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DU SAMEDI 14 MAI (19 H) AU LUNDI 16 MAI
(18 H) 2011
LE PSU, DES IDÉES POUR UN SOCIALISME AU
XXIe SIÈCLE ?
DIRECTION : Roger BARRALIS, Michel MOUSEL, Bernard RAVENEL
ARGUMENT :
Les défis
du début du XXIe siècle sont sans
commune mesure avec ceux du XXe siècle finissant:
mondialisation, raréfaction des ressources naturelles,
réchauffement climatique, menace alimentaire;
mais aussi crise économique et financière
mondiale, explosion des dettes publiques, transformations
du travail et menaces sur les protections collectives des
salariés; et, enfin, irruption de l’internet, afflux
d’informations, croissance des migrations et des échanges
culturels. Face à de tels défis, l’idée
du socialisme est-elle devenue obsolète?
Au cours de sa
brève existence (1960-1990), le Parti
Socialiste Unifié (PSU) a tracé des voies nouvelles
en vue d’une rénovation du socialisme: en considérant
que la question du pouvoir, dans les entreprises et dans
la société, était essentielle (l’autogestion),
en affirmant que celles de l'égalité des sexes, de
l’immigration, du cadre de vie, de l'écologie, du
partage du savoir, de la solidarité internationale,
n’étaient pas secondaires, il a montré que les
interrogations sur l’avenir n’étaient pas séparables
des initiatives d’aujourd’hui; et que les transformations
sociales exigeaient autant un engagement individuel que des mesures
collectives.
L’aventure collective
du PSU, portée par des valeurs communes,
a souligné, s’affranchissant ainsi définitivement
de la tentation totalitaire, qu’une transformation
sociale radicale ne pouvait être séparée
de l’exercice des droits démocratiques et de
la participation civique. Les idées et l’expérience
du PSU peuvent donc être revisitées de manière
féconde pour rechercher les moyens intellectuels
et politiques d’une réponse collective aux défis
d’aujourd‘hui et de demain.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Samedi 14 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Dimanche 15 mai
Matin:
Michel MOUSEL:
Introduction
Bernard RAVENEL:
Front Socialiste, un concept polysémique
Hélène
HATZFELD: Le PSU: voies et bifurcations d'une redéfinition
du politique
Après-midi:
Des contre-pouvoirs à la démocratie
délibérative, table ronde animée
par Marc MANGENOT, avec Serge DEPAQUIT
(Démocratiser la décision) et Joël ROMAN (Refonder et renover la
démocratie: un programme pour aujourd'hui)
Gustave MASSIAH: Le PSU
et les intuitions du mouvement altermondialiste
Soirée:
Soirée témoignage autour de Marc
Heurgon, animée par Edith HEURGON
Emmanuel TERRAY: Eléments
pour un portrait politique de Marc Heurgon
Message de Jacques LE GOFF
Témoignages de Dominique PEYROU, Jacques PEYROU et
Edith HEURGON
Lundi 16 mai
Matin:
Jean-François
KESLER: Le Plan: l'avenir d'un passé — discutante: Maryvonne PRÉVOT
Grand Témoin: Michel ROCARD
Après-midi:
Du réformisme révolutionnaire
au socialisme au XXIe siècle, table ronde animée
par Joël ROMAN, avec Alain LIPIETZ (Des AROP à Europe-Ecologie:
une trajectoire), Lucile SCHMID
(Démocratiser la démocratie) et Aurélie TROUVÉ (Les mouvements
altermondialiste et écologiste peuvent-ils renouveler
la gauche?)
Michel MOUSEL: Clôture
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Serge DEPAQUIT: Démocratiser
la décision
Dans les années qui ont suivi
68, le PSU a été un acteur actif du projet autogestionnaire.
Qu'en reste-t-il aujourd'hui alors que, depuis 25 ans,
la prise de distance des citoyens avec l'action publique ne
cesse d'augmenter? Or ce désenchantement démocratique
n'est compréhensible que dans son rapport à la
crise sociale qui a pris corps durant la même période.
Que devient dans un tel contexte la réalisation du principe
de souveraineté populaire, fondement de la démocratie?
Une réflexion quant aux nécessaires évolutions
des contenus du contrat démocratique face aux mutations des
sociétés complexes n'est-elle pas à entreprendre?
Nous vivons dans un monde de partage de la décision, ce qui
suppose la mise en œuvre de processus décisionnels ouverts
aux citoyens. Ceux-ci sont aujourd'hui à concevoir si l'on souhaite
renouveler la pratique démocratique, retrouvant par là
l'inspiration initiale du projet autogestionnaire.
Serge Depaquit est un ancien
ingénieur de recherche du CNRS, ancien militant communiste,
responsable de l'UEC, qui fut une actrice antistalinienne dans
la crise du PC qui a suivi les révélations du XXème
Congrès du PC soviétique de 1956. Ancien secrétaire
national du PSU, puis vice-président de l'Adels (aujourd'hui
administrateur). Membre de diverses autres associations. Auteur
de "Renouveler la démocratie, oui mais comment?" et de
nombreuses contributions portant sur la crise de la démocratie,
son lien avec la crise sociale et l'émergence d'une société
d'incertitude, la relation entre développement durable et
démocratie, le rôle des outils démocratiques,
l'évolution politique des couches moyennes, l'analyse
des résultats électoraux, etc...
Hélène
HATZFELD: Le PSU: voies et bifurcations d'une redéfinition
du politique pour aujourd'hui
Le PSU participe au mouvement
profond de redéfinition du politique qui s’effectue
dans les années 1960-70 de plusieurs façons.
Le politique à la fois sort de la seule sphère
institutionnelle constituée par le gouvernement, les élections
ou les affaires internationales et est élargi: il
devient une dimension de la société et plus encore
une affaire de la société. Mais ces transformations
théoriques et pratiques s’inscrivent dans le cadre
conceptuel à travers lequel le changement politique et
social est alors pensé. Cette contribution vise à montrer
comment le PSU a exprimé ces innovations d’une façon particulière.
Par l’exploration et l’agencement de plusieurs grilles d’analyse
(moderniste, marxiste, chrétienne...), il a formulé
des questions sur l’organisation concrète de la démocratie,
sur les rapports entre délibération et décision,
entre le politique et le social, entre le national et le local...
qui sont autant d’outils pour penser les changements nécessaires
aujourd’hui.
Docteur d’Etat
en science politique, agrégée de lettres
classiques, membre du Lavue (Laboratoire architecture, ville,
urbanisme, environnement), Hélène Hatzfeld
a travaillé sur les transformations apportées par
les années 1970 (définition du politique, pratiques
de la démocratie, thèmes et formes de mobilisation...),
et leur continuité ou leurs reformulations actuelles.
Elle conduit une echerche ur la multiplication et la diversification
des revendications de légitimité et leur signification.
Faire de la politique
autrement. Les expériences inachevées
des années 1970 (Presses universitaires de Rennes,
Adels, 2005).
Les légitimités
ordinaires,(L’Harmattan, Adels, à paraître
début 2011).
"De l’autogestion à
la démocratie participative : des contributions
pour renouveler la démocratie", M.H. Bacqué,
Y. Sintomer (dir.), (à paraître début
2011. La Découverte).
"Marxisme et politique
: les habits étroits de l’Union de la gauche",
M. Zancarini-Fournel, P. Artières (dir.), 1968,
une histoire collective (Cahiers libres, La Découverte,
2008, p. 754-760).
"L'autogestion, transition
entre deux mondes", F. Georgi (dir.), Autogestion,
la dernière utopie ? (Publications de la Sorbonne,
2003, p.173-185).
