Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle : cliquez ici



DU JEUDI 2 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 9 SEPTEMBRE (14 H) 2004



PARIS-BERLIN-MOSCOU, REGARDS CROISÉS (1918-1939)


DIRECTION : Wolfgang ASHOLT, Claude LEROY

Avec la collaboration de Constanze BAETHE

ARGUMENT :

Paris, Berlin, Moscou: c’est entre ces trois capitales que s’est joué, d’une guerre à l’autre, le destin de l’Europe. Rien de moins figé, de plus mouvant que cette période qui oscille entre la crainte de l’apocalypse et le salut par l’utopie. A-t-on jamais été plus avide d’aller à la rencontre de l’étrange étranger qu’en ces années marquées tour à tour par la défiance et la fascination? Échanges et rencontres se multiplient à l’envi entre trois métropoles perçues comme autant de modèles symboliques qui se mettent l’un l’autre au défi.

Pour prendre la mesure de cet inconnu qui inquiète ou attire, un voyage dans la ville de l’autre s’impose de toute urgence. Les grands reporters soucieux de faire toucher le réel du doigt à leurs lecteurs côtoient des écrivains en quête d’engagements contradictoires ou soucieux de redéfinir leur emploi. Des migrants contraints à l’exil témoignent quelquefois de réalités bien dérangeantes. Partout, les certitudes anciennes sont entrées en crise: aux rassurantes images reçues s’objectent, parfois durement, des images à recevoir, les visions stéréotypées sont soumises à l’impitoyable épreuve des faits, les affinités électives traditionnelles résistent mal aux dérives de la politique. Au cours de cette période de dialogues fiévreux, l’idée de voyage et l’image de l’écrivain auront été bouleversées. Entre Paris, Berlin et Moscou, les voyageurs de l’entre-deux-guerres ont porté sur l’autre un questionnement qui ne cesse de nous interroger.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 2 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du centre, du collque et des participants


Vendredi 3 septembre
Matin:
Michel COLLOMB: "Dans la cohue de la Friedrichstrasse...", la modernité berlinoise vue par Aragon, Crevel, Tzara et Soupault
Myriam BOUCHARENC: Nuits de Berlin

Après-midi:
Hans Manfred BOCK: Voyages entre Berlin et Paris dans les années 1920
Rino CORTIANA: Le futurisme entre Paris et Berlin
Margarete ZIMMERMANN: Villes d'après-guerre et femmes nouvelles: Deutschland (1929) de René Trintzius


Samedi 4 septembre
Matin:
Jacques DUBOIS: Henri Béraud, reporter des capitales tumultueuses
Claude LEROY: "Elles" dans le regard de l’autre. Sur quelques migrations du désir

Après-midi:
Table Ronde : Voyages à destinations multiples, avec Constanze BAETHGE (Lieu de non lieux. Le Paris de Ludwig Hohl en 1926), Nils PLATH (Une métropole sans image de soi) et Inka ZAHN (Des récits de voyage en URSS pendant l’entre-deux-guerres? documentation ou fiction?)


Dimanche 5 septembre
Matin:
Michel GRABAR: Moscou, Berlin, Paris... Le nouveau monde. L'itinéraire intellectuel de l'émigration russe de l'entre-deux guerre
Mikhail RYKLIN: Voyage et déconstruction: Derrida à Moscou

Après-midi:
REPOS


Lundi 6 septembre
Matin:
Jean-Carlo FLÜCKIGER: Une figure de passeur: Ivan Goll
Marie-Paule BERRANGER: Arp effeuillé

Après-midi:
Walter FÄHNDERS: L'américanisation dans les récits de voyages allemeands à Moscou
Wolfgang KLEIN: Marguerite et Jean-Richard Bloch en URSS, en 1934
Karlheinz BARCK: Corrado Alvaro: radiographie du stalinisme

Soirée:
Olivier ROLIN: Lectures


Mardi 7 septembre
Matin:
Wolfgang KISSEL: Moscou-Berlin-Moscou: les trajectoires d’André Biély
Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: L'âme perdue de l'Allemagne. Ecrivains en exil

Après-midi:
Table Ronde : Regards russes et soviétiques, avec Galina TIME (Les voyages russes des années vingt "Moscou (Saint-Pétersbourg)-Berlin-Moscou (Paris)": les voies d'une nouvelle auto-identification), Evgenij PONOMAREV (Ecrivains voyageurs soviétiques dans les années 1920) et Christine JÉRUSALEM (En Russie: l’art du vitrail chez Olivier Rolin)

Soirée:
Jean-Philippe TOUSSAINT: Lectures


Mercredi 8 septembre
Matin:
Table Ronde : Visions de l'Europe dans les regards croisés, avec Elena GALTSOVA (Les descendants du futurisme russe à Paris au début des années 1920) et Hendrik WEBER ("Il n'y avait pas de raison d'aller en France". Autolégitimation et justification dans les récits de voyages allemands à Paris)

Après-midi:
REPOS


Jeudi 9 septembre
Matin:
Ottmar ETTE: « Vous sentez la craquelure? ». Tout autour de la transrégionalité dans l'œuvre de Blaise Cendrars
Wolfgang ASHOLT: Récit de voyage et fictionnalisation

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Wolfgang ASHOLT: Récit de voyage et fictionnalisation
Dans son récit de voyage Back from Moscow, in the USSR, Jacques Derrida se consacre aux œuvres qui essaient une liaison entre "politique et littérature". Pour lui, les récits de voyage d’écrivains forment une partie de la littérature et posent la question de la relation entre leur dimensions autobiographiques, littéraires, fictionnelles et référentielles. Le statut littéraire de certains récits de voyages est donc incontestable et en même temps problématique. Quelle est la relation entre le référentiel et le littéraire (le fictif et l’autobiographie inclus)? Quelle est la relation entre les récits de voyages d’écrivains (littéraires) et ceux de journalistes ou d’autres voyageurs? Est-ce que chaque récit de voyage comporte nécessairement une dimension littéraire ou est-ce que le degré de fictionnalisation influence non seulement la manière de voir l’autre et l’ailleurs mais aussi la capacité d’y jeter un regard différent et, éventuellement, plus profond ou plus perspicace que les regards peu ou pas littéraires. C’est à ces questions que la communication va essayer de répondre en se basant aussi bien sur les débats depuis Lukacs (« Description ou observation ») jusqu’à Wolfgang Iser (la différence entre le fictif et l’imaginaire).

Marie-Paule BERRANGER: Arp effeuillé
Cette communication portera sur l'œuvre poétique de Hans Jean Arp, poète bilingue du fait de ses origines alsaciennes (sans parler de quelques incursions dans le dialecte alsacien). J'étudierai à travers les poèmes écrits en français, ou adaptés et parfois traduits d'une première version en allemand, quelles incidences a sur sa poétique ce statut particulier, qui est aussi celui de Maxime Alexandre. En France, Arp semble moins reconnu comme poète qu'en Allemagne et cette minorisation est à interroger. Arp n'apparaît pas comme "un polyglotte blessé", il ne dramatise pas la déchirure que constitue pour d'autres écrivains le statut particulier de l'Alsace au début du siècle, mais joue un rôle de passeur dans la circulation des idées et des œuvres au sein des avant-gardes européennes; il pratique une poésie légère et spontanée, sinon automatique, qui le place dans la famille de poètes comme Péret ou Scutenaire. D'emblée, le jeu verbal, la collusion des mots dans une écriture de la  juxtaposition et du collage, les concrétions ludiques qui procèdent de ce qu'il appelle dans ses créations plastiques un "méta-matérialisme" font de lui un poète surréaliste, de même que ses poètes de prédilection (Rimbaud, Novalis, Arnim) qui retrouvent par un autre chemin, celui de la double culture, le panthéon de Breton.

Hans Manfred BOCK: Voyages entre Berlin et Paris dans les années 1920
L’intervention comportera deux volets: D’abord sera esquissée une typologie des modes de voyage à destination de la capitale voisine qui reste, en principe, une nation ennemie dans la période de l’entre-deux-guerres. On se demandera s’il y a une logique d’interaction propre aux différents modes de voyage (voyage individuel, voyage collectif, voyage privé, voyage organisé, voyage de commerce, voyage d’intellectuels...) et s’il y a eu des modifications notables quant à la fréquence relative de ces modes de voyage selon les étapes des relations franco-allemandes des années 1918 à 1939. Le deuxième volet de l’intervention sera consacré aux modes de perception de la capitale étrangère par les intellectuels ainsi qu’à la question de savoir quels étaient leurs centres d’intérêt portés à l’autre capitale.

Michel COLLOMB: "Dans la cohue de la Friedrichstrasse...", la modernité berlinoise vue par Aragon, Crevel, Tzara et Soupault
Au lendemain de la première guerre mondiale et de l’échec de la révolution de 1919, l’Allemagne humiliée semble tourner le dos à la France et demander à l’Orient et au monde slave les principes d’un ressourcement  culturel et spirituel. En France, l’animosité envers l’Allemagne est entretenue par la question épineuse des réparations ;  penseurs et écrivains persistent dans leur refus de toute influence germanique et certains œuvrent  à la définition d’une esthétique purement française. C’est ainsi que l’ensemble de la littérature et de la peinture expressionniste restera ignoré du monde intellectuel français. Seuls quelques groupes d’avant-garde militant pour une forme d’internationalisme artistique se soucient de ce qui se passe outre-Rhin, accueillent Max Ernst, traduisent Heinrich Mann ou s’enthousiasment pour le cinéma allemand. La grande vitalité de Berlin n’est toutefois pas ignorée de tous ; sa réputation de laboratoire de la modernité attire à elle les esprits les plus curieux.
Les surréalistes n’ont pas été les derniers à prendre le chemin de Berlin, comme nous aimerions le montrer dans notre communication en relevant les témoignages de certains d’entre-eux. Dans la cohue de la Friedrichstrasse, les pas de Philippe Soupault ou de René Crevel n’auraient-ils pas croisé ceux de Wystan Hugh Auden, de Christopher Isherwood ou de Vladimir Nabokov?

Rino CORTIANA: Le futurisme entre Paris et Berlin
Parmi les signes de l’activité futuriste après la guerre, pour ce qui concerne Paris, on peut rappeler:
a) la publication en un seul volume de l’ensemble des manifestes concernant la poétique motlibriste — Les mots en liberté futuristes (1919) dont une planche Assemblée tumultueuse (sensibilité numérique) — a été conçue spécialement pour ce recueil ;
b) "Il futurismo", "revue synthétique illustrée" (1922), publication bimensuelle qui eut comme siège Milan et Paris ;
c) la continuation de l’activité de Severini.
A Berlin, dans la lignée d’une esthétique de la machine, occupe un rôle important le poète-dramaturge, Ruggero Vasari (1898-1968), correspondant en Allemagne du futurisme italien et directeur de la publication du périodique « Der Futurismus », lieu de contact avec les intellectuels allemands.

Jacques DUBOIS: Henri Béraud, reporter des capitales tumultueuses
Romancier couronné dès 1922 par un prix Goncourt et grand reporter au Journal, Henri Béraud (1885-1958) accomplit dans les années vingt trois reportages importants dans trois capitales européennes en proie à l’Histoire. Il en sortira autant de volumes à succès: Ce que j’ai vu à Moscou, Ce que j’ai vu à Berlin, Ce que j’ai vu à Rome. Béraud juge ainsi le jeune régime bolchévique, une république en crise et le régime fasciste naissant au prisme de trois grandes villes. Conjuguant un sens acéré de l’investigation avec la mauvaise foi de l’idéologue (Béraud se rapprochera de plus en plus de l’extrême droite par la suite et se verra condamner à mort à la fin de la guerre), Béraud propose ainsi une représentation à la fois informée et fantasmée des capitales qui exprime, à l’égard de Moscou et de Berlin en particulier, une « phobie » bien française.

Ottmar ETTE: « Vous sentez la craquelure? ». Tout autour de la transrégionalité dans l'œuvre de Blaise Cendrars
« Tout autour du Pôle et au milieu de la tache blanche des banquises, il y a une petite couronne de terres. De même, sur la droite et plus haut, dans le bleu de l'océan, il y a quelques petits points qui sont des îles. Voici mon browning. Attention. Chacun de nous va tirer un coup à tour de rôle, puis M. Deene nous dira si les terres atteintes sont habitées ou habitables et nous nous rangerons à son avis pour occuper la plus confortable à condition qu'elle soit déserte [...]. Que pensez-vous de ma trouvaille, messieurs? Remarquez que tous les pays connus, et l'Europe, se trouvent sur l'autre face, dans l'ombre, donc aucun danger de les toucher ».
Les mondes — et les écritures — de Blaise Cendrars, dans ce passage tiré de Le Plan de l'Aiguille tout comme dans la totalité de son œuvre, se fondent sur le mouvement et la craquelure. La trouvaille cendrarsienne, n'est-ce pas l'insularité de l'écriture, dans le cadre d'une géométrie fractale au-delà de toute continuité spatiotemporelle? La dimension transrégionale, à niveau planétaire, s'ouvre sur une enquête qui portera sur les implications hétérotopiques d'un espace-temps fragmenté et discontinu — et pourtant en relation constante avec le continent (l'Europe) et le chronotope, surtout là où on ne l'attendait pas. Et le résultat, me demanderez-vous? Le voici, suivi d'un déchiffrement — et d'un déchirement — singuliers:
« Votre balle a fait tomber Paris. Vous sentez la craquelure? Et voici l'enduit qui s'est détaché, on lit encore « ...ris ». C'est tout ce qui reste de Paris ».

Elena GALTSOVA: Les descendants du futurisme russe à Paris au début des années 1920
Insistant sur leur spécifité nationale les futuristes russes rencontrent, durant leurs voyages en Occident et notamment à Paris, une culture dada et surréaliste qui leur paraît toute semblable à la leur, à quoi s’ajoute le ravissement de l’élan artistique des années 1920.
Le sentiment du déjà vu et déjà inventé est doublé de la découverte du monde autre, où leur enthousiasme soviétique se heurte à des valeurs culturelles peu compatibles avec l’idéologie de l’URSS. Certains, comme Vladimir Maïakovski, manifestèrent leur fidélité au régime et essayèrent de jouer le rôle de maîtres d’esprit pour les Français; d’autres, comme Valentine Parnach, se sont parfaitement inscrits dans le contexte parisien. Le but de la contribution est de montrer la variété des points de vue des descendants des avant-gardes russes les plus radicales sur la capitale des arts pendant les "années folles".

Christine JÉRUSALEM: En Russie: l’art du vitrail chez Olivier Rolin
La communication portera sur le texte d’Olivier Rolin, "Moscou", publié dans En Russie (1). On cherchera dans un premier temps à voir de quelle manière ce texte s’inscrit dans un genre (le récit de voyage), en mesurant notamment la portée référentielle du projet. Ces courtes notes, faites de récits anecdotiques et de descriptions urbaines, constituent en effet un regard politique et ethnographique sur l’ancienne URSS. Dans cette perspective, on sera particulièrement attentif aux différents procédés stylistiques qui permettent la visualisation de Moscou. Cependant, l’impression d’instantanés, l’effet "choses vues", est concurrencé dans le texte par un autre mouvement: l’espace désigné par Olivier Rolin n’est pas seulement celui de la référentialité mais aussi celui de la Bibliothèque. Le texte est en effet étoilé, de façon très constante, par une série de "satellites fictionnels" (métaphores, médiations intertextuelles) qui déplacent la question de la représentation. On s’intéressera ainsi à l’émergence d’un nouvel espace : la ville de Moscou prend un caractère fantasmatique, assez proche des lieux nabokoviens (Saint-Pétersbourg) décrits par Olivier Rolin dans Paysages originels (2): des lieux « inextricablement réels et fantaisistes, reflets d’une réalité sans cesse déformée, remaniée par les puissantes gravitations de l’imaginaire, de la mémoire, du désir, du jeu » (3). De façon concordante, on sera sensible aux glissements temporels. "Moscou" joue sur une subtile superposition des temps, entrecroisant passé (un pays disparu) et présent (le moment du voyage).
L’art de Rolin apparaît bien comme celui du vitrail. Placé sous le double signe de Baudelaire (les "verres de couleur" du mauvais vitrier) et de Nabokov (les "losanges enchanteurs" de la gloriette ou de l’habit d’Arlequin), il colore diversement le monde.

(1) Olivier Rolin, En Russie, Editions du Seuil, 1997.
(2) Olivier Rolin, Paysages originels, Editions du Seuil, 1999.
(3) Ibid., p.48.


Wolfgang KLEIN: Marguerite et Jean-Richard Bloch en URSS, en 1934
Invités au premier Congrès des écrivains soviétiques en août 1934, les Bloch passent cinq mois à Moscou et en URSS. Des documents inédits conservés au fonds Bloch de la Bibliothèque Nationale (un journal, mêlant les lettres à leurs enfants restés en France aux coupures de la presse soviétique, et la correspondance) et les articles publiés par Jean-Richard Bloch pendant ce voyage seront étudiés pour comprendre comment l’expérience de cet autre monde a causé une rupture dans la pensée de Bloch sur son propre pays.

Nils PLATH: Une métropole sans image de soi
Considérer l’élaboration de la notion de la "lisibilité d’une ville comme un texte" est essentiel pour l’étude des rencontres culturelles et pour l’idée de la métropole et de l’urbanité à nos jours. Cependant, l’auteur définit cette notion comme un concept inopportun de perception des signes de l’urbanité. Ce concept devrait nécessairement intégrer la déconcertation des notions préconçues de l’interprétation. Autrement, il ne répondra pas à la complexité de la réalité matérielle, que symbolisent d’une façon particulière les métropoles depuis les premières décades du 20ème siècle. En partant des descriptions des images de ville de l’entre-deux-guerres, l’auteur essaie de montrer qu’aucune description d’une ville ne peut suffire à elle-même, qu’il faut toujours la comparer à une autre ville, un autre passé, une autre utopie. Chaque comparaison cependant met en question ce qui se présente comme image de soi, y inclus l’image de celui qui le présente.

Galina TIME: Les voyages russes des années vingt "Moscou (Saint-Pétersbourg)-Berlin-Moscou (Paris)": les voies d'une nouvelle auto-identification
Les voyages russes étaient chargés, dans les années vingt, d'une forte signification symbolique liée à une nouvelle poussée de l'esprit russe visant l'Occident. La déception des "occidentalistes" russes à St-Pétersbourg — l'avant-poste ouest de la Russie — s'était encore plus renforcée à Berlin et provoquait la nécessité de revenir en "Scythie-Moscovie" considérée comme la partie spirituelle. Même des écrivains qui n'étaient guère devenus "soviétiques" (B. Pilniak, A. Rémisov, A. Bély, G. Alexéev) étaient sensibles à cette tendance ; si le choix entre Moscou et Berlin était devenu le choix entre les deux dictatures, Paris incarnait l'espoir de la liberté.

Inka ZAHN: Des récits de voyage en URSS pendant l’entre-deux-guerres? documentation ou fiction?
Cette contribution se consacre à la relation entre la documentation et la fiction dans des récits de voyage en URSS. Comment les récits, prétendant à la représentation authentique d’un voyage effectué, représentent-ils la Russie? Peut-on y trouver des éléments fictifs, des constructions de la réalité? A cette fin, on compare des textes écrits par des publicistes professionels (écrivains, journalistes comme Georges Duhamel et Albert Londres) à d’autres dus à des non-professionels (travailleurs, artistes, dont Kléber Legay et Jules Grandjouan). L’analyse se propose d’examiner la transgression entre littérature et journalisme dans ces récits, ainsi que la réalisation du but exprimé par les auteurs d’être objectif.

Margarete ZIMMERMANN: Villes d'après-guerre et femmes nouvelles: Deutschland (1929) de René Trintzius
Le livre intitulé Deutschland de René Trintzius, un auteur presque oublié aujourd’hui, présente un panorama assez insolite de l’Allemagne d’après 1918. L’auteur recourt à la catégorie du désordre, mélangeant récits de voyage, essais, descriptions et réflexions morales. Sa vision de l’Allemagne évoque un pays profondément marqué par une Gleichzeitigkeit des Ungleichzeitigen (simultanéité du non-simultané) (Ernst Bloch), un pays où se côtoient des femmes nouvelles aussi attirantes qu’inquiétantes ainsi que des personnages aux mentalités archaïques. Les femmes nouvelles et les villes allemandes forment un ensemble de signes complexes que le narrateur s’efforce de déchiffrer, parfois en vain. Dans ma conférence, j’analyserai ce regard français sur l’Allemagne des années 20 afin de voir comment se construit, à travers ce regard, une vision relationnelle des deux pays.


Avec le soutien du Centre des Sciences de la Littérature Française de l'université Paris X - Nanterre,
du DAAD, de l'université d'Osnabrück et l'université franco-allemande



COLLOQUE PUBLIÉ (EN ALLEMAND) SOUS LE TITRE:

"DIE BLICKE DER ANDEREN. PARIS-BERLIN-MOSCOU"

EDITIONS AISTHESIS VERLAG BIELEFELD - 2006
ISBN-10 : 3-89528-585-4
ISBN-13 : 978-3-89528-685-1



Pour nous contacter : cliquez ici