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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2014 : un des colloques







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W.G. SEBALD

LITTÉRATURE ET ÉTHIQUE DOCUMENTAIRE


DU MERCREDI 3 SEPTEMBRE (19 H) AU MERCREDI 10 SEPTEMBRE (14 H) 2014

DIRECTION : Mark ANDERSON, Muriel PIC

Avec le concours de Jürgen RITTE

ARGUMENT :

History is no longer the past but also the present in which the reader must act
(Andrew Bowie cité par Sebald dans Campo Santo)

Au cours de ces quinze dernières années, W.G. Sebald est devenu l’un des auteurs majeurs de la fin du XXe siècle, mondialement traduit. Son entreprise littéraire est une tentative de saisir l’évanescence des traces pour les transformer en un phrasé résistant à l’oubli.

Outre un recueil de poèmes, son œuvre compte des essais et des récits immédiatement reconnaissables grâce aux images qu’ils transportent. L’écriture obéit à une logique associative qui circule à travers les événements historiques et nous rend proches de lointaines mémoires.

La posture mélancolique de l’auteur face aux documents qu’il utilise, son rapport surdéterminé et généreux à l’archive, les implications politiques de cette poétique documentaire seront l'objet des attentions de ce colloque. La littérature peut-elle s’emparer des documents de l’histoire sans les trahir? Peut-on se remémorer l’expérience vécue sans imagination? La fiction peut-elle restituer le passé? À ces questions, l’œuvre de Sebald aura répondu par une question éthique fondamentale qui occupera ce colloque prioritairement: comment restituer?



Im Laufe der vergangenen fünfzehn Jahre ist W.G. Sebald, dessen Werk nunmehr weltweit in Übersetzungen vorliegt, zu einem der wichtigsten Autoren der zweiten Hâlfte des 20. Jahrhunderts avanciert. Sein literarisches Projekt lässt sich wie der Versuch lesen, den flüchtigen Spuren des Gewesenen eine dem Vergessen widerstehende Phrasierung zu verleihen. Neben einer Gedichtsammlung umfasst sein Werk Essays und Erzählungen, die sich in ganz eigenen, unverwechselbaren Bildern und einem ganz eigenen "sound" der verrinnenden Zeit entgegenstemmen, den Schreibfluss zu drosseln scheinen. Sebalds Schreiben folgt einer assoziativen Logik, die Monumente und Momente der Geschichte miteinander verwebt und uns dabei zutiefst Verborgenes, Vergessenes, Verdrängtes ins Gedächtnis ruft.

Die melancholische Haltung des Autors gegenüber den benutzten Dokumenten, seine vielfältigen und zahlreichen Beziehungen zu den Gedächtnisspeichern der Archive, die politischen Implikationen dieser seiner dokumentarischen Poetik sollen bei unserem Kolloquium im Mittelpunkt des Interesses stehen. Kann die Literatur sich historischer Dokumente bemächtigen, ohne sie zu verfälschen, zu verraten? Lässt sich gelebte Erfahrung ohne Zutun von Phantasie und Einbildungskraft erinnern? Können Fiktionen die Vergangenheit restituieren? Auf diese Problematik reagiert Sebalds Werk mit der fundamentalen Frage nach einer Ethik des Dokumentarischen, eine Frage, die uns in erster Linie beschäftigen wird: wie kann, um den Titel von Sebalds letztem Vortrag vor einem Tode zu zitieren, der Versuch einer Restitution gelingen?



In the course of the last fifteen years, W.G. Sebald has been recognized as one of the major authors of the late twentieth century, translated the world over. One might describe his literary enterprise as an attempt to transform the evanescent traces of existence into a verbal construction that resists the effacement of memory. In addition to a collection of poems, his work includes essays and prose narratives that are immediately recognizable by photographic images which appear to counter the passage of time by slowing down the verbal flow. This writing obeys an associative logic that circles around historical events and brings us close to distant memories.

Sebald's melancholic stance toward the documents he employs in his writing; his overdetermined and generous relationship with the archive, the political ramifications of his documentary practice will form the center of our attention during this conference. Can literature use historical documents without deforming and betraying them? Can one remember a lived experience without using one's imagination? Can fiction restore or even redeem the past? Sebald's writing responds to these questions with a fundamental ethical question of its own that will be our chief concern: can literature and art provide a form of restitution for the suffering and injustice of history?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 3 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 4 septembre
Fictionner le passé
Matin:
Mark ANDERSON & Muriel PIC: Introduction
Michael NIEHAUS: Nach der Fiktion. Poetologische Figurationen bei W.G. Sebald
Ulrich von BÜLOW: Sebald aux archives

Après-midi:
Ecrire avec Sebald, écrire avec des documents, table ronde animée par Muriel PIC, avec Gwenaëlle AUBRY (Quel roman après le temps?), Lukas BÄRFUSS, Alban LEFRANC et Oliver ROHE

Soirée:
Jérôme COMBIER: Looking for Austerlitz


Vendredi 5 septembre
L'histoire et leurs vies
Matin:
Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: Austerlitz de Sebald et la réalité: Theresienstadt, une "imposture criminelle"
Emmanuelle LOYER: Sebald, Lévi-Strauss et les contre-allées de l'Histoire [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]
Ariadne's Thread, lecture par Philippa COMBER

Après-midi:
Jean-Marc DREYFUS: Sebald et l'écriture des camps
Philippe ARTIÈRES: Après Sebald, écrire l'histoire. À propos d'Austerlitz de W.G. Sebald


Samedi 6 septembre
Lyrisme documentaire
Matin:
Marie-Jeanne ZENETTI: L'effet de document. Travail littéraire du dispositif documentaire dans l'œuvre de W.G. Sebald et de quelques contemporains
Lucie CAMPOS: Poétiques et politiques de l'affect

Après-midi:
Christophe GALLOIS: L'image papillon - une exposition
Thomas HÖNICKEL: "Die Ausgewanderten", un film

Soirée:
25 minutes avec W.G. Sebald, film documentaire de Martina Wachendorff-Pérache et des éditions Actes-Sud


Dimanche 7 septembre
Matin:
Daniel MEDIN: Les voyages d'hiver avec Kafka
Mark ANDERSON: Napoléon et l'éthique du réalisme dans l'œuvre de W.G. Sebald

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 8 septembre
Les droits de l'imagination
Matin:
Muriel PIC: Deviner le passé. Remarques sur l'a-chronologie chez W.G. Sebald
Mark ANDERSON: Celan dans Austerlitz (work in progress)

Après-midi:
Philippa COMBER: Le fil d'Ariane. Dilemme éthique dans l'écriture de la mémoire (Ariadne's Thread - In Memory of W.G. Sebald: The Ethics of Writing a Memoir)


Mardi 9 septembre
Vérité et mélancolie
Matin:
Karine WINKELVOSS: "Peur du faux" et "authenticité esthétique" chez W.G. Sebald
Lynn WOLFF: De la polémique à la poétique: l'hybridité chez W.G. Sebald

Après-midi:
Richard HIBBITT: W.G. Sebald et le roman à contraintes
Jo CATLING & Richard HIBBITT: Après Saturn’s Moon, projets actuels et futurs

Soirée:
Mark ANDERSON & Muriel PIC: Conclusion
Patience (After Sebald), film de Grant Gee (2012)


Mercredi 10 septembre
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Philippa COMBER: Le fil d'Ariane. Dilemme éthique dans l'écriture de la mémoire (Ariadne's Thread - In Memory of W.G. Sebald: The Ethics of Writing a Memoir)
As a man, W.G. Sebald was intensely private; and in his literary work, he proved to be a past master at taking on different identities, assuming a persona. In this presentation, I shall describe some of the ethical dilemmas I faced in the course of preparing my memoir; then go on to outline my strategy. For example, using my clinical skills as much as literary ones, I reverse the traditional therapeutic roles, making Sebald the listener and myself the storyteller - selecting stories of real-life people who in one way or another, serve to highlight Sebald's preoccupations or mirror aspects of his personality. Although in one sense, perhaps it's now too late - Ariadne's Thread is being published - the question remains: was it permissible - was it ethical - to write a book in which Sebald is portrayed without his mask, allowing readers to glimpse the vulnerability of a person struggling with doubts and perplexities? "Wort ohne Antwort fil d'Ariane...".

Philippa Comber was born in London. Having studied Psychology and trained as a psychotherapist at the Free University of Berlin during the 1970s, she returned to the UK to take up a clinical post in Norwich. It was there, in August 1981, that she first met Max Sebald. In 1999, she moved to Manchester and since taking retirement from the National Health Service, has devoted much of her time to writing. In addition to Ariadne's Thread - In Memory of W.G. Sebald, Philippa is the author of In This Trembling Shade, ten poems set to music as a song cycle, given a première at the Royal Northern College of Music in June 2007.

