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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2013 : un des colloques





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LE GOÛT DU NOIR
Mise à jour
01/02/2017


DU MERCREDI 17 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 24 JUILLET (14 H) 2013

DIRECTION : Gilles MENEGALDO, Maryse PETIT

ARGUMENT :

Poursuivant l’étude de l’extension du domaine du noir, entamée avec la rencontre "La Fiction Policière aujourd’hui", publiée sous le titre Manières de Noir (PU de Rennes 2010), ce colloque se propose d'envisager les différents champs gagnés par l’esthétique et la philosophie de l’enquête, ainsi que la vision de la société qu’elle propose, dans la création des trente dernières années.

La littérature noire étant présente dans toutes les cultures qui l’imprègnent de leurs spécificités, les regards seront tournés, sans négliger les domaines français et anglo-saxon, vers l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Asie.

Puisque le cinéma et la littérature n’ont cessé de dialoguer sous le qualificatif commun de "polar", l'on se demandera notamment ce que l’image, art du visible, vient ajouter au mystère, art de la suggestion, comment elle se joue des ellipses et éclipses du texte écrit qui permet de ne pas "dire la vérité", et si l’action se substitue à l’énigme, les milieux, si importants dans les romans, devenant de "simples" décors. Qu’en est-il aussi de l’évolution du genre dans les nombreuses séries télévisuelles qui s’en inspirent, et tendent à inventer des styles des personnages, des scénarios jusqu’alors inédits?

Par ailleurs, ces dernières décennies, la bande dessinée est passée rapidement de la ligne claire à l’image sombre, en s’appuyant sur le cinéma et la littérature: l'on se demandera ce qu'il en est de ces images-là, ce qui peut les dégager d’un statut de pures illustrations de textes, ou de reprises de schémas largement utilisés dans le film, bref si la bande dessinée invente un "polar" spécifique.

Enfin, au-delà des questions de genre et d’esthétisme, au-delà des questions sociales et politiques posées par le "noir", il faudra s’interroger sur le pourquoi. Pourquoi notre si grande fascination du mal, de la peur, de la mort, et notre universelle envie de savoir, de remonter à la cause, la source, l’origine? Pourquoi ce goût si largement partagé du "polar" sous toutes ses formes, notre besoin de confrontation au pire, et qu’on nous raconte, indéfiniment, cette histoire-là sous des intrigues différentes, nous fournissant à chaque fois une "fin", un "coupable", une "raison" qui, pour quelques instants, apaise notre inquiétude. Il sera donc temps d’interroger la philosophie, la sociologie, la psychanalyse ou l’anthropologie sur notre besoin de peur, de malaise, d’horreur, sur la capacité de fascination des morts imposées.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 17 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 18 juillet
Matin:
Gilles MENEGALDO & Maryse PETIT: Introduction
Dominique MEYER-BOLZINGER: La disparition de la solution (ou la vocation critique de l’enquête) [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie]
Delphine CINGAL: Méandres, liens et ponts: texte et intertexte dans les romans policiers de Jasper Fforde

Après-midi:
Jean ARROUYE: Weegee "le fameux" photographe du noir
Cathy FOUREZ: Ce goût sordide pour le dégoût: quand le noir se fait sanguinolent dans Muerte caracol (2010) d’Ana Yvonne Reyes Chiquete

Atelier d'écriture avec Stéphanie BENSON


Vendredi 19 juillet
Matin:
Roger BOZZETTO: Le destin des détectives privés, ou la violence dans les romans noirs récents (Dantec, Robin Cook, Jonquet)
Jean-François BAILLON: V for vigilante: le retour des vengeurs solitaires dans le cinéma britannique contemporain

Après-midi:
Christophe GELLY: Le mode noir dans le cinéma policier contemporain: le cas Scorsese
Liliane CHEILAN: Marc-Antoine Mathieu, Jochen Gerner, Blexbolex: vers une forme limite du "polar" en bande dessinée?
Adela CORTIJO: Le chromatisme du noir dans la série Blacksad de Díaz Canales et Guarnido

Soirée:
Projection de films


Samedi 20 juillet
Matin:
Françoise SAMMARCELLI: Histoire(s) inquiète(s): enquête et mémoire dans le roman policier nordique (Indriðason, Mankell)
Jean-Paul MEYER: Scènes de noir, clairs de mots: Manchette au trait de Tardi
Philippe WURM: La "Comète de Carthage" par Yves Chaland

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 21 juillet
Matin:
Arnaud MAILLET: Le film noir: en voir de toutes les couleurs?
Lauric GUILLAUD: Le polar ésotérique

Après-midi:
Flore COULOUMA:
Baltimore dans le noir: la ville dévastée à l'heure de l'Amérique néo-libérale
Maryse PETIT: « Black Baltimore »

Soirée (commune avec le colloque Ecriture de soi, écriture des limites):
Liliane CHEILAN: L'autobiographie en BD


Lundi 22 juillet
Matin:
Maryse PETIT: J. C. Somoza: le feuilletage des ombres
Stéphanie BENSON: Un certain goût pour le noir: de Don John à Jack the Ripper, études d'un cas

Les nouveaux paysages du noir, table ronde avec Jeanne GUYON (éditrice, Rivages/noir) et Stéphane MICHAKA (écrivain)

Après-midi:
Hélène MACHINAL: Crime in Africa, Thirteen Hours de Deon Meyer
Isabelle BOOF-VERMESSE: Cherchez l'artiste: le paradigme esthétique dans la fiction policière de William Gibson

Soirée:
Projection de films


Mardi 23 juillet
Matin:
Catherine DU TOIT: En quête d’un troisième espace: violences sorcières et fictions policières en Afrique
Elsa GRASSO: La vérité sur écran noir. Enquête, cinéma, philosophie

Après-midi:
Gilles MENEGALDO: James Gray et le mélodrame noir
Anielle WEINBERGER: Ouvertures au noir, du chapitre I de The Long Good Bye (1954) de Raymond Chandler à la scène d'ouverture de The Long Good Bye de Robert Altman (1973). Le travail de l'adaptation cinématographique

Soirée:
Projection de films


Mercredi 24 juillet
Matin:
Thierry CORMIER: Urban legend. Une cartographie de la substitution des ombres

Bilan

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Jean ARROUYE: Weegee "le fameux" photographe du noir
Entre les années 30 et 60, le photographe Weegee, à qui la ville de New York avait accordé le privilège d'être branché sur la radio de la police, passe ses nuits à courir sur les lieux où un incendie s'est propagé, une rixe a éclaté ou un meurtre a été commis, de façon à être le premier à prendre des photographies qu'il développe dans sa voiture et propose aux quotidiens à temps pour être publiées le jour suivant. Doublement photographe du noir, parce que témoignant de la vie criminelle de New York durant la nuit, il constitue une immense œuvre documentaire qui, ne pouvant saisir la violence en action, sauf quand il s'agit d'incendies, s'intéresse surtout aux personnes: victimes pleurant, rescapés se réjouissant, cadavres gisant dans la rue, meurtriers venant d'être arrêtés, spectateurs contemplant le malheur d'autrui. Cette galerie de portraits en situation paraît composée d'individus condamnés à la solitude et propose une image pathétique de l'humanité. S'y ajoutent des photographies de rues où des objets publicitaires démesurés acquièrent une dimension symbolique suggérant que l'espace urbain est dangereux tandis que d'autres vues établissent entre les êtres humains et les inscriptions présentes dans la ville des relations ironiques et cruelles. De sorte que l'univers de ce photographe, qui signait Weegee the Famous et intitula son premier livre Naked City comme pour se poser en rival de son contemporain Edward Hopper qui témoigne également de la solitude des habitants de la ville moderne, est "noir" aussi par son pessimisme.
La communication sera accompagnée de la projection de photographies de Weegee.

