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" Page mise à jour le 21 mai 2012 "
DU SAMEDI 9 JUIN (19 H) AU SAMEDI 16 JUIN (14 H)
2012
ROUSSEL, HIER, AUJOURD'HUI
DIRECTION : Pierre BAZANTAY, Christelle REGGIANI,
Hermes SALCEDA
ARGUMENT :
En 1991, la Bibliothèque nationale de France révélait la découverte de
malles recelant un volume considérable de documents relatifs à Raymond
Roussel et à son œuvre. Cet ensemble, dont une partie seulement a fait
l’objet d’une publication, modifiait le
regard que l’on portait jusque là sur cette œuvre. Si cette invention
vint confirmer certaines hypothèses de travail formulées par les
chercheurs, elle ouvrit de surcroît de nouvelles pistes de réflexion.
La critique prenait conscience que Raymond Roussel avait lui-même
exploré des chemins de la création inattendus sans les faire
fructifier au-delà des brouillons, fussent-ils bien avancé,
comme celui La Seine, ou à l’état de friche poétique
partielle, telles les Noces ou d’autres textes secondaires.
Bien
que le mystère demeurât, des documents bio-bibliographiques
nouveaux apportaient leur lot de découvertes: éphémérides
de Madame Roussel, lettres reçues, cahier de dédicaces, notes
de lecture, épreuves typographiques, brouillons d’Impressions
d’Afrique et de Locus Solus, avant-texte de Nouvelles
Impressions
d’Afrique, documents personnels, brevets, photographies...
Emergeait
tout un continent apparemment éparpillé invitant les chercheurs
à en retrouver la cohérence tout en s’affranchissant quelque
peu de la pesanteur du "procédé" expliqué dans Comment
j’ai écrit certains de mes livres.
L’œuvre de Raymond Roussel peut-elle enfin être considérée comme
l’expression d’une crise de vers plus essentielle, un des lieux de
passage de l’écriture moderne? Roussel, hier, aujourd’hui, va tenter, à
partir d’un état des lieux "post-traumatique" de la découverte, de
relancer une approche de cette œuvre majeure, pour viser une
connaissance renouvelée de ses processus génétiques, et de ses
avant-textes, pour appréhender les manifestations de son imaginaire,
pour analyser sa poétique spécifique et interroger les différentes
lectures et usages que les créateurs des horizons les plus variés en
ont fait, afin de tenter, une fois encore, de la situer dans l’espace
littéraire contemporain en constante redéfinition.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Samedi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Dimanche 10 juin
Matin:
Pierre BAZANTAY, Christelle REGGIANI
&
Hermes SALCEDA: Ouverture
Sjef HOUPPERMANS:
D'un
monument élevé à la gloire de la
langue et des lettres françaises
Après-midi:
Marie de BRUGEROLLE:
Surimpressions d'Afrique
Christelle REGGIANI:
Le
théâtre impossible de Raymond Roussel
Lundi 11 juin
Matin:
Jean RICARDOU:
Roussel rime
ailleurs
Après-midi:
Jean-Louis CORNILLE:
Ombres de Roussel (Bataille et Klossowski)
Frank WAGNER: Comme
en 14...
Roman, romanesque et
lisibilité: le cas Locus Solus
Soirée:
Erik BULLOT:
Tableaux
d'élocution
Mardi 12 juin
Matin:
Toshihiro KOKUBU:
L'autoportrait imaginaire: le paradoxe de l'écriture chez Raymond
Roussel
Philippe BOOTZ & Hermes SALCEDA: Nouvelles
Impressions d'Afrique comme texte hypermédia
Après-midi:
Helga FINTER:
Théâtre et espace
potentiel
Jean-Michel
BONY: La
doublure des Impressions d'Afrique:
élucidation
Mercredi 13 juin
Matin:
Jean-François
JEANDILLOU:
"Voir le point de vue":
l'espace énonciatif des poèmes descriptifs
Jean-Pierre MONTIER:
Le
référent photographique de Roussel
au Nouveau Roman, ou la logique d'une "ontologie plate"
Après-midi:
Michel ARRIVÉ:
Roussel et
Saussure
Tiphaine SAMOYAULT: Editer Raymond Roussel (en poche)
Soirée:
Jacques ARSENEAULT:
Le
procédé et 25 ans d'une pratique artistique
Jeudi 14 juin
Matin:
Pierre-Henry
FRANGNE:
Nature et fonction de l'œuvre d'art
chez Raymond Roussel
Christophe REIG: Les
taxinomies dans les récits de Roussel
Après-midi:
DÉTENTE
Vendredi 15 juin
Matin:
Ilias YOCARIS:
Matrices
stylistiques et configuration
structurale des récits rousselliens
Michihiro
NAGATA:
Cornell
et
Roussel
Après-midi:
Susumu NIIJIMA: La
voix des
morts, des femmes et des machines
Soirée:
Sozita GOUDOUNA
Samedi 16 juin
Matin:
Pierre BAZANTAY: Alexandre
et le sursaut d'agonie
Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Michel ARRIVÉ: Roussel et Saussure
Sauf information récente, Roussel et Saussure, pourtant contemporains –
ils sont morts au même âge, 56 ans, à 20 ans d'intervalle – ne se sont
point lus: effet, sans doute, de la distance des univers culturels. En
dépit des considérables divergences qui s’observent, apparemment, entre
leurs travaux, il est possible de repérer quelques points de rencontre
importants, déjà subodorés par certaines études. On tentera de préciser
ces relations, notamment sur les deux points suivants:
1.
