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DU SAMEDI 3 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 10 SEPTEMBRE (14 H) 2011



RETOUR SUR LA SOCIÉTÉ DU RISQUE


DIRECTION : Dominique BOURG (UNIL), Pierre-Benoît JOLY (INRA et IFRIS), Alain KAUFMANN (UNIL)

ARGUMENT :

Le concept de "société du risque" est l’une des notions qui définit le plus fortement la seconde moitié du XXe siècle et notre XXIe débutant. Vingt-cinq ans après la publication de l’ouvrage d’Ulrich Beck, ce colloque entend opérer un bilan des travaux conduits dans le domaine de l’étude des risques par les sciences humaines et sociales.

Le paysage des risques est marqué par trois caractéristiques. Premièrement, les risques sont manufacturés: ils sont non seulement le produit des activités humaines, mais plus spécifiquement celui de la "modernité", de l’industrialisation et des nouvelles technologies. Deuxièmement, les risques sont incertains: compte tenu des multiples sources d’ignorance qui caractérisent les nouveaux dangers, la réduction des incertitudes en risques calculables butte souvent sur ces obstacles rédhibitoires. Enfin, les risques sont globaux: dans un contexte de forte interconnexion des activités humaines et des écosystèmes, ils circulent dans des réseaux longs, suscitent des dommages à retardement et sont fortement territorialisés. On peut songer notamment aux changements climatiques, à la (dé)régulation du système financier, au terrorisme.

Ce colloque entend offrir un espace pour penser cette mutation socio-historique et anthropologique majeure. Les risques occupent-ils une place aussi centrale qu'on le déclare dans les processus de gouvernance et dans la définition des grands enjeux contemporains? Dans quelle mesure le principe de précaution a-t-il véritablement transformé la gestion des risques? Quel est le véritable potentiel de la participation des publics? Quelle est l’influence des traditions nationales sur le cadrage des recherches portant sur la dynamique des risques?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 3 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 4 septembre
Matin:
Dominique BOURG, Alain KAUFMANN & Pierre-Benoît JOLY: Introduction

Transformations et usages de la catégorie de risque
Catherine et Raphaël LARRÈRE: La société du risque: globalité et catastrophisme
Robert CASTEL: Déconstruire la société du risque

Après-midi:
Dominique PESTRE: Généalogie du risque
Claude GILBERT: L'appropriation des risques et crises par les Sciences Humaines et Sociales


Lundi 5 septembre
Matin:
Les risques dans l'histoire
Jean-Baptiste FRESSOZ: Critique historique du satisfecit postmoderne
Soraya BOUDIA: Une généalogie des technologies contemporaines du risque: quelques propositions

Après-midi:
Société du risque - questions épistémologiques et de méthode
Nicolas BOULEAU: Dimension interprétative des risques et quantification du hasard
Alain PAPAUX: L'incertitude entre philosophie du risque et logique indiciaire
Florent CHAMPY: Que nous apprennent les critiques du principe de précaution sur la société du risque?


Mardi 6 septembre
Matin:
Olivier BORRAZ: Pour une sociologie critique des risques
Frédérick LEMARCHAND: Pour dépasser le concept de risque, quel changement de paradigme?

Après-midi:
Retours d'expérience
Eric GUILYARDI: Les incidences du populisme climatique sur le GIEC et la communauté des climatologues
Eric MASSEREY: La trajectoire de la gestion de la crise du H1N1
Marie-Claude DUPUIS: La réversibilité dans le stockage des déchets nucléaires comme gestion de l'incertain

Soirée:
"Risques et territoires en Basse-Normandie", débat animé par Sylvain ALLEMAND avec Jean-Philippe BRIAND (CESER de Basse-Normandie), Jean-François LE GRAND (Président du Conseil général de la Manche), Frédérick LEMARCHAND (Université de Caen) et Jean-Pierre VERVIALLE (ANDRA)


Mercredi 7 septembre
Matin:
Démocratie, hyper-individu et matrices du futur
Francis CHATEAURAYNAUD: L'activité argumentative du visionnaire. Du précédent et du conséquentialisme dans les constructions du futur
Céline KERMISCH: Le statut du risque: une tentative de clarification

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 8 septembre
Matin:
Instruments et dispositifs de gouvernement par les risques
David DEMORTAIN: A risk (analysis) society?
Valérie NOVEMBER: Que signifie "cartographier les risques" dans une société du risque?

