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jour le 15 septembre 2008 "
DU MERCREDI 10 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 14 SEPTEMBRE
(14 H) 2008
LES NOBLESSES NORMANDES
(FIN XVe -
XIXe SIÈCLES)
DIRECTION : Ariane BOLTANSKI, Alain HUGON
ARGUMENT :
Sous l’Ancien Régime,
la noblesse normande est abondante et souvent populeuse,
avec néanmoins de fortes disparités géographiques
entre la Normandie occidentale et la Normandie orientale,
mais aussi d’importants contrastes sociaux puisque les élites
aristocratiques ne côtoient que rarement la plèbe
nobiliaire, bien souvent mise à mal économiquement.
De ce fait, on doit parler au pluriel des noblesses normandes,
d’autant que les particularités régionales ou
locales, économiques ou politiques, sont nombreuses durant
les trois siècles qui précèdent la Révolution.
A l’intérieur de la Province,
des pratiques divergentes coexistent, au moins pour
les modes de transmission des patrimoines et pour la reproduction
des lignages, et elles entraînent des conséquences
sur les pratiques matrimoniales et familiales, destinées
à pérenniser les lignages. L’étude des
droits et des privilèges nobiliaires, de la représentation
de l’ordre, des fonctions occupées — en assemblée,
au village, ou en ville — offrent de passionnantes clés
de lecture pour comprendre la diversité des positions
et des activités des noblesses normandes.
Au cours de ces journées
d’études, la confrontation des recherches historiques
permettra de montrer cette variété de situations
dans les groupes nobiliaires (effectifs, implantations géographiques,
densités…) et l'on traitera des questions juridiques
car la Normandie se distingue par sa coutume, qui influence
les genres de vies.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 10 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Jeudi 11 septembre
Matin:
Etat des recherches: le fait nobiliaire en Normandie
Laurent BOURQUIN:
La noblesse française à l'époque moderne: historiographie
et état de la question
Jean-Marie CONSTANT:
Les structures sociales et culturelles de la noblesse de Normandie
sont-elles originales? L'exemple de la généralité
d'Alençon au XVIIème siècle
Sophie POIREY: Approches
de la noblesse à travers la coutume de Normandie
John DICKINSON: L’utilisation
de la justice par la noblesse: le bailliage de Falaise, 1685-1755
Après-midi:
Séance publique aux Archives Départementales
de la Manche à Saint-lô
Noblesses engagées, noblesses protestantes et noblesses
dissidentes
Olivier CHALINE:
Le rôle du Parlement de Rouen dans le renouvellement des noblesses
normandes (de la fin du XVIème siècle à la Révolution)
Isabelle LE TOUZÉ:
La Basse-Normandie, théâtre de la confrontation pendant
les Guerres de religion: l'affrontement Montgomery/Matignon (1560-1570)
Luc DAIREAUX: Noblesse et
protestantisme en Normandie au XVIIème siècle:
essai de géographie des cultes de fief
Didier BOISSON: Noblesse
et protestantisme en Normandie au XVIIIème siècle:
la résistance d'une minorité sociale et religieuse
Vendredi 12 septembre
Matin:
Mobilités nobiliaires et frontières sociales
Olivier TRÉHET:
La noblesse du Cotentin aux armées sous les règnes de Louis
XIII et Louis XIV
Nicolas LE ROUX: Pouvoir
royal, société de cour et noblesse provinciale:
la Normandie au temps d'Henri III
Michel AUMONT: La guerre de
course, un tremplin vers la noblesse au XVIIIème siècle?
Etude du cas de Granville au XVIIème et XVIIIème siècle
Antoine FOLLAIN: Le noble:
un problème de taille pour les communautés d'habitants
en Normandie du XVIème au XVIIIème siècle
Après-midi:
Culture de la noblesse, noblesse de la culture
Etienne LAMBERT:
Compères, commères: transmissions familiales et comportements
sociaux au travers du parrainage des enfants de la noblesse bas
normande au XVIIIème siècle
Jean-Pierre LETHUILLIER:
La noblesse et ses prénoms en Basse-Normandie, XVIIème-XVIIIème
siècle
Christiane HUET: Noblesse
et espaces urbains au siècle des Lumières. Etude à
partir des villes de Valognes, Coutances et Bayeux
Eric SAUNIER: La Loge maçonnique
en Normandie, reflet des rapports de force et des tensions nobiliaires
au temps des Lumières
Samedi 13 septembre
Matin:
Noblesse et patrimoine: des relations difficiles
Bernard BODINIER:
Où en est le patrimoine nobiliaire en Normandie à la veille
de la Révolution?