Jean-François KESLER: Le
Plan: l'avenir d'un passé
1) Le courant planiste: le "passage
au socialisme par étapes"; planification et économie
mixte; le programme du CNR; la "planification à la française";
l'"ardente obligation du Plan";
2) Le Contre-Plan du PSU: une critique
raisonnée des plans gouvernementaux et un ensemble
cohérent de contre-propositions chiffrées; planification
et nationalisations; planification et démocratie; le Plan,
instrument de la transition au socialisme;
3) Le renouveau du Plan, solution pour
sortir de la crise et pour construire un nouveau modèle
de société: l'abandon à la force des choses
ou la suprématie de la volonté des hommes; gouverner,
c'est choisir, choisir, c'est planifier; le Plan au service de
l'écologie; planification, aménagement du territoir,
urbanisme, cadre de vie; 'appropriation collective des pôles
de domination économique et des sols à bâtir,
conditions de la planification.
Directeur adjoint honoraire
de l'ENA, Jean-François Kesler est professeur émérite
à la Sorbonne. Membre du comité politique national
du PSU et de sa commission du programme (années soixante)
; secrétaire de la fédération socialiste
de la Nièvre (années soixante-dix et quatre-vingt).
Auteur de De la gauche dissidente au nouveau parti socialiste,
Privat, 1990 (en dehors d'ouvrages portant notamment sur l'ENA
et la haute fonction publique).
Alain LIPIETZ: Des AROP à Europe-Ecologie
: une trajectoire
En 1970, le PSU organisa des Assemblées
Régionales Ouvrières et Paysannes ouvertes aux
syndicalistes et associations, qui culminèrent dans
une "AOP" nationale censée préparer le congrès
de Lille. Un des forums de l’AOP était dédié au
"cadre de vie", ce qui n’était pas loin de l’écologie.
René Dumont était encore membre du PSU. Mais la préoccupation
pour le cadre de vie pouvait s’entendre soit comme une gestion
intelligente et participative des municipalités (tendances
GAM), soit comme une reconstruction du projet progressiste, avec
critique du modèle productiviste. Après le congrès
de Lille, cette tension devint insupportable. Trente ans après,
nombre des composantes et fragments du PSU post-Lille (sauf celle
de Michel Rocard) se retrouvaient effectivement représentée
dans le parti Vert. Il n’est pas très étonnant que
les Verts aient retrouvé les mêmes problèmes
(la réticence de la "société civile écologiste"
à se reconnaître dans un parti) et aient tenté
de contourner l’obstacle de la même manière: la "coopérative"
Europe-Ecologie.
Né en 1947, Alain Lipietz
anime le mouvement de Mai 68 à l’Ecole Polytechnique.
Il choisit la recherche en économie, qui le conduira
à écrire une vingtaine de livres et des centaines
d’articles, une majorité sur le rapport entre société
et territoire. Après un passage au PSU, il s’engage dans l’écologie
politique dès 1986. De 1999 à 2009, il est député
(vert) européen. En 2009, il est porte-parole de Daniel Cohn-Bendit
pour la campagne d’Europe-Ecologie.
Gustave MASSIAH: Le PSU
et les intuitions du mouvement altermondialiste
Le PSU a joué un rôle
dans son époque, en situation. Mais il a aussi
été capable de dépasser cette situation
et de tracer des pistes qui renvoient à une interrogation
en profondeur de l’action politique. Il a eu l’intuition,
dans ses élaborations et dans ses pratiques, de plusieurs
dimensions qui se déploient aujourd’hui, plus de
trente ans après, dans le mouvement altermondialiste.
Le PSU a participé à trois mouvements historiques
d’émancipation. Le mouvement de la décolonisation
qui a été un moment fondateur. Le mouvement
de mai 68 élargi à la période 65 à
73 qui a combiné le mouvement pour les libertés
et contre les totalitarismes avec le mouvement social des luttes ouvrières
et paysannes, jusqu’aux luttes de LIP et du Larzac. Le mouvement
écologiste qu’il a accompagné dès
le début. Le PSU s’est référé aux
quatre générations des droits (civils et politiques;
économiques, sociaux et culturels; droits des peuples;
droits des migrants, droits des femmes et droits écologiques).
Il a aussi anticipé la nouvelle culture politique des forums
sociaux mondiaux (horizontalité, diversité,
activités autogérées, consensus). Il s’est
inscrit dans le renouvellement du rapport entre pouvoir et politique.
Membre du Conseil
International du Forum Social Mondial, ancien membre
de la Direction Politique Nationale du PSU, ancien animateur
avec Manuel Bridier de la Commission Internationale du PSU,
Gustave Massiah est membre fondateur avec Manuel Bridier et Jean
Yves Barrère, du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives
de la solidarité internationale). Il est aussi ancien président
du CRID ; ancien vice-président d’Attac.
Michel MOUSEL: Introduction
Le "cinquantième anniversaire" de la création
du PSU a donné lieu en 2010 à plusieurs manifestations
qui ont mis l’accent sur certains aspects de l’histoire du PSU
et de l’insertion du PSU dans trente années d’histoire: une
communauté militante et sa diaspora, qui se retrouve dans un
rassemblement bravant les dures lois de la démographie, festif
et mémoriel à la fois — en tous cas pas "commémoratif"
—, faisant plutôt apparaître la construction collective
d’une pensée politique dans l’action; puis un colloque
scientifique de politologues examinant avec précaution et
attention un animal politique peu commun, rare et insolite pour les
uns, sujet d’interrogation sur l’intérêt qui aurait pu
s’attacher à la protection d’une espèce naissante pour
d’autres. Naissante mais, simultanément, en voie de disparition?
C’est la question du 3ème acte: celui du repérage des
enracinements, des ensemencements d’une aventure humaine qui s’est
efforcé de construire des références allant au-delà
de sa propre durée et présentes dans le temps d’aujourd’hui.
50 ans, deux générations, et les fils rouges plus que
jamais visibles de l’espoir d’une démocratie authentique, d’une
égalité pas seulement rhétorique, d’une paix ni naïve
ni cynique, de l’épanouissement humain, du respect de l’universel
et donc de l’univers.
Michel Mousel a été un dirigeant
de l’UNEF pendant la guerre d’Algérie, et président
du syndicat étudiant immédiatement après (1963/64).
Membre du PSU depuis sa fondation, il en a été le Secrétaire
National de 1974 à 1979. Il a exercé des fonctions de
Direction au ministère de l’Environnement au temps des ministères
Bouchardeau, Lalonde, Ségolène Royal (comme président
de l’Ademe), Voynet et Cochet. Il a créé en 1994 l’association
4 D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable).
Il est notamment l’auteur de "L’Utopie Réaliste"
avec Yves Barou, Bernard Billaudot, André Gauron, Jean-Pierre
Piau.
Maryvonne PRÉVOT
Prévot Maryvonne, agrégée d’histoire,
docteur en histoire contemporaine (thèse sur Alain Savary),
maître de conférences en aménagement et urbanisme
à Lille 1, Laboratoire Territoires, Villes, Environnement, Société
(TVES EA 4477), est coordinatrice scientifique du programme pluridisciplinaire
de recherche MESHS (USR 3185) Lille/CPER Nord-Pas-de-Calais 2009-2010
"CHRISTIANA": "De l’urbanisme au développement. Les militants
d’origine chrétienne dans la fabrique de la Ville des années
60 à nos jours. France/Belgique (Bruxelles)" (www.meshs.fr).
Ses recherches actuelles portent sur l'analyse des jeux, réseaux
et discours d'acteurs aux différentes échelles territoriales,
sur la genèse politique et doctrinale des projets d'urbanisme
et des politiques d'aménagement, sur les organismes d'études
parapublics et privés et sur l'expertise, sur les trajectoires
militantes et les mémoires professionnelles dans les champs
de l'urbain et de l'aménagement.
Elle a publié: Alain Savary. Le refus en politique,
Tournai, La Renaissance du Livre, coll. Carrefour de l'Histoire, 2003.
Bernard RAVENEL: Front Socialiste,
un concept polysémique
Dans sa construction comme nouvelle
force politique socialiste, le PSU, pour définir
son identité politique spécifique, se devait de
se singulariser clairement. De ce point de vue le concept
de "Front socialiste" répondait bien à cette
nécessité. Ce concept, en effet, s'oppose d'abord
à celui de Front républicain de 1956, mais aussi à
celui de Front populaire de 1936. Et cela en raison des alliances
politiques et sociales que ces Fronts réunissaient, en
particulier les forces de la bourgeoisie libérale (parti radical
surtout). L'échec de ces deux expériences de Front
— sans oublier celle de la Libération — nécessitait une
réévaluation stratégique d'ensemble du mouvement
ouvrier français, ce que se proposait de faire le nouveau parti...
Le congrès de Clichy, en mars 1961, définit le Front
socialiste comme "l'alliance à tous les échelons, sans exclusive
et sur une base d'égalité de toutes les organisations politiques,
syndicales, ouvrières, paysannes, universitaires, sociales
et de jeunesse, qui expriment les intérêts, les aspirations
de (ces) couches travailleuses...". Ce bloc social et politique doit
être l'instrument stratégique de mise en oeuvre d'un programme
de transition vers le socialisme. Cette référence explicite
au Front socialiste sera constante au PSU jusqu'en 1967. Après
elle disparaîtra au profit d'autres formulations (unité
populaire, etc...) et même laissera un moment la place à
un concept alternatif, celui de "mouvement politique de masse" qui se
situait de fait en dehors des organisations traditionnelles du mouvement
ouvrier. Mais cette redéfinition du champ politique et social
va bientôt faire apparaître des contradictions internes:
différence de nature et de rôle des syndicats dans cette
alliance de partis et de syndicats, sur le rapport (courroie de transmission
ou non) entre partis et syndicats, sur l'autonomie de chaque partenaire,
sur la place particulière des nouvelles subjectivités
sociales issues de l'évolution du néo-capitalisme. Comment
éviter l'aplatissement "frontiste" vers le,plus petit dénominateur
commun des diverses forces qui le composent et permettre un projet
de transformation socialiste? Bientôt il faudra repenser la notion
d"alliance", se poser la question de la communauté d'intérêts
à l'intérieur de ce front, affronter les problèmes
inédits de la société moderne et les nouvelles
subjectivités (étudiants, féminisme, écologie,
etc...) remettant en question les paradigmes et les catégories
jusque-là utilisés et réfléchir sur une nouvelle
configuration plurielle qui serait porteuse de l'alternative socialiste...
Bernard Ravenel, agrégé
d'histoire, a enseigné dans les classes préparatoires
à HEC et à Sciences-po. Auteur de "Méditerranée:
Le Nord contre le Sud?" de "Méditerranée, l'impossible
mur" chez l'Harmattan, de "Kossovo, une guerre de gauche?",
éditions Golias. Fondateur de la revue "Confluences-Méditerranée"(nombreux
articles), il est un collaborateur régulier de la
revue "M" fondée entre autres par H. Lefebvre.
Joël ROMAN: Refonder et rénover la
démocratie: un programme pour aujourd'hui
L’exigence démocratique est d’abord une exigence
d’inclusion: en ce sens, la démocratie n’est pas d’abord
un type de régime, mais une dynamique toujours à
reprendre. La revendication démocratique prend aujourd’hui
de nouvelles formes, dans une société de la communication
latérale: les individus veulent que leur point de vue soit
pris en compte, ce qui implique une extension des modes de délibération
et de décision. Entre la démocratie d’effervescence,
purement protestataire, et la démocratie d’opinion, qui menace
parfois de verser dans le populisme, saurons-nous inventer une démocratie
d’engagement, qui permette à chacun de trouver sa place dans
la société?
Joël Roman est philosophe et éditeur.
Collaborateur de la revue Esprit, il a été
à la direction étudiante du PSU dans les années
70. Il a notamment publié La démocratie des individus
(Calmann-Lévy, 1998) et Eux et nous (Hachette littératures,
2006).
Lucile SCHMID: Démocratiser la démocratie
La critique des limites de la démocratie est inhérente
à la démocratie elle-même. Mais nos démocraties
d’opinion souffrent de maux spécifiques: personnalisation du
pouvoir, discours politique simplificateur dans un monde complexe, séparation
toujours plus forte entre monde politique et monde réel conduisant
à ce que certains chercheurs ont qualifié de "démocratie
d’abstention". La question qui nous est posée est bien celle d’une
revitalisation de la démocratie en France et au sein de l’Union
européenne. Cette revitalisation est rituellement appelée
de ses vœux par le monde politique avant chaque grande échéance
électorale. L’élection présidentielle de 2007 s’était
ainsi traduite par une bouffée participative disparue quelques
semaines plus tard au moment des élections législatives.
Quatre ans après, les mêmes angoisses du populisme et de l’abstention
ressurgissent. Neuf ans après le 21 avril, le monde politique français
ne semble pas avoir progressé d’un pouce. C’est que la mobilisation
électorale ne peut produire par elle-même une revitalisation
démocratique. C’est un ensemble d’éléments interdépendants
qui pourront créer une démocratisation des institutions et
nourrir un nouveau désir politique. Parmi ces éléments,
on peut citer: l’importance donnée au projet politique et à
sa mise en œuvre une fois au pouvoir, la modification de la sociologie des
élus et le non cumul, l’articulation des différents niveaux
de représentation, l’exemplarité et une réflexion générale
sur la notion de compétence esquivée depuis longtemps au profit
d’une sélection par la professionnalisation politique et les écuries.
Lucile Schmid, 48 ans, haut fonctionnaire, membre du
conseil de surveillance de la fondation de l’écologie politique,
coresponsable du projet à Europe écologie les verts,
engagée à gauche sur le territoire des Hauts de Seine depuis
10 ans, conseillère économique en Algérie de 1992
à 1995.
Auteur de: "La seconde guerre d’Algérie, le quiproquo
franco-algérien", "Parité circus" ; co-auteur du livre
"Notre Etat" coordonné par Roger Fauroux et Bernard Spitz.
Emmanuel TERRAY:
Eléments pour un portrait politique de Marc
Heurgon
Parmi les éléments
qui ont compté dans la formation politique de Marc
Heurgon, il faut évoquer tout d'abord son enfance
algérienne, et son service militaire en Afrique du
Nord; il en retirera une grande sensibilité aux choses
méditerranéennes et au monde arabe. Il faut rappeler
également ses études d'histoire, qui lui apporteront
une très grande culture en la matière. Dans
son activité militante, Marc Heurgon se montrera largement
indifférent aux considérations et aux querelles
théoriques, et quelque peu sceptique quant aux perspectives
lointaines de la transformation sociale. En revanche, il fera
preuve d'un réalisme résolu, en ce qui concerne aussi
bien les conditions générales de l'action politique
que la psychologie des acteurs, et il sera porté par une véritable
passion pour l'efficacité, tout en demeurant étranger
à toute ambition personnelle.
Emmanuel Terray,
né en 1935, étudie la philosophie à
l'ENS sous la direction de Louis Althusser, puis devient
anthropologue et séjourne plusieurs années
en Afrique. Il milite au PSU entre 1960 et 1971, puis à
la GOP entre 1971 et 1975. Il appartient aujourd'hui à
la LDH et depuis 1996, il prend une part active au mouvement
de défense des sans-papiers.
Traversées,
entretiens avec Jean-Paul Colleyn (Labor, Bruxelles,
2005).
Aurélie TROUVÉ:
Les mouvements altermondialiste et écologiste
peuvent-ils renouveler la gauche?
Les années 2000 ont
été marquées par l'émergence de
deux mouvements, altermondialiste et écologiste. Ces deux mouvements
ont vu l'engagement de nouveaux militants, l'apparition de nouvelles
façons de militer et des convergences inédites entre
organisations et réseaux citoyens. Ces deux mouvements
ont eux-mêmes convergé, notamment à
partir du sommet de Copenhague autour de la justice climatique.
Face aux défis contemporains, ils portent des alternatives
à même de renouveler les idées d'une gauche
qui ne se résume pas aux partis politiques, mais qui inclue
toute la diversité des mouvements sociaux. Encore faut-il
que toutes ces composantes soient capables, dans le respect de leur
autonomie, d'échanger et de s'enrichir mutuellement. Et
que l'ensemble de la gauche intègre dans sa pensée la
défense des droits humains fondamentaux, la solidarité
internationale et la justice écologique.
Aurélie Trouvé,
coprésidente d'Attac France depuis 2006, est
également agronome et maître de conférences
en économie à AgroSupDijon. Son travail
porte en particulier sur les politiques agricoles et alimentaires.
Elle s'est engagée depuis des années pour le
droit à la souveraineté alimentaire, en lien avec des
organisations paysannes et environnementales (voir par exemple:
CHOPLIN G., STRICKNER A., TROUVE A. (dir.), 2009, "Souveraineté
alimentaire, que fait l'Europe ?", Syllepse, Paris)
BIBLIOGRAPHIE :
Le Socialisme
difficile, André Gorz, Ed. du Seuil, 1967.
L'autogestion
: la dernière utopie ?, Frank Georgi,
Presses universitaires de la Sorbonne, 2003.
Faire de
la Politique autrement. Les expériences inachevées
des années 1970, Hélène Hatzfeld,
PUR, 2005.
La démocratie
inachevée, Pierre Rosanvallon, Gallimard,
2003.
Renouveler
la démocratie, oui mais comment ?, Serge
Depaquit, Editions de l'Adels, 2005.
"La mémoire
vive", Jean-Claude Gillet, in Au cœur des luttes
des années 60, les étudiants du PSU,
ouvrage collectif, Ed. Publisud, 2010, pages 369/400.
La France
des années 1968, ouvrage collectif, Editions
Syllepse, 2008.
Le socialisme
en France et en Europe, XIX-XXème siècle,
Michel Winock, Ed. du Seuil, 1992.
L'épreuve
du pouvoir, Russie 1917, Spartacus, 2005, textes
présentés par J-M. Kay.
Les socialistes
français et le pouvoir (1905-2007),
Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, Nouvelle
édition revue et actualisée, coll. Pluriel,
2007.
Renouvellement
du Socialisme, Edouard Depreux, préf.
Pierre Mendès-France, Calmann-Lévy, 1960.
"Chap 11: Les bases de
Clichy (mars 1961)", in Histoire du PSU
de Marc Heurgon, Tome 1, La fondation et la guerre d'Algérie
(1958-1962), Ed. La découverte, 1994, voir
pages 249/260.
Le Marxisme
de notre temps ou les contradictions du socialisme,
Gilles Martinet, Ed. René Julliard, 1962.
Le gaullisme
et la gauche, Serge Mallet, Ed. du Seuil, 1965.
"Les minorités
qui ont rénové le PS", in De la gauche
dissidente au nouveau parti socialiste, Jean-François
Kesler, B. H. Privat, 1990, voir "Le renouveau de la
pensée socialiste", pages 379-394.
La conquête
des pouvoirs, Gilles Martinet, Ed. du Seuil,
1968.
Questions
à l'état socialiste, Michel Rocard,
Stock, 1972.
L'utopie
réaliste, Michel Mousel et la commission
économique du PSU, Bourgois, 1977.
Archives
d'espoir. 20 ans de PSU, dir. F. Dalbert, Ed. Syros,
1980.
La Flamme
et la Cendre, Victor Fay, Presses Universitaires
de Vincennes, 1989.
Le PSU vu
d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique,
laboratoire d'idées (années 50 - années
80), ouvrage collectif (dir.: T. Kernalegenn,
F. Prigent, G. Richard, J. Sainclivier), Presses Universitaires
de Rennes, 2009.
Avec le soutien des "Amis de Tribune Socialiste" et
de l'Institut Edouard Depreux