Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
" Page mise à jour le 8 mars
2010 "
DU MARDI 24 AOÛT (19 H) AU MARDI 31 AOÛT
(14 H) 2010
PONTIGNY, CERISY (1910-2010) :
UN SIÈCLE DE RENCONTRES AU SERVICE DE LA
PENSÉE
DIRECTION : Edith HEURGON et le Conseil d'Administration
de l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy
ARGUMENT :
"Si les Entretiens ont été
conçus avec un sens net de ce qui manque à la Société
contemporaine et de ce qu'elle cherche, s'ils sont soutenus par un dévouement
suffisant, ils vivront", voilà comment Paul Desjardins
présentait, en 1910, les décades de Pontigny.
En 2010, les colloques de Cerisy poursuivent, grâce
à l’implication d’une même famille, un projet de même
envergure: organiser des rencontres au service de la pensée
dans un lieu qui permet "un rapprochement continué, propice
au raffermissement d’un esprit de pure raison", et, ce faisant,
dans une grande indépendance par rapport aux pouvoirs, jouer
un rôle de "passeur" entre le monde des idées et le monde
politique, économique et social.
Organisé à l’occasion du centenaire
des décades de Pontigny, ce colloque rappellera d’abord
les engagements de Paul Desjardins dans la première moitié
du XXe siècle, puis, analysant les mutations de la figure
de l’intellectuel et les formes de la recomposition du champ des
savoirs, s’interrogera sur les défis que Cerisy doit relever
pour jouer demain son rôle au service de la pensée.
Il s’agira de faire la part entre les principes
hérités qu’il faut absolument préserver
comme les évolutions qu’il convient d’introduire, et, cela,
tant au niveau du choix des sujets traités que de la nature
des rencontres et du modèle économique sur lesquelles
elles reposent. Saisissant les chances qu’offre le numérique
et adoptant une conception renouvelée du patrimoine, le débat
portera enfin sur les ouvertures nécessaires pour que Cerisy
développe, tout à la fois, et un plus fort ancrage en
Normandie, et une sphère internationale accrue.
A l’initiative du Conseil d’administration de l’Association
des Amis de Pontigny-Cerisy, la mise au point de ce colloque sollicitera
une consultation de ses membres et des principaux partenaires,
ainsi que des réunions de travail impliquant celles et ceux
qu’intéresse cette sorte de réflexion collective
sur le devenir des lieux culturels où se confrontent les savoirs
et s’élabore la pensée.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Mardi 24 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des
participants
Mercredi 25 août
I) Paul Desjardins & Pontigny:
quelles formes de l’engagement? (Armand HATCHUEL, Claire PAULHAN,
Dominique PEYROU)
Matin:
Intellectuels et société
(Modératrice: Claire PAULHAN)
Michel DROUIN:
L’utopie intellectuelle et artistique d’un groupe: la revue (NRF),
les éditions (de La NRF), le théâtre (Vieux-Colombier),
les "matinées poétiques", les concerts, les décades
(Pontigny)
Pascal MERCIER: Les entreprises civiques
de Paul Desjardins vues par ses amis protestants (Charles et André
Gide, Jean Schlumberger)
Après-midi:
Pierre MASSON: Gide et Desjardins: relations
et correspondance (avec lectures)
Pontigny et les mouvements progressistes: administration,
syndicats et patronat (Modérateur: François CHAUBET)
Annick OHAYON:
Jean Coutrot, les sciences de l'homme au service de la paix sociale
Soirée:
Claire PAULHAN: Présentation, puis lecture d'un
choix de lettres d’Arthur Fontaine, d’Albert Thomas et de quelques
autres représentants de la vie sociale et politique à Paul
Desjardins (avec l'aide de la Fondation de La Poste)
Dominique PEYROU: Choix de photographies extraites
des albums de Pontigny
Jeudi 26 août
Matin:
Un nouvel intellectuel: l'exploration de
la modernité (Modérateur: Dominique PEYROU)
Armand HATCHUEL: Paul Desjardins et les
courants rationalisateurs: autour d’Auguste Detœuf
Christophe PRÉMAT: Les réseaux intellectuels
européens et la modernité des universités populaires
Après-midi:
François CHAUBET: Histoire de l’intellectuel
républicain au XXe siècle
Débat : Quelle modernité, quelle critique, quelle
langue, quelle forme de l’action? (pour faire le lien avec la deuxième
partie du colloque), animé par Armand HATCHUEL
Soirée:
"Maurice de Gandillac parle de Pontigny et de Desjardins",
projection d’un DVD de Civa de GANDILLAC
Vendredi 27 août
II) Mutations de la figure et de
la place de "l’intellectuel" et recomposition du champ des savoirs?
(Françoise GAILLARD, Jean-Pierre MONTIER)
Matin:
La place des intellectuels dans le monde
des idées (Modératrice: Françoise GAILLARD)
Pascal ORY, Joël ROMAN
Après-midi:
Recomposition du champ des savoirs (Modérateur:
Jean-Pierre MONTIER)
Michel WIEVIORKA: Subjectivité,
globalisation, mutation de la figure de l’intellectuel – Cerisy
et la nouvelle ère des sciences sociales
Jacques POIRIER: Cerisy
en quête du sens
Laurent MARTIN: Les années 68-86: un tournant?
Soirée:
"Cultivons des jardins", séance
préparée et animée par Catherine ESPINASSE,
Josée LANDRIEU et Béatrice LEHALLE
(à partir de contributions écrites ou orales recueillies
auprès des membres de l’Association et d’autres personnes...)
Samedi 28 août
Matin:
Mutations autour de l'homme et de la pensée
de l'homme (Modérateur: Jean-Pierre DUPUY)
Jean-Pierre DUPUY, Thierry GAUDIN
Après-midi:
III) Cerisy demain: quels engagements?
quels défis? (Sylvain ALLEMAND, Edith HEURGON)
Les enjeux du numérique pour
les rencontres au service de la pensée (Modérateur:
Alexandre GEFEN)
Contribution du numérique à la dynamique
de la pensée
Apports du numérique à l’édition
et la diffusion des travaux, avec des éditeurs, des media...
Soirée:
Françoise GAILLARD: Le cyber-sapiens
Dimanche 29 août
Matin:
Cerisy dans le Monde (Modérateur:
Jean-Pierre MONTIER)
Elargir son champ d'influence intellectuelle à
d'autres aires culturelles (francophonie, Europe, Méditerranée,
Amériques, Asie...):
Michèle GENDREAU-MASSALOUX
(Cerisy, vu d'ailleurs), Françoise MOULIN-CIVIL, Philippe
NOBLE, Xavier NORTH
Après-midi:
Une nouvelle économie des lieux et
des idées (Modérateur: Sylvain ALLEMAND)
Virginie SEGHERS: Quelle nouvelle philanthropie
pour Cerisy?
Charles-Benoît HEIDSIECK: Le partenariat
association/entreprise pour créer de la valeur ajoutée
Julia CSERGO: Cerisy et ses colloques, un patrimoine
culturel universel?
Franck BEAU & Stéphane JUGUET: Cerisy,
demain, un lieu où cultiver des idées (exemples d'autres
lieux innovants)
Soirée:
Exercice collectif de prospective sur le Cerisy
du futur (animé par Frank BEAU et Stéphane
JUGUET)
Lundi 30 août
Cerisy en Normandie et dans le Grand Ouest
(Modérateurs: Pierre BOUET, Gilles DÉSIRÉ DIT
GOSSET, Claude HALBECQ et Françoise LATY)
Sur la base de trois journées préparatoires
organisées avec les acteurs du patrimoine normand, les acteurs
de la chaîne des métiers du livre, les acteurs du développement
rural
Matin:
Le patrimoine, une valeur d’avenir: connaissance,
préservation, valorisation, recherche
Les enjeux de la patrimonialisation
La spécificité du patrimoine normand?
Présentation du « portrait identitaire » de
la Normandie par Sophie de PAILLETTE
Rapports des journées préparatoires
Après-midi:
Valoriser le patrimoine normand
Quels acteurs et quels outils pour valoriser le patrimoine
normand? pour le développement, le tourisme?
Quelle place pour la recherche? Quel rôle pour Cerisy?
Ce qui a été fait. Comment aller plus loin?
Ouvrir davantage Cerisy aux professionnels de la culture
Mardi 31 août
Matin:
Comment concilier l’implantation régionale de Cerisy
et son rayonnement national et international?, table-ronde animée
par Jacques VISTEL, avec Jean-Baptiste de FOUCAULD
et le président du CNL, les présidents des universités
de Caen et de Rennes 2 (ainsi que des élus régionaux
et départementaux...)
Conclusions générales
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Michel DROUIN: L’utopie intellectuelle et artistique d’un groupe:
la revue (NRF), les éditions (de La NRF), le théâtre
(Vieux-Colombier), les "matinées poétiques", les concerts,
les décades (Pontigny)
On cherchera à caractériser l'utopie intellectuelle
d'un groupe: la revue N.R.F, les éditions (de la N.R.F), le
théâtre (Vieux Colombier), les "Matinées poétiques",
les concerts et la Revue Musicale, les décades (Pontigny). Autant
de prolongements et d'engagements qui ont contribué très
rapidement à "désencombrer le ciel littéraire des fausses
valeurs" (A. Gide), sans nuire à la cohérence d'un idéal
gravement secoué par la Grande Guerre. Mais si les crises n'ont pas
manqué, l'élan premier, insufflé par Gide et ses
amis, repris après 1919 par J. Rivière et G. Gallimard,
a permis de garder le cap et d'inscrire durablement "l'esprit N.R.F"
dans l'espace culturel français et européen ; la réussite
étant due également aux Entretiens de Pontigny dirigés
par Paul Desjardins.
Thierry GAUDIN: Sciences cognitives et prospective au service
de la pensée
Il n'est pas exagéré de dire que, pour les sciences cognitives,
dans la forme européenne que nous connaissons, Cerisy a joué
un grand rôle en permettant la confrontation entre des linguistes, des
mathématiciens et des psychologues expérimentaux. Depuis, les
neurosciences ont progressé. Elles nous obligent à assumer l'écart
entre la réalité et les représentations mentales, donc
à nous interroger sur "la réalité de la réalité".
Toutefois, un raisonnement simple d'inspiration darwinienne conduit à
se représenter la pensée comme onthologiquement anticipatrice.
La prospective, quelque imparfaite qu'elle soit, en est donc un aboutissement,
et les nombreuses semaines qu'y a consacrées le CCIC contiennent un
enseignement unique, qui concerne à la fois l'avenir et la nature
de la pensée.
Michèle GENDREAU-MASSALOUX: Cerisy, vu d'ailleurs
Je souhaite d’abord évoquer des images de Cerisy venues
vers moi de l’étranger, à travers les récits que
j’ai reçus en Amérique latine d’abord, puis dans les pays
de la Francophonie. Aujourd’hui, c’est depuis les pays de la Méditerranée,
ceux d’Europe, mais aussi du Maghreb et le Machreck que je perçois
l’attrait des colloques et leur rôle dans la circulation des idées.
De cette approche peuvent se déduire quelques pistes à
soumettre au débat pour élargir encore l’audience et la
portée des manifestations de Cerisy. Certaines concernent les
communautés de travail qui naissent à l’occasion de certaines
rencontres et que les moyens actuels de communication permettent de consolider.
D’autres devraient permettre de repérer dans l’espace mondial des
figures de pensée capables d’alimenter le renouvellement des thématiques
et leur diffusion.
Annick OHAYON: Jean Coutrot, les sciences de l'homme au service
de la paix sociale
En 1934, Jean Coutrot participe à la décade
de Pontigny: "Est-il véritable que nos civilisations soient
mortelles?" et y présente une communication sur le décalage
entre les sciences de la nature et les sciences de l’homme. Cet ingénieur,
polytechnicien, spécialiste de l’OST (organisation scientifique
du travail), a attiré l’attention de Paul Desjardins en tant
que co-auteur du "Plan du 9 juillet 1934", plan de réforme économique
et sociale de la France. Comme les "non-conformistes des années
1930", Coutrot est à la recherche d’une troisième voie,
basée sur un humanisme économique, et un dirigisme, selon
le modèle planiste d’Henri de Man. En 1935, il publie un essai:
De quoi vivre, préfacé par Jules Romains. Il y expose
son projet de vie et de société. Face à la crise
de la civilisation contemporaine, il en appelle à une "mystique de
l’avenir" qui devrait déboucher sur un type humain supérieur:
"l’homme intégral". Ainsi pourrait se résoudre l’antinomie
entre l’individuel et le collectif, et se réorganiser scientifiquement
"l’entreprise humaine". Cet ouvrage suscite l’enthousiasme de Paul Desjardins,
qui y voit "le plus fertile répertoire de sujets des décades
de Pontigny". Ce sera en effet le cas après les événements
de juin 1936. Entre août 1936 et mai 1939, Coutrot organise à
Pontigny cinq "Entretiens sur les sciences de l’homme".
Dans cette communication, je m’efforcerai d’analyser le
sens de ces entretiens, les réseaux intellectuels que Coutrot
mobilise autour de son projet, les disciplines qu’il convoque (en particulier
la psychologie et la psychanalyse), et les institutions qu’il crée
pour le réaliser (le Centre d’Etude des problèmes humains,
CEPH, et l’Institut de psychologie appliquée, IPSA). J’en retracerai
aussi les limites, qui tiennent en grande partie à la personnalité
singulière de cet intellectuel atypique.
Références bibliographiques :
Ohayon A. (1997), "Psychologie et psychanalyse appliquées
au monde des affaires. Les précurseurs oubliés de la
psychosociologie en France". Revue internationale de psychosociologie,
III, 6-7, p.31-44.
Ohayon A. (2007), "La psychologie appliquée à
la conduite de soi et des autres dans l’entre-deux-guerres", in Management
et conduite de soi ; Enquête sur les ascèses de la performance,
Eric Pezet (sous la dir.), AGRH, Vuibert, p.17-30.
Pascal ORY
Du point de vue de l’historien, il importe, déjà,
de se mettre d’accord sur la notion d’intellectuel. Si l’on admet qu’il
est moins un penseur (pour ça, le mot "penseur" suffirait...) qu’une
forme moderne du clerc, figure hybride fondant son autorité sur l’ambiguïté
de son statut, sa "place" variera dans l’espace en fonction des cultures
(religieuses, politiques,... ), dans le temps en fonction des conjonctures.
Rien d’objectif là dedans: tout dépendra de la croyance
que les sociétés ont (ou n’ont pas: cas le plus fréquent)
en son importance. Même si l’exemplarité française
est aujourd’hui à peu près morte, tout laisse à penser
que le XXIe siècle sera, à son tour, assez catastrophique
pour susciter, à la surface du "globe", de fugitifs retours en grâce
du personnage.
Références bibliographiques :
Pascal Ory, Jean-François Sirinelli, Les intellectuels
en France de l’Affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Colin,
1986, dernière édition en poche (Perrin, coll. "Tempus"),
2004, 435 p.
Pascal Ory, dir. Dernières questions aux intellectuels
; Paris, Olivier Orban, 1990, 268 p.
Jacques POIRIER: Cerisy en quête du sens
A sa création, Pontigny répond à une
crise: la crise du spirituel, le mouvement "moderniste" et, plus largement,
la question du sens dans une univers désancré. Or au cours
des années 50-70, à mesure que Cerisy devient le lieu
des avant-gardes, une césure s'opère. Devenues une véritable
instance de légitimation, les Décades — et notamment
celles qui ont fait loi, comme dans le cas du Nouveau Roman — cautionnent
une esthétique de la clôture, au risque d'oublier la cité
et la question du Sens. Ce que résume, en mai 68, la formule fameuse:
"Les structures ne descendent pas dans la rue". Dans le contexte qui est
le nôtre, il convient de s'interroger sur le rôle que
doit jouer Cerisy, maintenant que s'éloignent les avant-gardes.
Occasion peut-être de renouer le lien avec ce que fut l'esprit
de Pontigny.
avec le soutien de la Fondation de la Poste
Pour vous inscrire à ce colloque
:
cliquer ici