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" Page mise à jour le 21 mai 2012
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DU VENDREDI 6 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 13 JUILLET (14 H) 2012



TEXTES, DOCUMENTS, ŒUVRES

(AUTOUR DE FRANÇOIS RASTIER)


DIRECTION : Driss ABLALI, Sémir BADIR, Dominique DUCARD

Avec la participation de François RASTIER

ARGUMENT :

François Rastier œuvre à l’élaboration d’une théorie d’ensemble du texte, pour dépasser les limites de fait où s’est longtemps tenue la linguistique et articuler différents paliers de complexité. Le texte, ainsi placé au centre de la réflexion sur la langue et les arts du langage, devient l’objet empirique de la linguistique. Unité "minimale" de la description, il exige la constitution critique des documents dans un corpus et appelle des méthodes d’analyse qui fassent droit à la déontologie herméneutique. Enfin, comme les textes sont des actes qui portent des valeurs, tant éthiques qu’esthétiques, il est légitime de préciser comment ils deviennent des œuvres, engagées dans une transmission.

Le présent colloque invite à dialoguer à partir des travaux de François Rastier, à en montrer les applications et les incidences dans divers domaines (études littéraires, linguistique, philologie numérique, sémiotique...). Ni bilan prématuré, ni hommage académique, il permettra d’exposer des travaux en cours et de préciser des recherches à venir, en laissant place aux débats sur les nouveaux observables, sur la méthodologie historique et comparative et sur l’épistémologie des sciences de la culture.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 6 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 7 juillet
Matin:
Driss ABLALI, Sémi BADIR & Dominique DUCARD:
Introduction
Intervention de François RASTIER

Session I: Régimes de l'interprétation
Jean-Michel BAUDOUIN: Récit de vie, travail autobiographique et pluralité interprétative
Julie SORBA: Le rivage de la mer ou la ligne des brisants? Vie et mort du lexème grec ρηγμιν

Après-midi:
Françoise CANON-ROGER: Régimes de l'interprétation et traduction
Driss ABLALI:
La cooccurrence auto-constituante sur un corpus de presse

Table-ronde 1: Documents, instrumentations, applications, animée par Pierre BEUST, avec Gabriela ATHEA, Maryvonne HOLZEM, Ionnis KANELLOS et Serge MAUGER

Soirée:

Damon MAYAFFRE: Sémantique d'un corpus politique. Endogénéïté / exogénéïté du sens dans le corpus de la campagne présidentielle 2012


Dimanche 8 juillet
Matin:
Session I: Régimes de l'interprétation (suite)
Nicolas COUÉGNAS & François LAURENT: Pour une théorie sémantique des "mauvais genres": plaisir, succès et addiction textuelle
Astrid GUILLAUME: Pour une sémiotique diachronique des cultures. De Perceval à Avatar

Après-midi:
Session II: Phrase, période, paragraphe, section, passage, chapitre
Carine DUTEIL-MOUGEL: L'interprétation en acte: parcours au sein de textes médiatiques
Christine CHOLLIER: Tours et détours de l'interprétation: The Garden-Party de Katherine Mansfield

Table-ronde 2: Saussure et la philosophie du langage, animée par Arild UTAKER, avec Simon BOUQUET, Thomas HOSKOVEC et Rossana DE ANGELIS


Lundi 9 juillet
Matin:
Session II: Phrase, période, paragraphe, section, passage, chapitre (suite)
Gaëtan PÉGNY: L'académisation du politique: Martin Heidegger (1933-1935)
Christian MAUCERI & Philippe BONNARD: Systèmes de règles et philologie numérique

Après-midi:
Session III: Du corpus à l'intertexte, au genre et au discours
Catherine BORÉ: Le genre "conte" et ses parodies scolaires
Charlotte LACOSTE: Approche sémantique d'un genre littéraire: le témoignage

Table-ronde 3: Ce qui fait œuvre, animée par Ioannis KANELLOS, avec Françoise CANON-ROGER et Christine CHOLLIER


Mardi 10 juillet
Matin:
Session III: Du corpus à l'intertexte, au genre et au discours (suite)
Céline POUDAT: Du corpus au genre: l'exemple de linguistique
Bénédicte PINCEMIN & Denise MALRIEU: Caractérisation quantitative de textes. Application à l'oral représenté, en diachronie
Anje GJESDAL: La composante tactique et le découpage des textes

Table-ronde 4:
Autour de La mesure et le grain
, animée par Damon MAYAFFRE, avec Margareta KASTBERG et Monique SOLDZIAN

Après-midi:
DÉTENTE


Mercredi 11 juillet
Matin:
Session III: Du corpus à l'intertexte, au genre et au discours (suite)
Sylvain LOISEAU: Interprétation et fréquence textuelle
Valérie BEAUDOUIN: Comment se constituent les genres à l'ère du texte numérique?