Les deux auteurs insistent sur la fonction déterminante de la "rime"
(prise, souvent, par l’un et l’autre, dans le sens extensif
d’homophonie) tant, pour Saussure, dans la littérature anagrammatique
que, pour Roussel, dans les textes produits selon le "Procédé". On
examinera les convergences et les divergences entre les deux pratiques
textuelles;
2. On se posera la question de l’effet éventuel sur le "caractère
linéaire du signifiant", tant, chez Roussel, de la pratique de
parenthétisation mise en œuvre dans les Nouvelles impressions d’Afrique
que, chez Saussure, de l’apparition dans le désordre des phonèmes de
l’élément anagrammatisé.
Michel Arrivé, professeur de linguistique à l’Université de
Paris Ouest Nanterre, mène de front une activité de romancier et
d’essayiste.
Ses quatre derniers romans, Une très
vieille petite fille
(2006), La walkyrie et le professeur
(2007), Un bel immeuble
(2009) et L’homme qui achetait les
rêves (2012) sont parus chez Champ Vallon. Il a publié depuis
2007 cinq essais: À la recherche de
Ferdinand de Saussure et Le
linguiste et l’inconscient, tous deux aux PUF, Du côté de chez Saussure et les
actes du colloque de Cerisy (2009), De
la grammaire à l’inconscient,
chez Lambert-Lucas, enfin Verbes
sages et verbes fous, chez Belin.
Jacques ARSENEAULT: Le procédé et 25 ans d'une pratique
artistique
Depuis 1985, Jacques Arseneault consacre la totalité de son
travail artistique à l’adaptation du procédé de Raymond Roussel au
domaine des arts plastiques. Bien que Jacques Arseneault ne soit pas le
premier artiste à appliquer ce procédé à la discipline des arts
visuels, son travail se distingue par l’exploration depuis plus d’un
quart de siècle des multiples facettes du procédé. Dans sa pratique, il
utilise des textes provenant de poèmes et de romans, notamment Impression d’Afrique et Locus Solus, deux romans de Raymond
Roussel. À la façon de Roussel, les textes ne sont qu’un pré(texte)
servant à établir les règles relatives au procédé. Dans sa
présentation, Jacques Arseneault fera un survol de 25 ans de sa
production artistique relativement au procédé élaboré par Raymond
Roussel.
Jacques Arseneault est natif du Nouveau-Brunswick, au Canada.
Il a obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’université de Paris
VIII en 1980. Estampier et professeur titulaire, il enseigne l’art de
la gravure à l’Université de Moncton, au Canada depuis 1982. Il a
présenté son travail dans plusieurs expositions collectives et solos au
Nouveau-Brunswick, au Canada, en France et aux États-Unis.
Pierre BAZANTAY: Alexandre et le sursaut d'agonie
"Les vers venaient toujours facilement, mais la musique restait
rebelle". Ces propos, rapportés par Raymond Roussel dans sa courte
autobiographie, traduisent, ainsi que la critique l’a remarqué depuis
longtemps, une relation passionnelle avec la versification. Assurément,
Roussel a traversé une véritable "crise de vers", d’une nature,
il est vrai, bien différente de celle de Mallarmé, mais non moins
aiguë. Cette communication va tenter de repenser le sens de cette crise
non seulement à partir de ses manifestations dans l’œuvre de Raymond
Roussel, dans sa dimension contextuelle, mais aussi dans la longue
durée, à travers ce qui pourrait être un préambule à une histoire des
contraintes dans la littérature française.
