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DU JEUDI 25 AOÛT (19 H) AU JEUDI 1er
SEPTEMBRE (14 H) 2011
STANISLAS BRETON : PHILOSOPHIE ET MYSTIQUE
DIRECTION : Jérôme de GRAMONT, Jean GREISCH,
Marie-Odile MÉTRAL
ARGUMENT :
Chaque œuvre est singulière. Celle de Stanislas
Breton (1912-2005), philosophe et religieux passioniste,
l’est autant par le détail de ce qu’elle avance
que par le rassemblement de ses thèses et le croisement
de ses questions. "La théologie est une science,
mais en même temps combien est-ce de sciences?"
demandait en son temps Pascal. Cela vaut aussi pour la mystique
qui est au cœur de la pensée de Breton: combien
de chemins pour le transit de l’âme? Et bien sûr
pour la philosophie: combien d’approches (métaphysiques,
phénoménologiques, politiques) de l’idée
d’être ou d’être au monde? L’espace de la pensée
est celui d’une diversité de chemins et de thèses
qui pourtant n’est pas dispersion. Le montrer suppose de
faire se rencontrer le lointain et le proche, que nous les
déclinions selon l’espace (l’Occident et son ailleurs
qu’est l’Orient) ou selon le temps (le contemporain et son passé
grec, ou néoplatonicien), comme il suppose aussi de rapprocher
la logique et ce qui excède notre logos. C’est ainsi exposer
la philosophie aux ressources de la mystique.
Le
colloque se propose d’explorer avec Stanislas Breton
quelques-uns des carrefours centraux, aussi bien anciens
que modernes, orientaux aussi bien qu’occidentaux,
où philosophes et mystiques, tout en habitant
des lieux différents, n’ont cessé de se
rencontrer et de s’interpeller pour penser plus et autrement.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 25 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques
et des participants
Vendredi 26 août
Matin:
Jérôme de GRAMONT, Jean GREISCH &
Marie-Odile MÉTRAL: Introduction
Métaphysique et Mystique. Stanislas Breton
sur les traces des mystiques
Philippe
CAPELLE-DUMONT: Métaphysique et mystique
chez Stanislas Breton
Après-midi:
Laurent LAVAUD: La demeure et la dispersion:
deux figures opposées de la mystique?
Marie-Odile MÉTRAL: Etre-dans
et être-vers et mystique du Carmel
Samedi 27 août
L’Un au-delà de l’être.
Les voies de la théologie négative
Matin:
Jean GREISCH: Les aventures de l'instinct de grandeur. Le sublime
surinien
Jean LECLERCQ: "La structure
interne de l'immanence": sur Michel Henry et Maître
Eckhart
Après-midi:
William
FRANKE: Le commencement et la fin de la philosophie dans
le mysticisme apophatique: de Platon au postmodernisme
Nicolas MONSEU: Stanislas Breton
et Jean Ladrière face au problème
mystique
Dimanche 28 août
Nos Orientaux et leurs Occidentaux:
la mystique au carrefour des religions et des
philosophies
Matin:
Joseph O’LEARY:
Stanislas Breton, lecteur de Nagarjuna
Yasuhiko SUGIMURA: L'herméneutique
du soi s'auto-éveillant selon "l'Ecole
de Kyoto". Le mysticisme "évidé"?
Après-midi:
Emmanuel
GABELLIERI: Vide et Kénose, de Simone Weil à
Stanislas Breton
Lundi 29 août
Fables mystiques. Mystiques modernes
et postmodernes
Matin:
Jacqueline
LAGRÉE: Stanislas Breton et Spinoza: une mystique
sans mystère
Hubert FAES:
Mystique et politique
Après-midi:
DÉTENTE
Mardi 30 août
Itinéraires et errances
mystiques
Matin:
Françoise B. TODOROVITCH:
L’intervention analytique dans la trajectoire du désir
mystique
Jean-Claude ESLIN: Michel de
Certeau, culture et spiritualité
Après-midi:
Imaginaire et mystique, table
ronde animée par Henri-Jacques STIKER,
avec Martine MÉHEUT, Bernard
SESÉ (Aspects du bestiaire mystique selon
Thérèse d'Avila) et Ghislain WATERLOT
Mercredi 31 août
Phénoménologie et
mystique
Matin:
Jérôme de GRAMONT:
L’ange phénoménologue (variations récréatives)
Emmanuel FALQUE: Demeurer,
Habiter, Naître, Enfanter
Après-midi:
Carla CANULLO:
Etre-dans, être-vers: fonction-méta et critique de
la mystique dans L’étoile de la rédemption
de Franz Rosenzweig
Jean-François
LAVIGNE: Expérience mystique et théologie
de la Croix. Approche de quelques figures contemporaines
Yumi SUGIRUMA: Ballade d'un rêveur
Jeudi 1er septembre
Matin:
Jean GREISCH:
"Dieu sans hauteur": le rendez-vous de la Croix
Jérôme de GRAMONT: Conclusion du colloque
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Carla CANULLO: Etre-dans,
être-vers: fonction-méta et critique de la
mystique dans L’étoile de la rédemption de
Franz Rosenzweig
"L'homme qui n’est qu’aimé
par Dieu est irrémédiablement fermé
au monde et renfermé soi-même. Le trait qui fait
que la mystique est sentiment naturel aussi bien inquiétante
qu’objectivement préjudiciable, c’est que pour le
mystique elle devient une sorte de manteau de l’invisibilité
telle que celui de Gygès". Ces mots ouvrent les pages d’après
lesquelles, dans L'Étoile de la Rédemption,
Rosenzweig critique aussi bien la mystique que l'homme mystique.
Et pourtant, dans l’ouvrage du philosophe allemand, même
la "fonction-méta" joue un rôle décisif, notamment
dans la première partie. Le but de notre contribution sera
de voir comment, chez Rosenzweig, ce "méta" peut être
interprété dans le sens proposé par Breton,
c’est-à-dire en tant que fonction d’orientation "dans" et
"vers", voire dans le sens d’un double "se transcender". Dès
lors, la question qui sera posée sera "quelle mystique?",
tout en cherchant à relire le "(se) transcender" se soustrayant
au sens de mystique critiqué par le philosophe allemand par
celui ouvert par la pensée de Breton.
Carla Canullo est professeur
à l’Université de Macerata (Italie). Ses recherches portent
sur la philosophie française de Jean Nabert ainsi
que sur la phénoménologie française
contemporaine. Elle s’est occupée de l’herméneutique
de Paul Ricoeur et Jean Greisch, cherchant aussi à déployer
les puissances de la "fonction – méta". Parmi ses publications:
La fenomenologia rovesciata. Percorsi tentati in Jean-Luc
Marion, Michel Henry et Jean-Louis Chrétien (Rosenberg,
Torino 2004) ; L’estasi della speranza. Ai margini del pensiero
di Jean Nabert (Cittadella, Assisi 2005), ainsi que plusieurs articles
consacrés à la philosophie française.
Philippe CAPELLE-DUMONT: Métaphysique
et mystique chez Stanislas Breton
Cette conférence introductive
se propose d’examiner comment le mode d’articulation entre
philosophie et théologie qui définit explicitement
et selon des délimitations rigoureuses, le chemin de
pensée original de Stanislas Breton, prend essentiellement
corps dans la quête "métaphysique" et la pensée
de la "mystique". Prenant appui sur les lexiques différenciés
de l’auteur, elle s’emploiera à dégager quelques
traits principaux d’une pensée de l’esse in et
de l’esse ad, inquiète de l’Un et de l’autre, tendue
vers le Principe et le vide, exposée à l’agir politique
et entée sur le dire poétique.
Jean-Claude ESLIN: Michel de Certeau, culture et spiritualité
Crise sociale et réformisme spirituel: sous cet unique
intitulé, je voudrais réunir ce qui a aimanté les
travaux historiques de Michel de Certeau sur le XVIIe siècle,
d'une part, les enquêtes qu'il a menées et, d'autre part,
la façon dont lui-même s'est situé dans la crise
religieuse et sociale des années 1960-1986, façon jugée
parfois téméraire. Il lui paraissait impossible de séparer
les mouvements spirituels des ébranlements sociaux qui les suscitent
ou les accompagnent. Chaque fois s'ensuivent des déplacements effectifs
qui ne laissent pas les hommes indemnes. Dans cette ligne, il a été
amené à interroger le "croire", c'est-à-dire non seulement
le croire religieux, mais aussi le croire social, fondement de la communication
sociale, qui ne cesse de poser la question de l'autre.
Michel de Certeau, La faiblesse de croire,
Seuil, 1987.
Michel de Certeau, "Une pratique sociale de la différence:
croire", in Faire croire, Modalités de la diffusion et de
la réception des messages religieux du XIIe au XVe siècle,
Ecole française de Rome, 1981.
Hubert
FAES: Mystique et politique
Aux yeux
de Stanislas Breton, le mystique a tout autant sa place
dans la politique que dans la religion. Il permet de
comprendre une affinité du politique et du religieux
qui ne passe pas par la morale. Cette affinité repose
sur "l'intrusion du rien dans l'économie de l'humain".