Après-midi:
Forums hybrides - Participation - Mobilisation
Brice LAURENT: Intégrer le risque dans la politique scientifique européenne: la participation comme source de la légitimité démocratique
Pierre-Benoit JOLY & Alain KAUFMANN: La participation contre la mobilisation?
Christine NOIVILLE: Entre instance expertale et "petit Grenelle" institutionnalisé: le Comité économique, éthique et social du Haut Conseil des biotechnologies


Vendredi 9 septembre
Matin:
Politiques publiques, Etat, risques sanitaires
Dominique BOURG: Nanotechnologies, convergences NBIC et inégalités
Amy DAHAN: Le changement climatique: un risque exceptionnel?


Après-midi:
Risques globaux: changement climatique, santé et agriculture
Jean-Paul GAUDILLIÈRE: Gouverner la santé par le risque? La globalisation de la tuberculose
Christophe BONNEUIL: Du gouvernement des risques à l’Organisation Mondiale du Commerce: le cas du différend OGM


Samedi 10 septembre
Matin:
Dominique BOURG, Alain KAUFMANN & Pierre-Benoît JOLY: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Christophe BONNEUIL: Du gouvernement des risques à l’Organisation Mondiale du Commerce
La mondialisation contemporaine peut se lire comme un tissu de processus qui tendent à "dénationaliser" ce qui avait été constitué comme "national" au XIXe et XXe siècle — politiques, marchés, capital, culture, etc. — à travers de nouvelles institutions, de nouveaux instruments de gouvernement et de nouvelles subjectivités (Beck, 2000, Sassen, 2006 ; Negri & Hardt, 2000). Après l’âge des empires coloniaux, de la Guerre froide, de l’Etat providence et du développementisme multilatéraliste, de nouvelles normes et instances globales gouvernent les flux mondiaux de biens, services, capitaux, mais aussi de transgènes, gaz à effets de serre ou polluants chimiques. L’OMC, depuis sa naissance à partir du GATT en 1995 est un des lieux majeurs de production de normes globales concernant les politiques économiques et commerciales, la propriété, l’environnement, la santé et l’évaluation des risques. Indemne des affaiblissements politiques et financiers des institutions des Nations Unies, l’OMC dispose en outre du plus efficace mécanisme de contrainte internationale à travers son Organe de Règlement des Différends, saisi plus de 400 fois depuis 1995.
La communication analysera la façon dont l’OMC établit des normes mondiales sur les risques sanitaires, phytosanitaires et environnementaux. A partir du cas du différend sur les OGM (2003-2006, opposant l’Europe aux Etats-Unis, à  l’Argentine et au Canada), et plus largement aux dossiers liés à l’Accord sur les risques sanitaires et phytosanitaires (SPS), on questionnera le rôle donné à l’expertise scientifique dans ce gouvernement global des risques. Derrière la façade d’un discours aperspectiviste de la "sound science", on analysera des pratiques tout à fait locales et sélectives de mobilisation de l’expertise, qui constituent une épistémologie propre à l’OMC (Jasanoff, 2007 ; Leclerc, 2007). Les limites de la "science-based trade discipline" et des critiques contre cette normalisation substantielle, jugée hégémonique, ont conduit à une inflexion récente vers des standards plus procéduraux de l’évaluation des risques, d’apparence plus douce et pluraliste (Peel 2011). Nous mènerons une analyse critique de ce tournant procédural émergent et de ses "boites noires". On discutera enfin la tendance à l’extension des normes SPS à toutes les questions environnementales.

