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DU LUNDI 2 AOÛT (19 H) AU JEUDI 12 AOÛT
(14 H) 2010
SAUSSURE ET LA PSYCHANALYSE
DIRECTION : Izabel VILELA
ARGUMENT :
Lire
Saussure comme Freud et ses successeurs ont lu Schreber?
Comme on lit Wolfson?
Ce "'mal' sous
les mots" sous-jacent à la biographie et aux
écrits de Saussure, au-delà de ses fantomatiques
anagrammes, interpelle à la fois les recherches
sur le langage et sur l’inconscient. Car "[le mal], ...
s’il attaque le moi et le corps, il s’en prend tout aussitôt
et du même coup à ce qui les conjoint ensemble:
le langage" (M. Pierssens, 1976). Si "tout dans la psychose
passe par le langage"(Gilles Deleuze, 1970), ce dernier, dans
ses rapports à l’inconscient — "normal" ou "pathologique"
— y est à la fois mobile, symptôme et antidote donnant
lieu à une paragrammaire qui rassemble patients, linguistes,
poètes, fous littéraires. Saussure en ce point
rencontre tout "un peuple de la parole": Mallarmé,
Proust, Wolfson, Schreber, Unica Zürn, Roussel, Brisset,
Artaud, Pichon, les patients "Z", "Renée" ... tous en
quelque sorte des "logophiles", "naufragés de l’alphabet",
dans la tourmente de la langue. Chez ces sujets en souffrance
de pensée et de langue, au rebours du temps et de toute
convention, l’accent est mis sur un attachement démesuré
aux mécanismes du langage, notamment sous ses aspects
formel et sonore, au détriment du sémantique.
Ici, langue et lalangue (Lacan), grammaire et paragrammaire,
normal et pathologique, psychanalyse et linguistique entretiennent
des rapports plus étroits qu’on ne peut souvent le
soupçonner...
Le présent
colloque invite, d’un côté, à réfléchir
sur Saussure vis-à-vis de l’œuvre de Freud
et Lacan, et souhaite, d’un autre côté, attirer
l’attention sur le drame inhérent à la biographie
de Ferdinand dont la souffrance est passible d’analogies
vis-à-vis d’autres "cas".
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi 2 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque, du séminaire
et des participants
Mardi 3 août
Matin:
Anne-Marie HOUDEBINE-GRAVAUD:
Freud et Saussure, linguistique et psychanalyse: une résistible
rencontre
Mareike WOLF-FEDIDA:
Le bilinguisme sur les traces de Saussure. Approche psychanalytique
et phénoménologique
Après-midi:
Anne-Gaëlle
TOUTAIN: La théorie de la psychose du psychanalyste
Alain Manier: une articulation inédite
entre linguistique et psychanalyse
Mercredi 4 août
Matin:
Marie JEJCIC: L’incidence politique du signifiant
lacanien
Chloé LAPLANTINE:
L'inconscient dans le langage: une sociation psychologique
inévitable et profonde
Après-midi:
Cécile MATHIEU:
Des mots à la pensée au Cours de linguistique
générale, rencontres et points de rupture
Anne-Marie HOUDEBINE-GRAVAUD:
Freud et Saussure, linguistique et psychanalyse: une résistible
rencontre (suite)
Jeudi 5 août
Matin:
Jacqueline ROUSSEAU-DUJARDIN: Au prix le plus
élevé
Après-midi:
Catherine CALECA:
Malaise dans la langue: quand notre langue devient étrangère
Gilles BOURLOT:
Genèse du signifiant: Lacan, lecteur de Freud et de
Saussure
Vendredi 6 août
Matin:
Claudine NORMAND
& Moustafa SAFOUAN: Différences, valeurs, négation:
peut-on encore en dire quelque chose?
