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" Page mise à jour le 21 mai 2012
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DU SAMEDI 9 JUIN (19 H) AU SAMEDI 16 JUIN (14 H) 2012



ROUSSEL, HIER, AUJOURD'HUI


DIRECTION : Pierre BAZANTAY, Christelle REGGIANI, Hermes SALCEDA

ARGUMENT :

En 1991, la Bibliothèque nationale de France révélait la découverte de malles recelant un volume considérable de documents relatifs à Raymond Roussel et à son œuvre. Cet ensemble, dont une partie seulement a fait l’objet d’une publication, modifiait le regard que l’on portait jusque là sur cette œuvre. Si cette invention vint confirmer certaines hypothèses de travail formulées par les chercheurs, elle ouvrit de surcroît de nouvelles pistes de réflexion. La critique prenait conscience que Raymond Roussel avait lui-même exploré des chemins de la création inattendus sans les faire fructifier au-delà des brouillons, fussent-ils bien avancé, comme celui La Seine, ou à l’état de friche poétique partielle, telles les Noces ou d’autres textes secondaires. Bien que le mystère demeurât, des documents bio-bibliographiques nouveaux apportaient leur lot de découvertes: éphémérides de Madame Roussel, lettres reçues, cahier de dédicaces, notes de lecture, épreuves typographiques, brouillons d’Impressions d’Afrique et de Locus Solus, avant-texte de Nouvelles Impressions d’Afrique, documents personnels, brevets, photographies... Emergeait tout un continent apparemment éparpillé invitant les chercheurs à en retrouver la cohérence tout en s’affranchissant quelque peu de la pesanteur du "procédé" expliqué dans Comment j’ai écrit certains de mes livres.

L’œuvre de Raymond Roussel peut-elle enfin être considérée comme l’expression d’une crise de vers plus essentielle, un des lieux de passage de l’écriture moderne? Roussel, hier, aujourd’hui, va tenter, à partir d’un état des lieux "post-traumatique" de la découverte, de relancer une approche de cette œuvre majeure, pour viser une connaissance renouvelée de ses processus génétiques, et de ses avant-textes, pour appréhender les manifestations de son imaginaire, pour analyser sa poétique spécifique et interroger les différentes lectures et usages que les créateurs des horizons les plus variés en ont fait, afin de tenter, une fois encore, de la situer dans l’espace littéraire contemporain en constante redéfinition.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 10 juin
Matin:
Pierre BAZANTAY, Christelle REGGIANI & Hermes SALCEDA: Ouverture
Sjef HOUPPERMANS: D'un monument élevé à la gloire de la langue et des lettres françaises

Après-midi:
Marie de BRUGEROLLE: Surimpressions d'Afrique
Christelle REGGIANI: Le théâtre impossible de Raymond Roussel


Lundi 11 juin
Matin:
Jean RICARDOU: Roussel rime ailleurs

Après-midi:
Jean-Louis CORNILLE: Ombres de Roussel (Bataille et Klossowski)
Frank WAGNER: Comme en 14... Roman, romanesque et lisibilité: le cas Locus Solus

Soirée:
Erik BULLOT: Tableaux d'élocution


Mardi 12 juin
Matin:
Toshihiro KOKUBU: L'autoportrait imaginaire: le paradoxe de l'écriture chez Raymond Roussel
Philippe BOOTZ & Hermes SALCEDA: Nouvelles Impressions d'Afrique comme texte hypermédia

Après-midi:
Helga FINTER: Théâtre et espace potentiel
Jean-Michel BONY: La doublure des Impressions d'Afrique: élucidation


Mercredi 13 juin
Matin:
Jean-François JEANDILLOU: "Voir le point de vue": l'espace énonciatif des poèmes descriptifs
Jean-Pierre MONTIER: Le référent photographique de Roussel au Nouveau Roman, ou la logique d'une "ontologie plate"

Après-midi:
Michel ARRIVÉ: Roussel et Saussure
Tiphaine SAMOYAULT: Editer Raymond Roussel (en poche)

Soirée:
Jacques ARSENEAULT: Le procédé et 25 ans d'une pratique artistique


Jeudi 14 juin
Matin:
Pierre-Henry FRANGNE: Nature et fonction de l'œuvre d'art chez Raymond Roussel
Christophe REIG: Les taxinomies dans les récits de Roussel

