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" Page mise à jour le 15 septembre 2008 "



DU MERCREDI 10 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 14 SEPTEMBRE (14 H) 2008



LES NOBLESSES NORMANDES

(FIN XVe - XIXe SIÈCLES)


DIRECTION : Ariane BOLTANSKI, Alain HUGON

ARGUMENT :

Sous l’Ancien Régime, la noblesse normande est abondante et souvent populeuse, avec néanmoins de fortes disparités géographiques entre la Normandie occidentale et la Normandie orientale, mais aussi d’importants contrastes sociaux puisque les élites aristocratiques ne côtoient que rarement la plèbe nobiliaire, bien souvent mise à mal économiquement. De ce fait, on doit parler au pluriel des noblesses normandes, d’autant que les particularités régionales ou locales, économiques ou politiques, sont nombreuses durant les trois siècles qui précèdent la Révolution.

A l’intérieur de la Province, des pratiques divergentes coexistent, au moins pour les modes de transmission des patrimoines et pour la reproduction des lignages, et elles entraînent des conséquences sur les pratiques matrimoniales et familiales, destinées à pérenniser les lignages. L’étude des droits et des privilèges nobiliaires, de la représentation de l’ordre, des fonctions occupées — en assemblée, au village, ou en ville — offrent de passionnantes clés de lecture pour comprendre la diversité des positions et des activités des noblesses normandes.

Au cours de ces journées d’études, la confrontation des recherches historiques permettra de montrer cette variété de situations dans les groupes nobiliaires (effectifs, implantations géographiques, densités…) et l'on traitera des questions juridiques car la Normandie se distingue par sa coutume, qui influence les genres de vies.  

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 10 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 11 septembre
Matin:
Etat des recherches: le fait nobiliaire en Normandie
Laurent BOURQUIN: La noblesse française à l'époque moderne: historiographie et état de la question
Jean-Marie CONSTANT: Les structures sociales et culturelles de la noblesse de Normandie sont-elles originales? L'exemple de la généralité d'Alençon au XVIIème siècle
Sophie POIREY: Approches de la noblesse à travers la coutume de Normandie
John DICKINSON: L’utilisation de la justice par la noblesse: le bailliage de Falaise, 1685-1755

Après-midi:
Séance publique aux Archives Départementales de la Manche à Saint-lô
Noblesses engagées, noblesses protestantes et noblesses dissidentes
Olivier CHALINE: Le rôle du Parlement de Rouen dans le renouvellement des noblesses normandes (de la fin du XVIème siècle à la Révolution)
Isabelle LE TOUZÉ: La Basse-Normandie, théâtre de la confrontation pendant les Guerres de religion: l'affrontement Montgomery/Matignon (1560-1570)
Luc DAIREAUX: Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIème siècle: essai de géographie des cultes de fief
Didier BOISSON: Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIIème siècle: la résistance d'une minorité sociale et religieuse


Vendredi 12 septembre
Matin:
Mobilités nobiliaires et frontières sociales
Olivier TRÉHET: La noblesse du Cotentin aux armées sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV
Nicolas LE ROUX: Pouvoir royal, société de cour et noblesse provinciale: la Normandie au temps d'Henri III
Michel AUMONT: La guerre de course, un tremplin vers la noblesse au XVIIIème siècle? Etude du cas de Granville au XVIIème et XVIIIème siècle
Antoine FOLLAIN: Le noble: un problème de taille pour les communautés d'habitants en Normandie du XVIème au XVIIIème siècle

Après-midi:
Culture de la noblesse, noblesse de la culture
Etienne LAMBERT: Compères, commères: transmissions familiales et comportements sociaux au travers du parrainage des enfants de la noblesse bas normande au XVIIIème siècle
Jean-Pierre LETHUILLIER: La noblesse et ses prénoms en Basse-Normandie, XVIIème-XVIIIème siècle
Christiane HUET: Noblesse et espaces urbains au siècle des Lumières. Etude à partir des villes de Valognes, Coutances et Bayeux
Eric SAUNIER: La Loge maçonnique en Normandie, reflet des rapports de force et des tensions nobiliaires au temps des Lumières


