ARGUMENT :
Cherchant un axe fédérateur pour ce colloque qui doit rassembler
des chercheurs sandiens d’horizons divers, nous avons pensé qu’il
serait intéressant de partir d’un lieu commun de la critique: la prétendue
spontanéité de l’écriture sandienne. Comme Balzac, en
effet, George Sand a souvent été étiquetée par
une critique perfide comme "un des écrivains les plus féconds
du XIXème siècle". A rebours de ces caricatures, c’est donc
"George Sand au travail", dans son travail d’écrivain, que ce colloque
prendra pour objet. Il s’agit non seulement de réhabiliter George
Sand, mais aussi d’explorer ce territoire trop souvent négligé:
la poétique sandienne.
Notre parcours suivra les directions de recherche suivantes:
Genèses
On peut envisager la question génétique dans son acception
la plus stricte, c’est-à-dire comme étude des manuscrits.
On s’intéressera à l’étude des dossiers préparatoires
des œuvres, au travail de documentation et d’information mené au
préalable par l’écrivain. On inclura dans cette rubrique les
procédés de réécriture chez Sand, dont certains
romans, tels Lélia et Spiridion, existent en deux versions,
ainsi que les adaptations de romans pour la scène théâtrale
et autres translations génériques.
Le laboratoire d’écriture
Comment Sand écrit-elle? Quelles sont ses pratiques d’écriture
mais aussi quels sont ses imaginaires — de l’écriture et de l’écrivain?
Comment images et pratiques ont-il évolué au cours de sa longue
carrière? La correspondance nous offre quantité de pistes pour
répondre à ces questions que l’on pourra reprendre en suivant
les dialogues épistolaires qu’elle y mène avec ses pairs:
Sainte-Beuve, Balzac, Flaubert, Champfleury et quelques autres. Mais on peut
y suivre également, dans la polyphonie des dialogues qui s’y tiennent,
l’élaboration d’un roman particulier en en suivant tout le processus
d’écriture, de publication, de réception.
Le discours préfaciel
Affichant son refus de toute théorisation de la littérature,
George Sand a pourtant volontiers pratiqué ce discours de maîtrise
que constituent les préfaces. Sand a écrit trente huit préfaces
originales, trente neuf préfaces ou notices ultérieures et
trois préfaces générales pour les éditions d’œuvres
complètes. C’est dire l’importance de ces textes stratégiques
où l’écrivain propose le mode d’emploi de son œuvre. Il faut
ajouter à cela les nombreux articles critiques que Sand a consacrés
à ses contemporains.
Questions de genre
On s’intéressera à la manière propre qu’a George
Sand de pratiquer plusieurs genres (à l’exclusion de la poésie):
contes, nouvelles, lettres, journaux intimes, autobiographie, sans oublier
les romans, de toutes les sortes — intimes, lyriques, champêtres, réalistes.
Ce qui suppose de sa part une pratique transgénérique voire
parfois même intergénérique, qu’elle partage avec pas
mal de ses contemporains (Hugo, Vigny, Gautier, etc.).
Questions de style
Le "beau style" a souvent été nié à l’écrivain
par la critique de son temps. Sand serait un écrivain sans style,
qui, selon son propre aveu, écrit avec la même facilité
qu’elle fait un ourlet? Il s’agira donc, non seulement d’élaborer une
stylistique sandienne, mais aussi d’interroger la réflexion de George
Sand sur la langue et ses usages littéraires. Car, contrairement aux
idées reçues, nous avons affaire à un écrivain
qui s’est constamment posé la question du style.