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 15 juin
Matin:
Ilias YOCARIS: Matrices stylistiques et configuration structurale des récits rousselliens
Michihiro NAGATA: Cornell et Roussel

Après-midi:
Susumu NIIJIMA: La voix des morts, des femmes et des machines

Soirée:
Sozita GOUDOUNA


Samedi 16 juin
Matin:
Pierre BAZANTAY: Alexandre et le sursaut d'agonie
Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Michel ARRIVÉ: Roussel et Saussure
Sauf information récente, Roussel et Saussure, pourtant contemporains – ils sont morts au même âge, 56 ans, à 20 ans d'intervalle – ne se sont point lus: effet, sans doute, de la distance des univers culturels. En dépit des considérables divergences qui s’observent, apparemment, entre leurs travaux, il est possible de repérer quelques points de rencontre importants, déjà subodorés par certaines études. On tentera de préciser ces relations, notamment sur les deux points suivants:
1. Les deux auteurs insistent sur la fonction déterminante de la "rime" (prise, souvent, par l’un et l’autre, dans le sens extensif d’homophonie) tant, pour Saussure, dans la littérature anagrammatique que, pour Roussel, dans les textes produits selon le "Procédé". On examinera les convergences et les divergences entre les deux pratiques textuelles;
2. On se posera la question de l’effet éventuel sur le "caractère linéaire du signifiant", tant, chez Roussel, de la pratique de parenthétisation mise en œuvre dans les Nouvelles impressions d’Afrique que, chez Saussure, de l’apparition dans le désordre des phonèmes de l’élément anagrammatisé.

Michel Arrivé, professeur de linguistique à l’Université de Paris Ouest Nanterre, mène de front une activité de romancier et d’essayiste.
Ses quatre derniers romans, Une très vieille petite fille (2006), La walkyrie et le professeur (2007), Un bel immeuble (2009) et L’homme qui achetait les rêves (2012) sont parus chez Champ Vallon. Il a publié depuis 2007 cinq essais: À la recherche de Ferdinand de Saussure et Le linguiste et l’inconscient, tous deux aux PUF, Du côté de chez Saussure et les actes du colloque de Cerisy (2009), De la grammaire à l’inconscient, chez Lambert-Lucas, enfin Verbes sages et verbes fous, chez Belin.


Jacques ARSENEAULT: Le procédé et 25 ans d'une pratique artistique
Depuis 1985, Jacques Arseneault consacre la totalité de son travail artistique à l’adaptation du procédé de Raymond Roussel au domaine des arts plastiques. Bien que Jacques Arseneault ne soit pas le premier artiste à appliquer ce procédé à la discipline des arts visuels, son travail se distingue par l’exploration depuis plus d’un quart de siècle des multiples facettes du procédé. Dans sa pratique, il utilise des textes provenant de poèmes et de romans, notamment Impression d’Afrique et Locus Solus, deux romans de Raymond Roussel. À la façon de Roussel, les textes ne sont qu’un pré(texte) servant à établir les règles relatives au procédé. Dans sa présentation, Jacques Arseneault fera un survol de 25 ans de sa production artistique relativement au procédé élaboré par Raymond Roussel.

Jacques Arseneault est natif du Nouveau-Brunswick, au Canada. Il a obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’université de Paris VIII en 1980. Estampier et professeur titulaire, il enseigne l’art de la gravure à l’Université de Moncton, au Canada depuis 1982. Il a présenté son travail dans plusieurs expositions collectives et solos au Nouveau-Brunswick, au Canada, en France et aux États-Unis.

Pierre BAZANTAY: Alexandre et le sursaut d'agonie
"Les vers venaient toujours facilement, mais la musique restait rebelle". Ces propos, rapportés par Raymond Roussel dans sa courte autobiographie, traduisent, ainsi que la critique l’a remarqué depuis longtemps, une relation passionnelle avec la versification. Assurément, Roussel a traversé une véritable "crise de vers",  d’une nature, il est vrai, bien différente de celle de Mallarmé, mais non moins aiguë. Cette communication va tenter de repenser le sens de cette crise non seulement à partir de ses manifestations dans l’œuvre de Raymond Roussel, dans sa dimension contextuelle, mais aussi dans la longue durée, à travers ce qui pourrait être un préambule à une histoire des contraintes dans la littérature française.