Bibliographie
Le New York de Weegee, photographies 1935-1960, Paris, Denoël, 1982.
Weegee, Naked City, New York, Da Capo, 1985.
Weegee, Photo-poche, 1985.
Miles Barth, Weegee’s World, Bulfinch Press, 1997.
Kerry William Purcell, Weegee, Phaidon, 2004.
Unknown Weegee, Steidl Publishing, 2006.
Weegee par Weegee, Paris, La table ronde, 2009.


Jean-François BAILLON: V for vigilante: le retour des vengeurs solitaires dans le cinéma britannique contemporain
Le début des années 2000 semble marqué par la résurgence d’un genre caractéristique des années 1970 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le "vigilante film", associé à des acteurs et à des titres-phares: Michael Caine (Get Carter, 1971), Charles Bronson (Death Wish, 1972), Clint Eastwood (Dirty Harry, 1971). Sous les traits du vétéran de la guerre d’Irak ou d’Afghanistan ou de l’ancien combattant des forces de police, le personnage du redresseur de torts solitaire aux marges de la légalité fait un retour en force dans des fictions à l’idéologie parfois trouble: Dead Man’s Shoes (dir. Shane Meadows, 2004), Outlaw (dir. Nick Love, 2007), Franklyn (dir. Gerald McMorrow, 2008), Harry Brown (dir. Daniel Barber, 2009), Route Irish (dir. Ken Loach, 2010). Nous verrons dans quelle mesure il s’agit bien là d’un genre obéissant à des codes particuliers hérités de la tradition du film noir britannique (ou américain) et servant à ce titre de révélateur des malaises qui couvent dans la société britannique actuelle.

Stéphanie BENSON: Un certain goût pour le noir: de Don John à Jack the Ripper, études d'un cas
L'un des premiers tueurs en série de l'histoire littéraire est sans doute Don John, personnage principal de la pièce de 1675 de Thomas Shadwell, The Libertine, elle-même inspirée de la pièce de Tirso de Molina, El Burlador de Sevilla y convidada de piedra, de 1626. La pièce de Shadwell met en scène Don John, un personnage qui tue et viole sans remords, refuse de se repentir, et qui est emmené aux enfers par le fantôme d'une de ses victimes après qu'une statue de celle-ci ait repris vie, révolté devant un tel comportement. Jack The Ripper est le nom donné à un tueur en série qui a sévi à Londres entre 1888 et 1891. Au même titre que la pièce de Shadwell a connu un immense succès lors de sa création, l'affaire de Jack The Ripper a passionné l'opinion publique londonienne pendant trois ans, et se retrouve dans des centaines d'œuvres de fiction depuis. Cette communication propose d'interroger ce goût pour le noir démontré par le public théâtral et littéraire du XVIIe siècle à nos jours dans une tentative de cerner ce qui, exactement, fascine depuis tant d'années chez le tueur en série.

Stéphanie Benson est écrivain avec une quarantaine de romans publiés, essentiellement des romans noirs. Elle est également agrégée d’anglais et maître de conférences avec une thèse en études anglophones soutenue en 2011. Elle enseigne à l’Université Bordeaux III. Ses recherches portent sur le multilinguisme littéraire et l’adaptation cinématographique des œuvres littéraires.

Isabelle BOOF-VERMESSE: Cherchez l'artiste: le paradigme esthétique dans la fiction policière de William Gibson
Si William Wilson est souvent perçu comme un auteur de fiction spéculative, les stratégies narratives de son œuvre reprennent les codes du roman policier de tradition hard-boiled: un enquêteur marginal est recruté par un client institutionnel (souvent une entreprise multinationale) et se lance dans une quête qui l’oblige à affronter des entités difficilement localisables, intelligences artificielles ou corporations tentaculaires, afin de découvrir une vérité/un objet que l’on tentait de cacher. Fait rarement relevé par les critiques, ces enquêtes sont l’occasion d’un autre affrontement, centré également sur la recherche de l’information en tant que "différence qui fait une différence" (Bateson) dont l’enjeu est la survie de la pratique artistique menacée par la logique de la société de consommation qui veut la récupérer et la domestiquer pour servir ses propres fins. Chaque récit, étrangement, implique la présence d’un artiste (individuel ou collectif), dont le statut, l’apparence ou le rôle sont modulés en de multiples variations, mais qui est toujours réduit à produire son œuvre dans la clandestinité, œuvre dont l’impact est tel que le client/coupable cherche à s’en emparer pour en reproduire le fonctionnement. On se penchera sur l’œuvre de Gibson comme galerie d’art - quel secret l’œuvre d’art permet-elle de cacher et de montrer? Il s’agira d’interroger le rapport entre l’artiste, le détective et le client/coupable dans le corpus des trois trilogies (Sprawl Trilogy, Bridge trilogy, Bigend trilogy) et de se demander quelle fonction l’art occupe dans l’économie du récit policier. Si le "crime" est social, celui du capitalisme tardif qui nivelle l’information et la transforme en bruit favorisant la consommation (la publicité en est l’exemple le plus visible), l’artiste et le détective, dont la similarité a été établie par Poe, sont chargés de le révéler.

Ancienne élève de l’ENS Fontenay-St Cloud, Isabelle Boof Vermesse est Maître de conférences à l’Université de Lille 3 où elle enseigne la littérature américaine.  Elle a publié plusieurs articles sur le roman policier et s’intéresse tout particulièrement aux auteurs californiens (Chandler, Hammett, Ellroy).

Roger BOZZETTO: Le destin des détectives privés, ou la violence dans les romans noirs récents (2005-2012)
Cette communication se propose de questionner certains textes pour saisir mieux des caractéristiques de la fiction noire dont il nous semble qu’elle est à facettes. Pour voie d’approche, l'on s’interrogera sur la figure du détective privé et de son destin dans le monde de l’ultra violence. Ces textes tissent une toile d’araignée dans lesquels sont pris personnages et situations qui posent problème et dont voici les entrées.
Le héros: est-ce le détective, le tueur ou le policier?
Le descriptif: comment est-il décrit et inséré?
L’horreur: devant le spectacle ou devant les réflexions des personnages?
La loi et son questionnement par les personnages.
La folie comme solution quand tout le reste a échoué.
Le tout sur toile de fond qui contraste avec des romans noirs des périodes précédentes et qui avaient donné son titre et sa couleur à ces types de romans "hard-boiled" depuis les années trente, aux USA.

Roger Bozzetto est professeur émérite. Il collabore à de nombreuses revues de science-fiction (Solaris, Science Fiction Studies) il est l’auteur de Territoires des fantastiques, Les frontières du fantastique avec Arnaud Huftier et La science-fiction (A. Colin). Il a aussi publié des articles sur le roman policier dans différentes  revues.
Bibliographie
Natsuo Kirino, Le vrai monde, Points, 2011.
Mauric G Dantec, Les racines du mal, Folio, 2012.
Robin Cook, J’étais Dora Suarez, Rivages Noirs, 2007.
Thierry Jonquet, Molock, Folio policiers, 2011.


Liliane CHEILAN: Marc-Antoine Mathieu, Jochen Gerner, Blexbolex: vers une forme limite du "polar" en bande dessinée?
La technique, et notamment le travail du noir, tiennent une place de première importance dans le rendu de l’atmosphère ou dans la définition du monde représenté lorsqu’il s’agit de bandes dessinées comme celles de Frank Miller (Sin City) ou de Muñoz et Sampayo (Alack Sinner), pour ne prendre ici que ces deux exemples. Avec Marc-Antoine Mathieu (3”) et Jochen Gerner (TNT en Amérique), le travail sur le noir est associé à une démarche expérimentale qui tend à une sorte de construction-démontage de la fiction de type "oubapien" - l’OUvroir de BAnde dessinée POtentielle étant à la bande dessinée ce que l’OULIPO est à la littérature. Chez Blexbolex (L’Œil privé, Crimechien, Hors-Zone) la couleur directe en trichromie est associée à une démarche semblable, en produisant des effets tout aussi saisissants.
Ces explorations aux limites du genre pourraient bien être une façon d’en isoler les composantes essentielles...