Après-midi:
Alain LEMOSOF: Cliniques
de lalangue et de la langue maternelle
Maribel PENALVER VICEA:
Un soupçon de folie sur la partie "rationnelle" de l'œuvre de Saussure
Samedi 7 août
DÉTENTE
Dimanche 8 août
Matin:
Josette LARUE-TONDEUR:
Saussure et le personnage mythologique
Après-midi:
Michel ARRIVÉ:
La notion de "conscience de la langue" chez Ferdinand de Saussure
Lundi 9 août
Matin:
Josette LARUE-TONDEUR:
Saussure et les anagrammes
Après-midi:
Waldir BEIVIDAS:
Pulsion et affect: phénoménologie ou
sémiologie?
Mardi 10 août
Matin:
Claudie FRANGNE:
L'anagramme, le nom propre et l'incidence clinique de l'écrit:
de Saussure à Lacan
Après-midi:
Maria Eugenia URIBURU:
Comment lit-on Wolfson aujourd'hui?
Mercredi 11 août
Matin:
DÉTENTE
Après-midi:
Eliane Mara DA SILVEIRA: Le "point aveugle" saussurien
Jacques FOUSSET: Signifiant et division subjective
Jeudi 12 août
Matin:
Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Michel
ARRIVÉ: La notion de "conscience de la langue"
chez Ferdinand de Saussure
Le syntagme
"conscience de la langue" semble bien n’apparaître
qu’une fois dans ce qui est aujourd’hui connu
de Ferdinand de Saussure. Dans le Cours I
de 1907-1908, Riedlinger a noté: "La comparaison
aboutit à l’analyse et il <en> résulte
<des éléments qui sont perçus
par la conscience de la langue>, tantôt un radical,
tantôt un suffixe (p. 70).
Saussure examinait ce jour-là le
problème de la comparaison des séries
où se manifeste ce qu’il appellera plus tard
les "rapports associatifs". L’expression "conscience
de la langue" semble s’en trouver totalement éclairée:
selon le sens "objectif" du génitif, il
s’agit de la conscience qu’on a de la langue, on
étant ici le "sujet parlant". Le problème se
complique quand on s’avise que Saussure procède
au moins une fois à l’assimilation pure et simple de
"la langue" et du "sujet parlant", sous la forme du commentaire
parenthétique pleinement explicite "la langue
(c’est à dire le sujet parlant)" (ELG,
p. 39). Il faut, en ce point comme en beaucoup d’autres,
lire Saussure à la lettre: la langue, c’est bien le sujet
parlant. Si la langue est le sujet parlant, la "conscience de
la langue" prend alors nécessairement le sens "subjectif":
la langue dispose de la conscience. La visée de la communication
est de démêler les deux interprétations
apparemment opposées — objective et subjective — de la notion
de "conscience de la langue". L’opposition des deux sens en vient-elle
à se neutraliser? Pour mener cette enquête, on fera
intervenir en outre la notion saussurienne d'"inconscience". Et
on s’interrogera sur ses relations avec la notion, non nommée
chez Saussure, d’inconscient: est-il possible, à propos de
Saussure, de parler de l’"inconscient de la langue"?
Waldir BEIVIDAS: Pulsion et
affect: phénoménologie ou sémiologie?
Si l’on poursuit les discussions
les plus tranchées, chaudes et discordantes entre
les hypothèses lacaniennes et celles de André
Green, tout de suite on s’aperçoit que le pomme de discorde
n’est que le statut de l’affect dans la théorie
psychanalytique batie par Freud. Condamné par Green (Le
discours vivant, 1973) d’avoir banni, expulsé, conjuré
même l’affect de la théorie, la réponse de
Lacan à l’occasion s’est avérée trop timide
en se limitant à un plaidoyer pour le sérieux de
la recherche sur l’affect à partir de sa thèse de l’inconscient
structuré comme un langage (Télévision,
1974). Et les disciples de Lacan en général n’ont
pas su puiser de l’exortation lacanienne une heuristique plus intéressante
et conséquente. L’affect, tout comme la pulsion,
a été mis hors du langage, mais, à mon avis,
dans un discours flou, sans consistance théorique poussée
— comme "résistant" au langage, ... du côté
du "réel", ... du côté du corps, mais pas le corps
biologique et plutôt un soi disant corps érogène...