Penser l’écrivain
Comment Sand a-t-elle pensé son statut d’écrivain en ce
"siècle révolutionné"? On étudiera la place,
ou plutôt, les places que George Sand a voulu occuper dans l’espace
littéraire de son temps. Agent actif de l’évolution des genres
littéraires — et parmi eux, bien sûr, du roman — elle a également
contribué à faire évoluer les pratiques qui régissent
la production littéraire. Cherchant d’autres rapports avec les critiques,
les éditeurs, le public…, c’est le statut de l’écrivain dans
l’espace social de son temps qu’elle a voulu reconsidérer, et peut-être
réinventer.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 1er juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mardi 2 juillet
Matin:
Brigitte DIAZ & Isabelle NAGINSKI: Introduction du colloque
Les genres en jeu
Yves CHASTAGNARET: Les hésitations génériques
dans les premières œuvres de George Sand
Françoise GENEVRAY: Adresse épistolaire et écrits
intimes: manipulations intergénériques autour des Lettres
d’un voyageur
Après-midi:
Formes de la fiction
Nathalie BUCHET-ROGERS: Aux limites du genre: séduction
et écriture dans Isidora
Pierre LAFORGUE: L’impossible clôture du roman sandien
Maryline LUKACHER: Grandeur et servitude du roman-feuilleton:
Consuelo
Samedi 3 juillet
Matin:
Identité, altérité
Janet BEIZER: Autonymies: François la Fraise et le nom
du corps
Marie-Claude SCHAPIRA: Entre dire et taire: la poétique
de la douleur dans l'œuvre sandienne
Marie-Claire VALLOIS: Ré-écrire la famille: hérésies
et merveilles sandiennes (1845-1855)
Après-midi:
Christine PLANTÉ: Le discours sur le roman dans le roman
Table Ronde : George Sand conteur, avec Marie-Cécile
LEVET (« La question est de savoir s’il y a des fées »
ou George Sand conteur), Sylvie VEYS (Du populaire au littéraire:
constantes et variations des Contes d'une grand-mère) et Merete
STISTRUP-JENSEN (Le fantasme de la voix et de la langue secrète
dans les Contes d’une grand-mère)
Dimanche 4 juillet
Matin:
Poétique de l'espace
Cathy NESCI: La flâneuse travestie: George Sand et la
polyphonie urbaine
Pascale AURAIX-JONCHIÈRE: Mythopoétique de l'espace
romanesque dans Lucrezia Floriani et Le Château des Désertes
Après-midi:
Réalismes sandiens
Roland LE HUENEN: George Sand et l’écriture du voyage
Nigel HARKNESS: « Ce marbre qui me monte jusqu’aux genoux
»: pétrification, frigidité et réalisme dans Lélia
(1833 et 1839)
Lundi 5 juillet
Matin:
Mythologies sandiennes
Béatrice DIDIER: George Sand et l'imaginaire de la musique
Isabelle NAGINSKI-HOOG: George Sand mythographe
Après-midi:
REPOS
Mardi 6 juillet
Matin:
Le laboratoire de l'écrivain
Annabelle REA: La Filleule, un roman "exclusivement
littéraire"
Françoise MASSARDIER-KENNEY: Valvèdre,
d'un manuscrit à l'autre
Jacinta WRIGHT: George Sand: théorie et pratique de l’intertextuel
Après-midi:
Le laboratoire de l'écrivain
José-Luis DIAZ: Un « écolier littéraire
» à la recherche de son identité (1831-1833)
Catherine MASSON: George Sand et « l’auto-adaptation »
de ses romans à la scène
Olivier BARA: George Sand et le renouveau du roman de comédiens:
fonctions de la représentation théâtrale dans la scène
romanesque
Mercredi 7 juillet
Matin:
Voix auctoriales
Brigitte DIAZ: "On ne changera pas un mot à
mon ouvrage": travail et présence de l’écrivain dans la correspondance
de George Sand
Damien ZANONE: La scène des préfaces: George
Sand et l'inspiration
Claire BAREL-MOISAN: Pour une poétique de l’adresse
au lecteur dans les préfaces et les fictions sandiennes
Après-midi:
Tradition et invention dans le roman sandien
Martine WATRELOT: Le Compagnon du Tour de France, entre
tradition et invention
Catherine MARIETTE-CLOT: Comment écrire l’histoire
du cœur ou le réalisme sentimental dans les romans de George
Sand
Jeudi 8 juillet
Matin:
Poétiques sandiennes
David POWELL: Entre Mozart et Beethoven: le style romanesque
de George Sand
Marie-Eve THÉRENTY: « Chaos » ou «
poétique éditoriale »? Les Œuvres complètes
de George Sand par Michel Lévy
Conclusions
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS