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" Page mise à jour le 24 août 2009 "



DU JEUDI 13 AOÛT (19 H) AU JEUDI 20 AOÛT (14 H) 2009



REGARDS CROISÉS

RAINER MARIA RILKE, SA VIE, SON ŒUVRE



DIRECTION : Michel ITTY, Silke SCHAUDER

ARGUMENT :

Rainer Maria Rilke (1875-1926) est considéré comme l’un de plus grands poètes et traducteurs de langue allemande — ses Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910) et ses Elégies de Duino (1922) font partie de la littérature mondiale, ses nombreux échanges épistolaires avec les grandes figures de son époque sont autant de marques d’un esprit aux prises avec son temps. Aujourd’hui, quatre-vingt trois ans après sa mort, qu’en est-il du rayonnement de son œuvre et de la puissance novatrice de son écriture? Comment lire son œuvre protéiforme composée de poèmes, de prose, de lettres, d’essais, de traductions littéraires?

A travers un questionnement multiple et nécessairement pluridisciplinaire, l’on tentera d’apporter des éléments de réponses à ces questions. Après un premier repérage biographique, plusieurs axes de travail seront ouverts éclairant notamment le rapport de Rilke aux voyages, aux artistes tels que Le Greco, Rodin, Cézanne et Picasso, et aux femmes qui ont compté pour lui. Seront également examinées les fonctions que revêtent dans sa création la traduction littéraire, la pratique épistolaire et l’écriture de poèmes en langue française, ainsi que son héritage artistique aujourd’hui.

Plusieurs manifestations artistiques alterneront avec les exposés des chercheurs, traducteurs et écrivains, l’ensemble permettant de croiser — à travers la représentation d’une pièce de théâtre, l’exposition d’œuvres et de photographies, la projection de films et des lectures bilingues de ses poèmes — les regards sur ce poète exceptionnel.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 13 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 14 août
Matin:
Rainer Maria Rilke, sa vie, son œuvre
Michel ITTY & Silke SCHAUDER:
Introduction
Ralph FREEDMAN: Rilke et Merline, deux langues dans le mot et l'image
Curdin EBNETER: La Fondation Rilke à Sierre: sa raison d'être, ses buts, ses projets

Après-midi:
Rilke et les Beaux-arts
Aline MAGNIEN: Le modèle et la poupée. Rodin portraitiste sous l'œil de Rilke

Dans la Roseraie
Stéphane MARIE: Rilke et la rose
Rilke et la Rose, lecture de poèmes choisis de Rilke par Evelyne LEGRAND

Vernissage des expositions Correspondances rilkéennes
Autographes: Rilke et quelques correspondants, Carnets et peintures de Cécile Marie, Aurélie Nemour, Peintures de Maurice Maillard, Dessins d’Alexandre Hollan et Photographies de Michel Itty


Samedi 15 août
Matin:
Rilke et les Beaux-Arts
Dominik RIMBAULT: Projection de Rodin (2008)
Karine WINKELVOSS: Retourner l'air: Rodin et l'espace rilkéen
Rainer STAMM: Fabuleuse expérience de la couleur

Après-midi:
Denis COUTAGNE: Paris 1907, Cézanne et Rilke (texte lu)

Rilke voyageur
August STAHL: Devance tout adieu: L'éthique rilkéenne du voyage
Erich UNGLAUB: Les voyages de Rilke en Scandinavie


Dimanche 16 août
Matin:
Rilke et les femmes
Jean Pierre FAYE: Rilke et Lou à Wolfratshausen jusqu'aux Elégies (texte lu)
Elisabeth BIROT: Imago maternelle et sexualité adolescente: la Vierge et l'Ange
Catherine PERRY: Rilke et Anna de Noailles: des affinités électives? — Conférence introduite par Eugénie DE BRANCOVAN

Après-midi:
Rilke traducteur / Rilke traduit en français
Alexis TAUTOU: La cruche cassée et les tourneurs de vers: autour de quelques "versions" françaises de la première Elégie de Duino
Silke SCHAUDER: Traduttore-traditore / Les traductions de "La panthère" de Rainer Maria Rilke

Soirée:
Lettre à Rilke, spectacle de France LEA (2005)


Lundi 17 août
Matin:
La correspondance de Rilke
Olympia ALBERTI: De l'algue à l'étoile, ou de l'esquisse à l'œuvre, le travail intime de la conscience créatrice chez Rilke
Georges BLOESS: Ecrire à l'ombre de Lou: lien, corps, espace de la lettre
Joachim STORK: L'amie bonhémienne de Rilke (texte lu)

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Vers l’Ange, Lecture théâtrale des lettres de Rainer Maria Rilke, de Lou Andréas Salomé, de Clara Rilke-Westhoff, de Paula Modersohn-Becker et de Merline, par Sarah JALABERT et Redjep MITROVITSA


Mardi 18 août
Matin:
Editer Rilke en allemand, Rilke écrivant en français
Bernard BÖSCHENSTEIN: La production française de Rilke: les Quatre recueils et les poèmes qui en sont exceptés
Renate SCHARFFENBERG: Rilke et ses éditeurs: Kippenberg, Kattentidt, Juncker, Unseld

Après-midi:
Rilke et la psychanalyse
Anthony STEPHENS: Rilke lecteur de Nietzsche: les commentaires de La naissance de la tragédie (texte lu)
Marie-Hélène QUÉVAL: "Nur Narr! nur Dichter!". Le poète selon Rainer Maria Rilke, Gide, Nietzsche
Silvia LIPPI: Rilke, Heidegger, Lacan. Une approche de l'"ouvert": désir fini, désir infini


Mercredi 19 août
Matin:
Rilke et la critique d'art
Torsten HOFFMANN: Rilke orateur. Processus de communication en matière d'Art dans ses conférences sur le lyrisme contemporain (1898), et sur Auguste Rodin (1905/7)
Magdolna OROSZ: Voyages racontés: Malte, voyageur à travers des temps et des espaces

Après-midi:
Rilke parle, Rilke par le cinéma
Introduction par Michel ITTY: Prosopopée dans le Saint des Saints
Table ronde sur des réalisations cinématographiques, avec participation de Nathalie DAVID et projection d'extraits de films

Soirée:
Les Elégies de Duino, par Evelyne LEGRAND, lecture bilingue en alternance avec Silke SCHAUDER


Jeudi 20 août
Matin:
L'héritage de Rilke
Thilo von PAPE: Rilke 2.0? L'importance de Rilke dans le quotidien numérique de ses lecteurs d'aujourd'hui
Maurice CORCOS: Baudelaire, Rilke et le silence: la musicienne du silence (texte lu)

Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Olympia ALBERTI: De l'algue à l'étoile, ou de l'esquisse à l'œuvre, le travail intime de la conscience créatrice chez Rilke
En partant d'un échange de lettres avec Lou Andréas-Salomé, je démontre comment Rilke a eu besoin de l'acte épistolaire pour exprimer son émotion à Lou, devant une scène à laquelle il assiste, dans une rue de Paris, mais aussi comment en reprenant cette ébauche d'une scène romanesque (représentée par certains passages de la lettre), il en arrive à construire un texte fort, dans le roman Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, et atteint l'oblation que constitue toute création littéraire véritable.

Elisabeth BIROT: Imago maternelle et sexualité adolescente: la Vierge et l'Ange
La rencontre de la femme, telle que Rilke l'évoque et la vit à travers son œuvre, s'origine dans des représentations inconscientes multiples, dont l'une des figures est celle de l'Annonciation: l'ange adolescent et la vierge mère. Quelques poèmes ou textes en prose permettront d'illustrer la séduction narcissique, primaire et secondaire, qui sous-tend cette représentation, et les jeux identificatoires subtils qui permettent au poète d'être à la fois le géniteur et la matrice de l'œuvre en devenir.

Georges BLOESS: Ecrire à l'ombre de Lou: lien, corps, espace de la lettre
Dans l’esprit de tous, Rainer Maria Rilke et Lou Andreas Salomé se trouvent aujourd’hui spontanément réunis; l’histoire de la littérature et celle de la psychanalyse auront, dans leur commune fascination pour ce couple, contribué à leur union. On finirait presque par oublier que cette relation repose sur un paradoxe premier: n’est-il pas étrange, en effet, que leur relation se soit prolongée? Une rencontre entre un homme à peine sorti de l’adolescence et une femme de quatorze ans son aînée, mariée de surcroît, n’est, d’ordinaire, pas destinée à durer. Comment celle-ci a-t-elle pu résister au temps, se poursuivre durant près de trente ans, devenir — au moins pour Rilke — la relation de toute une vie? Poser cette question, c’est interroger la loi, le mode de cette relation. Freud la place sous ce double signe, en termes laconiques, après le décès de Lou: "pour ce grand poète sans défense devant les choses de la vie, elle fut à la fois une muse et une mère veillant à tout". Ce jugement est devenu pour nous une évidence. Suffit-il pour autant à décrire la portée de ce qui constitue, aux yeux de Rilke, la "relation pure"? Et que faut-il entendre par là? L’adjectif suggère-t-il qu’un échange purement spirituel aurait effacé celui des corps? L’abondant volume de leur correspondance serait ainsi le tombeau d’une relation? Or, les conventions du langage sont trompeuses. Rilke n’entend aucunement exclure le corps, mais simplement le mettre à distance pour le replacer dans un champ plus vaste, que domine la loi de l’écriture. Dans sa double signification, la lettre transcende sa fonction de "trace" d’une relation pour s’en faire la matière, le tissu: le corps n’en est jamais absent, car la lettre fait place à la voix, charnière entre le langage, le souffle et la chair ; elle s’incarne dans l’alternance rythmée de la parole et des silences. Dès lors le corps physique excède son espace propre pour dessiner un volume, circonscrire magiquement un espace duel. Ce dernier forme un abri, une voûte où entre en résonance "l’espace intérieur du monde". Ainsi le corps "mécanique" se trouve transformé en corps de désir, en corps poétique. Lou, cette "grande révolutionnaire", aura-t-elle réussi avec Rilke ce qu’elle n’avait pu, au temps de sa jeunesse, réussir avec Nietzsche: donner naissance à un nouvel homme?

Bernard BÖSCHENSTEIN: La production française de Rilke: les Quatre recueils et les poèmes qui en sont exceptés
Vergers, Les Quatrains valaisans, Les Roses et Les Fenêtres ainsi que les poèmes français exceptés de ces recueils seront caractérisés dans leurs différences et leurs affinités. Voici les problèmes qui retiendront avant tout mon attention. Quelles innovations la langue française a-t-elle apportées à la production de Rilke? Comment Valéry a-t-il inspiré Rilke par des poèmes tels que La dormeuse, Les Pas, Palme? Sous quelle forme l’antiquité classique que Rodin avait transmise à Rilke s’est-elle métamorphosée dans ces poèmes écrits en Valais? De quelle manière la proximité de la mort a-t-elle structuré ces poèmes tardifs?

Denis COUTAGNE: Paris 1907, Cézanne et Rilke
En 1907, un an après la mort de Cézanne, une rétrospective du peintre est faite au Salon d'automne. Certes Cézanne commençait à être reconnu après que Vollard ait organisé une expositon Cézanne en 1895, mais le cercle des connaisseurs restait celui de la peinture. Rilke découvre l'exposition Cézanne de 1907 et renonce à un voyage qu'il devait réaliser à Venise pour visiter l'exposition tous les jours de son ouverture. Cézanne avait rompu avec Zola qui l'avait transposé littérairement sous les traits de Claude Lantier, peintre incapable de faire aboutir son œuvre. Cézanne avait découvert la poésie de Baudelaire et connaissait par cœur nombreux de ses poèmes dont "La Charogne". Il ne devait pas connaître Rilke: les lettres que ce dernier écrit en 1907 à sa femme (et publiées en français sous le titre "Lettres sur Cézanne"), répondent d'une certaine façon à la fascination que Cézanne éprouvait pour Baudelaire. Quel est donc ce peintre dont l'œuvre échappe à l'appropriation par la prose pour ne se prêter qu'à l'approche poétique? Quels sont ces poètes (Baudelaire, Rilke) dont l'œuvre littéraire nécessite la présence de la peinture pour s'écrire?  Qui a jamais mieux écrit sur Cézanne que Rilke? Pourquoi Rilke se devait de rencontrer Cézanne alors que son travail se portait sur Rodin? Et voilà que Rilke retourne à son travail sur Rodin: Cézanne était-il trop secret, trop difficile?

Curdin EBNETER: La Fondation Rilke à Sierre: sa raison d'être, ses buts, ses projets
Cette fondation bilingue gère depuis une vingtaine d'années un musée, une bibliothèque et des archives tout près de Muzot où le poète a vécu les dernières années de sa vie. Nous passerons en revue les buts, les activités et les projets de la Fondation Rilke. Ce lieu d'expositions, de conférences et de lectures aspire à devenir, en outre, un lieu de documentation et de recherche en collaboration avec d'autres institutions comme les Archives littéraires de Berne et de Marbach, la Rilke-Gesellschaft. Quelle est la nature de ses collections et quels sont les moyens mis ou à mettre en oeuvre pour les rendre plus accessibles, à l'ère informatique? Par rapport au musée, la réflexion s'attachera aux défis liés à la visualisation et à la mise en son d'un "espace littéraire", rilkéen en l'occurrence. Le regard final portera sur l'exposition thématique de l'année en cours (du 19 juin au 25 octobre 2009), consacrée au thème "Rilke: Les jours d'Italie". Cette exposition s'accompagne d'un catalogue et d'un festival inspirés du même sujet (du 21 au 23 août 2009).

