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" Page mise à jour le 10 mai 2010 "



DU MERCREDI 2 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 9 JUILLET (14 H) 2008



« RÉSISTER »


DIRECTION : Annie GUTMANN, Pierre SULLIVAN

ARGUMENT :

Il importe de distinguer le principe de la "résistance" et son expression, ses modalités, dans différents "lieux" de la vie ou de la pensée, de l’expérience et, en particulier, du langage.

En effet, pour la psychanalyse, la résistance est une donnée fondamentale, tant celle qui s’exprime à l’intérieur de la cure analytique que celle qui s’exerce à l’encontre de la psychanalyse ou encore celle que manifeste la psychanalyse elle-même. Toutefois, on peut se demander si, à la lumière des découvertes récentes que la médecine et la biologie contemporaines désignent au cœur de l’individu (gènes de développement) ou remettent à l’honneur (paradoxalement faire mourir pour vivre comme dans l’apoptose), la psychanalyse entretient, aujourd’hui encore, un foyer d’opposition. Et ce questionnement peut être étendu à d’autres disciplines: existe-t-il un retentissement de cette découverte, voire un processus analogue, implicitement à l’œuvre dans des champs tels que l’anthropologie, la philosophie, l’art, l’histoire ou la politique, terrains individuels et collectifs où principes et expressions de la résistance se rencontrent?

Comment, en définitive, approcher en termes d’éthique, et de politique, dans la perspective de la vie en soi-même et avec autrui, ce que nous pourrions pour le moment appeler le "noyau dur" de la résistance?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 3 juillet
Matin:
Annie GUTMANN & Pierre SULLIVAN: Ouverture
Michaël de SAINT-CHÉRON: De Ganghi à Geneviève de Gaulle: comment résister?

Après-midi:
Denise WEILL: Qui résiste à quoi? Juin 1942 — Septembre 2007
Marie-Hélène PINEL: Vie et mort dans un bagne du XXème siècle, et ensuite...

Soirée:
Heidi ZIMMERMAN: Les événements de 1965 en Indonésie et leurs suites chez quatre familles indonésiennes (projection)


Vendredi 4 juillet
Matin:
Evelyne CHAUVET: Le masochisme, une résistance paradoxale

Table Ronde : "Résister" et la psychanalyse, avec Frédérique LAB (Les temps perdus) et Pierre SULLIVAN (Psychanalyse de la résistance aujourd'hui)

Après-midi:
Benoît VERDON: Résister, collaborer. Figures d'une dynamique mise à l'épreuve par la traversée du vieillissement
Marie-Françoise CHESSELET: Résilience cellulaire, résistance du vivant
Agnès MOREAU: Le cas d'Hector ou les résistances au changement dans le cadre d'un traitement précoce mère-enfant

Soirée:
Nic MAZODIER: La résistance en poésie


Samedi 5 juillet
Matin:
Sophie KESSLER-MESGUICH: L'hébreu et les emprunts étrangers: entre assentiment et résistance
Annie GUTMANN: Comment la musique travaille-t-elle la résistance? Paradoxe de la complexité

Après-midi:
REPOS


Dimanche 6 juillet
Matin:
Annie GUTMANN: Bilan de la première partie du colloque
Rachel ROSENBLUM: Tactiques de Perec — La résistance du gardien de cimetière
Jean MOUCHARD: Les verrous de la résistance

Après-midi:
Daniel DAYAN: La résistance comme posture, comme alibi et comme euphémisme. A quoi résister? La boussole affolée
Jeffrey GOLDFARB: La créativité et la résistance dans l'interaction sociale

Soirée:
Théâtre, avec Isabelle LAS VERGNAS & Rodrigue VILLENEUVE (Réflexion à l'occasion de la mise en scène de la pièce de Lars Noren, Guerre)


Lundi 7 juillet
Matin:
Frans LEMAIRE: Rester et résister? Le cas de Dimitri Chostakovitch
Jacques SEMELIN: La non-violence est-elle une résistance?

Après-midi:
Table Ronde : "Résister". Faits identitaires et religieux, avec Marc RASTOIN (Entre résistance et soumission: le dilemme des premiers chrétiens face à Rome), Anne-Paule DERCZANSKY (Une résistance oubliée), André ENCREVÉ (La résonance de l'idée de résistance dans le protestantisme français des XIX et XXème siècle), Daniel FARHI (La résistance religieuse et spirituelle à la barbarie nazie).