Laurent LEMARCHAND:
Noblesse normande ou noblesse française? La noblesse de Rouen face
à la crise des Etats généraux, 1788-1789
Etienne PAISNEL: Au XIXème
siècle, une noblesse régénérée
Après-midi:
Excursion au Château de Pont-Rilly puis visite à
Valognes du « Versailles normand » et de la bibliothèque
des incunables
Dimanche 14 septembre
Matin:
Conclusions
Jonathan DEWALD:
Régime seigneurial en région avancée: essai d'un
bilan
Michel NASSIET: Les structures
sociales des noblesses normande et bretonne à l'époque
moderne
Ariane BOLTANSKI: Bilan et perspectives de recherches
sur l'histoire des noblesses à partir du cas normand
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Michel
AUMONT: La guerre de course, un tremplin vers la noblesse
au XVIIIème siècle? Etude du cas de Granville au XVIIème
et XVIIIème siècle
A partir du règne de Louis
XIV, les voies d’anoblissement en France passent très
majoritairement par l’argent. Pour devenir nobles, certains
achètent des charges, tandis que d’autres tentent d’y parvenir
en payant par leurs exploits. La guerre de course constitue pour
les armateurs et les capitaines une entreprise où l’audace
peut s’avérer lucrative. Du moins l’espéraient-ils.
Au-delà toutefois de cet argument économique, l’espoir
d’en retirer gloire et honneurs constituait une motivation tout
aussi importante. En s’illustrant par leurs exploits, ils espéraient
accéder à cet anoblissement qui constituait assurément
la récompense suprême. Comme d’autres ports, Granville
pratiqua la guerre de course, de façon intense, à
chaque conflit depuis la guerre de la Ligue d’Augsbourg jusqu’en
1811. La ville connut ses heures de gloire et ses héros. Nicolas
Deslandes, armateur, François Léonor Couraye du Parc,
fils d’armateur, furent ainsi anoblis. Beaubriand-Lévesque,
corsaire du roi, et Pléville Le Pelley, vice-amiral et
ministre de la Marine, ne le furent pas. A vrai dire, peu d’hommes
obtinrent l’anoblissement. Après une réflexion
rapide sur les rapports entre la noblesse et la guerre de course,
l’on s’efforcera de montrer, à l’aide d’une étude de
quelques cas, les efforts consentis par les armateurs et les capitaines
corsaires pour accéder à cet anoblissement. Pourquoi
certains y parvinrent et d’autres non?
Bernard
BODINIER: Où en est le patrimoine nobiliaire en Normandie
à la veille de la Révolution?
Sous l’Ancien Régime, la noblesse
est traditionnellement considérée comme un grand
propriétaire foncier qui ajoute des revenus seigneuriaux
à ceux de ses terres. La Révolution en confisquant
les biens des émigrés, souvent nobles, et en les
vendant aurait précipité la chute du deuxième
ordre du royaume. Mais quelle était sa situation dans ce
domaine avant la tourmente révolutionnaire? Pour le savoir,
on peut utiliser deux sources prioritaires, d’une part les vingtièmes
fonciers (série C des archives départementales), d’autre
part les registres de formalité (série II C). Les premiers
permettent de dresser un état, au moins relatif, de la propriété
foncière des différentes catégories sociales dans les
années 1760-1780. Les seconds de mesurer l’évolution
de celle-ci à partir des actes de ventes et d’achats. Il se
trouve que les archives départementales de l’Eure sont particulièrement
bien fournies de ces deux types de dossiers. Je me propose donc
de faire le point sur la situation du patrimoine nobiliaire, non
pas de façon exhaustive, mais en prenant des exemples dans
plusieurs régions du département: le Pays d’Ouche,
le Vexin normand, le Lieuvin, la plaine de Saint-André ou encore
la région de Louviers, chacun de ces pays présentant
des caractéristiques différentes dans de nombreux domaines.
Didier
BOISSON: Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIIème
siècle: la résistance d'une minorité
sociale et religieuse
L’originalité de la noblesse protestante
en Normandie au XVIIIème siècle est qu’une
partie de ses membres demeure fidèle à sa foi et
ne se convertit pas au catholicisme après la Révocation
de l’édit de Nantes, alors que dans de nombreuses autres
provinces du royaume, en particulier dans le nord de la France,
ce n’est pas le cas. Cette résistance de la noblesse protestante
se caractérise par la réunion d’assemblées religieuses
particulières, ces familles refusant le plus souvent de
participer aux réunions plus populaires. Cependant, de
nombreuses familles doivent subir des persécutions, en particulier
l’enlèvement d’enfants. Ceux-ci sont généralement
élevés dans des couvents. Cette étude portera
surtout sur la généralité d’Alençon.
Laurent
BOURQUIN: La noblesse française à l'époque
moderne: historiographie et état de la question
Depuis une trentaine d’années, l’histoire
de la noblesse a été profondément renouvelée.
Des monographies régionales ont permis de préciser
sa place dans le tissu social de la France moderne. Les études
biographiques ou familiales ont exploré les liens de fidélité,
les finances et les réseaux politiques des aristocrates.
Les historiens de l’économie ont mis l’accent sur le rôle
décisif de la noblesse dans le développement de certains
secteurs. La culture nobiliaire a été l’objet d’un
soin tout particulier, parce qu’elle ouvrait à la fois sur l’histoire
de l’éducation, des comportements ou de la culture curiale.
Par le biais des recherches sur la noblesse, nous avons donc considérablement
enrichi notre connaissance de l’Ancien Régime. Cette communication
vise à mettre en évidence les grandes lignes de cette
évolution historiographique, afin de remettre en perspective
les travaux sur la noblesse normande que nous entendrons au cours du
colloque.
Référence Bibliographique
:
Laurent Bourquin, La noblesse dans la
France moderne, Paris, Belin, 2002.
Olivier
CHALINE: Le rôle du Parlement de Rouen dans le renouvellement
des noblesses normandes (de la fin du XVIème siècle
à la Révolution)
Mon propos sera d'envisager comment la principale
cour souveraine de la province a à la fois attiré
des familles, judiciaires ou non, et contribué à
l'anoblissement d'un nombre non-négligeable de lignages issus
de divers endroits de Normandie.
Jean-Marie
CONSTANT: Les structures sociales et culturelles de
la noblesse de Normandie sont-elles originales? L'exemple de
la généralité d'Alençon au XVIIème
siècle
Une première originalité
de la noblesse normande réside dans la densité
des lignages nobles, qui est la plus forte de France. Ce caractère
se combine avec une mobilité sociale forte et un nombre d’anoblis
important. La noblesse normande est très engagée
pendant les guerres de religion et la Fronde. Alors qu’ils sont
peu nombreux dans les rangs de la Ligue, les nobles normands sont
très royalistes et fidèles au Roi. Pendant la première
moitié du XVIIème siècle et pendant la Fronde,
on les rencontre peu dans la clientèle de Gaston d’Orléans
mais souvent dans celle du Duc de Longueville dont les positions ne sont
pas très anti-absolutistes, mais expriment un rejet de la politique
de Mazarin. Néanmoins les gentilshommes normands participent à
l’assemblée de noblesse de 1651 (ils représentent 19% des
présents), au mouvement des bailliages unis de 1652 et à la
révolte de 1658-59. Avec les nobles de Picardie, de l’Orléanais
et du Centre Ouest, ils forment le noyau d’une contestation qui vise à
obtenir la réunion des Etats généraux et la tenue régulière
d’assemblées de noblesse.
Références
Bibliographiques :
Jean Marie Constant, La vie quotidienne
de la noblesse française aux XVIème et XVIIème
siècles, Paris, Hachette, 1984 et 1996.
La noblesse en liberté, XVIème-XVIIème,
(sélection d’articles concernant la noblesse de 1972
à 2004), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.
L’identité nobiliaire. Dix
siècles de métamorphoses, XIème-XIXème
siècles, livre collectif sous la direction de
Jean Marie Constant, Publication du LHAMANS (Laboratoire d’histoire
anthropologique du Mans), Le Mans, Université du Maine,
1998, 361 pages.