Jean-Michel BONY: La
doublure des Impressions d'Afrique:
élucidation
On montrera, sur l'exemple du buste de Kant illuminé par la pie sur la
place des Trophées (Impressions
d'Afrique, ch. I, II et XXI), que les
romans de Roussel sont à double entente. Le texte apparent, limpide et
d'une syntaxe irréprochable, est doublé d'un texte sous-jacent qui en
modifie très profondément le sens, l'imagination et l'humour de Roussel
s'y déployant dans des directions insoupçonnées. Bien que son auteur en
ait toujours caché l'existence, le texte
sous-jacent est lisible et est fait pour être lu. Une multitude de jeux
(de mots, de formes...), d'énigmes et de références culturelles
concourent à son élucidation. Cela ne ressemble que de loin au prétendu
"procédé", présenté comme une aide à l'élaboration du texte que nous
lisons tous. En créant un nouveau type de discours écrit, une nouvelle
manière de communiquer des idées à l'aide de mots, c'est une entreprise
autrement plus ambitieuse que Roussel a menée à bien.
Jean-Michel Bony est mathématicien, membre de l'Académie des
sciences et professeur honoraire à l'École polytechnique.
Son livre
"Raymond Roussel : une écriture à double entente" n'est pas encore
publié, mais le chapitre consacré au "Deuxième document pour servir de
canevas" est mis en ligne à l'adresse suivante:
http://rroussel2doc.free.fr/Accueil.html.
Marie de BRUGEROLLE: Surimpressions d'Afrique
Guy de Cointet est un
artiste français, né à Paris en 1934 et mort à Los Angeles en 1983.
Très
tôt passionné de poésie et ayant passé une partie de son adolescence en
Afrique, il va s’identifier à deux modèles principaux:
Raymond Roussel et Marcel Duchamp. Je présenterai l’œuvre de Guy de
Cointet en perspective avec Raymond Roussel, après une brève
introduction générale. J'illustrerai mon propos par un diaporama, des
extraits de films, des documents
video d’époque, et principalement la pièce Ethiopia dont
la forme et
le texte sont exemplaires, d'une part, du travail de Cointet et,
d'autre part, présentent plusieurs échos directs au travail de Roussel.
Voici les principaux axes que je compte mettre en valeur:
1- Copié-collé: un art du montage ou la mise en pratique d’un principe
tant cinématographique que poétique. Où tout devient un "événement
visuel", une esthétique du fragment.
2- Ethiopia-Africa: celui qui en vient, celui qui n’y aborda pas, une
Afrique fantôme et une Afrique fantasmée.
3- Impression d’Afrique: à l’origine du ready made duchampien et de
l’objet scénique cointesque.
4- Moi aussi je fais mes affiches, comment l’affiche fait partie de la
pièce, comme leurre.
5- L’atelier comme scène, la yacht de terre et le loft comme scène de
vie. "Une fois les objets actés et validés sur scène, il peuvent être
utilisés dans la vie".
Marie de Brugerolle est historienne de l’art et commissaire
d'expositions. Elle est professeur à l'Ecole nationale des Beaux Arts
de Lyon.
Erik BULLOT: Tableaux d'élocution
Peut-on parler d’un cinéma littéral, voire littéraire? À travers les
relations entre la parole et sa répétition, le langage et son double,
l’image et son miroir, Erik Bullot présentera quelques extraits de ses
propres films (Le Singe de la lumière,
Glossolalie, Tongue Twisters) en regard de
l’hypothèse d’une poétique roussellienne du cinéma.
Erik Bullot est cinéaste et théoricien. Il a réalisé plus
d’une
vingtaine de films, à mi-chemin du film d’artiste et du cinéma
expérimental, qui explorent les relations entre le cinéma et le
langage. Il enseigne
le cinéma à l’École nationale supérieure d’art de Bourges et dirige le
post-diplôme Document et art
contemporain à l’École européenne supérieure de l’image
(Angoulême-Poitiers).
Il a publié récemment Renversements
1. Notes sur le cinéma (Paris Expérimental, 2009).
Jean-Louis CORNILLE: Ombres de Roussel
Qu’il existe un lien entre Georges Bataille et Pierre Klossowski
n’apparaîtra certes pas comme une révélation, quand bien même ce lien
est resté de nature profondément secrète: de quelle façon sournoise
viendrait alors s’y mêler l’œuvre de Raymond Roussel sur laquelle ni
l’un ni l’autre ne s’est jamais exprimé? C’est ce à quoi je voudrais
ici tenter de répondre, en retraçant quelques étapes de la lecture
que j’ai pu faire de certains de leurs livres. Car lire c’est lier. Il
devrait dès lors apparaître que Roussel agit comme un "tiers" qui
s’interpose non seulement entre Bataille et Klossowski, mais aussi
entre nous et Bataille, entre Klossowski et nous. Voilà bien qui ferait
de Roussel ce "pur esprit" qu’évoquait déjà l’auteur de Roberte ce soir.