— et d’autres formulations semblables qui créent une spèce
de phénoménologie sui generis pour le
corps, mais qui ne convainquent pas absolument. Or, la réponse
de Lacan à Green a été, à mon avis, d’une
lucidité sans pair, même si les instruments pour le démontrer
à l’époque n’étaient pas facilement disponibles.
Ce n’est qu’avec les réflexions du Saussure des Ecrits
sur la force du facteur sémiologique du principe de l’arbitraire
du signe que l’on peut démontrer qu’une épistémologie
discursive peut rivaliser avec toutes les épistémologies
scientifiques et même avec la profonde épistémologie
philosophique pour donner à l’affect (et à la
pulsion) son statut vraimment langagier, en donnant suite et soutien
à la thèse lacanienne de l’affect structuré comme
langage.
Gilles
BOURLOT: Genèse du signifiant: Lacan, lecteur
de Freud et de Saussure
Il s'agira
de mettre au jour la matrice théorique à
partir de laquelle Lacan a progressivement créé
sa conception du signifiant. Celle-ci s'inscrit fondamentalement
dans une double filiation; d'une part, une lecture
de la théorie saussurienne du signe et, d'autre
part, une lecture de la théorie freudienne du mot. En
ce sens, nous soulignerons la place accordée à
la matière sonore dans la définition
du signifiant, dans la mesure où le sonore du langage
forme à la fois un point de jonction possible entre Freud
et de Saussure et une des spécificités radicales
du signifiant selon Lacan. Nous tenterons ainsi de suivre les
différentes étapes d'une conceptualisation théorique
qui touche au jeu du langage dans ses rapports à
l'inconscient et d'en souligner les implications cliniques.
Catherine CALECA: Malaise
dans la langue: quand notre langue devient étrangère
Que reste-t-il de notre compréhension
quand notre interlocuteur est incompréhensible?
Quels sont ces étranges dialogues où nous nous
perdons et où nous dérivons, accrochés
à quoi? Le plus souvent, jusque dans les atteintes les
plus graves de démence, nous avons remarqué la
persistance de ce que nous pouvons nommer un dialogue. Au cours
de nos recherches, nous avons pu noter que les difficultés
des uns n'étaient pas sans effet sur la psyché
des autres. Pascal Quignard nous en a donné un aperçu
dans son récit magistral "le nom sur le bout de la langue".
Nous nous interrogerons sur les effets de ces échanges,
que ce soit sur les sujets malades ou sur ceux que nous décrirons
rapidement comme les locuteurs sans problèmes.
Claudie
FRANGNE: L'anagramme, le nom propre et l'incidence
clinique de l'écrit: de Saussure à Lacan
Au point de
départ de notre réflexion, un cas clinique
dont on tentera de déplier le cadre théorique
qui lui donne valeur paradigmatique: il s’agit d’un cas
de phobie rapporté par R. Tostain, dans lequel le signifiant
phobique est une forme anagrammatisée du nom propre
(insu) du père. On y voit comment l’inconscient se
saisit d’un jeu de lettres propre à réinscrire
le nom au travers du signifiant. De façon très saussurienne,
de ce jeu littéral tout le texte du patient découle.