Luc DAIREAUX:
Noblesse et protestantisme en Normandie au XVIIème siècle:
essai de géographie des cultes de fief
Au XVIIème siècle, les protestants
disposent d’une liberté de conscience pleine et entière,
mais jouissent d’une liberté de culte conditionnelle, définie
strictement par l’édit de Nantes dans ses articles 7 à
11. Les seigneurs de la "Religion prétendue réformée"
ont notamment la possibilité, moyennant certaines restrictions,
d’abriter à leur domicile un exercice de culte. La présente
communication se propose de brosser un tableau des cultes dits de
fief attestés en Normandie au XVIIème siècle.
Si la géographie des cultes publics (dits de bailliage et de possession)
autorisés par le pouvoir royal est bien connue, celle des
cultes privés l’est beaucoup moins. Restituer, malgré
la pauvreté des documents disponibles, cette géographie
oubliée peut permettre de comprendre le rôle majeur qu’occupe
la noblesse dans le maintien du protestantisme et de ses Églises
tout au long du siècle, y compris sous le règne de Louis
XIV, au moment où la logique de "réduction" prend le pas
sur celle de la conciliation.
Jonathan
DEWALD: Régime seigneurial en région avancée:
essai d'un bilan
Quelles ont été les conséquences
du régime seigneurial pour la société
française? Question d'une importance évidente,
autant pour l'histoire politique et culturelle que pour celle de
l'économie ; si les révolutionnaires de 1789 ont tant
fait pour effacer même les symboles de la seigneurie, c'est
bien parce que l'institution concernait plus que des calculs d'ordre
financier. En réponse à cette question, la tradition
de recherche descendue de Marc Bloch — et qui a constitué un
paradigme dominant dans les années 1970 — a souligné
les rapports entre système seigneurial et capitalisme agraire.
Sous des apparences médiévales, leurs pouvoirs seigneuriaux
permettaient aux grands propriétaires d'arrondir leurs domaines,
donc d'établir ces grosses fermes qui deviendraient les fondations
d'une éventuelle révolution agricole. Mais trente ans
après l'apparition du grand ouvrage collectif Histoire de la
France rurale, il peut être utile de revisiter ces questions.
Une génération de recherches a proposé de nouveaux
points de vue sur nobles et villageois ; et les historiens ont acquis une
nouvelle compréhension de la complexité des rapports ruraux.
Ce papier offre une synthèse de ces recherches, avec attention
aux particuliarités de la société normande: c'est
à dire, une société où la féodalité
pesait moins fort qu'ailleurs, et où l'activité économique
montrait un dymamisme plus grand.
John DICKINSON:
L’utilisation de la justice par la noblesse: le bailliage de
Falaise, 1685-1755
La justice d'Ancien régime est souvent
perçue comme longue et coûteuse, surtout pour la
noblesse qui, à l'instar de la comtesse de Pimbesche, ne pouvait
vivre sans plaider. Mais ce stéréotype correspond-t-il
à la réalité normande? Cette communication proposera
une réflexion sur l'usage que fait la noblesse des procédures
judiciaires civiles — types et durée des procès,
fréquence des présences devant la justice, rapports
sociaux révélés par les litiges. Les préoccupations
des nobles ont-elles variées selon les époques?
A partir de sondages effectués dans les registres du bailliage
de Falaise pour les années 1685-1690, 1715-1720 et 1750-1755,
il sera possible de mesurer le poids de la noblesse dans l'activité
de cette juridiction.
Antoine FOLLAIN: Le
noble: un problème de taille pour les communautés d'habitants
en Normandie du XVIème au XVIIIème siècles
Nombreux dans les campagnes et parfois très présents
dans les assemblées, mais de manière sélective,
les petits nobles servent et desservent les communautés d'habitants.
D'une part, leur participation aux affaires locales représente
un appui pour les paysans, au moins celui du savoir, de l'entregent
et peut-être une contribution pour réaliser certaines choses.
De grands personnages ne sont pas non plus sans entretenir des relations
avec les paysans, ne serait-ce que par des intermédiaires. Mais
d'autre part, les communautés rurales sont un système
de relations sociales qui, pour bien fonctionner, a besoin de développer
des institutions cohérentes, de traiter globalement les affaires
fiscales, civiles, religieuses, agricoles, et d'établir des relations
permanentes et équilibrées. Or le noble pose un gros problème,
et spécifiquement un problème de taille, en ce qu'il choisit
les affaires locales qui l'intéressent. Il s'impose par exemple
dans certaines assemblées et institutions, comme la confrérie
paroissiale, mais il prend ses distances quant aux impositions. Une telle
situation est bien sûr contrastée. Notre intention est
de montrer divers aspects de ce problème, à partir de sources
connues et de registres inédits des délibérations
des communautés rurales.