Références Bibliographiques :

Rilke & Rodin, Paris 1902-1913 (Sierre, 1997)
Rilke et l’Egypte (Sierre 2004)
Amitiés russes: Rilke – Tsvetaïeva – Pasternak (Sierre, 2006)
Rilke: Les jours d’Italie (2009)
Traducteur en allemand d’une biographie de Rilke: Ralph Freedman, Life of a Poet (Der junge Dichter, 2001 ; Der Meister, 2002. Francfort: Insel).


Jean Pierre FAYE: Rilke et Lou à Wolfratshausen jusqu'aux Elégies
Rilke à 21 ans vient au devant de Lou Salomé à Munich, pour qu’elle lui parle de son livre "Jésus le juif". Ils partent ensemble vivre dans la maison de bois de Wolfratshausen, près du rivage du lac Starnberg, devenue "Loufried", ainsi qu’à la ferme où ils se retrouvent un peu après, hors de la petite ville. J’entends leur dialogue dans les Duineser Elegien: "Siehe, da rief ich die Liebende...".

Ralph FREEDMAN: Rilke et Merline, deux langues dans le mot et l'image
Meine Arbeit hat zwei Ziele im Sinn: den Zusammenhang (und Opposition) zwischen Sprache und Bild in Rilkes Schaffen noch einmal darzulegen. (im Werk: Paula Modersohn-Becker, Rodin, Cezanne, Baladine-Merline) und biographisch: der großen Liebe von Rilkes Walliser Jahren, die oft in Frage gestellt wird, einen wahren Platz einzuräumen. Nach einer kurzen Übersicht der theoretischen Sachlage — Rilkes Bilder als innere Darstellung im "Requiem an eine Freundin" und den Essays über Rodin — beschreibe ich im Detail die besondere Eigenschaft der Korrespondenz zwischen Rilke und Merline als Liebender (Fast hemmungslos leidenschaftlich, doch mit scharf disziplinierender Distanz: zwei sich liebende Menschen, deren Muttersprache deutsch ist, schreiben sich fast ausschließlich auf  französisch und reden sich fast immer mit vous an).
Diese sprachlichen Eigentümlichkeiten arbeite ich dann auf einer biographischen und historischen Ebene aus.  Ich stelle Fragen:  warum diese unerhörte Disziplin ?  Wir kennen die Antwort: Rilke brauchte die Distanz, um seine Arbeitsfähigkeit zu schützen. Aber oft bewirkt sie das Gegenteil. Der Gang dieser Liebe wird von diesem Standpunkt aus historisch — besonders gesellschaftlich — untersucht. (Besonders die Rolle, die Nanny Wunderly-Volkert dabei spielte.) Zum Schluss untersuche ich die Beziehung der Liebenden vom Anfang des "Familienlebens" mit Merlines Söhnen Pierre und Balthusz an bis zum Ende, an dem  Rilke Merline den Besuch an seinem Totenbett untersagt. Einerseits: warum ließ er die Familie gegen Merlines Wunsch nach Berlin abfahren? Andererseits, wie weit waren sie nicht nur Liebende sondern trotz allem auch einander Versprochene?

Torsten HOFFMANN: Rilke orateur. Processus de communication en matière d'Art dans ses conférences sur le lyrisme contemporain (1898), et sur Auguste Rodin (1905/7)
Rainer Maria Rilke gilt vielen seiner Leser, aber auch in weiten Teilen der Rilke-Philologie als ein einsam-elitärer Mensch und als ein nur in der sozialen Isolation produktiver Dichter. In den Vorträgen Moderne Lyrik (1898) und Auguste Rodin (1905/7) wird dieses Klischee nicht bestätigt, vielmehr führen sie einen selbstironischen Redner vor, der sein Publikum genau im Blick hat und bei seinen Zuhörern um Zustimmung zur neuesten Kunst kämpft. Zwei Aspekte verdienen dabei besondere Beachtung: Zum einen die rhetorischen und kunstpädagogischen Strategien, mit denen Rilke sein Publikum in die angemessene Rezeptionshaltung zu bringen versucht; zum anderen die Überschneidungen zwischen den Vortragsgegenständen bzw. — strategien und Rilkes allgemeinen ästhetischen Überzeugungen — also die Frage: Inwiefern redet Rilke auch über sich, wo er vermeintlich über andere Künstler spricht?

Michel ITTY: "Prosopopée dans le Saint des saints" et Table ronde avec des réalisateurs de cinéma
En quelque endroit où le regard se pose sur la vie passionnée de Rainer Maria Rilke, il s’élargit bientôt, passant au grand angle propre à faire de sa vie une légende. Ses rapports avec Lou Andreas-Salomé, Rodin, sa quête d’un idéal féminin à travers ses nombreuses compagnes, sa vie errante à travers une Europe déchirée par la guerre et les révolutions, mais également la génèse angélique des Elégies de Duino de ce grand poète de l’image, ont inspiré les cinéastes. C’est en examinant les moyens spécifiques du cinéma que nous tenterons de suivre la ligne mouvante et perméable qui, ne pouvant séparer la réalité de la fiction, nous reconduit aux oeuvres.
Cette table ronde, en présence notamment de Nathalie David, Stan Neumann, Bernard Malaterre, présentera l’intégralité ou des extraits de :
-“Rainer Maria Rilke” de la série “Regards entendus” de Pierre Beuchot et Denis Freyd. 26’.1982. 16m/m (VF)
-”Lou n’a pas dit non”d’Anne-Marie Miéville. 1h 20'. 1994. VF.
-”Rilke” de Stan Neumann. 45 ' .1996. VF
-”Rilke et Rodin” de Bernard Malaterre 55' .2006. VF
-“Paula Modersohn-Becker, ein Atemzug” de Nathalie David 1h, 23'. Version Originale allemande non sous-titrée.
- “Paula Modersohn-Becker, Mit meinen Augen" de Wilfried Hauke. 60 '. 2007 . VF.

Silvia LIPPI: Rilke, Heidegger, Lacan. Une approche de l'"ouvert": désir fini, désir infini
Rilke: "Comme la nature abandonne les êtres / au risque de leur obscur désir". Le désir est un espace ouvert, impossible à délimiter. Dans un sens phénoménologique, le désir est l’"ouverture" essentielle, originaire, l’ouverture au monde comme telle, qui seule rend possible les différents modes du rapport au monde: la volonté, la connaissance, le jugement, l’attention, la mémoire... Mais le désir est aussi structuré dans un espace virtuel limité, entre le besoin et la demande. Double dimension du désir, à la fois fini et infini. D’un côté, le désir suppose une fixation (comme un point d’arrêt sur l’objet): c’est le côté fini du désir. Et de l'autre, le désir est l’"ouvert", le désir sans signification, sans objet: c’est le désir infini. La notion de l’infini dans le fini est ce moment précieux où, à partir d’un regard porté sur une chose, tout est permis, et l’existence s’ouvre, se décompose, dans une multitude de directions imprévisibles. C’est l’ouvert", l’"ouvert" dans la parole du poète, l’"ouvert" dans le désir: "Étrange de ne plus désirer ses désirs. Etrange / de voir flotter sans lien dans l’espace / tout ce qui jadis fut lié".

Références Bibliographiques :

BAAS Bernard, De la chose à l’objet. Jacques Lacan et la traversée de la phénoménologie, Peeters Vrin, Louvain, 1998.
BARBARAS Renaud, Le désir et la distance. Introduction à une phénoménologie de la perception, Vrin, Paris, 1999.
FREUD Sigmund, Métapsychologie, Folio essais, Paris, 1968.
HAAR Michel, Le chant de la terre, Herne, Paris, 1985.
HEIDEGGER Martin, Chemins qui ne mènent nulle part, Tel Gallimard, Paris, 1962.
HEIDDEGER Martin, Essais et conférences, Tel Gallimard, Paris, 1958.
LACAN Jacques, "Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien", dans Ecrits, Seuil, Paris, 1966.
LACAN Jacques, Le séminaire, Livre V, Les formations de l’inconscient, Seuil, Paris, 1998.
LACAN Jacques, Le désir et son interprétation, Séminaire inédit, Editions de l’Association Freudienne Internationale, Paris, 2000, H.C.
POMMIER Gérard, L’exception féminine. Essai sur les impasses de la jouissance, Point Hors Ligne, Paris, 1985.

Aline MAGNIEN: Le modèle et la poupée. Rodin portraitiste sous l'œil de Rilke
Rilke on le sait, a été un observateur attentif de Rodin, et un "passeur" pour reprendre un thème récemment utilisé dans le cadre de l’exposition La passion à l’œuvre, Rodin et Freud collectionneurs d’antiques. Il a ainsi mis en relation Rodin avec le philosophe et sociologue Georg Simmel, d’abord en lui traduisant un article que ce dernier lui avait consacré en 1902, puis en les mettant personnellement en contact. Par ailleurs, Rilke suit les cours de Simmel à Berlin, comme il l’explique à Rodin dans sa lettre du 16 avril 1905 (Ms. 447), conservée au Musée Rodin. Réunir ces trois personnages autour de la question du portrait et de la représentation se justifie en raison de l’activité particulière de Rodin dans ce domaine, des descriptions faites par Rilke des séances de pose et de ses analyses esthétiques des œuvres de Rodin. Les écrits de Simmel ont porté sur Rodin et la modernité, et sur le portrait d’autre part. Il a consacré à ces questions plusieurs essais, dont: "Rodin", dans Philosophie de la modernité, t. 2, Payot, 1990 et "Le problème du portrait", ibidem, outre Michel Ange et Rodin, Rivages, 1990 ; Rembrandt, Circé, 1994 ; La Tragédie de la culture et autres essais, Rivages, 1993. Un quatrième personnage se glisse en outre au milieu de la conversation, Rembrandt, admiré  par Rodin, et par Simmel comme, encore une fois, par Rilke. Les relations entre portrait et paysage, la question de la "vie" et de la nature tissent ainsi des liens entre le poète, le philosophe et le sculpteur, et constitueront l’objet de cette communication.

Références Bibliographiques :

Thèse publiée en 2004 à Oxford, Voltaire Foundation (La chair et le contour. La nature et l’Antique. Essai sur la sculpture et ses principes au XVIIIe siècle).
Catalogue de l’exposition Camille Claudel, exposition au musée Rodin (avril-juillet 2007)
"Saxa loquuntur", in La passion à l’œuvre. Rodin et Freud collectionneurs, musée Rodin octobre 2008-février 2009.
Catalogue en cours de préparation: La Fabrique du portrait. Rodin face à ses modèles (Flammarion/musée Rodin), exposition à venir : avril-août 2009.


Magdolna OROSZ: Voyages racontés: Malte, voyageur à travers des temps et des espaces
Le roman de Rainer Maria Rilke, Les carnets de Malte Laurids Brigge, thématise les problèmes de visualité, de perception et de mémoire: tout en appuyant sur les impressions des séjours parisiens de leur auteur, les Carnets se concentrent sur la possibilité de raconter les impressions visuelles de tous les jours, de l’enfance, et historiques. Tout en flânant à Paris et tout en essayant de transposer les images vues en images littéraires, Malte "apprend à voir" et tout en constatant que "[j]e ne sais pas à quoi cela tient, mais tout pénètre en moi et ne reste pas à l’endroit où, d’habitude, cela venait toujours s’achever"1, il cherche aussi les formes littéraires pour l’expression des images vues. Malgré que Malte ne croie pas à la possibilité de "raconter vraiment", il emploie des modèles spécifiques intertextuels comme le récit d’aventures où le voyage fonctionne comme un principe de structuration spatiale donnant lieu, en même temps, à la naissance d’un sens métaphorique ou symbolique (voyage de vie, voyage de découverte de soi, etc.). Le "voyage" dans la ville où Paris fonctionne à la fois comme un espace concret et symbolique, intègre aussi des espaces de mémoire (Urnekloster) et des espaces symboliques à travers les épisodes historiques et paraboliques. Le mouvement dans les espaces vécus, commémorés et historiques, individuels et collectifs, est constitué par le regard extérieur et intérieur, menant à la découverte de soi et des autres tout en indiquant un lien nécessaire parmi la perception esthétique et une position éthique.

1 Rilke, Rainer Maria: Les carnets de Malte Laurids Brigge. Trad. Par Claude Porcell. Paris: Garnier Flammarion 1995, p. 25.

Références Bibliographiques :

Intertextualität und Bedeutungskonstitution im literarischen Text. Semiotische Begriffsanalyse. In: Jeff Bernard/ Gloria Withalm (Hg.): Kultursemiotik & Kulturtheorie. Wien: Semiotische Berichte 1994: 1, 2, 3, 4. pp. 187-206.
Getrennte und Vereinigte. Identitätsprobleme in der österreichischen und ungarischen Literatur der Jahrhundertwende. In: Peter Plener/ Péter Zalán (Hg.): „[...] als hätte die Erde ein wenig die Lippen geöffnet [...]” – Topoi der Heimat und Identität. Budapest: ELTE Germanisztikai Intézet, 1997. (Budapester Beiträge zur Germanistik, Bd. 31). pp. 121-136.
Hieroglyphe – Sprachkrise – Sprachspiel. In: Ferenc Szász/ Imre Kurdi (Hg.): Im Dienste der Auslandsgermanistik. Festschrift für Professor Dr.Dr.h.c. Antal Mádl zum 70. Geburtstag. Budapest: ELTE, 1999. (Budapester Beiträge zur Germanistik, Bd. 34.) pp. 167-192.
’Gegenwelten’: Richard Beer-Hofmanns und Leopold Andrians Text-Konstrukte und Textkonstruktionen. In: Károly Csúri/ Géza Horváth (Hg. in Zusammenarbeit mit Márta Horváth und Erzsébet Szabó): Erzählstrukturen II. Studien zur Literatur der Jahrhundertwende. Szeged: JATE, 1999. (Acta Germanica 10), pp. 62-81.
 „Ganz sicher war auch ihm nicht wer er war”. Probleme und Wege der Selbst- und Weltinterpretation in der Erzählliteratur der Jahrhundertwende. In: Anton Schwob/ Zoltán Szendi: Aufbruch in die Moderne. Wechselbeziehungen und Kontroversen in der deutschsprachigen Literatur um die Jahrhundertwende im Donauraum. München: Verlag Südostdeutsches Kulturwerk, 2000. pp. 93-115.
„Das fremde Eigene”. Identität und Identitätssuche in der Literatur der Jahrhundertwende. In: Wolfgang Müller-Funk/ Peter Plener/ Clemens Ruthner (Hg.): Kakanien revisited. Das Eigene und das Fremde (in) der österreichisch-ungarischen Monarchie. Tübingen u.a.: Francke, 2002. (Kultur¬–Herrschaft–Differenz. Hg. von Moritz Csáky, Wolfgang Müller-Funk und Klaus Scherpe, Bd. 1.), pp. 137-156.
Analyse littéraire et intertextualité. Aspects sémiotiques. In: Degrés. Revue de synthèse à orientation sémiologique. 30 (2002), no. 109-110, d/1-15.
„…und die Worte rollen von ihren Fäden fort…” Sprache, Sprachlichkeit, Sprachproblem in der österreichischen und ungarischen Kultur und Literatur der Jahrhundertwende. – „…s fonaluktól messze szavak peregnek-hullnak…” Nyelv, nyelviség, nyelvi problémák a századforduló osztrák és magyar kultúrájában és irodalmában (Reader, co-éd. Amália Kerekes/Katalin Teller). Budapest: ELTE Germanisztikai Intézet, 2002. (ELTE-Chrestomatie, Band 13). 411 p.
Verzweiflung am Schreiben. Ansätze zum Begriff der ‚Metapher‘ in der österreichischen und ungarischen Kultur der Jahrhundertwende. In: http://www.kakanien.ac.at/beitr/theorie/MOrosz2.pdf (2002).
Sprache, Skepsis und Ich um 1900. Formen der belletristischen Ich-Dekonstruktion in der österreichischen und ungarischen Kultur der Jahrhundertwende. In: http://www.kakanien.ac.at/beitr/theorie/MOrosz_PPlener1.pdf (2002).
»Es spricht für sich selbst.« Über das Problem des Sprachgebrauchs in der österreichischen und ungarischen Kultur der Jahrhundertwende. In: http://www.kakanien.ac.at/fallstudie/MOrosz1.pdf (2002).
Reiseabenteuer und intertextuelle Spurensuche: die Auflösung vorgegebener Erzählmodelle um die Jahrhundertwende. In: Maria Erb/Elisabeth Knipf/Magdolna Orosz/László Tarnói (Hg.): „und Thut ein Gnügen Seinem Ambt”. Festschrift für Karl Manherz zum 60. Geburtstag. Budapest: ELTE Germanistisches Institut, 2002. (Budapester Beiträge, Bd. 39) pp. 377-388.
Der verwundete Vogel oder die erzählte Metapher. In: Internet-Forum http://www.kakanien.ac.at/fallstudie/MOrosz4.pdf  (2002).
„Az elbeszélés fonala”. Narráció, intertextualitás, intermedialitás. [„Le fil du récit”. Narration, intertextualité, intermédialité]. Budapest: Gondolat, 2003. 237 p.
Verflechtungsfiguren. Intertextualität und Intermedialität in der Kultur Österreich-Ungarns. (co-éd. Endre Hárs, Wolfgang Müller-Funk). Frankfurt a.M.: Peter Lang Verlag, 2003. (Budapester Studien zur Literaturwissenschaft, Bd. 3). 240 p.
„Das Gedächtnis des Textes ist seine Intertextualität“ – Intertextualität in der Literatur der Jahrhundertwende. In: Endre Hárs/Wolfgang Müller-Funk/Magdolna Orosz (Hg.): Verflechtungsfiguren. Intertextualität und Intermedialität in der Kultur Österreich-Ungarns. Frankfurt a.M.: Peter Lang Verlag, 2003. (Budapester Studien zur Literaturwissenschaft, Bd. 3). pp. 49-66.
Nachdenken über Sprache und Sprachlichkeit in der Kultur und Literatur der Jahrhundertwende. (Társszerzők: Kerekes Amália, Teller Katalin). In: Jeff Bernard/ Gloria Withalm/ Vilmos Voigt (Hg.): Media – Old and New/ Medien – Alt und Neu. Semiotische Berichte (Special Issue) 1-4/ 2003, 61-74. old.
„Die Art und Weise, wie die Sprache bezeichnet, spiegelt sich in ihrem Gebrauche wider“ – Sprachlicher Ausdruck und Sprachgebrauch in der Literatur der Jahrhundertwende. In: Brdar-Szabó Rita/ Elisabeth Knipf-Komlósi (Hg.): Lexikalische Semantik, Phraseologie und Lexikographie: Abgründe und Brücken. Festgabe für Regina Hessky. Frankfurt/M.: Peter Lang, 2004. pp. 65-76.
Mehr oder Weininger. Eine Textoffensive aus Österreich/Ungarn. (Mitherausgeber: Amália Kerekes, Alexandra Millner, Katalin Teller). Wien: Braumüller Verlag, 2005. 318 old.
„Remegő himnusz tudj’isten mire”. Válogatás Hugo von Hofmannsthal és a bécsi modernség publicisztikájából [Essays choisis de Hugo von Hofmannsthal et de la modernité viennoise]. (co-éd. Amália Kerekes, Katalin Teller). Budapest: Gondolat Kiadó, 2005. 311 p.
„Aber was sind Farben, wofern nicht das innerste Leben der Gegenstände in ihnen hervorbricht!” Hugo von Hofmannsthals „Farbenlehre”. In: http://www.kakanien.ac.at/beitr/emerg/MOrosz1.pdf (2006. 06. 30.).
Fantasztikus metaforák – metaforikus fantasztikum [Métaphores phantastique – le phantastique métaphorique]. In: Világosság 47 (2006): 8-9-10. pp. 145-155.
„Du kannst deinen Namen draufschreiben“. Erzählte Autoren und Figuren im fiktionalen Erzähldiskurs. In: Géza Horváth/Attila Bombitz (Hg.): „Die Wege und die Begegnungen“. Festschrift für Károly Csúri zum 60. Geburtstag. Budapest: Gondolat Kiadó, 2006. pp. 55-66.
Identität, Identitätskonstruktion und Fantastik bei Leo Perutz. In: http://www.kakanien.ac.at/beitr/emerg/MOrosz2.pdf (2007.10.24.)
Pop in Prosa. Erzählte Populärkultur in der deutsch- und ungarischsprachigen Moderne. (co-éd. Amália Kerekes, Gabriella Rácz, Katalin Teller). Frankfurt/M.: Peter Lang Verlag 2007. (Budapester Studien zur Literaturwissenschaft, Bd. 11). 264 p.
Monarchie im Gespräch – Wien in Budapest. Zur Erinnerungs- und Raumstruktur in Gyula Krúdys Meinerzeit. In: Amália Kerekes/Magdolna Orosz/ Gabriella Rácz/Katalin Teller (Hg.): Pop in Prosa. Erzählte Populärkultur in der deutsch- und ungarischsprachigen Moderne. Frankfurt/M.: Peter Lang Verlag 2007. (Budapester Studien zur Literaturwissenschaft, Bd. 11).  pp. 55-71.
„Daß man erzählte, wirklich erzählte”. Studien zur deutsch- und ungarischsprachigen Literatur der Frühen Moderne. (monographie, en préparation chez Peter Lang Verlag).