Jean-Marc DREYFUS: Sebald et l'écriture des camps
"Ecrire sur les camps de concentration est, à mon avis, quasiment impossible", a affirmé Sebald dans un entretien avec le journaliste Michael Silverblatt. Une partie de son œuvre est pourtant tournée vers une tentative d'appréhension de la catastrophe juive mais en utilisant des techniques narratives procédant de l'indice et de l'évitement. L'écrivain a ainsi trié parmi les connaissances historiques pour choisir certains faits singuliers de la déportation et de la destruction des Juifs et pour construire une narration de la trace et de la mémoire dans un récit toujours décalé. Tout en ayant une connaissance précise de la Shoah, il s'interdit d'entrer dans les camps de concentration et les camps d'extermination. Nombre des "lieux de mémoire" de son roman Austerlitz sont des références marginales par rapport au cœur de la catastrophe, comme les enfants des Kindertransports ou bien le convoi n°73 au départ de Drancy. Sebald propose ainsi, et peut-être avant tout, une éthique de l'écriture de la mémoire.

Jean-Marc Dreyfus est maître de conférences en histoire à l'Université de Manchester (Royaume-Uni). Il est spécialiste des aspects économiques de la Shoah et a aussi publié plusieurs mémoires de déportés (Il m'appelait Pikolo. Un compagnon de Primo Levi raconte, Paris, Robert Laffont, 2007; Survivre. Souvenirs d'une rescapé d'Auschwitz, Paris, Larousse, 2010). Il est l'auteur, en collaboration avec Sarah Gensburger, de Des camps dans Paris. Austerlitz, Lévitan, Bassano (Paris, Fayard, 2003). Ses recherches actuelles portent sur le traitement des cadavres dans les violences de masse et les génocides. Il a dans ce cadre dirigé un volume en collaboration avec Elisabeth Anstett: Cadavres impensables, cadavres impensés: approches méthodologiques du traitement des corps dans les violences de masse et les génocides (Paris, Petra, 2012).

Christophe GALLOIS: "L'Image papillon"
Présentée au Mudam Luxembourg au printemps 2013, l’exposition "L’Image papillon" réunissait seize artistes dont les œuvres, à l’instar des récits de Sebald et des images qui les ponctuent, abordent les champs du passé, de la mémoire et du document du point de vue de l’expérience et de l’enchevêtrement des temps. Empruntant son titre au livre de Muriel Pic sur Sebald (1), elle s’intéressait aux résonances que peut avoir, dans le champ des arts visuels, la notion d’"image-papillon" telle que la développe Muriel Pic: d’un côté, le geste scientifique de la collecte, de l’archivage, dans lequel le passé se voit figé, "épinglé"; de l’autre, un rapport plus sensible au passé, qui voit dans la mémoire le lieu d’une expérience, d’une "observation du passé comme mouvement". Cette intervention abordera les œuvres de quelques-uns des artistes présentés dans l’exposition - comme Tacita Dean, Zoe Leonard, John Stezaker, Jochen Lempert - comme autant d’"images-papillon".
(1) Muriel Pic, W.G. Sebald - L’Image papillon, suivi de W.G. Seblad, L’Art de voler, Les Presses du réel, Dijon, 2009.

Diplômé de la formation curatoriale du Royal College of Art à Londres, Christophe Gallois est depuis 2007 commissaire d’exposition au Mudam Luxembourg, où il a organisé des expositions collectives telles que The Space of Words, Out-of-Sync et L’Image papillon ainsi que des projets monographiques avec des artistes, tels que Guillaume Leblon, John Stezaker, Sanja Ivekovic et Thea Djordjadze. Auteur de plusieurs catalogues d’exposition, il contribue régulièrement à des revues et à des ouvrages d’art contemporain.

Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: Austerlitz de Sebald et la réalité: Theresienstadt, une "imposture criminelle"
Le camp de concentration de Theresienstadt, "le masque de la barbarie", destination et caractéristique du camp. Theresienstatd (Terezin) est créé en septembre 1941, en tant que "Durchgangslager" (camp de transition), précédent Auschwitz (souvent menacé de trop plein) avant l'extermination finale. L'exposé sera fondé sur les dessins du Dr. jur. Arthur Goldschmidt qui fut le pasteur des juifs déportés de confession protestante.

