" Page mise à jour le 3 août 2009
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DU LUNDI 20 JUILLET (19 H) AU JEUDI 30 JUILLET
(14 H) 2009
LA SÉRENDIPITÉ DANS LES SCIENCES,
LES ARTS ET LA DÉCISION
DIRECTION : Pek Van ANDEL, Danièle BOURCIER
ARGUMENT :
La Sérendipité est le don, grâce à
une observation surprenante, de faire des trouvailles
et la faculté de découvrir,
d’inventer ou de créer ce qui n’était
pas recherché. De multiples exemples
montrent l’importance de la Sérendipité dans l’histoire
des sciences et des techniques, dans l’art, et dans
le domaine de la décision. La notion (issue
de l’aventure des Trois princes de Sérendip,
conte persan du XIIIème siècle
repris par Voltaire dans Zadig) est peu
utilisée en France, même si le sociologue
Robert Merton et l’écrivain Umberto Eco lui
ont consacré des développements importants.
Pourtant dans une société de plus en plus rationalisée,
la créativité et le hasard ont souvent partie
liée.
Cette décade réunira des chercheurs,
des artistes, des philosophes, des logiciens,
des inventeurs, des politiques, des pédagogues
sur un objet interdisciplinaire paradoxal: quelle
leçon peut-on apprendre de l’inattendu?
Expériences vécues et récits
d’aventures, témoignages de grands témoins,
ateliers de découverte musicale
ou théâtrale, groupes de réflexion
alterneront pour partager les multiples approches
de cette aptitude étrange.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi
20 juillet
Après-midi:
ACCUEIL
DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation
du Centre, des colloques et des participants
Mardi
21 juillet
Matin:
Pek Van ANDEL & Danièle
BOURCIER: Pourquoi un colloque sur la sérendipité?
Histoire d’une notion
François FLAHAULT:
Tirer parti de l’imprévu
Après-midi:
Lecture du texte "The guarded secret of the unpected ways
in which medical discoveries are actually made" de Morton A.
Meyers (spécialiste américain de la sérendipité
en médecine)
"on
en cause...", Echange entre tous les participants
Geneviève
LASSUS: Les yeux fermés
Vernissage des expositions
de peinture de Geneviève LASSUS
et Josée LANDRIEU
Soirée:
Jeux,
avec Pierre BERLOQUIN
Mercredi
22 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Jean-Marie BROM: Sérendipité
et heuristique dans la démarche scientifique
Jean-Michel KANTOR:
D'où viennent les idées justes?
Pierre BERLOQUIN: Brisons le toit de la maison
Après-midi:
Sérendipité,
fiction et innovation (Sophie CATELLIN)
Bauduin JURDANT: Fiction, coïncidence
et rôle des questions traversières
Sylvie CATELLIN: Enquêtes
et sérendipité
Laurent LOTY: Sérendipité
et indisciplinarité: découvrir en forçant
le hasard, enjeux pour une politique
scientifique
Atelier: Sérendipité et arts
de la scène: "L’inattendu en scène",
avec Marion BOUDIER, Chloé
DÉCHERY et Olivier NORMAND
Jeudi
23 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Sérendipité et émergence:
zoner et observer l'émergence (Josée LANDRIEU)
Josée LANDRIEU: Entre
sérendipité et émergence: questions
sur le rapprochement des termes
Marc HATZFELD: Catastrophe et
élan de vie: l'émergence d'une conscience
nouvelle?
Etienne LE ROY: Bricolages anthropologiques
pour promouvoir un dialogue entre
univers référentiels
Après-midi:
Sérendipité et émergence:
zoner et observer l'émergence (Josée LANDRIEU)
Josée LANDRIEU:
Observer l'émergence. Voir sans regarder, toucher
sans saisir: la mesure des choses
Alain SAULIÈRE: Autour
d'un plan-séquence
Marc HATZFELD: Zoner, une errance
dans l'émergence
Vendredi
24 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Musique concrète, sérendipité
et créativité: la dialectique du "faire et entendre"
(Evelyne GAYOU)
Evelyne
GAYOU; Emmanuel FAVREAU; Daniel TERUGGI
Après-midi:
DÉTENTE
Soirée:
Hommage à François ASCHER,
table ronde animée par Sylvain ALLEMAND avec Georges AMAR, Mireille
APEL-MULLER, Alain BOURDIN, Xavier FELS, Edith HEURGON et Jacques LÉVY
Samedi
25 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Villes
et sérendipité
Jacques LÉVY: La serendipity
comme compétence. Gérer les virtualités
de l'espace urbain à l'âge de la société
des individus
Georges AMAR:
Sérendipité, mobilité, poétique
Après-midi:
Prospective
et sérendipité
Saphia RICHOU: Que peut-on apprendre
de l'inattendu en prospective?
Carole LIPSYC: La sérendipité,
processus cognitif et sémantique du média-numérique
Atelier: Sérendipité et arts
de la scène: "L’inattendu en scène",
avec Marion BOUDIER, Chloé
DÉCHERY, Olivier NORMAND
et Guillermo PISANI
Soirée:
Logistique, aventure et sérendipité:
le cas des expéditions
polaires, avec Pascal CROSET
et Pascal LIÈVRE
Dimanche
26 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Francis DANVERS: La sérendipité:
un concept novateur pour s’orienter dans
la vie?
Béatrice LEHALLE: La sérendipité au regard
de la psychanalyse
Danielle TRETON: Parler-dire l'in-entendu
Après-midi:
Anecdote archéologique de Guy GRENET
Denis LABORDE: Improvisation,
sérendipité, indétermination
Lundi
27 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Sérendipité,
synchronicité et mathématiques
Robert VALLÉE: Quelques aspects
de la sérendipité en mathématiques
François
DUBOIS: Double découverte et sérendipité
Après-midi:
Jean-Jacques
SZCZÉCINIARZ: Construire une théorie nouvelle,
stratification et propagation au sein du corpus mathématique.
Analyse partielle du cas de la théorie
de Galois
Mardi
28 juillet
Matin:
"On
souffle sur les braises de la veille"
Décision, sérendipité
et politique (Danièle BOURCIER)
Jean-Michel
SAUSSOIS: Effets pervers, inanité et sérendipité
dans les politiques publiques
Danièle BOURCIER: Qu'est-ce
que la sérendipité législative?
Après-midi:
Décision,
sérendipité et politique (Danièle BOURCIER)
Pompeu
CASANOVAS & Martha POBLET: La médiation ou la puissance
imaginative du dialogue
Table Ronde : Sérendipité et science-fiction, animée
par Pierre BERLOQUIN, avec le colloque Comment rêver la science
fiction à présent?
Atelier: Sérendipité et arts
de la scène: "L’inattendu en scène",
avec Marion BOUDIER, Chloé
DÉCHERY, Olivier NORMAND
et Guillermo PISANI
Soirée:
Jeux,
avec Pierre BERLOQUIN
Mercredi
29 juillet
Matin:
Jean RICARDOU: Roman: des
inventions inattendues
Etienne KLEIN: La genèse
de la physique quantique: entre hésitations
et fulgurances
Après-midi:
Sérendipité et web 2.0 (Christophe AGUITON)
Dominique CARDON: La force des
coopérations faibles
Nicolas AURAY: La carte comme
outil d'opportunité: BUTINER, TRAVAILLER, PRENDRE
Denis PANSU: Innovation numérique,
réseaux ouverts et connexions aléatoires
Christophe AGUITON:
Du plan à la carte
Soirée:
"L'inattendu
en scène": Les trois princes
de Sérendip, avec Marion BOUDIER,
Chloé DÉCHERY, Olivier
NORMAND et Guillermo PISANI
Jeudi
30 juillet
Matin:
Pek Van ANDEL: Les 40 cas de sérendipité
Les
effets de la sérendipité du colloque. Rallumer
les braises
Débat Général
Après-midi:
DÉPART
DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Christophe AGUITON:
Du plan à la carte
De nouvelles forme de cartographie sont en train d'apparaître;
des "cartes vivantes" basées sur les traces de nos activités
numériques: trafic des téléphones mobiles, géo-localisation
de nos activités sur le web et les réseaux sociaux.
Nous pouvons utiliser ces cartes comme des moteurs d'opportunités,
où notre simple "présence" peut créer des potentialités
de rencontres...
Pek van ANDEL &
Danièle BOURCIER: Pourquoi
un colloque sur la sérendipité?
Histoire d’une notion
Une notion multiple et ouverte
La sérendipité est considérée
comme la capacité de découvrir, d’inventer, de créer
ou d’imaginer quelque chose de nouveau sans l’avoir cherché
à l’occasion d’une observation surprenante qui a été
expliquée correctement. La sérendipité ne commence
pas par une savante hypothèse ou avec un plan déterminé.
Elle n’est pas due seulement à un accident ou au hasard. Les
milliers de grandes ou petites innovations qui ont jalonné l’histoire
de l’humanité ont un élément commun: ils n’ont
pu se transmettre que parce qu’un observateur, un expérimentateur,
un artiste, un chercheur à un certain moment a su tirer profit
de circonstances imprévues.