Un passage par les textes saussuriens sur l’anagramme vient
indirectement éclairer le cas — lequel invite à
aller au-delà du séminaire IV de Lacan (La relation
d’objet) qui envisage la phobie du "petit Hans" en privilégiant
le niveau de la métaphore, et à regarder du côté
des théorisations de Lacan en 75: non seulement le signifiant
phobique se forme par diffraction littérale du nom
propre (la significantisation prend appui sur le nom) mais quelque
chose s’entend dans le signifiant phobique du jouir des mots
de lalangue qui désignent la jouissance. Le cas marque le
retour, sous une forme propre à la phobie d’un principe
de nomination, ineffaçable, lié à la fonction
paternelle. On sait depuis l’analyse freudienne du travail du rêve
que l’inconscient condense et vient à traiter le mot comme
une chose mais au-delà le cas permet d’interroger l’articulation
lacanienne entre métaphore et nomination. Il pose aussi
la question du symptôme dans son lien à l’écriture.
Anne-Marie HOUDEBINE-GRAVAUD: Freud et Saussure, linguistique
et psychanalyse: une résistible rencontre
En s’interdisant toute "psychanalyse appliquée" malgré
le Léonard de Vinci de Freud ou les fulgurances de Colette Soler
sur Rousseau et Joyce (après Lacan) — encore qu’on pourrait quasiment
plagier son opposition Rousseau/Joyce (le symbole/le symptôme),
par celle de Freud/Saussure, on repérera dans un premier temps
les voisinages, voire les convergences entre ces auteurs ; par exemple
leur souci de méthode, leur ambition scientifique, leurs "objets"
proches (langage, culture, insu) ; mais aussi leur "impossible rencontre"
tant leur singularité et leur solitude de découvreur s’expriment
différemment, conquérante chez l’un, hésitante
chez l’autre non moins inventeur pourtant (corps, sujet sont alors en
cause).
Ces termes amèneront dans un second temps à s’intéresser
à la "résistible rencontre" entre linguistique et psychanalyse
(de l’évitement scientiste ou énonciatif s’enivrant du
formel, ou sujet intentionnel, à celui du "plaisir du texte")
; cela bien que toujours l’objet travaillé soit celui qui "regarde"
le sujet (cette fois pris au sens non du moi mais du sujet désirant
ou "sujet de l’inconscient").
Chloé LAPLANTINE: L'inconscient
dans le langage: une sociation psychologique
inévitable et profonde
Saussure propose de penser le fonctionnement
hypogrammatique du discours, qu’il redécouvre immanquablement
dans chaque poème ou morceau de prose latine qu’il
observe, comme une "sociation psychologique inévitable
et profonde". Il définit alors l’hypogramme comme "l’accompagnement
habituel, pour tout Latin qui prenait la plume, de la forme qu’il
donnait à sa pensée". L’hypogramme n’apparaît
plus alors à Saussure comme un "casse-tête", une démarche
technique consciente qui se limiterait au "langage poétique",
mais comme une pratique inconsciente, inhérente à
l’exercice du discours pour tout latin. Saussure découvre
ainsi quelque chose de comparable pour le langage à ce que
Marcel Mauss découvre pour le corps en tant que pratique sociale
dans "Les techniques du corps" (1934). Dans cette communication, je
tâcherai de mettre en lumière cette pensée chez
Saussure d’un inconscient dans le langage comme "sociation psychologique
inévitable et profonde", dans les textes relatifs à l’hypogramme
et d’autres, et d’en montrer l’enjeu.
Josette LARUE-TONDEUR:
Saussure et les anagrammes
Saussure a manifesté
quelques réticences envers les forces obscures
du psychisme en arrêtant ses recherches sur les
anagrammes parce qu’il s’était rendu compte que ces
mots sous-jacents, s’ils existaient, étaient involontaires.
Pourtant ce travail révèle qu’il avait l’intuition
du primat du signifiant, cher à Lacan, qui s’affirme
en psychanalyse et en poésie. Le symbolisme phonétique,
encore abordé avec méfiance, mérite toute
l’attention des linguistes. Il serait dommage d’écarter
ce problème délicat sous prétexte de scientificité
alors qu’il recèle probablement l’une des clés essentielles
au fonctionnement de la parole, qui n’échappe guère
à l’affectivité. Si les phonèmes sont dépourvus
de sens dans la langue, ils en véhiculent dans la parole.
Références
bibliographiques :
Arrivé Michel,
Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient
(1994, 1ère éd. PUF, Paris ; 2005, Ed. Lambert-Lucas,
Limoges, 266p.)
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1958, "Le symbolisme des voyelles, signification
des i", Journal de Psychologie, n°55 : 403-423
et 461-481.
Chastaing Maxime,
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Linguisticum, n°14, p.1-13)
Chevalier Jean
et Gheerbrant Alain, Dictionnaire des symboles
(1997, Ed. Laffont, Paris, 1060 p.)
Damourette et Pichon,
Des mots à la pensée. Essai de grammaire
de la langue française (1930 tome I & 1943 tome
VI, d’Artrey, cité par M. Arrivé 2005a)
Fónagy Ivan,
La vive Voix (1983, Ed. Payot, Paris, préface
de Jakobson, 346p.)
Guiraud Pierre,
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(1967, Ed. Larousse, Paris ; 1986, Ed. Payot, Paris, 278
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Guiraud Pierre,
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(1982, Ed. Payot, Paris, 522 p.)
Humboldt (von)
Wilhelm, Introduction à l’œuvre sur le kavi
(1836, Über die Verschiedenheit des menschlichen
Sprachbaus und seinen Einfluss auf die geistige Entwicklung
des Menschengeschlechts, traduit en français
par Pierre Caussat, 1974, Paris, Seuil, 444 p.)
Jeandillou Jean-François,
L’Analyse textuelle (1997, Ed. Armand Colin,
Paris, 192 p.)
Lacan Jacques,
Ecrits (1966, Ed. du Seuil, Paris, 924p.)
Lacan, Autres
écrits (2001, Ed. du Seuil, Paris, 609 p.)
Monneret Philippe,
Le Sens du signifiant (2003, Ed. Honoré Champion,
Paris, 261p.)
Josette
LARUE-TONDEUR: Saussure et le personnage mythologique
L’homme invente
des mythes en fonction de l’ambivalence de son inconscient.
Le personnage mythologique est d’une plasticité telle
qu’il peut jouer un rôle ou son inverse, il est comme un
signe linguistique organisé autour du vide par union et désunion
de traits. C’est ce qu’a montré Saussure à
propos des légendes. Le mythe lui-même peut
se métamorphoser en sa variante inverse. L’organisation
des parallélismes et inversions des légendes
mythologiques, mise en évidence par Levi-Strauss,
semble refléter l’ambivalence du psychisme. Les mythes
présentent des "points de capiton", selon la métaphore
lacanienne, c’est-à-dire des lieux du texte où
l’inconscient affleure. Ils révèlent le fonctionnement
ambivalent du psychisme et en même temps satisfont
ses besoins profonds, ce qui explique le plaisir et l’émotion
esthétique qu’ils suscitent. L’anthropomorphisme
mythologique représente souvent des éléments
ambivalents, c’est-à-dire qui manifestent des tendances
opposées, telles que l’androgynie ou la jalousie
(où l’on peut détecter l’amour et la haine). Les
dieux de la mythologie étaient nécessairement
ambivalents par leur caractère symbolique: dans la langue
comme dans l’imaginaire, la même structure à
pôles opposés fournit aux forces psychiques obscures
caractérisées par l’ambivalence la possibilité
d’y infiltrer leurs représentations symboliques.
Références
bibliographiques :
Arrivé Michel,
A la Recherche de Ferdinand de Saussure (2007
, Ed. PUF, Paris, 230p.)
Ferenczi Sandor,
Psychanalyse I (1908-1912 ; 1968, Ed. Payot,
Paris, traduit par J. Dupont avec la collaboration de
Ph. Garnier, préface du Dr Michaël Balint,
266 p.)