Olivier BORRAZ: Pour une sociologie critique des risques
Rares sont les sociologues et politistes européens à avoir entrepris de rendre compte des transformations des sociétés européennes et de leurs institutions politiques à partir de l’étude des risques. L’essentiel des travaux depuis 25 ans a porté sur les enjeux scientifiques, les controverses, ou la place des publics. Lorsqu’il a été question de politique, celui-ci a essentiellement été saisi par le biais d’enjeux de régulation ou d’action publique. En caricaturant, on pourrait dire que les recherches se sont concentrées soit sur la question des savoirs, soit sur les enjeux de définition des problèmes publics — contribuant à saisir la "société du risque" aux seuls prismes de la connaissance ou de l’agenda public. Du point de vue de la gouvernance des risques, cela a pu conduire à insister sur la nécessité d’élargir le champ des savoirs ou de revoir les processus de cadrage des problèmes. Mais du même coup, tout un ensemble d’autres dimensions constitutives d’une "société du risque", telle que l’a notamment décrite U. Beck, sont demeurées peu explorées.
C’est ainsi que la deuxième partie de la Société du risque n’a jamais véritablement fait l’objet d’une validation empirique, ni même d’une véritable discussion sur le fond de la part des sociologues travaillant sur les risques. Dans l’étude des controverses autour d’activités à risque par exemple, il n’est jamais question du profil des populations concernées, des caractéristiques des territoires dans lesquelles elles s’inscrivent, des transformations en cours dans les formes de sociabilité. S’agissant des questions liées à la régulation des risques, l’analyse des processus de mise sur agenda tend à négliger les transformations plus profondes qui touchent à l’organisation de l’Etat ainsi qu’à ses modalités d’intervention. Pourtant, on trouve là aussi des pistes intéressantes dans la troisième partie de la Société du risque qui n’ont pas été véritablement explorées empiriquement. Dans ces conditions, la majeure partie des recherches en sciences sociales consacrées aux risques aboutit à leur ôter une bonne partie de leur épaisseur sociale et politique. Cela a des implications non seulement sur la connaissance mais aussi la gouvernance des risques.

Olivier Borraz est directeur de recherche CNRS au Centre de Sociologie des Organisations et enseignant à Sciences Po Paris. Ses recherches et ses enseignements portent sur la gouvernance des risques, incluant les aspects de controverses, mouvements sociaux, action publique et régulation. Il a notamment publié Les politiques du risque en 2008 (Paris, Presses de Sciences Po). Il est président du Réseau Risques et Société et siège au conseil scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) comme représentant des sciences sociales.

Soraya BOUDIA: Une généalogie des technologies contemporaines du risque: quelques propositions
Cette intervention cherchera à montrer que la formulation du concept de "société du risque" est l’aboutissement d’un processus de conceptualisation et d’expérimentation d’un ensemble d’idées élaborées par une nébuleuse d’experts, principalement aux Etats-Unis. Elle retracera la contribution à la formalisation des technologies contemporaines du risque d’économistes-mathématiciens de la RAND corporation, de statisticiens et de cliniciens collaborant dans le cadre d’enquêtes épidémiologiques ou d’essais thérapeutiques, d’ingénieurs mettant en œuvre les méthodes de Mc Namara dans la gestion d’accidents routiers et aériens, ou encore de psychologues cognitivistes étudiant les comportements face aux situations de danger. Le risque apparaît alors comment une technologie performative, progressivement mobilisée au cours des années 1970 dans la gestion d’une large gamme de problèmes environnementaux, économiques ou sociaux.

Nicolas BOULEAU: Dimension interprétative des risques et quantification du hasard
Si l'on considère l'évolution des catégories sémantiques et des représentations concernant le hasard depuis l'Antiquité (Aristote, Cicéron), l'apparition des calculs au XVIIe siècle (Pascal, Fermat), le concept fondamental de "probabilité philosophique" de Cournot, jusqu'à la théorie de la couverture des risques sur les marchés financiers, on remarque: a) un développement prodigieux des mathématiques pour manipuler le hasard; b) leur usage croissant dans le langage économique au cours des XIXe et XXe siècles; c) une éviction progressive dans l'arrière cour de l'interprétation des phénomènes comme une sorte de scorie. La réorientation vers le travail collectif d'interprétation est une nécessité urgente dans les controverses contemporaines majeures: crises financières — financement du long terme — biodiversité. Elle se heurte à une résistance (comme l'expression du refoulé en psychanalyse) due au confort de l'assentiment sur les mathématiques qui jouent le rôle de l'habit du grand Duc.