Après-midi:
Eric TRUDEL: Sémantique du site web de la restauration: étude thématique et expressive d'un genre polysémiotique
Mathieu VALETTE, Egle EENSOO, Evelyne BOURION & Monique SLODZIAN: Outils et méthodes pour appliquer le savoir-faire des sémanticiens aux traitements des masses documentaires

Table-ronde 5: Sémiotique et sciences de la nature, animée par Dominique DUCARD, avec Sémir BADIR et Yong Ho CHOI

Soirée:
Jean-Marc LEBLANC: Constantes et variations du rituel politique: l'exemple des vœux présidentiels (Démonstration Lexico3 / TextObserver)


Jeudi 12 juillet
Matin:
Session IV: La sémiosis textuelle
Christophe GÉRARD: Pour une conception intégrale de la création lexicale
Régis MISSIRE: Propositions pour un concept perceptif de champ sémiolinguistique

Après-midi:
Philippe GRÉA: La notion de forme sémantique transposable appliquée au proverbe
Pascal VAILLANT: La syntaxe, c'est de la sémantique

Table-ronde 6: Sémantique et sémiotique. Où est l'analyse du sens?, animée par Sémir BADIR, avec André BOCHKAREV et Alain HERREMAN


Vendredi 13 juillet
Matin:
Intervention de François RASTIER
Driss ABLALI, Sémi BADIR & Dominique DUCARD: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Valérie BEAUDOUIN: Comment se constituent les genres à l'ère du texte numérique?
En partant de la définition du genre proposée par François Rastier comme "programme de prescriptions positives ou négatives et de licences qui règlent aussi bien la génération que l'interprétation d'un texte", nous essaierons d'identifier les conditions d'une approche générique des productions textuelles dans le monde numérique.
Si identifier le "faisceau de critères" qui définit un genre dans l'univers des textes déjà écrits est loin d'aller de soi, la difficulté devient plus grande encore dans l'environnement numérique pour deux raisons: le renouvellement des lieux et supports d'écriture favorise l'émergence de nouveaux genres qui se constituent en même temps que se définissent les conventions (pour la présentation de soi, en moins de dix ans, on est passé de la page personnelle, au blog, puis au profil dans les sites de réseaux sociaux par exemple); le rôle croissant que joue la réception dans la mutation progressive des textes et donc des genres, et qu'il n'est pas aisé de formaliser. Comment décrire des genres en mutation? Comment s'opèrent les mécanismes de création de la valeur dans l'environnement numérique? Nous nous appuierons sur l'analyse de différents cas (espaces de conversations à plusieurs, sites d'autopublication), pour apporter des éléments de réponse à ces questions.

Valérie Beaudouin est enseignant-chercheur à Télécom ParisTech.
Elle a publié sur l'alexandrin classique un ouvrage qui, en s'appuyant sur des outils d'analyse systématique du vers et du lexique, cherche à mettre en relation la structure rythmique des vers avec les champs lexico-sémantiques: Mètre et rythmes de l'alexandrin classique, Slatkine-Champion, 2002. Avec des méthodes similaires, elle explore l'émergence de nouveaux types d'écrits et de genres dans le monde numérique, en tenant compte de l'inscription sociale de ces pratiques.


Catherine BORÉ: Le genre "conte" et ses parodies scolaires
Les textes réunis sous le vocable "conte" dans les listes des programmes et les manuels scolaires sont loin de constituer un corpus homogène comme des analyses locales ont pu le montrer (Malrieu (1), Bouillon (2)). Une des raisons tient peut-être à la proportion importante de contes parodiques qui y est représentée. On s’interrogera d'abord sur les limites de constitution d'un tel corpus: comment la pratique sociale consistant à parodier peut-elle être révélée en-dehors de l’hypotexte qui lui sert de référence? Quel rapport établit-on entre les contes parodiques destinés à un public scolaire et la lignée d’où ils dérivent? Quel rapport avec les parodies de contes plus anciennes du XIXe siècle? L'homogénéité visée dépend du choix d'une temporalité - postériorité ou concomitance des parodies par rapport à l'œuvre parodiée - et de la valeur des œuvres: dans la sphère scolaire, la parodie de conte est un sous-genre de discours, dont on peut supposer qu'il présente des différences stylistiques avec les parodies littéraires. En outre comme toute parodie, la parodie de conte, présente une visée métadiscursive, qui concerne principalement dans le conte la moralité ou moralité au second degré. Le traitement du corpus repose donc sur une analyse préalable de ce qui fait de la parodie de contes destinés aux jeunes lecteurs scolaires la réécriture d'une norme générique.
En-dehors de la constitution du corpus et de ses sous-corpus, s'impose la question de son traitement en analyses concrètes aux différents paliers sémantiques. Pour illustrer les difficultés rencontrées, on prendra des exemples de comparaison de sous-corpus concernant les formes de dialogues représentés, les formes d'autonymie et les citations. Pour traiter les données quantitatives, on posera la question de l'utilisation d'une méthodologie de traitement automatique des textes avec annotation par la syntaxe XML. La dénomination des attributs qualifiant les balises fera l'objet principal du questionnement.
(1) Malrieu, D. (2007), Linguistique de corpus et caractérisation des genres : un exemple d’analyse d’un conte didactique, in Boré, C., dir. "Construire et exploiter  des corpus de genres scolaires", Presses Universitaires de Namur, 125-141.
(2) Bouillon, Ch  (2007), Genres prescrits, genres construits, l’exemple du conte dans les manuels de cycle 3 et de 6ème, Ibidem,  57- 75.