Samedi 13 septembre
Matin:
Noblesse et patrimoine: des relations difficiles
Bernard BODINIER: Où en est le patrimoine nobiliaire en Normandie à la veille de la Révolution?
Laurent LEMARCHAND: Noblesse normande ou noblesse française? La noblesse de Rouen face à la crise des Etats généraux, 1788-1789
Etienne PAISNEL: Au XIXème siècle, une noblesse régénérée

Après-midi:
Excursion au Château de Pont-Rilly puis visite à Valognes du « Versailles normand » et de la bibliothèque des incunables


Dimanche 14 septembre
Matin:
Conclusions
Jonathan DEWALD: Régime seigneurial en région avancée: essai d'un bilan
Michel NASSIET: Les structures sociales des noblesses normande et bretonne à l'époque moderne
Ariane BOLTANSKI: Bilan et perspectives de recherches sur l'histoire des noblesses à partir du cas normand

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Michel AUMONT: La guerre de course, un tremplin vers la noblesse au XVIIIème siècle? Etude du cas de Granville au XVIIème et XVIIIème siècle
A partir du règne de Louis XIV, les voies d’anoblissement en France passent très majoritairement par l’argent. Pour devenir nobles, certains achètent des charges, tandis que d’autres tentent d’y parvenir en payant par leurs exploits. La guerre de course constitue pour les armateurs et les capitaines une entreprise où l’audace peut s’avérer lucrative. Du moins l’espéraient-ils. Au-delà toutefois de cet argument économique, l’espoir d’en retirer gloire et honneurs constituait une motivation tout aussi importante. En s’illustrant par leurs exploits, ils espéraient accéder à cet anoblissement qui constituait assurément la récompense suprême. Comme d’autres ports, Granville pratiqua la guerre de course, de façon intense, à chaque conflit depuis la guerre de la Ligue d’Augsbourg jusqu’en 1811. La ville connut ses heures de gloire et ses héros. Nicolas Deslandes, armateur, François Léonor Couraye du Parc, fils d’armateur, furent ainsi anoblis. Beaubriand-Lévesque, corsaire du roi, et Pléville Le Pelley, vice-amiral et ministre de la Marine, ne le furent pas. A vrai dire, peu d’hommes obtinrent l’anoblissement. Après une réflexion rapide sur les rapports entre la noblesse et la guerre de course, l’on s’efforcera de montrer, à l’aide d’une étude de quelques cas, les efforts consentis par les armateurs et les capitaines corsaires pour accéder à cet anoblissement. Pourquoi certains y parvinrent et d’autres non?

Bernard BODINIER: Où en est le patrimoine nobiliaire en Normandie à la veille de la Révolution?
Sous l’Ancien Régime, la noblesse est traditionnellement considérée comme un grand propriétaire foncier qui ajoute des revenus seigneuriaux à ceux de ses terres. La Révolution en confisquant les biens des émigrés, souvent nobles, et en les vendant aurait précipité la chute du deuxième ordre du royaume. Mais quelle était sa situation dans ce domaine avant la tourmente révolutionnaire? Pour le savoir, on peut utiliser deux sources prioritaires, d’une part les vingtièmes fonciers (série C des archives départementales), d’autre part les registres de formalité (série II C). Les premiers permettent de dresser un état, au moins relatif, de la propriété foncière des différentes catégories sociales dans les années 1760-1780. Les seconds de mesurer l’évolution de celle-ci à partir des actes de ventes et d’achats. Il se trouve que les archives départementales de l’Eure sont particulièrement bien fournies de ces deux types de dossiers. Je me propose donc de faire le point sur la situation du patrimoine nobiliaire, non pas de façon exhaustive, mais en prenant des exemples dans plusieurs régions du département: le Pays d’Ouche, le Vexin normand, le Lieuvin, la plaine de Saint-André ou encore la région de Louviers, chacun de ces pays présentant des caractéristiques différentes dans de nombreux domaines.