Francis CHATEAURAYNAUD: L'activité argumentative du visionnaire. Du précédent et du conséquentialisme dans les constructions du futur
En sciences sociales, il est facile, et assez prisé, de démontrer après coup comment des annonces ou des prédictions, des scénarios ou des prophéties étaient vouées à l’échec et de contribuer au jugement de sens commun selon lequel toutes les prévisions sont fausses, et qu’elles le sont d’autant plus que l’on commet l’imprudence de les confier à des experts. Lorsque des événements ont eu lieu, il est facile de remonter en amont et de dénoncer l’incurie des prédicteurs — vite rabattus sur le modèle religieux du prédicateur. Plus rarement, se trouve soulignée l’attitude de visionnaire ou de précurseur dont on s’acharne alors à montrer que toutes les conditions étaient réunies pour que l’annonce se réalise quand elle n’est pas elle-même prise dans la figure de la prophétie auto-réalisante de Merton.
Dans cette communication, il s’agira  de changer quelque peu de perspective en proposant une sociologie argumentative des visions du futur, fondée sur un cadre compréhensif et analytique, destiné non seulement à prendre au sérieux les visionnaires pour en décrire l’activité mais aussi à rendre compte des angles de vue et des formes d’ouvertures d’avenir dont se dotent tous les acteurs pris dans des processus critiques. Pour ce faire, on s’appuiera sur les travaux menés ces dernières années sur des sujets particulièrement controversés comme le changement climatique, les énergies du futur — le nucléaire et le projet ITER —, les OGM ou les nanotechnologies — avec une focalisation particulière sur les promesses technologiques et les annonces de mutations de l’espèce humaine —, mais aussi la société de l’information et les formes à venir de démocratie.

Francis Chateauraynaud est sociologue, directeur d’études à l’EHESS où il dirige le Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive. Dernier ouvrage: Argumenter dans un champ de forces. Essai de balistique sociologique, Paris, Editions Pétra, 2011 (sous presse en janvier 2011).

Amy DAHAN: Le changement climatique: un risque exceptionnel?
Le caractère exceptionnel ou pas du risque climatique fait exactement partie des controverses qui se sont déployées au cours de l'année 2010, après l'échec de Copenhague. Cette communication propose un cadre à cette question, en réfléchissant aux spécificités particulières du risque climatique, qui conjuguent à la fois:
1) la spécificité de la science du climat,
2) la spécificité de l'expertise et de l'institution majeure qui l'incarne,
3) enfin, la spécificité des interactions avec le politique et le social; soit en d'autres termes celle des défis politiques et sociaux que le risque climatique soulève.
En fait, ces trois niveaux ne sont pas indépendants. Plusieurs discussions récentes ont suggéré que la science du climat était un exemple paradigmatique de "science post-normale", telle que Ravetz et Funtowicz (1991) l'ont définie: les faits sont incertains, les valeurs en dispute, les enjeux très élevés et les décisions urgentes. Est-ce que ce concept s'applique bien à la science du climat aujourd'hui et quelles en sont les conséquences? Comment définir et situer la science du climat entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales? Comment répondre aux questions de la société et des politiques, sans perdre sa crédibilité scientifique? Ici le but est de comprendre le rôle de la science du climat dans le débat public à propos du réchauffement anthropique. Nous ferons un tour d'horizon critique de positions apparues récemment du côté des sciences studies et des sciences sociales sur la question climatique.

David DEMORTAIN: A risk (analysis) society?
L'ouvrage inaugural de Beck sur la société du risque insiste lourdement sur la perte de crédibilité et d'autorité de la science dans l’énonciation ce que seraient les risques. Il n'est pas certain, toutefois, que Beck n'est pas occulté un phénomène contemporain de l'écritude de son ouvrage, et qui contredit en partie cette thèse de la dissolution de l'expertise: l'émergence d'une discipline dite de l'analyse du risque, et la formalisation et l'universalisation de ses méthodes de calcul et d'aide à la décision. Cette communication reviendra sur l'émergence de cette science, les connaissances qu'elle produit et sur sa contribution à l'institutionnalisation de systèmes d'expertise et d'évaluation qui, malgré les controverses et contestations dont il fait l'objet, régulent effectivement et quotidiennement nos innovations, modes de consommation et prises de risque.

David Demortain est chercheur IFRIS et INRA SenS à l'Université Paris-Est, et chercheur associé au Centre for Analysis of Risk and Regulation de la London School of Economics. Ses travaux porte sur les rapports entre science et régulation des risques, notamment dans le domaine de la sécurité alimentaire et du controle des médicaments. Il est l'auteur de plusieurs publications sur la production des normes internationales par les collèges invisibles d'experts (Scientists and the regulation of risk, à paraitre chez Edward Elgar en 2011). Il mène actuellement des recherches sur l'analyse des risques comme instrument générique de gouvernement.

Claude GILBERT: L'appropriation des risques et crises par les Sciences Humaines et Sociales
Il est assez largement admis, au sein des sciences humaines et sociales, que les risques et les crises sont de nature endogène. Diverses disciplines (histoire, géographie, sociologie...) ont ainsi contribué à mettre en évidence que les risques tenaient désormais moins à la présence ou à la survenue d’agents, de phénomènes, d’événements qu’aux vulnérabilités propres aux collectivités ou sociétés concernées. D’autres disciplines (sociologie, sciences politiques notamment) ont souligné le caractère "construit" des risques. De même, concernant les crises, il a de plus en plus été considéré qu’elles n’étaient pas le produit mécanique de risques réalisés et qu’elles trouvaient désormais leur moteur au sein même des sociétés, qu’elles pouvaient également être "construites" selon des logiques strictement internes à ces sociétés. Pour autant, le détachement avec l’approche des risques et crises perçus comme exogènes et justifiant des formulations telles que "face aux risques", "face aux crises", est loin d’être assumé. Il en résulte des hésitations, la généralisation d’approches relevant d’un constructivisme "modéré" sinon "mou", sur lequel nous nous proposons de nous interroger.

Claude Gilbert, politiste, directeur de recherche au CNRS (PACTE/MSH-Alpes), a réalisé des recherches sur différents types de risques et crises collectifs (naturels, industriels, sanitaires). A dirigé divers programmes de recherche (dont le programme du CNRS "Risques collectifs et situations de crise" devenu un GIS), préside les conseils scientifiques de la FonCSI, de l’IReSP. Réalise des recherches sur la menace de pandémie grippale (problème de l’expertise notamment).

Eric GUILYARDI: Les incidences du populisme climatique sur le GIEC et la communauté des climatologues
Dans la lignée des marchands de doute scientifique (effet du tabac ou de l’amiante sur la santé par exemple), une nouvelle génération de "dénégateurs" de la réalité du réchauffement du climat occupe depuis quelques années le devant de la scène. Ne parvenant à exister dans les arènes scientifiques classiques (où les travaux sont revus par les pairs), ces "climato- sceptiques" autoproclamés et non-spécialistes du climat multiplient les attaques pour tenter de jeter le discrédit sur la science du climat et ses chercheurs. Les motifs du forfait sont multiples — vérité qui dérange, intérêts sectoriels menacés, scientisme — mais sa sur-représentation dans les média et la blogosphère a pour conséquence de biaiser le débat public sur le risque que présente ce réchauffement d’origine anthropique sur l’équilibre des sociétés humaines.
La réponse des scientifiques du climat à cette mise en cause soudaine et violente du contrat moral les liant à la société se situe à plusieurs niveaux: celui des sociétés savantes internationales et du GIEC, celui des instituts nationaux et celui des individus. Le chemin est étroit et demande de ne tomber ni dans l’alarmisme des uns ni dans le déni des autres. Enfin et surtout, l’instrumentalisation politique constante et la confusion entretenue entre les messages des chercheurs, des écologistes et des politiques rendent nécessaire et urgent un effort de communication rigoureux des scientifiques vers le grand public afin de démêler le connu de l’inconnu, le possible de l'improbable, en ne cédant pas à la démagogie de la simplicité, au détriment de la pédagogie de la complexité.