Professeur des Universités en sciences du langage à l’Université de Cergy, dans la composante IUFM depuis le 1er septembre 2010, Laboratoire EMA EA 4507.
Associée au Laboratoire MoDyco UMR 7114-Université Paris Ouest.
Axes de recherche
Description de l’écriture, du style et des genres scolaires narratifs et fictifs à travers leur élaboration dans les  brouillons d’élèves. Statut du sujet scolaire de l’énonciation.
Discours rapportés: Interprétation des reformulations écrites et orales en classe, dialogisme et bivocalité dans la classe.
Constitution et traitement automatisé à partir de corpus oraux et écrits, ces derniers notamment constitués par les textes prescrits lus (programmes, manuels) et produits à l’école (corpus de production d’écrits scolaires).
Références bibliographiques
Boré, C. (dir.) (2007), Construire et exploiter des corpus de genres scolaires, Presses Universitaires de Namur, collection Diptyque N°10, Namur (Belgique).
Boré, C. (2010), Modalités de la fiction dans l’écriture scolaire,  éditions l’Harmattan, collection Savoir et Formation, préface de Frédéric François, 292 p.


Françoise CANON-ROGER: Régimes de l'interprétation et traduction
La relation entre régimes de l’interprétation et traduction d’un texte littéraire est envisagée dans un cadre théorique qui se distingue à la fois du littéralisme et des pratiques ciblistes. L’activité de traduction repose sur une interprétation préalable du texte en langue source. Cette interprétation se doit d’être intrinsèque tout en conservant les options interprétatives issues des ambiguïtés du texte à traduire. Il faut également éviter d’ouvrir la possibilité d’interprétations qui seraient non pertinentes dans le contexte d’arrivée. La question des seuils de validabilité des interprétations et celle de la valeur des traductions se trouvent posées de manière objective dans la médiation critique exercée par le traducteur. Mais on peut se demander si une interprétation extrinsèque peut néanmoins être adéquate à son objet ou même présenter un intérêt et des qualités esthétiques. A cet égard, la généalogie des traductions d’un même texte fournit un point de vue comparatif éclairant.  En outre, les conditions d’élaboration et de réception d’une traduction étant variables, et parfois contraintes, selon la période historique et l’entour pragmatique, il convient de s’interroger sur la manière dont les stratégies de traduction articulent éléments intrinsèques et extrinsèques dans des situations données.

Françoise Canon-Roger est professeur de linguistique anglaise à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et membre du CIRLEP (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Langues et la Pensée).
Elle a publié en collaboration avec Christine Chollier, un ouvrage intitulé Des Genres aux textes. Essais de sémantique interprétative en littérature de langue anglaise, Artois Presses Université (2008). Elle traduit de l’anglais d’Irlande et ses recherches portent sur la traductologie et sur la variation linguistique.


Christine CHOLLIER: Tours et détours de l'interprétation: The Garden-Party de Katherine Mansfield
Le parcours interprétatif proposé ici pour la nouvelle de Katherine Mansfield traversera tout le texte de The Garden-Party. La pratique interprétative n’est pas amenée pour illustrer la théorie mais pour la faire progresser. La nouvelle ne sert donc pas de prétexte. Au contraire, on partira des interprétations historiques pour montrer qu’elles gagnent à s’enrichir d’une description de certains passages et des relations établies entre ces passages. Si la fin de la nouvelle a fait l’objet d’abondants commentaires érigeant une séquence en parangon du sens global, le début a été classé sous le signe de l’euphorie précédant l’initiation à la mort; il est d’ailleurs souvent relié au cœur de la nouvelle, dédié au déroulement de l’événement festif (la "garden-party" éponyme). Or l’incipit est le lieu de métamorphismes et de transpositions de fonds qui le connectent à d’autres lieux du texte, notamment à la sortie du jardin et à la réécriture du topos de la descente aux enfers. Aussi est-il proposé dans cette communication de montrer que la cohésion sémantique du texte repose entre autres sur l’établissement de relations entre passages, relations qui prouvent qu’un texte est bien plus qu’une addition de morceaux, même de bravoure, sans autre lien l’un avec l’autre que ceux de pure contiguïté.

Christine Chollier est professeur de littérature américaine à l’Université de Reims-Champagne Ardenne.
Sa thèse était consacrée aux cinq premiers romans de Cormac McCarthy; son HDR aux apports de la sémantique des textes aux études littéraires.
Elle a publié, en collaboration avec Françoise Canon-Roger, un ouvrage intitulé Des Genres aux textes. Essais de sémantique interprétative (2008).
Ses recherches actuelles s’orientent vers les phénomènes d’altérité et de mixité génériques, ainsi que vers les problèmes d’interprétation sémantique.

Rossana DE ANGELIS:
Interpréter. La place de l'herméneutique dans l'étude de textes, documents, œuvres
La relation entre textes, documents et œuvres remet en cause toute conception habituelle de l’interprétation. Loin d’être similaire au concept repris par la sémiotique interprétative (Peirce, Eco), le concept d’interprétation qui se détache de la réflexion de Rastier sur les textes est bien plus proche de l’herméneutique contemporaine (Szondi, Ricœur). Ce qui oblige d’abord à cerner la place de l’herméneutique dans une recherche qui vise à reconstituer le lien entre textes et corpus; ensuite à remettre en question le concept même d’interprétation. En fait, le propos de Rastier (2011) est d’"intégrer les facteurs philologiques et herméneutiques dans une théorie néo-saussurienne de la sémiosis, pour articuler les concepts de document, de texte et d’œuvre" (p. 26). Nous allons interroger l’attention réservée à l’herméneutique qui s’intègre à une certaine lecture des théories de la langue de Saussure et Hjelmslev, qui ont déterminé l’apport théorique de Rastier à la linguistique et à la sémiotique contemporaines.