Didier BOISSON: Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIIème siècle: la résistance d'une minorité sociale et religieuse
L’originalité de la noblesse protestante en Normandie au XVIIIème siècle est qu’une partie de ses membres demeure fidèle à sa foi et ne se convertit pas au catholicisme après la Révocation de l’édit de Nantes, alors que dans de nombreuses autres provinces du royaume, en particulier dans le nord de la France, ce n’est pas le cas. Cette résistance de la noblesse protestante se caractérise par la réunion d’assemblées religieuses particulières, ces familles refusant le plus souvent de participer aux réunions plus populaires. Cependant, de nombreuses familles doivent subir des persécutions, en particulier l’enlèvement d’enfants. Ceux-ci sont généralement élevés dans des couvents. Cette étude portera surtout sur la généralité d’Alençon.

Laurent BOURQUIN: La noblesse française à l'époque moderne: historiographie et état de la question
Depuis une trentaine d’années, l’histoire de la noblesse a été profondément renouvelée. Des monographies régionales ont permis de préciser sa place dans le tissu social de la France moderne. Les études biographiques ou familiales ont exploré les liens de fidélité, les finances et les réseaux politiques des aristocrates. Les historiens de l’économie ont mis l’accent sur le rôle décisif de la noblesse dans le développement de certains secteurs. La culture nobiliaire a été l’objet d’un soin tout particulier, parce qu’elle ouvrait à la fois sur l’histoire de l’éducation, des comportements ou de la culture curiale. Par le biais des recherches sur la noblesse, nous avons donc considérablement enrichi notre connaissance de l’Ancien Régime. Cette communication vise à mettre en évidence les grandes lignes de cette évolution historiographique, afin de remettre en perspective les travaux sur la noblesse normande que nous entendrons au cours du colloque.

Référence Bibliographique :

Laurent Bourquin, La noblesse dans la France moderne, Paris, Belin, 2002.


Olivier CHALINE: Le rôle du Parlement de Rouen dans le renouvellement des noblesses normandes (de la fin du XVIème siècle à la Révolution)
Mon propos sera d'envisager comment la principale cour souveraine de la province a à la fois attiré des familles, judiciaires ou non, et contribué à l'anoblissement d'un nombre non-négligeable de lignages issus de divers endroits de Normandie.

Jean-Marie CONSTANT: Les structures sociales et culturelles de la noblesse de Normandie sont-elles originales? L'exemple de la généralité d'Alençon au XVIIème siècle
Une première originalité de la noblesse normande réside dans la densité des lignages nobles, qui est la plus forte de France. Ce caractère se combine avec une mobilité sociale forte et un nombre d’anoblis important. La noblesse normande est très engagée pendant les guerres de religion et la Fronde. Alors qu’ils sont peu nombreux dans les rangs de la Ligue, les nobles normands sont très royalistes et fidèles au Roi. Pendant la première moitié du XVIIème siècle et pendant la Fronde, on les rencontre peu dans la clientèle de Gaston d’Orléans mais souvent dans celle du Duc de Longueville dont les positions ne sont pas très anti-absolutistes, mais expriment un rejet de la politique de Mazarin. Néanmoins les gentilshommes normands participent à l’assemblée de noblesse de 1651 (ils représentent 19% des présents), au mouvement des bailliages unis de 1652 et à la révolte de 1658-59. Avec les nobles de Picardie, de l’Orléanais et du Centre Ouest, ils forment le noyau d’une contestation qui vise à obtenir la réunion des Etats généraux et la tenue régulière d’assemblées de noblesse.

Références Bibliographiques :

Jean Marie Constant, La vie quotidienne de la noblesse française aux XVIème et XVIIème siècles, Paris, Hachette, 1984 et 1996.
La noblesse en liberté, XVIème-XVIIème, (sélection d’articles concernant la noblesse de 1972 à 2004), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.
L’identité nobiliaire. Dix siècles de métamorphoses, XIème-XIXème siècles, livre collectif sous la direction de Jean Marie Constant, Publication du LHAMANS (Laboratoire d’histoire anthropologique du Mans), Le Mans, Université du Maine, 1998, 361 pages.


