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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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GEORGES PEREC : NOUVELLES APPROCHES

DU LUNDI 13 JUILLET (19 H) AU LUNDI 20 JUILLET (14 H) 2015

DIRECTION : Dominique MONCOND'HUY, Christelle REGGIANI, Alain SCHAFFNER

ARGUMENT :

L’œuvre de Georges Perec (1936-1982) semble aujourd’hui dotée d’un statut de classique, dont témoignent notamment, au plan éditorial, la publication en 2002 de ses Romans et Récits dans la collection des "Classiques modernes" de la Pochothèque, et la toute récente mise en chantier d’un volume d’Œuvres choisies (anthumes) dans la "Bibliothèque de la Pléiade" (dont la publication est prévue en 2016).

Quelque trente ans après le premier colloque de Cerisy consacré à Perec (juillet 1984) — qui fut aussi le premier colloque à porter entièrement sur son œuvre —, il s’agira, plutôt que de proposer un compte-rendu de trois riches décennies de recherche, d’en prendre acte pour contribuer à la relance d’une activité critique dont le dynamisme semble manifestement lié à l’accession de Perec au statut de "classique". On songe ici à la définition naguère énoncée par un autre Oulipien, Italo Calvino — "Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture" ("Pourquoi lire les classiques?" [1981]) — car tout se passe comme si ce statut avait bel et bien ouvert le champ des lectures possibles en permettant le dépassement de la perspective biographique (qui constituait sans doute, en l’occurrence, un passage obligé) pour l’intégrer à des approches diverses, qu’elles soient théoriques, génétiques (s’agissant notamment du dernier roman inachevé, "53 jours"), historiques, stylistiques ou plus largement linguistiques. Autour d’un tel projet, le colloque rassemblera, avec un large public de lecteurs, critiques, théoriciens, traducteurs et écrivains.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 13 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 14 juillet
Matin:
Jean-Jacques THOMAS: Georges Pérec [sic]: American Scenarist / Director
Claude BURGELIN: Le silence de Perec [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]

Après-midi:
Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton. Épisode 1: Extension du domaine de la contrainte
Raoul DELEMAZURE: Nouvelles approches de l'intertextualité perecquienne
Marie BONNOT: La Boutique obscure, une tentative d’épuisement du récit de rêve?


Mercredi 15 juillet
Matin:
Alison JAMES: Perec aux marges de la fiction
Maryline HECK: Pour un Perec politique

Après-midi:
Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton. Épisode 2: Nouvelles indications à Zo
Maxime DECOUT: "Je rêve de mes terres d'Ellesmere", ou comment réinventer la filiation par la transgression


Jeudi 16 juillet
Matin:
Danielle CONSTANTIN: Les manuscrits de La Vie mode d'emploi, quelques pistes à explorer
Yû MAEYAMA: Les notes préparatoires à La Disparition de Georges Perec

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 17 juillet
Matin:
Dominique MONCOND'HUY: Espèces d'espaces: du vide à l'écrit, autoportrait d'un écrivain
Derek SCHILLING: "Entre Sens et Nevers": géopoétique du nom de lieu

Après-midi:
Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton. Épisode 3: Numérotation des chambres de bonnes
Annelies SCHULTE NORDHOLT: Le "travail de la mémoire" dans Lieux de Georges Perec
Timo OBERGÖKER: Tentative d'épuisement d'un lieu londonien

Soirée:
Présentation de "Formules". Lecture par Bernardo SCHIAVETTA


Samedi 18 juillet
Matin:
Steen Bille JØRGENSEN: Lire La Belle et la Bête. Des modèles narratifs, des jeux d'échelles et des formules littérales chez Perec
Christophe REIG: Le(s) Voyage(s) d'Hiver(s): Fiction Centrifuge / Fictions Transfuges

Après-midi:
Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton. Épisode 4: Un mystère dans la pâtisserie
Hermes SALCEDA: La Disparition, entre contrainte et mémoire
Peter CONSENSTEIN: L'Identité juive de Georges Perec


Dimanche 19 juillet
Matin:
Isabelle DANGY: Poétique du chapitre dans l'œuvre de Georges Perec
Véronique MONTÉMONT: Onomastique perecquienne

Après-midi:
Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton. Épisode 5: Le jeu des quatre coins (Première partie: Jeux d'angles heureux; Seconde partie: Au secours!)
Philippe WAHL: Calet / Perec: puzzles autographiques
Cécile DE BARY: Un style complètement plat?


Lundi 20 juillet
Matin:
Adrien CHASSAIN: Projets d'œuvres, formes de vie: la rhétorique du prospectus dans les essais de Georges Perec
Éléonore HAMAIDE-JAGER: Faire du n(o)euf avec du vieux: de La Disparition de Georges Perec à Pool de Pascale Petit et Renaud Perrin

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Marie BONNOT: La Boutique obscure, une tentative d’épuisement du récit de rêve?
Laissant de côté la lecture autobiographique pourtant indiquée par l’auteur, on proposera d’envisager La Boutique obscure comme une œuvre plus contrainte qu’elle n’y paraît, et d’y voir une tentative d’exploration, de saturation et d’épuisement d’un genre littéraire: le récit de rêve. Reprenant et systématisant la procédure de transcription authentique, prônée avant lui par les surréalistes et transmise par le modèle leirisien de Nuits sans nuit, Perec semble regagner la maîtrise impossible du rêve en présentant son recueil comme un ensemble de variations, aussi bien formelles que de contenus, et démarquer ainsi son recueil des modèles qui lui ont préexisté.

Claude BURGELIN: Le silence de Perec
On se souvient de ce fragment de phrase à la fin du passage sur ses parents dans W: "l’ultime reflet d’une parole absente à l’écriture, le scandale de leur silence et de mon silence". Le scandale de mon silence? Quel est ce silence? Quelle est cette parole absente? Où en trouverait-on le "reflet"? Qu’est-ce qui est tu? Ce silence, on tentera d’en repérer les signes, la présence, la fonction tout au long de l’œuvre.

Claude Burgelin est professeur émérite de littérature à l'Université Lyon 2.
Publications
Georges Perec, Seuil, 1988, réed. 2002.
Les parties de dominos chez Monsieur Lefèvre, Perec avec Freud, Perec contre Freud, Circé, 1996, réed. 2002.
Les Mal Nommés, Seuil, 2012.


Adrien CHASSAIN: Projets d'œuvres, formes de vie: la rhétorique du prospectus dans les essais de Georges Perec
Si Georges Perec mérite d’être considéré comme un écrivain à programme, ce n’est pas seulement parce qu’il n’a cessé de multiplier, de classer, d’échelonner, ses projets d’écriture, c’est aussi pour avoir, à plusieurs reprises et sous des formats divers, éprouvé le besoin d’en faire l’annonce: "le projet [...] doit être annoncé", lit-on ainsi dans un avant-texte de L’Âge, cité par P. Lejeune dans La Mémoire et l’oblique. C’est à interroger la forme et les enjeux d’un tel geste — auquel on a pu prêter le nom d’auto-bibliographie prospective — que nous nous emploierons, dans le souci de situer la pratique perecquienne parmi les réflexions modernes sur la forme projet, du "livre à venir" de Blanchot inspiré du romantisme allemand et de Mallarmé à la poétique du "prospectus" que théorise et pratique Roland Barthes, en passant par les protocoles oulipiens. Nous prendrons pour point d’amorce le cas singulier d’Espèces d’espaces: dans cet essai de 1974, Perec fait en effet état de trois projets en cours (Chambres où j’ai dormi, Lieux, La Vie, mode d’emploi). Mettant au jour le laboratoire de l’écrivain, ces projets s’inscrivent aussi dans la continuité des "travaux pratiques" qui jalonnent l’ouvrage, par lesquels l’auteur exerce ses lecteurs comme lui-même à la perception, à l’intelligence de l’infra-ordinaire urbain. Produire le projet d’une œuvre, entrer dans le détail des règles ou contraintes qui y président, c’est alors dans le même temps projeter une forme de vie, un emploi du temps et négocier une manière de s’inscrire dans l’espace commun.

Ancien élève de l’ENS de Lyon, agrégé de Lettres modernes, Adrien Chassain est doctorant contractuel à l’université de Paris 8 et membre de l’équipe d’accueil "Littérature, histoire, esthétique". Il prépare actuellement, sous la direction de Bruno Clément, une thèse intitulée: "Une vie théorique: le discours intellectuel à l’épreuve du quotidien dans les œuvres essayistiques de R. Barthes et de G. Perec".

Peter CONSENSTEIN:
L'Identité juive de Georges Perec
Georges Perec, comme de nombreux auteurs européens et français, Elie Wiesel, Jacques Derrida, Primo Levi et Patrick Modiano, par exemple, (re)construit l'identité juive par le biais de la littérature. L'identité juive représente une "hybridation" du culturel et du religieux. C'est une identité fort troublée et fragile, surtout après la Deuxième guerre mondiale. Dans mon intervention, j'ai l'intention de relier les contraintes littéraires que Perec pratique et sa quête d'identité. Les éléments particuliers de la quête de Perec seront mis en valeur en puisant dans certaines théories de l'identité, avancées par Homi Bhabha et Edward Said. Je m'appuierai aussi sur l’œuvre et les pratiques kabbalistiques de Gershom Scholem afin de mieux cerner les rapports entre Perec et le judaïsme.

Danielle CONSTANTIN: Les manuscrits de La Vie mode d'emploi, quelques pistes à explorer
En prenant comme point de départ les recherches déjà publiées sur les manuscrits de La Vie mode d’emploi, il s’agira de proposer de nouvelles pistes à explorer. L’approche génétique sera privilégiée, mais seront aussi conviées la linguistique, la sémiotique et les mathématiques. Toutes les analyses seront faites sur pièces, c’est-à-dire qu’elles s’appuieront sur des exemples choisis parmi le dossier avant-textuel de La Vie mode d’emploi.

Danielle Constantin est généticienne et comparatiste. Depuis 2004, elle est chercheuse associée à l’équipe "Genèse et autobiographie" de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM-­‐CNRS/ENS). Ses travaux de recherches ont porté sur les manuscrits de Marcel Bénabou, de Julio Cortázar, de Georges Perec, de James Joyce, de Jack Kerouac, de Marcel Proust et de Yolande Villemaire.

Isabelle DANGY: Poétique du chapitre dans l'œuvre de Georges Perec
Les travaux relatifs au découpage séquentiel du roman montrent que l’unité correspondant au chapitre, après avoir connu une émergence assez laborieuse aux XVIIe et XVIIIe siècles en concurrence avec d’autres formes de segmentation, s’est épanouie dans la littérature romanesque des XIXe et XXe siècles, en marge toutefois des démarches qui privilégient le courant continu de l’écriture et se refusent aux formes classiques de la fragmentation. L’œuvre de Georges Perec insuffle une nouvelle dimension au découpage chapitral en plaçant ce dernier au centre de la démarche créatrice, et en renouvelant à la fois le travail sur  la cohérence interne des chapitres et le jeu sur leur alternance, ainsi que le montage précis de leur enchaînement. Outil intertextuel et affleurement paratextuel, mais surtout instrument d’arpentage spatial et temporel, le chapitre perecquien invite à analyser le rôle de la clôture dans l’expansion du texte narratif.

Publications
L’énigme criminelle dans l’œuvre de Georges Perec, Champion, 2002.
Étude sur W ou le souvenir d’enfance, Ellipses, 2005.
"Du roman comme machine à égarer les soupçons: 53 jours de Georges Perec", in Artful Deceptions, Peter Lang, 2006.
"Du manque perecquien au vide échenozien", in Georges Perec, inventivité, postérité, Cluj-Napoca, Casa Cartii de Stiintsa, 2006.
"Apuena et Appenzzell: Perec au cœur du monde primitif", Cahiers Georges Perec, n°9, "Le Cinématographe", Le Castor Astral, 2006.
"Le mystère du personnage dans La Vie mode d’emploi", in Écrire l’énigme, PUPS, 2007.
"Naissances du personnage dans Un homme qui dort", Roman 20-50, n°51, juin 2011.
"Les arpenteurs du non-lieu: des héritiers de Perec?", Cahiers Georges Perec, n°11, "Filiations perecquiennes", Le Castor Astral, 2011.
"Présences du mythe dans La Vie mode d’emploi", in Chances du roman, charmes du mythe, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2013.


Cécile DE BARY: Un style complètement plat?
La phrase n’a pas été le premier centre d’intérêt de la critique perecquienne, l’auteur lui-même n’ayant guère qualifié son écriture, si ce n’est négativement, par exemple comme "plate". Le recours à cette métaphore usée mérite d’être interrogé. Seuls certains textes, spécifiques, auraient été écrits "platement", alors que W ou le Souvenir d’enfance semble donner au "blanc" une portée générale. Plus fondamentalement, l’idée de platitude peut se comprendre par opposition, contre une autre tendance, affichée ironiquement par Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?, celle de l’"ornement". S’agit-il d’un contre-modèle ou peut-on y rattacher des pratiques récurrentes de reformulation? Reprises dans le cadre de l’écriture contrainte, ces dernières suscitent un dédoublement et un "écart" (Isabelle Parnot), ou permettent la mise en œuvre de la variation.

Cécile De Bary est maîtresse de conférences à l’Université Paris Diderot. Sa thèse s’intitulait "Image, Imagination, Imaginaire dans l’œuvre de Georges Perec" et elle a depuis publié de nombreux articles consacrés à cet auteur ainsi qu’à l’Oulipo et au roman depuis la seconde moitié du XXe siècle.
Elle a dirigé le n°9 des Cahiers Georges Perec, Le Cinématographe. Elle vient de faire paraître Une nouvelle pratique littéraire en France, consacré à l’Oulipo (Mellen, USA).


Maxime DECOUT: "Je rêve de mes terres d'Ellesmere", ou comment réinventer la filiation par la transgression
Pochade désinvolte, fantaisie burlesque et débridée, Les Revenentes est certainement l’un des textes de Perec les moins sérieux. Mais est-ce suffisant pour en faire un texte accessoire, voire anecdotique? C’est sous-estimer les ressorts profonds du récit. Une lecture plus rapprochée du texte permet en effet de souligner un élément surprenant: le topos du retour au pays natal est presque la seule chose qui soit traitée avec le plus grand sérieux. C’est que, dans ces moments d’épanchements nostalgiques et lyriques, se dit un rêve de retour à l’origine et à la mère qui ne trouve pas à se formuler explicitement ailleurs. Il s’agira d’en suivre les traces discrètes et symboliques pour donner toute son épaisseur au récit.

Maxime Decout est maître de conférences à l’Université Lille 3 Charles de Gaulle.
Publications
Albert Cohen: les fictions de la judéité (Classiques-Garnier, 2011).
Écrire la judéité. Enquête sur un malaise dans la littérature française (Champ Vallon, janvier 2015).
En toute mauvaise foi. Sur un paradoxe littéraire (Minuit, mars 2015).
Direction du numéro d’Europe consacré à Georges Perec (2012).
En charge de l’édition de La Disparition, des Revenentes et du Voyage d’hiver pour la Bibliothèque de la Pléiade (2016).


Raoul DELEMAZURE: Nouvelles approches de l'intertextualité perecquienne
Les nombreuses études concernant l’intertextualité dans l’œuvre de Perec, notamment celles de Bernard Magné puis de Dominique Bertelli, se déploient à l’intérieur d’un cadre théorique textualiste qui, par la notion de "métatextuel", limite l’emprunt à sa possible valeur d’autoreprésentation, et qui, par la notion de "biotextuel", assujettit la notion de sujet à celle de texte. Or, on peut proposer une nouvelle approche de l’intertextualité dans l’œuvre de Perec, suivant une triple opération: une contextualisation de l’œuvre, l’emprunt n’ayant pas toujours la même valeur, car il ne répond pas toujours au même besoin ni ne participe de la même esthétique, une historicisation des pratiques intertextuelles et des revendications de ces pratiques, pour ne pas donner l’impression de lire Perec en-dehors d’une histoire du geste intertextuel et en-dehors du champ littéraire qui le détermine, et enfin une prise en compte d’une notion de sujet qui ne se limite pas à celle de sujet biographique.

Raoul Delemazure, Université Paris Diderot, CERILAC. Doctorant sous la direction d’Éric Marty et de Yannick Séité sur le sujet: "Une vie dans les mots des autres. Le geste intertextuel dans l’œuvre de Georges Perec".
Principales publications
"Portrait de l’artiste en singe savant: Perec ou la rhétorique de l’autoportrait", Journée d’étude Perec, 7 mai 2011, Université Lille-III, Le Cabinet d’amateur. Revue d’études perecquiennes, www.associationgeorgesperec.fr.
"Perec dans le XVIIIe siècle", coécrit avec Yannick SEITE, Europe, n°993/994, janvier-février 2012.
"L’herbier des villes de Georges Perec: un tas de reliquats", Cahiers Georges Perec, n°12, Bordeaux, Le Castor Astral, à paraître.


Éléonore HAMAIDE-JAGER: Faire du n(o)euf avec du vieux: de La Disparition de Georges Perec à Pool de Pascale Petit et Renaud Perrin
Georges Perec a répété à plusieurs reprises vouloir écrire un livre pour enfants. Il n’est jamais allé au bout de son projet, même s’il reste quelques brouillons de ses tentatives esquissées. En revanche, depuis sa mort, nombre d’auteurs et d’illustrateurs de jeunesse investissent son œuvre, en proposent une interprétation plastique voire s’inspirent des écrits perecquiens pour créer un univers personnel (Pommaux, Gibert, Perrin, Kosiak notamment). Si le choix des textes surprend, car ce ne sont pas toujours les plus connus, une propension de plus en plus grande à proposer des livres atypiques est également notable, jouant notamment avec la stature de Perec, de co-auteur à personnage, en plus de figure tutélaire.

Éléonore Hamaide-Jager est maître de conférences en littérature française à l’Université d’Artois. Spécialiste de l’album et auteur d’une trentaine d’articles sur la littérature de jeunesse et la littérature contemporaine, ses recherches portent, entre autres, sur Georges Perec, Emmanuel Carrère, Marguerite Duras.
Publications
Co-direction avec Florence Gaiotti, Claudine Hervouet, Max et les maximonstres a 50 ans: réception et influence des œuvres de Maurice Sendak en France et en Europe, BNF, 2015.
Co-direction avec Françoise Heitz et Patrick Vienne, La lettre au cinéma, Presses Universitaires d'Artois, coll. "Lettres et civilisations étrangères", série "Cinémas", 2014.


Maryline HECK: Pour un Perec politique
Si Perec n’est pas l’auteur que l’on convoque de prime abord, dès lors qu’on envisage le rapport des écrivains au politique, il nous semble qu’interroger son œuvre au travers de ce prisme permettrait de dégager de nouvelles perspectives. Une telle lecture a déjà été partiellement effectuée, sur des textes comme W ou le souvenir (l’utopie politique), Les Choses (comme critique de la société de consommation), voire Un homme qui dort (comme fable du refus de la participation au monde commun). C’est sur un autre versant de l’œuvre perecquienne que nous voudrions axer notre propos, celui de l’infra-ordinaire, en questionnant notamment le rapport des propos de Perec avec la nébuleuse théorique qu’il a côtoyée à l’époque, autour de la revue Cause Commune en particulier (Henri Lefebvre, Paul Virilio, ...).

Maryline Heck est maître de conférences en littérature française contemporaine à l’Université de Tours.
Publications
Georges Perec. Le corps à la lettre, Éditions José Corti, 2012.
Direction des Cahiers Georges Perec n°11 ("Filiations perecquiennes") paru au Castor Astral.
Coordination avec Raphaëlle Guidée du Cahier de l'Herne consacré à Patrick Modiano.
Traduction avec Jeanne-Marie Hostiou du livre de Michael Sheringham, Traversées du quotidien (PUF, 2013).


Alison JAMES: Perec aux marges de la fiction
Dans une conférence prononcée en mai 1967 à l’Université de Warwick, Georges Perec évoque trois modèles d’une écriture "relayé[e] par un matériel qui n’est pas à proprement parler littéraire": le roman de "non-fiction" de Truman Capote, le montage documentaire d’Alexander Kluge, et la biographie anthropologique d’Oscar Lewis — autant d’exemples qui marquent moins un retour au réalisme qu'une expérimentation de formes hybrides, de nouveaux moyens de saisie du réel. Il s’agira ici de montrer que l’œuvre de Perec, de manière moins voyante mais tout aussi décisive pour la littérature contemporaine, déplace à son tour les frontières entre le fictionnel et le factuel. Perec ouvre ainsi la voie à une nouvelle écriture du réel tout en déployant de multiples modalités de la fiction — que ce soit dans l’alternance entre allégorie et récit de témoignage dans W ou le souvenir d’enfance, dans la somme romanesque de La Vie mode d'emploi, ou dans l’écriture apparemment descriptive de "l’infra-ordinaire".

Alison James est professeur de littérature française à l’Université de Chicago. Ses recherches portent sur l’Oulipo, les poétiques formalistes, l’écriture du quotidien, et les liens entre littérature et philosophie.
Publications
Constraining Chance: Georges Perec and the Oulipo, Northwestern University Press, 2009.
Frontières de la non-fiction: littérature, cinéma, arts, dir. avec C. Reig, Presses Universitaires de Rennes, 2013.
Direction du numéro "Forms of Formalism" de la revue L’Esprit créateur, vol. 48, n°2, 2008.
"Citation, mythe, mémoire: formes et fonctions du détournement oulipien", in Pratiques et enjeux du détournement dans les discours littéraire et critique des XXe et XXIe siècles, dir. N. Dupont et E. Trudel, Presses de l’Université du Québec, 2011.
"Pour un modèle diagrammatique de la contrainte: l’écriture oulipienne de Georges Perec", Théorie, littérature, enseignement, n°22, 2004.


Jean-Luc JOLY: Petits modes d'emploi: une communication-feuilleton
L’immeuble du 11 rue Simon-Crubellier tout comme le roman de La Vie mode d’emploi sont riches en recoins obscurs, espaces apparemment perdus, dégagements qu’on ne visite pas, vides sanitaires et clinamens salutaires... Il s’agira, tout au long de ce colloque, à l’occasion d’un quart d’heure quotidien, de s’interroger par épisodes sur ces lieux impossiblement inutiles explorés à l’occasion de la lecture rapprochée du texte nécessitée par son édition future de la Pléiade. Avec l’espoir que ce parcours-feuilleton dans les aîtres oubliés du roman puisse mener à saisir quelque chose de son être fuyant.
Par exemple: la numérotation des chambres de bonnes; deux contraintes nouvelles? Qui est le père de l’enfant de Cé/elia Crespi? À l’angle inférieur droit; deux indications supplémentaires à Zo; pourquoi Al Brown est-il devenu Jack Delanay? Disparition hypographique de l’Oulipo dans La VIe mode d’emploi.

Jean-Luc Joly, enseignant en Khâgne AL au lycée Janson-de-Sailly (Paris), est président de l’Association Georges Perec. Auteur d’une thèse et de plusieurs articles sur la question de la totalité dans l’œuvre de Georges Perec, il a également dirigé le numéro 10 des Cahiers Georges Perec ("Perec et l’art contemporain") et co-dirigé le numéro 12 (à paraître: "Espèces d’espaces perecquiens"). Il prépare actuellement pour la Pléiade l’édition de La Vie mode d’emploi et d’Un cabinet d’amateur et participe au projet d’édition de Lieux au Seuil.

Steen Bille JØRGENSEN: Lire La Belle et la Bête. Des modèles narratifs, des jeux d'échelles et des formules littérales chez Perec
Un des grands plaisirs que connait le lecteur de La Vie mode d’emploi est lié à la manière dont le détail du texte reprend les principes formels qui régissent l’ensemble de l’œuvre. En partant de la lecture du chapitre LXXIII, dont les signes d’ouverture et de clôture sont particulièrement ambigus, j’interrogerai l’emploi par Perec de modèles narratifs (celui de La Belle et la bête notamment) et le principe formel lié aux jeux d’échelles. Est-ce que ceux-ci, en alliant la dimension fictionnelle (fantasmatique) et la dimension la plus littérale du langage, ne mettent pas en place un jeu avec le lecteur dont l’intranquillité devient décisive pour les enjeux esthétiques (et éthiques?) du livre?

Steen Bille Jørgensen est maître de Conférences au département d’Esthétique et Communication de l'Université d'Aarhus (Danemark). Ses recherches portent sur la Littérature Moderne et Contemporaine (poétiques et théorie). Directeur du programme de recherche "Modernité et Transfert Culturel" (Université d’Aarhus), il est rédacteur de la Revue Romane, (Université de Copenhague), correspondant danois à la SHLF, membre fondateur de la SLC (Société danoise de Littérature Contemporaine en langue française) et membre du bureau de la Maison de la Poésie (Copenhague).
Publications
(Co-édition) Les Défis de l'œuvre, 2007.
(Co-édition) Perec et l'histoire, 2000.


Yû MAEYAMA: Les notes préparatoires à La Disparition de Georges Perec
L'objet principal de cette communication est constitué par un ensemble d’environ trois cent pages de notes manuscrites ou dactylographiées, destinées à la rédaction de La Disparition et réparties par l’écrivain lui-même en deux catégories: les "Brouillons" et un dossier intitulé "Comment j’ai écrit certain de mes livres". En me fondant sur la comparaison avec les autres documents avant-textuels, je procèderai à l’analyse de ces écrits préliminaires dans le but d’élucider le processus créatif du roman lipogrammatique en E: évolution de l’intrigue, changement des plans paratextuels, procédés abandonnés ou dissimulés à la façon de Roussel... Il s’agit de savoir, en effet, comment Perec a é́crit l’un de ses livres.

Yû Maeyama, né à Nîgata (Japon) en 1981, entreprend des études sur l’œuvre de Georges Perec sous la direction de Thierry Maré à l’Université Gakushûin. Après obtention de sa maîtrise, il part pour la France en 2010 et poursuit sous la direction de Dominique Rabaté, à l’Université Paris 7, ses recherches en vue f’une thèse de doctorat.
Publications
"La mise en abyme chez Georges Perec", Poétique, sep. 2011.
"Les notes préparatoires à La Disparition de Georges Perec", Le Cabinet d’amateur, juin 2013.


Dominique MONCOND'HUY: Espèces d'espaces: du vide à l'écrit, autoportrait d'un écrivain
La gestation du livre de commande qu’est Espèces d’espaces fut difficile, peut-être même douloureuse, les archives du fonds Perec en témoignent. Elle confronta Perec à une réflexion sur l’espace, le ramena à la question du vide, de l’absence (de "racines" identifiables à un ou plusieurs lieux, notamment), et le conduisit à élaborer progressivement cet ensemble de textes qui constitue l’autoportrait d’un écrivain. Du seuil complexe et patiemment construit à la page finale qui réaffirme la légitimité et la capacité de l’écriture à bâtir des lieux textuels à habiter, où laisser une trace, Espèces d’espaces est un de ces moments clefs qui donne à Perec l’occasion de réfléchir à sa démarche, de repenser ses projets — et d’aller au plus loin dans la proximité qu’il perçoit et orchestre avec le saint Jérôme d’Antonello de Messine.

Professeur à l’Université de Poitiers, Dominique Moncond’huy est responsable de l’ANR Difdepo pour Poitiers, où il a co-organisé le premier colloque international sur Jacques Jouet et une journée d’étude Perec/Roubaud. Il s’apprête à lancer des Cahiers Roubaud en ligne (automne 2015). Il a co-dirigé des numéros de La Licorne sur Jacques Roubaud (1997, n°40) et sur La morale élémentaire (2007, n°81) et donné une petite anthologie de l’Oulipo (Pratiques oulipiennes, Gallimard, 2004).

Véronique MONTÉMONT: Onomastique perecquienne
Cette communication se penchera sur l'onomastique dans l'œuvre de Georges Perec. Après avoir examiné les principes de formation des noms donnés aux personnages, leurs variations, leurs origines, nous nous intéresserons aux différentes valeurs symboliques portées par l'onomastique, en résonance avec les thèmes fondateurs de la poétique perecquienne.

Véronique Montémont est maître de conférences à l'Université de Lorraine et membre de l'ATILF (Nancy). Spécialiste des écrits autobiographiques, en particulier dans leur rapport à la photographie, elle a codirigé avec Catherine Violet: Le Moi et ses modèles (Academia Bruylant, 2009) et Archives familiales: modes d'emploi (Academia L'Harmattan, 2013). Elle dirige par ailleurs la base de données "Frantext".

Timo OBERGÖKER: Tentative d'épuisement d'un lieu londonien
Cette communication est le résultat d’un projet de photographie et d’écriture qui se déroulera au printemps 2015. En partant du texte Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, nous chercherons à épuiser un lieu londonien. Muni d’un carnet de notes et de la caméra de notre téléphone intelligent, il s’agira de s’approprier un petit bout de l’espace urbain de la capitale britannique. Par ce biais, se déclenchera une réflexion sur l’écriture après Perec, d’après Perec et le rapport entre mémoire, texte et image à l’ère numérique et des réseaux sociaux.

Timo Obergöker est senior lecturer à l’Université de Chester au Royaume-Uni. Il travaille sur les pratiques, symboles et discours qui constituent l’identité collective française et francophone. Il s’intéresse également à la littérature contemporaine française et québécoise et est l’auteur de publications articulées autour de la notion "d’extrême contemporain", de la chanson française et des études postcoloniales.
Publications
"Crise du français, impact de la Francophonie", in C. Reyns-Chikuma, S. Sépulchre (dir.), Alternative francophone, Vol. 1, n°8, 2015.
S. Freyermuth, J.-F. Bonnot, T. Obergöker (dir.), Ville infectée, ville déshumanisée, Editions Peter Lang, 2014.


Christophe REIG: Le(s) Voyage(s) d'Hiver(s): Fiction Centrifuge / Fictions Transfuges
Après m’être intéressé, il y a quelques années déjà, à la poétique toute particulière de l’intitulation et aux variations onomastiques dans Le Voyage d’hiver et ses oulipiennes séquelles, le temps m’a semblé venu de reprendre les chemins de l’exégèse afin de parcourir les sentiers qui bifurquent de cet ensemble textuel collectif, mobile et foisonnant de la littérature française. À l’occasion du récent colloque des "vingtiémistes" à Bâton Rouge, j’avais tenté de baliser quelques-uns des éléments nouveaux qui permettaient de recadrer et nuancer les remarques initiales que j’avais pu formuler jadis à Vigo. Au premier chef, la parution d’une dizaine de Voyages supplémentaires. Dans cette liste, on mettra également en bonne place les analyses fouillées de Richard Saint-Gelais (en particulier son ouvrage-somme sur les transfictions), et d’autre part, les études stimulantes  sur "les théories des textes possibles". À la faveur de ce Voyage d’Hiver pluriel, j’ai pu relever par quels processus le(s) Voyage(s) d’hiver réussai(en)t à transcender la vocation de tombeau littéraire pour devenir caractéristiques de l’activité oulipienne. Toutefois, d’autres questions restent ouvertes. En effet, la "cartographie" des Voyages d’Hiver se trouvant à la confluence entre intertextualité et tranfictionnalité, et cela dans un contexte et un fonctionnement d’auteur(s) très spécifiques, l’ensemble se voit conférer une configuration mobile dont les enjeux sont difficiles à fixer. Comme l'ensemble est systémique, je m'interrogerai d’abord sur les raisons qui font du proto-récit perecquien une fiction particulièrement propice à la transfictionnalité. Ensuite, dans la foulée, j'observerai comment nombre de catégories traditionnelles majeures trouvent une nouvelle configuration (production et réception, autorité de l’auteur, "fonction-auteur") à partir desquelles nous appréhendons traditionnellement les textes. Que peut-on déduire des caractéristiques de ces Voyages qui (s’)accumulent, se recadrent, se défaussent, avancent même des fictions contrefactuelles ? Si l’on considère les éléments caractéristiques suivants: remise en question de la "fonction-auteur" (M. Foucault), adoption (non sans nuances) d’une "pensée rhétorique" opposée à l’idée d’une nécessité du texte (M. Charles), prégnance du travail métaleptique, enfin fonction de plus en plus initiatique de ces textes au sein de l’Ouvroir... l’ensemble ne concourt-il pas, finalement, à une "dé/canonisation" ambiguë de Perec?

Christophe Reig, membre associé de l’Équipe THALIM "Théorie et histoire des arts et des littératures de la Modernité" (Sorbonne Nouvelle-Paris 3/CNRS/ENS), enseigne à l’Université de Perpignan. Il a consacré une monographie à Jacques Roubaud (Miner, Miner, Rimer, New-York/Amsterdam, Rodopi, 2006) et publié de nombreux articles sur la littérature moderne et contemporaine. Il conduit des travaux sur l’écriture du second degré, les théories de la fiction, les rapports entre arts et écriture et codirige depuis 2011 la revue Formules avec Christelle Reggiani, Hermes Salceda et Jean-Jacques Thomas.
Dernières publications
Formules n°17 "Mondes contraints", avec Christelle Reggiani et Hermes Salceda (éds.), PUNM, LA, USA, 2013.
Frontières de la non-fiction: littérature, arts, cinéma, avec Alison James (éds.), Presses Universitaires de Rennes, coll. "Interférences", 2014.
Marcel Bénabou archiviste de l’Infini, avec Alain Schaffner (éds.), Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2015.


Hermes SALCEDA: La Disparition, entre contrainte et mémoire
Dans La Disparition, la combinaison de contraintes mise en place par Perec génère l’ensemble des éléments fictionnels et tend par sa complexité même à multiplier personnages et anecdotes tout en se révélant inapte à amalgamer l’ensemble suivant le droit fil d’une syntaxe narrative cohérente. Or, cette atomisation narrative a pour support thématique la coupure des origines, à travers la fuite du clan familial, à travers l’amnésie, le changement d’identité ou l’adoption. Les analepses qui interrompent fréquemment le fil de l’enquête policière sont le résultat des efforts des personnages pour remonter aux sources de leurs biographies respectives et pour reconstruire les liens de parenté qui les unissent les uns aux autres et scellent leur destin. C’est ainsi qu’un roman familial remplace assez vite l’ébauche de roman policier. Mais les origines dans La Disparition ne peuvent être dévoilées parce que liées à un indicible qui est sur le plan textuel le lipogramme et, dans l'histoire, l’horreur, pure et simple, de l'extermination et de l'infanticide.

Hermes Salceda (Université de Vigo, Espagne) s’occupe en priorité des textes de Raymond Roussel et de Georges Perec en tant que critique et que traducteur. À ce titre, il  s’efforce de transposer en espagnol la complexité textuelle des écrits de ces auteurs en respectant leurs contraintes d’écriture souvent difficiles. Ses travaux portent sur des problèmes concernant les rapports de la contrainte au récit, le statut du paratexte, la traduction des textes à contraintes et, occasionnellement, sur l’utilisation des contraintes dans les arts plastiques et les textes hypermédia. Il dirige la Série "Raymond Roussel" de La Revue des Lettres Modernes et co-dirige (avec Christelle Reggiani et Christophe Reig) la revue Formules. Revue des créations formelles.

Derek SCHILLING: "Entre Sens et Nevers": géopoétique du nom de lieu
Des Choses à 53 jours, l’usage du nom de lieu dans les textes en prose de Perec n’est ni homogène ni stable. Alors que certains récits se caractérisent par leur saturation et leur densité toponomastiques, dessinant de la sorte une géographie précise et historiquement attestée, d’autres fictions élaborées sous le poids de la contrainte préfèreront au calque une démarche plus allusive, qui ne procure guère d’illusion référentielle. L’imaginaire langagier de la carte et du plan demeurent à la racine d’une activité toponomastique dont le nom de lieu forgé (voir cette "rue Simon-Crubellier", plausible au point de paraître véridique) et le nom de lieu indicible, puisque forclos à l’Histoire, formeraient deux pôles. Or le toponyme n’est autre que ce par quoi l’espace — indéfini par définition — accède en propre au statut de lieu, et s'il appelle, de par son implication dans la mimesis littéraire, des questions d’échelle, de contiguïté, de distance ou même de périodisation dans son rapport avec un monde de référence, il peut aussi servir d’indice de fictionnalité et de chiffre autobiotextuel.

Derek Schilling est professeur de littérature française moderne et contemporaine et d’études filmiques à l’Université Johns Hopkins. Dans Mémoires du quotidien: les lieux de Perec (Presses universitaires du Septentrion 2006), il explorait le dialogue tant implicite qu’explicite que les écrits "sociologiques" de Perec tissent avec diverses théories de la quotidienneté et la notion rhétorique des loci memoriae. En 2014, il a participé à l’organisation du colloque "Traduire la littérature sous contrainte/Translating Constrained Literature", qui s’est tenu à Johns Hopkins sous la double égide de l’ANR-DifdePo et du Centre pluridisciplinaire Louis Marin.

Annelies SCHULTE NORDHOLT: Le "travail de la mémoire" dans Lieux de Georges Perec
Cette communication sera consacrée à Lieux, vaste projet expérimental, en grande partie inédit, datant des années 1969-1975. Dans les textes programmatiques de Lieux, Perec a décrit ce projet comme une tentative de cerner un triple "vieillissement": celui des douze lieux visités chaque année et méticuleusement décrits dans les textes intitulés "Réels", mais aussi celui de sa mémoire, dans les "Souvenirs", au cours des douze ans que devait durer le projet; enfin, ce sont les éventuelles transformations de son écriture qu’il espérait détecter. En nous attachant aux "Souvenirs" — la partie la moins bien connue de Lieux — nous tacherons de montrer la puissante originalité du "travail de la mémoire" dans ces textes, véritables inventaires de "micro-souvenirs" profondément attachés au quotidien et à l’espace, et se situant à mi-chemin entre le personnel et le collectif.

Annelies Schulte Nordholt enseigne la littérature française à l’Université de Leiden, Pays-Bas. Auteur de monographies et de nombreux articles sur Blanchot, Proust, Perec, Modiano et Raczymow. Elle travaille actuellement sur la représentation de l’espace urbain dans la littérature d’après-guerre, en particulier sur le thème des lieux chez Georges Perec.
Avec Raoul Delemazure, Jean-Luc Joly et Christelle Reggiani, elle prépare une édition de Lieux (Seuil, Bibliothèque du 21e siècle).
Site Internet
http://hum.leiden.edu/lucas/organisation/members/schultenordholtae.html


Jean-Jacques THOMAS: Georges Pérec [sic]: American Scenarist / Director
Entre 1968 et 1980, Georges Perec est allé plusieurs fois aux États-Unis. Si l’on connait bien les circonstances de sa collaboration à la production et à la réalisation du film Récits d’Ellis Island (1980), on connait moins ses rapports aux États-Unis et au cinéma US. Le propos de cette communication est double: 1) établir un aspect peu connu de Perec cinéaste inspiré par ce qu’il apprend du cinéma et des États-Unis à New York dans les années 70 (de sa visite en 1972 au Anthology Film Archives de Jonas Mekas et P. Adams Sitney, à la réalisation de Récits d’Ellis Island) et ses tentatives pour s’établir comme scénariste et réalisateur aux États-Unis en multipliant les contacts avec les agences littéraires (Andra Lichtenstein, Elen Lane - Grove Press), les agences cinématographiques (Geoffrey Sanford, Kate Manheim - Ziegler-Ross Agency) et les milieux artistiques de New York (Fred Hughes, Andy Warhol, Harry Mathews); 2) comprendre ce que l’analyse du cinéma américain dans sa mécanisation technique ajoute pour Perec au pouvoir du regard qui cherche, dans la mobilité du langage cinématographique, à fixer la présence de la pièce manquante, à retrouver dans le champ des "moving pictures" l’image matricielle qui sert de clef de voûte au puzzle de l’identité.

Jean-Jacques Thomas est Distinguished Professor et Melodia E. Jones Endowed Chair à la State University of New York. Il est le directeur-gérant des revues Formules et Formes Poétiques Contemporaines (FPC). Depuis 1974 il a écrit une multitude d’articles et d’essais sur Georges Perec, Jacques Roubaud et l’Oulipo dans des revues en français, anglais et espagnol. En 2011, il a co-organisé à SUNY–BUFFALO le colloque Oulipo@50.

Philippe WAHL: Calet / Perec: puzzles autographiques
Ils ont vu le jour dans le même quartier de Paris, à trente ans d’intervalle. Calet héritier d’une histoire familiale encombrante, Perec privé de ses parents par la grande hache de l’Histoire. Le premier fait mine d’être cantonné à une littérature arrondissementière, dans la veine populaire. Le second se distingue par un esprit de méthode qu’exaltent les exercices de l’OULIPO. On perçoit toutefois une affinité entre deux projets littéraires visant à (re)fonder une identité dans les jeux de l’écriture et du langage. Entre roman et autobiographie, chacun invente sa poétique de l’autoportrait, dont le miroir ou la photo offrent des mises en abyme. Leur écriture est question de position et posture, entre curiosité inquiète et indifférence, flou identitaire et quête de la trace: captation de signes du dehors, collection jouant sur le pouvoir des mots et des formules. Ecrire contre l’oubli, c’est parler de soi à travers un passé commun ou des "choses communes", c’est déceler incidemment le tragique de l’histoire sous la banalité du quotidien. Calet s’institue plaisamment historiographe des bas quartiers; Perec prône une anthropologie du quotidien, visant à "capter notre vérité". À travers leurs inflexions discursives vers le mode mineur (dubitation, négation, euphémisme), les deux œuvres partagent, dans leur pratique du fragment et du montage, une intuition de la représentation du sujet qui motive l’image du puzzle comme dispositif autographique.

Philippe Wahl est maître de conférences en langue et stylistique françaises à l’Université Lyon 2, où il anime le groupe de recherche Textes & Langue (E.A. 4160 Passages XX-XXI). Ses travaux portent sur les rapports entre langue et style (énonciation littéraire, sémantique discursive, modes de textualisation) dans des corpus contemporains de prose et de poésie.
Publication
Codirigée avec Julien Piat, La Prose de Samuel Beckett. Configuration et progression discursives, Presses universitaires de Lyon, coll. "Textes & Langue", 2013.


BIBLIOGRAPHIE :

Cahiers Georges Perec, n°1 ("Colloque de Cerisy"), P.O.L., 1985.
Cahiers Georges Perec, n°9 ("Le Cinématographe"), Bordeaux, Le Castor astral, 2006.
Cahiers Georges Perec, n°10 ("Perec et l’art contemporain"), Bordeaux, Le Castor astral, 2010.
Cahiers Georges Perec, n°11 ("Filiations perecquiennes"), Bordeaux, Le Castor astral, 2011.

CONSTANTIN Danielle, Masques et Mirages. Genèse du roman chez Cortazar, Perec et Villemaire, New York, Peter Lang, 2008.
DANGY Isabelle, L’Énigme criminelle dans les romans de Georges Perec, Paris, Honoré Champion, 2002.
Europe, n°993-994 ("Georges Perec"), 2012.
HECK Maryline, Georges Perec, le corps à la lettre, Paris, José Corti, 2012.
JAMES Alison, Constraining Chance: Georges Perec and the Oulipo, Evanston (Ill.), Northwestern University Press, 2009.
JOLY Jean-Luc (éd.), L’Œuvre de Georges Perec: Réception et mythisation, Rabat, Publications de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Mohammed V, 2002.
MONTÉMONT Véronique & REGGIANI Christelle (éd.), Georges Perec artisan de la langue, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2012.
PEREC Paulette (éd.), Portrait(s) de Georges Perec, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2001.
REGGIANI Christelle, L’Éternel et l’Éphémère. Temporalités dans l’œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Roman 20-50, n°51 ("Les Choses et Un homme qui dort"), 2011.
SALGAS Jean-Pierre (éd.), "Regarde de tous tes yeux, regarde". L’Art contemporain de Georges Perec, Catalogue de l’exposition des musées des beaux-arts de Nantes et de Dole, Nantes, Joseph K., 2008.
SCHILLING Derek, Mémoires du quotidien: les lieux de Perec, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2006.
SCHULTE NORDHOLT Annelies, Perec, Modiano, Raczymow. La Génération d’après et la mémoire de la Shoah, Amsterdam-New York, Rodopi, 2008.

Avec le soutien de l'ANR (projet "Difdepo")

ANR