Ferenczi Sandor,
Psychanalyse II (1913-1919 ; 1970, Ed. Payot,
Paris, traduit par J. Dupont et M. Viliker avec la collaboration
de Ph. Garnier, préface du Dr M. Balint, 358
p.)
Grimal Pierre,
Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine
(1951, Ed. PUF, Paris ; 6ème éd. PUF 1979,
576p.)
Lacan Jacques,
Ecrits (1966, Ed. du Seuil, Paris, 924p.)
Lévi-Strauss
Claude, Anthropologie structurale (1958 ; 2003,
Ed. Pocket, Paris, 446 p.)
Lévi-Strauss
Claude, Des Symboles et leurs doubles (1989,
Ed. Plon, Paris, 270 p.)
Levi-Strauss Claude,
"L’homme nu", in Mythologiques IV (1971, Ed.
Plon, Paris, 688 p.)
Vernant Jean-Pierre,
L’univers Les dieux Les hommes (1999, Ed. du
Seuil, Paris, 250 p.)
Alain LEMOSOF:
Cliniques de lalangue et de la langue maternelle
La langue maternelle
peut être comme l'amour: la plus merveilleuse
comme la plus tragique des aliénations subjectives.
Dans lalangue comme dans l'amour, la jouissance
est toujours en question. Quand cette dernière submerge
les capacités de représentation du sujet,
du fait de son histoire singulière et/ou de l'Histoire
collective, il construit des digues plus ou moins efficaces
pour se maintenir dans son existence. On tentera d'en rendre
compte à partir de différents éléments
cliniques. Parallèlement, on interrogera cette notion
de jouissance, qui prit de plus en plus d'importance et de
développements dans l'élaboration de Lacan,
comme constituant une limite entre le champ de la psychanalyse
et celui de la linguistique.
Cécile MATHIEU:
Des mots à la pensée au Cours de linguistique
générale, rencontres et points de
rupture
En 1911, alors que Ferdinand de
Saussure achève son troisième cours de
linguistique générale, Jacques Damourette et
Édouard Pichon entament l’élaboration d’une
grammaire de la langue française (Des mots à
la pensée. Essai d’une grammaire de la langue française).
Celle-ci se fonde sur le postulat selon lequel l’étude
de la structure grammaticale d’une langue, "qui baigne en grande
partie dans l’inconscient", permettrait d’accéder à
la pensée inconsciente d’une nation. Les deux linguistes
qui ont lu le Cours de linguistique générale
le citent dès les premières lignes de leur grammaire pour
contester la définition saussurienne du langage, envisagé
comme un fait social. Pour ces deux linguistes français, le
langage doit être avant tout considéré sous
son angle psychologique, c’est-à-dire comme la meilleure voie
d’accès à l’inconscient. Bien qu’affirmant à
plusieurs reprises leurs divergences de points de vue par rapport
au Maitre genevois, nombreuses sont les réflexions qui,
au lieu de se contredire, semblent pouvoir se compléter. Jacques
Lacan, élève de Pichon, aura su se servir du travail
de chacun et alimenter sa réflexion pour établir
à son tour une théorie de l’inconscient qu’il annonce
être "structuré comme un langage". Nous nous proposons,
au sein de notre communication, de revenir sur ces divergences
annoncées par Damourette et Pichon, d’en examiner la réelle
portée et d’observer comment deux théories qui
semblent opposées ont pu alimenter, l’une et l’autre, la réflexion
psychanalytique lacanienne.
Claudine NORMAND
& Moustafa SAFOUAN: Différences, valeurs,
négation: peut-on encore en dire quelque chose?
Ce travail se propose
d'interroger la terminologie saussurienne (et donc
aussi sa théorie) sur deux points, à propos
de la définition de l'entité linguistique:
l'équivalence posée entre différence
et valeur ; la portée de l'adjectif négatif
associé à différence sous la forme emphatique
"différences éternellement négatives",
qui insiste dans les manuscrits de 1891 (retrouvés
en 1996 et publiés sous le titre Ecrits de linguistique
générale).
