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" Page mise à jour le 15 février
2010 "
DU LUNDI 12 JUILLET (19 H) AU LUNDI 19 JUILLET
(14 H) 2010
POÉSIE ET POLITIQUE AU XXème
SIÈCLE
DIRECTION : Henri BÉHAR, Pierre TAMINIAUX
ARGUMENT :
Ce colloque repose
sur le désir d’éclairer d’un jour nouveau
les rapports de la poésie de langue française
du XXe siècle aux grands événements
historiques et politiques qui ont traversé et à
bien des égards défini ce siècle souvent
tragique et tourmenté, du communisme au fascisme
en passant par le colonialisme. Il tentera en particulier
d’offrir des perspectives plus actuelles et détachées
des simples circonstances de l’époque sur ces rapports
afin de mieux cerner le caractère éternel
et universel des questions éthiques et philosophiques
qu’ils suscitent.
Il s’agira de mettre
en question une conception traditionnelle et trop
commune de la poésie comme simple expression esthétique
et formelle de l’homme et de son langage. À
travers l’étude de mouvements modernistes essentiels,
de dada au surréalisme en passant par le lettrisme,
il importera ainsi de souligner l’importance déterminante
de l’engagement du poète dans la communauté,
et non de la poésie. Celle-ci s’y est-elle compromise à
jamais?
Les rapports étroits
et complexes de personnalités telles que
Tristan Tzara, André Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret,
Robert Desnos, Louis Aragon pour le dadaïsme et le
surréalisme, ou de Christian Dotremont, pour Cobra,
à l’idée de révolution envisagée dans
sa détermination poétique seront considérés
comme des exemples fondamentaux permettant de nourrir et
de développer notre problématique. Ne seront pas
oubliés non plus le parcours original de figures singulières,
de René Char à Francis Ponge en passant par Aimé
Césaire, qui ont accompagné de manière radicale
et existentielle les actions de la résistance à
l’occupation nazie ou la lutte des peuples du tiers-monde pour leur
indépendance ni l’utilisation politique de la poésie
moderne par le mouvement de mai 68, ni les possibilités
d’expression subversive offertes par l’avant-garde de l’Internationale
lettriste.
Le poète,
en ce sens, doit être saisi comme un citoyen
et un homme du monde, pleinement impliqué dans la réalité
et dans ses combats. La conception dominante de la "littérature
engagée", en effet, s’est échafaudée
au XXe siècle à partir de l’existentialisme
sartrien, et donc de genres littéraires tels que
le roman, le théâtre ou l’essai. Nous voudrions
insister ici sur le fait que la poésie moderne, dans son
cheminement propre, fut aussi le symbole vivant d’une littérature
engagée en sa totalité. En ce sens, elle réussit
à se dégager à la fois de l’ombre de
Baudelaire, soit d’une conception surtout esthétique
et sensible de la poésie, et de celle de Mallarmé,
soit d’une conception abstraite du langage poétique née
de la spéculation conceptuelle et du monde des idées.
En conclusion, cette décade devrait offrir des modes originaux
d’interprétation du politique, dans la mesure où
celui-ci a été abordé prioritairement au XXe
siècle sous ses aspects idéologiques et doctrinaires,
ou alors dans la société contemporaine, sous
ses aspects pratiques et utilitaristes. En d’autres termes, l’étude
des rapports du poète à la Cité (à
la Polis) implique nécessairement un processus
soutenu de poétisation du politique.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Lundi 12 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Mardi 13 juillet
Surréalisme / Post-surréalisme
Matin:
Henri BÉHAR & Pierre TAMINIAUX: Introduction
Anne-Marie AMIOT:
Arcane XVII d'André Breton, sublimation dans
le mythe du refus permanent de la poésie engagée
Après-midi:
Carole REYNAUD PALIGOT:
La poésie surréaliste entre révolte et
révolution
Laure MICHEL: Politique
du poème chez René Char
Mercredi 14 juillet
Surréalisme / Post-surréalisme
Matin:
Jasmine GETZ: Michaux: poésie
de l'autre homme
David CHRISTOFFEL: L'anti-démagogisme
poétique: quel pont entre la revue Proverbe à
nos jours?
Virginie POUZET-DUZER:
En mangeant Rosa ou la poétique anthropophage
de Benjamin Péret
Après-midi:
Misao HARADA: Exprimer autrement
le politique: les manifestations du politique chez
André Breton en dehors des écrits s'y référant
explicitement
Effie RENTZOU: Au-delà
de l'(inter)national: le surréalisme et le "monde"
en métonymie
Soirée:
Projection de L'invention du Monde
Jeudi 15 juillet
Surréalisme / Post-surréalisme
Matin:
Jelena NOVAKOVIĆ:
La création poétique et l'engagement
politique dans le surréalisme: Louis Aragon et Oskar
Davičo
Christophe REIG: Oulipoli-tiques
Brisa GÓMEZ-ANGEL:
La voix solidaire à l’Espagne de Paul Eluard
Après-midi:
DÉTENTE
Soirée:
Christian PRIGENT:
"Légendes du politique" (lecture et entretien avec Bénédicte
GORRILLOT)
Vendredi 16 juillet
Résistances / Révolutions / Subversions
Matin:
Bénédicte GORRILLOT:
Christian Prigent: pour une écriture politique?
Jérôme DUWA:
A quoi bon des poètes en temps de liesse révolutionnaire?