La sérendipité recouvre ce que les Sophistes
disaient déjà cinq siècles avant J-C qu’on ne peut
pas chercher ce qu’on ne connaît pas parce qu’on ne sait pas
ce qu’on doit chercher. Pour découvrir quelque chose de nouveau
on ne peut pas dériver le nouveau de l’ancien, ni le connu de
l’inconnu. Si on était capable de le faire, le résultat
ne serait ni inconnu, ni nouveau. Pour une véritable innovation,
on a aussi besoin d’un élément imprévisible, comme
d’une observation surprenante expliquée ensuite correctement.
Le droit exige même cet élément inattendu, imprévisible,
non évident, pour qu’une invention soit brevetable.
La première monographie sur la pratique
et la théorie de la sérendipité est celle des
sociologues des sciences Robert K. Merton & Elinor G. Barber,
intitulée The Travels and Adventures of Serendipity, A study
in Historical Semantics and the Sociology of Science publiée
aux Presses de Princeton (2004).
Pourquoi ce colloque?
L’approche que nous souhaiterions partager est différente.
Il ne s’agit pas de proposer un colloque en sociologie des sciences,
mais de faire réfléchir, à partir de cas et
d’expériences, une communauté de chercheurs, d’artistes,
de décideurs sur ce phénomène qui se retrouve
dans les sciences et les techniques mais aussi dans les arts et dans
la politique, le droit et les sciences de la décision. Notre
livre De la sérendipité dans la science la technique,
l’art et le droit (L’Act Mem, 2009) insiste sur la narrativité
de ce sujet et sur les rapports étroits que l’on peut entrevoir
entre fiction et non-fiction. La sérendipité est une somme
infinie d’expériences individuelles.
Le projet de ce premier colloque en France sur le sujet
a surgi de la rencontre de deux chercheurs. Pek van Andel, chercheur
en médecine, a collectionné pendant des années,
parallèlement à sa recherche, des exemples et des textes
sur la sérendipité. Danièle Bourcier, juriste,
travaillant sur la légistique (l’écriture des normes)
et les politiques publiques (les effets pervers), découvre lors
d’un séjour aux Pays-Bas en 1994 que ni le mot ni le concept n’existent
en français. Pourtant le phénomène intéresse
toutes les disciplines scientifiques, y compris le droit et la politique.
Les auteurs commencent à publier ensemble sur ce sujet pour l’introduire
en France.
Le phénomène de sérendipité
est soit inconnu soit la cible de nombreuses critiques. Est-ce un
concept pertinent pour la recherche? En pratique une vraie découverte,
invention, création est toujours la combinaison d’un élément
étonnant et d’une vérification pertinente. Nous pensons
que la recherche systématique et la sérendipité
ne s’excluent pas, au contraire elles se complètent et même
se renforcent. En science et en général dans l’action, il
faut planifier, mais un plan n’est jamais sacré: des milliers d’événements
inattendus ou d’effets non anticipés interviennent dans le cours
d’une expérience ou d’un projet dont un bon chercheur doit
savoir se servir. Il en est de même pour tout type de création.
Ce colloque voudrait, dans une culture dominée par le cartésianisme,
mais où l’ingéniosité a toujours cohabité
avec la raison, réhabiliter le génie de l’empirie quand
il s’exerce sur "des esprits préparés" (Pasteur). Hymne
à la liberté de chercher et de trouver, ce phénomène
concerne chercheurs et créateurs de toutes disciplines et de tous
les domaines de l’action.
Nicolas AURAY: La carte comme
outil d'opportunité: BUTINER, TRAVAILLER, PRENDRE
Références Bibliographiques :
2007, Auray, N., "Folksonomy: a New Way to Serendipity", Communications
and Strategies n°65, pp. 67-91.
2007, Auray, N. et Gensollen, M., http://ses.telecom-paristech.fr/auray/AurayGensollenGout.pdf,
"Internet et la synthèse collective des goûts", Désirs
à vendre, Assouly, O., éd., PUF.
2009, Auray N., http://ses.telecom-paristech.fr/auray/AurayTravailEnReseauxFYP2009.pdf,
"De Linux à Wikipedia. Régulation dans les collectifs de
travail massivement distribués", in Licoppe, C. (éd.), L’évolution
des usages et des pratiques numériques, FYP éditions.
2009, Auray N., http://ses.telecom-paristech.fr/auray/AuraySolidarit%E9ElectroniqueFYP2009.pdf,
"Communautés en ligne et nouvelles formes de solidarité",
in Licoppe, C. (éd.), L’évolution des usages et des
pratiques numériques, FYP éditions.
Danièle
BOURCIER: Qu'est-ce que la sérendipité législative?
Le droit est trop humain pour prétendre
à l’absolu de la ligne droite. Sinueux, capricieux, incertain,
tel il nous est apparu - dormant et s’éclipsant mais au hasard,
et souvent refusant le changement attendu, imprévisible par le
bon sens comme par l’absurdité. Jean Carbonnier
Le Code Napoléon avait élaboré une
loi successorale destinée à empêcher la concentration
du patrimoine sur la tête d’un seul héritier: comment
réagirent les pères de famille qui ne voulaient pas démanteler
leur propriété? Ils ripostèrent par le fils unique...
Comme le dit si subtilement le fondateur de la sociologie législative
en France, le droit ne répond qu’imparfaitement à la
rationalité dont il se pare. Et pourtant rien n’est moins soumis
à l’arbitraire et au hasard que l’écriture du droit. Procédures,
règles, institutions, modes d’argumentation, expertise, figures
de rhétorique sont conçus et organisés pour répondre
à cette rationalité spécifique au droit qui vise à
ajuster les moyens aux buts (zweckrational). Dans ces conditions,
comment une méthode aussi rationnelle de décision collective
peut elle quand même provoquer des effets surprenants que le Parlement
n’a pu anticiper?
Le sociologue des sciences R.-K. Merton publia en 1936
un article sur un phénomène similaire: les conséquences
inattendues, non prévues, voire contreproductives des actions
et des décisions humaines. Dans Flexible Droit encore,
Jean Carbonnier a consacré quelques pages aux effets imprévus
des lois: "Ne peut-il arriver que des textes, tout en ayant effet,
aient un autre effet que celui que leur auteur ait voulu. C’est, distinct
du problème de l’effectivité, le problème de
l’incidence". Ces deux approches renvoient à un même
phénomène que l’on appelle, dans d’autres disciplines,
sérendipité.
La sérendipité décisionnelle
renvoie à cette classe de phénomènes inattendus issus
d’un projet rationnel qui contredisent les effets visés par
la décision. La sérendipité législative,
plus spécifiquement, consiste pour tout acteur plongé
dans la complexité des normes, à tirer profit de l’interprétation
qui lui semblera la plus favorable, ou à contourner simplement
l’objectif affiché de la loi par n’importe quel moyen légitime,
comme le pater familias du code civil que nous avons cité.
Les effets inattendus des lois peuvent être incidents ou secondaires.
Mais certaines lois ou décisions produisent des effets contraires
aux effets espérés par le décideur ou le législateur
de façon délibérée ou non. On appelle
effets pervers ce type de phénomène. La science
politique américaine parle de perverse incentives, et
en France, dans les politiques publiques, on parle aussi de stratégies
absurdes. Comment caractériser ce phénomène?
Est-il le résultat d’une erreur ou d’un manque de préparation?
Comment a-t-on cherché à le circonvenir?
J’analyserai les effets inattendus de l’application des
lois à partir de cas puisés dans l’action publique de
ces dernières années. Je les caractériserai
comme des exemples de sérendipité législative. En conclusion,
je verrai de quelle façon la sociologie législative
a apporté dans l’art de légiférer quelques solutions
aux effets imprévus des lois comme les études d’impact
qui peinent encore à être mises en place.
Jean-Marie BROM: Sérendipité
et heuristique dans la démarche scientifique
Depuis quelques années, avec le développement
de l’informatique et quels que soient les
domaines scientifiques, la démarche heuristique
tend à détrôner la démarche
logique et cartésienne. Cette session
aura pour objectif de poser la question suivante: "la sérendipité
suppose-t-elle une démarche heuristique?". Le débat
sur l'heuristique devrait nous faire réfléchir
sur les aspects politiques des méthodes
scientifiques: la démarche déductive
favorise ceux qui la mettent en place, la démarche
heuristique met en avant l'apprentissage collectif
et la participation de la communauté. L'une
est plutôt autoritaire et contrôlée,
l'autre plus décentralisée et répartie.
Cette session réunira des chercheurs de différentes
disciplines pour comparer les effets de cette tendance.
Reconnaître le rôle de la sérendipité
n'impliquerait-il pas une autre façon d'apprendre et de
faire de la recherche? Et de faire appel à des politiques
scientifiques plus ouvertes, plus coopératives et
partant plus efficaces?