Soirée:
Cinéma, avec Ion MIHAILEANUTrain de vie » ou la résistance par le rire)


Mardi 8 juillet
Matin:
Geneviève WELSH-JOUVE: Situations extrêmes, résistance humaine
Daniel IRAGO: L’identité du demandeur d’asile: Aspects cliniques

Après-midi:
Table Ronde : Du sommeil à la douleur, avec Makis CHAMALIDIS (Je n'ai pas envie de me prendre la tête), Edmond GUILLIBERT & Jacques WROBEL (Résister à la douleur) et Suzanne SULLIVAN (Résistance au sommeil comme symptôme)


Mercredi 9 juillet
Matin:
Annie GUTMANN & Pierre SULLIVAN: Conclusions
Débat général

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Makis CHAMALIDIS: Je n'ai pas envie de me prendre la tête
L’excellence sportive a un prix très élevé, à l’entraînement comme en compétition, ils ‘agit d’aller régulièrement à l’assaut du "point de rupture" là où les choses vous résistent, là où ça fait mal. Certains acteurs du milieu sportif considèrent le mental comme un muscle. La résistance physique devient alors l’alibi pour ne pas "se prendre la tête", pour ne pas résister à ses démons intérieurs. La devise nord-américaine "No pain, no gain!" résume bien l’approche de certains entraîneurs sportifs, là où d’autres cherchent à cultiver l’intelligence de leur corps considérant que "faire commence par laisser faire". Dans la logique de toute-puissance, les athlètes doivent toujours en faire plus jusqu’au jour — souvent au crépuscule de leur carrière — où certains apprennent à se sublimer en faisant tomber les barrières.

Evelyne CHAUVET: Le masochisme, une résistance paradoxale
Réflexions sur les enjeux inconscients de vie et de mort d’un masochisme témoin d’une résistance et d’une capacité de survie psychique post-traumatique. La solution masochique, pour éponger l’hémorragie narcissique consécutive aux traces laissées par les objets premiers, ne constitue toutefois qu’un auto-traitement provisoire de la dépression. Sa fonction de « gardien de la vie », sera interrogée dans sa paradoxalité lorsque, pour garder aux forces de vie leur prévalence dans l’économie psychique, il devra résister à la destructivité inhérente à la dépression mélancolique. Car lorsqu’il prend la forme d’une morale extrême, le masochisme peut servir en même temps à alimenter le processus d’auto-dépréciation jusqu’à son épuisement, faisant alors du suicide la seule issue possible. Une paradoxalité qui est à élaborer dans sa valeur économique et dynamique à partir d’une réflexion sur les liens psychiques qui s’entretiennent entre traumatisme, masochisme et mélancolie. Autres questions: dans quelle mesure la situation analytique ne risque-t-elle pas de renforcer les défenses et d’alimenter l’économie masochique? Et comment l’économie psychique peut-elle être ré-orientée pour passer d’un régime de survie à celui d’une jouissance de la vie?

Marie-Françoise CHESSELET: Résilience cellulaire, résistance du vivant
Mort et survie incontrôlées sont deux facettes de la biologie cellulaire. La mort cellulaire domine les maladies neurodégénératives (comme la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer), ou les traumatismes (comme la lésion accidentelle de la mœlle épinière, l’attaque vasculaire cérébrale ou les traumatismes crâniens). Quand une cellule nerveuse est soumise à un traumatisme répété d’origine interne (génération de radicaux libres destructeurs due au vieillissement ; mutation génétique qui perturbe les fonctions cellulaires) ou externe (exposition chronique à des toxines environnementales par exemple), le processus de mort cellulaire est l’aboutissement d’un long processus de dysfonctionnement pendant lequel des processus de défense sont mis en jeu. Ce sont ces processus qui nous intéressent ici. Ces mécanismes de défense "endogènes" mis en œuvre par la cellule attaquée nous montrent comment s’opposer au processus pathologique, d’où leur intérêt thérapeutique potentiel.

Daniel DAYAN: La résistance comme posture, comme alibi et comme euphémisme. A quoi résister? La boussole affolée
La notion de résistance manifeste une dimension éthique. Il existe une oppression ou un mal auxquels il faut résister. Mais la notion de résistance présuppose que l'on sache à quoi résister et que nous disposions d'une boussole morale fiable. Que se passe-t-il lorsque cette boussole s'affole? Lorsque nous sommes confrontés à des maux non seulement multiples mais rivaux? Que se passe-t-il quand résister à l'un de ces maux c'est succomber à l'autre? Que se passe-t-il quand la notion de "résistance" devient (1) une posture, (2) un alibi, ou enfin (3) un euphémisme dont la vertu est précisément de paralyser toute résistance? Ne faut-il pas parfois résister à la résistance? L'intervention proposée abordera ce problème en référence au terrorisme, en proposant l'analyse de deux énoncés contradictoires. (1) Le "terrorisme est une forme de résistance" et (2) "Il faut résister au terrorisme". Elle partira des réflexions sur le terrorisme proposées dans La terreur spectacle (2006) par Michael Walzer, par Susan Neiman, et par moi-même, afin de montrer que la résistance au terrorisme concerne avant tout les militants amenés à choisir ou à rejeter cette approche.

Anne-Paule DERCZANSKY: Une résistance oubliée
Mancur Olson, sociologue américain, auteur de la Logique de l’Action Collective, démontre que pour se mobiliser, il faut y avoir un intérêt personnel: c’est pourquoi, explique t-il, les revendications collectives mobilisent les masses seulement ponctuellement, en tant de crise et, une fois l’intérêt personnel satisfait, la mobilisation retombe: "la résistance s’éteint". L’auteur du Cens caché, Daniel Gaxie, à partir du même raisonnement, démontre quant à lui, qu’il faut un intérêt social et pécuniaire à l’engagement collectif. Mais il y a selon, Marshall B. Rosenberg, psychologue clinicien, la forme suprême de l’intelligence qu’est l’empathie pour  l’autre. Quel est alors le principe qui fonde un engagement tel que celui que je me suis efforcée de mettre en place, qui en passe par une mise en valeur de la résistance arabo-musulmane lors de la dernière guerre? Quelle en est sa portée, qui agit et pourquoi?

André ENCREVÉ: La résonance de l'idée de résistance dans le protestantisme français des XIXe et XXe siècles
Dans le protestantisme français, l'idée de résistance — à l'Etat et à l'Eglise romaine — est très ancienne. Elle est même présente dès l'origine, et particulièrement développée durant les guerres de religion des dernières décennies du XVIème siècle. Mais alors ce sont plutôt deux groupes armés qui se font la guerre. C'est donc surtout après 1685 (Révocation de l'Edit de Nantes) que la notion moderne de résistance se développe chez les huguenots, avec le double aspect de la résistance: armée (guerre des Camisards) et civile (Eglise clandestine entre 1685 et 1787). Certes, après 1789 les protestants sont libres, mais l'idée qu'il est normal, voire parfois indispensable, de résister à l'Etat et à l'Eglise dominante est fondamentale pour eux. Cela proscrit chez eux toute idée de "transcendance" de l'Etat et induit au contraire une obéissance toujours conditionnelle à l'Etat, fût-il légitime, puisqu'un monarque légitime (le roi Louis XIV) peut fort bien donner des ordres illégitimes, voire scandaleux. Cette idée que la conscience individuelle prime sur les lois de l'Etat, et sur la voix de la majorité, se retrouve à plusieurs reprises et en particulier au moment de l'Affaire Dreyfus, dans les années 1930 et pendant la Seconde guerre mondiale.

Daniel FARHI: La résistance religieuse et spirituelle à la barbarie nazie
Mon intervention se propose de montrer, textes à l'appui, que de très nombreux juifs religieux, incapables d'opposer les armes à leurs bourreaux, ont su développer une autre forme de résistance — généralement méconnue — à la tentative de déshumanisation des nazis, en questionnant leurs rabbins, comme eux enfermés dans des ghettos ou des camps de concentration et/ou d'extermination, sur la conduite à tenir en matière de pratiques religeuses dans des circonstances extrêmes. Les réponses des rabbins (du moins ceux qui ont survécu à la Shoa) ont fait l'objet d'une incroyable et surréaliste littérature qui, à elle seule, représente une forme de résistance aussi courageuse que celle qui a eu recours aux armes. L'une n'a d'ailleurs pas toujours été exclusive de l'autre.

Références Bibliographiques :

Au dernier survivant ; paroles sur la Shoah, Albin Michel, janvier 2008.
J'espère qu'un livre de responsa d'un des rabbins ayant écrit à ce sujet, Ephraïm Oshry, traduit de l'américain et préfacé par moi paraîtra d'ici le colloque chez Albin Michel.


Jeffrey GOLDFARB: La créativité et la résistance dans l'interaction sociale
Dans cette conférence, je présente une analyse de la notion d’Adam Michnik sur l’"Amnistie sans Amnésie". La sienne fut un jugement politique éclairé présenté à un moment critique de la lutte pour constituer en Pologne une démocratie politique. La mienne est une appréciation de sa position politique, ainsi qu’une analyse sociologique qui met l’accent sur les difficultés empiriques de sa réalisation dans l’action pratique. Je montrerai comment, à des moments critiques de changement social, l’action politique créative travaille à effacer la mémoire de ces aspects du passé qui, quelque pertinents qu’ils puissent être, engagent une dimension répressive, et à constituer une nouvelle mémoire (qui donnerait ses chances au possible): "re-remembering" (pour utiliser la formulation de Toni Morrison). Trois cas seront comparés, celui de Michnik, après la chute du régime communiste en Europe centrale de l’Est, des exemples tirés du conflit Israël-Palestine et de la campagne présidentielle française.