Liliane Cheilan est agrégée de Lettres Modernes, anciennement professeur à l’IUFM-Université de Provence.
Actuellement formatrice et critique à l’Institut International Charles Perrault et co-rédactrice en chef de la revue Hors Cadre[s] (http://www.revue-horscadres.com), elle a écrit de nombreux articles portant sur l’album, la bande dessinée et les littératures graphiques en général, parus dans des revues telles que Belphégor, La Revue des livres pour enfants, Griffon ou Hors Cadre[s] et dans les actes de divers colloques.
Bibliographie des ouvrages analysés
Marc-Antoine Mathieu, 3", Delcourt, 2011.
Jochen Gerner, TNT en Amérique, L’Ampoule, 2002.
Blexbolex, L'Œil privé, Les Requins Marteaux, collection "Inox", 2006.
Blexbolex, Crimechien, Cornélius, 2012.
Blexbolex, Hors-Zone, Cornélius, 2012.
Bibliographie sommaire de référence
Michel Pastoureau, Noir. Histoire d’une couleur, Seuil, 2008.
Thierry Groensteen, Bande dessinée et narration, coll. "Formes sémiotiques", PUF, 2011.
Thierry Groensteen, "Ce que l’Oubapo révèle de la bande dessinée", in revue 9e art, n°10, janvier 2004, CNBDI/Actes Sud l’An2, p.73.
Liliane Cheilan, "Pages noires", in revue Hors Cadre[s], n°7, (Le noir), octobre 2010, L’Atelier du poisson soluble, p. 6.


Delphine CINGAL: Méandres, liens et ponts: texte et intertexte dans les romans policiers de Jasper Fforde
Les œuvres de Jasper Fforde jouent sur l'intertextualité. C'est même leur terreau premier. Telle la bibliothèque de Borges, l'œuvre de Fforde se perd dans des méandres, des détours, des clins d'œil, des palimpsestes et des revisites. L'enquête se centre sur l'œuvre littéraire et, tout comme un détective bouleverse le cours de la vie des suspects, ceux de Fforde modifient la littérature mondiale. Jane Eyre par exemple voit sa fin étrangement modifiée suite aux interventions de Thursday Next. L'intervention du détective fait en outre écho aux théories d'Eco sur le lecteur dans l'histoire... et donc la possibilité pour le lecteur qui s'est trompé dans ses conclusions en lisant un roman à énigmes de "bayardiser" et de remettre le détective tout puissant à sa place et de le dénoncer comme imposteur ! La compétition entre auteur, détective et lecteur est lancée !

Delphine Cingal, maître de Conférences à Panthéon-Assas-Paris2, chevalier des Arts et des Lettres, est l'auteur d'une thèse sur P. D. James. Elle continue depuis à publier sur le sujet du roman policier et à soutenir la littérature policière sous toutes ses formes. Elle est ainsi la marraine du Week-end noir de Neuilly-Plaisance qui se tient tous les ans dans cette ville francilienne autour du mopis d'avril.
Corpus étudié
Fforde, Jasper, The Big Over Easy, Hodder, 2006.
Fforde, Jasper, The Eyre Affair, Hodder, 2001.
Fforde, Jasper, The Fourth Bear, Hodder, 2007.
Fforde, Jasper, Lost in a Good Book, Penguin, 2003.
Fforde, Jasper, Something Rotten, Hodder, 2005.
Fforde, Jasper, The Well of Lost Plots, Hodder, 2005.
Fforde, Jasper, First Ammong Sequels, Hodder, 2008.
Fforde, Jasper, One of Our Thursdays is Missing, Hodder, 2011.
Fforde, Jasper, Shades of Grey, Hodder, 2011.
Fforde, Jasper, The Woman Who Died a Lot, Hodder, 2012.

Sources secondaires
Barthes Roland, Bersani Léo, Hamon Philippe, Riffaterre Michael et Watt Ian, Littérature et réalité, Point Seuil, 2011.
Bayard Pierre, Qui a tué Roger Ackroyd?, Editions de Minuit, 1998.
Bayard Pierre, Enquête sur Hamlet: le Dialogue de sourds, Editions de Minuit, 2002.
Bayard Pierre, L'Affaire du chien des Baskervilles, Eidtions de Minuit, 2008.
Bonnet, Jacques, Des bibliothèques pleines de fantômes, Denoël, 2008.
Caillois Roger, Approches de l'imaginaire, Gallimard, 1982.
Eco Umbert, De l'arbre au labyrinthe: Etudes historiques sur le signe et l'interprétation, Livre de Poche, 2011.
Eco, Umberto, De Bibliotheca, L'Echoppe, 1986.
Eco, Umberto, De la littérature, Livre de Poche, 2005.
Eco, Umberto, De Superman au Surhomme, Grasset, 1993.
Eco, Umberto, Lector in Fabula, Livre de Poche, 1993.
Eco, Umberto, L'Œuvre ouverte, Point Seuil, 1979.
Eco, Umberto, Pastiches et postiches, Messidor, 1988.
Eco, Umberto, De la littérature, Grasset, 2003.
Fish, Stanley, Is There A Text in This Class?, Harvard University Press, 1998.
Genette, Gérard, Palimpsestes, Point Seuil, 1992.
Irwin, John T., The Mystery to a Solution: Poe, Borges and the Analytic Detective Story, John Hopkins Paperback, 1996.
Massonet, Stéphane, Les Labyrinthes de l'imaginaire, L'Harmattan, 1998.
Proust, Marcel, Sur la lecture, Actes SUD, 1988.
Tobiassen, Elin Beate, La relation écriture - lecture, L'Harmattan, 2009.

Publications récentes
"Rupture du contrat social, les meurtrières dans l'œuvre de P. D. James", dans Karine Hildenbrand, Figures de femmes assassines - Représentations et idéologies, Nice: Cynos, volume 23, n°2, 2006 (republié sur http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=664).
"Temperance Brennan et Kay Scarpetta: la scientifique et la mort", dans Claire Bazin et Marie-Claude Chenour (ed.), Textes et Genres II: Sens et Figures de la Marge dans la littérature féminine de langue anglaise, Université Parix X - Nanterre: FAAAM, 2006.
"Escape, Quest and Inquest - Graham Greenes's The Power and the Glory... a suspense novel?", dans François Gallix et Vanessa Guignery (ed.), Plus sur Greene - The Power and the Glory - The Sorbonne Conference, Paris, Atlande, 2007, p. 71-80.
"La meurtrière, l'auteure et la lectrice: expression assassine dans les romans policiers de P. D. James", Textes et Genres, Université Paris X - Nanterre, 2007, p. 231-248.
"Cordelia Gray: justicia trascendente contra justicia inmanente", dans Gangstera: Mujeres, 09/2008, p. 46-52.
"Mémoires du XIXe siècle et de la Deuxième Guerre Mondiale: crimes d'hier et d'aujourd'hui dans Original Sin de P. D. James: old sins cast long shadows", dans Monique Chassagnol (ed.), Confluences, n°28, CREA / Nanterre, 2008, p.131-138.
"Lectures du Corps: de Sherlock Holmes à Kay Scarpetta", in Gilles Ménégaldo et Maryse Petit, Manières de Noir: la fiction policière contemporaine, PUR, 2010, p. 99-111.
"Original Sin: P. D. James's Imaginary London", dans Mystery Readers Journal: London Mysteries II, volume 27, number 2, summer 2011, p. 3-9.
4 entrées pour 100 British Detective Fiction Writers (P. D. James, Anne Perry, Patricia Wentworth et John Hervey), Palgrave Macmillan, publication prévue en 2012.
4 entrées pour 100 American Detective Fiction Writers (Rex Stout, Patricia Cornwell, Jacques Futrelle et Sue Grafton), Palgrave Macmillan, 2012.


Thierry CORMIER: Urban legend. Une cartographie de la substitution des ombres
"Les rues étaient sombres d'autre chose que la nuit" (Raymond Chandler)
Cette communication se veut une réflexion esthétique sur l'utilisation de la couleur dans le film noir, et ses descendances, des trente dernières années. L'ensemble s'articulerait autour de films essentiellement urbains et américains, avec des correspondances dans des œuvres picturales. Donc un sujet d’analyse comparée entre peinture et cinéma, d’une part, entre des films noirs classiques et des productions contemporaines, d’autre part. Par ailleurs, cette communication prolonge un ensemble de conférences que j'ai réalisé pour le LAM (musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq) et De la suite dans les images (réseau des cinémas indépendants de la région Nord-Pas de Calais) à l'occasion de l'exposition "La ville magique", de septembre à décembre 2012.

Adela CORTIJO: Le chromatisme du noir dans la série Blacksad de Díaz Canales et Guarnido
Nous proposerons un parcours des clés à succès de la série Blacksad des espagnols Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido. Une bande dessinée qui montre, poursuit à plaisir et rend hommage aux stéréotypes et même aux truismes du genre noir américain le plus classique, celui des auteurs de Black Mask, mais qui, cependant, arrive à son but grâce à la beauté de ses dessins et aux jeux du langage animalier. Les histoires se situent dans les États Unis après la Seconde Guerre Mondiale, et la variation de couleurs qui dominent les couvertures (le noir, le blanc, le rouge et le bleu) correspond à la thématique développée dans chaque volet dont le protagoniste, John Blacksad, est un beau chat noir avec une touche blanche au menton.

Bibliographie
Les quatre numéros publiés de la série Blacksad de Juan Díaz Canales (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin):
vol 1. Quelque part entre les ombres, Paris, Dargaud, 2000.
vol 2. Arctic-Nation, Paris, Dargaud, 2000.
vol 3. Âme rouge, Paris, Dargaud, 2000.
vol 4. L’Enfer, Paris, Dargaud, 2000.
Extras
Cómo se hizo Blacksad
Blacksad: La historia de las acuarelas
Variantes
Blacksad nº 03: Alma roja (Edición Coleccionista).
Blacksad nº 03: Alma roja (Edición de lujo).
Benvenuti, S., Rizzoni, G., et Lebrun, M., Le Roman criminel, Nantes, Éditions de l’Atalante. 1982.
Boileau-Narcejac, Le Roman policier, (1964), PUF, Quadrige n°177, 1994.
Bourdier, J., Histoire du Roman policier, éd. de Fallois, 1996.
Deleuse, R., Les maîtres du roman policier, Paris, Bordas, Coll. "Les Compacts", 1991.
Dubois, J., Le Roman policier ou la modernité, Paris, Nathan, 1992.
Eco, U., De Superman au Surhomme, (1978). Traduit de l’italien par Myriem Bouhazer, Grasset. 1993.
Évrard, F., Lire le roman policier, Paris, Dunod, 1996.
Giraud, R. Et Ditalia, P., L'argot de la Série Noire, Vol. 1: L'Argot des Traducteurs, Joseph K., 1996.
Groensteen, Th., Animaux en cases, une histoire critique de la bande dessinée animalière, France, Futuropolis, 1987.
Groensteen, Th., La bande dessinée, un objet culturel non identifié, Angoulême, Éditions de l’an 2, 2006.
Jiménez Varea, J., "Tiras negras: el género negro en las series de prensa estadounidenses" in Tebeosfera, Sevilla, (XII-2002).
Mesplède, C. et Schléret, J-J., Voyage au Bout de la Noire, Les auteurs de la Série Noire, Joseph K., 1995.
Morgan, H., Principes des littérratures dessinées, Angoulême, éditions de l’an 2, 2033.
O'Brien, G., Hard-Boiled USA-Histoire du Roman Noir Américain, Encrage, 1989.
Poirier, Jacques (sous la dir. de) L’animal littéraire. Des animaux et des mots, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, "Écritures", 2010.
Simsolo, Noël, Le Film noir. Vrais et faux cauchemars, Paris, Cahiers du cinéma, collection Essais, 2005.
Vernet, Marc, Le Film noir américain: repères et ressources documentaires, Paris, Bibliothèque du film, collection Ressources, 2005.
Bandes dessinées noires faites par des auteurs espagnols qui sont entrées directement dans le marché français
Peter Parovic (1983) de El Cubri.
Jazz Maynard (2007) de Raule/Roger Ibáñez.
Ken Games (2009) de José Robledo y Marcial Toledano.


Catherine DU TOIT: En quête d’un troisième espace: violences sorcières et fictions policières en Afrique
Depuis deux décennies, le roman policier connaît un essor considérable en Afrique. La poignée d’études consacrées à ce thème relève quelques traits qui caractériseraient la fiction policière africaine: la volonté de critiquer, à travers l’imaginaire, les lacunes des régimes politiques et de donner un sens à la réalité sociale, souvent violente, qui caractérise la société africaine contemporaine.
Les romans policiers africains de l’extrême contemporain reflètent les tendances mondiales à hybrider les sous-genres traditionnels de la fiction policière. En faisant ainsi, ils adaptent et incorporent certains éléments existant en ajoutant d’autres afin de créer de nouvelles figures du policier adaptées à leur contexte et, dans certains cas, pour répondre aux attentes des lecteurs cibles. Dans de nombreux romans récents, la figure du policier joue un rôle implicite ou explicite en tant que médiateur culturel, du fait de sa mobilité sociétale et de la façon dont les attitudes culturelles influencent le(s) crime(s) ainsi que la manière dont l’enquête est abordée. Très souvent, la capacité du policier de comprendre et de gérer les défis de l’altérité a un impact direct sur l’efficacité de l’enquête. La composition hétérogène des pays africains ne fait que compliquer davantage la situation. L’Inspecteur Habib de Moussa Konaté, par exemple, a beau être un natif du pays, il a des difficultés à démêler les différences linguistiques, culturelles et religieuses et dépend d’interprètes et de guides quand il enquête sur des crimes parmi les Dogons ou les Bozos. Il semblerait que le modèle du policier dur-à-cuire domine le roman policier postcolonial, mais il y a aussi d’autres modèles qui partagent sa connaissance de l’environnement urbain souvent hostile et ses expériences qui vont au-delà des divisions de race, d’ethnie ou de classe. Les enquêtes révèlent souvent un malaise dans la société. Dans bon nombre de romans, par example Wife of the Gods de Kwei Quartey ou Nairobi Heat de Mukoma wa Ngugi, l’enquête devient un itinéraire épistémologique et ontologique étant donné que la quête de la vérité mène à une connaissance intime du sujet et à une nouvelle compréhension humaine.

Catherine du Toit enseigne la littérature française et comparée à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud. Spécialiste d’Henri-Pierre Roché (l’auteur de Jules et Jim et de Deux Anglaises et le Continent) , elle a publié de nombreux articles sur la vie et l’œuvre de cet écrivain trop longtemps méconnu. Son travail sur Roché l’a conduite à explorer des thèmes liés à la séduction, à l’érotisme, au mythe de Don Juan, à l’écriture de soi et aux films de la Nouvelle Vague. De par son attachement au continent africain, elle s’intéresse aux façons multiples dont le plurilinguisme et la réalité multiculturelle de ce continent se manifestent dans la littérature contemporaine.

Cathy FOUREZ: Ce goût sordide pour le dégoût: quand le noir se fait sanguinolent dans Muerte caracol (2010) d’Ana Yvonne Reyes Chiquete
L’actuelle littérature dite policière incarne, comme jamais, l’écriture de la crise. Elle déstabilise dans sa manière de lire et dire la vergogne, le scandale, la douleur, l’ignominie, la barbarie. Elle s’érige comme l’art d’inquiéter les représentations consensuelles qui existent dans ce que l’on appelle la réalité, et ne livre pas, en raison d’une tendance de plus en plus prononcée vers une exploration générique poreuse et protéiforme, des systèmes narratifs fermés dotés de recettes préétablies. Elle conduit davantage vers des récits formellement et thématiquement instables, altérés, fluctuants qui contraignent le lecteur à sortir de son monde et du monde que le commentaire et l’image médiatique lui imposent, pour, peut-être et enfin, les découvrir (ou redécouvrir) dans toute leur imprévisibilité et leur laideur. Superposition, entre autres, d’un terrifiant roman à suspense et d’une auscultation sur le pouvoir (ou pas) de raconter le Mal et l’aptitude à lire et à comprendre (ou pas) l’horreur, le livre Muerte caracol (2010) de la mexicaine Ana Yvonne Reyes Chiquete relate la progressive lecture de l’histoire d’un sanguinaire serial killer étasunien par un insipide et solitaire fonctionnaire de langue espagnole, fasciné par les récits du crime, et qui tente de se former, au moyen de la fiction, afin d’aspirer au titre d’assassin. Dans un pays tel que le Mexique, qui manipule, dans un contexte d’extrême violence, la réalité comme une tragi-comédie ou une simulation, nous proposons d’analyser comment Ana Yvonne Reyes Chiquete, en multipliant les romans dans Muerte caracol, en exploitant et resémantisant les poncifs des différents versants de la littérature policière, en brisant les frontières entre le monde lu et le monde d’où l’on lit, en injectant à tous ses personnages - qu’ils soient les êtres de papier avec lesquels se familiarise Sobera au cours de ses diverses immersions dans les narrations criminelles ou le propre Sobera dans son statut de lecteur - la même assiduité et épaisseur psychologique, questionne l’espace, le rôle et la réception de la fiction policière ainsi que de ses codes dans le monde réel, et plus particulièrement dans celui de ses lecteurs. Par ailleurs, on se penchera sur l’anomalie humaine, qui, selon ce roman, n’habite pas uniquement et dogmatiquement celui qui tue, mais également celui qui prend connaissance du bain de sang et ne sait pas l’observer, ou l’observe immodérément, avec un naturel effrayant.

Cathy Fourez, agrégée d'espagnol, est actuellement Maître de Conférences à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3 où elle enseigne la littérature hispano-américaine. Elle a publié des articles en France et au Mexique sur les littératures policières (au Mexique), et plus principalement sur le concept de barbarie à l'encontre du genre féminin (notamment le féminicide à Ciudad Juarez), de la frontière et de ses liens avec la justice et la violence à travers la fiction.
Ouvrage
Scènes et corps de la cruelle démesure: récits de cet insoutenable Mexique, Cathy Fourez, Éditions Mare et Martin, Collection Llama, Paris, Octobre 2012, 420 p., (ISBN 978-2-84934-092-9).
Coordination d'ouvrages collectifs
Quand le délit est dans le texte: le genre policier, une Littérature de l’excès?, Cathy Fourez, Victor Martinez, Raphaël Villatte (coord.), Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2011, 177 p., Comparatisme et Société. Vol. 14, Directeur de collection: Hubert Roland (ISBN  978-90-5201-691-7).
Lieux et figures de la barbarie, Norah Giraldi Dei Cas, Fatiha Idmhand, Cathy Fourez (Dir.), Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2012 (ISBN 978-90-5201-870-6).


Christophe GELLY: Le mode noir dans le cinéma policier contemporain: le cas Scorsese
Le rôle majeur joué par Martin Scorsese dans l’émergence du néo-noir est bien connu: c’est à partir de Taxi Driver que le terme et la pratique du "néo-noir" s’installèrent dans le paysage cinématographique international comme signe de la renaissance d’un genre qui n’avait perduré que sur une période relativement courte (1941-1953, si l’on reprend les bornes chronologiques proposées par Borde et Chaumeton). Il y avait eu des précédents, notamment le Chinatown de Polanski, en 1974, mais il semble bien que le film de Scorsese, par le retentissement que lui donna la Palme d’or de Cannes, lança un mouvement qui allait emporter l’adhésion du public pour des films comme Blood Simple (Joel Coen, 1984) ou Year of the Dragon (Michael Cimino, 1985). Le but de cette communication n’est pas d’identifier ce qui reste du noir dans le néo-noir - c’est l’objet de nombreux travaux, notamment ceux qui, comme les écrits de Thomas Schatz ou James Damico, considèrent le noir comme un "mode" filmique applicable à plusieurs univers ou thématiques distincts (la science fiction, par exemple, comme dans Blade Runner de Ridley Scott en 1982). Je voudrais tenter plutôt de démêler ce qui, dans les films plus tardifs de Scorsese, subsiste de cette première approche du néo-noir, même dans des œuvres qui appartiendraient davantage, a priori, au genre du film à suspense. Ce travail portera principalement sur The Departed (Les Infiltrés, 2006), mais proposera également une approche plus générale de l’œuvre du cinéaste autour de la question du noir comme "mode filmique".

Le film
Les Infiltrés (The Departed), réalisé par Martin Scorsese, 2006, produit par Brad Pitt, Brad Grey, Graham King, adapté de Infernal Affairs (Andrew Lau et Alan Mak, 2002), distribué par Warner Bros.
Bibliographie sur le film
Christie, Ian, "Scorsese: Faith under Pressure", Sight and Sound, 2006 Nov; 16 (11): 14-17.
García-Mainar, Luis M., "Contemporary Hollywood Crime Film and the New Individualism", European Journal of American Studies (EJAS), 2009.
Gay, Christian, "To the Queerly Departed: Looking at Scorsese from a Queer Perspective", pp. 218-232, in Juett, Joanne C. (ed. and introd.), Jones, David M. (ed. and introd.), Coming Out to the Mainstream: New Queer Cinema in the 21st Century. Newcastle upon Tyne, England; Cambridge Scholars; 2010 (xiii, 290 pp.).
Gombeaud, Adrien, "Deux films infiltrés: Infernal Affairs/Les Infiltrés", Positif: Revue Mensuelle de Cinéma, 2008; 567: 93-95.
Grand, Gilles, "Du piqué au distordu, une extinction", Cahiers du Cinéma, 2006 Dec; 618: 78-79.
Heyer-Caput, Margherita, "Martin Scorsese's The Departed, or the Quest for a Departed Ethnic Identity", pp. 173-182 IN: Renga, Dana (ed. and introd.); Mafia Movies: A Reader. Toronto, ON; U of Toronto P; 2011 (xiv, 400 pp.).
Molony, Sinéad, "'The Blood Stays on the Blade: An Analysis of Irish-American Masculinities in the Films of Martin Scorsese", Irish Feminist Review, 2007; 3: 137-148.
Xu, Garry G., "Remaking East Asia, Outsourcing Hollywood", pp. 191-202, in Hunt, Leon (ed. and introd.); Leung, Wing-Fai (ed. and introd.); East Asian Cinemas: Exploring Transnational Connections on Film. London; Tauris; 2008 (261 pp.).
Bibliographie sur le genre
Borde, Raymond et Chaumeton, Etienne, Panorama du film noir américain, 1941-1953, [1955], Paris, Flammarion, 1993.
Copjec, Joan (ed.), Shades of Noir (London: Verso, 1993).
Damico, James, "Film Noir: A Modest Proposal", Film Reader 3 (1978), 54.
Krutnik, Frank, In A Lonely Street - Film Noir, Genre, Masculinity (London: Routledge, 1991).
Naremore, James, More than Night: Film Noir in its Contexts (Berkeley: University of California Press, 1998).
Schatz, Thomas, Boom and Bust: American Cinema in the 1940s (Berkeley: University of California Press, 1997.
Spicer, Andrew, Film noir (Harlow: Longman Pearson,  2002).
Telotte, J.P., "Rounding Up The Usual Suspects: The Comforts of Character and Neo-Noir", Film Quarterly 51: 4 (1998).
De l’auteur, sur des sujets connexes
Raymond Chandler - Du roman noir au film noir, Paris, Michel Houdiard, 2009 [ouvrage].
"Reflexivity in three films noirs: Laura (Otto Preminger, 1944), Double Indemnity (Billy Wilder, 1944), Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950)", Generic Attractions: New Essays on Film Genre Criticism. Celestino Deleyto et María del Mar Azcona, eds., Paris: Michel Houdiard, 2010.
"Film Noir and Subjectivity", The Blackwell Companion fo Film Noir, à paraître.