Dominique CARDON: La
force des coopérations faibles
Une des principales caractéristiques du web 2.0 est
la prolifération de sites participatifs où les contenus
sont apportés par les utilisateurs et où se multiplient
les interactions entre acteurs. Pour mieux comprendre la nature de ces
interactions et leur mode opératoire, nous avons tenté
de construire un modèle basé sur la "force des coopérations
faibles" où les acteurs commencent par une action — écrire
sur un blog, publier une photo, changer sa phrase de statut — sans en
connaître le résultat...
Pompeu CASANOVAS
& Martha POBLET: La médiation ou la puissance imaginative du
dialogue
L’art de l'inventio (la première partie de
la dialectique classique) a disparu de la philosophie politique et juridique
européenne au XVIIIème siècle. L’État,
qu’il s’agisse de l’État des monarchies absolues ou de l’Etat
de droit qui l'a suivi, a alors été construit sur des formes
de raisonnement fondées sur le syllogisme judiciaire (judicium)
qui correspondait à la deuxième partie de la dialectique.
Les méthodes juridiques du XIXème siècle (Savigny,
Jhering, Gény...) ont subsumé la créativité
des solutions possibles sous l’art de l’interprétation normative,
et la formalisation des normes du XXème siècle, qui n'a
pas saisi la différence, a suivi cette même voie. Ce n’est
qu’avec la mondialisation, Internet, l’apparition du Web 2.0 et 3.0 (l’Internet
des objets) et les nouvelles formes de la médiation, Online Dispute
Resolution (ODR) et CM (Conflict Management), que la structure de l’inventio
émerge dans les formes régulatoires du droit contemporain
de façon généralisée. Cela veut dire que les
formes de la gouvernance et les droits peuvent être fondés
à nouveau sur la créativité inattendue des accords,
s’appuyant sur des technologies de la communication (e.g. mobile technologies).
Une nouvelle forme, plus libre, de concevoir la citoyenneté est
à l’origine de cette métamorphose. Dans notre intervention,
centrée sur la structure et le processus de la médiation,
nous fournirons des exemples de cette créativité émergente
dans les interactions juridiques et plus généralement sociales.
Sylvie CATELLIN: Enquêtes
et sérendipité
Parmi les nombreuses versions et adaptations du conte de Serendip,
deux œuvres sont à distinguer, car elles introduisent un élément
radicalement nouveau dans la structure narrative de leur modèle:
le suspens. L’Histoire véritable ou le Voyage des Princes Fortunez
de Béroalde de Verville (1610) et Zadig ou la destinée
de Voltaire (1748) font par là-même figures de précurseur
d’un genre littéraire, le récit policier, dont la narration
permet de rendre compte d’un processus de découverte au travers
d’une enquête, et transforme ainsi l’acte de lecture en expérience
de connaissance.
Francis DANVERS: La sérendipité:
un concept novateur pour s’orienter
dans la vie?
S’orienter dans l’existence, c’est faire un choix
dans un univers de contraintes. En quoi la notion
de "sérendipité" peut-elle nous aider
à repositionner le rôle du sujet, acteur-auteur,
compositeur de son projet de vie? L’avenir est ouvert
(le pire n’est jamais sûr !). Un parcours de vie bifurque,
une trajectoire socio-professionnelle n’est jamais
lisse, un plan de carrière résiste à
toute programmation rigide dans un monde en mutation accélérée.
A partir d’une conception anthropologique de l’orientation
dans l’existence, nous montrerons que "le don de faire
des trouvailles" peut s’apprendre dans certaines conditions
et s’ouvrir à une pédagogie de la créativité
et de l’erreur féconde.
Références Bibliographiques
:
Danvers, F., 2009, S’orienter dans la vie: 500
mots-clefs, Villeneuve d’Ascq: Presses
universitaires du Septentrion (à paraître).
Danvers, F., 2006, Modèles, concepts
et pratiques en orientation des adultes,
Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires
du Septentrion, 249 p.
François DUBOIS:
Double découverte et sérendipité
Dans cette contribution, nous rappelons d'abord quelques exemples
de double découverte. Bien entendu, ils fourmillent dans le livre
de P. van Andel et D. Bourcier (2009). Nous insistons tout particulièrement
sur l'exemple de la controverse entre I. Newton et G. Leibniz lors de la
construction du calcul infinitésimal. Plus récemment, la
découverte simultanée du "quark charmé" J-ψ en 1974
par B. Richter et S. Ting a donné lieu à un jeu coopératif
avec publication des deux articles dans le même numéro de
la Physical Review !
Dans un second temps, nous tentons de donner un cadre théorique
à la double découverte à l'aide de l'hypothèse
fractaquantique, paradigme que nous développons depuis 2002. L'idée
est de forcer une lecture du monde à notre échelle (entre
autres) avec les outils classiques de la mécanique quantique, partant
de l'hypothèse que cette approche étant opératoire
pour la micro-échelle, elle doit certainement l'être aux échelles
plus grandes. Bien entendu, cette démarche, voisine d'autres
propositions comme celles de L. Nottale (1998) ou M. Mugur-Schächter
(2006), reste une hypothèse largement spéculative qui pemet
toutefois de faire émerger des analogies troublantes. La double
découverte permet la controverse ou le jeu coopératif selon
les cas. Elle permet de fait la "mesure", au sens du processus de mesure
par projection orthogonale dans le paradigme de la mécanique quantique.
Mesure faite par le corps social sur les chercheurs individuels pour la
double découverte. De façon analogue à la mesure faite
par le corps social lors d'une élection, processus que nous avons
interprété (2009) avec les outils quantiques.
La sérendipité, c'est-à-dire l'opportunité
de trouver quelque chose que l'on ne cherche pas, est de nature plus intime
que la double découverte. Nous proposons dans une troisième
partie d'en donner une lecture en termes fractaquantiques. La première
phase de rêverie lors du travail du chercheur peut être
associée à l'évolution libre de "l'atome" (qui
est ici l'être humain en situation de chercheur) et le second
temps de la remarque, de l'écriture, de la pensée consciente
peut être associée au processus de mesure. Processus qui
permet ensuite une lecture de l'état du monde par l'ensemble des
observateurs. Et le hasard qui est central en sérendipité
n'est peut être pas sans relation avec les probabilités de
la mécanique quantique qui sélectionnent le résultat
de l'observation parmi les valeurs propres de l'opérateur sous-jacent
à la mesure! La difficulté fondamentale, classique en sciences
cognitives, est que "le sujet" de l'expérience est également
"l'objet" de cette expérience, et nous renvoyons bien sûr
aux travaux fondateurs de F. Varela (1993) sur la "position en première
personne". Revue dans le paradigme fractaquantique, la sérendipité
pose en fait le problème de la mesure à une même échelle
où l'on ne peut plus distinguer l'observateur de "l'atome" observé.
Références Bibliographiques :
P. van Andel, D. Bourcier. De la sérendipité
dans la science, la technique, l'art et le droit ; leçons de l'inattendu.
L'Act Mem, Chambéry, 2009.
F. Dubois. "Hypothèse fractaquantique", 5th Congress of
the European Union of Systemics, Heraklion, Creta, and Res-Systemica,
volume 2, octobre 2002.
F. Dubois. On Voting Process and Quantum Mechanics, Proceedings
of the workshop "Quantum Interaction", Saarbrücken, 25-27 march
2009, Lecture Notes in Computer Science, number 5494 (P. Bruza
et al Eds), p. 200-210, Springer, 2009.
M. Mugur-Schächter. Sur le tissage des connaissances,
Hermès, Paris, 2006.
L. Nottale. La relativité dans tous ses états,
Hachette, Paris, 1998.
B. Richter et al. Discovery of a Narrow Resonance in e+ e- Annihilation,
Physical Review Letters, volume 53, number 23, p. 1406-1408,
1974.
S. Ting et al. Experimental Observation of a Heavy Particule J,
Physical Review Letters, volume 53, number 23, p. 1404-1406,
1974.
F. Varela, E. Thomson, E. Rosch. L'inscription corporelle de
l'esprit ; sciences cognitives et expérience humaine, Seuil,
Paris, 1993.
François FLAHAULT:
Tirer parti de l’imprévu
Les contes populaires européens font une large
place à une forme de sérendipité
qui consiste à tirer parti de l'imprévu:
un personnage, alors qu’il poursuit un but, fait
en chemin des rencontres, connaît différentes
péripéties. Y voit-il des obstacles
ou, au contraire, des opportunités? Je
montrerai comment les intrigues de ces contes témoignent
d'une vérité de l'existence humaine, révélant
ainsi une portée philosophique. Dans
une seconde partie, je témoignerai du rôle
que joue la sérendipité dans ma propre activité
de recherche en anthropologie générale et philosophie.
Marc HATZFELD: Catastrophe et
élan de vie: l'émergence d'une conscience
nouvelle?
L’idée d’émergence telle que nous la comprenons apporte
à celle de sérendipité une dimension qui à
la fois l’altère et la précise, c’est celle de catastrophe.