Edmond GUILLIBERT: Résister à la douleur
L’ambiguïté du terme "résister" s’applique très exactement à la "douleur", telle que nous la rencontrons en médecine, et en particulier dans le centre d’évaluation et de traitement de la douleur où nous exerçons. Nous nous appliquerons à démêler l’écheveau linguistique et épistémologique entre douleur et souffrance. Le cancer qui a affligé Freud sera un exemple de résistance et peut-être aussi de tache aveugle dans sa théorie. Les rites d’initiations peuvent être un modèle ethnologique de résistance à la douleur. Quant à l’anthropologie médicale, l’exemple de la fibromyalgie pourrait être un modèle de résistance à la dépression. Dans les centres d’évaluation et de traitement de la douleur, le modèle des consultations conjointes somaticiens-psychiatres sera discuté comme résistance au contre-transfert négatif. Résister à une taxinomie et à une compréhension holistique des douleurs et souffrances de l’être humain ainsi qu’au morcellement médical et à la réification de la médecine scientifique nous paraît incontournable.

Références Bibliographiques :

Le Breton D (1995). Anthropologie de la douleur. Métailié.
Vergely B (1997). La souffrance. Folio Essais.
Allaz A.F. ;Wrobel J ; (2007) Aspects psychologiques de la douleur chronique ; Institut UPSA de la douleur.


Annie GUTMANN: Comment la musique travaille-t-elle la résistance? Paradoxe de la complexité
La liberté était dans l'esprit d'un Goethe, d'un Schiller ou Von Humboldt, la marque de l'art, de la musique, source pour les êtres humains des plus grands bonheurs. Comment cet art de liberté pouvait-il alors être instrumentalisé par la propagande ou l'oppression de régimes dictatoriaux conduisant à la mort de la culture, au point même de devenir un moyen de persécution  dans les camps d'extermination nazis: au son de l'orchestre, forcer à marcher et à travailler jusqu'à la limite ultime de leurs forces les déportés ; par la nostalgie émanant de certaines mélodies, les outrager, les humilier, les torturer? Dans le même temps, des musiciens persécutés composaient des ouvres admirables.
La musique recèlerait-t-elle des caractéristiques pouvant dessiner un chemin menant de Bach aux camps de la mort, permettant de mieux comprendre les émois musicaux des tortionnaires, la rencontre entre l'art et la barbarie? Une voie est-elle concevable qui approcherait l'énigme d'un art apte à servir la « mise au pas » la plus cruelle, la soumission, comme son contraire, la résistance, dont la musique peut être une figure? Résister pour, avant tout, rester vivant, raconter, à nouveau créer. Au-delà de cette énigme spécifique, la musique, le chant en particulier, sont-ils un monde, pertinent, d'identification des ressorts plus généraux du travail de la résistance?

Daniel IRAGO: L’identité du demandeur d’asile: aspects cliniques
De façon générale, lorsque le demandeur d'asile nous sollicite dans notre qualité de psychothérapeute il nous force à penser notre pratique autrement. De quoi s'agit-il? Nous sommes d'abord saisis et mobilisés par sa détresse psychique et matérielle, par les situations extrêmes auxquelles il a été le plus souvent confronté et par le message de violence qui se dégage de son parcours. Par sa présence vivante, il nous interpelle directement et nous confronte à un monde où l’emportent la déliaison et la violence. Son témoignage, en mettant à nu les aspects les plus refoulés de l’humain, a un pouvoir d’effraction et une force d’attraction inquiétante. La rencontre clinique est cependant marquée par un décalage d'expérience radical: son existence en suspens semble régie par un code qui n’est pas celui de notre expérience ordinaire.

Sophie KESSLER-MESGUICH: L'hébreu et les emprunts étrangers: entre assentiment et résistance
À toutes les étapes de son histoire, l’hébreu a emprunté des éléments de lexique aux langues avec lesquelles il s’est trouvé en contact: à l’époque biblique, entre autres, l’akkadien, l’égyptien, le perse; à l’époque mishnique, l’araméen, le grec et le latin; à l’époque moderne, le yiddish, l’arabe, le russe et l’anglais. Nous nous intéresserons plus spécialement à l’hébreu israélien, dans la mesure où il est le fruit d’un processus partiellement artificiel de renaissance: nous confronterons le point de vue idéologique des pionniers de cette renaissance — initialement opposés à tout emprunt à des langues non sémitiques — à la réalité de la langue contemporaine, générale autant que technique. Nous essaierons de montrer pourquoi certains emprunts ne rencontrent pas de résistance, alors que d’autres sont rejetés par tout ou partie des locuteurs. Nous pourrons ainsi préciser les enjeux et les limites du volontarisme linguistique.

Frédérique LAB: Les temps perdus
Année 2006: les "acquittés d’Outreau" témoignent devant les membres de la commission d’enquête parlementaire, mise en place après "l’affaire" qui s’était terminée en décembre 2005 avec un verdict d’acquittement général pour tous ceux qui sont entendus alors. L’intégralité des travaux de la Commission a été filmée et diffusée sur des chaînes de la télévision française. Toutes les interventions ont été transcrites et publiées dans un Rapport de l’Assemblée Nationale. De tous ces témoignages, on en retiendra un parmi tous les autres, radicalement différent dans sa forme. Ce qui nous intéresse ici, c’est de voir comment cet "acquitté d’Outreau" inscrit, dans la construction même de son récit — dans son organisation temporelle — sa résistance à la réalité des faits, et comment il résout, linguistiquement, la difficulté que lui pose cet intolérable récit.

Frans LEMAIRE: Rester et résister? Le cas de Dimitri Chostakovitch
L’artiste d’un système totalitaire peut-il résister autrement qu’en quittant ou en s’enfermant dans le silence? Rendu célèbre par deux condamnations (1936 et 1948) pour des œuvres qui n’étaient en rien des actes d’opposition, Chostakovitch est devenu "résistant" par frustration, mais aussi par protestation face aux persécutions qui frappaient ses amis, juifs en particulier. Cette attitude, révélée en 1979 par des Mémoires apocryphes, peut aujourd’hui être décryptée dans une œuvre musicale emplie de signaux allant de la simple allusion à la dénonciation ouverte (symphonie Babi Yar), de l’ironie acerbe (mélodie Les descendants) à la plaisanterie scatologique (cantate Rayok). Trop subtils pour être perçus en dehors d’un cercle étroit, restés cachés ou censurés, ces signaux témoignent d’une résistance qui, à force d’être intérieure, n’a pu prendre sa véritable dimension qu’après la mort du compositeur et la fin de la censure soviétique.

Références Bibliographiques :

La musique du XXème siècles en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques, Fayard, 1994.
Le destin juif et la musique. 3000 ans d’histoire, Fayard, 2001.
Le destin russe et la musique. De la Révolution à nos jours, Fayard, 2005.
"Le choix des textes comme expression protestataire dans la musique de Dimitri Chostakovich" (Pegasus, Amsterdam, 2007).
"La mort dans la musique de Chostakovitch" (Revue Frontières, Université du Québec, 2008).


Nic MAZODIER: La résistance en poésie
Mon intervention sera très simple. Je suis comédienne, j'aime la poésie, et je lirai des poèmes sur le thème de la RÉSISTANCE.

Agnès MOREAU: Le cas d'Hector ou les résistances au changement dans le cadre d'un traitement précoce mère-enfant
Le matériel clinique exposé concernera les différentes étapes d’un processus thérapeutique dans le cadre d’un traitement précoce mère-enfant, poursuivi par le traitement de l’enfant seul. Dans un contexte d’investissement maternel discontinu, sur le mode de la fusion et du rejet et face aux manifestations violentes du jeune enfant, la continuité et la fonction contenante du cadre institué par l’analyste ont été mises à l’épreuve et ont relevé bien souvent de l’épreuve de force: résister pour continuer à penser, à rester vivant et à maintenir le cadre thérapeutique... Les comportements de violence de ce jeune patient qui ont jalonné le traitement, réapparaissant à des moments clés de mutation, peuvent-ils être compris comme autant des manifestations de résistance au changement: résistance à la différenciation, à la séparation? La résistance contretransférentielle de l’analyste a permis un travail psychothérapique au long cours dans lequel les mouvements psychiques premiers qui reliaient la mère et l’enfant ont pu être transformés ainsi que l’investissement pulsionnel dont l’enfant était l’objet libérant ainsi des voies d’accès à la symbolisation et à la subjectivation.

Jean MOUCHARD: Les verrous de la résistance
L'enseignement de la philosophie en banlieue, dans des zones réputées difficiles, se heurte d'emblée à une opposition massive, apparemment indéboulonnable: celle du "eux" et du "nous". De part et d'autre, on estime souvent qu'il ne peut y avoir ni langage commun, ni compréhension, ni terrain d'entente minimal entre ces deux côtés. Il s'agit donc de résister à une résistance protéiforme. Comment? En empruntant des chemins de traverse et des voies multiples, inattendues, imprévisibles, sans cesse à réinventer: car il n'existe certainement pas de clé universelle pour déverouiller les résistances multiples auxquelles on se trouve confonté dans une telle situation. En se gardant bien de théoriser quoi que ce soit, on se bornera ici à décrire quelques situations vécues: quelques échecs radicaux, et peut-être aussi quelques débuts de "déverouillage", d'ouverture, où l'on sent qu'on est parvenu à délier la parole et à dénouer, tout à fait provisoirement, certains noeuds mentaux.