Jean-Louis Cornille, né à Courtray, en Belgique, est
professeur à l’Université du Cap (UCT), où il enseigne la littérature
française depuis 1987.
Auteur de plusieurs ouvrages sur
Rimbaud, sur Jarry, sur Céline, sur Bataille et sur Sartre, il vient de
faire paraître Fin de Baudelaire
(Hermann, 2010).
Helga FINTER: Théâtre et espace potentiel
L’œuvre de Raymond Roussel invente un théâtre nouveau qui anticipera
par bien des aspects le théâtre postdramatique et de nouvelles formes
de l’art comme l’installation ou le body art. Or Roussel pense aussi
les enjeux de ces expériences en vue d’une économie du sujet: l’art et
le théâtre sont en effet, selon lui, les lieux de la génération d’un
espace potentiel ou intermédiaire (Winnicott) qui dramatise le rapport
au corps et à son image, à la voix et au langage, ce rapport que les
discours et le savoir de son époque suggèrent. Je discuterai — à partir
des exemples choisis — comment l’écriture de Roussel formule ainsi une
véritable éthique du théâtre et de l’art qui met en jeu la fonction
anthropologique de l’espace potentiel du sujet et interpelle celui du
lecteur ou spectateur. Ainsi je voudrais montrer que l’œuvre de Roussel
répond par bien des aspects aux préoccupations actuelles dans ces
domaines.
Helga Finter était de 1991 à 2011 professeur
d'esthétique et de théorie théâtrale à l’Institut d'études théâtrales
de l’université de Giessen qu’elle a aussi dirigé jusqu’en 2002.
Elle a
publié des livres sur la poésie futuriste italienne (1980), sur les
utopies théâtrales de Mallarmé, Jarry, Roussel et Artaud (Der subjektive Raum, 2 vol, 1990 ; El espacio subjetivo, 2006) et a
édité des ouvrages sur Bataille (Bataille
lesen, 1992), le théâtre contemporain (Grenzgänge, 1998) et la théorie et
la pratique de l’image après 9/11 (Das
Reale und die (neuen) Bilder, 2008).
Elle a contribué à
l’édition critique de Tout Jarry
(Bouquins), ses articles sur Roussel en français sont parus dans Raymond Roussel (Cerisy, 1991),
dans le programme pour l’opéra Impressions
d’Afrique de G. Battistelli (Opéra du Rhin, 2002) et dans les
Cahiers de l’AIEF (2004).
Pierre-Henry FRANGNE: Nature et fonction de l'œuvre d'art
chez Raymond Roussel
Les artistes à l'œuvre font l'objet de nombreuses représentations dans
les romans de Roussel. Peintres, poètes, musiciens sont ainsi saisis au
travers de l'effort, souvent douloureux, du geste créatif. Cela
constitue à l'évidence un discours esthétique dont cette communication
va tenter de cerner le sens. Liquidation d'une esthétique classique?
Inauguration d'une rupture avant-gardiste? C'est au cœur du chapitre 2
de Locus Solus, avec le
célèbre passage de la hie, que nous essaierons de discuter cette
question centrale.
Sjef HOUPPERMANS: D'un monument élevé à la gloire de la
langue et des lettres françaises
Raymond Roussel était grand amateur d’encyclopédies et de
dictionnaires. Son dictionnaire préféré – à côté du Larousse – était le
Bescherelle. L’édition de 1846 (qui porte le titre "Dictionnaire
national ou dictionnaire universel de la langue française") nous
conduira au fond des arcanes rousselliennes. Sur ces terrains glissants
où roulent les rrs, on partira de la lettre R pour honorer le nom
propre. C’est l’aire du vin si l’on en croit la vignette
initiale où le grand air se pare de pampre. Errons donc joyeusement
parmi les rai(e)s et les roux. Le dictionnaire encyclopédique est un
berceau, mais un berceau que Roussel traite volontiers avec
désinvolture. C’est un art poétique.
Sjef Houppermans est professeur de lettres modernes à
l’Université de Leiden (Pays-Bas).