La catastrophe est empruntée à des auteurs modernes (de
René Thom au comité invisible) qui l’utilisent pour évoquer
une rupture dans le déroulement de l’histoire, rupture dont l’issue
est aussi neutre qu’incertaine. Dire que l’émergence d’une conscience
nouvelle est catastrophique ne signifie pas qu’elle apporte un grand malheur,
mais sans doute qu’elle exige des hommes un effort d’ajustement. Car il
s’agit d’un moment bref et intense qui forcément prend de court.
Ce que nous suggèrent les modèles de la catastrophe est que
plus un milieu est turbulent, plus les chances de biffurcations ou de catastrophes
sont nombreuses. Biffurcation, catastrophe, ruptures, désastre
sont des métaphores suggérant non seulement un changement
dans les conditions d’existence offertes aux hommes, mais un changement
soudain dans leur conscience, leur regard intérieur. La parenté
de ce modèle avec celui de la sérendipité est qu’il
échappe lui aussi à la logique causale. On ne sait pas quand,
ni même si la catastrophe se produira car ses causes réduites
à des occasions déclenchantes peuvent être insignifiantes.
On soupçonne seulement que si le milieu observé est instable,
brouillon, flou, suractif, tendu à sa limite, les chances pour qu’une
catastrophe se produise induit une vigilance qui porte sur l’aléa
et non sur la déduction, sur l’intuition et non sur l’intelligence,
sur le rêve et non sur le projet. Sans que l’on puisse jamais prévoir
ni même anticiper la forme, la densité, les ondes de choc
et même l’occurrence de la catastrophe.
Marc HATZFELD: Zoner, une
errance dans l'émergence
La bienséance scientifique a inventé la méthode
comme toute église conçoit son dogme. La méthode
est une vieille sorcière érudite et revêche qui tape
sur les doigts de ceux qui prennent des risques émotionnels ou statistiques
avec le sacro-saint terrain. L’idée de base de la méthode
est que ce terrain détient la vérité, c’est son côté
sacré. Il conviendrait de ménager ce saint terrain par d’infinies
précautions de neutralité de façon à ce qu’il
veuille bien livrer cette vérité nue que nous restituerons
telles des pépites dans le creux de nos paumes au lecteur stupéfait.
Nous ne croyons pas au caractère sacré du terrain
parce que nous avons des doutes sérieux quant à une vérité
qui y serait enfouie comme un trésor. Ne croyant pas à la vérité
du terrain, finalement nous ne croyons qu’à pas grand chose dans cette
aventure scientifique car quel serait l’intérêt du terrain
qui risquerait de raconter des balivernes. La mécréance libère;
mécréants nous nous découvrons libres de toute méthode
fermée. Du coup nous apprécions justement les balivernes
du terrain comme des histoires d’enfant porteuses de sens caché,
parfois même indéchiffrable. Nous allons de l’une à
l’autre au gré des conteurs, de l’heure qu’il est et du sommeil qui
gagne. Nous appelons cela zoner, c’est une méthode qui se prétend
ouverte.
Zoner, c’est au fond accepter que nous avons renoncé à
observer d’autres sujets comme on observe des fourmis ou des myosotis. Et
que nous sommes avec les fourmis, les myosotis et les autres humains à
la fois sujets et objets d’observation, nous regardant les uns les autres
avec la stupéfaction des voyageurs à pied qui n’ont pas réservé
à l’auberge. C’est un grand soulagement et un intense plaisir. Zoner,
c’est confier aux étoiles le soin d’organiser nos terrains en y
tressant contraintes, aléas et silence. Nous savons ce que nous
voulons et nous nous laissons dériver au fil des heures et des chemins
vers où nous guide l’intuition de nos penchants et des accidents.
Zoner, c’est accepter d’être multiples et de confier à cette
multiplicité de jouer des effets de relief de la réalité.
Et c’est aussi admettre de n’être qu’un de sorte à rassembler
toute expérience aussi farfelue soit-elle dans la connaissance singulière
du sujet traité.
Jean-Michel
KANTOR: D'où viennent les idées justes?
Tombent-elles du ciel? Non.
Sont-elles innées? Non.
Elles ne peuvent venir que de la pratique sociale,
de trois sortes de pratique sociale: la lutte pour la production,
la lutte de classes et l’expérimentation scientifique. L’existence
sociale des hommes [et des femmes] détermine leur pensée.
Mao Zedong, 1963
Cette question à laquelle Mao Zedong a su
le premier répondre de manière péremptoire,
la sérendipité n’y répond que par une pirouette. Les
idées justes arrivent ... d'où?
Si le mot sonne si bien en anglais, c’est peut-être
qu’il ne reflète que lui-même, une fausse bonne
idée qui fait finalement pity (pitié).
Toute idée nouvelle n’est pas bonne, et toutes
les bonnes comme les mauvaises, arrivent selon des processus
encore mal connus faisant intervenir des millions de neurones.
Quand Kekulé rêve du benzène,
ou quand Alexander Fleming revient de vacances pour constater
la prolifération d’un champignon — la pénicilline
— ou pour se restreindre aux mathématiques comme nous le
ferons dans notre exposé — quand Poincaré découvre
les fonctions fuchsiennes en montant dans l’omnibus d’une
excursion géologique à Coutances (près d’ici),
quand Suslin profite vingt ans après d’une erreur accidentelle
de Henri Lebesgue, indigne de ce grand géomètre, il
y a certes "concours de circonstances" mais Poincaré n’est
pas n’importe qui et Suslin a l’aide de Luzin qui saisit immédiatement
l’ouverture vers un nouveau champ des mathématiques, la théorie
descriptive des ensembles.
Autrement dit: "Halte au hasard... !" Comme le proclamait
le regretté René Thom.
Peut-on déduire, de ces exemples, des hypothèses
sur le fonctionnement de l’imagination créatrice? Y a t-il
du nouveau depuis la célèbre enquête menée
par Hadamard dans "Essai sur la psychologie de l’invention dans le
domaine mathématique" (1959) ou même, depuis Pascal:
"Hasard donne les pensées et hasard les ôte.
Point d'art pour conserver ni pour acquérir" (Pascal,
Pensées 370, Brunschvicg, cité par Pierre Pachet,
L’oeuvre des jours)?
Il faut dès lors s’en remettre à notre
seul salut: l’espace. La métaphore de la recherche et de
l’exploration géographique, que vaut-elle?
Ah s’il suffisait de s’organiser un voyage, "le
Voyage des princes fortunés", de Béroalde de Verville.
Mais justement: il suffit d’être fortuné c’est-à-dire
d’avoir les moyens, les moyens intellectuels, d’être préparé
comme par l’échauffement du coureur de fond à la Murakami
qui vous met en état de saisir la rencontre, la chance, et de
s’apercevoir qu’on approche de Serendip, du Sri-Lanka.
Cette métaphore de l’exploration a été
exploitée par la phénoménologie, avec un succès
mitigé, que nous jaugerons sur des textes de Jean-Toussaint
Desanti.
Le serpent de mer géométrique réapparaît
d’ailleurs chez les cognitivistes, et Dehaene localise la géométrie
au fond à droite du lobe gauche.
Oui, les idées naissent de rencontres au
coin d’un bois, souvent, et l’on peut esquisser la dialectique
des hasards et des programmes, qui est la jouissance quotidienne
du mathématicien, le cocktail que nous nous préparons,
dosé au goût de chacun.
Etienne KLEIN: La genèse
de la physique quantique: entre hésitations
et fulgurances
Au
cours des années 1920, la physique a connu
un bouleversement majeur: on comprit que les atomes,
ces petits grains de matière qui avaient
été découverts quelques années
plus tôt, ne sont pas des objets tout à fait
ordinaires: leur comportement n’obéit pas aux lois
de la physique habituelle. Il fallut donc mettre au jour
de nouveaux concepts, de nouveaux principes, de nouvelles règles.
Cette entreprise a obligé les scientifiques à
abandonner, parfois dans la douleur, souvent dans l’ivresse,
quelques-uns des principes les mieux ancrés de la
physique classique. D’illustres credo se virent alors contestés
pour la première fois. En l’espace de quelques années,
le monde est devenu méconnaissable. Et les physiciens ont
dû inventer une nouvelle physique, la physique quantique,
celle de l’infiniment petit.
Une
décennie d'effervescence créatrice,
d'audace, de tourments et surtout d'intense labeur
a suffi à un petit nombre d’entre eux, tous jeunes,
européens, pour fonder l'une des plus belles constructions
intellectuelles de tous les temps. Dirac, Pauli, Schrödinger,
Einstein, Gamow, Majorana et d’autres, ce sont ces hommes
originaux que nous évoquerons, ainsi bien sûr
que leur façon singulière de faire des découvertes.
Créateurs d’une "poésie sophistiquée"
(Montaigne), ils ont affronté des problèmes entièrement
nouveaux, et résolu presque miraculeusement ce
qu’on est en droit d’appeler de véritables énigmes.
Denis LABORDE: Improvisation, sérendipité,
indétermination
Un
improvisateur serait-il un virtuose de la sérendipité
qui s’ignore? Comment concevoir ensemble improvisation et
sérendipité? Cette session
envisage ces questions en portant attention à la
planification dans des situations d’improvisation. Elle
prendra pour point de départ le monde du
jazz, où l’improvisation occupe une place canonique,
et concentrera son attention sur l’actio (l’agir
en cours) plus que sur l’actum (le résultat
de cette action). Comment un musicien engagé dans
une situation d’improvisation fait-il surgir dans l’environnement
des appuis qui guident son action? La notion
d’affordance,
thématisée par James Gibson (1979)
dans sa théorie écologique de l’action,
nous servira d’appui heuristique. De ce positionnement,
nous déduirons deux questions relatives
à la planification dans l’action, et à la figure de
l’acteur rationnel:
1. Si improviser, c’est traiter une situation, l’issue
de ce traitement n’est pas aléatoire.
Dans les formes artistiques dont il aura été
question jusqu’ici, l’improvisation est orientée
vers une finalité: produire un poème,
un chorus... Or, si elle est orientée vers
une finalité, l’improvisation ne peut plus être
un jeu de hasard: elle est un jeu d’adresse. Nous
voyons se dessiner une première ligne de
démarcation entre improvisation et sérendipité
;
2. Nous étendrons alors l’examen à l’analyse
de prises de décision en situation
d’incertitude dans des situations autres que
les situations musicales à finalité prescrite:
économie, expertises professionnelles
diverses. Cette confrontation entre la planification
et l’aléatoire, entre le savoir-faire
et l’imprévu nous permettra de mieux cerner les
contours de l’improvisation, donc ceux de la sérendipité.
L’approche n’est pas nomologique mais jurisprudentielle.
Il ne s’agit pas, dans cette session
pluridisciplinaire, d’assigner des territoires
institutionnels à la sérendipité ou à
l’improvisation. Il s’agit bien au contraire de tester l’individuation
de la sérendipité à partir de ce que nous
pouvons analyser de l’improvisation, puisque nos
concepts, à la différence de nos définitions,
sont destinés à rester équivoques.
Josée LANDRIEU: Entre
sérendipité et émergence: questions
sur le rapprochement des termes
La sérendipité
n’est-t-elle que "le don de faire des trouvailles, de
trouver ce qu’on ne cherchait pas"? La lecture du conte des
Trois Princes de Sérendip nous permet de penser que
la sérendipité peut également être vue
comme un processus qui ouvre sur une connaissance différente
du monde, connaissance pour laquelle une érudition scientifique
se révèle insuffisante. Dans ce conte initiatique,
à travers les différentes étapes du voyage
qui scandent la marche des Princes vers cette connaissance, le lecteur,
tout comme les voyageurs, découvre l’inattendu: que visible
et invisible sont étroitement imbriqués et que l’acte de
mesurer est questionné par notre rapport à l’invisible,
qu’un passage par l’obscur, par la descente sous terre, par la descente
en soi, est nécessaire pour que l’on puisse passer d’une forme
de connaissance à une autre, d’une forme de vérité
à une autre; que cette vérité est plurielle, que la pensée
ne peut être binaire; que l’observation est un engagement dans
le temps, dans l’espace... Le lecteur découvre aussi que c’est
la question posée, celle du chamelier, qui donne sens aux
observation des Princes.
La sérendipité
comme errance dans l’entre-deux, entre ce qui est matière
et ce qui est trace subtile, comme processus vers un autre
savoir, comme approche de questions jusque-là indicibles.
Voila qui nous parle par sa proximité avec notre propre travail
sur l’émergence. L’émergence du monde, pour nous,
est un processus continu, né de la tension permanente entre
le drame de la mort, de la perte, et la vitalité des forces
de création qui sont en chacun de nous, comme elles sont
dans le vivant qui nous environne. Ressentir ce processus, le comprendre,
en observer le cours et les manifestations suppose, tout comme l’ont
fait les Princes, d’abandonner nos certitudes, de développer
d’autres formes d’être au monde et de penser le monde et soi.
Il s’agit, dans une posture d’ouverture à l’inconnu, d’accepter
le flottement, d’accepter le voyage dans le désert. D’errer,
de zoner, d’être dans les marges, dans l’incertitude. De promouvoir
un dialogue entre les différents univers qui nous habitent et
que nous habitons. De laisser venir à nous l’image de ce que
nous ne voyons pas, nos yeux étant ouverts sur nos pré-jugements
qui nous aveuglent.
Josée LANDRIEU: Observer
l'émergence. Voir sans regarder, toucher sans
saisir: la mesure des choses
Observer l’émergence
du monde, c’est observer à la fois ce qui est en train
de disparaître et ce qui n’est pas encore manifesté.
C'est-à-dire observer un entre-deux subtil dont
nous n’avons pas toujours conscience et que notre regard
discerne mal, entravé par des formes de pensée et
des pré-jugements dont il nous faudrait nous abstraire
pour y parvenir. Entravé aussi par notre peur de la finitude
et par notre trop faible conscience des forces de vie qui nous environnent
et existent en nous. C’est de cette tension propre à
la vie pourtant que se nourrit le processus d’émergence.
L’observer suppose donc de l’accepter et de s’accepter soi-même
en émergence, en renaissance permanente. C’est donc bien tout
d’abord notre posture, notre relation au monde, notre conscience
de vie qui sont primordiales. Mais observer ce qui est subtil, ce
que nous avons caché à notre regard, c’est aussi accepter
l’inattendu, le dérangement, errer dans l’inconnu en abandonnant
nos certitudes, développer des sens nouveaux.
Une démarche, donc,
qui nous inscrit nous-même dans le tableau, où,
devenu aussi subtil que l’entre-deux observé, nous
avançons dans un flottement, développons une pensée
plurielle, remettons en question la mesure des choses,
la notion de temps, celle d’espace. Cette errance n’est pas
sans risque et nécessite des balises et des passerelles
pour que la communication avec les autres reste possible. Le
collectif de travail joue ainsi tout son rôle pour veiller
à la rigueur de la démarche, permettre l’échange
des observations, construire les questionnements qui s’en dégagent,
capitaliser les expériences et les acquis, trouver
les modes de transmission adaptés à cette nouvelle
connaissance, Car il s’agit bien là de poser les bases
d’un nouveau savoir, d’une connaissance qui ne s’enferme pas
dans les découpages et l’a priori disciplinaires, qui n’est
pas le fait d’un expert mais provient de l’expérience
de chacun.
L’intervention rendra compte
des différents aspects de ce nouvel art d’observer,
et des ponts possibles avec la sérendipité,
à partir d’un travail collectif sur l’émergence
qui associe Marc Hatzfeld, Josée Landrieu, Etienne
Le Roy, Thierry Ribault et Alain Saulière et se déroule
expérimentalement sur plusieurs terrains d’observation.
Josée LANDRIEU: Exposition
de peintures « émergence »
Un rapport à l’instant.
L’instant où fusionnent l’espace intime et l’espace
du monde, l’instant qui rend perceptible ce qui ne se voit
pas. Temps suspendu où tout devient possible. C’est
cet instant que peint Josée Landrieu, sans projet, guidée
par l’inattendu qui émerge sur la toile, ou bien par
le lien qui l’unit à la musique et au mouvement d’un corps
qui danse. Elle déroule le geste qui semble parfois s’arrêter
mais qui, nourri par le silence, reprend sa course jusqu’à
ce qu’il cesse de lui même. Elle découvre alors la
trace de ces transformations, comme peut la découvrir le
visiteur, et ce regard permet à la peinture de se manifester,
de vaincre l’ombre. Josée Landrieu exposera sa peinture dans
le cadre de la décade, en lien avec son intervention «
Observer l’émergence : voir sans regarder, toucher sans saisir
».
Geneviève LASSUS: Les
yeux fermés
Dans l’élaboration
de l’œuvre d’art, la sérendipité,
c’est la part qui revient à ce qui n’est pas prévu,
à ce qui est hors du conscient et du stéréotype.
La part due à la naïveté, à la spontanéité,
à l’aléatoire. En un mot l’inspiration. Et
quand l’œuvre est achevée, étonné l’artiste
la découvre, prend conscience de ce qu’il a fait, accompli.
Geneviève
Lassus se couche sur le papier d’un rouleau sur le sol
de son atelier. Les yeux fermés, le crayon passant
d’une main à l’autre, à l’écoute de
la musique, elle parcourt le rouleau en traces successives.
Le résultat peut être de fluides empreintes
du corps, ou n’être que tracés dissociés
ou membres épars, ou réseau dense de traits
courts et hachés où le corps est devenu abstraction.
Quand l’inspiration la quitte, Geneviève Lassus se relève,
découvre et s’étonne...
Pendant vingt ans
Geneviève Lassus a fermé les yeux et tracé
les limites de son corps sur des rouleaux de 10 m. C'est
un carnet intime qui peut se dérouler, 150 rouleaux...
Geneviève
Lassus parlera de ces expériences autour d’une
exposition de ses toiles à Cerisy et de la projection
du film "Parcours d’un peintre: Geneviève Lassus",
de M.D. Dhelsing (16 mn).
Etienne LE ROY:
Bricolages anthropologiques pour promouvoir un
dialogue entre univers référentiels
Le principe d’unité est si fondamentalement inscrit
au cœur de l’aventure de la modernité que nous
en avons occulté l’impact, en sacrifiant ainsi
à ce que Paul Veyne appelle, dans un autre
contexte, la "monolâtrie", le "culte du un seul",
dans le sillage du monothéisme. Et notre conception
de l’universalisme auquel nous sommes si intimement attachés
dans la tradition politique française en
est une manifestation éclairante. Pourtant, dans
la vie quotidienne, nous appartenons à une pluralité
de mondes, et les différences entre ces "mondes" sont
parfois telles que nous devons les tenir pour des univers
distincts, entre lesquels nous devons apprendre à
naviguer ou à cheminer, dans des "entre deux" qui peuvent
être de nouvelles odyssées. S’ils ne sont
pas solubles les uns dans les autres, ces univers n’en sont
pas moins constitutifs d’un cadre référentiel
commun, en "émergence", qui ne peut être
appréhendé que de manière contingente
et bricolée et qu’en préférant le paradigme
de la complémentarité des différences
à celui fondé sur le principe aristotélicien
mais trop réducteur du contraire.
Références Bibliographiques
:
Le jeu des lois, une anthropologie ‘dynamique’
du droit, Paris, LGDJ, Col. Droit et société.
1999.
"De la propriété aux maîtrises foncières",
Franck-Dominique Vivien (éditeur
scientifique) Biodiversité et appropriation:
les droits de propriété en question ; Paris,
Elsevier-NSS, 2002, p. 139-162.
Les Africains et l’Institution de la Justice,
entre mimétismes et métissages,
Paris, Dalloz 2004.
"Bricolages anthropologiques pour promouvoir, en
Afrique et ailleurs, un dialogue entre univers
juridiques", McGill Law Journal, spécial
issue ‘Navigating the transsystémic’,
vol. 50, december 2005, N°4, p. 951-966.
"L’anthropologue et le droit. Juridisme, ethnocentrisme
et reproduction des sociétés",
Pierre Moreau (editor), Dans le regard
de l’autre, In the Eye of the Beholder, Montréal,
Les éditions Thémis, 2007, p.
75-112.
Jacques LÉVY: La serendipity
comme compétence. Gérer les virtualités de
l'espace urbain à l'âge de la société des
individus
La ville se caractérise
par une quantité d'actions potentielles qui dépasse
les possibilités pour les individus de les actualiser:
ce sont donc des virtualités, dont la
part non réalisée est d'autant plus forte que
le niveau d'urbanité, relatif et absolu, est fort et
que les individus sont des acteurs dotés de compétences
intentionnelles substantielles. Dans ces conditions, comment
gérer au mieux ce décalage? On peut distinguer
deux modalités: le répertoire (directory)
consistant à ordonner les actions possibles sous forme
de listes et à faire son choix dans ces listes; la serendipity,
qui assume le caractère aléatoire du résultat,
mais qui permet d'obtenir des interactions avec l'environnement
à haute teneur en créativité. On peut faire
l'hypothèse que l'une des spécificités
de la ville (par exemple par rapport à l'internet) est que
c'est en maximisant le mode serendipity que l'on profite au
maximum de son avantage comparatif. L'urbanité offre ainsi aux
individus qui en acceptent les promesses et les risques l'aventure
d'une société déprogrammée.
Carole LIPSYC: La sérendipité,
processus cognitif et sémantique du média-numérique
L'exemple du Topos
numérique et du Récit variable. Le
"Topos numérique" est un nouvel "objet" documentaire
crossmédia, interactif et coopératif. En littérature,
le Topos numérique permet l'émergence
d'un nouveau genre littéraire, le "Récit
Variable". Le Récit des 3 Espaces est le premier récit
variable. Développé et testé depuis 2001, il a
été rendu public en 2007 et rencontre depuis un large
public. Dans la construction d'un document réticulaire comme
le Topos numérique et le récit variable, la question
du sens et de la cohérence est primordiale. Quand n'importe
quel texte peut être le premier, quand on ignore combien de
textes vont être lus par le lecteur et selon quel ordre, quand
on ignore ce que le lecteur sait de l'univers narratif ou théorique
avant d'entreprendre sa lecture, quand des publics très différents
peuvent rencontrer l'espace documentaire dans des situations non dédiées,
quand on travaille avec cet inattendu, comment construit-on le sens
en tant qu'auteur/concepteur? La réponse se situe dans le passage
de l'imprévisible (une variable ouverte) à l'inconnue
(une variable au sein d'un ensemble) grâce à la modélisation.
Toutefois, dans cette préparation ne réside pas toute
la construction du sens. En dernière instance, le sens reste
la responsabilité du lecteur confronté à un nouveau
contrat de lecture. Le texte ne lui est plus livré "prêt-à-lire",
il ne doit plus simplement le recevoir et l'analyser. Le texte lui
est présenté "en kit": des segments, des liens, des indexations,
des catégories. Charge à lui d'interpréter
toutes ces données comme autant d'indices d'une élaboration
qui lui revient. Pour atteindre le sens, le lecteur doit solliciter
sa force d'observation, sa sagacité et sa capacité analogique
; en d'autres termes, il doit user de "sérendipité". Mais,
cette utilisation cognitive de la sérendipité n'est
pas limitée au Topos numérique. Il faut plutôt considérer
cet objet documentaire comme un révélateur des processus
cognitifs de la Pensée-Réseau, une pensée
qui est sollicitée par le "média-numérique",
nouvelle facette physique de la réalité, générée
par les mathématiques et manifestée par les
médias. S'aguerrir à la sérendipité
serait ainsi désormais une nécessité
de l'alphabétisation numérique.
Laurent LOTY: Sérendipité
et indisciplinarité: découvrir en forçant
le hasard, enjeux pour une politique
scientifique
Comment favoriser la découverte scientifique? Par la mise
en place d’institutions paradoxales, qui suscitent la sérendipité
et l’indisciplinarité.
La sérendipité, c’est-à-dire la capacité
à se concentrer sur l’imprévu et à l’expliquer par l’élaboration
d’une mise en rapport inédite. Comment substituer au sentiment
de hasard la formulation d’une hypothèse sur des causes et des effets?:
"ce n’est pas par hasard si [...]". L’indisciplinarité, c’est-à-dire
une pratique de questionnement et d’enquête à l’écart
des programmes de recherche déterminés par des savoirs
déjà disciplinarisés. Comment s’émanciper des
évidences disciplinaires pour découvrir de l’imprévu
et l’interpréter?
Ces questions touchent au rôle du hasard et du déterminisme
dans la pratique scientifique, mais aussi dans le rapport entre la personne
savante et le pouvoir politique. Des fictions comme les Trois frères
de Serendip et Zadig ou la destinée de Voltaire associent
la représentation d’une pratique empirique de l’hypothèse
sur les causes et les effets, et la représentation d’un rapport
complexe de la perspicacité savante au pouvoir politique. L’histoire
des Trois frères de Serendip, et celle des spéculations
voltairiennes sur le fatalisme scientifique (le déterminisme)
et le fatalisme politique, seront l’occasion de réfléchir
à la question des moyens institutionnels à mettre en place
pour favoriser la recherche scientifique, et la découverte.
Références Bibliographiques :
L. Loty, "Hasard, nécessité", Dictionnaire européen
des Lumières, sous la direction de Michel Delon, Paris, P.U.F,
1997, p. 534-535.
L. Loty, "Penser la transformation des rapports entre le scientifique
et le non scientifique", avec Marc Renneville, dans L'histoire des sciences
de l'homme. Trajectoire, enjeux et questions vives, sous la direction
de C. Blanckaert, L. Blondiaux, L. Loty, M. Renneville et N. Richard, Paris,
L'Harmattan, 1999, p. 247-263.
L. Loty, "Pour l'indisciplinarité", The Interdisciplinary Century
; Tensions and convergences in 18th-century Art, History and Literature,
edited by J. Douthwaite and M. Vidal, Oxford, Studies on Voltaire and the
Eighteenth Century, Voltaire Foundation, 2005, p. 245-259.
Denis PANSU: Innovation
numérique, réseaux ouverts et connexions aléatoires
La communication présentera l''expérience des
"Carrefours des Possibles" à partir de témoignages vidéo
de porteurs de projets.
Jean RICARDOU: Roman:
des inventions inattendues
Cette contribution sera divisée en deux
parties: d'abord une analyse, puis une
théorisation.
L'analyse, pour sa part, appuyée
sur l'élaboration du roman Les
Lieux-dits (Gallimard, 1969; 10/18, 1977), examinera
deux exemples d'invention dont le principe
était absent au départ et dont
l'occasion a été fournie par une attention portée
à ce qui surgissait à mesure. La première
est venue d'une particularité imprévue
de l'initiale grille, un peu spéciale,
assurant la répartition alphabétique
des noms de lieux à visiter: cette bizarrerie,
prise en considération, a provoqué
les caractéristiques, un peu étranges,
et décisives si l'on veut, de l'un des deux majeurs
protagonistes. La deuxième est issue d'une
particularité imprévue de l'écriture,
débordant vite les cellules qui lui avaient
été d'emblée imparties: cette autre
bizarrerie, prise non moins en considération,
a provoqué un spécial gauchissement
de la structure selon un dispositif plus curieux
relançant la fiction.
