vue, la négociation "territoriale" et la négociation "transnationale" partagent une même qualité d’intégrer simultanément les acteurs et les objets.

Bernard FUSULIER & Nicolas MARQUIS: Transaction sociale et négociation
Dans les années 70, au moment où, dans le champ sociologique français, s’opposait une vision holiste de la société, ordonnée autour d’une totalité intégratrice, et l’individualisme méthodologique, partant au contraire des comportements individuels et de leur agrégation, des sociologues belges de l’Université catholique de Louvain, sous le leadership de Jean Remy, vont mettre l’accent sur un processus d’échange implicite, diffus et continu, qui englobe des moments de négociation, entre une pluralité d’acteurs, en situation d’interdépendance et d’interaction, amenés à produire des compromis de co-existence. Pour thématiser ce processus, Remy et ses collègues utilisent la notion de transaction sociale, laquelle sera exposée dans un ouvrage séminal: Produire ou Reproduire?, publié en 1978. Nous nous proposons de faire un retour réflexif sur cet ouvrage avec le regard critique du sociologue d’aujourd’hui. Ensuite, nous dégagerons la spécificité de la transaction sociale comme concept synthétisant trois autres formes d’échange social: la négociation, le marché et le don/contre-don. En guise de conclusion, nous creuserons quelques pistes de développement des intuitions fondatrices de la transaction sociale.

Olivier GIRAUD: La démocratie de négociation face aux crises: une évaluation de quelques expériences étrangères
Remise en cause de l'autorité de l'Etat et des modes hiérarchiques d'exercice du pouvoir, déclin des partis et organisations collectives, crise des identités collectives et des modalités d’intégration, déficit démocratique des régulations supranationales, etc., le diagnostic de la crise des formes traditionnelles de la démocratie se déploie dans différentes dimensions. En dehors de la discussion fortement alimentée en France sur la démocratie participative, le concept de démocratie de négociation, très discuté à l’étranger, reste pratiquement ignoré en France. Ma communication sera fondée sur quelques éléments de réflexion de sociologie politique, mais aussi sur une tentative de bilan comparatif des "modèles" nationaux de démocratie de négociation. Elle s’efforcera de comprendre dans quelle mesure la démocratie de négociation est susceptible de contrer efficacement certains des facteurs de crise de la démocratie contemporaine.

Guy GROUX: L'individu protestataire, un nouvel enjeu contractuel?
Par-delà le rapport "capital-travail" qui a constitué l’un des objets essentiels de la théorie classique des relations professionnelles (Dunlop, Reynaud) ou par-delà les effets de l’environnement sur l’entreprise comme lieu traditionnel de négociations (Kochan), la communication portera sur les nouveaux liens qui s’établissent dans l’entreprise entre l’individu et le conflit social. Il s’agira d’étudier en quoi ces rapports influent de plus en plus sur les régulations et les négociations collectives mais aussi sur les principes de légitimité et de légitimation sur lesquels se fondent les acteurs les plus traditionnels. A cette fin, la communication s’appuiera sur certaines enquêtes conduites par la DARÈS ou le programme "ANR" : les "concurrences de légitimité" mené notamment au CEVIPOF.

Alice LE FLANCHEC & Jacques ROJOT: La médiation dans les relations du travail
La présente communication vise à présenter la manière dont la médiation peut être utilisée dans les relations du travail en France au sein de l’entreprise. Elle s’appuie sur deux exemples empiriques. Il s’agit d’IBM et de SFR Cegetel, qui disposent toutes deux de dispositifs internes permettant la mise en place d’une médiation-arbitrage en cas de différend entre un salarié et son manager. Les freins et motivations au recours à ces dispositifs ainsi que son impact sur la relation collaborateur manager et sur la justice procédurale au sein de l’entreprise sont examinés. Une approche comparative entre les deux entreprises est également proposée.

Références Bibliographiques :

Le Flanchec A. (2006), "Médiation, autonomie et justice procédurale", Revue Négociations, de Boeck Université , n°2.
Le Flanchec A., Rojot J. (2007), "La médiation: un outil de gestion des ressources humaines", Revue de Gestion des Ressources Humaines, n°65, Juillet/Septembre.
Le Flanchec A., Rojot J., Voynnet Fourboul C. (2006), "Rétablir la confiance dans l’entreprise par le recours à la médiation", Industrial Relations / Relations Industrielles, Université de Laval, Canada, Vol 61, n°2.
Rojot J., Le Flanchec A., Landrieux S. (2005), "Mediation within the French Industrial Relations Context – the SFR Cegetel case", Negotiation Journal, Harvard Law School, Blackwell Publishing, Volume 21, n°4, Octobre.