Partant de la difficulté
soulevée par cet axiome qui semble ne garder
du phénomène linguistique que la dimension
formelle de la structure sans prendre en compte sa dimension
anthropologique, l'hypothèse est que la théorie
lacanienne, qui a repris à Saussure le concept de "différence"
et l'a développé par le "trait unaire", peut nous
éclairer sur les deux modes d'être du langage.
On s'appuiera en particulier sur la thèse récente
d'Estanislao Sofia (Problème de la définition
par Saussure des entités linguistiques) et sur certains
chapitres du dernier ouvrage de Mustapha Safouan (Le langage
ordinaire et la différence sexuelle, Odile Jacob 2009).
Maribel PENALVER VICEA: Un soupçon
de folie sur la partie "rationnelle" de l'œuvre de Saussure
C'est, pour certains, l’ensemble de l'œuvre de Saussure qui
relève de la folie. Michel Pierssens pose explicitement,
en 1979, que "d'une certaine façon, ce qui devient fou,
chez Saussure, c’est sa science". Des propos du même type
sont évoqués par Pierssens dans Recherches
intitulé « les deux Saussure » et repris dans La
Tour de babil. Si Michel Deguy souligne "La folie de Saussure",
Roland Barthes trouvera cette maladie dans ses délires auditifs,
Saussure étant obsédé par l’écoute anagrammatique
des vers anciens. Françoise Gadet et Michel Pêcheux
parlent dans La langue introuvable de l’"obscure folie du décryptage".
À tout cela, il faut ajouter que Saussure apparaît
dans le livre de Blavier sur Les fous littéraires.
La duplicité dans l'œuvre de Saussure a été souvent
réitérée. Il y aurait chez lui un chercheur
raisonnable du CLG et un herméneute fou, celui des
anagrammes. Les avis diffèrent (À la recherche
de Ferdinand de Saussure, Michel Arrivé). Si "Les deux
Saussure" existent, certaines positions théoriques invitent
à le contester. À partir de là, deux questions
pourraient se poser: 1) Est-il légitime d'établir
une frontière entre deux (ou plusieurs) parties de l'œuvre
de Saussure?; 2) Comment s'explique l'extension du soupçon
de folie à la partie apparemment la plus "rationnelle et raisonnable"
(la recherche linguistique) de l'œuvre de Saussure?
Anne-Gaëlle
TOUTAIN: La théorie de la psychose du psychanalyste
Alain Manier: une articulation inédite
entre linguistique et psychanalyse
Nous tentons,
dans cette communication consacrée à
la théorie de la psychose du psychanalyste Alain
Manier dans sa dimension de théorie faisant fond
sur la théorisation saussurienne de la langue, de
mettre en lumière les conditions d’une réelle
articulation entre linguistique et psychanalyse. Celles-ci,
à la lumière récurrente des théories
de Saussure et de Manier, nous semblent être, d’une
part, une théorisation de la langue, constitutive
d’un point de vue spécifiquement linguistique
et d’un objet objectivable pour d’autres sciences — c’est
l’œuvre, selon nous, du linguiste Saussure —, et, d’autre part,
une utilisation véritable de cette théorisation,
d’un point de vue autre, et rigoureusement constitué
dans son altérité, le point de vue psychanalytique,
qui permet d’en révéler et d’en déployer
les enjeux pour le langage. Cette utilisation fait l’originalité
de la théorie de Manier. Le dessein de Saussure d’ordonner
le champ du langage, repris sur un plan objectal — et de
manière imaginaire — par les structuralistes, prend
ainsi corps et réalité.
Références
bibliographiques :
ARRIVE,
Michel, Linguistique et psychanalyse : Freud,
Saussure, Hjelmslev, Lacan et les autres, Méridiens-Klincksieck,
Paris, 1986.