Il a publié des livres sur Roussel,
Proust, Beckett, Simon, Echenoz, Ollier, Camus et Robbe-Grillet.
Sozita GOUDOUNA
Sozita Goudouna est directrice artistique de Out of the Box Intermedia, éditeur
associé de la revue universitaire Studies
in Theatre and Performance (Intellect Publishing) et membre du
comité éditorial de la section "Littérature contemporaine" des éditions
Routledge, et de plusieurs revues universitaires. Elle a également été
commissaire de différentes expositions à Londres (The Place London, The
Royal Academy of Dramatic Art, The Institue of Contemporary Art) et à
Athènes (The Byzantine Museum, The Benaki Museum...). Elle a soutenu à
l’université de Londres (Royal Holloway) une thèse intitulée Mediated Breath : the Intersection of
Critical Discourses in the Visual Arts and the Theatre. Elle a
écrit deux livres (à paraître) et publié de nombreux articles sur
l’éducation, le théâtre et les arts plastiques.
Jean-François JEANDILLOU: "Voir le point de vue":
l'espace énonciatif des poèmes descriptifs
Il s’agira d’examiner le cadre énonciatif des poèmes descriptifs et de
définir leur construction spatio-temporelle, entièrement gagée sur le
point de vue d’un observateur extérieur. Comment les marqueurs
linguistiques permettent-ils de structurer, du panoramique au gros
plan, un discours à la fois continu et hiérarchisé? Dans quelle mesure
l’anaphore (ou la simple contiguïté) contribue-t-elle à l’articulation
situationnelle des divers plans de la scène représentée? De quelle
façon les indicateurs de temporalité viennent-ils dynamiser la statique
de ces arrêts sur image, qui
semblent se développer à l’écart de toute chronologie?
Jean-François Jeandillou est professeur de Sciences du langage
à l’Université Paris Ouest Nanterre (UMR 7114 MoDyCo).
Publications
"Roussel et la césure" (en collab. avec J. Wirtz), Semen n°19, 2004, pp. 159-178.
Effets de textes, Limoges,
Lambert-Lucas, 2008.
"Contre-dire le vers : l’alexandrin de Roussel en Seine", l’Information grammaticale, n°121,
2009, pp. 53-58.
Toshihiro KOKUBU: L'autoportrait imaginaire: le paradoxe de
l'écriture chez Raymond Roussel
Raymond Roussel aime "se représenter" dans ses œuvres. Des
"auto-caricatures" dans les Textes-Genèse
à la présence sporadique et mystérieuse du narrateur dans Impressions d’Afrique et Locus Solus, il semble tenir
toujours à "se décrire" ou décrire celui qui écrit. Déjà dans Mon Âme, son premier texte de
jeunesse, il décrit même le poète qui est en train de faire des vers
dans son propre cerveau. Dans cette communication, nous allons tenter
d’éclairer le paradoxe de l’écriture en examinant les divers aspects de
cette "auto-représentation" du narrateur.
Professeur à l’Université Aoyama Gakuin (Tokyo), Docteur ès
lettres de l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III (Thèse: "Le
jeu du je chez Raymond Roussel", soutenue en 2002, sous la direction
d’Henri Béhar).
Publications sur Roussel
(entre autres)
"Raymond Roussel et les choses" [en japonais], Études françaises (Université
Waseda), n°8, 2001.
"Le Je de Raymond Roussel" [en japonais], Études de langue et littérature françaises
(Société japonaise de langue et littérature françaises), n°81, 2002.
Traducteur de la version japonaise de La
poussière de soleils de Raymond Roussel, publiée chez Jinbun
Shoin (Kyoto) en 2001.
En préparation: traduction de 53
jours de Georges Perec.
Inés LAITANO
Inés Laitano est originaire d'Argentine et vient d'obtenir
un Master Hypermédia à l'Université Paris VIII. Elle collabore avec
l'Équipe d'Écritures et Hypermédiations Numériques du Laboratoire
Paragraphe et fait partie de l'Exploratoire Argentin de
Poétiques/Politiques Technologiques Ludión à l'Université de Buenos
Aires. En 2011, elle a conçu avec Hermes Salceda et Philippe Bootz une
version hypermédia des Nouvelles
Impressions d'Afrique qu'ils présenteront dans ce colloque.
Jean-Pierre MONTIER: Le référent photographique de Roussel
au Nouveau Roman, ou la logique d'une "ontologie plate"
Raymond Roussel met en place une logique de la description minutieuse,
notamment dans La Vue (voir
Montier, Louvel, Méaux & Ortel, Littérature
et Photographie, colloque de Cerisy 2007) dont il est aisé de
constater qu'elle se retrouve chez les Nouveaux romanciers, et
singulièrement dans un roman de Jean Ricardou publié aux éditions de
Minuit en
1961, L'Observatoire de Cannes.
Dans ces deux textes, et quoiqu'il n'y ait probablement pas de
dérivation de l'un à l'autre, le paradigme photographique est à la fois
déclaré et omniprésent. Notre hypothèse consistera à poser cependant
qu'entre La Vue et L'Observatoire de Cannes, il est
possible de trouver le fil ou le réseau d'un type d'écriture ou d'un
modèle de mimesis déterminé
par l'ontologie plate (voir Tristan Garcia, Forme et objets, un traité des choses,
PUF, 2011) particulière à l'image photographique.
Michihiro NAGATA: Cornell et Roussel
L’objectif de la communication est de montrer la différence des
mécanismes de la création entre Raymond Roussel et Joseph Cornell. Pour
cela, nous avons comparé leurs œuvres sur les thèmes de la "collection"
et du "scientisme". En ce qui concerne le deuxième thème, remarquons
que Camille Flammarion a exercé une influence exclusive sur la
formation des deux artistes. Seulement, leur acception de la théorie de
Flammarion n’est pas la même: Cornell partage avec l’astronome une
vision romantique et mythique, tandis que le scientisme de Roussel est
plus rationnel, voire mécanique. Son opération consistant à joindre des
objets sans recourir à quelque association d’idées recèle une certaine
manipulation automatique, que l’on pourrait renvoyer à la "magie",
terme utilisé par Leiris par rapport à la création roussellienne.
Docteur ès lettres à l’Université du Maine, Michihiro NAGATA
est actuellement maître de conférence à l’Université d’Art et de
Culture d’Oita (Japon).
Il a notamment publié "L’improbable théâtre de
Raymond Roussel" (Histoires
littéraires, n°36, 2009) et "De l’avant-texte à l’oeuvre, la
parodie du savoir colonial chez Raymond Roussel" (La mise en texte des savoirs,
Presses Universitaires de Strasbourg, 2010).
Susumu NIIJIMA: La voix des morts, des femmes et des
machines
On entend souvent un son pointu ou une voix aiguë dans l’œuvre
rousselienne, notamment la voix de fausset de Carmichaël, imitée
ensuite par Talou, ainsi que l’ut produit par le char de Kalj et
Méisdehl. Comment expliquer cette fascination pour les voix
singulières? D’où vient-elle? A l’aide des travaux de Felicia Miller
Frank, c’est ce que nous tenterons d’éclairer en examinant le rôle des
voix mécaniques, angéliques et féminines chez Roussel.
Maître de conférence à l’université Keio (Japon), Susumu
NIIJIMA enseigne le français et la littérature française depuis 2008.
Traducteur, il a notamment publié la version japonaise de L’Etoile au front de Raymond
Roussel. Il est par ailleurs l'un des fondateurs de la Société
japonaise
des études verniennes. Sa thèse de doctorat, Mesure et démesure chez Raymond Roussel,
université de Rennes-II, a été soutenue en 2004.
Il a publié divers
travaux sur Raymond Roussel dont "Une envie sur le front et l’étoile au
front chez Raymond Roussel", Cahier
d’études françaises (université Keio), n°10, 2005, pp. 81-94, et
"Périodicité et superstition chez Raymond Roussel", Etudes de langue et littérature françaises
(Société japonaise de langue et littérature françaises), n°88, 2006,
pp. 88-100.
Christelle REGGIANI: Le théâtre impossible de Raymond Roussel
Impossible, le théâtre de Roussel l’est sans doute au sens où il semble
pratiquement injouable: "théâtre de phrases", comme le notait Laurent
Jenny (dans La Terreur et les Signes),
il peut apparaître comme une incarnation à la fois exemplaire et
décalée du théâtre épique défini par Peter Szondi. Il s’agira
d’interroger cette déconstruction de la mimesis théâtrale en la reliant à
la pensée (et à la pratique) rousselliennes de la représentation – que
des travaux récents de Jack Goody devraient permettre de reconsidérer
dans une perspective anthropologique.
Christelle Reggiani est professeur de littérature française à
l’université Charles de Gaulle-Lille III.
Publications
Rhétoriques de la contrainte.
