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DU SAMEDI 14 MAI (19 H) AU LUNDI 16 MAI (18 H) 2011



LE PSU, DES IDÉES POUR UN SOCIALISME AU XXIe SIÈCLE ?


DIRECTION : Roger BARRALIS, Michel MOUSEL, Bernard RAVENEL

ARGUMENT :

Les défis du début du XXIe siècle sont sans commune mesure avec ceux du XXe siècle finissant: mondialisation, raréfaction des ressources naturelles, réchauffement climatique, menace alimentaire; mais aussi crise économique et financière mondiale, explosion des dettes publiques, transformations du travail et menaces sur les protections collectives des salariés; et, enfin, irruption de l’internet, afflux d’informations, croissance des migrations et des échanges culturels. Face à de tels défis, l’idée du socialisme est-elle devenue obsolète?

Au cours de sa brève existence (1960-1990), le Parti Socialiste Unifié (PSU) a tracé des voies nouvelles en vue d’une rénovation du socialisme: en considérant que la question du pouvoir, dans les entreprises et dans la société, était essentielle (l’autogestion), en affirmant que celles de l'égalité des sexes, de l’immigration, du cadre de vie, de l'écologie, du partage du savoir, de la solidarité internationale, n’étaient pas secondaires, il a montré que les interrogations sur l’avenir n’étaient pas séparables des initiatives d’aujourd’hui; et que les transformations sociales exigeaient autant un engagement individuel que des mesures collectives.

L’aventure collective du PSU, portée par des valeurs communes, a souligné, s’affranchissant ainsi définitivement de la tentation totalitaire, qu’une transformation sociale radicale ne pouvait être séparée de l’exercice des droits démocratiques et de la participation civique. Les idées et l’expérience du PSU peuvent donc être revisitées de manière féconde pour rechercher les moyens intellectuels et politiques d’une réponse collective aux défis d’aujourd‘hui et de demain.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 14 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 15 mai
Matin:
Michel MOUSEL: Introduction

Bernard RAVENEL: Front Socialiste, un concept polysémique
Hélène HATZFELD: Le PSU: voies et bifurcations d'une redéfinition du politique

Après-midi:
Des contre-pouvoirs à la démocratie délibérative, table ronde animée par Marc MANGENOT, avec Serge DEPAQUIT (Démocratiser la décision) et Joël ROMAN (Refonder et renover la démocratie: un programme pour aujourd'hui)

Gustave MASSIAH: Le PSU et les intuitions du mouvement altermondialiste

Soirée:
Soirée témoignage autour de Marc Heurgon, animée par Edith HEURGON
Emmanuel TERRAY: Eléments pour un portrait politique de Marc Heurgon
Message de Jacques LE GOFF
Témoignages de Dominique PEYROU, Jacques PEYROU et Edith HEURGON


Lundi 16 mai
Matin:
Jean-François KESLER: Le Plan: l'avenir d'un passé — discutante: Maryvonne PRÉVOT

Grand Témoin: Michel ROCARD

Après-midi:
Du réformisme révolutionnaire au socialisme au XXIe siècle, table ronde animée par Joël ROMAN, avec Alain LIPIETZ (Des AROP à Europe-Ecologie: une trajectoire), Lucile SCHMID (Démocratiser la démocratie) et Aurélie TROUVÉ (Les mouvements altermondialiste et écologiste peuvent-ils renouveler la gauche?)

Michel MOUSEL: Clôture

DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Serge DEPAQUIT: Démocratiser la décision
Dans les années qui ont suivi 68, le PSU a été un acteur actif du projet autogestionnaire. Qu'en reste-t-il aujourd'hui alors que, depuis 25 ans, la prise de distance des citoyens avec l'action publique ne cesse d'augmenter? Or ce désenchantement démocratique n'est compréhensible que dans son rapport à la crise sociale qui a pris corps durant la même période. Que devient dans un tel contexte la réalisation du principe de souveraineté populaire, fondement de la démocratie? Une réflexion quant aux nécessaires évolutions des contenus du contrat démocratique face aux mutations des sociétés complexes n'est-elle pas à entreprendre? Nous vivons dans un monde de partage de la décision, ce qui suppose la mise en œuvre de processus décisionnels ouverts aux citoyens. Ceux-ci sont aujourd'hui à concevoir si l'on souhaite renouveler la pratique démocratique, retrouvant par là l'inspiration initiale du projet autogestionnaire.