Sur cette base, le mystique est un principe de justice qui
lie à l'existence de ceux qui n'ont rien et ne sont rien,
et à ceux qui sont victimes de la négation totale
de leur humanité. Il conduit à une interprétation
radicale de la démocratie et des droits de l'homme
et s'oppose à la compréhension, tant de la religion
que de la politique, dans les termes monistes de la totalisation
et de l'unité impérative.
Hubert
FAES, docteur d'État en philosophie (Paris
I), est professeur à la Faculté de philosophie
de l'Institut Catholique de Paris, directeur du Laboratoire
d'Anthropologie philosophique et de philosophie pratique,
et du Centre d'études Stanislas Breton. Ancien
étudiant de Stanislas Breton, ses recherches concernent
la philosophie de la nature, l'anthropologie philosophique
et la philosophie pratique. Il a publié: Peiner,
œuvrer, travailler. Sur le travail et la condition humaine.
Paris, L'Harmattan, 2003 ; "Une philosophie de la nature
aujourd'hui: état des lieux, RSR, Tome 98/2,
Avril-Juin 2010 ; "Philosophie et théologie dans la pensée
de Stanislas Breton", Théophilyon, Tome
XV/2, 2010.
Emmanuel FALQUE: Demeurer,
Habiter, Naître, Enfanter
Reprenant le titre d'un texte de Stanislas Breton dans la
Poétique du sensible, la "Demeure" s'effocera de
montrer en quoi, et comment, la 'manence' est aujourd'hui un concept
opératoire à même s'interroger ladite
bipartition de la métaphysique et de la phénoménologie.
Il est un sens du 'présent' que la mystique, interrogée
philosophiquement, sera à même de retrouver, contre
les fausses accusations de la substance comme unique mode
du présentifier.
William
FRANKE: Le commencement et la fin de la philosophie
dans le mysticisme apophatique: de Platon au postmodernisme
La situation
de la philosophie aujourd’hui la rend particulièrement
réceptive à une grande variété
de discours apophatiques. Pas seulement ceux qui
dérivent des traditions monothéistes
du Dieu innommable, notamment dans les courants mystiques
de la Kabbale et du soufisme, mais aussi aux spéculations
marquées de l’empreinte de l’onto-théologie
ou mieux de la meontologie, comme celles des philosophes
néoplatoniciens axées sur l’être inaccessible,
à savoir l’au-delà de l’être, de l’Un. Mysticisme
et théologie négative sont redevenus des
paradigmes puissants pour la connaissance de l’âge postmoderne,
celui-ci n’étant plus détenu par la quête
de fondation rationnelle qui avait dirigé le principal
courant de pensée philosophique et culturel durant
la période moderne. Des penseurs postmodernes, tels Derrida
et Foucault jusqu’à Jean-Luc Nancy, se comprennent sous
ce jour comme remettant en jeu des intuitions traditionnelles
trouvées chez Platon et les Néoplatoniciens.
Une telle compréhension du Néoplatonisme,
développée à sa renaissance en France,
a été nourrie grâce aux efforts de Stanislas
Breton, conjugués à ceux de Jean Trouillard, Pierre
Hadot, Henry Duméry et d’autres, à la suite de la publication
du Elementatio Theologica de Proclus par E. R. Dodds in
1933. Cette perspective historique implique une vision générale
et innovatrice de l’origine et des fins de la philosophie.
William
Franke est professeur de littérature comparée
et des études religieuses à Vanderbilt
University (Nashville, USA) et récemment Fulbright
Distinguished Chair for Intercultural Theology à
la Universität Salzbourg. Il est auteur de Poetry
and Apocalypse: Theological Disclosures of Poetic Language
(Stanford University Press: 2009), aussi bien que de On
What Cannot Be Said: Apophatic Discourses in Philosophy,
Religion, Literature, and the Arts (University of Notre Dame
Press, 2007) et de Dante’s Interpretive Journey (University
of Chicago Press, 1996).
Emmanuel GABELLIERI: Vide et Kénose,
de Simone Weil à Stanislas Breton
Dans le prolongement de la communication
donnée au colloque du Centenaire Simone Weil de l'ENS
d’Ulm (15-16 mai 2009), il s’agira de réinterroger le
mouvement par lequel Stanislas Breton a "admiré" la transposition
christologique de l’argument ontologique chez Simone Weil. Plus
largement, semble en effet en question l’articulation entre la
quête métaphysique de l’Absolu sous la catégorie
du vide ou du néant, et la négativité kénotique
du christianisme sous la figure de la Croix. On cherchera ainsi
à dégager plusieurs enjeux: celui, philosophique, de l’articulation
entre analogie et apophatisme; celui, interne au christianisme,
de la signification ontologique de la kénose; enfin, celui, intereligieux,
de la mise en relation entre mystiques orientales et mystique chrétienne.
S. Breton, La Passion du Christ
et les philosophies, Editions "Eco", Teramo, 1954.
S. Breton, "Simone Weil l’admirable",
Esprit, mai 1995, p.31.
Emmanuel Gabellieri, agrégé
et docteur d’Etat, doyen de la faculté de Philosophie
de l’Université Catholique de Lyon
Publications:
Etre et Don, Simone Weil et la
philosophie, coll. "Bibliothèque philosophique
de Louvain", Louvain-Paris, Peeters, 2003
"S.Weil et S.Breton. Platonisme et
christianisme au XXe s - Preuve ontologique et christologie
philosophique", Cahiers Simone Weil, XXXIII-4, déc.
2010, p.543-57.
Jérôme
de GRAMONT: L’ange phénoménologue (variations récréatives)
Husserl avait imaginé en 1900 des anges mathématiciens
— belle hypothèse à poursuivre en y apportant
les variations d’anges poètes, métaphysiciens,
voire phénoménologues. On cherchera chez
Stanislas Breton les éléments d’une telle
imagination rigoureuse qui n’est pas fuite devant la réalité,
mais bien manière de faire retour auprès
des choses mêmes.
Jean GREISCH: "Dieu
sans hauteur": le rendez-vous de la Croix
Dans l’œuvre de Stanislas
Breton, la Croix est un référent absolument
fondamental. Tel le Jean-Baptiste du célèbre
retable de Matthias Grünewald, il pointe son index vers
le Crucifié, en invitant non seulement les croyants
et les théologiens, mais aussi les philosophes et
finalement, tout homme, à s’interroger sur la signification
de ce Signe de contradiction. Le fil conducteur de notre
lecture des ouvrages de Breton qui se rapportent à ce sujet
(La Passion du Christ et les philosophies, Le Verbe
et la Croix, qui viennent l’un et l’autre d’être réédités)
nous est fourni par une formule du Sermon 14 Maître Eckhart,
dont on trouve également l’écho dans le poème
Lichtzwang de Paul Celan: "der enthöhte Gott",
le Dieu qui se dépouille de sa Hauteur. Ce qui, pour
le grand mystique et penseur médiéval est la
clé de l’humilité est bien plus qu’une vertu, c’est une
manière d’être et d’agir qui allie la générosité
sans réserve et l’audace de la pensée.
Jean Greisch,
élève de Stanislas Breton, est professeur
émérite de la Faculté de Philosophie
de l’Institut Catholique de Paris, est actuellement Titulaire
de la Chaire Romano Guardini à l’Alexander von Humboldt-Universität
zu Berlin.
Principaux ouvrages: Herméneutique
et Grammatologie, Paris, Ed. du CNRS, 1977 ;
L’Âge herméneutique de la Raison.
Paris, Ed. du Cerf, 1985 ; La Parole Heureuse. Martin
Heidegger entre les choses et les mots, Paris, Ed. Beauchêne,
1987 ; Ontologie et Temporalité. Esquisse d’une
interprétation intégrale de Sein und Zeit,
Paris, PUF, 1994 ; L’arbre de vie et l’arbre du savoir.
Les racines phénoménologiques de l’herméneutique
heideggérienne, Paris, Ed. du Cerf, 2000 ; Le
Cogito herméneutique. L’herméneutique philosophique
et l’héritage cartésien, Paris, Vrin, 2000,
trad. espagnole par Gerardo Raul Losasa, El Cogito Herido.
La herméneutica filosofica y la herencia cartesiana,
Jorge Baudino Ediciones, Buenos Aires, 2001 ; Paul Ricoeur.
L’itinérance du sens. Grenoble, Jérôme
Millon, 2001 ; Le Buisson ardent et les Lumières de la
Raison. L’invention de la philosophie de la religion. Tome I : Héritages
et héritiers du 19e siècle, 2002. Tome II
: La Scène contemporaine, Paris, Ed. du Cerf, 2002.
Tome III : Vers un paradigme herméneutique (2004)
; Entendre d’une autre oreille. Les enjeux philosophiques
de l’herméneutique biblique, Paris, Editions Bayard,
Coll. Bible et Philosophie, 2006 ; Qui sommes-nous? Chemins
phénoménologique vers l’homme, Louvain, Peeters,
2009.
Il a rédigé
la postface à la deuxième édition de
Le Verbe et la Croix (Mame, Desclée, 2010) et de
Du Principe (Cerf, 2011).
Jacqueline
LAGRÉE: Stanislas Breton et Spinoza: une
mystique sans mystère
En reprenant
la détermination de la fin de l’Ethique
de Spinoza par M. Gueroult comme "une mystique sans mystère",
la communication s’attachera, via l’analyse de l’attachement
fort et constant de Breton à la figure et à
la philosophie de Spinoza, à évaluer la pertinence
de cette formule pour caractériser la philosophie
de S. Breton.
Jacqueline
Lagrée, professeur de philosophie à
l’université de Rennes 1, est spécialiste de Spinoza
et du néostoïcisme.
Ouvrages:
Traduction (avec P.-F. Moreau ) du Traité théologico-politique
de Spinoza, PUF, 1999 ; Spinoza et le débat
religieux, PUR, 2004 ; "Stanislas Breton lecteur
de Spinoza", Transversalités, n°99,
juillet sept 2006, p.5-16.
Jean-François
LAVIGNE: Expérience mystique et théologie
de la Croix. Approche de quelques figures contemporaines
Tout au long de
l'itinéraire intellectuel et spirituel de Stanislas
Breton, la relation — en elle-même si profondément
problématique — entre pensée philosophique
et vie mystique trouve son centre de gravité dans la
méditation du mystère de la Croix. Un
versant essentiel de cette méditation consiste
à situer la philosophie, ses questions, ses modalités
de réponse, et aussi ses limites, face à
une vérité qui se donne sous les espèces
déroutantes de l'amour mystique et du sacrifice unitif.
Or, lorsqu'il s'agit d'approcher la vie mystique en tant
qu'expérience, les références
de S. Breton sont à la fois typiques et fort anciennes —
éloignées de toute contemporanéité,
contrairement à l'actualité qui caractérise son
dialogue avec la philosophie: Maître Eckhart,
J-J. Surin. Pourtant, la crise contemporaine de la culture
est traversée, au XXème siècle même,
par l'éclair de vies et de témoignages mystiques
étroitement liés à l'expérience
de la Croix — sous la forme extrême de la Passion revécue:
Marthe Robin, Adrienne von Speyr, en particulier. Comment
comprendre cette étrange distance?
Dans cette conférence,
je proposerai de rapprocher les analyses théologiques
et philosophiques de Stanislas Breton et les enseignements
qui, chez Marthe Robin et chez A. von Speyr, ont découlé
comme naturellement de leur expérience d'union à
la Passion du Christ, si bien que, chez l'une comme l'autre,
œuvre d'intelligence et œuvre d'offrande, connaissance et oraison,
ne peuvent plus être séparées, ni même,
peut-être, distinguées. De cette confrontation
je tenterai de dégager les éléments d'une
réponse à deux questions, qui me paraissent centrales,
et réciproques: quel est le statut
de la recherche philosophique, au regard de l'évidence
mystique? quelle est la portée de l'expérience
mystique, au regard de l'exigence philosophique?
Né
en 1959, ancien élève de l'Ecole Normale
Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de philosophie
et docteur ès Lettres. Jean-François Lavigne
est historien de la philosophie moderne et contemporaine,
spécialiste de phénoménologie (Husserl,
Heidegger, Levinas, Henry). Professeur à l'université
de Nice depuis 2003, il a publié notamment Husserl et
la naissance de la phénoménologie (1900-1913),
PUF, Epiméthée, 2005; Michel Henry: Pensée
de la vie et culture contemporaine, Actes du colloque
international de Montpellier, Beauchesne, 2006; Accéder
au transcendantal? Réduction et idéalisme
transcendantal dans les Idées... I de Husserl, Paris,
Vrin, 2009; L'Affectivité. Perspectives
interdisciplinaires. Nice, Revue Noesis, n°16,
automne 2010. Il prépare actuellement un ouvrage
de phénoménologie consacré à l'expérience
de la souffrance.
Jean LECLERCQ: "La structure interne de l'immanence":
sur Michel Henry et Maître Eckhart
L’étude des interférences entre Michel
Henry et Maître Eckhart est, pour des raisons philologiques,
d’une extrême complexité. Il semble, en effet, que Michel
Henry a concentré ses efforts sur quelques textes, sans cesse
relus et commentés, utilisés dans le cadre large de sa
mise en œuvre d’une philosophie de la vie. Mais d’un autre côté,
la "pensée" eckartienne ne cesse d’affleurer, notamment quand
Henry évoque Fichte et Boehme, deux auteurs dont l’influence
fut également décisive. En nous appuyant sur des documents
inédits et sur l’antériorité de la recherche, nous
voudrions re-situer le rapport d’Henry à la mystique du Maître,
dans ce réseau d’influences manifestes et latentes. Nous le ferons
à travers la thématique de la "naissance transcendantale"
et de la "non-naissance", pour ce qui concerne la théorie de la
temporalité, de l’identité ontologique et de l’auto-engendrement
de la vie; puis, nous le ferons à travers les notions de "paradoxe"
et d’"inversion", pour ce qui concerne la théorie affective de
l’intériorité phénoménologique aspatiale,
pour l’homme et pour Dieu; nous le ferons enfin à travers la
notion de "détachement" comme "méthode réductive",
pour ce qui concerne la théorie de la subjectivité spécifique
assumée et sauvée par la génération divine,
qui "fait" l’unique et donc "ce" divin.