Georges
Perec, l’Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions
InterUniversitaires, 1999;
Éloquence
du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles,
Genève, Droz, 2008;
L’Éternel et
l’Éphémère. Temporalités dans l’œuvre de Georges Perec,
Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Elle co-dirige avec Hermes Salceda la
série Raymond Roussel de la Revue des lettres modernes (Lettres
modernes-Minard).
Jean RICARDOU: Roussel rime
ailleurs
Cette contribution vise quatre objectifs.
Le premier, en guise d'introduction, consiste, après avoir noté qu'une
œuvre représentative était d'autant plus vivace que ce qu'elle formule
est ouvertement tributaire des façons de la formuler, à montrer que
l'œuvre de Roussel fait, quant aux deux cardinaux mécanismes de la
représentation, l'assemblage et
l'ensemblage, preuve d'un
extrémisme résolu.
Le deuxième consiste, s'agissant de l'ensemblage,
à faire paraître que l'œuvre de Roussel offre les quatre occurrences
majeures dont la rime est
seulement l'une.
Le troisième consiste à faire saillir que ces quatre occurrences
majeures reposent chacune sur l'emplacement et que c'est, fâcheusement,
le concept d'emplacement qu'élimine ce qu'on nomme, à l'ordinaire, le procédé évolué.
La quatrième, en guise de conclusion, consiste à souligner, d'une façon
plus générale, que, pour un écrivain, la théorie est, non un frein,
mais
une aide à la pratique.
(NB: Cette contribution relevant de la discipline appelée Textique,
elle est astreinte à satisfaire trois exigences: la première, c'est de
comporter diverses zones techniques; la deuxième, c'est de permettre à
celles et ceux qui souhaitent s'en tenir aux résultats obtenus sans
entendre ces passages spéciaux d'en être garantis; la troisième, en
conséquence, c'est de fournir par écrit, au préalable, ces passages
qu'il sera possible à chacun de lire, mais qui ne
seront pas prononcés).
Jean Ricardou peut être défini, au plus bref, comme un
écrivain ouvert à la théorie.
Ses études liées à l'œuvre
de Raymond Roussel sont au nombre de cinq
"L'activité roussellienne", in Pour
une théorie du Nouveau Roman, Seuil, 1971.
"Disparition élocutoire", préface à Actes
relatifs à la mort de Raymond Roussel, de Leonardo Sciascia,
éditions de l'Herne, 1972.
"Le Nouveau Roman est-il roussellien", L'Arc n°68, Paris 1977.
"Le Non de Roussel", in Psychanalyse
des Arts de l'image, Colloque de Cerisy, Clancier Guénaud Paris
1982 (réed. Hermann, 2012).
"Raymond Roussel? Un académisme démesuré", in Raymond Roussel: perversion classique ou
invention moderne? Colloque de Cerisy, Presses Universitaires de
Rennes, 1993.
Frank WAGNER: Comme en 14... Roman, romanesque et
lisibilité: le cas Locus
Solus
Dans Pour une esthétique de la
réception, Hans Robert Jauss employait la notion d’écart
esthétique pour désigner l’hiatus
provoqué par l’apparition d’une œuvre neuve et anomique, transgressant
l’horizon d’attente (en
particulier générique) dominant, à une époque et dans un milieu donnés.
En outre, le théoricien de l’Ecole de Constance valorisait clairement
ces œuvres disruptives, dont le caractère hétérodoxe sinon iconoclaste
générait de multiples "emplacements vides" (Leerstellen) où trouvait à
s’investir l’activité du lecteur – au point de les élire comme
emblème(s) du texte lisible.
La notion d’écart esthétique paraît remarquablement opératoire pour
étudier l’œuvre littéraire de Raymond Roussel en général, ses romans en
particulier, plus particulièrement encore Locus Solus. Il s’agira donc ici de
proposer une relecture du roman-phare de Raymond Roussel, entre
esthétique de la réception, poétique du récit et théorie de la lecture.
Sur fond de nécessaire mais provisoire recontextualisation historique,
l’objectif sera tout d’abord de tenter de cerner dans ce texte les
frictions ou la mise en tension du roman
et du romanesque. Les
ressources conjointes des narratologies formelle et thématique
devraient ainsi permettre de démontrer que, de façon somme toute
paradoxale, l’atomisation du cadre générique provient en fait ici – la
question du "Procédé" mise à part – en grande partie d’un phénomène de saturation romanesque. Ce constat
impliquera alors l’examen de l’impact de ce "roman nouveau" sur le pôle
de la réception, et ce dans une triple perspective: celle du lectorat
historique (d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui), du Lecteur Modèle
(Eco), du lecteur réel (Bloch, Picard, Jouve). Par-delà les
condamnations comme les valorisations contingentes, il conviendra donc
en dernier ressort, dans le sillage de la narratologie post-classique
(Baroni), elle-même influencée par le cognitivisme, de s’efforcer de
mettre au jour les enjeux anthropologiques
d’un texte, et plus largement d’une œuvre, dont l’un des principes
fondateurs consiste en l’agencement en un déconcertant porte-à-faux d’une multiplicité d’histoires.