L'événement 68
Delphine RUMEAU: Gaston
Miron, "l'amour et le militant"
Après-midi:
Fabrice FLAHUTEZ: Lettrisme et économie
politique. Proposition poétique du "Traité
d'économie nucléaire"
Pascal SIGODA: Francis Ponge
(1899/1988) ou les écrits comme espace spirituel
de la nation
Samedi 17 juillet
Matin:
Résistances / Révolutions / Subversions
Yves-Marie BOUILLON:
Poètes en guerre totale: quels espaces pour penser
la haine?
Jean-Claude MARCEAU:
Repoétiser la vie: Raoul Vaneigem où la subversion affinée
du Libre-Esprit
Tanguy WUILLEME: L’hypothèse
communiste: de l’éloge à l’adieu politique
(Depestre, Roy, Guillevic)
Après-midi:
Espaces périphériques
Catherine CHOMARAT-RUIZ:
Sous l'influence des poètes: rhétorique
d'un paysagiste à l'usage du politique
Alessandra MARANGONI:
Unanimisme de Jules Romains et du premier Jouve. Politique
et mystique
Dimanche 18 juillet
Altérités culturelles / Francophonies
Matin:
Marie-Edith LENOBLE: Frankétienne,
la politique de la Spirale
Sophie BASTIEN:
La poésie québécoise, de l'automatisme
au féminisme: 25 ans de revendication
Fadi KHODR: De la circonstance
politique à la circonférence poét(h)ique
Après-midi:
Gabriel SAAD: La poétisation du politique
chez Eluard et Cesar Vallejo: une dialectique?
Jean-Clarence LAMBERT: Entretien avec Pierre Taminiaux autour
de Christian Dotremont
Soirée:
Jean-Clarence LAMBERT: Projection de X-Alta
Lundi 19 juillet
Matin:
Henri BÉHAR & Pierre TAMINIAUX: Conclusions du
colloque
Après-midi:
DÉPART
RÉSUMÉS :
Anne-Marie AMIOT:
Arcane XVII d'André Breton: sublimation
dans le mythe du refus permanent de la poésie engagée
La génération
dada/surréaliste naît au milieu d’un double
chaos esthétique et politique. Tzara et Breton naissent
la même année (1896), mais leurs dates de naissance
politique ne coïncident pas. Tzara, roumain exilé
à Zurich, fonde en 1916 "Le Cabaret Voltaire" où
est créé "Dada", mouvement esthétique et politique
anarcho-révolutionnaire. Entre 1914-1918, Breton, médecin
militaire sur le front, vit les horreurs de la guerre. Malgré
le Manifeste du Surréalisme (1924) où il se rallie
à la révolte absolue de Dada, son engagement politique
reste inexistant jusqu’à octobre 1925: début de
rapports durs et complexes du Groupe et de Breton avec le Parti Communiste
auquel il adhère brièvement, mais refuse d’y
engager son œuvre (R. S. déc.1926), à l’inverse de Tzara
qui réaffirme et pratique l’unité politique et esthétique
de l’engagement révolutionnaire dans Grains et Issues
(1935) ; ouvrage de référence choisi pour évaluer
le statut du politique dans Arcane XVII (1944), ce nouveau texte
d’Amour Fou, que Breton exilé, dédaignant, voire
sublimant la mouvance événementielle du Politique,
implante dans l’Histoire, le Mythe et/ou la Philosophie.
Ancré tant dans le
passé que dans la "situation" présente, Arcane
XVII inaugure un moderne "existentialisme poétique".
Plus spirituel que "politique" (cf. "Les Ajours"), ce
livre aux multiples facettes consacre la rupture esthétique
et idéologique de Breton avec la "poésie engagée"
d'Aragon ou d'Eluard, ainsi qu’avec les poètes eux-mêmes
qui, désireux de convaincre rhétoriquement le
lecteur, avaient aussi résisté par les armes à
l’occupant. En 1948, dans Le Surréalisme et l’Après-Guerre,
Tzara constatera que "l’histoire a dépassé le surréalisme".
Ce que Breton refusera toujours d’admettre.
Sophie BASTIEN:
La poésie québécoise, de l'automatisme
au féminisme: 25 ans de revendication
Notre communication se penchera
sur la poésie québécoise dans
ses rapports avec le politique et la société. Il
est une période où ces rapports s’avèrent
particulièrement vigoureux: elle délimitera
notre corpus, que nous étudierons selon un parcours
chronologique. Elle démarre en 1948 avec la publication
du Refus global et s’étend jusqu’aux années
soixante-dix. S’y trouvent notamment la révolte du poète
automatiste Claude Gauvreau, "la poésie du pays",
courant proprement engagé qui exprime l’affirmation
nationaliste, ses dérivés dans le domaine plus populaire
de la chanson, "La Nuit de la poésie", événement
extraordinairement rassembleur qui en constitue une espèce
de couronnement, et l’écriture féministe, qui s’est
taillée une place non moins pertinente en regard de l’évolution
sociale. Notre synthèse analytique ne manquera pas de
souligner le caractère visionnaire de la poésie
revendicatrice au Québec. Celle-ci ressortira comme une
occasion où le genre poétique devance les autres genres
littéraires traditionnels que sont le roman et le théâtre.
Yves-Marie BOUILLON:
Poètes en guerre totale: quels espaces pour
penser la haine?
Terreur et pitié, relevant
des genres de l'angoisse et de l'amour, sont dits, voire
élaborés au sens psychanalytique du terme,
par les poètes de la Grande Guerre. Qu'en est-il de la
haine? Nous proposons que la haine soit un affect peu élaboré
en poésie durant la Grande Guerre du fait du genre lyrique,
dont Freud note qu'il relève de l'exaltation narcissique
des sens "comme en son temps la danse". L'analyse de
quelques vers de Il y a, (G. Apollinaire,
Calligrammes, 1918) et de La jeune Parque (P.