Jean-Michel BONY: La doublure des Impressions d'Afrique: élucidation
On montrera, sur l'exemple du buste de Kant illuminé par la pie sur la place des Trophées (Impressions d'Afrique, ch. I, II et XXI), que les romans de Roussel sont à double entente. Le texte apparent, limpide et d'une syntaxe irréprochable, est doublé d'un texte sous-jacent qui en modifie très profondément le sens, l'imagination et l'humour de Roussel s'y déployant dans des directions insoupçonnées. Bien que son auteur en ait toujours caché l'existence, le texte sous-jacent est lisible et est fait pour être lu. Une multitude de jeux (de mots, de formes...), d'énigmes et de références culturelles concourent à son élucidation. Cela ne ressemble que de loin au prétendu "procédé", présenté comme une aide à l'élaboration du texte que nous lisons tous. En créant un nouveau type de discours écrit, une nouvelle manière de communiquer des idées à l'aide de mots, c'est une entreprise autrement plus ambitieuse que Roussel a menée à bien.

Jean-Michel Bony est mathématicien, membre de l'Académie des sciences et professeur honoraire à l'École polytechnique.
Son livre "Raymond Roussel : une écriture à double entente" n'est pas encore publié, mais le chapitre consacré au "Deuxième document pour servir de canevas" est mis en ligne à l'adresse suivante: http://rroussel2doc.free.fr/Accueil.html.


Marie de BRUGEROLLE: Surimpressions d'Afrique
Guy de Cointet est un artiste français, né à Paris en 1934 et mort à Los Angeles en 1983. Très tôt passionné de poésie et ayant passé une partie de son adolescence en Afrique, il va s’identifier à deux modèles principaux: Raymond Roussel et Marcel Duchamp. Je présenterai l’œuvre de Guy de Cointet en perspective avec Raymond Roussel, après une brève introduction générale. J'illustrerai mon propos par un diaporama, des extraits de films, des documents video d’époque, et principalement la pièce Ethiopia dont la forme et le texte sont exemplaires, d'une part, du travail de Cointet et, d'autre part, présentent plusieurs échos directs au travail de Roussel. Voici les principaux axes que je compte mettre en valeur:
1- Copié-collé: un art du montage ou la mise en pratique d’un principe tant cinématographique que poétique. Où tout devient un "événement visuel", une esthétique du fragment.
2- Ethiopia-Africa: celui qui en vient, celui qui n’y aborda pas, une Afrique fantôme et une Afrique fantasmée.
3- Impression d’Afrique: à l’origine du ready made duchampien et de l’objet scénique cointesque.
4- Moi aussi je fais mes affiches, comment l’affiche fait partie de la pièce, comme leurre.
5- L’atelier comme scène, la yacht de terre et le loft comme scène de vie. "Une fois les objets actés et validés sur scène, il peuvent être utilisés dans la vie".

Marie de Brugerolle est historienne de l’art et commissaire d'expositions. Elle est professeur à l'Ecole nationale des Beaux Arts de Lyon.

Erik BULLOT: Tableaux d'élocution
Peut-on parler d’un cinéma littéral, voire littéraire? À travers les relations entre la parole et sa répétition, le langage et son double, l’image et son miroir, Erik Bullot présentera quelques extraits de ses propres films (Le Singe de la lumière, Glossolalie, Tongue Twisters) en regard de l’hypothèse d’une poétique roussellienne du cinéma.

Erik Bullot est cinéaste et théoricien. Il a réalisé plus d’une vingtaine de films, à mi-chemin du film d’artiste et du cinéma expérimental, qui explorent les relations entre le cinéma et le langage. Il enseigne le cinéma à l’École nationale supérieure d’art de Bourges et dirige le post-diplôme Document et art contemporain à l’École européenne supérieure de l’image (Angoulême-Poitiers).
Il a publié récemment Renversements 1. Notes sur le cinéma (Paris Expérimental, 2009).

Jean-Louis CORNILLE: Ombres de Roussel
Qu’il existe un lien entre Georges Bataille et Pierre Klossowski n’apparaîtra certes pas comme une révélation, quand bien même ce lien est resté de nature profondément secrète: de quelle façon sournoise viendrait alors s’y mêler l’œuvre de Raymond Roussel sur laquelle ni l’un ni l’autre ne s’est jamais exprimé? C’est ce à quoi je voudrais ici tenter de répondre, en retraçant quelques étapes de la lecture que j’ai pu faire de certains de leurs livres. Car lire c’est lier. Il devrait dès lors apparaître que Roussel agit comme un "tiers" qui s’interpose non seulement entre Bataille et Klossowski, mais aussi entre nous et Bataille, entre Klossowski et nous. Voilà bien qui ferait de Roussel ce "pur esprit" qu’évoquait déjà l’auteur de Roberte ce soir.