Thilo von PAPE: Rilke 2.0? L'importance de Rilke dans le quotidien numérique de ses lecteurs d'aujourd'hui
Depuis quelques années, l’œuvre de Rainer Maria Rilke fait l’objet d’une renaissance sous des formes variées dans le monde germanophone. A la radio, à la télévision, au cinéma ou sur le web, le poète est omniprésent: il apparait aussi bien dans les hit-parades, mis en musique par des chanteurs de pop, que dans des produits comme un calendrier de l’avent audio qui reprend chaque jour quelques vers. On peut alors se demander ce qu’il reste de Rilke dans la conscience du lecteur contemporain. La gloire de Rilke n’est-elle pas plus que jamais — comme Rilke l’avait exprimé dans son essai sur Rodin — "la somme de tous les malentendus" qui se produisent autour de son  nom?
Pour répondre à ces questions, il faut d’abord comprendre ce que Rilke signifie pour les lecteurs contemporains et ce au travers des visiteurs des deux sites Web les plus populaires. Ainsi, les récits de 36 lecteurs de Rilke sur leur réception personnelle ont été récoltés et étudiés. En outre, le forum interactif sur Rilke qui recense plus de 7 000 commentaires a été analysé. Les résultats montrent que la réception de Rilke est un bricolage multi-médiatique: par exemple, on entend un vers intéressant à la radio, puis on trouve le poème adéquat avec Google, et enfin on l’imprime ou on l’envoie à des amis. Ainsi les textes de Rilke sont intégrés dans la vie quotidienne. Cette appropriation ne répond certes pas aux exigences académiques, mais elle est loin d’être arbitraire. Comme les articles de l’encyclopédie en ligne Wikipédia, et selon les règles du phénomène social "Web 2.0", les interprétations personnelles sont discutées et négociées entre les lecteurs.

Catherine PERRY: Rilke et Anna de Noailles: des affinités électives?
Si l’on se souvient aujourd’hui d’Anna de Noailles par rapport à Rilke, c’est fréquemment dans le contexte anecdotique de leur rencontre à Paris, en 1909, au cours de laquelle Rilke se serait senti effrayé par "cette petite déesse impétueuse, avec tout son cortège de dangers". Les deux poètes ne se reverront jamais. Ils resteront toutefois proches dans leurs écrits, Rilke traduisant en allemand, par exemple, le poème d’ouverture au recueil de 1913, Les Vivants et les morts, et Noailles parcourant la poésie de Rilke où elle retrouve certaines de ses préoccupations esthétiques et spirituelles. De même, Rilke s’est inspiré du recueil de 1907, Les Éblouissements, dont il a copieusement annoté son exemplaire avant de rédiger l’essai Die Bücher einer Liebenden sur la poésie de Noailles, comparant celle-ci aux amantes dont l’énergie érotique parvient à transcender l’objet limité pour s’abîmer dans l’infini. Ma communication visera à préciser quelques affinités chez les deux écrivains telles qu’une lecture critique, éloignée des mondanités qui desservent l’étude de la poésie, est à même de découvrir. C’est en effet dans le silence et la solitude que Noailles et Rilke se rejoignent, dans un état d’abandon à l’œuvre comme celui auquel Proust semble faire allusion dans Contre Sainte-Beuve, "lorsque nous tâchons d’entendre, et de rendre, le son vrai de notre cœur".

Références Bibliographiques :

Bargenda, Angela. La Poésie d'Anna de Noailles. Critiques littéraires. Paris, L'Harmattan, 1995.
Dédéyan, Charles. L'Image de la France dans l'œuvre de Rilke. Rilke et la France, II. Paris, Société d'Édition d'Enseignement Supérieur, 1962.
Mignot-Ogliastri, Claude. Anna de Noailles: Une amie de la Princesse Edmond de Polignac. Paris, Méridiens-Klincksieck, 1986.
Noailles, Anna Elisabeth de. Les Éblouissements. Paris, Calmann-Lévy, 1907.
Noailles, Anna Elisabeth de. Les Vivants et les morts. Paris, Fayard, 1913.
Proust, Marcel. Contre Sainte-Beuve. Précédé de Pastiches et mélanges et suivi de Essais et Articles. Éd. Pierre Clarac. La Pléiade. Paris, Gallimard, 1971.
Rilke, Rainer Maria. Les Amantes. Éd. et trad. Maurice Betz. Paris, Émile-Paul Frères, 1944.
Rilke, Rainer Maria. Élégies de Duino. Trad. Jean-Pierre Lefebvre. Œuvres poétiques et théâtrales. Éd. Gerald Stieg. La Pléiade. Paris, Gallimard, 1994. 525-76.
Rilke, Rainer Maria. Gesammelte Werke, VI. Leipzig, Insel-Verlag, 1927. 340-44.
Rilke, Rainer Maria. "Les Livres d’une amoureuse (Comtesse Anna de Noailles)". Trad. Rémy Colombat. Œuvres en prose : Récits et essais. Éd. Claude David. La Pléiade. Paris, Gallimard, 1993. 977-80.
Scheikévitch, Marie. "Lettre de Rainer Maria Rilke à Anna de Noailles du 14 décembre 1909". Candide 29 avril 1937.
Stephens, Anthony. "Das Gedichtbuch der Anna de Noailles: Ein Dokument aus Rilkes mittlerer Periode". Rilke Heute: Beziehungen und Wirkungen. Éd. H. Solbrig von Ingeborg et Joachim W. Storck. Frankfurt am Main, Suhrkamp Verlag, 1975. 155-82.
Tour et Taxis, Marie de la. Souvenirs sur Rainer Maria Rilke. Paris, Obsidiane, 1987.