Français d’origine allemande, Georges-Arthur Goldschmidt, né en 1928, fuit le nazisme, en France; il a traduit en français, Franz Kafka, Friedrich Nietzsche, Adalbert Stifter, Georg Büchner, Walter Benjamin et Peter Handke, lequel a traduit en allemand, Le miroir quotidien et La forêt interrompue (Le Seuil) de Georges-Arthur Goldschmidt. En 2000 paraît La Traversée des fleuves. En 2004, Prix France-Culture pour Le poing dans la bouche. Il écrit sur la langue de la psychanalyse (Quand Freud voit la mer, et Quand Freud attend le verbe) (Buchet-Chastel), sur le langage A l’insu de Babel (CNRS) et sur Kafka: Celui qu’on attend habite juste à côté (Verdier) et L’Esprit de retour (Seuil).

Emmanuelle LOYER: Sebald, Lévi-Strauss et les contre-allées de l'Histoire
Claude Lévi-Strauss est une des références explicitement citées par Sebald. Quand bien même elle n'existerait pas, la déambulation rêveuse dans un monde saccagé d'un narrateur sebaldien, en proie aux doutes, à la dépression et parfois à la torpeur, la précision de l'onomastique naturaliste, le souci de l'Histoire et l'attention géographique au paysage rappellent le protocole littéraire de Tristes Tropiques en particulier. À travers ce rapprochement, nous aimerions attirer l'attention, entre autres, sur un des horizons du travail littéraire de Sebald, également à l'œuvre sur le plan de la poétique savante chez Lévi-Strauss: une commune nostalgie à l'égard des "Belles Lettres", un régime de vérité où littérature et sciences sont indistinctes avant que le XIXe siècle ne produise un découpage des savoirs qui fut aussi un découplage.

Professeur des universités, Emmanuelle Loyer enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris. Spécialisée dans l'histoire culturelle des sociétés contemporaines, elle a travaillé sur les pratiques et politiques artistique (en collaboration avec Antoine de Baecque, Le Festival d'Avignon, Gallimard, 2007), sur l'exil et les phénomènes intellectuels transnationaux (Paris à New York. Intellectuels et artistes en exil, 1940-1947, Grasset, 2005). Plus récemment, elle s'est intéressée aux rapports entre littérature et sciences sociales et travaille désormais à une enquête biographique sur Claude Lévi-Strauss.

Michael NIEHAUS: Nach der Fiktion. Poetologische Figurationen bei W.G. Sebald
W.G. Sebalds Werk steht für eine Literatur, der die‚ bloße Fiktion’ suspekt ist. Fiktion erscheint - insbesondere nach Maßgabe ihrer Beliebigkeit - auch in ethischer Hinsicht fragwürdig. Die daraus resultierende Lage wird meist so interpretiert, dass das Verhältnis von Dokumentarischem und Fiktion problematisch geworden sei. Demgegenüber möchte dieser Beitrag die Angemessenheit Fiktionsbegriffs selber hinterfragen. "Fiktionalität" ist keine naturwüchsige Kategorie, sondern ein Status, der literarischen Texten im Allgemeinen erst seit einiger Zeit zugesprochen wird. Obwohl Sebald die ethische Verpflichtung auf das Dokument betont, verwendet er den fiktionalen Status zunehmend ebenfalls als globale Lizenz zur Abweichung vom Dokumentarischen. Bei der Analyse des hieraus resultierenden Spannungsverhältnisses wird die Figuration eines "Ich" als vermittelnder Instanz zwischen Fiktion und Dokument eine besondere Rolle spielen.

Michael Niehaus ist Professor für "Neuere deutsche Literatur - Intermedialität/Interkulturalität" an der TU Dortmund. Promotion 1993 über monologische Prosaformen im 20. Jahrhundert; Habilitation 2003. Arbeitsschwerpunkte u.a.: Literatur und Institution, Erzählliteratur des 19. bis 21. Jahrhunderts, intermediale Narratologie, W.G. Sebald. Letzte Buchveröffentlichungen: Das Buch der wandernden Dinge (2009); Franz Kafka: Erzählungen (2010); Erschöpfendes Interpretieren. Eine exemplarische Auseinandersetzung mit Heinrich von Kleists "Das Bettelweib" von Locarno (2013).