Jean-Louis Cornille, né à Courtray, en Belgique, est professeur à l’Université du Cap (UCT), où il enseigne la littérature française depuis 1987.
Auteur de plusieurs ouvrages sur Rimbaud, sur Jarry, sur Céline, sur Bataille et sur Sartre, il vient de faire paraître Fin de Baudelaire (Hermann, 2010).


Helga FINTER: Théâtre et espace potentiel
L’œuvre de Raymond Roussel invente un théâtre nouveau qui anticipera par bien des aspects le théâtre postdramatique et de nouvelles formes de l’art comme l’installation ou le body art. Or Roussel pense aussi les enjeux de ces expériences en vue d’une économie du sujet: l’art et le théâtre sont en effet, selon lui, les lieux de la génération d’un espace potentiel ou intermédiaire (Winnicott) qui dramatise le rapport au corps et à son image, à la voix et au langage, ce rapport que les discours et le savoir de son époque suggèrent. Je discuterai — à partir des exemples choisis — comment l’écriture de Roussel formule ainsi une véritable éthique du théâtre et de l’art qui met en jeu la fonction anthropologique de l’espace potentiel du sujet et interpelle celui du lecteur ou spectateur. Ainsi je voudrais montrer que l’œuvre de Roussel répond par bien des aspects aux préoccupations actuelles dans ces domaines.

Helga Finter était de 1991 à 2011 professeur  d'esthétique et de théorie théâtrale à l’Institut d'études théâtrales de l’université de Giessen qu’elle a aussi dirigé jusqu’en 2002.
Elle a publié des livres sur la poésie futuriste italienne (1980), sur les utopies théâtrales de Mallarmé, Jarry, Roussel et Artaud (Der subjektive Raum, 2 vol, 1990 ; El espacio subjetivo, 2006) et a édité des ouvrages sur Bataille (Bataille lesen, 1992), le théâtre contemporain (Grenzgänge, 1998) et la théorie et la pratique de l’image après 9/11 (Das Reale und die (neuen) Bilder, 2008).
Elle a contribué à l’édition critique de Tout Jarry (Bouquins), ses articles sur Roussel en français sont parus dans Raymond Roussel (Cerisy, 1991), dans le programme pour l’opéra Impressions d’Afrique de G. Battistelli (Opéra du Rhin, 2002) et dans les Cahiers de l’AIEF (2004).


Pierre-Henry FRANGNE: Nature et fonction de l'œuvre d'art chez Raymond Roussel
Les artistes à l'œuvre font l'objet de nombreuses représentations dans les romans de Roussel. Peintres, poètes, musiciens sont ainsi saisis au travers de l'effort, souvent douloureux, du geste créatif. Cela constitue à l'évidence un discours esthétique dont cette communication va tenter de cerner le sens. Liquidation d'une esthétique classique? Inauguration d'une rupture avant-gardiste? C'est au cœur du chapitre 2 de Locus Solus, avec le célèbre passage de la hie, que nous essaierons de discuter cette question centrale.

Sjef HOUPPERMANS: D'un monument élevé à la gloire de la langue et des lettres françaises
Raymond Roussel était grand amateur d’encyclopédies et de dictionnaires. Son dictionnaire préféré – à côté du Larousse – était le Bescherelle. L’édition de 1846 (qui porte le titre "Dictionnaire national ou dictionnaire universel de la langue française") nous conduira au fond des arcanes rousselliennes. Sur ces terrains glissants où roulent les rrs, on partira de la lettre R pour honorer le nom propre. C’est l’aire du vin si l’on en croit la vignette initiale où le grand air se pare de pampre. Errons donc joyeusement parmi les rai(e)s et les roux. Le dictionnaire encyclopédique est un berceau, mais un berceau que Roussel traite volontiers avec désinvolture. C’est un art poétique.

Sjef Houppermans est professeur de lettres modernes à l’Université de Leiden (Pays-Bas).
Il a publié des livres sur Roussel, Proust, Beckett, Simon, Echenoz, Ollier, Camus et Robbe-Grillet.


Sozita GOUDOUNA
Sozita Goudouna est directrice artistique de Out of the Box Intermedia, éditeur associé de la revue universitaire Studies in Theatre and Performance (Intellect Publishing) et membre du comité éditorial de la section "Littérature contemporaine" des éditions Routledge, et de plusieurs revues universitaires. Elle a également été commissaire de différentes expositions à Londres (The Place London, The Royal Academy of Dramatic Art, The Institue of Contemporary Art) et à Athènes (The Byzantine Museum, The Benaki Museum...). Elle a soutenu à l’université de Londres (Royal Holloway) une thèse intitulée Mediated Breath : the Intersection of Critical Discourses in the Visual Arts and the Theatre. Elle a écrit deux livres (à paraître) et publié de nombreux articles sur l’éducation, le théâtre et les arts plastiques.

Jean-François JEANDILLOU: "Voir le point de vue": l'espace énonciatif des poèmes descriptifs
Il s’agira d’examiner le cadre énonciatif des poèmes descriptifs et de définir leur construction spatio-temporelle, entièrement gagée sur le point de vue d’un observateur extérieur. Comment les marqueurs linguistiques permettent-ils de structurer, du panoramique au gros plan, un discours à la fois continu et hiérarchisé? Dans quelle mesure l’anaphore (ou la simple contiguïté) contribue-t-elle à l’articulation situationnelle des divers plans de la scène représentée? De quelle façon les indicateurs de temporalité viennent-ils dynamiser la statique de ces arrêts sur image, qui semblent se développer à l’écart de toute chronologie?

Jean-François Jeandillou est professeur de Sciences du langage à l’Université Paris Ouest Nanterre (UMR 7114 MoDyCo).
Publications
"Roussel et la césure" (en collab. avec J. Wirtz), Semen n°19, 2004, pp. 159-178.
Effets de textes, Limoges, Lambert-Lucas, 2008.
"Contre-dire le vers : l’alexandrin de Roussel en Seine", l’Information grammaticale, n°121, 2009, pp. 53-58.


Toshihiro KOKUBU: L'autoportrait imaginaire: le paradoxe de l'écriture chez Raymond Roussel
Raymond Roussel aime "se représenter" dans ses œuvres. Des "auto-caricatures" dans les Textes-Genèse à la présence sporadique et mystérieuse du narrateur dans Impressions d’Afrique et Locus Solus, il semble tenir toujours à "se décrire" ou décrire celui qui écrit. Déjà dans Mon Âme, son premier texte de jeunesse, il décrit même le poète qui est en train de faire des vers dans son propre cerveau. Dans cette communication, nous allons tenter d’éclairer le paradoxe de l’écriture en examinant les divers aspects de cette "auto-représentation" du narrateur.

Professeur à l’Université Aoyama Gakuin (Tokyo), Docteur ès lettres de l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III (Thèse: "Le jeu du je chez Raymond Roussel", soutenue en 2002, sous la direction d’Henri Béhar).
Publications sur Roussel (entre autres)
"Raymond Roussel et les choses" [en japonais], Études françaises (Université Waseda), n°8, 2001.
"Le Je de Raymond Roussel" [en japonais], Études de langue et littérature françaises (Société japonaise de langue et littérature françaises), n°81, 2002.
Traducteur de la version japonaise de La poussière de soleils de Raymond Roussel, publiée chez Jinbun Shoin (Kyoto) en 2001.
En préparation: traduction de 53 jours de Georges Perec.


Inés LAITANO
Inés Laitano est originaire d'Argentine et vient d'obtenir un Master Hypermédia à l'Université Paris VIII. Elle collabore avec l'Équipe d'Écritures et Hypermédiations Numériques du Laboratoire Paragraphe et fait partie de l'Exploratoire Argentin de Poétiques/Politiques Technologiques Ludión à l'Université de Buenos Aires. En 2011, elle a conçu avec Hermes Salceda et Philippe Bootz une version hypermédia des Nouvelles Impressions d'Afrique qu'ils présenteront dans ce colloque.