Diplômé en philologie, philosophie
et théologie, c’est en philosophie – à l'Université
Catholique de Louvain – que Jean Leclercq a mené ses recherches
doctorales, aboutissant en 2002 à une thèse intitulée
La logique de la vie. Lectures du « jeune » Maurice
Blondel (1881-1893). Professeur à la Faculté de Philosophie,
Arts et Lettres et Chercheur à l’Institut Supérieur de Philosophie
depuis 2004, ses travaux et ses recherches portent sur la philosophie
d’expression française, du XIXe siècle à nos jours,
sur l’histoire de l’histoire de la philosophie, sur la philosophie de
la religion et naturellement sur les rapports épistémologiques
entre les trois disciplines qu’il a étudiées. Il dirige
le Centre d’archives Maurice Blondel, il est directeur scientifique
du Fonds d’archives Michel Henry déposé à
l’UCL et le responsable scientifique du Fonds Jean Ladrière, également
déposé à l’UCL. Depuis 2006 (Congrès de Budapest),
Jean Leclercq est Secrétaire général de l’Association
des Sociétés de Philosophie de Langue Française
(ASPLF).
Marie-Odile MÉTRAL: Etre-dans et être-vers et
mystique du Carmel
C’est une lecture "renouvelée et errante" des "deux grandes lumières
du carmel", Thérèse d’ Avila et Jean de la croix, que Breton
nous laisse en deux inédits écrits à l’occasion du quatrième
centenaire de la mort de Thérèse. Breton explore la mystique
du Carmel à partir de la dyade fondatrice de sa métaphysique
être-dans et être-vers. L’être-dans permet de penser l’attraction
d’un lieu que les mystiques du carmel déplient à travers la
fiction des demeures, les chants de l’âme enamourée, la poétique
de l’abîme et celle de la nuit. Mais la mystique du Carmel se trouve
interrogée par l’insuffisance de l’être-vers que l’interprétation
inaugurale de Matthieu 25 proposée par Breton, oblige à repenser.
Cependant dans Philosophie et mystique (1996) et les derniers inédits
sur la mystique Breton insiste sur la nécessité d’un retour
à l’être-dans. L’impératif de l’être-là
rejoint l’oraison de recueillement et de présence dont le Carmel a
le secret, dans la nuit.
Marie-Odile Métral, psychanalyste et philosophe buissonnière.
Elle a publié deux livres et des articles sur le mariage et la famille.
Elle a participé à l’ouvrage collectif relatif à Stanislas
Breton (Philosopher par passion et raison, Jérôme Million
1989), a écrit des articles et recensions sur ses œuvres dans Esprit
; Si Saint Thomas m’était conté par Stanislas Breton (Théophilyon,
Tome XV, Vol.2, 2010). Egalement: L’art du danger (réflexion sur le
livre de Sylvie Le Poulichet, Esprit, janvier 1997) ; Les passions
de la passion : du corps abîmé à l’écriture de
l’abîme. Variations somatiques et processus créateurs, Champ
Psychosomatique, 2010/1 (n°57).
Nicolas MONSEU: Stanislas Breton et Jean
Ladrière face au problème mystique
L’approche du thème philosophique de l’espérance
est l’occasion d’évaluer le statut même de notre rapport
au futur et de comprendre en quel sens l’être humain est capable
de soutenir, en son présent, un rapport spécifique
à ce qui n’est pas encore, en dehors de toute fatalité. Stanislas
Breton et Jean Ladrière ont en commun de restituer, pour l’être
humain, le sens d’une espérance comme mode possible de relation
à un état de chose à venir et à un eschaton.
Joseph S. O’LEARY: Stanislas Breton, lecteur
de Nagarjuna
Dans les dernières années de sa vie, Stanislas
Breton avait entre ses mains la traduction par Guy Bugault de l'ouvrage
principal de Nagarjuna. Celui-ci est le grand penseur de la vacuité,
conçue comme le chemin du milieu entre les extrêmes de
l'existence et de la non-existence. La pensée de Stanislas Breton
cherchait incessamment à se libérer d'une positivité
de l'être, par des gestes iconoclastes que son sens de l'humour
rendait légers et d'autant plus efficaces. Le même esprit
marque ses recherches en platonisme et auprès des mystiques, qui
visait soit un au-delà de l'être, en scrutant l'Un comme dernière
instance, soit un en-deçà, en examinant la dialectique
de la pure altérité incapable de se constituer en être
stable. Sa pensée de foi se concentrait sur la kénose
du Christ, qui ne veut pas saisir la plénitude de l'être
divin mais se laisse éparpiller dans l'altérité de
la chair et de la mort. Un tel christianisme kénotique traduit le
massif des dogmes en jeu de conventions, vécues comme témoignant
de la présence dynamique et élusive du Sauveur. Cela le
rend proche de Keiji Nishitani, dont la "position de la vacuité"
guérit le nihilisme après en avoir éprouvé
toute la force, par une espèce d'homéopathie pensante. Les
écrits de Breton composent une symphonie de négations et
de relativisations, qui réussit malgré tout à devenir
un hymne à l'être, perçu fraîchement, exaiphnes,
dans sa précieuse fragilité. Comme dans le bouddhisme, cette
aperception de l'être se traduit pratiquement en attention aux plus
humbles, aux enfants. L'être massif des métaphysiciens se
transforme en "être auprès de" ou "être vers" ce qui
ne se laisse plus saisir seulement en termes d'être.
Joseph S. O'Leary, professeur à la Faculté
de Lettres, Université Sophia, Tokyo, est l'auteur de L'Art
du jugement en théologie (Éditions du Cerf, 2001). En
mars 2011, il a donné des conférences dans le cadre de la
Chaire Étienne Gilson sous le titre "Philosophie occidentale et concepts
bouddhistes".
Bernard SESÉ: Aspects
du bestiaire mystique selon Thérèse d'Avila
A partir d'un recensement, aussi
exhaustif que possible, des images d'animaux, d'allusions
au monde animal ou de comparaisons avec toutes sortes de bêtes,
on tentera de représenter, sous ces apparences, l'univers
imaginaire de Thérèse de Jésus (ou d'Avila)
(1515-1582), où se retracent, de façon implicite,
son parcours et son expérience mystique. Quelques références
à d'autres mystiques (notamment à saint Jean de la
Croix (1542-1591)), voire à quelques mystiques soufis,
essaieront de mettre en relief la richesse et l'originalité
du bestiaire, particulièrement riche, de la Fondatrice du Carmel
réformé dans l'Espagne du XVIe siècle.
Bernard Sesé est
professeur émérite des Universités,
membre correspondant de la Real Academia Española,
et auteur, dans la collection des "Petite vie de...",
Editions Desclée de Brouwer, de biographies de quelques
grandes figures du christianisme: Jean de la Croix, Thérèse
d'Avila, Madame Acarie, Saint Augustin, Catherine de Sienne,
François de Sales, Pierre Teilhard de Chardin, Elisabeth
de la Trinité. Nombreuses communications dans des
colloques français ou internationaux sur les mystiques
espagnols.
Henri-Jacques
STIKER: Imaginaire et mystique
Comme animateur,
j'interrogerai les membres de cette table ronde sur
le sens que l'on peut donner à l'imaginaire dans
le cadre de la mystique car, s'il y a plusieurs voies mystiques,
il y a encore davantage de théories de l'imaginaire.
Si l'on considère certains mystiques, tels François
d'Assise ou Jean de La Croix, fort différents par
ailleurs, il s'agit plutôt de poésie et mystique,
mais la poésie peut-elle être rangée dans
l'imaginaire? Dans le cantique du soleil de François d'Assise,
exemple poético-mystique, me semble-t-il, d'une mystique
in creaturis, pour reprendre une analyse de Stanislas
Breton dans Mystique de la croix, ainsi que d'un
théologien franciscain, Ephrem Longpré, que
peut-on appeler imaginaire? D'autres exemples, et contre-exemples,
seront évoqués pour analyser, sur pièces
si l'on ose dire, le thème proposé.
La
seule production de Henri-Jacques Stiker pouvant se rattacher,
de loin, à ce thème est Les fables peintes
du corps abimé, Le Cerf, 2005.
Yasuhiko SUGIMURA: L'herméneutique
du soi s'auto-éveillant selon "l'Ecole
de Kyoto". Le mysticisme "évidé"?
Stanislas Breton consacre tout un chapitre de L’autre
et l’ailleurs à "l’Ecole de Kyoto". Profondément impressionné
par son séjour à Kyoto en 1974 et sa rencontre avec Nishitani,
philosophe qui représentait alors ce courant de pensée,
il y présente ses réflexions personnelles sur ce qu’il
a considéré comme l’essentiel de ce "bouddhisme le plus intransigeant".