Marie-Hélène PINEL: Vie et mort dans un bagne du XXème siècle, et ensuite...
En août 1973, cinquante huit membres de l’armée marocaine, de tous rangs, ont été enlevés de la prison d’Etat où ils purgeaient des peines allant de 3 à 30 ans, prononcées lors de jugements réguliers. Ils ont disparu. Dix-huit ans plus tard, en septembre 1991, et à la faveur de multiples démarches notamment franco-américaines, les portes du bagne de TAZMAMART, dont l’existence était régulièrement niée par les autorités marocaines, se sont ouvertes: trente "disparus" (dont beaucoup avaient largement dépassé la durée de leur peine) étaient morts et enterrés dans la cour du bagne, vingt huit avaient survécu. Les rencontres directes avec les survivants, leurs témoignages sur les conditions — extrêmes à tous égards — de leur détention, permettent d’approcher les ressorts et ressources par lesquels individuellement et/ou collectivement ils ont cherché à protéger la vie et leur droit à l’existence face à la négation implacablement organisée de celle-ci. Quelles vies aujourd’hui pour eux, libres?

Marc RASTOIN: Entre résistance et soumission: le dilemme des premiers chrétiens face à Rome
Jésus de Nazareth est souvent présenté comme ayant refusé la résistance violente à Rome, se séparant des zélotes et favorisant un certain retrait des chrétiens vis-à-vis de la vie publique. Pourtant, paradoxalement, la persécution impériale affecte particulièrement les chrétiens dès le premier siècle (sous Néron) alors que les Juifs, même vaincus, sont reconnus légalement. Comment les Chrétiens ont-ils vu l'Empire romain? Quelles ressources Saint Paul et l'auteur de l'Apocalypse ont-ils laissées à la théologie chrétienne ultérieure pour penser la résistance à un pouvoir politique totalisant? En mettant en valeur la vertu de persévérance (l'upomoné), Paul a pris appui sur la philosophie de son temps pour présenter le culte chrétien comme un culte rationnel (Rm 12,2) inoffensif pour l'ordre public. L'auteur des visions de l'Apocalypse s'est servi du style apocalyptique et des ressources de l'imagination pour présenter une critique plus cinglante du système politique et économique de Rome. Il s'agira ainsi de décrire les différents façons dont la première pensée chrétienne a réagi aux autorités en place (cf. Rm 13,1-7) et a perçu leur rôle.

Rachel ROSENBLUM: Tactiques de Perec — La résistance du gardien de cimetière
Un ami et commentateur de Georges Perec (Claude Burgelin, 1996) décrit celui-ci comme un "cryptophore". La notion de "crypte" est empruntée à Maria Torok et Nicolas Abraham. Etre un porteur de crypte, c’est refuser de reconnaître l’existence d’une blessure vitale, d’une blessure dont la révélation serait catastrophique, d’une blessure née de la perte d’un objet aimé ("narcissiquement indispensable") et du refus (ou de l’impossibilité) du deuil. Pour éviter la reconnaissance de la perte, une crypte est érigée, interdisant tout accès direct à la souffrance. Le cryptophore ressemble alors à un gardien de cimetière facétieux: il décourage les visiteurs, multiplie les obstacles sur leur chemin, les dirige vers des tombes qu’ils ne cherchent pas. Un tel gardien de cimetière doit être subtil, joueur, retors, ingénieux. On reconnaît aisément Georges Perec. Georges Perec se reconnaît lui même dans un tel portrait, et, dans un essai où il semble répondre à Torok et Abraham, il aborde directement la question de la crypte, ("... dans sa phase mélancolique, la crypte commence à se fissurer") et il explique pourquoi il est crucial de résister à son effraction. Cette effraction est en effet la seule modification que puisse connaître une crypte. "C’est la première modification de la psyché et c’est aussi la dernière, car elle ouvre la voie à la reddition à la mort"*. Perec se fait ainsi stratège et théoricien de sa propre résistance (à une écriture directe, à l’ouverture de la crypte, à la psychanalyse). En quoi a consisté cette résistance? C’est ce que révèle un examen des "tactiques de Perec".