Muriel PIC: Deviner le passé. Remarques sur l'a-chronologie chez W.G. Sebald
Plusieurs ouvrages de Michel Foucault sont inventoriés dans la bibliothèque de travail de Sebald et les références au philosophe français sont repérables dans la prose documentaire de l’auteur. D’une épistémè de la ressemblance, surdéterminée dans Les Anneaux de Saturne, à l’intrigue morphologique élaborée à partir du panoptique dans Austerltiz, nous voudrions montrer comment la pensée de Foucault participe d’une enquête sur les modes institués de la connaissance de soi. Ce sera donc au rapport établi par l’œuvre de Sebald entre politique et "substance éthique" que sera consacré notre propos.

Muriel Pic est chercheuse FNS à l’Université de Neuchâtel. Les pratiques littéraires du document dans le rapport à l’image et aux discours historique et scientifique sont l’un de ses domaines de recherche. Elle a organisé le cycle de conférences Politique de la mélancolie sur Sebald au Centre Pompidou (février 2011) et assuré le commissariat de l’exposition des archives de l’auteur pour l’exposition de Valérie Mréjen Sebald Fiction.  Elle développe par ailleurs une œuvre plastique et littéraire (Les désordres de la bibliothèque, Filigranes, 2010).
Publications
Muriel Pic, W.G. Sebald. L'Image papillon, Presses du Réel, 2009.
À paraître en mai 2014, deux ouvrages sur les archives de la poétesse suisse romande Edith Boissonnas:
La vie est libre. Edith-Boissonnas et Jean Dubuffet. 1945-1980. Correspondance et critiques d’art, Genève, Zoé.
Mescaline 55. Boissonnas, Paulhan, Michaux, Paris, Ed. Claire Paulhan.

Karine WINKELVOSS: "Peur du faux" et "authenticité esthétique" chez W.G. Sebald
L’œuvre de Sebald est marquée par la "peur du faux" et par le souci constant de l’"authenticité esthétique". Cette question est liée, bien sûr, à l’aspect documentaire et au rapport entre factuel et fictionnel, mais elle concerne aussi l’expression des émotions ("car il y a aussi des émotions fausses", dit-il) dans une écriture qui recherche l’empathie, mais redoute par-dessus tout l’usurpation et le kitsch "mélodramatique". L’économie émotionnelle de l’écriture de Sebald, sa réflexion sur les formes de l’émotion et leur rapport à l’histoire, la question du rapport entre pathos et distance critique, est un enjeu éthique et politique central de son œuvre.

Karine Winkelvoss est maître de conférences en littérature de langue allemande à l’Université de Rouen. Elle a publié une vingtaine d’articles sur Rilke, Trakl, Thomas Mann, Handke et Sebald.
Publications
Rilke, la pensée des yeux, préface de G. Didi-Huberman, PIA, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2004.
Rilke, Belin, 2006.
(dir., avec F. Bancaud), Poétiques de la métamorphose dans l’espace germanique et européen, PURH, 2012.


Marie-Jeanne ZENETTI: L'effet de document. Travail littéraire du dispositif documentaire dans l'œuvre de W.G. Sebald et de quelques contemporains
W.G. Sebald affirme volontiers que l’histoire du peintre Matthias Grünewald "[l]’intéresse beaucoup plus que le présent" et revendique l’influence de la fiction romanesque allemande du XIXe siècle ou des essayistes anglais des XVIIIe et XIXe siècles. Pourquoi alors son œuvre, hantée par l’Histoire et par les fantômes des disparus, nous paraît-elle si contemporaine? Si elle exerce une telle puissance de fascination, c’est qu’elle répond de façon singulière à un problème qui traverse de façon obsédante le paysage littéraire et artistique actuel, et qui a trait aux modalités de représentation et de ressaisie du réel: elle réfléchit et emblématise la place accordée au document dans l’épistémè et les représentations. L’insertion de documents, qu’il s’agisse de photographies ou de pièces d’archive, obéit à une logique de présentation d’objets prélevés plus que de représentation de la réalité. Elle privilégie la collecte d’indices à la création ex nihilo, engageant ainsi l’écriture et la réception sur le terrain de l’enquête, selon un principe qui se manifeste de façon insistante sur la scène culturelle contemporaine. Dès lors, le rapport que le texte entretient à la réalité change: il ne repose plus, comme c’était le cas dans le récit réaliste, sur le contenu représenté et sur "l’effet de réel" théorisé par R. Barthes. Chez Sebald, le lien au réel semble garanti avant tout par le recours à une forme: celle du document. Original ou apocryphe, critiqué ou détourné sur le mode de la fiction, le document, avant même de faire signe vers le fait qu’il documente, se signale au lecteur en tant que document, c’est-à-dire en tant qu’il relève d’une catégorie d’artefacts auxquels la société contemporaine accorde de façon privilégiée la capacité de donner accès au passé. Sa présence dans l’œuvre, sur le mode de la citation, permet de confronter différents types de discours chargés de ressaisir l’Histoire et de repenser la place du discours littéraire parmi eux.