Alain LEMPEREUR: Le questionnement, comme philosophie fondatrice de la négociation
Au sens fondamental, philosophique, la négociation (et toute la pensée qui la structure) se déploie comme cas particulier de la "différence question/réponse"; elle est une modalité humaine parmi d’autres de questionnement perpétuel essentiel et d’essais contextuels de répondre. Elle intervient dans les multiples situations d’interactions entre personnes où face à un défi — tel un projet, un contrat, un conflit —, deux ou plusieurs personnes sont amenées, pour le relever au mieux, à s’inscrire ensemble dans un besoin l’une de l’autre, voire à réifier ce besoin essentiel en un besoin de quelque chose de la part l’une de l’autre. La négociation engage en ce sens un double rapport entre personnes ou groupes, essentiel, fondamental, atemporel — parfois ignoré ou dénié au profit du rapport trop évident sur les choses —, et un rapport sur des choses, évident, inscrit dans un temps et un lieu, bénéficiant d’une technologie de la création de valeur et de sa répartition, favorisant un "troc" substantiel, réel, matériel, de l’ordre de l’impératif hypothétique, déterminant des droits et obligations, instrumentalisant dans des engagements concrets les objets d’une transaction, enfouissant parfois la relation dans le quotidien.

Laurent MERMET: La négociation, mode de composition dans les systèmes d'action complexes
La communication portera sur l’analyse de négociations prises dans des processus de décision — ou des systèmes d’action — complexes. Elle s’appuie sur des travaux du groupe de recherche en gestion sur les territoires et l’environnement, qui se sont étalés sur une dizaine d’années, et qui ont porté sur les négociations associées aux décisions en matière de projets publics d’infrastructure (barrages, lignes électriques, routes forestières, réaménagements écologiques). Elle insistera surtout sur les propositions théoriques auxquelles aboutissent ces recherches. Celles-ci visent notamment à mieux articuler ensemble les différents modes d’interaction entre les acteurs au sujet de ces projets: délibération, affrontement, évitement, négociation, etc.  Elles s’attachent aussi à équilibrer la part de l’analyse de la négociation portant sur le processus, et celle portant sur la substance de la négociation. Le propos sera illustré soit par un exemple tiré du champ de l’environnement, soit par un exemple tiré d’un auteur de l’antiquité classique.
Pour un aperçu, voir les deux textes téléchargeables aux liens suivants:
http://www.rgte.centre-cired.fr/rgte/article.php3?id_article=88
http://www.rgte.centre-cired.fr/rgte/article.php3?id_article=85

Philip MILBURN: Evolution de la place de la médiation dans la justice française
Il s'agira de pointer les évolutions notamment quant à la place de la médiation. Pour dévoiler un peu le contenu, la tendance est à un non développement de la médiation en matière pénale et en un certain développement en matière civile, notamment avec la médiation familiale. Au-delà de ces constats, il s'agit de formuler quelques hypothèses quant au statut de la négociation comme compétence au sein du processus et du système judiciaire. L'aborder en termes de compétence renvoie à la professionnalisation (ou non) de celle-ci dans cet espace. En matière civile, le transfert de compétence de négociation des juges vers les médiateurs est rendu possible par la professionnalisation de la médiation familiale. Rien de tel, en revanche, en matière pénale, où les prérogatives régaliennes inhérentes au système d'accusation conservent leur prééminence, alors même que des dispositifs voués à l'introduction d'une certaine négociation ont été introduits. La non professionnalisation des médiateurs pénaux et des délégués du procureur leur interdit de développer une compétence propre, séparée de celle des magistrats. Et la justice pénale s'éloigne des voies de la négociation, alors qu'elles deviennent très présentes en droit civil, où elles faisaient l'objet de réticences dans un premier temps.

Christian MOREL: La négociation intra-organisationnelle
Lorsqu’une organisation participe à une négociation, une négociation intra-organisationnelle se produit à l’intérieur de cette organisation. Son but est de se mettre d’accord en interne sur la conduite à tenir dans la négociation principale. L’intervention portera sur les caractères de la négociation intra-organisationnelle, à savoir qu’elle est continue (elle ne s’arrête pas quand la négociation principale commence), chaotique (des acteurs non prévus entrent dans la discussion interne par exemple), doctrinale (elle porte beaucoup sur les principes). Elle reflète l’organisation (ainsi la pléistocratie joue à plein dans la négociation intra-organisationnelle) et elle est ressentie durement par les acteurs principaux (elle est source d’un stress important). La négociation intra-organisationnelle est un élément essentiel de la négociation et non secondaire.

Jean-Christophe PEREAU: Négociation et théorie des jeux: les "dessous" d'un accord acceptable
La théorie des jeux offre deux lectures de la négociation avec la solution axiomatique de Nash fondée sur la théorie des jeux coopérative et la solution stratégique de Rubinstein issue de la théorie des jeux non coopératifs. Cette communication a pour objectif d’établir un bilan critique de cette littérature et de proposer des perspectives sur la base d’applications. Seront évoqués les enjeux liés aux négociations multilatérales et aux protocoles de négociation.

Claude RIOUX: Description et examen d’un programme de formation à la négociation collective et à l’approche de résolution de problèmes dans les relations professionnelles au Maroc
Dans le cadre du "Programme de renforcement des relations professionnelles au Maroc" sous la responsabilité du Bureau international du Travail (2004-2007), l’auteur a été chargé de concevoir et dispenser un programme de formation à la négociation collective et à l’approche de résolution de problèmes dans les relations professionnelles. Un premier volet de ce programme voulait initier de jeunes responsables de quatre organisations syndicales (réunis en intersyndicale) aux techniques de négociation et développer leurs habiletés personnelles dans l’exercice de la représentation syndicale de proximité. Ce programme s’est poursuivi par la préparation de responsables syndicaux afin de leur permettre d’offrir un enseignement de base de la négociation à leurs adhérents. Une formation du même type fut offerte à un groupe mixte formé de responsables des ressources humaines et de représentants syndicaux dans des entreprises de la région de Tanger, en collaboration avec la section locale du Centre des jeunes dirigeants (CJD). Par ailleurs une série de sessions de formation sur les techniques et la pratique de la négociation fut dispensée aux personnes membres du comité des directeurs centraux de l’Office national des chemins de fer.
Un deuxième volet visait à préparer des paires de représentants des employeurs et de délégués des salariés (syndicalistes ou non) pour les guider dans la mise en œuvre de leur comité d’entreprise. Ce volet contenait un guide de bonne pratique et une session sur l’approche de résolution de problème. Cette formation fut organisée en coopération avec la Confédération générale des entreprises du Maroc et deux sessions particulières furent préparées à l’intention des membres du comité d’entreprise de la Caisse de dépôt et de gestion ainsi qu’aux membres des comités d’établissement de l’Office national des chemins de fer.
La communication expose la méthode pédagogique retenue et l’appréciation de cette formation par les participants. Elle en reprend le contexte institutionnel dans lequel se sont inscrits la conception et les objectifs poursuivis, les fondements théoriques des contenus ainsi que les instruments pédagogiques utilisés, tels que remue-méninges, simulation et jeux de rôle et analyse de problème à partir d’étude de cas. Des données relatives à la participation et à l’évaluation de la formation sont aussi présentées.

Arnaud STIMEC: Les négociations ordinaires et leur impact sur la santé au travail
Dans une première partie, notre propos est de réfléchir à la nature et à l’enjeu des négociations ordinaires. Il s’agira d’en faire un inventaire assez large sans se limiter à un champ donné. Nous chercherons ensuite à définir différentes strates des négociations ordinaires aux négociations extraordinaires. Nous pourrons notamment faire apparaître que la littérature s’appuie davantage sur des négociations qui sont pratiquées par une minorité d’individus. Or, si les négociations ordinaires représentent souvent de petits enjeux, prises isolément, leur agrégation renvoie à des effets macro conséquents. Nous poursuivrons dans une deuxième partie en nous appuyant sur du matériau de recherche centré sur le travail en milieu industriel ou sanitaire et social. Nous pourrons ainsi illustrer à travers la santé au travail, l’un des effets d’agrégation des négociations ordinaires.

Christian THUDEROZ: Régimes et registres de négociation
L’activité de négociation est souvent classée selon ses domaines d’application (négociation diplomatique, d’affaires, interpersonnelle, collective, etc.), selon sa nature (distributive ou intégrative ; traditionnelle ou "interest-based", etc.), ou encore selon sa visée (négociation-projet, négociation-manifestation, négociation-contrat, etc.). Nous proposons ici, quel que soit le domaine, la nature ou la visée, de la considérer d’une toute autre façon: par rapport au sujet qui l’engage, en relation avec des autrui qui, tous, sont aussi des soi en relation avec des autrui...
Nous appuyant sur les travaux, notamment, de Georges H. Mead, de Michaël Walser et de Paul Ricoeur, nous identifierons ainsi trois registres du négocié: 1) avec soi-même (négociation intime, principe d’accommodation), 2) avec autrui (négociation décisionnelle, principe d’entente) et 3) avec un "Autrui généralisé" — ou "dans la Cité" (négociation d’affirmation, principe de transgression). Nous distinguerons, ce faisant, trois régimes de négociation, selon l’intensité du travail de négociation mis en œuvre (soit un travail de qualification, d’argumentation, de simplification / complexification, de singularisation / universalisation, de recherche de symétrie, de cadrage / débordement). Nous les nommons: 1) régime de composition, ou d’ajustement, 2) régime de négociation, et 3) régime de transgression.

Hubert TOUZARD: Acquis et perspectives de recherche sur la négociation du point de vue de la psychologie sociale
Un rapide survol du cheminement de la recherche sur la négociation en psychologie sociale pointera la difficulté que les chercheurs ont éprouvé à se libérer de l’emprise de la théorie des jeux. Il a fallu attendre la fin des années 1970 pour que cet affranchissement se réalise à travers un renouvellement de la méthodologie de recherche (retour à l’observation, à l’enquête, abandon des jeux expérimentaux au profit de simulations expérimentales) et un renouvellement des problématiques (analyse des processus en jeu, de la dimension intégrative, mise en relation des facteurs de contexte avec les processus). La deuxième partie de l’exposé résumera de façon synthétique les acquis actuels et énoncera les approfondissements nécessaires à la recherche dans les années qui viennent: rôle des différents types de pouvoir, rôle du genre, rôle des variables culturelles, mise en interaction de ces variables, meilleure articulation des trois méthodes dont dispose la psychologie sociale (observation, enquête, expérimentation).au sein d’un même projet de recherche.

Elisabeth VOLCKRICK: La question du tiers dans la négociation, aujourd'hui
Si la négociation, comme forme spécifique d’interaction, n’implique pas nécessairement la présence d’un tiers au sens d’une tierce personne, elle ne peut pour autant se passer de tiers. La négociation témoigne, en effet, de la présence d’une extériorité structurante dans les situations de co-présence. Cette extériorité prend de multiples figures et dimensions qui, entre autres, influent sur les processus de négociation. Elles méritent une attention particulière car elles ne sont pas sans incidence sur l’issue de la négociation et sur l’effet qu’elle peut avoir sur les interactions.

Nathalie ZACCAÏ-REYNERS: La décence au cœur de l'hospitalité institutionnelle: une lecture en termes de négociation
Quelles sont les ressources morales susceptibles de soutenir un engagement décent des protagonistes dans des lieux de vie semi-publics, semi-privés? Les règles de droit, les chartes éthiques, les codes de déontologie proposent autant de guides qui ne semblent toutefois pas toucher le cœur des relations de soin. D’un autre côté, l’identification empathique auquel il est parfois fait appel ouvre à d’autres difficultés. Notre enquête, située dans le cadre de maisons de repos et de retraite, vise à cerner un troisième niveau de ressources, davantage ancré dans les dispositifs institutionnels eux-mêmes (ni règles juridiques, ni engagements individuels). Quelle peut être la fécondité d’approches interactionnistes et pragmatistes de la négociation pour appréhender ce type des ressources normatives dans ces contextes réunissant des acteurs qui ne se sont pas choisis et qui, pris dans des logiques largement distinctes, sont néanmoins contraints d’interagir?

William ZARTMAN: Gouverner, c'est négocier: systèmes de négociation internationale
Le monde actuel est en train de tisser des rapports de plus en plus harmonisant et entravant a la fois. Cet aspect de la mondialisation prend la forme de régimes internationaux destinés à règler des activités humaines par le développement d’un "droit mou" qui est le droit international. Mais ces régimes ne représentent pas un système permanent de lois qui exigent une obéissance des peuples à travers leurs États. Ils constituent plutôt des instances de négociations répétées pour établir un système de gouvernance mondiale. Ces négociations verticales, liant ensemble des populations et leurs gouvernements négociateurs, s’étendent horizontalement de sujet en sujet pour couvrir de plus en plus d’activités. Evidemment on est loin d’un gouvernement et de législations mondiales, mais par la même occasion on est en train de voir la création de principes, de normes, de réglements, de procédures et d’attentes régularisées a travers (ou plutôt autour, car le monde n’est pas plat) du monde. Le moyen, c’est la négociation, dont le processus et les implications méritent notre attention.


Avec le soutien de l’ESSEC et de l’INSA de Lyon






COLLOQUE PUBLIÉ DANS LA REVUE NÉGOCIATIONS — EDITIONS DE BOECK, 2009



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