Ilias YOCARIS: Matrices stylistiques et configuration
structurale des récits rousselliens
Dans
cette communication, j’entends mener une réflexion approfondie sur
les procédés stylistiques liés au déploiement de la narration dans
certaines fictions rousselliennes. En quoi consiste la spécificité de
ces procédés? Les récits "traditionnels" (exemplifiés de façon
prototypique par les fictions "réalistes" du XIXe siècle) reposent sur
des enchaînements linéaires (chrono)logiques qui orientent
constitutivement la progression de la narration. Roussel, quant à lui,
choisit systématiquement de briser ces enchaînements: dans ses romans,
l’empaquetage des (macro)propositions et des séquences narratives
découle du renvoi implicite à une série de matrices stylistiques dont
elles constituent autant de développements. Je me propose d’analyser ce
procédé à la lumière du concept riffaterrien de "matrice stylistique",
mais aussi d’en éclairer la signification sur le
plan philosophique en le confrontant à la théorie deleuzienne de la
Différence.
Ilias Yocaris est maître de conférences en littérature
française (Université de
Nice).
Publications actuelles ou à
venir
-"La machine abandonnée : bilan critique du formalisme
ricardolien", in Ralph Sarkonak éd., Claude
Simon 6, Paris, Minard/Les Lettres Modernes, à paraître.
"Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale", Semiotica, 181, pp. 283-312 (en
collaboration avec David Zemmour), 2010.
"Towards a neo-formalist approach to literary texts : Roman
Jakobson’s conceptual heritage", in Martin Procházka et al. éd., Prague School and theories of structure,
Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, coll. "Interfacing Science,
Literature, and the Humanities", pp. 261-280, 2009.
"Qu’est-ce que le "style verbal" ?", Poétique,
160, pp. 417-442, 2009.
"Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification", Poétique, 154, pp. 225-248, 2009.
BIBLIOGRAPHIE :
Ginette Adamson, Le procédé de Raymond Roussel, Rodopi,
Amsterdam, 1991.
Pierre Bazantay et Patrick Besnier, Raymond Roussel: Perversion
classique
ou invention moderne?, actes du colloque de Cerisy (1991),
Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1993.
Laurent Busine, Raymond Roussel, contemplator enim. Sur les
Nouvelles
Impressions d’Afrique, ouvrage orné de 59 illustrations
d’Henri-Achille
Zo, Bruxelles, La Lettre volée, 1995.
François Caradec, Vie de Raymond Roussel, Pauvert, 1972.
Mark Ford, Raymond Roussel and the Republic of Dreams, Londres,
Faber,
2000.
Michel Foucault, Raymond Roussel, Paris, Gallimard, 1963.
Sjef Houppermans, Raymond Roussel, écriture et désir,
Paris, José Corti, 1985.
Annie Le Brun, Vingt mille lieues sous les mots, Raymond Roussel,
Paris, Fayard, 1994.
Michel Leiris, Roussel l'Ingénu, Fata Morgana, 1987.
Hermes Salceda y Gemma Andujar, Raymond Roussel: teoria y practica
de
la escritura. Con la traduccion de Textos embrionarios o Embriones
textuales.
Barcelone, Universitat Autonoma de Barcelona, 2002.
Série Roussel de la Revue des lettres modernes (Lettres
modernes
Minard), dirigée par Christelle Reggiani et Hermes Salceda: quatre
volumes parus à ce jour: "Nouvelles impressions critiques"
(2001), "Formes, images et figures du texte roussellien" (2004),
"Musicalisation et théâtralisation du texte roussellien" (2007),
"Réceptions et usages de l’œuvre de Roussel" (2010).
Sur la toile: L’article Raymond Roussel de Wikipedia contient
quelques
indications utiles sur la présence de Roussel sur le net.
Avec
le soutien
de l’Université de Rennes 2 Haute Bretagne
(Conseil scientifique et CELAM),
du Conseil régional de
Bretagne,
de Rennes Métropole
et de l'Université de Lille 3
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