Rossana De Angelis travaille sur la notion de texte.
Elle rédige une thèse sur "Le texte en débat. Les relations épistémologiques entre sémiotique et herméneutique dans la deuxième partie du XXe siècle", en cotutelle entre l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et l’Université de Calabre (Italie).
Elle fait partie du Laboratoire d’Histoire des Théories Linguistiques (HTL, Paris 7 – Paris 3) et du Laboratoire de Philosophie du Langage (Calabre, Italie).
Publications
"L’esplicitazione dell’esperienza grafica. Lo spazio bianco come caso esemplare", in A. Canzonieri, G. Gallo (éds.), I segni dell’esperienza. Saggi sulle forme di conoscenza, Roma: Carocci, 2011, pp. 77-89.
"Sur la matérialité du texte. La textualisation", in L.-S. Florea, C. Papahagi, L. Pop, A. Curea (éds.), Directions actuelles en linguistique du texte, vol. 1,  Casa Cărţii de Ştiinţă, Cluj-Napoca, 2010, pp. 95-106.


Carine DUTEIL-MOUGEL:
L'interprétation en acte: parcours au sein de textes médiatiques
Notre propos s’intéresse à la notion de passage développée par François Rastier dans le cadre d’une théorie contextuelle du sens. Le passage résulte directement de la problématique interprétative: il s’y définit tout à la fois comme un lieu du texte et comme un moment d’un parcours qui le choisit et l’isole. Considéré, qualitativement, comme un ilot de pertinence, le passage se retrouve dans des domaines d’application comme la thématique et l’exploration des corpus numériques. Nous examinerons dans cette perspective un corpus de textes médiatiques (Unes et articles de journaux; magazines en ligne) autour de l’affaire dite de la "bactérie tueuse" (crise de l’e.coli en 2011) en nous attachant tout particulièrement à la construction et à l’évolution des unités thématiques et dialectiques (isotopies, groupements sémiques, acteurs), ainsi qu’aux changements de foyers énonciatifs (métamorphismes dialogiques).

Carine Duteil-Mougel est Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Limoges, et membre du Centre de Recherches Sémiotiques (CeReS, EA 3648).
Elle collabore depuis plusieurs années à la revue Texto! Textes et cultures, dirigée par François Rastier (www.revue-texto.net).
Elle a dirigé récemment avec Viviana Cárdenas un numéro de la revue Tópicos del Seminario consacré à l’interprétation des textes: Semántica e interpretación, Tópicos del Seminario, 23, Enero-junio 2010.


Christophe GÉRARD: Pour une conception intégrale de la création lexicale
L’étude des créations lexicales a essentiellement consisté en une linguistique du signe (formation des mots et morphologie en particulier), et il a fallu attendre la seconde moitié du XXe siècle pour assister à la naissance d’une étude textuelle et discursive de la création lexicale, sous l’influence de la sociolinguistique, de la pragmatique et de la linguistique textuelle. Pour poser à nouveaux frais le problème des rapports entre néologisme et textualité, on peut partir du fait que, lors de la compréhension du texte en tant que totalité signifiante, s’accomplit un primat du sens sur les signes. Plus précisément, on propose de développer ici une approche textuelle, pour laquelle toute création lexicale n'est jamais un signe isolé, non seulement parce qu'elle se définit par rapport à une langue et une situation de communication, mais surtout parce qu'elle constitue un passage de son texte d'accueil, pour un acte interprétatif dont la visée est toujours plus globale que l'échelle locale du signe nouveau.

Spécialiste de sémiotique textuelle, Christophe Gérard est actuellement maître de conférence à l'Université de Strasbourg, où il enseigne la sociolinguistique et la rhétorique.
Diverses manifestations de la création langagière retiennent son attention, dont l'innovation lexicale qu'il étudie dans ses conditions discursives de production et de réception.


Philippe GRÉA: La notion de forme sémantique transposable appliquée au proverbe
La sémantique du proverbe mobilise et interroge de nombreux concepts tels que la généricité, l’implication et la métaphore. Elle correspond aussi à un enjeu épistémologique plus général, selon qu’on privilégie une sémantique fondée sur les notions de catégorisation, de projection conceptuelle ou de transposition. A la suite des travaux de Kleiber, nous nous poserons précisément la question de savoir pourquoi certaines phrases génériques implicative ne parviennent pas à acquérir le statut de proverbe (par ex. "Les instituteurs gagnent beaucoup d’argent") alors que d’autres énoncés ayant une forme logique comparable le peuvent (par ex. "Les cordonniers sont les plus mal chaussés"). Nous avancerons une réponse s’inscrivant dans le cadre de la sémantique interprétative: le proverbe lexicalise une molécule sémique et cette molécule a des propriétés formelles spécifiques qui peuvent se rapporter à l’opposition gestaltiste entre forme forte et forme faible.

Philippe Gréa est maître de conférences à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense et rattaché au laboratoire MoDyCo – UMR 7114.
Il travaille en sémantique lexicale et grammaticale à partir de différents cadres théoriques (sémantique interprétative, sémantique cognitive, grammaires de constructions).
Depuis 2010, il s’intéresse à la notion de forme sémantique, ses rapports avec la Gestalttheorie et plus récemment, sa possible mise en application dans le domaine grammatical.
Publications sur ce thème
Gréa, P. (à paraître), ""Deux-trois mots" sur la question des déterminants de petite quantité: pluriel continu et perception sémantique", Journal of French Language Studies.
Gréa, P. (2010), ""Je suis un pot de fleurs de diamètre moyen": énigme et perception sémantique", in F. Neveu et al. (éds), Congrès Mondial de Linguistique Française (CMLF) 10, pp. 1141-1158 [Paru dans la revue Texto !, juillet 2010, vol. 15, n°3].
Gréa, P. (2010), "L’Un dans l’autre - Enigme et métaphore filée dans un jeu surréaliste", Revue Romane, 45:1, pp.91-116.