Marie-Hélène QUÉVAL: "Nur Narr! nur Dichter!". Le poète selon Rainer Maria Rilke, Gide, Nietzsche
Dans sa nouvelle "Der Drachentöter" Rilke réécrit le conte pour enfant qu’il ne termine plus par un heureux mariage mais au contraire en évoquant l’image du chevalier solitaire disparaissant seul dans la nuit les étoiles au dessus de son visage fermé au monde et à ses triviales valeurs. La jeune princesse comprend le message: l’artiste ne crée et n’agit point dans un but précis. On pense à l’acte gratuit de Gide. Aucun intérêt matériel, ni même le désir de la gloire ne guide l’acte de l’artiste qui reste toujours étranger au monde. Mais plus qu’à Gide que Rilke connaît bien, on pense à Nietzsche et à la réflexion désabusée de Zarathustra: "Nur Narr! nur Dichter!" L’artiste est un fou, habité par la seule volonté de la création. Ma communication s’attachera à étudier la figure de l’artiste dans l’œuvre de Rilke en faisant référence à Gide et à Nietzsche. Quelle est la fonction de l’art pour Rilke? La poésie sert-elle uniquement à dépasser l’angoisse? Peut-elle offrir une alternative après la mort de Dieu dont l’œuvre de Rilke ne cesse de célébrer le deuil? Quelle voie s’offre à l’artiste inconsolable?

Références Bibliographiques :

ECKEL, Winfried, Wendung, Zum Prozess der poetischen Reflexion im Werk Rilkes, Würzburg, 1995.
HOFMANN, Werner. Die Dichter stellen immer wieder das Chaos her": Nietzsche, Klimt und die Wiener Jahrhundertwende, 1999.
HALBEISENS Hiltrud, Das Selbstverständnis des Dichters, Rainer Maria Rilke und Stephan George. Halbeisen, 1952.
KYRITZ, Heinz-Georg, Rilkes Auffassung von der Kunst und dem Künstler vor Duino (1896-1912). Diss., McGill University, Montreal, 1961.
LÖWENSTEIN, Sascha, "Poetik und dichterisches Selbstverständnis". Eine Einführung in Rainer Maria Rilkes frühe Dichtungen (1884-1906), Königshausen & Neumann, Würzburg, 2004.
LUCKSCHEITER Roman, L'art pour l'art. Bielefeld, Aisthesis, 2003.
RATTNER, Josef / DANZER Gerhard (Hg) (1993), Kunst und Krankheit in der Psychoanalyse: Oscar Wilde, Camille Claudel, Rainer Maria Rilke, Paul Klee, Fjodor M. Dostojewski, Anton Tschechow. München, Quintessenz.
STEPHENS, Anthony, Ästhetik und Existenzentwurf beim frühen Rilke. In: Rilke heute. Beziehungen und Wirkungen. Bd. 2. Frankfurt a.M., 1976.
WILKER, Jessica. "Auguste Rodin" par Rainer Maria Rilke: 'Entre porcelaine et marbre' ou les limites de la sculpture et de la poésie. 2000.

Renate SCHARFFENBERG: Rilke et ses éditeurs: Kippenberg, Kattentidt, Juncker, Unseld
Beginnend mit der zunächst vergeblichen Suche des jungen Rilke nach einem Verlag für alle seine Bücher, werde ich zunächst auf seine Beziehung zu dem dänischen Verleger Axel Juncker eingehen. Der Hauptteil meiner Ausführungen wird dann den zwanzig Jahren seiner Verbindung und Freundschaft mit Anton Kippenberg und dem Insel-Verlag gelten. Abschließend werde ich auf Siegfried Unseld hinweisen, der sich nach seiner Übernahme des Insel Verlags 1963 in besonderer Weise des Rilkeschen Werks annahm.

Silke SCHAUDER: Traduttore-traditore / Les traductions de "La panthère" de Rainer Maria Rilke
L’œuvre littéraire de Rainer Maria Rilke est inséparable de son travail de traducteur. Comprenant un corpus de plus de 1 200 pages, de 56 auteurs et de 8 langues différentes, ses traductions sont autant de moyens pour continuer, relancer et parfaire sa propre création poétique. Ainsi, Rilke s’est consacré à la traduction en allemand des poèmes notamment de Michel-Ange, de Dante, de Gaspara Stampa, d’Elizabeth Barrett-Browning, de Paul Valéry, d’André Gide, d’Anna de Noailles... En regard de cette pratique, il est important d’éclairer en retour les problèmes spécifiques que pose la traduction de Rilke en français. Nous proposons un atelier qui compare plusieurs traductions d’un de ses poèmes les plus fameux "La Panthère". La lecture en parallèle des traductions entre autres de Claude Vigée, de Maurice Betz, de Philippe Jaccottet et de Jean-Claude Crespy, nous permettra de réunir des éléments de discussion concrets sur la sempiternelle question: traduttore, traditore? En quoi toute traduction comporte-t-elle une part de trahison? Faut-il vraiment sacrifier ou le son ou le sens? Toute traduction manque-t-elle le texte d’origine? Se doit-elle à un malentendu plus ou moins heureux? Telles sont les questions, que nous aborderons dans notre communication.

August STAHL: Devance tout adieu: L'éthique rilkéenne du voyage
Plus de vingt ans avant les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée, le héros étranger du conte de Rilke, Le Tueur de dragons (1901), agit selon le conseil par lequel débute le treizième poème de la deuxième partie des Sonnets: "Devance tout adieu". Le tueur de dragons se dérobe à toute attente ou exigence de la cour et ne se laisse pas séduire par les promesses du pouvoir et le charme de la beauté. Tandis que le roi entouré "des vieux paladins du royaume" attend le combattant victorieux, celui-ci "galopait déjà bien loin de la ville ... sous un ciel plein d'alouettes". Son renoncement à la haute récompense offerte — la fille du roi — lui conserve une liberté qui ne saurait être ébranlée par un but fixé par autrui, ni par toute autre tentation extérieure. La chevauchée sous le "ciel plein d'alouettes" est-elle seulement anticipation de l'adieu inévitable ou exacerbation de la rencontre tel que l’adieu la rend sensible? La question se pose alors de l'attitude morale du héros rilkéen, et celle de la transmission de l'éthique "des lointains pleins de figures" (Le Solitaire, Le Livre des images).

Rainer STAMM: Fabuleuse expérience de la couleur
Lorsqu’on évoque aujourd’hui la rencontre de Rainer Maria Rilke avec Paula Modersohn-Becker, l’on se focalise la plupart du temps sur la visite du poète à Worpswede en 1900. Il résulta cependant de cette première rencontre une amitié — non exempte de complications — qui atteignit son apogée en 1906, lorsque le poète et l’artiste séjournaient en même temps à Paris, et qui dura jusqu’à la mort du peintre en 1907. Ils s’étaient tous deux défait de liens affectifs quelque peu encombrants, Rilke bien malgré lui de Rodin, Paula Modersohn-Becker de son mari Otto Modersohn. Tous deux font alors l’expérience, en ce début d’année 1906 à Paris, de points culminants de leurs créations. Pendant ces mois d’échange, prennent forme nombre des "Nouveaux poèmes" de Rilke, ainsi que les peintures les plus significatives de Paula Modersohn-Becker.
Cet exposé de l'éditeur de la correspondance entre Rainer Maria Rilke et Paula Modersohn-Becker relèvera dans leurs œuvres, les traces de cette amitié d’artiste exemplaire. Il tentera ensuite de montrer quelles en furent les conséquences pour Rilke "d’apprendre à voir avec les yeux d’un peintre", ceux de Paula Modersohn-Becker. Il en fera l’expérience en particulier après son départ de Paris à Capri, où il vérifiera que Paula Modersohn-Becker lui avait ouvert les yeux non seulement sur des "expériences des plus intenses de la couleur", mais sur Cézanne, dont il s’appropriera l’oeuvre lors du Salon d’Automne de 1907, quelques jours avant la mort de Paula.