ARRIVE,
Michel, Langage et psychanalyse, linguistique
et inconscient. Freud, Saussure, Pichon, Lacan,
Lambert-Lucas, Limoges, 2006.
JAKOBSON,
Roman, Essais de linguistique générale,
1- Les fondations du langage, Éditions
de Minuit, Paris, 1963 [2003].
MANIER,
Alain, « “Ce fait en quelque sorte mystérieux”
», in Psychanalystes, Revue du Collège
de Psychanalystes, n°22, p. 113-129, Paris,
1987.
MANIER,
Alain, Le Jour où l’espace a coupé le
temps, Étiologie et clinique de la psychose,
La Tempérance, Plancoët, 1995 (réédition
Diabase, Plancoët, 2006).
MANIER,
Alain, « Le psychotique, Saussure et le psychanalyste
», in Bouquet, Simon (dir.), Saussure,
Cahiers de L’Herne, 2003.
MILNER,
Jean-Claude, Le Périple structural,
Seuil, Paris, 1989.
SAUSSURE,
Ferdinand (de), Cours de linguistique générale,
Payot, Paris, 1922 [1995].
SAUSSURE,
Ferdinand (de), Cours de linguistique générale,
Otto Harrassowitz, Wiesbaden, 1967/1974.
SAUSSURE,
Ferdinand (de), Premier Cours de linguistique
générale (1907), d’après les
cahiers d’Albert Riedlinger, Pergamon, Oxford,
New York, Séoul, Tokyo, 1996.
SAUSSURE,
Ferdinand (de), Deuxième Cours de linguistique
générale (1908-1909), d’après
les cahiers d’Albert Riedlinger et Charles Patois,
Pergamon, Oxford, New York, Tokyo, 1997.
SAUSSURE,
Ferdinand (de), Ecrits de linguistique générale,
Gallimard, Paris, 2002.
SAUSSURE,
Ferdinand (de) & CONSTANTIN, Emile, « Ferdinand
de Saussure : Notes préparatoires pour le cours
de linguistique générale 1910-1911, Emile
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2005.
Maria Eugenia URIBURU: Comment lit-on Wolfson aujourd'hui?
Dans Le schizo et les langues (Gallimard 1970), Louis
Wolfson créa (entre autres) un procédé de traduction
poly-linguistique afin de se protéger de sa langue maternelle:
l'anglais. D'abord, il pensa que son livre pouvait attirer les savants
de langues, mais très tôt il regrettera être lu tel
qu'"une monstruosité qui intéresserait les psychiatres avec
leurs théories de complexes oedipien, d'instinct de mort... plutôt
que les linguistes" (p. 259). Certes, il ne sera pas le seul à
le regretter.
Il s’agira de réviser les dérives pathologisantes
de quelques lectures psychanalytiques sur le cas Wolfson, pour nous
avancer vers une possible réflexion psychanalytique du "cas Saussure".
Mareike WOLF-FEDIDA:
Le bilinguisme sur les traces de Saussure. Approche psychanalytique
et phénoménologique
En considérant
le bilinguisme sous l'angle du symptôme en
psychopathologie, il est possible d'établir un parallèle
avec la distinction de F. de Saussure entre langue et langage
"où les deux parties du signe sont également psychiques"
(CLG p. 32 et 104). Saussure encourage explicitement le psychologue
"à déterminer la place exacte de la sémiologie",
alors que les linguistes en général rejettent
tout renvoi à la psychologie. Cependant le bilinguisme
se situe des deux côtés, de la langue et du langage,
permettant d’explorer l'ouverture à la sémantique
comme ouverture vers le monde (cf. Benveniste, S et L, p. 21).
Cette expérience est à la fois sémiologique
et phénoménologique comme le suggère Benveniste
à plusieurs endroits.
(présentation de
notre équipe de recherche, qui travaille depuis
plusieurs années sur ce sujet, et des résultats
de nos travaux)
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