Eric Guilyardi est océanographe-climatologue à l’Institut Pierre Simon-Laplace des Sciences de l’Environnement (IPSL, Paris). Directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Université de Reading (GB), il est  co-auteur d’une cinquantaine de publications scientifiques portant sur le rôle des océans dans le climat, la variabilité du climat tropical, la modélisation du climat et le changement climatique. Il est auteur principal du 5ème rapport du GIEC, prévu pour 2013. Contributeur avec 120 collègues français à l’ouvrage « Le climat à découvert - Outils et méthodes en recherche climatique », Eds. Catherine Jeandel et Rémy Mosseri, Presses du CNRS (2011). ISBN 978-2-271-07198-9, 288 pages.
Guilyardi E., A. Wittenberg, A. Fedorov, M. Collins, C. Wang, A. Capotondi, G.J. van Oldenborgh, T. Stockdale. Understanding El Niño in Ocean-Atmosphere General Circulation Models : progress and challenges. Bull. Amer. Met. Soc., 90, 325-340 (2009).
Guilyardi E. Océans et climat: quel avenir? Les Petites Pommes du savoir n°102, Ed. Le Pommier (2008). ISBN: 978-2-7465-0364-9, 63 pages.


Jean JOUZEL
Directeur de Recherches au CEA, Jean Jouzel a fait dans cet organisme l'essentiel de ma carrière scientifique, largement consacrée à la reconstitution des climats du passé à partir de l'étude des glaces de l'Antarctique et du Groenland. I a  participé au titre d'auteur principal aux rapports du GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat co-lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2007), dont il est depuis 2001 membre du bureau et vice-président du groupe de travail scientifique. Il est actuellement président du Haut Conseil de la Science et de la Technologie (HCST) et membre du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE).

Céline KERMISCH: Le statut du risque: une tentative de clarification
La question du statut du risque ne peut se réduire à la traditionnelle opposition entre conceptions quantitative et constructiviste. L’étude des principales conceptions du risque véhiculées par la littérature aussi bien que l’examen des différents types de relations qui se développent entre danger et risque permettent en effet de montrer que la situation est bien plus complexe. Notre analyse révèle que le risque peut se concevoir comme une catégorie représentationnelle susceptible de transcender l’habituelle dichotomie quantitatif/constructiviste. Il apparaît dès lors que la notion de risque gagne à être conceptualisée de manière multidimensionnelle, intégrant, outre la dimension technique "classique" du risque, des valeurs sociales, psychologiques, politiques ou éthiques.

Chercheuse au Fonds de la Recherche Scientifique à l’Université Libre de Bruxelles, Céline Kermisch est ingénieur et philosophe. Ses recherches à l’Ecole polytechnique de l’Université Libre de Bruxelles la conduisent à s’intéresser au risque et à sa perception auxquels elle consacre une thèse de doctorat en philosophie, avant d’effectuer un postdoctorat à l’Université de Cambridge. Elle a coédité Techniques et Philosophies des risques (Vrin, 2007) et est l’auteur de deux ouvrages, Les paradigmes de la perception du risque (Lavoisier, 2010) et Le concept de risque. De l’épistémologie à l’éthique (Lavoisier, 2011).