Valéry, 1917) nuancera ce propos. La haine peut parfois être
pensée, mais la censure, individuelle et collective, inconsciente
ou consciente, en sélectionne alors les objets. L'ambiguïté
de certains vers manifeste la complexité des affects mêlés
dans les mouvements desquels, parfois, reste place libre pour
penser.
Références
bibliographiques :
Apollinaire G., (1918), Calligrammes,
in Œuvres complètes, Paris, Balland et
Lecat, 1966, pp. 260, 261.
Apollinaire G., (1952), Lettre
du 30 septembre 1915, in Lettres à Madeleine,
Paris, Gallimard, 2005, pp. 232-234.
Freud S., (1905/1906, 1ère
éd. 1942), Personnages psychopathiques à
la scène, in Résultats, idées,
problèmes, Paris, P.U.F., 1984, pp. 123-129.
Valéry P., (1917), La
Jeune Parque, Paris, Gallimard, 1992.
Catherine CHOMARAT-RUIZ:
Sous l'influence des poètes: rhétorique
d'un paysagiste à l'usage du politique
Les figures de poètes français
pris dans les grands moments de l’histoire sont plutôt
bien connues. Mais, alors même que le paysagiste Bernard
Lassus cite Le Parti pris des choses dans ses textes, on connaît
moins bien le rôle que Francis Ponge a pu jouer dans le processus
de conception, les réalisations de parcs, les aménagements
d’aires d’autoroutes, la réhabilitation de grands ensembles
qui répondent à une commande publique, c’est-à-dire
politique. Au-delà de cet exemple, c’est cet impact du poète
sur le politique que nous nous proposons de cerner, en nous appuyant
sur l’œuvre écrite et les créations paysagères
de Bernard Lassus. Peut-on penser qu’il y a réellement influence,
c’est-à-dire une forme de fidélité entre citation,
projet de paysage et réalisation paysagère dans l’espace
public? Ou doit-on envisager que ces emprunts constituent autant
de détournements légitimant une réponse à
une commande? Nous voudrions examiner l’hypothèse qu’il y a place
pour une sorte de médiation entre poètes et politique qui
ressortit au paysagiste, une rhétorique textuelle et graphique
dont nous souhaiterions mettre en lumière quelques figures, tours
et détours ou, comme le disait Jean Paulhan, quelques fleurs.
Références bibliographiques
:
Chomarat-Ruiz, Catherine, "Qu’est-ce que
les jardiniers, les paysagistes et les artistes nous transmettent
du paysage?", dans Les cahiers Jean Hubert, n°3,
Lyon, éditions, Lieux-dits, 2009.
Chomarat-Ruiz, Catherine, "La critique
de paysage peut-elle être scientifique?", dans Projets
de paysage, décembre 2008, (http://www.projetsdepaysage.fr).
De Chazal, Malcom, Sens Plastique,
Paris, Gallimard, 1948.
Donadieu, Pierre, "Le paysage peut-il être
extensif? Ou le double jeu des espaces de nature", dans Les
dossiers de l’environnement, n°16, INRA, 1988 (http://www.inra.fr/dpenv/do16.htm).
Donadieu, Pierre, Les paysagistes, ou
les métamorphoses du jardinier, Arles, Actes sud
/ ENSP, 2009.
Lassus, Bernard, Couleur, lumière...paysage,
Instants d’une pédagogie, Paris, Momum, éditions
du Patrimoine, 2004.
Merleau-Ponty, Maurice, Phénoménologie
de la perception, Paris, Gallimard, Bibliothèque
des idées, 1945.
Ponge, Francis, Le Partis pris des choses,
Paris, Gallimard, 1942.
Sartre, Jean-Paul, "L’homme et les choses",
dans Situations I, Paris, Gallimard, 1944.
David CHRISTOFFEL:
L'anti-démagogisme poétique: quel pont
entre la revue Proverbe à nos jours
Dans la revue Proverbe et
dans les recueils respectifs de Paul Eluard et Tristan
Tzara, le poète installe son activité
avec la voix du peuple et jamais très loin d'elle. Sur
la base d'un trouble dans l'énonciation, le sujet de
la poésie se trouve ainsi confronté à l'anti-sujétion
de la parole, aux troubles du langage qu'il lui faut pour cela
créer. De ce constat d'anti-démagogisme poétique,
nous chercherons à pointer combien cette dimension de
la poésie est restée essentielle tout en étant
devenue implaidable, pour preuve une réception des poésies
contemporaines des plus ambivalentes, qui exhorte les voluptés
formelles (sensualités des rythmes, insolences dans le
maniement des nouveaux idiomes...), en soulignant une force critique
à distance, dressant implicitement un procès en
suffisance, qui accuse la poésie sans le dire d'une incapacité
politique endémique.
Références
bibliographiques :
"Poésie rock, aller
simple", L'Esprit créateur, Volume
49, n°2, The John Hopkins University Press, 2009, p. 147-162.
"Poésie, photocopie
et pas travaillisme", Littérature
& écologie. Vers une écopoétique,
La Féret Saint-Aubin, Éditions Syllepse, Ecologie
& Politique n°36, 2008, p. 99-114.
"Blancs à corroborer
moins flottent", Doc(k)s série 4,
n°1/2/3/4, Ajaccio, 2006, p. 324-334.
"Ironies de l’enthousiasme", L’ironie
aujourd’hui : Lectures d’un discours oblique,
Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal,
2006, p. 269-280.
"Discrètes actualités
du poème simultan", Cahiers H « Dada
circuit total », Paris, Éditions
l’Âge d’Homme, 2005, p. 464-471.
"Opéra et pas-opéras
de Tarkos", Formes et antiformes dans la
poésie de la deuxième moitié du XXe siècle,
Bologne, Revue des Littératures de l’Union Européenne
n°2, 2005, p. 65-78.
Jérôme
DUWA: A quoi bon des poètes en temps de liesse
révolutionnaire? L'événement
68
La question qu'on souhaite
poser pourrait être formulée de manière
lapidaire: comment traverser lyriquement l'année
68? Et aussi: une écriture poétique résulte-t-elle
de la commotion de l'événement considéré
dans sa réverbération internationale? Pour reprendre
l'examen de cette interrogation, le poste d'observation
privilégié sera celui du groupe surréaliste parisien
autour de Jean Schuster, qui écrit au début
de l'année 1968 ses Développements sur
l'infra-réalisme de Matta inspirés de l'expérience
cubaine. Dans la proximité du groupe, il sera en outre
significatif de suivre la trajectoire parallèle de
deux poètes de générations différentes
qui ont également fait le voyage cubain et qui ont
traversé diversement l'histoire du mouvement surréaliste
en se plaçant délibérément
sur ses marges: Michel Leiris et Alain Jouffroy.
Référence
bibliographique :
Jérôme Duwa,
1968, Année surréaliste. Cuba,
Prague, Paris, Imec éditeur, coll. "Pièces
d'archives", 2008.
Jasmine GETZ: Michaux, poésie
de l'autre homme
Michaux n'aimait pas chanter en groupe et refusait
tout "embrigadement", fût-ce dans une chorale: "Qui chante
en groupe mettra, quand on le lui demandera, son frère en prison".
S'il a écrit pour se délivrer d'emprises, "par hygiène
peut-être", "pour (sa) santé", son entreprise,
si elle fut singulière, ne fut pas égoïste.
Les épreuves de sa vie, il les exorcisa toujours en les jetant
sur le papier, pour créer ces nouvelles épreuves de
papier qui sont la preuve, le manifeste de sa puissance d'agir: "poésie
pour pouvoir". Mais ce pouvoir de la poésie en faveur de la puissance
de la vie, jamais il ne se la réserva, et nous aimerions montrer
qu'elle fut toujours adressée, pour être partagée.
Nous insisterons sur la charge d'avenir que recèle la poésie
de Michaux et toute vraie poésie en quelque sorte (il
s'agira de la définir), quand elle s'exerce comme un acte
de compréhension du monde, une exigence de sens adressée
à la réalité, un acte de liberté qui toujours
s'exerce, même si singulièrement, en faveur de l'autre
homme.
Brisa GÓMEZ-ANGEL: La voix solidaire
à l’Espagne de Paul Eluard
Paul Eluard incarne l’homme-poète-citoyen du monde par antonomase,
les pieds fortement ancrés sur la terre et la voix portante, couvrant
la mêlée des luttes fratricides. Cette voix ne s’est point
éteinte, elle continue de vibrer et d’asséner des vérités
qui ont toujours cours. Notre étude s’attache à déceler
tous les aspects de la poétique éluardienne sensibles au
drame qui se joue en Espagne à partir de 1936; à découvrir
également combien la poétique d’Eluard est en accord
avec son positionnement vital et ses déclarations de principes;
à percevoir aussi dans cette poétique ses échos d’universalité.
Mais au-delà de la poésie de lutte pour "le bonheur des
hommes" et des poèmes de combattant en butte aux circonstances,
c’est la quête des grands universaux du langage, clé de la
communication et de l’existence des hommes que Paul Eluard nous lègue
comme il le formule dans sa conférence d’août 1937 "Physique
de la poésie": "Le langage est un fait social, mais peut-on espérer
qu’un jour le dessin, comme le langage, comme l’écriture, le deviendra
et qu’avec eux il passera du social, à l’universel? Tous les hommes
communiqueront par la vision qu’ils auront des choses et cette vision des
choses leur servira à exprimer ce qui leur est commun, à eux,
aux choses, à eux comme aux choses, aux choses comme à eux.
Ce jour-là, la véritable voyance aura intégré
l’univers à l’homme — c'est-à-dire l’homme à l’univers".
Bénédicte GORRILLOT:
Christian Prigent: pour une écriture politique?
Parler de Christian Prigent exige la nuance:
l’écrivain a commencé à exister comme fondateur
et directeur de la revue d’avant-garde TXT (1969-1993). Mais
ce nom propre existe aussi hors de "TXT", surtout après
l’acceptation des livres de l’auteur par la renommée maison d’édition
POL (en 1989) et après la dissolution de la revue, en 1993.
Depuis quelque temps, l’écrivain s’efforce d’ailleurs d’habituer
son lectorat à émanciper sa production littéraire
du label "TXT". Pourtant ce travail d’émancipation ne peut
masquer l’importance cruciale des années TXT, remarquables
par l’étroite intrication de la poétique et de la politique.
Dans "Fonctions d’une revue", ce long manifeste, signé "TXT",
en réalité en majeure partie rédigé par C.
Prigent, et paru dans le n°5 de 1972, on peut lire: "la littérature
et l’art sont subordonnés à la politique, mais ils exercent
à leur tour une grande influence sur elle" (Mao Tsé Toung,
23 mai 1942). Le texte se clôt sur ces mots: "Notre pratique est
et sera militante, de liaison aux masses et de diffusion des idées
révolutionnaires. Notre pratique est et sera d’alliance en vue
sans équivoque d’un "front uni dans le travail culturel". Notre
pratique est et sera de production d’analyses et de fictions,
dans le langage; notre pratique est et sera d’écriture dans la lutte
politique... Dans la tâche révolutionnaire que nous assigne
l’histoire, la lutte pour la démocratie joue le rôle principal,
essentiel" (Mao Tsé Toung, 7 mai 1937) (Ibid.). Qu’a signifié
exactement cette réciprocité d’action du littéraire
et du politique? Comment s’est réalisé ce désir (cet
idéal, sic!) d’une écriture politique? A-ce été
par le transfert métaphorique de la violence et de l’agressivité
révolutionnaires dans la stylistique "TXT"? A-ce été
par la convocation des "conflits politiques, sociaux et économiques"
au centre de la matière poétique, comme "objet" des fictions?
Ou a-ce été par la diffusion des credos marxistes (conception
dialectique et déterministe du sujet, lutte des classes) dans les
mêmes fictions ou dans les essais théoriques? La question
se pose aussi de mesurer jusqu’où les défenseurs de cette
politique d’écriture (politisée) ont tenu leur pari militant.
Leurs fictions personnelles, publiées hors de la revue TXT,
ont–elles parlé des conflits sociaux brûlants? Ont-elles engagé
le poète, et pas seulement la poésie, dans l’actualité
politique? Mais qu’est devenue cette collusion du poétique et du politique,
après la Pérestroïka, après la découverte
des horreurs du stalinisme et du maoïsme? Quel sens a gardé
cette pratique poétique politisée, c’est-à-dire
combative et provocatrice, après la chute du mur de Berlin en
1989, quand ont disparu les antagonismes Est/Ouest et le mythe idéalisé
d’un continent politique rouge sachant résister à la perversion
bourgeoise, libérale, de l’Ouest? Dans le dernier numéro
de la revue TXT, de 1993, son directeur a avoué une "grave
crise de sens", un "vide", peut-être autant politique que littéraire.
Notre communication tentera de répondre à ces interrogations.
Misao HARADA: Exprimer autrement
le politique: les manifestations du politique chez
André Breton en dehors des écrits s'y référant
explicitement
Les écrits d’André Breton
jalonnant le cheminement politique du surréalisme
offrent une matière à la fois riche et controversée
pour l’étude du rapport qu’entretiennent poésie
et politique. Cependant le surréalisme s’étant proposé
de "changer la vie" et même de "transformer le monde", la conscience
politique, essence même du mouvement surréaliste,
s’est manifestée, sans hésiter sur les moyens d’expressions,
c’est-à-dire ailleurs que dans les textes se référant
explicitement au politique. C’est précisément
à ces manifestations autres du politique dans l’œuvre d’André
Breton que nous nous intéresserons, plus discrètes
et plus insidieuses peut-être, mais tout aussi révélatrices
de son engagement, afin de montrer les moyens poétiques
qu’il mit en œuvre pour doter ses écrits d’une dimension politique.
Références bibliographiques
:
Misao HARADA, "André Breton et
l’‘illustration photographique’ -- découverte d’un médium",
Etudes de langue et littérature françaises,
n°64, mars 1994, pp. 146-159.
Misao HARADA, "André Breton ou
la visée didactique", Etudes de langue et littérature
françaises, n°72, mars 1998, pp. 116-127.
Misao HARADA, "Regard et fantasme: quelques
réflexions sur la théâtralité bretonienne",
MÉLUSINE, Cahiers du Centre de Recherche sur le
Surréalisme, nºXIX, décembre 1999, pp.
297-304.
Misao HARADA, "Notes sur ‘car’ dans Les
Chants de Maldoror", Cahiers Lautréamont:
"Lautréamont au Japon ou Les Chants de Maldoror
et la culture d’après-guerre", livraisons LII et LIII, décembre
2000, pp. 95-100.
Misao HARADA, "L’‘Humour (noir)’ et Lautréamont",
Maldoror, hier et aujourd’hui, Actes du sixième
colloque international sur Lautréamont (Cahiers Lautréamont),
livraisons LXIII et LXIV, juillet 2003, pp. 281-288.
Fadi KHODR: De la circonstance politique
à la circonférence poét(h)ique
Le poète tente de rendre le monde habitable
par le biais de la quête d'une parole salvatrice au-delà
du "politiquement correct". Dans son analyse de la "poétique
politique dans Châtiments" de Victor Hugo, Henri Meschonnic
souligne le rapport de la dénonciation à l'énonciation
tout en insistant que le "poétique est intrinsèquement
politique" et que le poète réécrit l'histoire.
Aussi, l'étude du rapport entre poésie et politique
gagnerait-elle à préciser ce qu'on entend par "politique".
A prendre le mot au sens étroit du terme, l'on tombe dans l'idéologique
et la simple circonstance. Mais si l'on élargit l'acception
du terme jusqu'au choix de lutter en poète, la perspective
changera et l'on se trouvera dans une circonférence dont le centre
pourrait être parfois l'événement politique vu
ou vécu. Dans ce sillage, le poétique se lie obligatoirement
d'une éthique et se lit probablement de même comme une
esthétique. Nous nous proposons de revenir sur ces points en ayant
recours à l'analyse des poèmes politiques de Georges Henein
(1914-1973) qui fut l'un des piliers du mouvement surréaliste en
Egypte et eut des liens amicaux avec des poètes français.
Nous nous intéresserons notamment à sa critique du langagement
de l'engagement de Louis Aragon. Ce qui nous permettra d'établir
un parallèle entre les deux poètes et d'évoquer,
en guise d'ouverture, certaines voix poétiques contemporaines qui
exprimaient (dans les trois dernières décennies) le politique
implicitement via la violence faite à et dans la parole.
Marie-Edith LENOBLE: Frankétienne,
la politique de la Spirale
Mouvement qui fera date dans l’histoire littéraire
haïtienne, le spiralisme est né en 1965, dans un contexte
de grande tension politique: François Duvalier vient de se proclamer
"Président à vie". Frankétienne, avec Jean-Claude
Fignolé et René Philoctète, pose les bases de ce "mouvement
spiralisme" qui se donne pour objectif de donner une voix aux "non-alignés",
tout en soutenant les mouvements révolutionnaires anti-impérialistes
et anti-coloniaux... Le spiralisme est pensé, dès l’origine,
en opposition à une lignée bourgeoise du roman haïtien.
Entre poésie, roman et théâtre, il tente de construire
un genre nouveau, en adéquation avec les évolutions (scientifiques,
politiques, philosophiques) du XXe siècle. Frankétienne
s’attachera dès lors à creuser l’esthétique de la
spirale, une esthétique qui cherche à capter le mouvement
de la vie, à approfondir la dialectique de Friedrich Engels, à
faire corps avec le chaos du monde.
Alessandra MARANGONI: Unanimisme de
Jules Romains et du premier Jouve. Politique et mystique
Cette comunication étudiera deux phénomènes:
la révélation unanimiste selon Jules Romains et son
ami Georges Chennevière, et la manière dont elle progresse
d’un élan collectif et quasi religieux vers le plaidoyer politique
d’Europe (Romains, 1916), vers l’engagement social des "Fêtes
du peuple" (Chennevière, L’Humanité, 1919-1924);
en même temps et parallèlement, comment Pierre-Jean Jouve,
un poète ensuite marqué par un individualisme extrême
et déclaré, peut sentir la fascination des foules unanimes
et engager sa parole de poète Contre le grand crime
(1916) de la première guerre mondiale.
Jean-Claude MARCEAU:
Repoétiser la vie: Raoul Vaneigem où la subversion
affinée du Libre-Esprit
"La poésie est
l’acte qui engendre des réalités nouvelles.
Elle est l’accomplissement de la théorie radicale, le
geste révolutionnaire par excellence".
Raoul Vaneigem: Traité
de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations
La pensée de Vaneigem
incarne cet esprit d’insoumission face aux dogmes comme
aux pouvoirs séculaires, dont il a si bien su déceler
l’émergence au sein de l’Eglise à travers son
analyse du mouvement du Libre-Esprit. Œuvre d’utopie, la révolution
à venir pour Vaneigem passe par cette subversion de l’écriture
propre à nous réconcilier avec la vie. Vaneigem a beaucoup
inspiré les slogans et les graffitis de 68, attisant les critiques
d’une psychanalyse prompte à rejoindre le lit du conservatisme
social, comme les surréalistes l’avaient déjà
dénoncé dans les années 30. Promu sur le devant
de la scène, le thème de la jouissance allait cependant
devenir le moteur d’un renouveau de la pensée psychanalytique
avec Lacan. Pensée de la marge, l’œuvre de Vaneigem semble
bien illustrer cette politique du minoritaire décrite par
Gilles Deleuze, politique de création plus que de résistance,
qui n’est pas repli frileux sur un communautarisme — idéologique,
sexuel ou religieux — mais ouverture sur des potentialités,
des altérités et des devenirs.
Références
bibliographiques :
Unica Zürn et l'Homme
Jasmin: le dit-schizophrène, Paris, L'Harmattan.
Roland Kuhn, Ecrits sur l'analyse
existentielle. Textes réunis et présentés
par Jean-Claude Marceau, Paris, L'Harmattan.
Laure MICHEL: Politique
du poème chez René Char
Jusqu’aux lendemains de la guerre,
poésie et politique se situent chez René
Char sur des plans distincts et indissociables. Dans les années
trente, membre du groupe surréaliste, Char défend
l’idée d’un lien nécessaire entre la révolution
poétique et l’engagement de la personne du poète.
Sa participation à la Résistance se situe dans le prolongement
de cette corrélation, même si elle l’inverse: l’action,
devenue première, réclame l’inconnu du poème
pour s’accomplir. Les déceptions de l’après-guerre
entraînent le retrait de l’homme public. C’est dans la seule
écriture poétique que se joue alors, indirectement
le plus souvent, la relation du poète à la Cité,
sur un mode qui se distingue aussi bien de la poésie engagée
à la manière d’Aragon que de la subversion politico-textuelle
des avant-gardes. Il s’agira de s’interroger sur les formes de la "politique
du poème" (Rancière) mise en œuvre par Char des années
cinquante aux années quatre-vingt.
Jelena NOVAKOVIĆ: La création
poétique et l'engagement politique dans le
surréalisme: Louis Aragon et Oskar Davičo
Ce travail se propose d'examiner les
rapports entre la création poétique et l'engagement
politique et révolutionnaire par l'étude comparée
des œuvres de deux poètes surréalistes: de Louis
Aragon, qui a fait partie du groupe surréaliste de Paris
et d'Oscar Davičo, qui a fait partie du groupe surréaliste
de Belgrade. Ayant adhéré au communisme et ayant quitté
le mouvement surréaliste, ces deux poètes ont abandonné
les explorations de l'inconscient et les expérimentations avec
le langage au profit du réalisme socialiste, en transformant
leur poésie en un instrument idéologique sans lui
ôter pourtant complètement les qualités qui
lui sont propres et sa valeur esthétique.
Références
bibliographiques :
Novaković, Jelena et all., Le
Surréalisme en son temps et aujourd’hui, Belgrade,
Faculté de Philologie – Association de coopération
culturelle Serbie-France, 2007, 438 p.
Novaković, Jelena, Recherches sur
le surréalisme, Sremski Karlovci – Novi Sad,
Izdavačka knjižarnica Zorana Stojanovića, 2009, 358 p.
Novaković, Jelena, "Le symbolisme de
la nuit dans les textes surréalistes", Cahiers
XIX. Recherches sur l’imaginaire, Angers, 1989, p. 205-238.
Novaković, Jelena, "Le rayonnement d’André
Breton parmi les surréalistes de Belgrade", Voix d’Ouest
en Europe – souffles d’Europe en Ouest, actes du colloque
international d’Angers, 21-24 mai 1992, p. 327-335.
Novaković, Jelena, "L’apologie du désir
dans le surréalisme: André Breton et Marko
Ristic", Actes du XIIIe congrès de l’Association internationale
de littérature comparée, I, 1994, p. 260-267.
Novaković, Jelena, "Le surréalisme
et la théorie du roman: Nadja d’André
Breton et Sans mesure de Marko Ristic", Literatura comparada
: os novos paradigmas, Actas de segundo congresso da Associaçao
portuguesa de literatura comparada (Porto, 3-6 maio 1995), p.
581-587.
Novaković, Jelena, "Le surréalisme
serbe et le surréalisme français: rapports typologiques",
Le Surréalisme européen, Université
de Sofia, 1999, p. 14-24.
Novaković, Jelena, "Les aspects du conflit
dans le surréalisme: André Breton et Marko
Ristic", Dynamiques du conflit, CRELLIC, Université
de Bretagne sud, Lorient, 2003, p. 337-347.
Novaković, Jelena, "L’écriture
de soi dans le surréalisme", Écritures
de soi, Université de Bretagne sud – L’Harmattan, 2007,
p. 81-89.
Novaković, Jelena, "Le surréalisme
et la psychanalyse", Filološki pregled / Revue de philologie,
XXXIV, 2007/2, p. 31-42 (http://www.fil.bg.ac.rs/fpregled).
Virginie POUZET-DUZER: "En mangeant
Rosa" ou la poétique anthropophage de Benjamin
Péret
Benjamin Péret qui incarna, selon les
mots de Pierre Naville, "le Surréalisme éternel",
n'eut de cesse de vouloir tirer de la banalité du réel
de quoi changer sinon transcender ce dernier. Dans un monde où
tant d'êtres meurent de faim, évoquer, ainsi que Péret
le fait, une perpétuelle et ludique abondance de nourriture
s'avère possible politisation de la poésie. Mais
comment déchiffrer, au cœur des poèmes, ces oreilles
et autres Rosa mangées? On sait que, de 1929 à 1931, Benjamin
Péret participa à l'avant-garde brésilienne,
contribuant même à la Revista de Antropofagia
fondée par Oswald de Andrade. Aussi, nous proposons-nous
de montrer que l'anthropophagie est pour Péret poétisation
du politique: le processus fonctionne de manière idéalement
dialectique et permet cette merveilleuse et parfaite fusion instantanée
des différences que le poète nommait "amour sublime".
Via Péret, c'est aussi la facette anthropophage sinon cannibale
du Surréalisme et de ses proches alentours que nous interrogerons,
revenant sur le Manifeste Cannibale et la revue Cannibale
de 1920, la question des cadavres exquis, ainsi que le Festin
Cannibale de Meret Oppenheim de 1959.
Références bibliographiques
:
Abreu, Leonor, "Le Poétique et le politique
chez Benjamin Péret", Cahiers Internationaux de
Symbolisme, 89.91 (1998), pp. 155-68.
Costich, Julia F, The Poetry of Change:
A Study of the surrealist works of Benjamin Péret,
Chappel Hill, North Carolina Studies, 1979.
Ginway, M. Elizabeth. "Surrealist Benjamin
Péret and Brazilian Modernism", Hispania, 75.3
(Sept 1992), pp. 543-53.
Matthews, J.H., Benjamin Péret,
Boston, Twayne Publishers, 1975.
Péret, Benjamin, Œuvres Complètes
(Tome 1-7), Paris, Le Terrain Vague/José Corti, 1971-1995.
Christian PRIGENT:
"Légendes du politique"
Christian Prigent fera une lecture
(de textes essentiellement extraits de Demain je meurs,
POL, 2007), suivie d'un entretien avec Bénédicte
Gorrillot, sur l'évolution du rapport littérature/politique
dans son travail et une réflexion, entre l'époque
des "avant-gardes" (TXT) et ses plus récents ouvrages.
Effie RENTZOU: Au-delà de l'(inter)national:
le surréalisme et le "monde" en métonymie
Au sein d’une période historique pendant laquelle le nationalisme
faisait rage, les surréalistes se sont tournés vers la sphère
internationale afin de neutraliser le discours, l’idéologie et
l’imaginaire de la nation. Cette orientation est le plus souvent discutée
en termes d’internationalisme, inspiré et calqué sur l’internationalisme
politique. Cependant, ce modèle internationaliste n’était
pas le seul à former le regard sur le monde dans le discours surréaliste.
Contre la nation, les surréalistes réactivent au moins deux
autres conceptualisations du monde qu’ils infusent de charge politique:
le cosmopolitisme et l’universalisme. Cosmopolitisme et universalisme surréalistes
esquissent une position politique qui détourne aussi bien la dépolitisation
souvent liée avec le premier, que l’universalisme réactionnaire,
voire fasciste, noué autour de l’imaginaire de l’antiquité.
Carole REYNAUD
PALIGOT: La poésie surréaliste entre
révolte et révolution
Le surréalisme, comme
tout mouvement littéraire a été confronté
à des logiques qui dépassent les seules problématiques
littéraires et qui relèvent d’autres
enjeux — concurrence, lutte pour l'accès à des capitaux
symboliques, etc. —. De la même manière, les engagements
politiques de mouvements littéraires ne peuvent
être réduits exclusivement à des logiques
politiques et il s’avère indispensable, pour en restituer
l’intelligibilité, de mettre au jour les logiques non
politiques et les enjeux masqués. Si le projet surréaliste
peut apparaître comme un projet cohérent et
conséquent, qui reste fidèle à son éthique
durant un demi siècle en cherchant sa voie au sein des
utopies révolutionnaires, il reste que les homologies de
situation risquent de masquer au chercheur, en symbiose avec le poète
qui défend son autonomie face à une entreprise totalitaire,
les enjeux sous-jacents, les ambitions, les concurrences et les luttes
qui en découlent, tout comme les contradictions et les ambivalences
du projet politico-littéraire.
Cette communication se propose
ainsi d’aborder la poésie surréaliste
entre révolte et révolution en historicisant
ce mouvement poétique, en le replaçant dans l'espace
de contraintes, en le situant dans les dynamiques de concurrence,
en mettant au jour ses ambivalences et ses ambiguïtés.
Delphine RUMEAU: Gaston Miron, "l'amour
et le militant"
Pour Gaston Miron, les rapports de la poésie
et de l’engagement politique sont complexes, sinon douloureux. Lorsque
ses textes sont enfin rassemblés en 1970 dans L’Homme
rapaillé, le recueil montre des fractures entre "le poème"
et le "non-poème", insérant des "recours didactiques"
pour pallier l’expression poétique parfois en défaut.
Pourtant, malgré la tentation de l’adieu à l’écriture
pour le militantisme pur, Miron revient inlassablement au poème.
Quelque chose d’irréductible à l’engagement du citoyen
dans la vie publique semble bien se jouer là, car, pour le dire
comme Miron, "le poème refait l’homme". La communauté que
construit le poète est une ouverture à l’altérité
en même temps qu’une protection de la subjectivité, qui ne doit
pas s’abolir dans la revendication militante. Cela explique que sa
poésie politique soit aussi une poésie amoureuse: la
première personne n’est pas seulement plurielle, mais duelle.
C’est cette articulation de l’amour et du politique, du couple et de
la communauté, que nous voudrions mettre en lumière, pour
montrer ce qu’elle a de spécifiquement poétique. L’affinité
de l’écriture avec le concret et le refus de l’univocité
conceptuelle sont autant de moyens pour Miron de nouer l’amour et l’engagement,
de penser le politique par le poème.
Pascal SIGODA: Francis Ponge
(1899-1988) ou les écrits comme espace spirituel
de la nation
La trajectoire politique de Françis
Ponge peut s’envisager dans la banalité des évolutions
qu’un certain type de poncifs lie à l’âge: révolutionnaire
dans sa jeunesse, l’écrivain devient conservateur dans
sa maturité. Pourtant, du communisme à une sympathie
gaullienne, un parcours s’est fait à travers la poésie,
notamment celle de la Résistance et la défense de
la langue française, ouvrant un débat, honneur ou
déshonneur des poètes?
Références bibliographiques
:
Œuvres complètes, La Pléiade,
tome 1, 1312 p., tome 2 , 1936 p.
Cahier de l’Herne, sous la direction
de Jean-Marie Gleize, 616 p., 1986.
Françis Ponge, Serge Koster,
Henri Veyrier, 150 p., 1986.
Françis Ponge, Jean-Marie
Gleizes, Le Seuil, 286 p., 1988.
Correspondance Jean-Paulhan-Françis
Ponge, 1923-1968, deux tomes, Gallimard, 370 p. et 370
p., 1986.
Entretiens de Françis Ponge avec
Philippe Sollers, Le Point, Seuil, 193 p., 1980.
Tanguy WUILLEME:
L’hypothèse communiste: de l’éloge à
l’adieu politique (Depestre, Roy, Guillevic)
La lutte contre l’arbitraire, contre
la misère a permis l’éclosion de subjectivités
politiques liées à une énonciation poétique.
L’hypothèse communiste devait être vérifiée
par l’action et l’écriture en vue d’un autre partage
révolutionnaire du sensible. Il y a, à la suite
des figures tutélaires (Eluard, Aragon...), des poètes
qui définissent le paysage d’une liberté nouvelle à
l’aide d’un lyrisme et d’une respiration autre. Mais il y eut aussi
chez eux une forme d’adieu à la révolution, un retour
à la vie simple, à la pureté des sensations.
A quelle communauté sensible faisait référence
cette poétique (1930-1968), à quelles productions utopiques
a-t-elle donné naissance? Ce sont des hypothèses
que notre réflexion se propose de vérifier par l’étude
des œuvres poétiques de René Depestre, de Claude
Roy et de Guillevic.
Avec le soutien du Centre de recherche sur le Surréalisme
de l'Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3