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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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POSTHUMAIN ET SUBJECTIVITÉS NUMÉRIQUES
Mise à jour
04/07/2016


DU JEUDI 23 JUIN (19 H) AU JEUDI 30 JUIN (14 H) 2016

DIRECTION : Sylvie BAUER, Claire LARSONNEUR, Hélène MACHINAL, Arnaud REGNAULD

ARGUMENT :

La question du posthumain s'invite depuis quelque temps dans la recherche universitaire, que celle-ci se concentre sur les sciences humaines ou sur les sciences dites dures, mais aussi dans le domaine de l'art. Le développement de l'informatique, du numérique et des biotechnologies invite à (re)penser l'humain et les idéaux humanistes, lorsque, dès le début d'un questionnement sur ce qu'humain signifie, le corps biologique s'augmente d'une conscience, puis d'un rapport croissant à la machine et à la technologie. En d'autres termes, s'il s'agit de cerner le devenir de l'humain en tant que corps lié à une conscience, il s'agit également de considérer la question du sujet non comme singularité isolée, mais comme forme inachevée et hybride, en constante métamorphose. Le développement du numérique amène alors à se poser la question de cette nouvelle subjectivité en rapport étroit avec les réseaux qui se donnent comme autant de prothèses quotidiennes (montres connectées, internet, clavier d'ordinateur, téléphone "intelligent"). Alors que le sujet laisse des traces dans l'univers numérique et qu'il est lui-même traçable, on peut s'interroger sur son autonomie, sa capacité à s'extraire, tant physiquement que virtuellement, des réseaux qui jalonnent et construisent le monde contemporain. On peut se demander quelle subjectivité se construit lorsque l'homme de chair et d'os se double d'avatars dans le monde virtuel et pourtant bien réel du numérique.

Ce colloque envisagera, avec le concours de chercheurs, théoriciens, écrivains et plasticiens, la manière dont l’humain se construit dans le rapport à la machine et il se posera, notamment, les questions suivantes. À l’ère d’un développement sans précédent du numérique, comment l’humain se définit-il? Que signifie le posthumain dans un processus de développement technologique inhérent à la condition humaine, lorsque le corps s’augmente de prothèses et lorsque la pensée s’articule avec les évolutions de la machine? Quelles conceptions du sujet, l’écriture, les arts, la philosophie permettent-ils de faire émerger à l’ère du numérique? Dans la même perspective, il s'interrogera: comment les grands récits mythiques qui définissent la condition humaine nourrissent-ils l’imaginaire? Sont-ils, en retour, élaborés dans un rapport étroit avec les agencements machiniques de l’imaginaire scientifique contemporain?  Les lectures croisées de la science, de la littérature, du numérique viendront nourrir la réflexion sur les nouvelles formes de discours, d’expression et de relation au monde.

Conférences, communications universitaires et performances artistiques permettront sinon de répondre à ces questions du moins de les poser dans des approches variées qui s'intéresseront au langage, au cinéma, à la littérature, aux arts... Les participants viennent d'horizons divers (artistes, spécialistes de littérature, de philosophie, d'arts plastiques et visuels, chercheurs confirmés, doctorants) et souhaitent réfléchir ensemble et avec un public non nécessairement averti sur les modalités d'appréhension de l'humain à l'ère du numérique. L'objectif est de développer un dialogue entre les sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, étude des médias) et les arts (lettres, arts plastiques ou films).

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 23 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 24 juin
Matin:
THÉORIES
François-David SEBBAH: Le posthumain et la mort de l'autre
Dominic SMITH: Making Sense of Anthropomorphism: Why Jane Bennett Beats "Object Oriented Ontology" (Qu’est-ce que l’anthropomorphisme?)

Après-midi:
CYBORGS
Gwen LE COR: "The first cyborg also a mouse": figures de transgression et gestes hybrides
Gaïd GIRARD: À quoi rêvent les femmes augmentées?
Lucile HAUTE: Performances contemporaines: actualisations d'un devenir cyborg


Samedi 25 juin
Matin:
DÉCALAGES
Jean-François CHASSAY: Apocalypse à l’écran ou l’anamnèse par la technologie: Programme sensible d’Anne-Marie Garat
David RISSE: Que veulent extimiser nos adolescentes?

Après-midi:
"À L'ÉCRAN"
Hélène MACHINAL: Séries TV et subjectivités numériques: "miroir Ô mon miroir, dis-moi qui est la plus humaine"
Anaïs GUILET: Les amours reliés au cinéma (Noah – Thomas est amoureux)
Medhi ACHOUCHE: L'individu face à la machine sociale dans Robot and Frank (2012) et Her (2013)

Soirée:
Lecture de Etheric Ocean, performance de Jerome FLETCHER et J. R. CARPENTER [en anglais]


Dimanche 26 juin
Matin:
VARIATIONS [séance en anglais]
Jerome FLETCHER: Wreading the Digital Text: Language as Avatar or Prosthesis
J. R. CARPENTER: Text generation and other uneasy human-machine collaborations [De la génération de textes et d’autres interactions malaisées de type homme-machine]

Après-midi & soirée:
ARTS
À l’Usine Utopik de Tessy-sur-Vire
(http://www.usine-utopik.com/)
- Promenade sur le site du Festival des Bords de Vire
- Chorégraphie sur La Nuit étoilée de Van Gogh par la Compagnie dernier soupir, animée par Sophie QUÉNON
- Cocktail dînatoire / produits du terroir
- Figures post-humaines, exposition de photos et textes, par Claire LARSONNEUR
- Présentations d’œuvres de littérature électronique (Transmissions, Souches, In absentia) dans l’espace médiathèque, par Jerome FLETCHER & J. R. CARPENTER [en français]
- Performance: "Spiritisme augmenté", par Lucile HAUTE


Lundi 27 juin
Matin:
LITTÉRATURES
Claire LARSONNEUR: De la contamination numérique: relectures de la figure humaine chez D. Mitchell
Isabelle BOOF-VERMESSE: Subjectivité synthétique: Demokratia de Motoro Mase

Après-midi:
DÉTENTE


Mardi 28 juin
Matin:
RECULS
Marina MAESTRUTTI: De quoi parle-t-on quand on parle de posthumain?

Présentation de jeunes chercheurs: Gwenthalyn ENGELIBERT, Carole GUESSE, Claire LE GALL, Nawelle LECHEVALIER-BEKADAR, Alban LEVEAU-VALLIER et Laëtitia TIN

Après-midi:
FICTIONS
Christelle CENTI: "Une machine dans le fantôme": la lutte pour une définition du sujet dans Infinite Jest (L'infinie Comédie) de David Foster Wallace
Ariane SAVOIE: Le sens et l’usage des mots. Langage posthumain dans l'art contemporain


Mercredi 29 juin
Matin:
MACHINES ET PROTHÈSES
Servanne MONJOUR: Profils d'usagers et production de l'identité: au delà de l'opposition homme-machine [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Sara TOUIZA-AMBROGGIANI: De la réparation à l'augmentation: le statut de la prothèse chez Norbert Wiener

Après-midi:
LES NOUVELLES FIGURES DU SUJET
Arnaud REGNAULD: À la limite, (im)mondes
Anne-Laure FORTIN-TOURNÈS: Matérialités nomades et critique du sujet dans 253 de Geoff Ryman

Sylvie BAUER, Claire LARSONNEUR, Hélène MACHINAL & Arnaud REGNAULD: Conclusion

Soirée:
Projection de The Congress


Jeudi 30 juin
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

J. R. CARPENTER: Text generation and other uneasy human-machine collaborations
Since the rise of the mainframe computer, literary authors and critics alike have expressed anxiety about the computer’s ability to write narrative prose and poetry as well humans. This paper will aim to situate contemporary digital literary practices of reading, writing, rewriting, and performing computer-generated texts within broader social and historical contexts. Experimentation with generative, permutational, and combinatory text began long before digital computers came into being. How and why does experimentation with generative or in other ways variable text emerge within certain human and machinic generations? How do our attempts to make writing machines help us understand how we write ourselves?

Dr J. R. Carpenter is a Canadian-born UK-based artist, writer, and researcher working in the intersecting fields of Performance Writing, Digital Literature, and Media Archaeology. She is a winner of the CBC Quebec Short Story Competition (2003 & 2005), the Carte Blanche Quebec Prize (2008), the Expozine Alternative Press Award (2009), and the Dot Award for Digital Literature (2015). She is currently an Associate of the Informatics Lab at the Met Office, an Associate Lecturer at Plymouth University, and a Visiting Fellow at the Eccles Centre for North American Studies at the British Library.
http://luckysoap.com


J. R. CARPENTER: De la génération de textes et d’autres interactions malaisées de type homme-machine
Depuis l’arrivée des premiers ordinateurs centraux, les écrivains comme les critiques littéraires s’inquiètent de savoir si les ordinateurs seront capables d’écrire de la poésie ou de la prose aussi bien que les humains. Nous examinerons ici le contexte social et historique plus général dans lequel s’inscrivent les pratiques littéraires numériques contemporaines (la lecture, l’écriture, la réécriture et la performance de textes produits par ordinateur). Les humains n’ont pas attendu l’invention des ordinateurs pour se livrer, par la combinatoire, la génération et la permutation, à des expérimentations textuelles. Comment et pourquoi l’expérimentation sur la génération de textes ou d’autres formes de textes variables a t-elle émergé au sein des certaines productions homme-machine? Quel éclairage viennent jeter ces machines qui écrivent sur la manière dont nous écrivons?

J. R. Carpenter, née au Canada et basée au Royaume-Uni, est une artiste, écrivaine et chercheuse qui travaille à l’intersection des champs de la performance, de la littérature électronique et de l’archéologie des médias. Elle a remporté le Prix CBC Québec de la nouvelle (2003 et 2005), le prix Carte Blanche Québec (2008), le prix Expozine Alternative Press (2009) ainsi que le Dot Award for Digital Literature (2015). Actuellement chercheuse associée du Informatics Lab du Met Office, au sein de l’Université de Plymouth, elle est chercheuse invitée au sein de la British Library (Eccles Centre for North American Studies).
http://luckysoap.com


Christelle CENTI: "Une machine dans le fantôme": la lutte pour une définition du sujet dans Infinite Jest (L'infinie Comédie) de David Foster Wallace
La question de l’intelligence d’un ordinateur ou d’un programme informatique a préoccupé la communauté scientifique, en interrogeant la légitimité du terme de pensée appliqué à un organisme non-humain et artificiel. Les personnages d’Infinite Jest renverse cette question: la pensée de certains d’entre eux, exprimée dans un style circulaire, aliéné et autoréférentiel, les place à distance, dans la sphère de l’uncanny valley d’un robot de dernière génération, à l’apparence humaine, mais indéniablement autre. Envisager le cerveau de cette manière transforme le sujet en programme informatique, tout en mettant en avant la souffrance insoutenable provoquée par cette pensée mécanique et donc la nécessité de son dépassement. Tuer la machine de l’esprit grâce à l’anesthésie chimique du corps qui mène à l’addiction inscrit Infinite Jest dans le domaine du posthumain et questionne la possibilité du sujet dans le domaine surdéterminé d’une pensée mécanisée.

Christelle Centi a réalisé un Mémoire sur le sujet posthumain dans Infinite Jest, dans le cadre d’un M1 en tant qu’élève fonctionnaire stagiaire à l’ENS de Lyon, et sous la direction de Sylvie Bauer, Rennes II. Elle est actuellement en M2 Enseignement Agrégation.

Jean-François CHASSAY: Apocalypse à l’écran ou l’anamnèse par la technologie: Programme sensible d’Anne-Marie Garat
Il y a maintenant plus de soixante ans que Norbert Wiener a publié ses premiers textes importants sur la cybernétique. Cinquante ans après sa mort, il aurait sans doute du mal à reconnaître le monde actuel. L’explosion des données disponibles à travers l'internet a des effets évidents, pour le meilleur et pour le pire, sur les sociétés contemporaines, mais aussi sur les individus. Cette communication voudrait analyser comment les réseaux contemporains affectent le sujet à travers un roman récent, celui d’Anne-Marie Garat, Programme sensible. La lecture permettra de se pencher sur les effets imaginaires de la cybernétique aujourd’hui, mais aussi sur ses effets sensibles, à travers l’histoire (et surtout le passé) de cet homme étrange, enfermé dans un deux-pièces de la banlieue parisienne, qui entretient un étonnant dialogue avec son ordinateur.

Jean-François Chassay est professeur au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal depuis 1991. Il travaille sur les liens entre discours littéraire et scientifique et s’intéresse notamment à la représentation de la science dans la fiction.
Publications récentes
Si la science m’était contée, Paris, Seuil, 2009, "Science ouverte".
La littérature à l’éprouvette, Montréal, Boréal, "Liberté grande", 2011.
Au cœur du sujet. Imaginaire du gène, Montréal, Le Quartanier, "Erres essais", 2013.
Les livres curieux, Montréal, Leméac, 2015.


Jerome FLETCHER: Wreading the Digital Text: Language as Avatar or Prosthesis
This paper will examine the performative function of language in the digital/electronic literature context. It is a truism to say that the reader of digital literature is heavily implicated in the process of composition. The "writer" of digital literature is not a person; it’s a function, or a subject position which may be occupied by a number of different individuals, sometimes simultaneously. Starting from the idea that the writer and reader of an electronic text is called into a subject position by the text, I want to compare this to the position of the avatar as it appears in digital games and games theory. It raises the question of to what extent we as "wreaders" of digital texts become avatars of the text, rather than the other way round. And is there a parallel in the Heideggerian notion that rather than us speaking language, language speaks us?

Jerome Fletcher is an academic/writer/performer. He is Associate Professor of Performance Writing and the MFA co-ordinator at Falmouth University. His practice-led research focuses on the relationship between digital text and performativity.
He is currently writing a book entitled Digital Literature: A Performative Approach for Palgrave. His digital textwork, Pentimento was short-listed for the New Media Writing Prize 2012.
As a page-based writer he has published three children’s books with OUP, Scholastic and Corgi, three literary concept books with Dedalus and a translation of a French novella. His own work has been translated into eight languages. He has also made a number of artist’s books and experimental texts.
His performance works comprise live voice, projection, digital text generation and sound. He has performed at the Barbican London, Kunsthalle Vienna, Kunsthaus Bregenz, Leo Koenig Gallery New York, as well as in Naples, Moscow, Paris, Barcelona and Prague. His latest work, The Fetch, was performed at the Centre Pompidou Paris in September 2013.


Jerome FLETCHER: La langue comme avatar dans la littérature électronique
Nous examinerons comment la fonction performative du langage se joue au sein de la littérature électronique/numérique. Dire que le lecteur de littérature électronique est pleinement partie prenante du processus de composition est un truisme. L'"écrivain" n’y est pas une personne, mais une fonction ou une position de sujet qui peut être occupée par plusieurs individus distincts, parfois simultanément. Si le texte électronique convoque son écrivain et son lecteur en position de sujet, on le comparera à la position d’avatar, tel qu’il apparaît dans les jeux en ligne et la théorie des jeux. Dans quelle mesure les écri-lecteurs des textes électroniques ne deviennent-ils pas des avatars du texte, plutôt que l’inverse? Et peut-on comparer cela à l’intuition d’Heidegger selon laquelle le langage nous parle, et non l’inverse?

Jerome Fletcher est universitaire, écrivain et performeur. Actuellement Associate Professor of Performance Writing à l’Université de Falmouth, ses recherches, fondées sur la pratique, portent sur la relation entre le texte électronique et la performativité. Il écrit un ouvrage intitulé Digital Literature: A Performative Approach, qui sera publié chez Palgrave.
Il a publié de nombreux ouvrages papier, livres pour enfants, essais littéraires et une traduction du français, ainsi que des livres d’artistes et des textes expérimentaux. Ses performances allient voix, projection, génération électronique de texte et sons. Il les a présentées au Barbican à Londres, à la Kunsthalle de Vienne, à la Kunsthaus de Brégence (Autriche), à la Leo Koenig Gallery de New York ainsi qu’à Naples, Moscou, Paris, Barcelone et Prague. Sa dernière œuvre, The Fetch, a été présentée au Centre Pompidou à Paris en septembre 2013.


Anne-Laure FORTIN-TOURNÈS: Matérialités nomades et critique du sujet dans 253 de Geoff Ryman
Dans cette communication, on s’interrogera, à partir d’un échantillon de littérature électronique, d’installations artistiques et de spectacles chorégraphiques ayant pour support et pour objet de création le numérique, sur les nouvelles modalités subjectives engendrées par la migration du corps dans l’espace numérique du fait du développement des nouvelles technologies. En effet, le corps tel qu’il est représenté dans les nouvelles formes de créations tend à transcender l’opposition entre virtuel et matériel au sens classique du terme pour introduire de nouvelles formes de matérialité, de corporéité et de rapports du sujet à la création et à la réception, que cette communication entend définir. À partir d’une réflexion sur le nomadisme corporel en situation numérique, on mettra donc en exergue les formes spécifiques de sujet distribué engendrées par la création artistique sur internet.

Professeure de littérature britannique à l’Université du Maine, Anne-Laure Fortin-Tournès travaille sur les rapports entre texte et image ainsi que sur la question de l’événement artistique. Porteuse d’actions de recherche en Humanités Numériques, elle a récemment co-organisé un colloque sur les arts expérimentaux ainsi qu’une journée d’études sur "corps virtuel, corps réel". Elle est guest editor du numéro 2 de la revue Angles, portant sur les nouvelles formes de représentation du corps (sortie fin janvier 2016).
Publication
Martin Amis: le postmodernisme en question, Presses Universitaires de Rennes, Sept. 2003.
Ouvrages collectifs
Figures de la violence, Paris, Publibook, 2005.
Texte/Image: parcours et détours, Paris, Publibook, 2008.


Gaïd GIRARD: À quoi rêvent les femmes augmentées?
Cette communication s’interrogera sur le devenir de la notion de genre dans les productions fictionnelles relevant du posthumain et des subjectivités numériques. Après le célèbre "I’d rather be a cyborg than a goddess" qui concluait l’essai de Donna Harraway en 1985, comment peut-on aborder la question d’une subjectivité numérique féminine? En nous appuyant principalement sur l’œuvre la plus récente de William Gibson (la trilogie Blue Ant (2003-2010) et The Peripheral (2014)), mais aussi les nouvelles fondatrices de Burning Chrome (1986), nous chercherons à cerner les conditions de possibilité d’une féminité augmentée. Nous ne négligerons pas de considérer aussi l‘image miroir opposée aux technobabes de Gibson renvoyée par la construction de subjectivités féminines totalement technologiques (The Stone Gods, Jeanette Winterson) voire totalement virtuelles (Her, Spike Jonze) et propice aux rêves, afin de méditer sur l’avenir des constructions genrées dans des univers fictionnels qui cherchent à se projeter au-delà des modèles sociaux mimétiques.

Gaïd Girard, professeure émérite à l'UBO (Brest), a dirigé le laboratoire HCTI jusqu’à 2015. Elle est spécialiste de littérature de l’imaginaire et d'arts visuels. Ces dernières années,  elle s’est tournée vers la Science-Fiction dans le cadre du programme de recherche sur "Les confins de l’humanité" dirigé par Hélène Machinal. Dans ce cadre, elle a publié plusieurs articles sur  le cinéma et s’est aussi plus particulièrement intéressée à William Gibson.
(voir: http://www.univ-brest.fr/hcti/menu/Membres/Enseignants-chercheurs/Girard_Gaid?onglet=IDHAL)
Bibliographie sélective
"Les Enfances de l’Homme artificiel au cinéma", in Otrante, art et littérature fantastique, n°31-32, hiver 2012, Paris, Kimé, repris dans les Cahiers du Ceima.
"De Blade Runner à Matrix, les savants fous font de la résistance", in Hélène Machinal (dir), Le Savant fou, Rennes, PUR, 2013.
"Les Fenêtres de la perception. L’expérimentation et les limites de l’Humain au cinéma", Tremblay-Cléroux, Marie-Ève, Chassay, Jean-François, Les Frontières de l’Humain et du post-humain, Collection "Figura", n°37, Montréal, UQAM, 2014.
"Le post-humain au cinéma, entre peurs et méditation philosophique", in Elaine Deprés et Hélène Machinal, PostHumains, PUR, 2014.


Anaïs GUILET: Les amours reliés au cinéma (Noah – Thomas est amoureux)
Comment représenter au cinéma ces nouveaux écrans qui interfacent bien des domaines de nos vies, y compris nos relations avec autrui? Telle sera la question de départ de notre communication. En nous appuyant sur un corpus de films composé de Her de Spike Jonze, du court métrage Noah de Patrick Cederberg et Walter Woodman et de Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders, nous nous intéresserons aux représentations cinématographiques des relations amoureuses qui se construisent par écrans interposés. Ce qui frappe de prime abord dans ces trois films est l’omniprésence des dispositifs écraniques quand les corps, eux, sont absents. Samantha dans Her ne possède pas de corps, Thomas et Noah dans leurs films éponymes ne sont jamais présents physiquement à l’écran puisque l’intrigue se construit tout entière via les écrans de leurs ordinateurs. Ces absences, paradoxales du point de vue médiatique — puisque  le cinéma est un media visuel — et thématique — comment construire une relation amoureuse sans corps? —, interrogent le rôle du corps dans la construction de ces subjectivités digitales comme dans nos relations interpersonnelles médiatisées.

Anaïs Guilet, maître de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc, est rattachée au laboratoire de recherche LLSETI et  membre associé du laboratoire FIGURA, à l’UQAM. Spécialisée dans les humanités numériques, ses recherches portent sur les esthétiques numériques et transmédiatiques, ainsi que sur la place du livre dans la culture contemporaine.
Son site Web: www.cyborglitteraire.com
Publications
Anaïs Guilet et Emmanuelle Pelard  (dir), Esthétiques des œuvres hyermédiatiques pour écrans tactiles, Cahier virtuel du laboratoire NT2, Janvier 2015.
Anaïs Guilet, Stéphane Bikialo et Martin Rass (dir), Lectures digitales, Dec. 2015.
Anaïs Guilet, "Le livre branché: la matérialité du texte à l’épreuve des dispositifs transmédiatiques",Textual Practices in the Digital Age, Vol. 2 de la série Book Practices and Textual Itineraries, dir. Nathalie Collé-Bak, Monica Latham, David Ten Eyck, Coll. "Regards croisés sur le monde anglophone", Presses Universitaires de Nancy - Editions de Lorraine, 2014.
Anaïs Guilet et Moana Ladouceur (dir), "Comme le feu dévore rapidement le papier": Lire Mark Z. Danielewski, La licorne n°111, Presses universitaires de Rennes, 2014.


Lucile HAUTE: Performances contemporaines: actualisations d'un devenir cyborg
De la locution latine per forma, "pour la forme", est tiré le verbe performare, "donner forme", qui porte deux acceptions: instrumentale (verbe transitif) ou absolue (faire performance) (Giovanni Lista). Faire performance, c’est provoquer un surgissement, c’est actualiser une proposition. Que celle-ci soit préalablement faite de mots (protocole, règles) ou matérialisée par un dispositif (au sens ouvert d’Agamben recouvrant le simple protocole, ou au sens spécifique d’Anne-Marie Duget), c’est la mettre à l’épreuve du corps et du temps. Nous aborderons en particulier des performances reposant sur une utilisation particulière des technologies numériques, hybridant espace tangible et espace informationnel, corps et technique, des performances mettant en exergue un habiter du monde alors stratifié. Paradigme du sujet contemporain selon Haraway, Cyborg nomme une ontologie des hybridations: du biologique et du technologique certes, mais aussi de la réalité et de la fiction. Le performeur s’engagerait-il dans un devenir spécifique dès lors que, pour la durée d’une performance, il habite le dispositif qu’il a conçu et se laisse produire par lui?

Lucile Haute est plasticienne, ATER en design à l’Université de Valenciennes et chercheur associée EnsadLab, École nationale supérieure des arts décoratifs, Paris. Sa thèse, soutenue en octobre 2014, s’intitule: "Performer dans les environnements mixtes. Actualisation de l’espace programmé".

Claire LARSONNEUR: De la contamination numérique: relectures de la figure humaine chez D. Mitchell
David Mitchell, auteur britannique contemporain, a introduit au sein de son univers fictionnel des personnages de noncorpum, des entités dotées de conscience mais dépourvues de corps qui se perpétuent en venant hanter le corps des humains. Deux romans en particulier les mettent en scène: Ghostwritten (1999) et The Bone Clocks (2014). J’étudierai comment virtualité et viralité, deux paradigmes du monde numérique, s’articulent ici à d’autres figures symboliques de la contamination bien répertoriées en littérature comme le fantôme et le vampire. Puis j’examinerai la valeur sémiotique et narrative du noncorpum, le rapport qu’il entretient avec la monstruosité et la tension qu’il institue entre régime d’exceptionnalité et fantasme totalitaire. Enfin je reviendrai sur l’importance de la mise en réseau au sein de l’œuvre de Mitchell, comme procédé narratif et comme esthétique.

Claire Larsonneur est maître de conférences en traduction et littérature britannique à l’Université Paris 8. Elle a co-piloté le projet Labex Arts H2H "Le sujet digital" en partenariat avec les Archives  Nationales de 2012 à 2015.
Publication
(Co-direction) Le Sujet Digital, Presses du réel, 2015.
Sélection d’articles
"En l’espèce? Variations sur l’humain chez Mitchell et Winterson", revue Otrante (2016).
"When bodies go digital", revue Angles, numéro "The Body" (2016).
"Revisiting Dejima (Japan): from recollections to fiction in D. Mitchell’s The Thousand Autumns of Jacob de Zoet", Substance, vol. 44, issue 136, 2015, pp 136-148.
"Mediations: Science and Translation in The Thousand Autumns of Jacob de Zoet by David Mitchell", Études britanniques contemporaines [En ligne], 45 | 2013, mis en ligne le 30 septembre 2013 (co-écrit avec Hélène Machinal).
"Put the blame on? A face off between the neuroscientist and the terrorist", Le Savant fou, dir. Hélène Machinal, Presses Universitaires de Rennes 2013, pp 419-429.


Marina MAESTRUTTI: De quoi parle-t-on quand on parle de posthumain?
L’emploi du terme "posthumain" fait généralement référence à une condition ou une perspective qui cherche à redéfinir la notion d’humain, son identité et son statut ontologique, suite, d’une part, à la rupture épistémologique de la cybernétique et des possibilités des technosciences d’intervenir sur la structure du vivant; et, d’autre part, à l‘intuition, déjà anticipée par le mouvement postmoderne, que la notion d’humain est une construction historique destinée à se modifier. La problématique du posthumain est donc une expression de la pensée contemporaine parce qu’elle est inséparable d’un questionnement sur les technologies et leur impact sur le social et l’humain. Très ancrée dans la réflexion et la pratique artistiques, l’idée de posthumain s’étend aux domaines philosophique, sociologique et politique jusqu’à représenter la possible mutation anthropologique de l’ère technoscientifique. Cette intervention se propose d’analyser les diverses utilisations de ce terme et les contextes théoriques auxquels elles font référence.

Marina Maestrutti est maître de conférences en Sociologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CETCOPRA (Centre d’Études des Techniques, des Connaissances et des Pratiques) et co-responsable du groupe thématique 41 "Corps, Techniques et Sociétés" de l’Association Française de Sociologie (AFS). Son travail s’intéresse au rôle des imaginaires dans la représentation techno-scientifique du corps et aux relations entre les corps et les technologies contemporaines dans le domaine de la santé.
Publication
Imaginaires des nanotechnologies. Mythes et fictions de l’infiniment petit, Vuibert, Paris, 2011.


Servanne MONJOUR: Profils d'usagers et production de l'identité: au delà de l'opposition homme-machine
Le développement du web participatif a donné lieu ces dernières années à une multiplication de ce que l’on appelle les profils d’usagers. Chaque plateforme demande en effet la création d’un "profil": depuis les réseaux sociaux jusqu’aux plateformes d’achat en ligne, en passant par les sites de rencontres, les jeux en ligne, les forums, les journaux, etc. D’abord conçus à des fins purement pratiques, ces profils sont aussi devenus des espaces d’expression et d’écriture de soi inattendus, notamment investis par les artistes et les écrivains qui en exploitent les contraintes et les potentialités pour construire leur identité et leur auctorialité. Dans certains cas, le profil d’usager devient même la seule incarnation de l’auteur, lequel n’existe qu’à travers la médiation du réseau social. En 2015, le romancier indien Perumal Murugan organisait ainsi son "suicide d’écrivain" sur Facebook: "Perumal Murugan est mort. Comme il n’est pas Dieu, il ne va pas ressusciter. [...] À partir de maintenant, il va simplement vivre comme l’enseignant qu’il a toujours été. Laissez-le tranquille". Dans cette communication, j’analyserai comment le profil tend à s’imposer comme une instance indépendante, encourageant à dépasser le clivage homme-machine et ses dérivés (numérique/non-numérique; avatar/personne; virtuel/réel). À terme, le profil permet d’abandonner le paradigme représentatif et ouvre la voie à une nouvelle forme de production identitaire à part entière.

Servanne Monjour est postdoctorante au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, où elle travaille au sein de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques dirigée par Marcello Vitali-Rosati. Ses travaux portent sur les nouvelles mythologies de l’image à l’ère du numérique. Depuis 2014, elle est coordonnatrice de la revue numérique Sens public.

Arnaud REGNAULD: À la limite, (im)mondes
D’après Jean-Luc Nancy, à "la mondialisation" qui marque la perte de la transcendance du verbe et le début de la dérive des signes, correspond "la fin du sens du monde en tant que fin du monde du sens": de fait, il ne reste plus que l’informe de l’immonde ou l’immondice, c’est-à-dire le résultat d’une déformation qui signerait la fin de toute possibilité de monde compris comme l’ouverture de la production de significations. Or, la littérature contemporaine dite "postmoderne" ne cesse précisément d’interroger la création d’un monde, création devenue d’autant plus hypothétique qu’elle ne peut plus s’appuyer sur les "repères nécessaires au maniement de nos significations" (Le sens du monde. Paris: Galilée, 1993, 14-15). En effet, la "mondialisation (...) ne laisse plus de "dehors" — et par conséquent plus de "dedans" — ni sur cette terre, ni hors d’elle, ni dans cet univers, ni hors de lui, par rapport à quoi un sens pourrait se déterminer" (17) . En d’autres termes, l’écriture ne parvient plus à tracer les limites d’un monde qui serait une "articulation différentielle de singularités qui font sens en s’articulant" (126). C’est pourquoi, à partir de quelques exemples tirés de la fiction américaine contemporaine, on tentera d’interroger notre rapport à un improbable dehors alors même qu’il n’est plus possible de penser le monde comme représentation puisqu’il se soustrait désormais à tout régime de sens. Quid dès lors de la construction de notre subjectivité et, plus largement, de notre humanité?

Arnaud Regnauld, professeur de littérature américaine et traduction à l'Université Paris 8, porte ses recherches les plus récentes  sur les nouvelles formes de textualité à l’ère du numérique et leur traduction.
Elles s’inscrivent dans le projet quadriennal "Le sujet digital" (2012-2015) soutenu par le Labex Arts-H2H (http://www.labex-arts-h2h.fr/fr/le-sujet-digital-57.html).
Publications récentes
Le sujet digital, Pierre Cassou-Noguès, Claire Larsonneur, Arnaud Regnauld, et Sara Touiza (dir.), Labex Arts-H2H-Presses du réel, juin 2015.
"Le matérialisme est un post-humanisme", préface de Parole, écriture, code de N.K.Hayles, E. Quinz et A. Regnauld (dir.), Paris, Labex Arts-H2H/Presses du réel, juin 2015, pp.7-19.
"L’apocalypse, le chiffre et la prothèse: The Flame Alphabet de Ben Marcus", Otrante — Mutations 1: Corps posthumains, Jean-François Chassay et Hélène Machinal (dir.), Paris, Kimé, 2015, pp. 157-168.
""Les spectres de la phogitographie numérique" - Filmtext 2.0, ou l’hantologie visuelle de Mark Amerika", Les frontières de l’humain et le post-humain, Collection "Figura" n°37, Marie-Eve Tremblay-Cléroux et J.F Chassay (dir.,) Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2014, pp.209-223.
"Patchwork Girl de Shelley Jackson, ou le spectre d’une mémoire dés/incarnée", PostHumains: frontières, évolutions, hybridités, Elaine Després et Hélène Machinal (dir.), Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2014, pp.73-84.


David RISSE: Que veulent extimiser nos adolescentes?
Les natives numériques partagent de plus en plus tôt leur intimité en ligne. Elles suscitent nombre de commentaires sur leur mise en scène et leur construction d’elles-mêmes, leur culte de la performance, comme si elles étaient déterminées par l’économie numérique du soi et privées de toute subjectivité numérique. Autant le dispositif d’un corps-œuvre indéfiniment perfectible sert la désirabilité sociale et l’industrie esthétique auxquelles elles sont particulièrement assujetties et vulnérables, autant elles sont invitées à la subjectivité numérique par la subjectivation sexuelle. Réification, normalisation ou reprise de pouvoir sur soi? Ce lien entre production du désir et construction de soi sera d’abord étudié au regard de théories philosophiques et d’analyses sociologiques dominantes, qui laissent à penser que le partage de l’intimité interdirait tout désir de lien social et d’intersubjectivité sexuelle. Par-delà ces analyses victimaires, desquelles nous serons amenés à nous déprendre pour privilégier les paroles adolescentes sur elles-mêmes, nous évaluerons la validité de l’hypothèse répressive technophobe du contrôle social des adolescentes aujourd’hui. Nous verrons enfin dans quelle mesure leur volonté d’extimité constitue, sinon une subjectivation numérique, à tout le moins une tentative de subversion sociale de l’angoisse de performance sexuelle, fantasmatique posthumaine de sociétés adultocentrées.

Dans le cadre de ses recherches sur la liberté sexuelle, David Risse s’intéresse notamment à la sexualité 2.0 et à l’extimité des natives numériques. Coordonnateur d’un dossier sur l’éducation au genre et à la sexualité, organisateur d’événements scientifiques traitant de subjectivité sexuelle et de diversité érotique, codirecteur d’un ouvrage collectif sur les violences et les responsabilités envers les femmes, il préside actuellement le Centre de recherches et d’activités culturelles et communautaires pour les diversités. Il a récemment fait l’objet d’un documentaire vidéo du Musée canadien pour les droits de la personne sur son histoire de vie.

Ariane SAVOIE: Le sens et l’usage des mots: langage posthumain dans l'art contemporain
La parole, l’usage des mots par l’humain est l’une des médiations les plus rudimentaires de sa pensée, de sa subjectivité. L’idée du posthumain engage par la figure une hybridité profondément marquée par la relation de l’homme et de la technologie, et provoque ainsi un retour sur le dispositif sensible de la parole tant d’un point de vue sémiotique, par la redéfinition des codes en usage, que sémantique, par le sens accordé aux mots dans les œuvres le mettant en scène. Cette communication cherchera à comprendre le langage du posthumain en étudiant deux personnages de l’art contemporain: celui de Theresa Hak Kyung Cha et celui de Mr Holz. Cha est une artiste multidisciplinaire trilingue contemporaine au mouvement intermédial des années 70 aux États-Unis. Elle est subitement décédée à un très jeune âge laissant derrière elle une œuvre inachevée, à travers laquelle l’écriture et la parole de l’artiste continuent de fasciner, même, et surtout après sa mort. Mr Holz est un personnage de fiction créé, dès 2010, par Eve Sussman and the Rufus Corporation qui se retrouve enfermé dans un dispositif narratif complexe alliant technologies informatiques numériques et images cinématographiques. whiteonwhite:algoritmicnoir propose une réflexion sur les dispositifs langagiers bousculés par l’emprise des technologies numériques. Il nous sera alors possible de constater que le mot, plutôt que de servir l’homme comme élément réfléchissant la complexité de sa pensée, devient plutôt un pli des mécanismes automatisés des technologies. La performativité de la parole du posthumain se replie, dans un premier temps, sur sa propre subjectivité, alors que, dans un deuxième, il révèle l’effacement de cette subjectivité au profit d’une automatisation numérique.

Ariane Savoie a fait des études universitaires en littérature, en scénarisation et en cinéma à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université de Montréal. Elle est présentement étudiante au doctorat et écrit sa thèse en cotutelle entre l’UQAM (département de sémiotique, sous la supervision de Bertrand Gervais, et l’Université catholique de Louvain, sous la direction de Michel Lisse). Bénéficiaire d’une bourse de recherche PAI du gouvernement belge, elle participe au projet international "Literature and Media Innovations" dirigé par quatre universités. Sa thèse de doctorat explore les relations entre récit et base de données dans des œuvres hypermédiatiques et dans les installations muséales.

François-David SEBBAH: Le posthumain et la mort de l'autre
Les pensées du "post-humain" se focalisent en particulier sur la question de la mortalité: l’amélioration par excellence, la frontière à franchir, l’obstacle à lever, apparaît, dans ce contexte de pensée, être celui, de fait, de la mort, c’est-à-dire plus radicalement celui de la mortalité même. Il en va d’un désir d’immortalité qui peut prendre diverses formes, plus ou moins naïves, et qui flirte le plus souvent avec le désir de toute puissance. Pourtant, d’un autre point de vue, nombreuses sont les analyses qui, à la suite de G. Agamben, dénoncent un accroissement de vulnérabilité des vies humaines d’aujourd’hui en tant qu’elles seraient mises à disposition du bio-pouvoir en particulier techno-médical, rapportées ainsi à la "vie nue". Entre le désir de toute-puissance déclaré par les uns et la dénonciation du bio-pouvoir mise en œuvre par les autres, on défendra ici l’hypothèse que l’augmentation technoscientifique des vies humaines pourrait bien être augmentation de la vulnérabilité, mais que cet accroissement de la vulnérabilité lui-même pourrait, devrait — devra — s’exhausser d’un point de vue éthique: entrent alors en jeu non seulement la mort d’autrui, mais encore le "pour-autrui" dans la mort de l’autre, et jusqu’à ma mort pour autrui. On pourrait dire: Levinas et le post-humain.

Professeur de philosophie à l'Université de Paris Ouest Nanterre La Défense 
("Philosophie morale contemporaine"), François-David Sebbah est membre de l'Institut de Recherches Philosophiques (IREPH), membre associé des Archives Husserl de Paris (ENS/CNRS) et de l’E.A. COSTECH (Université de Technologie de Compiègne). Ses champs de recherches sont les suivants: enjeux éthiques du contemporain; phénoménologie et post-phénoménologie françaises contemporaines (en particulier, Derrida, Henry, Levinas, Lyotard); philosophie et technique; intersection phénoménologie/sciences cognitives.
Publications
Levinas et le contemporain. Les préoccupations de l’heure
, 220 pages, Besançon, Les Solitaires Intempestifs (coll. "Expériences philosophiques"), 2009.
Qu’est-ce que la technoscience? Une thèse épistémologique ou la fille du diable?, 195 pages, Encre Marine/Les Belles Lettres, janvier 2010.
"D’autres vies que la nôtre? La pensée henryenne à l’ère des êtres artificiels", p. 305- 322, Re-lire Michel Henry. La vie et les vivants, dir. G. Jean, J. Leclercq, N. Monseu, Presses Universitaires de Louvain, 2013.
"Traces numériques: plus ou moins de fantôme(s)?", pp. 114-127 in Le sujet digital, dir. C. Larsonneur, A. Regnauld, P. Cassou-Noguès, S. Touisa, collection "Labex H2H", Les Presses du réel, 2015.


Dominic SMITH: Making Sense of Anthropomorphism: Why Jane Bennett Beats "Object Oriented Ontology"
This talk locates the root of productive contemporary philosophical thinking about the "posthuman", paradoxically, in the conceptual mechanism of anthropomorphism. Anthropomorphism, as commonly understood, consists of projecting human qualities onto nonhuman entities, and is usually seen, in philosophical terms, as a gesture of foreclosure against the capacity to engage these entities on their own terms (see, for example, Latour or Hayles). Following the work of Jane Bennett, I argue that this is a superficial way to understand anthropomorphism: rather than comprising the last word on human/nonhuman relations, anthropomorphism should be viewed as an overture — as the beginning of a relation between humans and nonhumans that can subsequently develop in mutant and polyvalent "posthuman" ways. To make the case for this, I contrast Bennett’s work with other contemporary authors related to the rubric of "Object Oriented Ontology", including Graham Harman, Timothy Morton, and Ian Bogost.

Dominic Smith is lecturer in Philosophy at the University of Dundee, Scotland. He has taught philosophy at the Universities of Dundee and Edinburgh, and is a member of the teaching team for the Art and Philosophy degree, run in connection with Duncan of Jordanstone College of Art and Design, Dundee. His research interests lie in phenomenology and contemporary European philosophy (Husserl, Heidegger, Wittgenstein, Deleuze), philosophy and art, and philosophy of technology. He has published in each of these areas, and is currently working towards a book length study on the philosophy of technology.
http://www.dundee.ac.uk/philosophy/staff/dominicsmith/

Dominic SMITH: Qu’est-ce que l’anthropomorphisme?
Avec un certain goût du paradoxe, nous resituerons les réflexions philosophiques actuelles sur le post-humain dans la lignée du mécanisme conceptuel de l’anthropomorphisme. Dans son acception la plus courante, l’anthropomorphisme consiste à projeter des qualités humaines sur des entités non-humaines; des philosophes comme Latour ou Hayles y voient une incapacité à penser ces entités non-humaines en leurs propres termes. M’inspirant des travaux de Jane Bennett, j’y verrai plutôt une approche superficielle de l’anthropomorphisme: ce dernier ne signe pas tant une fin de non retour au sein des relations humains/non humains qu’il n’esquisse une ouverture possible vers des modes de relations naissants entre humains et non humains, susceptibles d’évoluer vers des comportements posthumains, mutants et polyvalents. J’appuierai mes propos sur une lecture contrastée des travaux de Bennett et de ceux de l’école de "l’ontologie orientée vers l’objet" (Graham Harman, Timothy Morton, Ian Bogost).

Dominic Smith enseigne la philosophie à l’Université de Dundee en Ecosse. Il a également enseigné à l’Université d’Edimbourg et fait partie de l’équipe enseignante du diplôme Arts et philosophie, piloté conjointement avec l’Ecole d’art et de design Duncan of Jordanstone à Dundee. Ses recherches portent sur la phénoménologie et la philosophie européenne contemporaine (Husserl, Heidegger, Wittgenstein, Deleuze), les liens entre philosophie et art, ainsi que la philosophie de la technologie, domaines dans lesquels il a publié abondamment.
http://www.dundee.ac.uk/philosophy/staff/dominicsmith/


Sara TOUIZA-AMBROGGIANI: De la réparation à l'augmentation: le statut de la prothèse chez Norbert Wiener
L'hybridation semble être au cœur de l'imaginaire posthumain. L'humain couplé à la machine en viendrait à transformer son essence même. Il est instructif de remonter aux origines de cette pensée qui considère nos corps comme des machines autorégulatrices capables, grâce à une technologie ancillaire, d'optimiser leur adaptation à un milieu donné. En somme, des corps comme organismes cybernétiques; c'est là la définition du néologisme "cyborg", forgé par les professeurs Kline et Clynes en 1960. Le fondateur de la cybernétique, Norbert Wiener, n'aimait pas l'idée de cyborg, l'idée que le cyborg soit autre chose qu'un être humain, l'idée que l'hybridation humain-machine soit si profonde qu'elle remette en cause l'identité même de l'organisme modifié. Wiener voit la technologie essentiellement comme une prothèse pour l'humain, ce qui l'aide, le répare, lui veut du bien. Lui qui a développé sa cybernétique dans les années 1940 à partir d'une réflexion philosophique et épistémologique sur une situation militaire — détruire une cible mouvante — il travaille les dernières années de sa vie, semble-t-il, à réparer ce qu'il œuvré à détruire. Nous proposons de réfléchir à ce passage progressif d'une "technologie de la mort" à une "technologie de la vie", selon les expressions de l'historien S.J. Heims. En dépit de leur apparente opposition, il semble qu'il existe une continuité notable entre ces deux pôles.

Sara Touiza-Ambroggiani est attachée temporaire d’enseignement et de recherche au département de philosophie l’Université Paris 8. Elle travaille sur la genèse et l’essor de la notion de "communication" depuis l’avènement de la cybernétique jusqu'à la théorie de l’agir communicationnel. Elle est , depuis 2012, coordinatrice du colloque pluriannuel Le sujet digital.
Publications et co-direction d'ouvrages
Le sujet digital (Labex Arts H2H / Les Presses du réel, 2015).
"Was Norbert Wiener a Metaphysician?" (Boston, 2014).
"Enjeux philosophiques du dispositif fictionnel dans la science: le cas de l'imitation game de Turing" (Epistemocritique.org, 2014).
"Post- and Transhumanism as a Natural Consequence of Humanism" (Séoul, 2015).


SITOGRAPHIE :

http://sujetdigital.labex-arts-h2h.fr/fr

https://www.facebook.com/lesujetdigital

BIBLIOGRAPHIE :

Agamben G., Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Paris, Rivages-Poche, 2007.
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Fukuyama F., La Fin de l’homme: les conséquences de la révolution biotechnique, trad. par Canal D.-A., Paris, Gallimard, coll. "folio actuel", 2002.
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Suvin D., Pour une poétique de la science-fiction: études en théorie et en histoire d’un genre littéraire, trad. par Hénault G., Montréal, Presses de l’université du Québec, 1977.
Triclot M., Le Moment cybernétique: la constitution de la notion d’information, Seyssel, Éditions Champ Vallon, 2008.
Wiener N., Cybernétique et société: l’usage humain des êtres humains [The human use of human beings (Cybernetics and Society)], trad. de l’anglais par Mistoulon P.-Y., Paris, 10/18, Édition synoptique, 1971 [1950/1954].
Wolfe C., What Is Posthumanism?, Minneapolis, University of Minneapolis Press, 2010.

Avec le soutien
de l'Université Paris 8 (EA 1569),
de l'Université de Brest (EA 4249),
de l'Université de Rennes 2 (EA 1796)
et du Labex Arts-H2H