Jean-Pierre MONTIER: Le référent photographique de Roussel au Nouveau Roman, ou la logique d'une "ontologie plate"
Raymond Roussel met en place une logique de la description minutieuse, notamment dans La Vue (voir Montier, Louvel, Méaux & Ortel, Littérature et Photographie, colloque de Cerisy 2007) dont il est aisé de constater qu'elle se retrouve chez les Nouveaux romanciers, et singulièrement dans un roman de Jean Ricardou publié aux éditions de Minuit en 1961, L'Observatoire de Cannes. Dans ces deux textes, et quoiqu'il n'y ait probablement pas de dérivation de l'un à l'autre, le paradigme photographique est à la fois déclaré et omniprésent. Notre hypothèse consistera à poser cependant qu'entre La Vue et L'Observatoire de Cannes, il est possible de trouver le fil ou le réseau d'un type d'écriture ou d'un modèle de mimesis déterminé par l'ontologie plate (voir Tristan Garcia, Forme et objets, un traité des choses, PUF, 2011) particulière à l'image photographique.

Michihiro NAGATA: Cornell et Roussel
L’objectif de la communication est de montrer la différence des mécanismes de la création entre Raymond Roussel et Joseph Cornell. Pour cela, nous avons comparé leurs œuvres sur les thèmes de la "collection" et du "scientisme". En ce qui concerne le deuxième thème, remarquons que Camille Flammarion a exercé une influence exclusive sur la formation des deux artistes. Seulement, leur acception de la théorie de Flammarion n’est pas la même: Cornell partage avec l’astronome une vision romantique et mythique, tandis que le scientisme de Roussel est plus rationnel, voire mécanique. Son opération consistant à joindre des objets sans recourir à quelque association d’idées recèle une certaine manipulation automatique, que l’on pourrait renvoyer à la "magie", terme utilisé par Leiris par rapport à la création roussellienne.

Docteur ès lettres à l’Université du Maine, Michihiro NAGATA est actuellement maître de conférence à l’Université d’Art et de Culture d’Oita (Japon).
Il a notamment publié "L’improbable théâtre de Raymond Roussel" (Histoires littéraires, n°36, 2009) et "De l’avant-texte à l’oeuvre, la parodie du savoir colonial chez Raymond Roussel" (La mise en texte des savoirs, Presses Universitaires de Strasbourg, 2010).

Susumu NIIJIMA: La voix des morts, des femmes et des machines
On entend souvent un son pointu ou une voix aiguë dans l’œuvre rousselienne, notamment la voix de fausset de Carmichaël, imitée ensuite par Talou, ainsi que l’ut produit par le char de Kalj et Méisdehl. Comment expliquer cette fascination pour les voix singulières? D’où vient-elle? A l’aide des travaux de Felicia Miller Frank, c’est ce que nous tenterons d’éclairer en examinant le rôle des voix mécaniques, angéliques et féminines chez Roussel.

Maître de conférence à l’université Keio (Japon), Susumu NIIJIMA enseigne le français et la littérature française depuis 2008. Traducteur, il a notamment publié la version japonaise de L’Etoile au front de Raymond Roussel. Il est par ailleurs l'un des fondateurs de la Société japonaise des études verniennes. Sa thèse de doctorat, Mesure et démesure chez Raymond Roussel, université de Rennes-II, a été soutenue en 2004.
Il a publié divers travaux sur Raymond Roussel dont "Une envie sur le front et l’étoile au front chez Raymond Roussel", Cahier d’études françaises (université Keio), n°10, 2005, pp. 81-94, et "Périodicité et superstition chez Raymond Roussel", Etudes de langue et littérature françaises (Société japonaise de langue et littérature françaises), n°88, 2006, pp. 88-100.


Christelle REGGIANI:
Le théâtre impossible de Raymond Roussel
Impossible, le théâtre de Roussel l’est sans doute au sens où il semble pratiquement injouable: "théâtre de phrases", comme le notait Laurent Jenny (dans La Terreur et les Signes), il peut apparaître comme une incarnation à la fois exemplaire et décalée du théâtre épique défini par Peter Szondi. Il s’agira d’interroger cette déconstruction de la mimesis théâtrale en la reliant à la pensée (et à la pratique) rousselliennes de la représentation – que des travaux récents de Jack Goody devraient permettre de reconsidérer dans une perspective anthropologique.