Christiane HUET:
Noblesse et espaces urbains au siècle des Lumières.
Etude à partir des villes de Valognes, Coutances et Bayeux
Dans quelle mesure, au XVIIIème siècle,
la noblesse a-t-elle contribué à l'évolution
de l'urbanisme et au remodelage des petites cités normandes?
Comment intègre-t-elle les idées nouvelles liées
aux embellissements? A l'instar des villes plus importantes, réalise-t-elle
de grandes opérations immobilières spéculatives,
à partir d'achats de biens fonciers et de la destruction des
remparts? Ces mutations ont-elles une incidence sur la répartition
géographique de la noblesse, avant et après 1750? Nous
tenterons de répondre à ces questions par des exemples
provenant principalement des villes de Bayeux, de Valognes et de Coutances.
Etienne
LAMBERT: Compères, commères: transmissions familiales
et comportements sociaux au travers du parrainage des enfants
de la noblesse bas normande au XVIIIème siècle
Cette communication s'interrogera sur la signification
du choix des parrain et marraine d'un enfant, les stratégies
familiales et sociales qu'il recouvre, dans le cadre de la
noblesse des élections de Vire, Argentan, Domfront et
Falaise au XVIIIème siècle. Nous verrons que les
parrainages familiaux sinscrivent, dans leur structure, dans l'affirmation
du lignage et de la continuité familiale, et que la Maison
noble, élargissant aux domestiques la famille idéale,
continue d'exister. Toutefois les parrainages révèlent
aussi des stratégies d'intégration aux réseaux
sociaux locaux, nobles du voisinage et notables urbains et ruraux,
mais aussi pour certains ils sont un moyen d'approcher la haute noblesse
parisienne versaillaise et de la faire savoir. Enfin le parrainage
par les pauvres réflètent une des survivances de la
piété tridentine par le biais d'une humilité revendiquée.
Laurent LEMARCHAND:
Noblesse normande ou noblesse française? La noblesse de Rouen
face à la crise des Etats généraux, 1788-1789
Rouen à la fin du XVIIIème siècle
reste une des grandes places du négoce du royaume. Elle est
en même temps capitale provinciale avec plusieurs cours souveraines.
Sa noblesse est relativement riche et puissante, mais elle subit
la pression d’une bourgeoisie active. En face des incertitudes de
la politique royale vis-à-vis de la revendication de convocation
des Etats généraux et de leur forme, le parlement de
Normandie et, dans une moindre mesure, l’échevinage de la ville
expriment ses positions. Comme dans d’autres bailliages, l’unité
de l’ordre se brise provisoirement en avril 1789. Quels sont les facteurs
de cette rupture, est-elle profonde et durable?
Nicolas
LE ROUX: Pouvoir royal, société de cour et
noblesse provinciale: la Normandie au temps d'Henri III
Il s’agit d’étudier l’implication
de la noblesse normande dans le fonctionnement de l’Etat
royal dans les années 1570 et 1580. On se concentrera
sur les figures de courtisans ayant appartenu à l’entourage
d’Henri III (Villequier, Saint-Luc, d’O…), tout en examinant
le fonctionnement politique d’une province dont le gouvernement est
largement remanié à cette époque. Alors qu’elle
était confiée à trois lieutenants, la province
est en effet attribuée à un seul gouverneur à partir
de 1583, qui se trouve être l’un des favoris royaux, Anne de Joyeuse.
La nomination de ce personnage étranger à la province
provoque une réorganisation des relations avec la noblesse
locale que les conflits religieux rendent d’autant plus difficile.
Jean-Pierre LETHUILLIER:
La noblesse et ses prénoms en basse Normandie, XVIIème-XVIIIème
siècle
Cette communication vise à
étudier le comportement des nobles de basse Normandie
(plus exactement, et pour l’essentiel, de l'actuel département
du Calvados) du point de vue du choix des prénoms:
- leur longueur, puisque la noblesse
est réputée avoir initié l'allongement
des prénoms à partir du milieu du 17ème
siècle;
- les répertoires dans lesquels
ils sont choisis, qui se distinguent par un certain nombre
de traits originaux et le refus, par exemple, de prénoms
banals ailleurs (Jean notamment, prénom le plus employé
aux 17ème et 18ème siècles).
Ces comportements seront analysés
pour eux-mêmes et, dans la mesure du possible, distingués
selon les différentes catégories de noblesse.
Ils seront également mis en regard des pratiques observées
dans d’autres provinces (Vexin, Limousin, etc.), et des
quelques normes repérables dans la France du temps.
Usages de la noblesse de cour, attitude de l’Eglise, propos tenus
par quelques auteurs (La Bruyère, Jean-Baptiste Thiers,
etc.) seront pris en compte. La question d’une spécificité
normande sera posée. Les comportements prénominaux de
la noblesse seront aussi étudiés en tant que
modèles possibles pour les autres catégories sociales.
L'existence d'un prénom aristocratique, reconnaissable,
sera posée, étant entendu que le modèle est
susceptible de retournement, devenant repoussoir pendant la Révolution
et sa phase la plus aiguë, la Terreur.
Isabelle LE TOUZÉ:
La Basse-Normandie, théâtre de la confrontation pendant
les Guerres de religion: l'affrontement Montgomery/Matignon (1560-1570)
En Basse-Normandie, on assiste à un champ de forces
confessionnelles contraires, avec une forte présence de réformés
dans les rangs de la noblesse. La région est marquée
par la présence de deux familles qui, sans appartenir aux "Grands
de race immémoriale", ont poursuivi un destin à la fois
national et local, de façon antagoniste l’un vis-à-vis
de l’autre, les Guyon de Matignon et les Lorges, comte de Montgomery
(surtout Gabriel de Montgomery, le régicide malgré lui
converti au protestantisme). Tous deux sont capables de "drainer" l’ensemble
de la noblesse bas-normande autour d’une clientèle solide. La décennie
1560 constitue un moment de crispation particulièrement tendu
car les réseaux nobiliaires se cristallisent autour de ces forces
dominantes et contraires. Ainsi la région bas-normande fait figure
(souvent certes de façon amortie) de caisse de résonance
du conflit civil qui affecte durement le Royaume. La région est
donc le théâtre d’un vif affrontement, notamment entre 1562
et 1574. Cette période est ponctuée de trêves assez
brèves, consécutives aux Edits de Pacification de 1563
ou de 1570, et de nouveaux déferlements de violence. En revanche
la région ne connaît pas de déferlement de haine
au moment de "la Saint-Barthélemy" en août 1572, contrairement
à Rouen, probablement grâce à l’instance de contrôle
que constitue Matignon qui parvient à maintenir l’ordre et
la paix. Il s’agit ici de comprendre comment une poignée de
nobles soudés par la foi et l’amitié ont réussi à
drainer autour d’eux une véritable dynamique, imposant pour quelques
années leur loi sur cette région du bocage par la terreur.
Après l’arrestation par ses soins et l’exécution à
Paris du chef local du camp réformé, Montgomery, suite
au siège de Domfront de 1574, la résistance huguenote semble
décimée pour quelque temps. L’année 1574 marque
la date de la mort des principaux chefs du protestantisme localement. Gabriel
de Montgomery, d’une part, est capturé à Domfront en mai
1574; il meurt quelques temps plus tard exécuté en Place
de Grève. Bricqueville, baron de Colombières d’autre part,
meurt sur la brèche, quelques jours après, à Saint-Lô.
Leurs descendants continuent le combat jusqu’à la fin des hostilités,
mais avec moins de panache.
Michel NASSIET: Les structures
sociales des noblesses normande et bretonne à l'époque
moderne
On tentera dans cette communication de comparer les noblesses
normande et bretonne dans leurs structures, à partir des rôles
de l’arrière-ban au XVIème siècle, et des rôles
de capitation au XVIIIème. Les noblesses de Normandie et de
Bretagne avaient en commun trois caractères qui étaient
liés: les densités de populations les plus élevées
du royaume, une forte proportion aux niveaux de la petite noblesse et
de la plèbe nobiliaire, enfin une faible part de familles établissant
un fils dans l’armée, homme d’armes d’une compagnie d’ordonnance
au XVIème siècle, ou officier d’infanterie au XVIIIème,
époque à laquelle certains ont même servi comme
simples soldats. Contrairement à la situation du XVème
siècle, au XVIIIème siècle la noblesse normande était
devenue la plus nombreuse, tout en étant un peu plus urbanisée
que sa voisine. A en juger par sa forte présence d’emblée
à l’école de Saint-Cyr, il semble enfin que la noblesse
normande ait été plus étroitement intégrée
aux structures royales.