Luc DAIREAUX: Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIème siècle: essai de géographie des cultes de fief
Au XVIIème siècle, les protestants disposent d’une liberté de conscience pleine et entière, mais jouissent d’une liberté de culte conditionnelle, définie strictement par l’édit de Nantes dans ses articles 7 à 11. Les seigneurs de la "Religion prétendue réformée" ont notamment la possibilité, moyennant certaines restrictions, d’abriter à leur domicile un exercice de culte. La présente communication se propose de brosser un tableau des cultes dits de fief attestés en Normandie au XVIIème siècle. Si la géographie des cultes publics (dits de bailliage et de possession) autorisés par le pouvoir royal est bien connue, celle des cultes privés l’est beaucoup moins. Restituer, malgré la pauvreté des documents disponibles, cette géographie oubliée peut permettre de comprendre le rôle majeur qu’occupe la noblesse dans le maintien du protestantisme et de ses Églises tout au long du siècle, y compris sous le règne de Louis XIV, au moment où la logique de "réduction" prend le pas sur celle de la conciliation.

Jonathan DEWALD: Régime seigneurial en région avancée: essai d'un bilan
Quelles ont été les conséquences du régime seigneurial pour la société française? Question d'une importance évidente, autant pour l'histoire politique et culturelle que pour celle de l'économie ; si les révolutionnaires de 1789 ont tant fait pour effacer même les symboles de la seigneurie, c'est bien parce que l'institution concernait plus que des calculs d'ordre financier. En réponse à cette question, la tradition de recherche descendue de Marc Bloch — et qui a constitué un paradigme dominant dans les années 1970 — a souligné les rapports entre système seigneurial et capitalisme agraire. Sous des apparences médiévales, leurs pouvoirs seigneuriaux permettaient aux grands propriétaires d'arrondir leurs domaines, donc d'établir ces grosses fermes qui deviendraient les fondations d'une éventuelle révolution agricole. Mais trente ans après l'apparition du grand ouvrage collectif Histoire de la France rurale, il peut être utile de revisiter ces questions. Une génération de recherches a proposé de nouveaux points de vue sur nobles et villageois ; et les historiens ont acquis une nouvelle compréhension de la complexité des rapports ruraux. Ce papier offre une synthèse de ces recherches, avec attention aux particuliarités de la société normande: c'est à dire, une société où la féodalité pesait moins fort qu'ailleurs, et où l'activité économique montrait un dymamisme plus grand.

John DICKINSON: L’utilisation de la justice par la noblesse: le bailliage de Falaise, 1685-1755
La justice d'Ancien régime est souvent perçue comme longue et coûteuse, surtout pour la noblesse qui, à l'instar de la comtesse de Pimbesche, ne pouvait vivre sans plaider. Mais ce stéréotype correspond-t-il à la réalité normande? Cette communication proposera une réflexion sur l'usage que fait la noblesse des procédures judiciaires civiles — types et durée des procès, fréquence des présences devant la justice, rapports sociaux révélés par les litiges. Les préoccupations des nobles ont-elles variées selon les époques? A partir de sondages effectués dans les registres du bailliage de Falaise pour les années 1685-1690, 1715-1720 et 1750-1755, il sera possible de mesurer le poids de la noblesse dans l'activité de cette juridiction.

Antoine FOLLAIN: Le noble: un problème de taille pour les communautés d'habitants en Normandie du XVIème au XVIIIème siècles
Nombreux dans les campagnes et parfois très présents dans les assemblées, mais de manière sélective, les petits nobles servent et desservent les communautés d'habitants. D'une part, leur participation aux affaires locales représente un appui pour les paysans, au moins celui du savoir, de l'entregent et peut-être une contribution pour réaliser certaines choses. De grands personnages ne sont pas non plus sans entretenir des relations avec les paysans, ne serait-ce que par des intermédiaires. Mais d'autre part, les communautés rurales sont un système de relations sociales qui, pour bien fonctionner, a besoin de développer des institutions cohérentes, de traiter globalement les affaires fiscales, civiles, religieuses, agricoles, et d'établir des relations permanentes et équilibrées. Or le noble pose un gros problème, et spécifiquement un problème de taille, en ce qu'il choisit les affaires locales qui l'intéressent. Il s'impose par exemple dans certaines assemblées et institutions, comme la confrérie paroissiale, mais il prend ses distances quant aux impositions. Une telle situation est bien sûr contrastée. Notre intention est de montrer divers aspects de ce problème, à partir de sources connues et de registres inédits des délibérations des communautés rurales.