Serge Depaquit est un ancien ingénieur de recherche du CNRS, ancien militant communiste, responsable de l'UEC, qui fut une actrice antistalinienne dans la crise du PC qui a suivi les révélations du XXème Congrès du PC soviétique de 1956. Ancien secrétaire national du PSU, puis vice-président de l'Adels (aujourd'hui administrateur). Membre de diverses autres associations. Auteur de "Renouveler la démocratie, oui mais comment?" et de  nombreuses contributions portant sur la crise de la démocratie, son lien avec la crise sociale et l'émergence d'une société d'incertitude, la relation entre développement durable et démocratie, le rôle des outils démocratiques, l'évolution politique des couches moyennes, l'analyse des résultats électoraux, etc...

Hélène HATZFELD: Le PSU: voies et bifurcations d'une redéfinition du politique pour aujourd'hui
Le PSU participe au mouvement profond de redéfinition du politique qui s’effectue dans les années 1960-70 de plusieurs façons. Le politique à la fois sort de la seule sphère institutionnelle constituée par le gouvernement, les élections ou les affaires internationales et est élargi: il devient une dimension de la société et plus encore une affaire de la société. Mais ces transformations théoriques et pratiques s’inscrivent dans le cadre conceptuel à travers lequel le changement politique et social est alors pensé. Cette contribution vise à montrer comment le PSU a exprimé ces innovations d’une façon particulière. Par l’exploration et l’agencement de plusieurs grilles d’analyse (moderniste, marxiste, chrétienne...), il a formulé des questions sur l’organisation concrète de la démocratie, sur les rapports entre délibération et décision, entre le politique et le social, entre le national et le local... qui sont autant d’outils pour penser les changements nécessaires aujourd’hui.

Docteur d’Etat en science politique, agrégée de lettres classiques, membre du Lavue (Laboratoire architecture, ville, urbanisme, environnement), Hélène Hatzfeld a travaillé sur les transformations apportées par les années 1970 (définition du politique, pratiques de la démocratie, thèmes et formes de mobilisation...), et leur continuité ou leurs reformulations actuelles. Elle conduit une echerche ur la multiplication et la diversification des revendications de légitimité et leur signification.
Faire de la politique autrement. Les expériences inachevées des années 1970 (Presses universitaires de Rennes, Adels, 2005).
Les légitimités ordinaires,(L’Harmattan, Adels, à paraître début 2011).
"De l’autogestion à la démocratie participative : des contributions pour renouveler la démocratie", M.H. Bacqué, Y. Sintomer (dir.), (à paraître début 2011. La Découverte).
"Marxisme et politique : les habits étroits de l’Union de la gauche", M. Zancarini-Fournel, P. Artières (dir.), 1968, une histoire collective (Cahiers libres, La Découverte, 2008, p. 754-760).
"L'autogestion, transition entre deux mondes", F. Georgi (dir.), Autogestion, la dernière utopie ? (Publications de la Sorbonne, 2003, p.173-185).


Jean-François KESLER: Le Plan: l'avenir d'un passé
1) Le courant planiste: le "passage au socialisme par étapes"; planification et économie mixte; le programme du CNR; la "planification à la française"; l'"ardente obligation du Plan";
2) Le Contre-Plan du PSU: une critique raisonnée des plans gouvernementaux et un ensemble cohérent de contre-propositions chiffrées; planification et nationalisations; planification et démocratie; le Plan, instrument de la transition au socialisme;
3) Le renouveau du Plan, solution pour sortir de la crise et pour construire un nouveau modèle de société: l'abandon à la force des choses ou la suprématie de la volonté des hommes; gouverner, c'est choisir, choisir, c'est planifier; le Plan au service de l'écologie; planification, aménagement du territoir, urbanisme, cadre de vie; 'appropriation collective des pôles de domination économique et des sols à bâtir, conditions de la planification.

Directeur adjoint honoraire de l'ENA, Jean-François Kesler est professeur émérite à la Sorbonne. Membre du comité politique national du PSU et de sa commission du programme (années soixante) ; secrétaire de la fédération socialiste de la Nièvre (années soixante-dix et quatre-vingt). Auteur de De la gauche dissidente au nouveau parti socialiste, Privat, 1990 (en dehors d'ouvrages portant notamment sur l'ENA et la haute fonction publique).