Alexis TAUTOU: La cruche cassée et les tourneurs de vers: autour de quelques "versions" françaises de la première Elégie de Duino
Cette intervention s’inscrit dans le cadre d’une recherche doctorale menée entre l’université de Tours et l’UNIL de Lausanne sur les traductions françaises de la poésie de Rilke. Notre réflexion s’attachera ici aux Elégies de Duino, œuvre maîtresse de Rilke qui a littéralement embrasé l’imaginaire des poètes et allumé perpétuellement les désirs de retraduction. Après avoir présenté succinctement les différentes versions existant en France des Elégies, nous nous placerons du côté d’un aspect spécifique de la traduction, ou plutôt de la "version", à savoir: la restitution spatiale, typographique, du vers duinésien et de ses phénomènes de "tourne". En plaçant le travail de traduction poétique sous le signe de formes, de figures spatiales investies d’affectivité, nous finirons en abordant trois exemples de "version" française de la première Elégie qui est, pour reprendre le mot d’Armel Guerne, la "porte du temple".

Erich UNGLAUB: Les voyages de Rilke en Scandinavie
Der Prager Dichter hat zwischen 1896 und 1904 ein aus seinem Bildungsgang nicht zu erklärendes, rapide zunehmendes Interesse für Skandinavien entwickelt, das er zeitweise wie Russland als seine eigentliche geistige Heimat empfand. Die Entwicklung des Interesses für den Norden war zunächst literarisch begründet, im Werk von Jens Peter Jacobsen, auch in den Briefen Søren Kirkegaards und den Romanen der zeitgenössischen nordischen Frauenliteratur. Die Vermittlung von Ellen Key brachte ihm die Einladung nach Schweden, eine Reise, die auch zu einer näheren Kenntnis von Dänemark, vor allem seiner Hauptstadt Kopenhagen führte. Die Begegnung mit dem dänischen Maler Vilhelm Hammershöi, dem schwedischen Maler Ernst Norlind und der jungen Künstlerin Tora Vega Holmström sowie das Kennenlernen des Göteborger ‘Samskola’-Projekts zeigen ihn als aufmerksamen, sensiblen Besucher. Nicht nur bedeutende Landschaftsgedichte sind der poetische Ertrag der Reise, viele wichtige kulturelle Kontakte wirkten nach, nicht zuletzt auf die Gestaltung der Hauptfigur von Rilkes Roman, die einen jungen dänischen Dichter in Paris zeigt. Sowohl inhaltliche Elemente, vor allem aber auch die literarische Form des ‘Malte’-Romans zeigen deutliche, bisher wenig untersuchte skandinavische Akzente. Diesen sowie grundsätzlichen Zusammenhängen von (fremder) Sprache, Literatur und Kultur wie sie sich aus Rilkes Reise in den Norden ergeben und auf den folgenden Aufenthalt in Paris nachwirken, wird nachzugehen sein.

Karine WINKELVOSS: Retourner l'air: Rodin et l'espace rilkéen
"... Maintenant il serait temps que des dieux sortent / des choses habitées... / Et tous les murs de ma maison, qu'ils les / renversent. Page blanche. Rien que le vent / que projetterait cette feuille qui tourne, suffirait / pour retourner l'air comme une motte de terre / un nouveau champ de souffle"1.
L'image centrale de ce poème de 1925, assez fréquente dans l'œuvre tardive de Rilke — on pense à "l'intérieur du vent" (Windinnres) du poème "Mausolée"2 ou à "l'autre / versant de l'air" du poème "A la musique"3, fait davantage penser à Celan qu'au Rilke de la période "médiane", celle de son intense réception de Rodin. Pourtant dès sa monographie de 1902, Rilke, qui voit dans La Victoire de Samothrace une "image du vent grec"4, dit des Bourgeois de Calais que "l'air interposé n'est pas un abîme qui sépare, mais plutôt un corps conducteur, une transition doucement dégradée"5. Les œuvres de Rodin elles aussi semblent donc "retourner l'air", s'incorporer l'espace qui les entoure, faire de l'espace extérieur un espace intérieur, et vice-versa — car dans cette dialectique, le rapport du dedans et du dehors est toujours réversible: "... S'il est vrai que Rodin s'efforçait d'attirer l'air au plus près de la surface de ses choses, on a ici le sentiment que c'est la pierre qu'il a proprement dissoute dans l'air: le marbre paraît être seulement le noyau dense et ructueux, tandis que son contour ultime et le plus discret est de l'air en vibration"6. Dès 1900, Rilke avait déjà eu à propos de Rodin une intuition semblable: "... Il est des œuvres plastiques qui portent en elles-mêmes l'environnement et l'irradient [...]. Pour qui les voit bien, elles ont toujours autour d'elles ce qui est à elles, leur pays d'origine, et non l'espace où elles sont placées par hasard"7. Il s'agira ici de comprendre comment ce que Rilke appelle "la médiation de l'air" (das Medium der Luft) chez Rodin articule le voir et l'espace intérieur du monde tel qu'il se formule p. ex. dans cette lettre de 1915 sur Tolède: "... Apparition et vision coïncidaient en quelque sorte partout dans l'objet, un monde intérieur complet s'extériorisait en chacun d'eux, comme si un ange, qui englobe l'espace, était aveugle et regait en lui-même"8.

1 Rainer Maria Rilke, Œuvres poétiques et théâtrales, éd. Gerald Stieg, Paris, Gallimard, 1997, p. 934.
2 Rainer Maria Rilke, Œuvres poétiques et théâtrales, éd. Gerald Stieg, Paris, Gallimard, 1997, p. 926 (où Windinnres est traduit par "paume du vent".
3 Rainer Maria Rilke, Œuvres poétiques et théâtrales, éd. Gerald Stieg, Paris, Gallimard, 1997, p. 1025.
4 Œuvres en proses, éd. Claude David, p. 863.
5 Œuvres en proses, éd. Claude David, p. 886.
6 Œuvres en proses, éd. Claude David, p. 890.
7 Œuvres en proses, éd. Claude David, p. 922.
8 Rainer Maria Rilke, Œuvres III (Correspondance), éd. Philippe Jacottet, Paris, Seuil, 1976, p. 387.



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