Marie-Jeanne Zenetti est docteur en littérature comparée, maître de conférences en littérature française à l’Université Lyon 2 et membre de l’équipe d’accueil Passages XX-XXI. Sa thèse, "Factographies, littératures de l’enregistrement à l’époque contemporaine", paraîtra fin 2013 aux éditions Classiques Garnier. Elle travaille en particulier sur les liens entre littérature contemporaine et photographie, document, documentaire ainsi qu’art contemporain. Elle a codirigé le numéro 166 de la revue Littérature consacré aux Usages du document en littérature.



Ecrire avec Sebald, écrire avec des documents, table ronde avec Gwenaëlle AUBRY (Quel roman après le temps?), Lukas BÄRFUSS, Alban LEFRANC et Oliver ROHE

Gwenaëlle AUBRY: Quel roman après le temps?
Les romans de Sebald organisent un face-à-face entre des fantômes (des absences en quête de présence) et des mélancoliques (des présences hantées par l'absence). Les lisant, on croit d'abord pénétrer dans une sorte de palais de mémoire: la phrase sinueuse, les discours enchâssés, le gris de poussière et de cendres qui teinte mots et images, en dessinent l'architecture fastueuse et ruinée. Pourtant, très vite, on s'éprouve captif d'un autre envoûtement. On est pris dans les rêts d'un temps fixe, arrêté. Pas d'avenir, ni même de présent, mais la traque inlassable des "traces que laissent les douleurs passées". Pas de résurrection ni de réminiscence: pas de temps retrouvé.
À ceux qui viennent après, il faut inventer une autre forme de mémoire et peut-être de roman. L’œuvre de Sebald pose alors une (la) question essentielle: comment conjuguer la sidération et le mouvement? La fidélité et l’oubli? La hantise et ce qui, prose ou vie, va de l’avant?

Gwenaëlle Aubry est écrivain et chercheur en philosophie au CNRS. Elle est l’auteur d’essais, de traductions du grec ancien et de six romans, parmi lesquels Personne (Mercure de France, prix Femina 2009) et Partages (Mercure de France, 2012). Elle a aussi consacré deux courts textes à Sebald: "Le page blanc", (dans WGS Face à Sebald, Editions Inculte, 2011) et "L'extase de l'archive" (dans Le lieu de l'archive, Supplément à la Lettre de l'IMEC, 2012).

Oliver ROHE
Né en 1972, Oliver Rohe habite à Paris. Il est Membre fondateur du collectif et des éditions Inculte, pour lesquelles il a co-dirigé le volume monographique Face à Sebald, paru en 2011, il a écrit également des pièces radiophoniques et collabore à plusieurs revues. Ses livres sont traduits en allemand, anglais et italien.
Publications
Défaut d'origine, roman, Allia, 2003.
Terrain vague, roman, Allia, 2005.
Un peuple en petit, roman, Gallimard, 2009.
Ma dernière création est un piège à taupes, fiction biographique sur Mikhaïl Kalachnikov, Editions Inculte, 2012.




25 minutes avec W.G. Sebald, film documentaire de Martina WACHENDORFF-PÉRACHE
À partir d’images d’archives, ce petit film explore la biographie de l’écrivain. Depuis sa lecture pour le Ingeborg Bachmann Preis en 1990 jusqu’à une discussion avec un journaliste hollandais au sujet de l’humour, il s’agit de conférer à l’auteur une présence différente, plus personnelle, moins académique.

Avec le soutien
du DAAD,
de l'Université de Paris 3,
de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme de Paris (FMSH),
du Goethe-Institut
et
de l'Ambassade de la République fédérale d'Allemagne à Paris

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