* G. Perec & H. Mathews, Roussel et Venise. Esquisse d’une Géographie Mélancolique, L’Arc, I977, n°68.

Jacques SEMELIN: La non-violence est-elle une résistance?
Voici une vingtaine d'années, la non-violence était encore perçue comme une forme de passivité ou comme une idéologie du pacifisme. Aujourd'hui, cette manière d'être au monde et d'agir dans le conflit semblent davantage susciter le respect, adossée sur l'héritage des luttes de Gandhi et Martin Luther King et, plus récemment, sur celui des "révolutions de velours" dans l'ex-bloc soviétique. Tout scepticisme n'a certes pas pour autant disparu à l'égard de cette notion équivoque de non-violence. Mais au moins mérite-t-elle d'être explorée en profondeur, au moment même où nos contemporains ressentent les impasses tragiques de la violence et du terrorisme. Comment donc définir la non-violence? Celle-ci peut-elle être considérée comme une forme singulière de résistance et selon quelles modalités? Cette communication tentera de clarifier les diverses significations de ce terme et de poser les jalons d'une réflexion critique, à partir d'une variété d'exemples historiques. Pour tester la pertinence de l'action non-violente, et plus généralement, d'une résistance civile, on se placera sur le terrain qui lui semble le moins favorable: celui des violences extrêmes, de la terreur nazie et du génocide des juifs européens. On sera alors mieux à même d'évaluer les atouts et limites d'une telle stratégie de l'action collective. Finalement, on tentera de dépasser cette discussion sur l'efficacité, pour avancer un nouveau paradigme qui, au delà des modes de lutte armée ou non armée, suggère une anthropologie politique des rapports entre résistance et transgression, soulignant paradoxalement la question cruciale et pour ainsi dire préalable de la résistance... à la résistance.

Pierre SULLIVAN: Psychanalyse de la résistance aujourd'hui
Comment "psychanalysons-nous" aujourd’hui? Encore, il y a quelques deux petites décennies, la résistance était considérée comme l’une des mamelles de la cure analytique. C’était l’objet évanescent mais obsédant de la rencontre entre un analyste et son patient. Beaucoup de débats eurent lieu pour déterminer la provenance de cette force à la fois opposée au déroulement de la cure et nécessaire à son cheminement, puisque sans elle, sans son dynamisme, aucune économie de la cure n’eût été possible. D’où, de quelle topique, émanait-elle? Cette question a donné des ailes à la théorie analytique: on a pu dire d’abord que le Moi, le Moi qui refoule, était le siège de la résistance avant de concevoir plus tard la résistance comme issue de l’Inconscient lui-même devenu de ce fait un puissant attracteur opposé à son propre dévoilement. Ces propositions, parfois absconses, de Freud et de ses successeurs ont occupé l’esprit de la psychanalyse pendant un siècle. Mais ces questions ont-elles encore une portée? Une portée clinique. Consulte-t-on aujourd’hui pour révéler, en dépit des résistances, une quelconque "Autre scène"? Est-ce cette ascèse qui détermine la pratique analytique? Si ce n’est plus le cas, ou rarement, que devient alors la résistance aujourd’hui dans la pratique thérapeutique?

Suzanne SULLIVAN: Résistance au sommeil comme symptôme
Des parents consultent pour une petite fille de quatre ans et demi. Depuis sa naissance, elle n’a pas dormi une seule nuit complète. Elle vient d’avoir un petit frère il y a quelques mois et ses parents sont épuisés. La maman, à bout, dit à sa petite fille que si elle ne dort pas la nuit, elle, sa maman, va mourir. Face à une telle menace, la petite se met à dormir certes mais fait des rêves hurlants de quelques minutes, trois à quatre fois par nuit, sans se réveiller. La situation est pire qu’elle n’a jamais été. Les journées ne rachètent pas les nuits, la petite est exigeante et insolente. Cette insomnie et ces hurlements gravissimes cèderont quelques semaines après le début d’une psychothérapie psychanalytique. L’insomnie est-elle une résistance au sommeil et pourquoi l’insomnie cède-t-elle si rapidement après le début de la prise en charge? Qu’est-ce que la suite de la thérapie fait  apparaître dans l’organisation psychique de cette petite fille pour comprendre cette longue et douloureuse incapacité à dormir présentée par les parents comme une lutte incessante qui se passe aussi bien de jour que de nuit. Une fois le sommeil conquis, que trouvons-nous? Quels contenus psychiques devaient rester refoulés?