Ces premières impressions, où sont mélées
l’admiration et la réticence, méritent d’être
approfondies. Car si l’on les complète par l’explicitation détaillée
de l’aspect "philosophique" de l’Ecole, laquelle s’est établie
sur le modèle de la philosophie occidentale tout en s’inspirant
librement de la tradition bouddhique, des rapprochements fondamentaux
et féconds pourront se dégager entre l’approche "auto-éveillante"
du principe de "néant absolu" d’un côté, et l’entrecroisement
créatif entre la pensée apophatique et la théologie
de la kénose, de l’autre. Afin d’aborder cette tâche,
je commençerai par me référer au fondateur de
l’Ecole que Breton ignorait: Kitaro NISHIDA.
Né en 1965, Yasuhiko Sugimura est
professeur de philosophie de la religion à l’Université
de Kyoto. L'intérêt principal de ses recherches est
de concevoir une possible "philosophie de la religion" à
l'ére postmoderne sous la double inspiration de la philosophie
contemporaine française (Ricoeur, Lévinas, Derrida,
Henry, etc.) et de la philosophie de l'Ecole de Kyoto.
Ses publications dernières en français
sont les suivantes:
"Du mal au Pardon. Derniers débats entre Ricoeur
et Derrida", Rue Descartes, Hors Série, Collége
International de Philosophie, 2006 ;
"Témoin du néant absolu. Dernière
pensée de TANABE Hajime dans le contexte de la philosophie
du témoignage", in Jacynthe Tremblay (éd.), Enjeux
de la philosophie japonaise du XXe siècle, Presses
Universitaires de Montréal, 2009 ;
"L’auto-attestation du moi nabertien – vers quel
témoignage", in S. Robilliard et F. Worms (éd.),
Beauchesne, 2010 ; Philosophie japonaise, coll. Textes
clé (co-direction avec M.Dalissier), J. Vrin, à paraître.
Françoise B.
TODOROVITCH: L’intervention analytique dans
la trajectoire du désir mystique
Après la mort de Freud,
on trouva sur son bureau une énigmatique note
manuscrite, où le mysticisme est défini comme "l’obscure
auto-perception du royaume extérieur au moi".
Cette formule nous fournit un fil conducteur pour relire
notre expérience clinique de cures de patients et de patientes
issus de milieux religieux. Comme l’a bien vu Lou Andréas
Salomé, leur problématique peut également
éclairer certaines trajectoires philosophiques ou
poétiques.
Ceux et celles que leur désir
"mystique" mène à la vie religieuse, vivent
avec une intensité dramatique particulière
l’alternative du "Tout ou Rien" qu’on trouve au début
de la vocation religieuse de Thérèse d’Avila.
La cure analytique permet de découvrir les sources
archaïques de cette alternative, à travers les images
du rien, du néant, du vide, et d’un gouffre que "Dieu"
seul est censé pouvoir combler. La quête fusionnelle
qui s’exprime ici, semble être liée à une
faille originelle du désir maternel. Le désir
de ne plus avoir à désirer engage une certaine conception
de Dieu qu’il importe d’interroger avec la même acuité
que celle dont Stanislas Breton a su faire preuve.
Françoise
Todorovitch est psychanalyste. En tant que telle, elle
a fait partie du groupe de réflexion transdisciplinaire
que Stanislas Breton avait baptisé du nom de "Fonction
méta". Outre ses articles spécialisés,
elle a publié la biographie: Aldous Huxley, Le cours
invisible d’une œuvre, actuellement en cours de réédition
aux Editions Salvator.
Ghislain WATERLOT
Professeur à l’Université
de Genève où il enseigne l’éthique et la philosophie,
Ghislain Waterlot est également directeur de l’Institut
Romand de Systématique et d’Éthique. Il a particulièrement
étudié Jean-Jacques Rousseau et Henri Bergson. Responsable
d’un séminaire sur la mystique et les figures mystiques,
l’expérience religieuse et ses relations à la réalité
sociale retiennent spécialement son intérêt. Il
a notamment publié Bergson et la religion (éd.),
PUF, 2008 ; La mystique face aux guerres mondiales (éd.
avec D. de Courcelles) ; La théologie politique de
Rousseau (éd.), PUR, 2010. Une monographie intitulée
Les enjeux de la mystique chez Bergson : entre philosophie et
théologie, est à paraître chez H. Champion.
Avec le soutien de la chaire Romano Guardini de l'université
Humboldt de Berlin