Astrid GUILLAUME: Pour une sémiotique diachronique des cultures. De Perceval à Avatar
La culture émerge d’un cheminement individuel, social, collectif, à l’échelle de la famille et d’un ou plusieurs pays. Elle est faite d’apprentissages, d’initiations plus ou moins heureuses, de contacts, de rencontres, de voyages, de souvenirs, de mémoire réelle et fictive: l’ensemble de ces ingrédients forment la base d’une culture à laquelle se référer et s’identifier. Intimement liée à la notion de mémoires individuelle et collective, elle s’inscrit de notre gré ou à notre insu dans un processus de formation et d’identification sur le (très) long terme de manière synchronique mais également diachronique.
Au-delà de l’Œuvre ou du Texte en tant que corpus, une période entière peut contribuer à éveiller un sentiment commun qui fait sens consciemment ou inconsciemment. La période médiévale dans son approche religieuse et romanesque a influencé la culture occidentale de manière considérable. Rejetée en bloc de la Renaissance au XIXe siècle, elle est revenue en force dans le dernier tiers du XXe siècle. Nous verrons comment l’époque et l’œuvre médiévales avec ses motifs se retrouvent dans la majorité de la production cinématographique américaine et européenne du moment et; à ce titre, orientent dans une certaine direction une bonne partie de la jeunesse mondiale. Une sémiotique des cultures, telle que François Rastier la conçoit, permet de prendre en considération les influences bénéfiques ou néfastes des temps passés sur le présent, permet d’en comprendre les raisons et d’envisager de possibles incidences sur les mentalités présentes et à venir.

Astrid Guillaume est Maître de conférences à l’Université Paris Sorbonne et à l’Université Catholique de Lille, dotée d’une formation de comparatiste, elle est germaniste en Sorbonne et romaniste à Lille.
Elle est par ailleurs Directrice de la collection Traditions et Croyances aux Presses de l’Université Paris Sorbonne, Directrice adjointe de l’EA4349 Etude et Edition de textes médiévaux et Vice-présidente de l’Observatoire européen du plurilinguisme, elle a été Rédactrice en chef de la revue centenaire Les Langues Modernes de l’Association des Professeurs de Langues Vivantes et durant de nombreuses années experte française au Centre Européen pour les Langues Vivantes du Conseil de l’Europe.
Elle partage sa vie entre deux passions: le Moyen-Âge religieux et littéraire et son influence sur la société et les mentalités actuelles, les croyances du monde et leurs symboles d’une part, et d’autre part la défense de la diversité linguistique et culturelle dans le monde, l’étude de l’influence de la mondialisation sur les langues et les mentalités. Elle est membre du CIRET, Centre International de Recherche en Etudes Transdisciplinaires.
A Cerisy elle montrera à l’aide de l’apparat critique sémantique et sémiotique de François Rastier comment la mentalité judéo-chrétienne qui s’est profondément ancrée par le biais d’images et de textes durant la période médiévale exerce aujourd’hui encore une forte influence sur nos imaginaires, sur la créativité artistique et culturelle et sur nos modes de fonctionnement.


Charlotte LACOSTE: Approche sémantique d'un genre littéraire: le témoignage
Je présenterai dans cette contribution les principaux résultats de ma thèse de doctorat intitulée "Le témoignage comme genre littéraire en France de 1914 à nos jours", co-dirigée par Tiphaine Samoyault et François Rastier. Après avoir numérisé un vaste corpus de textes testimoniaux, j’ai tenté de circonscrire les frontières du genre (témoignage vs faux témoignage, roman, Mémoires, autobiographie), d’en retracer l’histoire tout au long du XXe siècle (en dégageant des lignées d’auteurs témoins) et, enfin, de décrire le projet éthique qui préside à l’élaboration de ces textes, projet qui détermine à la fois leur esthétique, le processus de transmission qu’ils engagent, ainsi que leurs différentes fonctions (fonction d’attestation, d’hommage, etc.). D’où il ressort que la sémantique des textes ouvre des perspectives extrêmement fécondes à la recherche en littérature, où le statut du "témoignage" demeurait jusque-là imprécis. En réconciliant arts et sciences du texte, la théorie rastiérienne permet non seulement de replacer les textes (dans toutes leurs dimensions) au centre de la réflexion littéraire, mais aussi de comprendre en quoi le témoignage — qui est un document destiné à faire preuve — peut se hisser au rang de l’œuvre d’art et faire "l’honneur de la littérature".

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée de lettres modernes, Charlotte Lacoste est docteur en sciences du langage et en littérature comparée.
Elle est l’auteur de Séductions du bourreau (PUF, 2010), un essai consacré à la figure du meurtrier de masse dans la littérature française contemporaine.
Sa thèse, Le témoignage comme genre littéraire en France de 1914 à nos jours, est en cours de publication.


Jean-Marc LEBLANC: Constantes et variations du rituel politique: l'exemple des vœux présidentiels (Démonstration Lexico 3 / TextObserver)
Nous proposons d'illustrer quelque fonctionnalités des logiciels Lexico 3 (Paris3 Syled) et TextObserver (Céditec - Textopol) en prenant comme terrain d'expérimentation les vœux aux Français des présidents de la cinquième République (1959-2011). Dans un premier temps nous examinerons la façon dont Nicolas Sarkozy s'est approprié ou réapproprié certaines figures rituelles au moyen de mesures portant sur la cooccurrence et les groupes de formes. Nous nous interrogerons dans un second temps sur les interprétations que l'on peut formuler à partir des phénomènes de variation lexicométrique et leurs représentations multidimensionnelles et tâcherons de répondre à la question suivante: "Les phénomènes mis en évidence par ces méthodes ne sont-ils pas exclusivement liés à l'énonciation?".

Spécialiste du traitement automatisé des Discours (Lexicométrie, Textométrie), J.-M. Leblanc s’intéresse plus particulièrement au discours politique et à sa forme rituelle (vœux des dirigeants et personnalités politiques en France, des premiers ministres, des présidents de la cinquième République). Il poursuit parallèlement une réflexion méthodologique et expérimentale sur les outils logiciels et statistiques et sur la démarche lexicométrique en particulier.
Ces réflexions l’amènent à s’intéresser à l’ergonomie des interfaces et à l’implémentation du multimédia dans la visualisation des données textuelles et des résultats.
Il participe au développement du site textopol.org, qu’il a conçu avec Pierre Fiala et développe TextObserver, logiciel d'exploration et d'observation des données textuelles et multimodales.
Publications récentes
"Nouvelles fonctionnalités pour la visualisation des données textuelles et des résultats: Pour une approche ergonomique des dispositifs lexicométriques", Publié dans les actes des JADT 2010, 08-11 mars 2010, Rome.
"Visualiser les données textuelles: Propositions de fonctionnalités pour une modélisation tridimensionnelle du discours constructeur d’espaces", avec Marie Pérès, Université de France Comté/Laseldi, revue Transeo, numéro spécial, figurer l’espace en sciences sociales. http://www.transeo-review.eu/Appel-a-communication-figurer-l.html?lang=fr.
"Fonctionnalités textométriques: proposition de typologie selon un point de vue utilisateur", Publié dans les actes des JADT 2010, 08-11 mars 2010, Rome (avec Bénédict Pincemin, Serge Heiden, Jean-Marie Viprey, Marie-Hélène Lay).
"Le style Sarkozy à l'aune du rituel politique et discursif", La matière et l'esprit, Université de Mons-Hainaut, numéro 13, coordonné par Pierre Verjeans. REVUE.
"Propositions de visualisations pour la navigation lexicométrique", revue Document numérique, avec Marie Pérès, 2011.
Structures et réseaux lexicaux: approche méthodologique de la cooccurrence. Colloque internationnal, la cooccurrence, du fait statistique au fait textuel, Besançon, 8-10 février 2012 (Kastberg Margareta, Leblanc Jean-Marc), 2012.


Sylvain LOISEAU: Interprétation et fréquence textuelle
Avec la linguistique de corpus, les données quantitatives sont devenues un auxiliaire précieux de la description linguistique. L'importance du critère de la fréquence a cependant été mis au jour bien avant, et indépendamment de la diffusion de grands corpus, par exemple dans l'étude du changement (et de la grammaticalisation), à la suite de Meillet; pour l'étude des oppositions phonologiques, à la suite de Troubetzkoy, puis Martinet. Cette communication se propose de montrer l'importance d'un bilan doxographique de la fréquence et d'une élaboration théorique plus forte de cette notion pour l'interprétation des faits quantitatifs. Plusieurs pistes seront abordées:
- la diversité des "lois" basées sur la fréquence qui ont été proposées;
- l'omniprésence, peu soulignée, de la fréquence dans plusieurs domaines linguistiques et dans l'élaboration de certaines notions centrales de la discipline (la notion de marque, l'opposition langue/parole, ou le statut des lois synchroniques);
- le statut épilinguistique de la fréquence: les intuitions sur la fréquence de telle ou telle unité ne sont-elle qu'une version approximative de la fréquence mesurée, ou bien possède-t-elle un statut et un intérêt propres?
- l'opposition entre les interprétations universaliste et cognitive des faits de fréquence et leur interprétation historique et culturelle: la fréquence est-elle corrélée à des lois universelles — par exemple, le principe du moindre effort que proposait Zipf — ou bien l'interprétation de faits de fréquence ne peut-elle être menée à bien que dans un cadre historique déterminé?

Maître de conférences à l'Université Paris 13-Nord au laboratoire LDI (UMR 7187), Sylvain Loiseau travaille en sémantique lexicale et discursive, linguistique textuelle et linguistique de corpus. Et particulièrement, depuis plusieurs années, sur la question de l'interprétation des faits quantitatifs dans la description linguistique.
Publications sur ce thème
Loiseau S. (2011) "Les faits statistiques comme objectivation ou comme interprétation: statistiques et modèles usage-based", Travaux de linguistique, 2011/1, 62, pp. 59-78.
Loiseau S. (2010) "Paradoxes de la fréquence", Energeia, 2, pp. 20‹55.
Loiseau S. (2008) "Corpus, quantification et typologies textuelles", Syntaxe et sémantique, 9, pp. 73-85.


Gaëtan PÉGNY: L'académisation du politique: Martin Heidegger (1933-1935)
On entend ici mettre à l’épreuve une hypothèse formulée par Emmanuel Faye dans son ouvrage critique sur Heidegger, en comparant le langage de la conférence sur L’origine de l’œuvre d’art et ses différentes versions au discours hitlérien qui lui est contemporain. Alors que, de manière originale, le discours hitlérien insiste particulièrement dans le cadre pseudo-grec du congrès de 1934 sur la "mission divine" du parti national-socialiste, seul à même d’unifier véritablement le peuple allemand, Heidegger définit le temple comme "le là où un peuple vient à lui-même, c’est-à-dire dans la puissance intégrante de son Dieu". Si des similitudes de lexique se retrouvent dans les deux discours, notamment autour du thème de la Fügung, il s’agit ici de comprendre comment les thèmes, en changeant de contexte et de corpus, se trouvent reformulés.

Gaëtan Pégny, né en 1979 en Bretagne, est traducteur de l’allemand et de l’anglais.
Auteur d’une thèse en cotutelle sur la critique de Kant et de l’idéalisme allemand de Bernard Bolzano, en lien avec son traitement de la question de l’a priori, thèse accompagnée de traductions des principaux passages de la Théorie de la science et de la Science de la religion consacrés à Kant.
A notamment publié un entretien avec François Rastier, "Témoigner et traduire" (La mer gelée n°6, 2009, version allemande de Rüdiger Fischer).


Bénédicte PINCEMIN: Caractérisation quantitative de textes. Application à l'oral représenté, en diachronie
En collaboration avec Denise Malrieu, Serge Heiden, Céline Guillot, Alexei Lavrentiev et Matthieu Decorde.
La linguistique textuelle suivant une approche différentielle trouve un important terrain d'observation dans l'analyse statistique de corpus de textes. En particulier, chaque texte peut être représenté par un certain nombre d'informations liées à différents palliers (morphèmes et mots, phrases, paragraphes) à partir desquels le situer par rapport aux autres: par exemple, sa proportion d'usage des noms par rapport aux verbes, celle des différents temps verbaux, le rythme des ponctuations, la proportion de segments de discours direct contenant du discours indirect. Cette communication propose des repères méthodologiques et des outils pour la construction et l'exploitation de tels jeux de mesures, en veillant à leur interprétabilité linguistique et à leur cohérence. Elle en illustre une mise en oeuvre pour l'analyse de l'oral représenté en français, sur des textes du moyen-âge au XXe siècle, en utilisant le logiciel de textométrie TXM.

Bénédicte Pincemin est chargée de recherche CNRS en linguistique au laboratoire ICAR (UMR 5191, Lyon).
Ses travaux portent sur la sémantique des textes, selon l'approche initiée par François Rastier (sémantique interprétative, différentielle, unifiée) (http://icar.univ-lyon2.fr/membres/bpincemin/).
Elle s'intéresse en particulier à l'instrumentation de la lecture et de l'analyse de grands corpus de textes intégraux.
Elle développe et expérimente actuellement ses propositions dans le contexte de la plateforme ouverte TXM, logiciel de textométrie (analyse statistique de données textuelles) (http://textometrie.ens-lyon.fr/).
Pincemin Bénédicte (sous presse): "Sémantique interprétative et textométrie", Texto! [http://www.revue-texto.net/ ISSN 1773-0120].


Céline POUDAT: Du corpus au genre: l'exemple de linguistique
En tant que discipline empirique, la linguistique recourt à des observables sur lesquels s’adossent et se construisent ses théories. Dans ce processus, l’exemple joue un rôle crucial de donnée observable: afin de décrire la langue et les langues, c’est en effet sur des exemples que la linguistique fonde et valide ses hypothèses et ses interprétations, et tire ses conclusions. La présente communication se propose de mener une réflexion en corpus autour de l’exemple de linguistique. Après avoir présenté les quelque 2 000 exemples, extraits d’un corpus génériquement homogène, qui constitueront la base de notre analyse, nous en apprécierons la nature, non pas en termes subjectifs de pertinence ou de validité, mais en termes objectifs et quantifiés de représentation et de propriétés. Configuration optative du genre de l’article, l’exemple est en effet soumis à un régime de textualité et à un intertexte qui lui est propre et que nous nous efforcerons de restituer, tout en posant la question de l’observable et de l’objectivation linguistique.

Céline Poudat est maître de conférences en sciences du langage à l’Université de Paris 13 et membre du LDI (UMR 7187).
Elle s’intéresse à la question des genres et des discours, et de leur observation au moyen des statistiques textuelles et des méthodologies de la linguistique de corpus.
Elle a publié de nombreux articles sur ces questions et édité un volume rassemblant les écrits d’E. Brunet sur les méthodes statistiques (Ce qui compte, Champion 2011).


Julie SORBA: Le rivage de la mer ou la ligne des brisants? Vie et mort du lexème grec ρηγμιν
Cette étude de sémantique lexicale vise à expliquer la disparition en langue grecque du lexème ρηγμιν "l’endroit où se brisent les vagues", utilisé par les poètes et les lexicographes. Le corpus d’étude s’étend des premières épopées (VIIIe s. av. n.e.) aux études d’Eustathe de Thessalonique (XIIe s.). Les occurrences relèvent de deux grandes catégories de textes: les textes littéraires (épopée, théâtre, philosophie, poésie) et les textes techniques (commentaires, grammaires ou lexiques). Elles fournissent ainsi des données d’ordre linguistique et métalinguistique pour comparer les interprétations successives proposées. Cette étude se veut donc non seulement une application de l’analyse componentielle, mais aussi une réflexion sur la transmission du sens et son interprétation.