Benoît VERDON: Résister, collaborer. Figures d'une dynamique mise à l'épreuve par la traversée du vieillissement
Vieillir engage des dessaisissements nombreux, condensés en une expérience narcissique majeure du fait de l'idée radicale de ne plus exister un jour. Des premières manifestations de la crise du milieu de la vie à la grande vieillesse qui amenuise l'indépendance, la traversée de cette longue période de la vie est de fait une mise à l'épreuve intense des capacités du sujet à traiter la perte dans ses multiples dimensions. Du travail de deuil authentique aux luttes antidépressives qui revendiquent une vitalité à toute épreuve, il apparaît que le fonctionnement psychique à l'œuvre s'avère susceptible de soutenir des conduites de résitance au changement, mobilisant force revendications de ne pas lâcher prise ou sinon une résignation blessée, mais aussi des processus de collaboration à la déprise qui témoignent de potentialités de changement et de renoncement dégageantes. Derrière la plainte liée aux défaillances de la mémoire, lesquelles sont souvent appréhendées comme prodromes de la maladie d'Alzheimer, de réelles souffrances psychiques peuvent se faire jour. Angoisse d'être démis d'atouts qui garantissent autonomie, jugement, pouvoir de décision et d'action, sentiment de n'être plus à même de séduire et d'évincer, amer renoncement à la conquête de l'objet, s'avèrent des problématiques nodales du travail du vieillissement qui interrogent particulièrement l'intérêt et les limites de résister.

Rodrigue VILLENEUVE: Réflexion à l'occasion de la mise en scène de la pièce de Lars Noren, Guerre
Comment résister (comédiens, metteurs en scène, scénographes, concepteurs sonores...) à la mise en images et au pathétique sans tomber dans la distance indifférente et l'abstraction? Comment, pour l'acteur comme pour le spectateur, tout à la fois éprouver et critiquer, s'abandonner et résister, quand l'objet à rapporter est l'au-delà de la souffrance? Ici, l'inévitable échec qu'est la résistance, d'abord dans le rapport metteur en scène - acteur, n'est-il pas condition de la représentation? Cette réflexion s'appuiera sur des extraits du film de François-Mathieu Hotte tourné pendant les répétitions de Guerre.

Denise WEILL: Qui résiste à quoi? Juin 1942 — Septembre 2007
En partant d’un témoignage concernant un groupe d’adolescents juifs en 1942  peu avant la rafle du "vel d’hiv" et l’évolution de ceux-ci, il est possible de s’interroger sur les sens du mot "résistance". Qui, comment, pourquoi et à quoi résiste t-on? Qu’en est-il du concept de résilience? Si l’histoire individuelle (telle qu’elle pourrait être entendue par un analyste) peut être éclairante l’interrogation se joue pourtant entre l’individuel et le collectif, entre l’individu singulier et l’histoire. La résistance à l’intégration de l’histoire, et parfois son refus. seront aussi au cœur de cette interrogation...

Geneviève WELSH-JOUVE: Situations extrêmes, résistance humaine
1975: Phnom Penh est évacuée de tous ses habitants. Au moins un quart de la population périt sous le régime de Pol Pot. Certains réfugiés Cambodgiens seront suivis en psychiatrie dans le cadre de l’Association de Santé Mentale du 13ème. À partir de cette expérience clinique, une réflexion trans-disciplinaire  sera développée pour approcher la complexité de cette période où l’extermination psychique devait précéder la mort de l’individu. Témoignages écrits et films réalisés sur ce génocide offrant des portraits d’êtres humains résistant à cette terreur extrême seront évoqués: nous inclurons ces actes de résistance dans un éloge de la nuance, contre l’idée trop banalement admise du caractère « ordinaire » du mal et du bourreau.

Jacques WROBEL: Résister à la douleur
Résister: derrière cette attitude positive, très utile dans certaines douleurs incoercibles ("Coping with pain"), il n'est pas rare de trouver des situations ou Résister peut-être préjudiciable pour le patient: résister aux traitements peut être une attitude courante chez ceux qui sont, consciemment ou inconsciemment, dans le déni ; résister au corps médical en s'adonnant au nomadisme médical est également un constat hélas très fréquent ; résister à sa famille et à ses proches en sanctuarisant sa douleur afin de mieux exister n'est pas non plus un comportement exceptionnel. Nous exposerons de façon synthétique trois cas concrets afin d'envisager des pistes pour que "Résister" ne vienne pas constituer un mur infranchissable.

BIBLIOGRAPHIE :

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J. Wrobel, Aspects psychologiques de la douleur chronique, Institut UPSA de la douleur, Paris, 2003, dirigé et coordonné par Jacques Wrobel.
J. Wrobel, Méthodologie des essais cliniques dans le domaine de la douleur, Institut UPSA de la douleur, Paris, 2003, dirigé et coordonné par Jacques Wrobel.


COLLOQUE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS OPHRYS, 2010



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