Christelle Reggiani est professeur de littérature française à l’université Charles de Gaulle-Lille III.
Publications
Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l’Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999;
Éloquence du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles, Genève, Droz, 2008;
L’Éternel et l’Éphémère. Temporalités dans l’œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Elle co-dirige avec Hermes Salceda la série Raymond Roussel de la Revue des lettres modernes (Lettres modernes-Minard).

Jean RICARDOU:
Roussel rime ailleurs
Cette contribution vise quatre objectifs.
Le premier, en guise d'introduction, consiste, après avoir noté qu'une œuvre représentative était d'autant plus vivace que ce qu'elle formule est ouvertement tributaire des façons de la formuler, à montrer que l'œuvre de Roussel fait, quant aux deux cardinaux mécanismes de la représentation, l'assemblage et l'ensemblage, preuve d'un extrémisme résolu.
Le deuxième consiste, s'agissant de l'ensemblage, à faire paraître que l'œuvre de Roussel offre les quatre occurrences majeures dont la rime est seulement l'une.
Le troisième consiste à faire saillir que ces quatre occurrences majeures reposent chacune sur l'emplacement et que c'est, fâcheusement, le concept d'emplacement qu'élimine ce qu'on nomme, à l'ordinaire, le procédé évolué.
La quatrième, en guise de conclusion, consiste à souligner, d'une façon plus générale, que, pour un écrivain, la théorie est, non un frein, mais une aide à la pratique.
(NB: Cette contribution relevant de la discipline appelée Textique, elle est astreinte à satisfaire trois exigences: la première, c'est de comporter diverses zones techniques; la deuxième, c'est de permettre à celles et ceux qui souhaitent s'en tenir aux résultats obtenus sans entendre ces passages spéciaux d'en être garantis; la troisième, en conséquence, c'est de fournir par écrit, au préalable, ces passages qu'il sera possible à chacun de lire, mais qui ne seront pas prononcés).

Jean Ricardou peut être défini, au plus bref, comme un écrivain ouvert à la théorie.
Ses études liées à l'œuvre de Raymond Roussel sont au nombre de cinq
"L'activité roussellienne", in Pour une théorie du Nouveau Roman, Seuil, 1971.
"Disparition élocutoire", préface à Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel, de Leonardo Sciascia, éditions de l'Herne, 1972.
"Le Nouveau Roman est-il roussellien", L'Arc n°68, Paris 1977.
"Le Non de Roussel", in Psychanalyse des Arts de l'image, Colloque de Cerisy, Clancier Guénaud Paris 1982 (réed. Hermann, 2012).
"Raymond Roussel? Un académisme démesuré", in Raymond Roussel: perversion classique ou invention moderne? Colloque de Cerisy, Presses Universitaires de Rennes, 1993.

Frank WAGNER: Comme en 14... Roman, romanesque et lisibilité: le cas Locus Solus
Dans Pour une esthétique de la réception, Hans Robert Jauss employait la notion d’écart esthétique pour désigner l’hiatus provoqué par l’apparition d’une œuvre neuve et anomique, transgressant l’horizon d’attente (en particulier générique) dominant, à une époque et dans un milieu donnés. En outre, le théoricien de l’Ecole de Constance valorisait clairement ces œuvres disruptives, dont le caractère hétérodoxe sinon iconoclaste générait de multiples "emplacements vides" (Leerstellen) où trouvait à s’investir l’activité du lecteur – au point de les élire comme emblème(s) du texte lisible.
La notion d’écart esthétique paraît remarquablement opératoire pour étudier l’œuvre littéraire de Raymond Roussel en général, ses romans en particulier, plus particulièrement encore Locus Solus. Il s’agira donc ici de proposer une relecture du roman-phare de Raymond Roussel, entre esthétique de la réception, poétique du récit et théorie de la lecture. Sur fond de nécessaire mais provisoire recontextualisation historique, l’objectif sera tout d’abord de tenter de cerner dans ce texte les frictions ou la mise en tension du roman et du romanesque. Les ressources conjointes des narratologies formelle et thématique devraient ainsi permettre de démontrer que, de façon somme toute paradoxale, l’atomisation du cadre générique provient en fait ici – la question du "Procédé" mise à part – en grande partie d’un phénomène de saturation romanesque. Ce constat impliquera alors l’examen de l’impact de ce "roman nouveau" sur le pôle de la réception, et ce dans une triple perspective: celle du lectorat historique (d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui), du Lecteur Modèle (Eco), du lecteur réel (Bloch, Picard, Jouve). Par-delà les condamnations comme les valorisations contingentes, il conviendra donc en dernier ressort, dans le sillage de la narratologie post-classique (Baroni), elle-même influencée par le cognitivisme, de s’efforcer de mettre au jour les enjeux anthropologiques d’un texte, et plus largement d’une œuvre, dont l’un des principes fondateurs consiste en l’agencement en un déconcertant porte-à-faux d’une multiplicité d’histoires.

Ilias YOCARIS:
Matrices stylistiques et configuration structurale des récits rousselliens
Dans cette communication, j’entends mener une réflexion approfondie sur les procédés stylistiques liés au déploiement de la narration dans certaines fictions rousselliennes. En quoi consiste la spécificité de ces procédés? Les récits "traditionnels" (exemplifiés de façon prototypique par les fictions "réalistes" du XIXe siècle) reposent sur des enchaînements linéaires (chrono)logiques qui orientent constitutivement la progression de la narration. Roussel, quant à lui, choisit systématiquement de briser ces enchaînements: dans ses romans, l’empaquetage des (macro)propositions et des séquences narratives découle du renvoi implicite à une série de matrices stylistiques dont elles constituent autant de développements. Je me propose d’analyser ce procédé à la lumière du concept riffaterrien de "matrice stylistique", mais aussi d’en éclairer la signification sur le plan philosophique en le confrontant à la théorie deleuzienne de la Différence.

Ilias Yocaris est maître de conférences en littérature française (Université de Nice).
Publications actuelles ou à venir
-"La machine abandonnée : bilan critique du formalisme ricardolien", in Ralph Sarkonak éd., Claude Simon 6, Paris, Minard/Les Lettres Modernes, à paraître.
"Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale", Semiotica, 181, pp. 283-312 (en collaboration avec David Zemmour), 2010.
"Towards a neo-formalist approach to literary texts : Roman Jakobson’s conceptual heritage", in Martin Procházka et al. éd., Prague School and theories of structure, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, coll. "Interfacing Science, Literature, and the Humanities", pp. 261-280, 2009.
"Qu’est-ce que le "style verbal" ?", Poétique, 160, pp. 417-442, 2009.
"Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification", Poétique, 154, pp. 225-248, 2009.


BIBLIOGRAPHIE :

Ginette Adamson, Le procédé de Raymond Roussel, Rodopi, Amsterdam, 1991.
Pierre Bazantay et Patrick Besnier, Raymond Roussel: Perversion classique ou invention moderne?, actes du colloque de Cerisy (1991), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1993.
Laurent Busine, Raymond Roussel, contemplator enim. Sur les Nouvelles Impressions d’Afrique, ouvrage orné de 59 illustrations d’Henri-Achille Zo, Bruxelles, La Lettre volée, 1995.
François Caradec, Vie de Raymond Roussel, Pauvert, 1972.
Mark Ford, Raymond Roussel and the Republic of Dreams, Londres, Faber, 2000.
Michel Foucault, Raymond Roussel, Paris, Gallimard, 1963.
Sjef Houppermans, Raymond Roussel, écriture et désir, Paris, José Corti, 1985.
Annie Le Brun, Vingt mille lieues sous les mots, Raymond Roussel, Paris, Fayard, 1994.
Michel Leiris, Roussel l'Ingénu, Fata Morgana, 1987.
Hermes Salceda y Gemma Andujar, Raymond Roussel: teoria y practica de la escritura. Con la traduccion de Textos embrionarios o Embriones textuales. Barcelone, Universitat Autonoma de Barcelona, 2002.

Série Roussel de la Revue des lettres modernes (Lettres modernes Minard), dirigée par Christelle Reggiani et Hermes Salceda: quatre volumes parus à ce jour: "Nouvelles impressions critiques" (2001), "Formes, images et figures du texte roussellien" (2004), "Musicalisation et théâtralisation du texte roussellien" (2007), "Réceptions et usages de l’œuvre de Roussel" (2010).

Sur la toile: L’article Raymond Roussel de Wikipedia contient quelques indications utiles sur la présence de Roussel sur le net.


Avec le soutien
de l’Université de Rennes 2 Haute Bretagne
(Conseil scientifique et CELAM),
du Conseil régional de Bretagne,
de Rennes Métropole
 et de l'Université de Lille 3



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