Etienne PAISNEL: Au
XIXème siècle, une noblesse régénérée
La noblesse, en France et en Normandie, est un sujet souvent
développé pour l’Ancien Régime. Il est plus difficile
de comprendre la noblesse après 1800 car elle est abolie au
cours des événements révolutionnaires. Pourtant,
son abolition définitive n’est que l’œuvre de la Troisième
République. Afin de mieux cerner les évolutions du second
ordre après les événements révolutionnaires,
nous avons décidé d’organiser notre étude sur
quatre champs. Il nous semblait pertinent de décomposer la structure
sociale autour des aspects démographiques, économiques,
politiques et culturels. Dans ce sens, nous espérons atteindre toutes
les nuances que revêt la noblesse au XIXème siècle.
Nous souhaitions ainsi nous démarquer des études précédentes.
En effet, il était essentiel pour nous de ne pas considérer
seulement une partie de la noblesse normande. Nous désirions
observer chacune des stratifications sociales internes au groupe.
Car il est important de rappeler que la noblesse est surtout faite
de diversité.
Sophie POIREY:
Approches de la noblesse à travers la coutume de Normandie
Si elle ne consacre pas ou peu de dispositions
spécifiques à la noblesse, une approche transversale
de la coutume de Normandie montre, cependant, que cette dernière
ne méconnaît pas les privilèges dus au deuxième
ordre du Royaume et qu’elle en tire des conséquences juridiques
tant sur les plans publics que privés.
Eric SAUNIER:
La Loge maçonnique en Normandie, reflet des rapports
de force et des tensions nobiliaires au temps des Lumières
De l’apparition vers 1740 du premier cercle
maçonnique rassemblé près de Falaise autour
des Sérant de saint-Loup jusqu’au déclenchement
de la Révolution française, ce sont près de
500 nobles qui furent initiés à l’Art Royal dans la province
de Normandie. Dans ce contexte d’engouement, l’étude des
comportements adoptés par la noblesse initiée revêt
deux intérêts principaux, lesquels constituent les
axes de l’intervention que nous proposons. Dans une province
caractérisée par le fort contraste socio-économique
opposant la Normandie séquanienne et la Normandie occidentale,
l’intérêt de l’étude réside en premier
lieu dans la possibilité qu’elle nous donne, en raison du poids
fort variable qu’occupent les groupes nobiliaires dans les villes
maçonniques, de saisir la variété des rapports
de force inhérents aux élites à la veille de
la Révolution. Toutefois, au-delà de ce phénomène,
l’étude révèle également que la Loge
fut aussi, en raison de pratiques sociales et de stratégies
de domination communes à celui-ci, le lieu mal connu où
reflétant les tensions qui affectaient le second ordre du royaume.
Olivier TRÉHET: La
noblesse du Cotentin aux armées sous les règnes de Louis
XIII et Louis XIV
Dans quelle mesure les sources nous permettent-elles d'envisager
la question? Une tentative d'évaluation chiffrée de la
noblesse engagée dans les armées s'impose avant tout. L'engagement:
pourquoi? Avec qui? Dans quel régiment? Dans la "Royale"? Autant
de questions pour lesquelles une approche prosopographique (entre autres)
permet d'avancer une réponse. Enfin, servir dans les armées
du roi est-ce perçu comme un idéal, un devoir envers son
roi, ou un "certificat de noblesse"? La réponse à cette
question nous permet en même temps de saisir le regard des gentilshommes
sur l'état de noblesse.
Avec le soutien des Universités de Caen (OUEN,
CRHQ), Rouen (GHRIS), Le Havre (CIRTAI) et du CERHIO,
ainsi que des Archives départementales de la Manche,
de la DRAC,
du Conseil régional de Basse-Normandie et du Conseil
général de la Manche