Christiane HUET: Noblesse et espaces urbains au siècle des Lumières. Etude à partir des villes de Valognes, Coutances et Bayeux
Dans quelle mesure, au XVIIIème siècle, la noblesse a-t-elle contribué à l'évolution de l'urbanisme et au remodelage des petites cités normandes? Comment intègre-t-elle les idées nouvelles liées aux embellissements? A l'instar des villes plus importantes, réalise-t-elle de grandes opérations immobilières spéculatives, à partir d'achats de biens fonciers et de la destruction des remparts? Ces mutations ont-elles une incidence sur la répartition géographique de la noblesse, avant et après 1750? Nous tenterons de répondre à ces questions par des exemples provenant principalement des villes de Bayeux, de Valognes et de Coutances.

Etienne LAMBERT: Compères, commères: transmissions familiales et comportements sociaux au travers du parrainage des enfants de la noblesse bas normande au XVIIIème siècle
Cette communication s'interrogera sur la signification du choix des parrain et marraine d'un enfant, les stratégies familiales et sociales qu'il recouvre, dans le cadre de la noblesse des élections de Vire, Argentan, Domfront et Falaise au XVIIIème siècle. Nous verrons que les parrainages familiaux sinscrivent, dans leur structure, dans l'affirmation du lignage et de la continuité familiale, et que la Maison noble, élargissant aux domestiques la famille idéale, continue d'exister. Toutefois les parrainages révèlent aussi des stratégies d'intégration aux réseaux sociaux locaux, nobles du voisinage et notables urbains et ruraux, mais aussi pour certains ils sont un moyen d'approcher la haute noblesse parisienne versaillaise et de la faire savoir. Enfin le parrainage par les pauvres réflètent une des survivances de la piété tridentine par le biais d'une humilité revendiquée.

Laurent LEMARCHAND: Noblesse normande ou noblesse française? La noblesse de Rouen face à la crise des Etats généraux, 1788-1789
Rouen à la fin du XVIIIème siècle reste une des grandes places du négoce du royaume. Elle est en même temps capitale provinciale avec plusieurs cours souveraines. Sa noblesse est relativement riche et puissante, mais elle subit la pression d’une bourgeoisie active. En face des incertitudes de la politique royale vis-à-vis de la revendication de convocation des Etats généraux et de leur forme, le parlement de Normandie et, dans une moindre mesure, l’échevinage de la ville expriment ses positions. Comme dans d’autres bailliages, l’unité de l’ordre se brise provisoirement en avril 1789. Quels sont les facteurs de cette rupture, est-elle profonde et durable?

Nicolas LE ROUX: Pouvoir royal, société de cour et noblesse provinciale: la Normandie au temps d'Henri III
Il s’agit d’étudier l’implication de la noblesse normande dans le fonctionnement de l’Etat royal dans les années 1570 et 1580. On se concentrera sur les figures de courtisans ayant appartenu à l’entourage d’Henri III (Villequier, Saint-Luc, d’O…), tout en examinant le fonctionnement politique d’une province dont le gouvernement est largement remanié à cette époque. Alors qu’elle était confiée à trois lieutenants, la province est en effet attribuée à un seul gouverneur à partir de 1583, qui se trouve être l’un des favoris royaux, Anne de Joyeuse. La nomination de ce personnage étranger à la province provoque une réorganisation des relations avec la noblesse locale que les conflits religieux rendent d’autant plus difficile.

Jean-Pierre LETHUILLIER: La noblesse et ses prénoms en basse Normandie, XVIIème-XVIIIème siècle
Cette communication vise à étudier le comportement des nobles de basse Normandie (plus exactement, et pour l’essentiel, de l'actuel département du Calvados) du point de vue du choix des prénoms:
- leur longueur, puisque la noblesse est réputée avoir initié l'allongement des prénoms à partir du milieu du 17ème siècle;
- les répertoires dans lesquels ils sont choisis, qui se distinguent par un certain nombre de traits originaux et le refus, par exemple, de prénoms banals ailleurs (Jean notamment, prénom le plus employé aux 17ème et 18ème siècles).
Ces comportements seront analysés pour eux-mêmes et, dans la mesure du possible, distingués selon les différentes catégories de noblesse. Ils seront également mis en regard des pratiques observées dans d’autres provinces (Vexin, Limousin, etc.), et des quelques normes repérables dans la France du temps. Usages de la noblesse de cour, attitude de l’Eglise, propos tenus par quelques auteurs (La Bruyère, Jean-Baptiste Thiers, etc.) seront pris en compte. La question d’une spécificité normande sera posée. Les comportements prénominaux de la noblesse seront aussi étudiés en tant que modèles possibles pour les autres catégories sociales. L'existence d'un prénom aristocratique, reconnaissable, sera posée, étant entendu que le modèle est susceptible de retournement, devenant repoussoir pendant la Révolution et sa phase la plus aiguë, la Terreur.

Isabelle LE TOUZÉ: La Basse-Normandie, théâtre de la confrontation pendant les Guerres de religion: l'affrontement Montgomery/Matignon (1560-1570)
En Basse-Normandie, on assiste à un champ de forces confessionnelles contraires, avec une forte présence de réformés dans les rangs de la noblesse. La région est marquée par la présence de deux familles qui, sans appartenir aux "Grands de race immémoriale", ont poursuivi un destin à la fois national et local, de façon antagoniste l’un vis-à-vis de l’autre, les Guyon de Matignon et les Lorges, comte de Montgomery (surtout Gabriel de Montgomery, le régicide malgré lui converti au protestantisme). Tous deux sont capables de "drainer" l’ensemble de la noblesse bas-normande autour d’une clientèle solide. La décennie 1560 constitue un moment de crispation particulièrement tendu car les réseaux nobiliaires se cristallisent autour de ces forces dominantes et contraires. Ainsi la région bas-normande fait figure (souvent certes de façon amortie) de caisse de résonance du conflit civil qui affecte durement le Royaume. La région est donc le théâtre d’un vif affrontement, notamment entre 1562 et 1574. Cette période est ponctuée de trêves assez brèves, consécutives aux Edits de Pacification de 1563 ou de 1570, et de nouveaux déferlements de violence. En revanche la région ne connaît pas de déferlement de haine au moment de "la Saint-Barthélemy" en août 1572, contrairement à Rouen, probablement grâce à l’instance de contrôle que constitue Matignon qui parvient à maintenir l’ordre et la paix. Il s’agit ici de comprendre comment une poignée de nobles soudés par la foi et l’amitié ont réussi à drainer autour d’eux une véritable dynamique, imposant pour quelques années leur loi sur cette région du bocage par la terreur. Après l’arrestation par ses soins et l’exécution à Paris du chef local du camp réformé, Montgomery, suite au siège de Domfront de 1574, la résistance huguenote semble décimée pour quelque temps. L’année 1574 marque la date de la mort des principaux chefs du protestantisme localement. Gabriel de Montgomery, d’une part, est capturé à Domfront en mai 1574; il meurt quelques temps plus tard exécuté en Place de Grève. Bricqueville, baron de Colombières d’autre part, meurt sur la brèche, quelques jours après, à Saint-Lô. Leurs descendants continuent le combat jusqu’à la fin des hostilités, mais avec moins de panache.

Michel NASSIET: Les structures sociales des noblesses normande et bretonne à l'époque moderne
On tentera dans cette communication de comparer les noblesses normande et bretonne dans leurs structures, à partir des rôles de l’arrière-ban au XVIème siècle, et des rôles de capitation au XVIIIème. Les noblesses de Normandie et de Bretagne avaient en commun trois caractères qui étaient liés: les densités de populations les plus élevées du royaume, une forte proportion aux niveaux de la petite noblesse et de la plèbe nobiliaire, enfin une faible part de familles établissant un fils dans l’armée, homme d’armes d’une compagnie d’ordonnance au XVIème siècle, ou officier d’infanterie au XVIIIème, époque à laquelle certains ont même servi comme simples soldats. Contrairement à la situation du XVème siècle, au XVIIIème siècle la noblesse normande était devenue la plus nombreuse, tout en étant un peu plus urbanisée que sa voisine. A en juger par sa forte présence d’emblée à l’école de Saint-Cyr, il semble enfin que la noblesse normande ait été plus étroitement intégrée aux structures royales.