Alain LIPIETZ: Des AROP à Europe-Ecologie : une trajectoire

En 1970, le PSU organisa des Assemblées Régionales Ouvrières et Paysannes ouvertes aux syndicalistes et associations, qui culminèrent dans une "AOP" nationale censée préparer le congrès de Lille. Un des forums de l’AOP était dédié au "cadre de vie", ce qui n’était pas loin de l’écologie. René Dumont était encore membre du PSU. Mais la préoccupation pour le cadre de vie pouvait s’entendre soit comme une gestion intelligente et participative des municipalités (tendances GAM), soit comme une reconstruction du projet progressiste, avec critique du modèle productiviste. Après le congrès de Lille, cette tension devint insupportable. Trente ans après, nombre des composantes et fragments du PSU post-Lille (sauf celle de Michel Rocard) se retrouvaient effectivement représentée dans le parti Vert. Il n’est pas très étonnant que les Verts aient retrouvé les mêmes problèmes (la réticence de la "société civile écologiste" à se reconnaître dans un parti) et aient tenté de contourner l’obstacle de la même manière: la "coopérative" Europe-Ecologie.

Né en 1947, Alain Lipietz anime le mouvement de Mai 68 à l’Ecole Polytechnique. Il choisit la recherche en économie, qui le conduira à écrire une vingtaine de livres et des centaines d’articles, une majorité sur le rapport entre société et territoire. Après un passage au PSU, il s’engage dans l’écologie politique dès 1986. De 1999 à 2009, il est député (vert) européen. En 2009, il est porte-parole de Daniel Cohn-Bendit pour la campagne d’Europe-Ecologie.

Gustave MASSIAH: Le PSU et les intuitions du mouvement altermondialiste
Le PSU a joué un rôle dans son époque, en situation. Mais il a aussi été capable de dépasser cette situation et de tracer des pistes qui renvoient à une interrogation en profondeur de l’action politique. Il a eu l’intuition, dans ses élaborations et dans ses pratiques, de plusieurs dimensions qui se déploient aujourd’hui, plus de trente ans après, dans le mouvement altermondialiste. Le PSU a participé à trois mouvements historiques d’émancipation. Le mouvement de la décolonisation qui a été un moment fondateur. Le mouvement de mai 68 élargi à la période 65 à 73 qui a combiné le mouvement pour les libertés et contre les totalitarismes avec le mouvement social des luttes ouvrières et paysannes, jusqu’aux luttes de LIP et du Larzac. Le mouvement écologiste qu’il a accompagné dès le début. Le PSU s’est référé aux quatre générations des droits (civils et politiques; économiques, sociaux et culturels; droits des peuples; droits des migrants, droits des femmes et droits écologiques). Il a aussi anticipé la nouvelle culture politique des forums sociaux mondiaux (horizontalité, diversité, activités autogérées, consensus). Il s’est inscrit dans le renouvellement du rapport entre pouvoir et politique.

Membre du Conseil International du Forum Social Mondial, ancien membre de la Direction Politique Nationale du PSU, ancien animateur avec Manuel Bridier de la Commission Internationale du PSU, Gustave Massiah est membre fondateur avec Manuel Bridier et Jean Yves Barrère, du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de la solidarité internationale). Il est aussi ancien président du CRID ; ancien vice-président d’Attac.

Michel MOUSEL: Introduction
Le "cinquantième anniversaire" de la création du PSU a donné lieu en 2010 à plusieurs manifestations qui ont mis l’accent sur certains aspects de l’histoire du PSU et de l’insertion du PSU dans trente années d’histoire: une communauté militante et sa diaspora, qui se retrouve dans un rassemblement bravant les dures lois de la démographie, festif et mémoriel à la fois — en tous cas pas "commémoratif" —, faisant plutôt apparaître la construction collective d’une pensée politique dans l’action; puis un  colloque scientifique de politologues examinant avec précaution et attention un animal politique peu commun, rare et insolite pour les uns, sujet d’interrogation sur l’intérêt qui aurait pu s’attacher à la protection d’une espèce naissante pour d’autres. Naissante mais, simultanément, en voie de disparition? C’est la question du 3ème acte: celui du repérage des enracinements, des ensemencements d’une aventure humaine qui s’est efforcé de construire des références allant au-delà de sa propre durée et présentes dans le temps d’aujourd’hui. 50 ans, deux générations, et les fils rouges plus que jamais visibles de l’espoir d’une démocratie authentique, d’une égalité pas seulement rhétorique, d’une paix ni naïve ni cynique, de l’épanouissement humain, du respect de l’universel et donc de l’univers.