Professeure agrégée à l’Université Stendhal (Grenoble 3 – LIDILEM EA 609) et docteure en Linguistique, Julie Sorba travaille en sémantique lexicale sur des corpus de langues anciennes et contemporaines.
Ses travaux reposant sur l’application de la sémantique interprétative, accordent également une large place aux techniques de la lexicologie explicative et combinatoire.
Publications sur ce thème
2012 (à paraître) avec Iva Novakova: "De la combinatoire à l’argumentation: quel profil pour quelle stratégie rhétorique?", Semen.
2010: "Le vocabulaire de la mer dans la Rudens de Plaute", L’Information grammaticale, n°127, p. 24-27.
2008-2009: "Le vocabulaire de la mer dans quelques sahitā védiques: le cas du lexème arnavá-", Bulletin d’Études Indiennes, n°26-27, p.193-209.
2008: "La mer tragique et l’héritage homérique. Étude des lexèmes άλς, θάλασσα, πέλαγος et πόντος dans les tragédies d’Eschyle", L’Antiquité en ses confins. Mélanges en l’honneur de B. Gain. Recherches et Travaux, hors-série n°16, Grenoble, E.L.L.U.G., p.139-149. Disponible en ligne Texto !


Eric TRUDEL:
Sémantique du site web de la restauration: étude thématique et expressive d'un genre polysémiotique
Dans la perspective morphosémantique issue de la sémantique interprétative de François Rastier, l’auteur présente le cadre de sa recherche doctorale. Il s’agit de décrire les thèmes et les isotopies sémantiques d’un corpus de sites web de la restauration, conçus comme interfaces polysémiotiques (textes et images), tout en tentant de saisir la structuration et l’évolution de ces morphologies dans le corpus. Quelques exemples illustreront cette problématique. À partir d’observables sémantiques et expressifs propres au site web de la restauration, il est possible d’ouvrir une amorce de caractérisation de ce genre numérique. Mais, plus encore, la contribution de l’étude réside dans l’élargissement de la sémantique interprétative à l’analyse des objets polysémiotiques.

Eric Trudel est professeur à l’Université Laurentienne (Sudbury, Canada) depuis 2010.
Il prépare actuellement une thèse portant sur l’analyse sémantique des sites web de la restauration.
Il a publié des articles axés sur l’application de la sémantique interprétative (dans Texto!), notamment en onomastique biblique (dans Onomastica Canadiana).

Pascal VAILLANT: La syntaxe, c'est de la sémantique
L'argument défendu ici est que les modèles de traitement syntaxique qui fonctionnent sur la base d'un classement des unités lexicales d'une langue en catégories rigides et étanches les unes aux autres sont fondés sur un postulat inutile. Le principe de catégorisation semble rendre assez bien compte de la réalité pour certaines langues, mais fonctionne mal pour d'autres (notamment dans les langues qui n'ont pas de marquage morphologique de la fonction syntaxique — nous donnons ici des exemples en créole). On a intérêt à considérer que les propriétés qui définissent la fonction syntaxique sont des attributs des unités (en-deça du mot) et non des catégories d'unités (au-delà du mot). Dans les langues où les attributs se présentent en faisceaux stables, les catégories constituent des artefacts utiles, sans plus. Le modèle développé par François Rastier pour rendre compte de la combinatoire, en contexte, des atomes sémantiques (modèle interprétatif) s'adapte en fait très bien à la description de la combinatoire, en contexte, des atomes syntaxiques. Cette vision de la syntaxe a un pouvoir de description correct, et rejoint une intuition de François Rastier selon laquelle la frontière conventionnelle entre syntaxe et sémantique n'est qu'une question de degré de figement.

Pascal Vaillant, né en France en 1970, est ingénieur télécom (INT Évry, 1992) et diplômé en Sciences Cognitives de l'Université d'Orsay (1993). Il a effectué une thèse, sous la direction de François Rastier, sur la sémiotique de l'icône et de la langue (soutenue en 1997). Il est l'auteur de Sémiotique des langages d'icônes (Honoré Champion, Paris, 1999). Il a travaillé à Thomson (auj. Thalès) (Orsay), à l'Université Humboldt (Berlin), à Sup Télécom (Paris), à l'Université des Antilles et de la Guyane, puis à l'Université Paris-13. Ses centres d'intérêt concernent l'hétérogénéité dans les productions sémiotiques humaines: hybridation des modes (texte/image) ou des langues (contact de langues, émergence de pidgins et créoles).

BIBLIOGRAPHIE :

Principales œuvres de François Rastier

Sémantique interprétative, PUF. 198 ; 3e éd. augmentée 2009.
Sens et textualité, Hachette, 1989.
Sémantique et recherches cognitives, PUF, 1991.
Arts et sciences du texte, PUF, 2001.
Ulysse à Auschwitz. Primo Levi, le survivant, Cerf, 2005.
La mesure et le grain. Sémantique de corpus, Champion, 2011.


Avec le soutien
du Céditec EA 3119
(Centre d'étude des discours, images, textes, écrits, communication, Université Paris-Est Créteil),
de l'UPEC (Université Paris-Est Créteil),
de l'Institut Ferdinand de Saussure
et de l'Université de Liège

    



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