Etienne PAISNEL: Au XIXème siècle, une noblesse régénérée
La noblesse, en France et en Normandie, est un sujet souvent développé pour l’Ancien Régime. Il est plus difficile de comprendre la noblesse après 1800 car elle est abolie au cours des événements révolutionnaires. Pourtant, son abolition définitive n’est que l’œuvre de la Troisième République. Afin de mieux cerner les évolutions du second ordre après les événements révolutionnaires, nous avons décidé d’organiser notre étude sur quatre champs. Il nous semblait pertinent de décomposer la structure sociale autour des aspects démographiques, économiques, politiques et culturels. Dans ce sens, nous espérons atteindre toutes les nuances que revêt la noblesse au XIXème siècle. Nous souhaitions ainsi nous démarquer des études précédentes. En effet, il était essentiel pour nous de ne pas considérer seulement une partie de la noblesse normande. Nous désirions observer chacune des stratifications sociales internes au groupe. Car il est important de rappeler que la noblesse est surtout faite de diversité.

Sophie POIREY: Approches de la noblesse à travers la coutume de Normandie
Si elle ne consacre pas ou peu de dispositions spécifiques à la noblesse, une approche transversale de la coutume de Normandie montre, cependant, que cette dernière ne méconnaît pas les privilèges dus au deuxième ordre du Royaume et qu’elle en tire des conséquences juridiques tant sur les plans publics que privés.

Eric SAUNIER: La Loge maçonnique en Normandie, reflet des rapports de force et des tensions nobiliaires au temps des Lumières
De l’apparition vers 1740 du premier cercle maçonnique rassemblé près de Falaise autour des Sérant de saint-Loup jusqu’au déclenchement de la Révolution française, ce sont près de 500 nobles qui furent initiés à l’Art Royal dans la province de Normandie. Dans ce contexte d’engouement, l’étude des comportements adoptés par la noblesse initiée revêt deux intérêts principaux, lesquels constituent les axes de l’intervention que nous proposons. Dans une  province caractérisée par le fort contraste socio-économique opposant la Normandie séquanienne et la Normandie occidentale, l’intérêt de l’étude réside en premier lieu dans la possibilité qu’elle nous donne, en raison du poids fort variable qu’occupent les groupes nobiliaires dans les villes maçonniques, de saisir la variété des rapports de force inhérents aux élites à la veille de la Révolution. Toutefois, au-delà de ce phénomène, l’étude révèle également que la Loge fut aussi, en raison de pratiques sociales et de stratégies de domination communes à celui-ci, le lieu mal connu où reflétant les tensions qui affectaient le second ordre du royaume.

Olivier TRÉHET: La noblesse du Cotentin aux armées sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV
Dans quelle mesure les sources nous permettent-elles d'envisager la question? Une tentative d'évaluation chiffrée de la noblesse engagée dans les armées s'impose avant tout. L'engagement: pourquoi? Avec qui? Dans quel régiment? Dans la "Royale"? Autant de questions pour lesquelles une approche prosopographique (entre autres) permet d'avancer une réponse. Enfin, servir dans les armées du roi est-ce perçu comme un idéal, un devoir envers son roi, ou un "certificat de noblesse"? La réponse à cette question nous permet en même temps de saisir le regard des gentilshommes sur l'état de noblesse.


Avec le soutien des Universités de Caen (OUEN, CRHQ), Rouen (GHRIS), Le Havre (CIRTAI) et du CERHIO,
ainsi que des Archives départementales de la Manche, de la DRAC,
du Conseil régional de Basse-Normandie et du Conseil général de la Manche



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