Elsa GRASSO
Elsa Grasso est Docteur en philosophie ancienne, agrégée de philosophie. Maître de conférences en philosophie à l’Université de Nice. Membre du Centre de Recherches en Histoire des Idées. Ses travaux en philosophie antique portent essentiellement sur la pensée platonicienne, ainsi que sur la question de la mimétique. Dans cette seconde perspective, ses recherches sur les notions de fantastique et de représentation rejoignent également le champ de la littérature et de l’esthétique, avec diverses publications sur Edgar Poe, Lovecraft, Giono, Melville ou P. Magnan.

Lauric GUILLAUD: Le polar ésotérique
Sous-genre du roman criminel ou policier, le roman noir ou thriller ésotérique, dit "éso-polar", allie énigme, suspense et révélation de secrets mystiques, religieux ou occultes, avec un arrière-plan privilégiant sociétés secrètes, conspirationnisme et eschatologie. Si quelques œuvres comme Le Pendule de Foucault (1988) d’Umberto Eco, La Conspiration des ténèbres (1991) de Theodore Roszack, L’énigme du Vatican de Frédérick Tristan (1995) ou Qumran (1996) d’Eliette Abécassis ont frayé la voie à une mode qui semble durable, c’est surtout le prodigieux succès du Da Vinci Code (2003) de Dan Brown (82 millions d’ex.) qui semble à l’origine de l’engouement actuel. En général, les intrigues se développent à partir d’un crime qui débouche sur un fait religieux, historique ou pseudo-historique; l’enquête ne peut mener qu’à la quête. De nouveaux (?) héros apparaissent, policiers, universitaires, archéologues, bibliothécaires, informaticiens, qui tentent de percer à la fois une énigme criminelle et un mystère d’essence théologique: Chris Bronson (Le Dernier apôtre, 2008, de James Becker), Charlotte Hennesey (Le Secret du dixième tombeau, 2008, de Michael Byrnes), Jack Howard (Atlantis, 2005, de David Gibbins), Daniel Knox (Le Tombeau d’Alexandre, 2007, de Will Adams), Ari Mackenzie (Le Rasoir d'Ockham, 2008, de Henri Loevenbruck), Cotton Malone (L'Héritage des Templiers, 2006, de Steve Berry), Antoine Marcas (Le Rituel de l'ombre, 2005, d’Eric Giacometti et Jacques Ravenne), Yvan Sauvage (Arrêt Wagram, 2010, de Samuel Delage), Catherine Velis (Huit, 2002, de Katherine Neville), Nina Wilde et Eddie Chase (À la poursuite de l'Atlantide, 2007, d’Andy McDermott). Il s’agira d’explorer ce nouvel exemple d’hybridité générique en le reliant d’abord aux fantastiqueurs anglo-saxons qui tentèrent, à la fin du XIXe siècle, de greffer l’occultisme sur le fantastique (E.F. Benson, M.R. James, Conan Doyle, Sax Rohmer, etc.), puis au sous-genre des détectives de l’étrange (S. Quinn, W.H. Hodgson, A. Blackwood, Jean Ray, etc.). Il s’agira enfin de replacer la tendance "éso-polar" au cœur des constellations policières (polar historique ou ésotérico-historique, roman de l’étrange), ainsi que dans le zeitgeist actuel: retour des grands mythes ésotériques (l’alchimie, les Templiers, les Francs-maçons), crise des religions, mode New Age, regain de curiosité pour l’Histoire "secrète", aspiration au spiritualisme et au réenchantement du monde, retour du refoulé, etc. Le polar ou roman noir n’est-il pas en train de perdre de son intégrité dans cette nouvelle greffe?

Bibliographie
Lauric Guillaud et Jean-Pierre Picot, Les détectives de l'étrange, Colloque de Cerisy, Paris, Ed. Manuscrit.com, Recherche-Université, 2 tomes, 2007.
Dan Brown, Da Vinci Code, Paris, Jean-Claude Lattès, 2004 [etc.].
Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Le Rituel de l'ombre, 2005, Paris, Fleuve Noir, 2005 [etc.].
Henri Loevenbruck, Le Rasoir d'Ockham, Paris, Flammarion, 2008 [etc.].
Katherine Neville, Le Huit, Paris, Le Cherche-Midi, 2002 [etc.].


Arnaud MAILLET: Le film noir: en voir de toutes les couleurs?
Dans le registre du film noir, qu’en est-il du goût du noir aujourd’hui alors que la majorité des films sont tournés en couleur? Comment filmer la noirceur en couleur? Quelles sont ainsi les solutions filmiques et cinéplastiques possibles? Et si, selon notre hypothèse, ce goût du noir est inséparable du goût pour la mélancolie - c’est-à-dire, en suivant Saint Jean de La Croix, de cette eau bourbeuse à travers laquelle le mélancolique regarde le monde -, qu’en est-il alors de la mélancolie de ces films noirs en couleur à présent?

Arnaud Maillet est maître de conférences en histoire de l’art contemporain à l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4). Ses champs de recherche concernent la manière dont l’histoire de l’art peut s’articuler à une histoire du regard et à une histoire de l’imaginaire pour s’acheminer vers une construction historique du regard et une construction visuelle du savoir.
Publications
Prothèses lunatiques. Les lunettes, de la science aux fantasmes, Paris, Kargo/Amsterdam, 2007 (Gli Occhiali. Scienza, arte, illusioni, Milan, 2010).
The Claude Glass: Use and Meaning of the Black Mirror in Western Art, New York, Zone Books, 2004 (Le miroir noir. Enquête sur le côté obscure du reflet, Paris, Kargo/L’Eclat, 2005).


Dominique MEYER-BOLZINGER: La disparition de la solution (ou la vocation critique de l’enquête)
On peut établir un lien entre l’absence de résolution positive de certaines enquêtes fictives et les flottements génériques consécutifs au développement du roman policier. L’écriture de l’enquête apparait alors comme une activité critique.
À la suite de l’expansion des techniques et des thématiques de l’écriture policière, on a vu apparaître une nouvelle forme de récits d’enquête extrêmement ambigus dans leur affichage générique et jouant explicitement sur la présence/absence d’une clôture narrative, dont ils font leur objet autant que leur structure. Ainsi s’affirme la vocation critique (et non parodique) du récit d’enquête qui, dans une visée postmoderne, dépasse les limites des genres littéraires et celles de la fiction, en assimilant savoir et incertitude, vérité et ambiguïté, tout en conservant cette dimension ludique et abstraite propice aux expérimentations théoriques qui lui vient du roman d’énigme.

Œuvres dont il sera question
Pierre Bayard, Qui a tué Roger Ackroyd?, Minuit, 1998.
Pierre Bayard, L’affaire du Chien des Baskerville, Minuit, 2008.
Antoine Bello, La disparition d’Émilie Brunet, Gallimard, 2010.
François Bon, Daewoo, Fayard, 2004.
Philippe Doumenc, Contre-Enquête sur la mort d’Emma Bovary, Actes Sud, 2007.

Dominique Meyer-Bolzinger est maître de conférences à l’Université de Haute-Alsace (Mulhouse) où elle enseigne la littérature française du XXe siècle. Spécialiste reconnue du roman policier, elle s’intéresse tout particulièrement aux méthodes d’investigation fictive, aux transferts du roman policier vers la littérature, aux formes et structures de l’enquête.
Bibliographie
Dominique Meyer-Bolzinger, La Méthode de Sherlock Holmes. De la clinique à la critique, Campagne Première, 2012.
Dominique Meyer-Bolzinger, "L’écriture policière de Modiano, ou l’enquête en suspens", in Gilles Menegaldo, Maryse Petit (dir.), Manières de noir. La fiction policière aujourd’hui, PUR, 2010, p. 265-277.
Dominique Meyer-Bolzinger, "Les face à face du commissaire Maigret. Rites et risques de l’enquête", Traces n°20, 2012, p. 45-55.
Dominique Meyer-Bolzinger, "Adamsberg fils de Maigret", Temps Noir n°15, mai 2012, p. 84-99.
Dominique Meyer-Bolzinger, "Ce qui se cache dans la boite", Sigila n°31: L’Énigme, à paraitre en mars 2013.


Jean-Paul MEYER: Scènes de noir, clairs de mots: Manchette au trait de Tardi
La rencontre de Jacques Tardi et Jean-Patrick Manchette a commencé du vivant de l’écrivain, avec l’écriture commune de l’album Griffu (1978) et de quelques projets restés inachevés. Aujourd’hui, l’œuvre adaptée consiste en une trilogie de trois romans dessinés par Tardi après la mort de Manchette: Le Petit bleu de la côte ouest (2005), La Position du tireur couché (2010) et Ô dingos, ô châteaux ! (2011). Lorsque Tardi se lance dans la reprise de Manchette, au début des années 2000, il est au sommet de son art, auteur de séries originales (dont celle d’Adèle Blanc-Sec), d’adaptations célèbres (Léo Malet, Céline) et de plusieurs collaborations (avec Pennac, Daeninckx, Boujut, etc.). Avec la trilogie, il montre qu’il est non seulement un maitre de la transposition mais également un lecteur hors pair. La narration graphique de Tardi opère en effet deux types de transformations sur le texte de Manchette: elle l’éclaire, d’une part, en allégeant des lieux communs et des digressions les divers discours représentés; elle le dramatise, d’autre part, en renforçant la noirceur du monde figuré au fil des planches. L’adaptation modifie ainsi le rythme, la temporalité, l’atmosphère du récit originel, augmentant du même coup sa lisibilité, sa fluidité et son "efficacité" de roman noir.

Lectures
Trois romans de Jean-Patrick Manchette:
Le Petit Bleu de la côte ouest (1976), actuellement disponible en Folio policier (rééd. 1998) ;
La Position du tireur couché (1982), actuellement disponible en Folio policier (rééd. 1998) ;
Ô dingos, ô châteaux ! (1972), actuellement disponible en Folio policier (rééd. 2002) ;
tous repris dans Romans noirs (2005), Gallimard, coll. "Quarto".
Trois adaptations en albums de BD par Jacques Tardi:
Le Petit Bleu de la côte ouest (2005), réédité chez Futuropolis (2008) ;
La Position du tireur couché, Futuropolis (2010) ;
Ô dingos, ô châteaux !, Futuropolis (2011).
Références (extraits)
Charrel, Pierre, 2011, "Tardi adapte Manchette", Temps Noir, 14, 70-75.
Gérault, Jean-François, 2008 (2000), Jean-Patrick Manchette, parcours d’une œuvre, Paris: Belles Lettres, "Encrage".
Frommer, Franck, 2003, Jean-Patrick Manchette, le récit d’un engagement manqué, Paris: Kimé.

Jean-Paul Meyer est enseignant de linguistique et didactique du français à l’Université de Strasbourg. Son travail de didacticien concerne l’enseignement de la grammaire, notamment la transposition des théories linguistiques de référence. Parallèlement, ses activités de chercheur s’orientent vers la sémantique référentielle de la relation texte-image, dans ses divers contextes: image narrative, image de savoir, image commerciale, etc. Il mène depuis quelques années une étude de fond à propos de l’adaptation de romans en bande dessinée.
Publications
Meyer, Jean-Paul, 2012, "À propos des albums de BD adaptés de romans: De la transposition littéraire à la transposition didactique", in Rouvière, N., (éd.), Bande dessinée et enseignement des humanités, Grenoble: Ellug, 157-170.
Meyer, Jean-Paul, 2011, "Du roman à la bande dessinée. Double contrainte de la transposition narrative", Formules, 15, 7-18.
Meyer, Jean-Paul, 2011, "Formes et enjeux de la traduction interculturelle. L’appropriation des stéréotypes nationaux dans quatre traductions des Aventures d’Astérix", in Richet, B., (éd), Le Tour du monde d’Astérix, Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 169-180.


Maryse PETIT: J. C. Somoza: le feuilletage des ombres
Philosophie, poésie, littérature, sciences, théâtre: les romans noirs de Somoza, exilé, psychanalyste, écrivain, revisitent moins des lieux et des temps que des domaines de production de l’esprit humain. Et, au cœur du plus beau se cache le plus noir. Des meurtres sauvages ont lieu. Les tendances les plus perverses et sadiques se déploient. Nous sommes dans le passé, ou dans un futur proche, voire dans une absence, un arrêt du temps. Nous sommes à Athènes au 5ème siècle av JC, ou à l’un quelconque des points de la planète, souvent à Madrid. D’un récit à l’autre, les personnages se ressemblent, semblent être la continuité les uns des autres, ou leurs avatars, ou d’autres rôles pour les mêmes comédiens. Mais, toujours, nous sommes dans la puissance des mots, dans la fragilité de l’humain face aux forces de l’inconscient, nous sommes au cœur de vérités cachées, cependant toutes déjà énoncées, par des individus nommés Socrate, Shakespeare, Dante..., juste invisibles à nos yeux qui ne savent pas voir, qui ne veulent pas voir, avant que les drames à comprendre ne nous y forcent, avant que l’auteur ne nous guide dans les méandres qui mènent jusqu’à elles.

Bibliographie
J. C. Somoza, La Caverne des Idées, Editions Actes Sud (2002).
J. C. Somoza, Clara ou la Pénombre, Editions Actes Sud (2003).
J. C. Somoza, La Dame n°13, Editions Actes Sud (2005).
J. C. Somoza, La Théorie des Cordes, Editions Actes Sud (2007).
J. C. Somoza, Daphné disparue, Editions Actes Sud (2008).
J. C. Somoza, La clé de l’abîme, Editions Actes Sud (2009).
J. C. Somoza, L’Appât, Editions Actes Sud (2011).
P. Bayart, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse?, Ed de minuit (2004).
P. Bayart, Qui a tué Roger Ackroyd?, Ed de Minuit (1998).
L. Boltanski, Enigmes et complots, Ed. Gallimard, Essais (2012).
D. Lynch, Mulholland Drive (2001).
P. Tevanian, Mulholland Drive: la clef des songes, site "les mots sont importants", lmsi.net (oct 2010).


Françoise SAMMARCELLI: Histoire(s) inquiète(s): enquête et mémoire dans le roman policier nordique (Indriðason, Mankell)
Comme de nombreux textes théoriques l’ont souligné, dans la fiction policière l’intrigue est souvent inextricablement liée à la mémoire et à la redécouverte d’un passé qui ne se limite pas à l’histoire individuelle ou familiale. Le roman noir explore volontiers l’Histoire, les meurtres présents trouvant leur origine dans les crimes politiques du passé (cf le fameux Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx), tendance qu’illustre de façon originale un pan du roman policier nordique contemporain. Ainsi, dans des ouvrages récents, le suédois Henning Mankell et l’islandais Arnaldur Indridason confrontent leurs protagonistes, policiers vieillissants et désabusés, à des énigmes qui les conduisent non seulement à creuser les apories de la société actuelle, mais aussi à rouvrir des pages douloureuses ou méconnues de l’Histoire de leur pays avant la chute de l’URSS (espionnage et mensonges dans la Suède de l’après-guerre, rapport de l’Islande avec la RDA communiste). On s’intéressera notamment à la façon dont l’enquête sur la mémoire, dévoilant trahisons et manipulation, exploite paradoxalement les figures de la disparition et de l’effacement (qui atteint son paroxysme dans la perte progressive de mémoire pour le commissaire Wallander) et on examinera les divers procédés (ellipses, jeux de focalisation, recours fréquent aux analepses, répétitions, etc) qui inscrivent l’inquiétude et le deuil (qui est aussi deuil du sens) au cœur de l’écriture.