La théorisation, quant à elle,
appuyée sur cette "théorie unitaire
des structures de l'écrit et des opérations
de l'écriture" élaborée
dans le cadre de la discipline nommée
textique (dont Cerisy accueillera, la décade
suivante, le séminaire annuel) s'efforcera
de concevoir, dans sa branche dite praxotextique,
le mécanisme plus ou moins admis
sous le nom de sérendipité.
Elle sera conduite, ainsi, à envisager notamment
les concepts de programme, de bifurcation
programmatique, de métaprogramme
et, moins vaguement, de méta(allo)programme et
de méta(homo)programme, avec l'espoir d'offrir quelque
rigueur accrue à un phénomène
peut-être encore sous-estimé.
Saphia
RICHOU: Quelle leçon peut-on apprendre de l'inattendu
en prospective?
Si la prospective est un
art pour certain, il semblerait qu'elle ait perdu sa capacité
à intégrer l'inattendu dans sa démarche
créatrice de futurs possibles.
Guy Arnar et moi-même avons
expérimenté une méthode qui maille la Créativité
à la démarche Prospective et qui participe, en quelque
sorte, à la réhabilitation de la sérendipidté
en prospective. A cet effet, la sérendipidité sera le fruit
de trouvailles créatives issues de la photographie. Mais cette prise
de conscience du don que représente la sérendipité —
cette observation surprenante, cet art de faire des trouvailles ou des
créations qui n'étaient pas recherchées — passe
ici par une phase de découverte, d'apprivoisement de cette aptitude.
Les méthodes de créativité et l'espace des ateliers
de prospective vont sensibiliser les participants à ce don. La créativité
y contribue en permettant aux groupes de libérer leur imagination,
ouvrant ainsi un interstice propice à la sérendipité,
tout autant que l'espace des ateliers de prospective
vécus au sens d'espace transitionnel, développé
par Donald Winnicott, espace qui change le regard porté
sur l'environnement et ses futurs possibles.
Un de nos sémainaires sur
Le Tourisme en Europe en 2020 servira de matériau
à la présentation de ce processus et mettra
en exergue les trouvailles et les créations qui n'étaiernt
pas recherchées, a priori, pour étayer notre
étude sur le tourisme.
Alain SAULIÈRE: Autour
d'un plan-séquence
La
circulation de la caméra crée la dépendance
entre des registres pluriels et fait émerger
la réalité visible de ce qui se joue et émerge.
Jean-Michel SAUSSOIS: Effets
pervers, inanité et sérendipité dans les politiques
publiques
On connaît le proverbe l'enfer est pavé de bonnes
intentions. S’agissant des politiques publiques et de leur mise
en place, quelle peut être la signification de ce proverbe et
sa traduction dans l’évaluation des politiques publiques?
Si l’on part de notre postulat qu’une politique publique contient
une théorie implicite du changement social, il s’agit de dire
qu’une politique publique exprime clairement des intentions qu’on ne peut
pas supposer "mauvaises" au départ: intention pour changer un comportement
individuel (drogué, alcoolique, fumeur) jugé dommageable
pour l’intérêt général (dépenses de
santé publique), intentions pour réduire les inégalités
sociales ou scolaires, intention pour lutter contre la fraude fiscale,
intentions pour aménager autrement le territoire, intentions pour
mettre en place des pôles de compétitivité, etc. Ces
bonnes intention risquent de se retourner contre ceux qui les impulsent
; voilà ce qu’il faut comprendre par effet pervers. A vouloir
modifier l’état des choses, on l’aggrave ou alors on risque d’obtenir
quelque chose que l’on ne souhaitait pas obtenir voire, pire, l’inverse
de ce qui était recherché. La surprise peut cependant être
divine. Les effets pervers sont en fait un sous-ensemble de ce que l‘on
pourrait appeler des effets non recherchés.
Jean-Jacques SZCZÉCINIARZ:
Construire une théorie nouvelle, stratification
et propagation au sein du corpus mathématique.
Analyse partielle du cas de la théorie de Galois
Il s'agit
de proposer quelques réponses à la question
suivante: comment une théorie mathématique
émerge-t-elle de l'ensemble des questions qu"elle
construit et des problèmes qu'elle thématise
pour devenir discipline à part entière.
Comment devient-elle alors théorie de sa propre théorie
pour unifier des pans entiers des recherches mathématiques.
Robert VALLÉE: Quelques
aspects de la serendipité en mathématiques
L’enseignement des mathématiques par suite
de théorèmes et de démonstrations
a laissé bien des générations
dans l’ignorance des voies de la découverte. Voies
dont peu de mathématiciens ont parlé,
sauf, entre autres, Poincaré, Hadamard et aussi
George Pólya qui oppose raisonnement démonstratif
et raisonnement plausible, lequel inclut les
raisonnements inductif et analogique, formes de la
sérendipité. Dans un cadre plus large, Descartes,
lui-même, n’hésite pas à vanter les mérites
de la "force de l’imagination" et Edgar Poe le rôle,
dans la découverte, des "faits collatéraux,
fortuits, accidentels", la justesse des vues de celui qui est
"poète et mathématicien". Aucun théorème
ne se présente d’emblée sous sa forme définitive.
Il apparaît comme une conjecture à la validité
seulement pressentie. Souvent les notions nouvelles, issues
de la sérendipité, contiennent des difficultés
logiques. Ce fut le cas de la "pseudo-fonction delta" utilisée
avec succès en mécanique, électricité,
physique (en particulier par Dirac). Cette pseudo-fonction
t→δ(t), définie sur]-∞, +∞ [ , est nulle partout
sauf en t=0 où elle vaut +∞, de plus son intégrale
de -∞ à +∞ doit être égale à 1.
Elle présente deux difficultés: sa valeur est
infinie en t=0 et son intégrale n’a pas de sens classique.
Deviner l’intérêt de cet objet mathématique,
alors que la rigueur demandait son rejet, a nécessité
une audacieuse sérendipité. Son usage s’accompagnait d’un
sentiment de culpabilité qui fut levé par
la théorie des distributions. On peut citer bien
d’autres exemples. où il y a, un objet mathématique,
entrevu par sérendipité, qui "ne demande
qu’à être" et attend un raffinement théorique
pour obtenir droit de cité.
Références Bibliographiques
:
Descartes, R., Les Olympiques, in Œuvres
philosophiques, tome I, Éditions
Garnier, Paris, 1963.
Poe, E. A., Le mystère de Marie Roget,
La lettre volée, Euréka, traduction
Ch. Baudelaire, in Edgar Allan Poe, contes-essais-poèmes,
Éditions Laffont, Paris 1989.
Pólya, G., Les Mathématiques et
le raisonnement ‘plausible’, traduction R. Vallée,
Éditions Jacques Gabay, Paris 2008, (première
édition : Gauthier-Villars, Paris 1959).
Sérendipité et émergence:
zoner et observer l'émergence
Les hommes
sont probablement face à un moment de profonde transformation,
voire de rupture de leur histoire collective. Les risques
sont là qui pourraient conduire à une disparition
du vivant mais ces risques et ces incertitudes contribuent
aussi à mettre à jour la détermination
des hommes à vivre et à dépasser cet état
d’incertitude. La catastrophe qui fait partie de notre
présent et de notre devenir contient donc à la
fois les potentialités de disparition de l’humain et les
expressions de l’élan de vie des hommes. Cet état
de tension ouvre un renversement des évidences concernant
les façons de voir le monde et de s’y mouvoir, de le penser,
de le partager. Ce processus d’émergence met en question
nos modes d’observer, de penser, d’agir, il interroge les disciplines,
il s’abstrait des frontières, il donne toute sa place
à une pensée plurielle.
Nous avançons
dans cette approche de l’émergence comme
dans une valse à trois temps:
- pressentir
l’émergence entre vitalité et résistance,
à la lisière du possible et de l’impossible,
dans les espaces interstitiels de retournement et de
surgissement,
- repérer
l’innommable par ce jeux de mise à distance que
nous avons appelés zoner, observer sans intentionnalité,
qui implique de voir autrement, peut-être
de savoir voir autrement en mettant en lien nos espaces intérieurs
et l’espace du monde qui nous habite,
- témoigner
de ces émergences pressenties, des retournements
de l’impossible, des surgissements de nouveaux possibles.
Nos interventions
à plusieurs voix feront le point de nos réflexions
collectives en insistant plus particulièrement
sur notre questionnement général et sur
les aspects méthodologiques.
Sérendipité,
fiction et innovation
Qu'est-ce qui est à l'origine d'une découverte
sérendipienne? C'est la faculté
de repérer puis d'interpréter
un fait inattendu ou surprenant.
Cette aptitude à œuvrer avec l'inattendu est
fondamentale, elle est à l'origine de découvertes
majeures, elle traverse l'histoire des idées
et de la création esthétique.