Michel Mousel a été un dirigeant de l’UNEF pendant la guerre d’Algérie, et président du syndicat étudiant immédiatement après (1963/64). Membre du PSU depuis sa fondation, il en a été le Secrétaire National de 1974 à 1979. Il a exercé des fonctions de Direction au ministère de l’Environnement au temps des ministères Bouchardeau, Lalonde, Ségolène Royal (comme président de l’Ademe), Voynet et Cochet. Il a créé en 1994 l’association 4 D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable).
Il est notamment l’auteur de "L’Utopie Réaliste" avec Yves Barou, Bernard Billaudot, André Gauron, Jean-Pierre Piau.


Maryvonne PRÉVOT

Prévot Maryvonne, agrégée d’histoire, docteur en histoire contemporaine (thèse sur Alain Savary), maître de conférences en aménagement et urbanisme à Lille 1, Laboratoire Territoires, Villes, Environnement, Société (TVES EA 4477), est coordinatrice scientifique du programme pluridisciplinaire de recherche MESHS (USR 3185) Lille/CPER Nord-Pas-de-Calais 2009-2010 "CHRISTIANA": "De l’urbanisme au développement. Les militants d’origine chrétienne dans la fabrique de la Ville des années 60 à nos jours. France/Belgique (Bruxelles)" (www.meshs.fr). Ses recherches actuelles portent sur l'analyse des jeux, réseaux et discours d'acteurs aux différentes échelles territoriales, sur la genèse politique et doctrinale des projets d'urbanisme et des politiques d'aménagement, sur les organismes d'études parapublics et privés  et sur l'expertise, sur les trajectoires militantes et les mémoires professionnelles dans les champs de l'urbain et de l'aménagement.
Elle a publié: Alain Savary. Le refus en politique, Tournai, La Renaissance du Livre, coll. Carrefour de l'Histoire, 2003.

Bernard RAVENEL: Front Socialiste, un concept polysémique
Dans  sa construction comme nouvelle force politique socialiste, le PSU, pour définir son identité politique spécifique, se devait de se singulariser  clairement. De ce point de vue le concept de "Front socialiste" répondait bien  à cette nécessité. Ce concept, en effet, s'oppose d'abord à celui de Front républicain de 1956, mais aussi à celui de Front populaire de 1936. Et cela en  raison des alliances politiques et sociales que ces Fronts réunissaient, en  particulier les forces de la bourgeoisie libérale (parti radical surtout). L'échec de ces deux expériences de Front — sans oublier celle de la Libération — nécessitait une réévaluation stratégique d'ensemble du mouvement ouvrier français, ce que se proposait de faire le nouveau parti... Le congrès de Clichy, en mars 1961, définit le Front socialiste comme "l'alliance à tous les échelons, sans exclusive et sur une base d'égalité de toutes les organisations politiques, syndicales, ouvrières, paysannes, universitaires, sociales et de jeunesse, qui expriment les intérêts, les aspirations de (ces) couches travailleuses...". Ce bloc social et politique doit être l'instrument stratégique de mise en oeuvre d'un programme de transition vers le socialisme. Cette référence explicite au Front socialiste sera constante au PSU jusqu'en 1967. Après elle disparaîtra au profit d'autres formulations (unité populaire, etc...) et même laissera un moment la place à un concept alternatif, celui de "mouvement politique de masse" qui se situait de fait en dehors des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. Mais cette redéfinition du champ politique et social va bientôt faire apparaître des contradictions internes: différence de nature et de rôle des syndicats dans cette alliance de partis et de syndicats, sur le rapport (courroie de transmission ou non) entre partis et syndicats, sur l'autonomie de chaque partenaire, sur la place particulière des nouvelles subjectivités sociales issues de l'évolution du néo-capitalisme. Comment éviter l'aplatissement "frontiste" vers le,plus petit dénominateur commun des diverses forces qui le composent et permettre un projet de transformation socialiste? Bientôt il faudra repenser la notion d"alliance", se poser la question de la communauté d'intérêts à l'intérieur de ce front, affronter les problèmes inédits de la société moderne et les nouvelles subjectivités (étudiants, féminisme, écologie, etc...) remettant en question les paradigmes et les catégories jusque-là utilisés et réfléchir sur une nouvelle configuration plurielle qui serait porteuse de l'alternative socialiste...

Bernard Ravenel, agrégé d'histoire, a enseigné dans les classes préparatoires à HEC et à Sciences-po. Auteur de "Méditerranée: Le Nord contre le Sud?" de "Méditerranée, l'impossible mur" chez l'Harmattan, de "Kossovo, une guerre de  gauche?", éditions Golias. Fondateur de la revue "Confluences-Méditerranée"(nombreux articles), il est un collaborateur régulier de la revue "M" fondée entre autres par H. Lefebvre.

Joël ROMAN: Refonder et rénover la démocratie: un programme pour aujourd'hui
L’exigence démocratique est d’abord une exigence d’inclusion: en ce sens, la démocratie n’est pas d’abord un type de régime, mais une dynamique toujours à reprendre. La revendication démocratique prend aujourd’hui de nouvelles formes, dans une société de la communication latérale: les individus veulent que leur point de vue soit pris en compte, ce qui implique une extension des modes de délibération et de décision. Entre la démocratie d’effervescence, purement protestataire, et la démocratie d’opinion, qui menace parfois de verser dans le populisme, saurons-nous inventer une démocratie d’engagement, qui permette à chacun de trouver sa place dans la société?

Joël Roman est philosophe et éditeur. Collaborateur de la revue Esprit, il a été à la direction étudiante du PSU dans les années 70. Il a notamment publié La démocratie des individus (Calmann-Lévy, 1998) et Eux et nous (Hachette littératures, 2006).

Lucile SCHMID: Démocratiser la démocratie
La critique des limites de la démocratie est inhérente à la démocratie elle-même. Mais nos démocraties d’opinion souffrent de maux spécifiques: personnalisation du pouvoir, discours politique simplificateur dans un monde complexe, séparation toujours plus forte entre monde politique et monde réel conduisant à ce que certains chercheurs ont qualifié de "démocratie d’abstention". La question qui nous est posée est bien celle d’une revitalisation de la démocratie en France et au sein de l’Union européenne. Cette revitalisation est rituellement appelée de ses vœux par le monde politique avant chaque grande échéance électorale. L’élection présidentielle de 2007 s’était ainsi traduite par une bouffée participative disparue quelques semaines plus tard au moment des élections législatives. Quatre ans après, les mêmes angoisses du populisme et de l’abstention ressurgissent. Neuf ans après le 21 avril, le monde politique français ne semble pas avoir progressé d’un pouce. C’est que la mobilisation électorale ne peut produire par elle-même une revitalisation démocratique. C’est un ensemble d’éléments interdépendants qui pourront créer une démocratisation des institutions et nourrir un nouveau désir politique. Parmi ces éléments, on peut citer: l’importance donnée au projet politique et à sa mise en œuvre une fois au pouvoir, la modification de la sociologie des élus et le non cumul, l’articulation des différents niveaux de représentation, l’exemplarité et une réflexion générale sur la notion de compétence esquivée depuis longtemps au profit d’une sélection par la professionnalisation politique et les écuries.

Lucile Schmid, 48 ans, haut fonctionnaire, membre du conseil de surveillance de la fondation de l’écologie politique, coresponsable du projet à Europe écologie les verts, engagée à gauche sur le territoire des Hauts de Seine depuis 10 ans, conseillère économique en Algérie de 1992 à 1995.
Auteur de: "La seconde guerre d’Algérie, le quiproquo franco-algérien", "Parité circus" ; co-auteur du livre "Notre Etat" coordonné par Roger Fauroux et Bernard Spitz.


Emmanuel TERRAY: Eléments pour un portrait politique de Marc Heurgon
Parmi les éléments qui ont compté dans la formation politique de Marc Heurgon, il faut évoquer tout d'abord son enfance algérienne, et son service militaire en Afrique du Nord; il en retirera une grande sensibilité aux choses méditerranéennes et au monde arabe. Il faut rappeler également ses études d'histoire, qui lui apporteront une très grande culture en la matière. Dans son activité militante, Marc Heurgon se montrera largement indifférent aux considérations et aux querelles théoriques, et quelque peu sceptique quant aux perspectives lointaines de la transformation sociale. En revanche, il fera preuve d'un réalisme résolu, en ce qui concerne aussi bien les conditions générales de l'action politique que la psychologie des acteurs, et il sera porté par une véritable passion pour l'efficacité, tout en demeurant étranger à toute ambition personnelle.

Emmanuel Terray, né en 1935, étudie la philosophie à l'ENS sous la direction de Louis Althusser, puis devient anthropologue et séjourne plusieurs années en Afrique. Il milite au PSU entre 1960 et 1971, puis à la GOP entre 1971 et 1975. Il appartient aujourd'hui à la LDH et depuis 1996, il prend une part active au mouvement de défense des sans-papiers.
Traversées, entretiens avec Jean-Paul Colleyn (Labor, Bruxelles, 2005).


Aurélie TROUVÉ: Les mouvements altermondialiste et écologiste peuvent-ils renouveler la gauche?
Les années 2000 ont été marquées par l'émergence de deux mouvements, altermondialiste et écologiste. Ces deux mouvements ont vu l'engagement de nouveaux militants, l'apparition de nouvelles façons de militer et des convergences inédites entre organisations et réseaux citoyens. Ces deux mouvements ont eux-mêmes convergé, notamment à partir du sommet de Copenhague autour de la justice climatique. Face aux défis contemporains, ils portent des alternatives à même de renouveler les idées d'une gauche qui ne se résume pas aux partis politiques, mais qui inclue toute la diversité des mouvements sociaux. Encore faut-il que toutes ces composantes soient capables, dans le respect de leur autonomie, d'échanger et de s'enrichir mutuellement. Et que l'ensemble de la gauche intègre dans sa pensée la défense des droits humains fondamentaux, la solidarité internationale et la justice écologique.

Aurélie Trouvé, coprésidente d'Attac France depuis 2006, est également agronome et maître de conférences en économie à AgroSupDijon.  Son travail porte en particulier sur les politiques agricoles et alimentaires. Elle s'est engagée depuis des années pour le droit à la souveraineté alimentaire, en lien avec des organisations paysannes et environnementales (voir par exemple: CHOPLIN G., STRICKNER A., TROUVE A. (dir.), 2009, "Souveraineté alimentaire, que fait l'Europe ?", Syllepse, Paris)

BIBLIOGRAPHIE :

Le Socialisme difficile, André Gorz, Ed. du Seuil, 1967.
L'autogestion : la dernière utopie ?, Frank Georgi, Presses universitaires de la Sorbonne, 2003.
Faire de la Politique autrement. Les expériences inachevées des années 1970, Hélène Hatzfeld, PUR, 2005.
La démocratie inachevée, Pierre Rosanvallon, Gallimard, 2003.
Renouveler la démocratie, oui mais comment ?, Serge Depaquit, Editions de l'Adels, 2005.
"La mémoire vive", Jean-Claude Gillet, in Au cœur des luttes des années 60, les étudiants du PSU, ouvrage collectif, Ed. Publisud, 2010, pages 369/400.
La France des années 1968, ouvrage collectif, Editions Syllepse, 2008.
Le socialisme en France et en Europe, XIX-XXème siècle, Michel Winock, Ed. du Seuil, 1992.
L'épreuve du pouvoir, Russie 1917, Spartacus, 2005, textes présentés par J-M. Kay.
Les socialistes français et le pouvoir (1905-2007), Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, Nouvelle édition revue et actualisée, coll. Pluriel, 2007.
Renouvellement du Socialisme, Edouard Depreux, préf. Pierre Mendès-France, Calmann-Lévy, 1960.
"Chap 11: Les bases de Clichy (mars 1961)", in Histoire du PSU de Marc Heurgon, Tome 1, La fondation et la guerre d'Algérie (1958-1962), Ed. La découverte, 1994, voir pages 249/260.
Le Marxisme de notre temps ou les contradictions du socialisme, Gilles Martinet, Ed. René Julliard, 1962.
Le gaullisme et la gauche, Serge Mallet, Ed. du Seuil, 1965.
"Les minorités qui ont rénové le PS", in De la gauche dissidente au nouveau parti socialiste, Jean-François Kesler, B. H. Privat, 1990, voir "Le renouveau de la pensée socialiste", pages 379-394.
La conquête des pouvoirs, Gilles Martinet, Ed. du Seuil, 1968.
Questions à l'état socialiste, Michel Rocard, Stock, 1972.
L'utopie réaliste, Michel Mousel et la commission économique du PSU, Bourgois, 1977.
Archives d'espoir. 20 ans de PSU, dir. F. Dalbert, Ed. Syros, 1980.
La Flamme et la Cendre, Victor Fay, Presses Universitaires de Vincennes, 1989.
Le PSU vu d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d'idées (années 50 - années 80), ouvrage collectif (dir.: T. Kernalegenn, F. Prigent, G. Richard, J. Sainclivier), Presses Universitaires de Rennes, 2009.


Avec le soutien des "Amis de Tribune Socialiste" et de l'Institut Edouard Depreux
 


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