Ancienne élève de l’ENS Fontenay-St Cloud, Françoise Sammarcelli est professeur de littérature américaine à l’Université Paris Sorbonne où elle dirige le Centre de recherche "Texte et Image".
Publications
Françoise Sammarcelli, John Barth, coll. de Marc Chennetier, Belin, 1998.
Image et mémoire (PU Paris Sorbonne, 2009).
L’Obscur (Michel Houdiard, 2009).
Bibliographie
Indrið
ason, Arnaldur. L’homme du lac [2004]. Trad. Paris: Métailié, 2008.
Mankell, Henning. L’homme inquiet [2009]. Trad. Paris: Seuil, 2010.


Anielle WEINBERGER: Ouvertures au noir, du chapitre I de The Long Good Bye (1954) de Raymond Chandler à la scène d'ouverture de The Long Good Bye de Robert Altman (1973). Le travail de l'adaptation cinématographique
La scène d'ouverture, "apertura", au sens de la composition de musique instrumentale, qui précède un opéra est destinée à mettre dans l'atmosphère de l'œuvre selon Larousse. Outre la mise en condition, la mise en disponibilité du spectateur, il s agit de la lecture du film, "mode d' emploi" qui engage la prémisse dans sa globalité. Comme le stipule André Gardies dans son élégante appréciation: "L'entrée dans la fiction est une entrée dans l'espace: je suis introduit en un lieu singulier et j'éprouve le besoin de me situer. Au narrateur s'il le juge nécessaire de me faire une visite guidée qui pourra prendre alors une forme de description. Il y a de la courtoisie et de la sollicitude dans ce geste inaugural"... Le lecteur de Raymond Chandler connaît ou croît connaître Philip Marlowe et c'est en spectateur qu'il vient voir l'énième incarnation du "privé". Mais nous allons voir davantage une subtile roublardise dans l'ouverture du film Robert Altman. Pour ce qui est du ressort de l'adaptation, nous mettrons en évidence la portée de la scène d'ouverture comme quintessence, substance de l'écrit.

Références des ouvrages ou fiilms cités
3 extraits de film à prévoir: Le privé, True Romance et Reservoir Dogs...
Sur un air de Navaja de Raymond Chandler, titre original The Long Good Bye, Gallimard, 1954, Poche Noire, 1969.
Lettres de Raymond Chandler, Helga Greene, Literary Agency, 1969 et Christian Bourgois, éditeur, 1970.
Mythologie du roman policier 2, de Fancis Lacassin, Francis Lacassin et Union Générale d'Editions, 1974.
Le privé, film de Robert Altman, titre original The Long Good Bye, 1973, scénario Leigh Brackett.


Les nouveaux paysages du noir, table ronde avec Jeanne GUYON (éditrice, Rivages/noir) et Stéphane MICHAKA (écrivain)
Stéphane Michaka, romancier, auteur dramatique et scénariste, et Jeanne Guyon, éditrice et traductrice, aborderont l’évolution du paysage éditorial du roman noir, des années 90 à aujourd’hui: l’évolution des collections, la place du storytelling aussi bien au niveau des intrigues que dans la construction médiatique de l’auteur comme "personnage", l’émergence du polar ethnologique et l’influence toujours tenace du roman noir américain et de ses mythologies. Auteur de La Fille de Carnegie (Rivages/noir 2008) et de Ciseaux (Fayard 2012), roman librement inspiré de la relation entre le nouvelliste Raymond Carver et son éditeur Gordon Lish, Stéphane Michaka s’est intéressé au rôle de l’ellipse dans la narration et à l’écriture behavioriste héritée du roman noir. Ce sera l’occasion d’aborder la question de l’hybridation des genres, particulièrement prégnante aujourd’hui. Stéphane Michaka évoquera également ses experiences d’auteur de fictions radiophoniques pour France Culture et de scénariste BD pour la collection Rivages/Casterman/noir. Cette table ronde sur les nouveaux paysages du noir nous conduira à nous demander si l’esthétique et les codes du polar n’irriguent pas aujourd’hui, de façon souterraine, la quasi totalité des genres fictionnels (polar, science-fiction, littérature dite "blanche") et des formes d’expression (roman, BD, séries).

Stéphane MICHAKA
Né en 1974 à Paris, Stéphane Michaka étudie la littérature à l’Université de Cambridge et enseigne le français en Afrique du Sud. De retour en France, il travaille pour la télévision et écrit ses premiers textes pour la scène. Il a écrit de nombreuses fictions radiophoniques pour France Culture, dont une adaptation remarquée du Château de Kafka. Sur la suggestion de François Guérif, il adapte sa pièce La Fille de Carnegie et en tire un roman publié chez Rivages/Noir sous le n°700 de la collection. Son troisième roman, Ciseaux, sera publié au États-Unis par Random House en août 2013.

Bibliographie
Ciseaux, Fayard (2012).
Elvis sur Seine, Pocket (2013).
La Fille de Carnegie, Rivages/Noir (2008).
La Somnambule, avec le dessinateur Jean-Louis Thouard, d’après Helen McCloy, Rivages/Casterman/Noir (2013).


Philippe WURM: La "Comète de Carthage" par Yves Chaland
La "Comète de Carthage" est un livre hallucinatoire! Il s'agit bien d'une histoire policière, avec assassinat et résolution de l'énigme, mais cette trame première va être submergée par une trame secondaire à connotation mythologique, où la force de suggestion des images et les états d'âmes des personnages prennent le pas sur toute la construction rationnelle de l'histoire et de l'enquête. La question est de savoir comment on en est arrivé là? Pour cela, nous tenterons de répondre à deux questions principales:
1) Quels moyens, classiques et nouveaux, les auteurs ont-ils utilisés pour mettre en place une véritable stratégie du "détournement"?
2) Nous chercherons à voir si cette stratégie n'a pas réussi à mettre en lumière la question du temps dans le rapport texte/image et à nous faire éprouver une sensation toute nouvelle et inconnue dans ce registre?
Après avoir rapidement situé l'arrivée de la publication de "Comète de Carthage" dans son contexte historique et éditorial (Humanos 1986), nous ferons un très rapide tour de la ligne claire pour montrer la situation particulière de Chaland dans ce contexte. Ensuite nous décrirons les stratégies classiques de détournement et de digressions utilisés par les auteurs afin d'arriver à cerner leurs intentions. Finalement nous développerons une hypothèse concernant le rapport texte/image et plus particulièrement la condensation texte/dessin pour montrer l'originalité et la nouveauté apportée par Chaland en ce domaine. La question d'une "ligne puissance" sera développée pour montrer comment, à travers l'histoire de l'Art jusqu'aux Art Graphiques, des liens se sont établis qui mènent à l'actuelle définition du "Roman Graphique" et de sa force hypnotique de suggestion. Car un nouveau rapport au dessin a permis un rapport inédit au temps du récit et cela constituera la base de notre hypothèse et de notre étude.

BIBLIOGRAPHIE :

BOLTANSKI Luc, Enigmes et Complots, Éditions Gallimard, Paris, 2012.
BRION Patrick, Le film noir, Éditions La Martinière, 2002.
GUERIF François, Le Film Noir américain, Éditions Denoël, 1999.
RIVIERE François, Les Couleurs du Noir: biographie d’un genre, Éditions du Chêne, 1989.
The Wire Reconstitution Collective, Éditions Les Prairies Ordinaires, 2012.
Revues 813 et Alibi

Avec le soutien
de l’Équipe FORELL de l’Université de Poitiers
et du Laboratoire CECILLE de l’Université de Lille 3

Equipe FORELL de l’Université de Poitiers    Laboratoire CECILLE de l’Université de Lille 3