En science comme en art, un tel processus peut conduire
le chercheur à réorganiser ses façons
de voir ou de penser, à construire de nouvelles
connaissances. A travers des exemples et des études
illustrant les fertilisations croisées entre
science et littérature, épistémologie
et esthétique, cette session s'interrogera
sur ce processus générateur de
créativité et d'innovation et sur les environnements
susceptibles de le favoriser.
Musique concrète, sérendipité
et créativité: la dialectique du "faire et entendre"
L'invention de la musique concrète par Pierre
Schaeffer, en 1948, est un bel exemple de sérendipité.
L'acte créateur est survenu à
la suite d'une erreur de manipulation qui a induit
un changement qualitatif de l'écoute des
sons: époché, ou écoute réduite,
une écoute déconnectée
de la source causale du son. Les fondements même de
notre musique occidentale sont alors bouleversés:
les conservatoires arc boutés sur l'écriture
sont contraints de s'interroger: le solfège
peut-il rendre compte de tous les critères de description
du son? Y a-t-il une écriture dans les musiques non
écrites?
Et pendant ce temps-là, des milliers "d'amateurs"
s'engouffrent dans la brèche pour
pratiquer la musique autrement, soit en détournant
les instruments traditionnels, soit en en créant
de nouveaux.
S'en suivent aussi de nombreuses interrogations sur
les rapports entre le réel et le vivant,
le concret et l'abstrait, les modes d'enseignement,
le statut de compositeur, les théories de
la communication. Enfin plus récemment,
avec l'avènement du multimédia, la limite
entre sonore et visuel devient de plus en plus ténue,
mettant le concept d'image en position centrale.
On le voit, l'acte sérendipien de départ
est lourd de conséquences riches.
La question qui se pose aujourd'hui est: comment
perpétuer cette richesse ? Et puisque la
sérendipité en est la racine, comment favoriser
son renouvellement?
Référence Bibliographique
:
Evelyne Gayou, GRM, Groupe de Recherches Musicales,
cinquante ans d'histoire, Fayard, Paris, 2007,
520p.
Logistique, aventure et sérendipité:
le cas des expéditions
polaires
L’organisation
d’une expédition en milieu extrême
pour un acteur peut s’apparenter à une expérience
où fondamentalement celui-ci est confronté
à faire face à quelque chose d’inconnu, à
quelque chose qu’il ne pouvait pas prévoir. Au point
que seul l’expert sait qu’une fois sur le terrain, il doit abandonner
toute velléité d’exécuter le plan, bien
qu’il ait portée une très grande attention
à sa construction pendant plusieurs années.
Mais comment fait-on pour faire face à quelque chose
que l’on n’avait pas prévu?
L’objet de cette
présentation pourrait être de rendre
compte, de la part de deux intervenants, de pratiques
novices et expertes en situation à partir d’expérience
vécues en matière d’expédition
polaire. Il s’agit de rentrer dans le détail
de la compréhension de la préparation
d’une expédition où la dimension logistique
a de véritables lettres de noblesses. On verra
que cela nous mènera, entre autre, sur le champ
de l’épistémologie (autour de la question
du registre des savoirs d’action) et de la décision
en situation effective (étude des controverses en cours
d’expédition). Au-delà de l’objet ainsi posé,
on se propose de l’aborder non seulement au travers
de l’étude historique des grands explorateurs (pour
lesquels il existe un matériau d’étude extrêmement
riche, notamment à partir des leurs carnets
de bord), mais également au travers du vécu
des deux exposants. Pascal Lièvre est maître
de conférences en science de gestion à l’université
d’Auvergne, à Clermont Ferrand, où il dirige un programme
de recherche de Logistique des Situations Extrêmes depuis
2000 sur le terrain des expéditions polaires. De plus,
il a à son actif plus d’une quinzaine d’expéditions
polaires qui constituent le matériau de ses recherches.
Pascal Croset a participé à l’expédition
montée par Pascal Lièvre l’an dernier au Spitzberg,
en qualité de profane. Il a ainsi suivi le parcours initiatique
qui l'a conduit cette année à renouveler l’expérience,
mais en solo.
Références Bibliographiques
:
Lièvre P., 2007, La logistique, Editions
La Découverte, Collection Repères,
Paris, 120p.
Lièvre P., sous la dir., 2003, La logistique
des expéditions polaires à ski,
Editions GNGL Production, Paris, 222p.
Lièvre P., sous la dir., 2001, Logistique
en milieux extrêmes, Edition Hermès,
280p.
Sérendipité,
synchronicité et mathématiques
Les exposés auraient pour thème, d'une
part la découverte scientifique
en mathématiques et, d'autre part, les
formalisations mathématiques du processus
de découverte scientifique. Les intervenants
exposeront le processus de découverte
en le plaçant en philosophie, en psychanalyse,
en mathématique, en logique.
Décision, sérendipité
et politique
La sérendipité est rebelle à la norme
générale, à la décision
rationnelle, au management planificateur:
on parle de sérendipité législative,
là où le sens de la loi sera détourné
par les citoyens, ou d’effets sérendip quand des
politiques, savamment élaborées,
manqueront leur cible. Dans la jurisprudence, l’expertise
judicaire, ou le roman policier, la sérendipité
retrouve le monde des traces, des signes, et les énigmes
caractéristiques de l’analyse casuistique.
Enfin, des révolutions ont été déclenchés
par des décisions individuelles "spontanées"
et imprévisibles (Rosa Parks en est un
emblème dans le mouvement des droits civiques).
Dans ces diverses situations, peut-on dégager
un raisonnement propre à saisir l’imprévu
pour innover? On dit en général,
dans la lignée de Peirce, que c’est l’abduction
qui invente, à la différence de la déduction
qui conforte. Mais quel rôle joue l’argumentation
ou la justification dans la sérendipité?
A l'inverse, quelle est la place l’inattendu, de
l’imprévu dans le travail d’interprétation?
A partir d’expériences de diagnostic, de
stratégie politique et de démocratie,
nous interrogerons le rôle de la sérendipité
dans les dynamiques sociales et institutionnelles. Nos débats
partiront de récits ou de cas où
des effets inattendus ont surgi de situations de rationalité
collective.
Sérendipité et arts de la
scène: "L’inattendu en scène"
Imprévu, accident, trouvaille heureuse, fécondité
du détour, interconnexions inédites, en lien avec l'improvisation
ou l'intermédialité, traversent et nourrissent les processus
de création scénique. Selon les types de spectacle, l’inattendu
change de valeur: accepté en répétition, il est redouté
en représentation par le théâtre classique illusionniste,
recherché dans des dramaturgies contemporaines qui s’écrivent
en acte ou se fondent sur l’improvisation, et provoqué par certaines
performances ouvertes à l’accident et à l’intervention du
public.
Comment préparer, sans les déterminer, les différents
moments de la représentation? Peut-on provoquer l’inattendu? Où
est la frontière entre la véritable sérendipité
artistique, l’improvisation et le hasard que sont capables de produire certains
dispositifs? Quelles aptitudes personnelles de l’acteur, du metteur en
scène ou du danseur favorisent la sérendipité? Comment
créer les conditions de possibilité de l'inattendu artistique
et de la rencontre entre praticiens et spectateurs?
Cet atelier est une invitation à éprouver et à
expérimenter différents dispositifs dramaturgiques, scéniques
et physiques afin de tenter l'inattendu. Il est fragmenté en plusieurs
séances sur la durée de la décade, de façon
à ingérer et à contaminer les débats et les
relations entre participants du colloque. Il sera également nourri
de la préparation du work in progress Les trois princes de
Sérendip (d’après le conte persan d’Amir Khusrau, 1302),
présenté en clôture du colloque.
Si l’art des trois princes donne des éléments pour
une description de la sérendipité comme démarche
cognitive en posant les questions de l’observation et de la déduction,
il touche aussi à celles de la vérité et du mensonge,
c’est-à-dire au propre de la fiction, qui ne cesse de construire
et de déplacer ses critères de vérité, et à
celle de la valeur performative du geste artistique, qui fait advenir des
possibles et donne un caractère d’évidence ou de vérité
à ce qu’il invente. La crédulité du chamelier est celle
de tout spectateur...
Ce spectacle expérimental itinérant interrogera et
explorera les mécanismes du récit, en les reprenant comme
procédés formels. Le conte sera utilisé comme une
boîte à outils servant à une série de mises
en jeu dans des protocoles formels de création résultant
de ou produisant de la sérendipité.
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dans la science, la technique, l'art et le droit. Leçons
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découverte scientifique et littéraire",
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* Catellin, S., "La sérendipité",
Pour l’Histoire des Sciences de l’Homme,
rubrique Histoire des mots des sciences de l’homme,
Société Française pour l’Histoire
des Sciences de l’Homme, Paris, n° 25, Automne
- Hiver 2003.
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notes: 281-285.
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Avec le soutien du CNRS, du Centre de Recherches
en Sciences administratives et politiques (CERSA)
et de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent