DU LUNDI 11 JUILLET (19 H) AU LUNDI 18 JUILLET (14
H) 2005
BERNARD NOËL : LE CORPS DU VERBE
DIRECTION : Fabio SCOTTO
Avec la participation de Bernard NÖEL
ARGUMENT :
Dans l'œuvre majeure de Bernard
Noël, saluée par Aragon, Mandiargues et Blanchot
comme l'une desplus importantes de notre époque, la poésie
joue un rôle capital et unificateur, car elle en détermine
l'espace et la nécessité. Le poème est le lieu
d'une investigation lyrique de l'organique corporel, ainsi que de
la relation secrète qui lie la naissance du mot à l'élaboration
mentale de l'image dans l'aventure de la nomination.
Bernard Noël "témoigne
de son époque", de la violence colonialiste et réactionnaire
aux manipulations les plus subtiles et invisibles de la "sensure"
contemporaine. Son travail expérimental sur l'art et à
partir de l'art est fondamental pour l'élaboration d'un
espace d'écriture qui poursuit l'œuvre de l'artiste par le
texte qui en parle, dans le plaisir de la création commune.
Ce premier colloque, consacré
à Bernard Noël, se propose de rendre compte des diverses
facettes de son œuvre (poésie, roman, récit,
essai, théâtre) pour montrer à la fois la variété
et la cohérence de son expérience de l’interminable.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi 11 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mardi 12 juillet
Matin:
Michel COLLOT: Le monde
n’est pas fini
Anne MALAPRADE: Bernard Noël:
corps en tout sens
Après-midi:
Serge MARTIN: Engagés,
les poèmes-relations de Bernard Noël
Jacques ANCET: La coïncidence
Soirée:
"Mise en voix" des textes de Bernard Noël par Yves CHARNET:
« Habiter mon corps »
Mercredi 13 juillet
Matin:
Mohammed BENNIS: Bernard
Noël: Ecriture et partage
Antonio DOMINGUEZ REY:
La rumeur de l’absence
Après-midi:
Steven WINSPUR: Convertir
le temps en espace
Jalel EL GHARBI: Pour une
syntaxe du désir (texte lu)
Soirée:
Lecture par Bernard NOËL
Ecoute d’un disque du musicien Jean-Yves BOSSEUR
(oratorio)
Jeudi 14 juillet
Matin:
Jean FRÉMON: L'outrage
Après-midi:
Hervé CARN: Parole et silence
dans les récits et les monologues de Bernard Noël
Michael BROPHY: Bernard
Noël et l’ange du négatif
Soirée:
Lecture de textes de Bernard Noël par le comédien
Charles GONZALÈS (La maladie de la chair)
et la comédienne Monique DORSEL (La langue
d'Anna), introduite par Arlette ALBERT-BIROT
Vendredi 15 juillet
REPOS
Samedi 16 juillet
Matin:
Michael BISHOP: Désir,
rhétorique, non-savoir et fumée: l’art de la présence
Adélaïde RUSSO:
Collage, ardoise, atelier
Après-midi:
Andrew ROTHWELL: L’autre
corps aéré de la peinture
Yves PEYRÉ: L’intensité
poétique et son extension aux diverses formes de l’expression
Soirée:
Projection du film: Saint-Denis roman de Claudine
Bories
Dimanche 17 juillet
Matin:
Yves CHARNET: Ce qui reste de la lecture: voyage en Noëlie
Après-midi:
Hugues MARCHAL: Des corps
en extension: Bernard Noël et André Leroi-Gourhan
Claude OLLIER: Le Nom et son Contexte (texte lu)
Lundi 18 juillet
Matin:
Fabio SCOTTO: De la représentation
à l’irreprésentable
Débat final avec Bernard Noël
Conclusions
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Jacques ANCET: La coïncidence
Ce que cherche Bernard Noël à travers
tous ces livres c’est, à chaque fois, la justesse d’un
accord — une coïncidence. Cette justesse est à entendre
dans son double sens esthétique, bien sûr, mais surtout
éthique: comment écrire pour parler juste dans un monde
qui ne cesse de pervertir le langage? Un monde qui ne vous prive pas
de parole, comme les dictatures, mais qui vous prive du sens.
Et où règne donc non pas la censure, mais ce
que Bernard Noël appelle la sensure. Comment échapper
à ce piège? Comment redonner "un sens plus pur aux mots
de la tribu"? Que dire, pour que dire soit voir — véritablement
et non pas à travers les filtres idéologiques qui nous
parasitent? L’unité de l’œuvre de Bernard Noël est là.
Dans cette préoccupation constante. Et c’est en cela qu’elle
est foncièrement poétique. Dans et par le langage,
elle est une tentative toujours obstinément reprise pour voir,
par-delà le visible (qui est toujours une description apprise)
cela que nous ne voyons jamais, qui déborde tous nos mots:
le merveilleux, l’épouvantable, l’indescriptible réel.
Références Bibliographiques :
Le songe et la blessure (poèmes) Plein Chant
1972 & 1974 (épuisé).
Luis Cernuda, (essai) "Poètes d’Aujourd’hui",
Seghers, 1972 (épuisé).
Silence corps chemin, (poème) Plein Chant,
1973. Rééd. Mont Analogue, 1996.
L’autre pays, Plein Chant, (poèmes) 1975 (épuisé).
Neuf poètes espagnols du XXème siècle,
(anthologie) Plein Chant, 1975 (épuisé).
Courbe du temps, (poèmes) Pajouvertes, Genève,
1975 (épuisé).
Avant l’absence, (poèmes) Eliane Vernay, Genève,
1979 (épuisé).
L’incessant, (prose) Flammarion, 1979 — Obéissance
au vent I —
La mémoire des visages, (prose) Flammarion, 1983
— Obéissance au vent II —
Lisières, Dominique Bedou, (poèmes) 1985
(épuisé).
Entrada en materia (anthologie de José Angel Valente),
Madrid, 1985.
De l’obstinée possibilité de la lumière,
(poèmes) Eliane Vernay, Genève, 1988 (épuisé).
Le silence des chiens, (prose) Ubacs, 1990 — Obéissance
au vent III — (épuisé).
L’heure qu’il est, VR.SO., (poème)1991 (épuisé).
Sous la montagne, (poèmes) Messidor, 1992 (épuisé).
Le bruit du monde, Paroles d’Aube, 1993 (épuisé).
La chambre vide, (poèmes) Lettres Vives, 1995.
La tendresse, (prose) Mont Analogue, 1997 — Obéissance
au vent IV —
A Schubert et autres élégies, (poèmes)
Paroles d’Aube, 1997 (épuisé).
Un homme assis et qui regarde, (essai) Jean Pierre Huguet,
1998.
L’imperceptible, (poème) Lettres Vives, 1998.
Vingt-quatre heures l’été, (poème)
Lettres Vives, 2000.
La cour du cœur, (poèmes) Tarabuste, 2000.
Le jour n’en finit pas, (poèmes) Lettres Vives,
2001.
Le dénouement, (roman) Opales, 2001.
Image et récit de l’arbre et des saisons, André
Dimanche, (chronique) 2002.
On cherche quelqu’un, (élégie) Dana,
2002.
Bernard Noël ou l’éclaircie, (essai) Opales,
2002.
La brûlure, (poème) Lettres Vives, 2002.
Le fil de la joie, (poème), La Porte, 2003.
Sur le fil, (poèmes), Tarabuste, 2004.
Un morceau de lumière, dessins d’Alexandre Hollan,
Voix d’Encre, 2005.
Mohammed BENNIS: Bernard Noël:
Ecriture et partage
L’œuvre de Bernard Noël, dans sa pluralité,
est une pratique de l’écriture en tant qu'expérience.
Il s'agit d'un corps qui s'obstine à vivre un état
de face-à-face avec la langue. Dans cette expérience,
l'écriture est un lieu où le Je est autre, ouvert sur
le présent, orienté vers le partage.
Il n'est d'expérience de l'écriture
que dans le partage. Ainsi, l'écriture de Bernard Noël
se définit-elle comme travail d'un sujet dont le destin
est l'ouverture. C'est un travail continu, parce qu'il est recherche
infinie du rapport avec le même et l'autre, avec le sens des
choses et du monde. Le temps de Bernard Noël est un temps de
la langue malade, qui dépossède l'homme du droit au sens.
Par là, le sujet ne cesse de travailler sur le sens des mots
pour vivre, dans la langue et par la langue, au présent, dans
le but de donner au partage le sens de générosité.
Mais ce sujet lui-même vit l'expérience de la mort dan
une écriture où le nom tue son auteur.
Michael BISHOP: Désir,
rhétorique, non-savoir et fumée: l’art de la présence
Je vais évoquer dans cette étude
des écrits de Bernard Noël sur l’art, tout un réseau
d’artistes et de livres de Magritte, Moreau, Masson, Jaccard, Debré,
Géricault, Hersant, Boubat, etc. à Nadaud, Zao Wou-Ki,
Voss, Hélion, Dorny, Deblé, Bram Van Velde, David,
cela dans l’intention de découvrir tout un ensemble de ‘critères’
et de fascinations délicatement entretissées.
Michael BROPHY: Bernard Noël
et l’ange du négatif
"Syndrome", "Maladie", "Castration", "Ombre": ma conférence
portera sur le dépistage et l’analyse symptomatiques au cœur
de la poétique de Bernard Noël, qui n’hésite
pas, comme les personnages de ses récits, à "s’étudier
jusqu’à la douleur" et, par là même, à
cerner le mal qui nous travaille impitoyablement, nous défait
inéluctablement — et à tout moment nous emporte vers "la
substance de l’impalpable et du silence", vers ce "virus par excellence"
qu’est l’invisible. L’érosion n’est pas seulement fatale,
elle peut être bénéfique dès qu’"elle met
au jour l’inaperçu".
Hervé CARN: Parole et silence
dans les récits et les monologues de Bernard Noël
De la parole oraculaire du Château
au "bavardage" des monologues, la "face de silence" se serait-elle changée
en parole de boue? Ou cette parole serait-elle quelque chose
qui creuserait le silence pour le rendre à son tour interminable?
Michel COLLOT: Le monde n’est pas
fini
Ce titre est une citation de l’incipit du chant
I de L’Eté langue morte de Bernard Noël, pourtant
peu suspect d’optimisme béat et fort critique à l’égard
du monde contemporain. Il résume le propos que je voudrais
présenter: le retour au chaos que mettent en scène
les mythes poétiques de la fin du monde, et auquel Bernard
Noël se confronte notamment dans Le Reste du voyage, est
souvent l’occasion d’une nouvelle genèse ; et c’est parce
que le monde n’est pas fini (au double sens de terminé et
d’achevé) qu’il peut donner lieu à ce perpétuel
recommencement qu’est la poésie.
Antonio DOMINGUEZ REY: La
rumeur de l’absence
On peut penser plus à l’aile de la parole
qu’à son signifié. On peut même concevoir l’air
qu’on respire comme le tréfonds de la pensée:
un oiseau traverse le corps et rien ne dit autre chose que le battement
de sa fuite. Pour réfléchir au sujet de la poésie
de Bernard Noël il nous faut nous mettre en position de vol.
Les choses flottent dans le regard. On entend ses bruits dans l’ouïe.
La perception se délie dans le sens fugitif de la peau. Le
vers transpire la rumeur de l’absence. Un cas très précis
de "profondeur". Et cependant c’est le corps qui parle. Toujours
de la matière?
Jean FRÉMON: L'outrage
L’intervention traitera un matériau biographique
puisé dans mes conversations avec Bernard Noël en le
tranformant sur la base des expériences précédentes
de ma contribution à la revue Givre et de ma préface
aux Extraits du corps.
Jalel EL GHARBI: Pour une syntaxe
du désir
Il s’agira moins de déterminer le traitement
du corps dans l’œuvre de Bernard Noël que d’interroger
la manière avec laquelle le corps sujet (celui qui écrit)
se mue d’objet (objet de l’écriture) en sujet quasiment indépendant.
Cette mue vaut surtout par la rhétorique qui la sous-tend.
Le texte désireux de prendre corps est expression d’un désir
d’allégorie. Tout chez Bernard Noël est aspiration vers
le figural. Il y a chez le poète comme une rhétorique
de la figuration. Non seulement un art de donner à voir mais surtout
un art de penser ce don. Le corps est donc sublimé.