Frédérick LEMARCHAND: Pour dépasser le concept de risque, quel changement de paradigme?
L’émergence des "nouveaux risques", collectifs et d’origine technologique, dont les conditions d’apparition étaient préparées depuis fort longtemps, lance sans cesse de nouveaux défis aux gestionnaires qui ont la charge de les prévenir et/ou de les réparer lorsqu’ils sont réalisés, qu’ils soient élus, ingénieurs, experts, prévisionnistes ou assureurs privés ou publics, lesquels ne parviennent plus à remplir leur mission de manière satisfaisante. Le problème n’est-il pas lié au fait que le risque, dans son acception technique définie comme le produit de l’aléa par la vulnérabilité, évacue en amont la question du danger comme substance et, en aval, celle de la vulnérabilité, pour se recentrer sur ce qui, seul, donne prise à la pensée calculante: l’expression probabiliste. La question se pose de savoir, dès lors, comment favoriser l’émergence d’une construction sociale du risque qui puisse, d’une part, penser les impensés du concept de risque et, d’autre part, nous aider à agir en faveur d’une diminution du danger à la source. Cela signifie, in fine, changer notre modèle de développement.

Christine NOIVILLE: Entre instance expertale et "petit Grenelle" institutionnalisé: le Comité économique, éthique et social du Haut Conseil des biotechnologies

Evaluation scientifique, analyse socio-économique et éthique, débat public sont devenus le point de passage obligé d’une décision éclairée, donc légitime et responsable. A l’âge de la défiance envers le politique et les instances décisionnaires en général, ils constituent le trait saillant du  gouvernement contemporain des sciences et techniques. Créé par la loi du 25 juin 2008, le Haut Conseil des biotechnologies a été façonné au regard de ce triptyque. Instance bicamérale, son Comité scientifique a pour mission d’évaluer l’impact environnemental et sanitaire des biotechnologies tandis que son Comité économique, éthique et social, essentiellement composé de parties prenantes, analyse et débat de leurs effets socio-économiques et éthiques. Deux ans après la mise en place du Haut Conseil, on fera le point sur le second de ces deux comités, conçu comme un objet hybride, entre instance expertale et "petit Grenelle" institutionnalisé.

Christine Noiville, directrice de recherche au CNRS, dirige le Centre de recherche « Droit, sciences et techniques » (Université Paris 1, UMR 8103). Ses travaux portent essentiellement sur la bioéthique, les biotechnologies (Les biobanques, Que Sais-je? 2009; La Bioéquité, Autrement, 2009; Contrats et vivant, LGDJ, 2007, avec F. Bellivier) et le risque (Du bon gouvernement des risques, PUF, 2003). Elle préside le Comité économique, éthique et social du Haut Conseil des biotechnologies.

Alain PAPAUX: L'incertitude entre philosophie du risque et logique indiciaire
La présente réflexion portera moins sur l’évaluation du risque que sur sa réception par le droit. Sur le principe, risque et loi forment une émulsion instable: le premier est pénétré de gradualisme, de "plus ou moins", la seconde se veut discontinue, binaire (légal vs illégal), en consonance avec les attentes de la société, notamment en matière de responsabilité. La méthodologie juridique officielle apparaît à ce titre inadéquate, en particulier sa démarche syllogistique, alors que le droit raisonne officieusement par tâtonnements et pondérations, procédant par indices, se fondant bien davantage sur le vraisemblable, la conviction, que sur la démonstration. Ainsi s’éclaire la portée épistémologique du critérium "beyond reasonable doubt" proposé par Jean-Pierre Dupuy pour courir un risque ou rapporer une preuve en contexte d’incertitudes principielles. Seule une logique indiciaire permet l’appréhension de ces incertitudes, dont est traversée la société du risque.

Dominique PESTRE: Généalogie du risque
L'idée de cette conférence sera d'essayer de cerner ce qui est spécifique à la Société du risque d'aujourd'hui. Le changement est d'abord à prendre dans l'ordre du discours — "nous vivons dans une société du risque" est d'abord un énoncé. Il est à prendre dans l'ordre des dispositifs, c'est-à-dire dans l'ordre des ontologies proposées, des métriques utilisées, des formes de gouvernement mises en places. Il est enfin à saisir dans l'ordre des étendues données à la notion et à ces modes d'action et de caractérisation du monde. Pour saisir ces aspects, je remonterai au dernier XVIIIe siècle. Je styliserai cinq grands moments dans la définition et le management "des risques", je dirai ceux à qui et ce à quoi ils s'appliquent, j'évoquerai les outils mobilisés dans chaque période et le rôle des savoirs dans ces changements. Je conclurai sur la "société du risque" aujourd'hui, sur ses pratiques et modes d'être, ainsi que sur les sens et fonctions qu'il semble légitime d'attribuer à l'expression.

"Risques et territoires en Basse-Normandie"
Avec des responsables de la Région de Basse-Normandie et du département de la Manche
A cours de cette soirée, on se propose de discuter des liens entre risques et territoires. Dans la "société du risque", la prolifération de réseaux d'interdépendance dans des espaces transnationaux peut laisser à penser que le niveau territorial ne joue qu'un rôle secondaire dans la construction des risques, dans leur évaluation, leur gestion et leur mise en débat public. Les risques financiers, les grandes épidémies (H1N1, H5N1, ...) ou épizooties (maladie de la vache folle) en sont l'archétype. Pourtant, tous les territoires ne sont pas soumis aux mêmes risques et, même dans les cas de risques "globaux", les formes locales d'organisation, d'action politique et de mise en débat jouent un rôle qu'il conviendra de discuter. Les risques générés par les installations nucléaires (centrales, sites de retraitement ou de stockage des déchets) en sont un bon exemple. Ces liens entre risques et territoires seront débattus en prenant le cas de la Basse-Normandie.

BILIBOGRAPHIE :

BECK (U.), La société du risque, Paris, Flammarion (édition originale : 1986), 2008.
BORRAZ (O.), Les politiques du risque, Paris, Sc. Po., 2008.
BORRAZ (O.), GILBERT (C.), JOLY (P.B.), Risk Studies. Special Issue, Journal of Risk Research, 10 (7), 2007.
BOURG (D.) et SCHLEGEL (J.-L.), Parer aux risques de demain : Le principe de précaution, Paris, Seuil, 2001.
BOURG (D.) et KAUFMANN (A.) (Dir.), Risques technologiques et débat démocratique, Problèmes politiques et sociaux, n°941, Paris, La Documentation française, 120 pages, 2001.
BOY (D.), Pourquoi avons-nous peur de la technologie ?, Paris, Sc. Po., 2007.
CHATEAURAYNAUD (F.) et TORNY (D.), Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 1999.
DUPUY (J.-P.), Pour un catastrophisme éclairé, Paris, Seuil, 2002.
GIDDENS (A.), The Consequences of Modernity, Cambridge, Polity Press/Blackwell, 1990.
GILBERT (C.) (Dir.), Risques collectifs et situations de crise. Apports de la recherche en sciences humaines et sociales, Paris, L’Harmattan, 2002.
GODARD (O.), HENRY (C.) et LAGADEC (P.), Traité des nouveaux risques, Paris, Gallimard, 2002.
GODARD (O.) (éd.) Le principe de précaution dans la conduite des affaires humaines, Editions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, INRA, 1997.
KERMISCH (C.), Les paradigmes de la perception du risque, Paris, Lavoisier, 2010.
LASH (S.), SZERSZYNSKI (B.), and WYNNE (B.), Risk, Environment and Modernity: Towards a New Ecology, London, Thousand Oaks California, SAGE Publications, 1996.
PERETTI-WATEL (P.), Sociologie du risque, Paris, Armand Colin, 2000.
NOIVILLE (Ch.), Du bon gouvernement des risques, Paris, Puf, 2004.
JONAS (H.), Le principe responsabilité, une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Éditions du Cerf, 1990.
WHITESIDE (K.), Precautionary Politics: Principle and Practice in Confronting Environmental Risk, MIT Press, 2006.


Avec le soutien de l'Institut Francilien Recherche, Innovation et Société (IFRIS),
du Réseau Risques et Société (R2S),
de l'ANDRA,
de EDF,
de Generali
et de l’Université de Lausanne (Interface Sciences-Société)







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