Il est réflexion sur le corps. Non pas
méditation mais pensée inquiète. Le corps
est l’épreuve des limites, cela qui joue sur le battement
satisfaction/insatisfaction, c’est-à-dire sur l’oxymorique
voisinage de la chose avec sa négation, cette négation
à quoi elle doit tout à la fois sa survie et le péril
qu’elle entrevoit. Comment se maintenir à l’acmé du
désir? La question n’est pas qu’érotique ; elle induit
une quête d’équilibre entre l’être et le néant.
Anne MALAPRADE: Bernard Noël:
corps en tout sens
Corps dans tous les sens, corps en tous sens:
la poésie, selon Bernard Noël, est dans l’attente
attentive d’une nudité corporelle qui scrute le visage et l’espace
intérieur de la chair. Le corps, construction fictive,
est déconstruit par le langage: ce dernier part du corps pour,
justement, aller au corps. Mais la poésie ne s’arrête
pas à l’évidence silencieuse de la chair, ni à
son étrangeté intimidante. Le propre corps est un entre-deux,
ni pur dedans, ni pur dehors, que le poème agresse et dévoile,
voyageant dans ce qui est traditionnellement interdit au regard et
au toucher. (É)pris du corps, il se fait, à son image,
sentant-sensible, excrivant la chair, la peau, les organes et les sens.
Hugues MARCHAL: Des corps en
extension: Bernard Noël et André Leroi-Gourhan
Bernard Noël a souvent fait mention de l’influence
que les travaux du paléontologue André Leroi-Gourhan
ont exercée sur sa pratique et sur sa réflexion
esthétiques. En abordant la production culturelle de l’homme
comme un processus d’extériorisation de son évolution
biologique (l’outil prolongeant le bras, le texte le cerveau),
le préhistorien a fourni au poète un appareillage
conceptuel crucial pour envisager une identité de nature entre
œuvre et organisme. En outre, le site et l’activité du champ
de fouilles, en tant qu’espace investi par des vestiges de gestes
et en tant qu’exercice de reconstitution de ces derniers, en sont venus
à proposer, selon Noël, une image privilégiée
de la page et de sa lecture. À partir de ces liens, en essayant
de retracer les étapes de la découverte de Leroi-Gourhan
par Noël, et en rattachant son apport à celui d’autres figures
tutélaires, on cherchera à mieux comprendre la manière
dont l’auteur d’Extraits du corps a théorisé l’ensemble
de la relation esthétique, de la production à la réception
de l’œuvre.
Serge MARTIN: Engagés,
les poèmes-relations de Bernard Noël
Les "textes" de Bernard Noël sont traversés
par une poétique de la relation qui fait leur force
poétique, éthique et politique et, par là-même,
leur engagement. Pas seulement dans les circonstances. Avec elles
dans une éthique du langage et du corps-langage contre bien
des habitudes de l’époque, les poèmes-relations de
Bernard Noël sont la recherche intempestive de l’interaction
la plus forte du politique et de l’éthique dans et par le
langage: ils engagent à continuer cette recherche.
Références Bibliographiques :
Serge Martin, L’Amour en fragments. Poétique de la
relation critique, Arras, Artois Presses Université, 2004.
Serge Martin (dir.), Avec Bernard Noël, toute rencontre
est l’énigme, La Rochelle, Rumeur des âges,
2004.
Serge Ritman, Ta Résonance, Saint-Denis d’Oléron,
Océanes, 2003.
Yves PEYRÉ: L’intensité
poétique et son extension aux diverses formes de l’expression
L’œuvre de Bernard Noël se caractérise
par une prépondérance du poétique. Du foyer
originaire qu’est le pur poème cette intensité gagne
le récit aussi bien que l’essai. Elle oriente même
une certaine façon d’être dans et par le livre et décide
d’une expression proprement plastique appelée à relayer,
dans sa marge, la dimension verbale. Sous divers angles se manifeste
une manière de se tenir dans la langue, ou à ses côtés,
qui est elliptique et dense, susceptible, qu’il s’agisse d’un poème,
d’un récit, d’un roman ou d’un essai, de condenser toute durée
en instant. La langue se trouvant en jeu, il n’y a jamais pour Bernard
Noël d’extériorité à la poésie.
Andrew ROTHWELL: L’autre corps
aéré de la peinture
Depuis son entrée en poésie Bernard
Noël s’attache à découvrir l’origine somatique
de l’acte créateur. Ses écrits développent
l’idée que le tableau, tout comme le poème, sont des
sécrétions corporelles, le dépôt physique
d’un processus a priori matériel. De ce fait ils incarnent la
sensibilité de l’artiste ou du poète sous forme d’un
autre corps, un corps autre. Le mental pour sa part, au lieu d’être
une faculté séparée, aux antipodes du physique,
est lui aussi tributaire du corps et peut se comprendre comme une "aération"
de la masse impénétrable et noire de celui-ci. C’est cet
"air de la tête" qui forme le milieu conceptuel où évolue
notre rapport au monde, et qui fait lever la "précipitation
mentale" à l’origine de l’œuvre d’art. La conférence
retracera l’évolution de ces deux fils conducteurs de la
pensée sur l’art de Bernard Noël, en faisant ressortir l’inventivité
et la richesse explicative de leur enchevêtrement.
Références Bbiliographiques :
Bernard Noël: Espace, Regard, Sens, in Martin Heusser
et al. (eds.), Text and Visuality: Word and Image Interactions
3. Amsterdam: Rodopi, 1999, pp. 57-64.
Dorny, Noël, Debré: Two Creative Dialogues,
in Jean Khalfa (ed.), The Dialogue between Painting and Poetry: Livres
d’Artistes 1874-1999. Cambridge: Black Apollo Press, 2001, pp. 127-151.
Traductions en anglais:
Bernard Noël, Exercice d’amour (livret CD). Paris:
Radio France, 1996.
Bernard Noël, Opalka’s Details (‘Détails
d’Opalka’), in Christine Savinel, Jacques Roubaud, Bernard Noël,
Roman Opalka. Paris: Editions Dis Voir, 1996, pp. 47-96.
Bernard Noël, Kijno: Chemin de croix de l'amour.
Nice, Galerie Sapone, 2004.
Traduction de Bernard Noël, La Chute des temps et
de L'Été langue morte, à paraître cez
VVV Editions (Canada) courant 2005.
Adélaïde RUSSO: Collage,
ardoise, atelier
Dans mon exposé, je voudrais examiner,
dans un premier temps ,une certaine mise en scène qui
caractérise les écrits critiques de Bernard Noël
sur la peinture contemporaine, surtout ses essais sur Bertrand
Dorny, Michel Mousseau et Anne Walker. Chaque essai suit un certain
itinéraire ou sens de la visite. Le critique hésite
avant de franchir le seuil de l’atelier du peintre. Le lecteur découvre
la nature du rapport affectif que le peintre inspire chez le poète
et, une fois ce rapport établi, le poète décrit
ses impressions de l’œuvre à travers les paroles rapportées
du peintre: Noël fait parler le peintre.
Dans la deuxième partie de mon exposé,
j’utilise la notion de Hubert Damisch que le peintre pense à
travers son œuvre et je prends comme exemple majeur le dialogue de
Noël,sous forme de livres entre Bertrand Dorny et Anne Walker,
et, sous forme d'ardoise ; avec André-Pierre Arnal. Andrew
Rothwell a considéré ce rapport dans son essai dans
le volume collectif de Jean Khalfa lors de l’exposition à Cambridge
en 2001, mais mon interprétation de ce dialogue souligne
comment Noël transforme sa pensée politique et critique
dans le contexte de cet échange intime et confidentiel avec
Bertrand Dorny. Je souligne la spécificité de l’échange
Noël-Dorny en le comparant au dialogue entre Michel Deguy
et Dorny, et celui qu'il partage avec Anne Walker et André-Pierre
Arnal.
Fabio SCOTTO: De la représentation
à l’irreprésentable
L’image est dans le monde actuel une sorte de
grammaire du visible imposant à l’univers collectif ses
signes par le leurre de l’objectivité du circuit de la consommation.
Dans la pensée de Bernard Noël elle est à la
base de la représentation, lieu de l’apparence auquel il
oppose l’élan de la création et de la relation
corporelle. Ma conférence se propose d’étudier
la présence est l’évolution de la représentation
essentiellement dans l’œuvre en prose de l’Auteur (romans, récits,
essais, théâtre), en faisant allusion aussi au scénario
du film La Bataille navale, dans le but d’en définir le
statut et l’évolution le long du parcours d’écriture.
Entre apparence et présence, apparition et disparition, visible
et invisible, la représentation se révèle ainsi
le lieu d’une tension vitale et permanente dont le corps vit et meurt
infiniment dans "le théâtre de la bouche", en défiant
cruellement la limite de l’irreprésentable.
Références Bibliographiques :
Bernard Noël: il corpo del verbo, Milan, Crocetti
Editore, 1995, 230 p.
Traduire Bernard Noël, in Hortus, n° 22, Grottammare,
éd. Stamperia dell’Arancio, II semestre 1998, p. 100-109.
"Bernard Noël", in Michel Jarrety (éd.), Dictionnaire
de poésie de Baudelaire à nos jours, Paris, PUF, 2001,
p. 535-537.
"Dire la brûlure", in René Piniès (éd.),
Bernard Noël. Ecrire-Voir, Carcassonne, Centre Joë
Bousquet et son Temps, 2002, volume non paginé.
Bernard Noël et Mallarmé. La Maladie du sens
ou Du sens de la maladie, in Balises, Cahiers de Poétique
des Archives & Musée de la Littérature de
la Bibliothèque Royale de Belgique, n°3-4: Crise de
vers 1, Bruxelles, Didier Devillez éditeur, 2003, p. 73-86.
"Bernard Noël et la peinture ; la quête du mot visible",
in Moncef Kémiri (éd.), Ecriture et peinture
au XXe siècle, Actes du Colloque de Tunis - Université
La Manouba (13-14 avril 2001), Paris, éd. Maisonneuve Larose,
sous presse.
"Bernard Noël e la fotografia: lo ‘sguardo sullo sguardo’",
in Bruna Donatelli (éd.), Bianco e nero, nero su bianco.
Tra fotografia e scrittura, Actes du Colloque de Rome- Université
de Rome 3 ( 5-7 mai 2003), Naples, éd. Liguori, sous presse.
Traduction en italien par Fabio SCOTTO d’œuvres de Bernard
NOËL:
Bernard Noël, Diario dello sguardo
(Journal du regard), Milan, éd. Guerini e Associati,
1992, 115 p.
Bernard Noël, Il rumore dell’aria (poesie scelte 1956-1993)
(La Rumeur de l’air. Poèmes choisis 1956-1993), éd.
bilingue, Spinea (Venise), Edizioni del Leone, 1996, 109 p.
Bernard Noël, Jean-Paul Philippe, Porta dello spazio
(Porte de l’espace), éd. bilingue numérotée
à tirage limité illustrée, Valmadrera, Flussi
Edizioni d’Arte, 1998, 31 p.
Bernard Noël, La Sindrome di Gramsci (Le Syndrome de
Gramsci), Lecce, Piero Manni editore, 2001, 91 p.
Bernard Noël, La malattia della carne (La maladie
de la chair), Catanzaro, Abramo editore, 2002, 80 p.
Bernard Noël, Kijno, Chemin de la croix de l’amour,
éd. trilingue, Nice, Galerie Sapone, 2004.
Steven WINSPUR: Convertir le temps
en espace
Un des fils conducteurs de l’œuvre de Bernard
Noël qui s’est manifestée dans ses écrits
des quinze dernières années est une manière
de résister à l’emprise exercée par le temps
sur la pensée. Le temps est une abstraction qui déforme
nos rapports au monde physique et plusieurs ouvrages de Bernard
Noël constituent des moments qui résistent à cette
déformation. En me concentrant sur un livre de poèmes
(Le Reste du voyage), un monologue en prose (Le Syndrome
de Gramsci) et des essais que Bernard Noël a écrits
sur l’art plastique, j’essaierai de démontrer que ces monuments
verbaux ont la grande vertu de convertir l’écoulement temporel
en un sentiment durable du spacieux.
BIBLIOGRAPHIE :
Œuvres de Bernard Noël
Une messe blanche, Fontfroide-le-Haut, Fata Morgana, 1970.
Souvenirs du pâle, Fontfroide-le-Haut,
Fata Morgana, 1971.
Le Sens la Sensure, Le Roeulx, Talus
d’Approche, 1985.
Extraits du corps, Draguignan, Unes,
1988.
Journal du regard, Paris, P.O.L, 1988.
Onze romans d’oeil, Paris, P.O.L, 1988.
La Reconstitution, Paris, P.O.L, 1988.
Portrait du Monde, Paris, P.O.L, 1988.
Le Château de Cène, Paris,
Gallimard, 1993.
André Masson, Paris, Gallimard,
1993.
La Chute des temps, Paris, Gallimard,
1993.
L’Ombre du double, Paris, P.O.L, 1993.
Le Syndrome de Gramsci, Paris, P.O.L,
1994.
La maladie de la chair,Toulouse, Ombres,
1995.
La Castration mentale, Paris, P.O.L.,
1997.
Le Reste du voyage, Paris, P.O.L, 1997.
La Langue d’Anna, Paris, P.O.L, 1998.
L’Espace du poème, Paris, P.O.L,
1998.
Magritte, Paris, P.O.L, 1998.
Treize cases du je, Paris, P.O.L, 1998.
Le 19 octobre 1977, Paris, P.O.L, 1998.
Dictionnaire de la Commune, Paris, Mémoire
du Livre, 2000.
Lettres verticales, Draguignan, Unes,
2000.
La Maladie du sens, Paris, P.O.L, 2001.
La Face de silence, Paris, P.O.L, 2002.
La Peau et les Mots, Paris, P.O.L, 2002.
Romans d’un regard, Paris, P.O.L, 2003.
Les Premiers Mots, Paris, Flammarion/Leo
Scheer, 2003.
Artaud et Paule, Paris, Lignes/Leo Scheer,
2003.
Un trajet en hiver, Paris, P.O.L, 2004.
Les Yeux dans la couleur, Paris, P.O.L,
2004.
L’enfer, dit-on, Paris, Lignes/leo Scheer,
2004.
Ouvrages et Numéros de revue consacrés à
Bernard Noël
ANCET J., Bernard Noël ou l’éclaircie,
Bordeaux, Opales, 2002.
BAYARD J.-L., L’arbre de non, Saint-Étienne,
Aires, 1995.
BÉNÉZET M., Le Roman de la langue,
Paris, UGE "10/18", 1975.
BÉNÉZET, M., Trois États
du toi, Crest, La Sétérée, 1992.
BISHOP M., The Contemporary Poetry of France:
Eight Studies, Amsterdam, Rodopi, 1985.
BROPHY M., Voies vers l’autre (Dupin, Bonnefoy,
Noël, Guillevic), Amsterdam /Atlanta, Rodopi "Chiasma 5",
1997.
CARN H., Bernard Noël, Paris, Seghers
"Poètes d’aujourd’hui", 1986.
COLLOT M., La Matière-Émotion,
Paris, PUF "Écriture", 1997.
DHAINAUT P., Bernard Noël, Rennes,
Ubacs, 1977.
ESTEBAN C., Critique de la raison poétique,
Paris, Flammarion, 1977.
JOUFFROY A., L’Incurable retard des mots,
Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1972.
MALAPRADE A., Bernard Noël. L’épreuve
des c/sensures, les c/sensures à l’épreuve,
Paris, Seli Arslan, 2003.
MARTIN S. (dir.), Avec Bernard Noël. Toute
rencontre est l’énigme, La Rochelle, Himeros/Rumeur
des Ages, 2004.
MESCHONNIC H., La Rime et la vie, Lagrasse,
Verdier, 1989.
SCOTTO F., Bernard Noël: il corpo del
verbo, Milan, Crocetti "I Saggi di Testo a fronte 8", 1995.
SCOTTO F., Bernard Noël, in JARRETY
M. (dir.), Dictionnaire de poésie de Baudelaire à
nos jours, Paris, PUF, 2001.
SOJCHER, J., La Démarche poétique,
Paris, UGE "10/18", 1976.
WATEAU P., Bernard Noël ou l’expérience
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WINSPUR S., Bernard Noël, Atlanta/Amsterdam,
Rodopi "Monographique", 1991.
Coll.: Givre: Bernard Noël, n°
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Bernard Noël aujourd’hui, Paris,
Flammarion, 1979.
Faire part: Bernard Noël, n°
12/13, Valence, 1989.
Prétexte: Dossier Bernard Noël,
n° 16, Paris, Hiver 1998.
Fusées: Dossier Bernard Noël,
n° 5, Auvers-sur-Oise, 2001.
Avec le soutien du Centre Régional des Lettres
de Basse-Normandie