Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
" Page mise à jour le 8 mars 2010
"
DU VENDREDI 11 JUIN (19 H) AU LUNDI 21 JUIN
(14 H) 2010
PRENDRE SOIN : SAVOIRS, PRATIQUES, PERSPECTIVES
DIRECTION : Véronique CHAGNON, Clémence DALLAIRE,
Catherine ESPINASSE, Edith HEURGON
ARGUMENT :
L’acte de
"prendre soin" est sans doute l’un des plus vieux gestes
effectué envers l’autre qui se soit accompli dans
l’histoire de l’humanité. Avec lui, l’altérité
et l’identité interagissent et se transforment, chez
le soigné comme chez le soignant. Selon les époques,
les pays et les cultures, il a pris différents visages.
Aujourd’hui, il s’est, pour une large part, spécialisé
et institutionnalisé. Ainsi, lorsqu’on dépasse
le "prendre soin" domestique et quotidien, on se trouve
aux prises avec un système relativement complexe sollicitant
des individus ayant acquis une reconnaissance particulière
et exerçant leur métier dans un lieu spécifique
souvent médicalisé, technicisé et
régi par des procédures institutionnalisées.
Au-delà
de la santé et du bien-être, il convient d’élargir
le champ aux diverses dimensions du soin, dont l’idée
même permet d’appréhender, dans leur
unité et dans leur diversité, une variété
de situations allant des actes les plus ponctuels aux enjeux
éthiques, politiques et prospectifs les plus vastes.
Face à
l’allongement de la vie (qui incite à "prendre
soin de soi"), face aux vulnérabilités qui
affectent des personnes en situations de précarité
(qui obligent à multiplier les dispositifs de soutien)
et au regard des risques écologiques pesant
sur la planète (qui exigent de prendre soin de
la nature et de l’environnement), on se demandera comment la
les savoirs et les pratiques du "prendre soin" doivent être
réinterrogés dans un monde pluriculturel et
on étudiera les conditions pour qu'ils deviennent des compétences-clefs
dans un monde plus durable et plus solidaire.
Ce colloque
franco-québécois s’intéresse
donc à l’évolution du "prendre soin" et aux
savoirs qui le composent et le définissent.
Il en abordera les aspects historiques, politiques et cognitifs
en croisant des regards extérieurs et intérieurs
aux soignés et aux soignants, et il ouvrira le débat
sur ses enjeux prospectifs. Il réunira des philosophes,
des chercheurs dans le domaine de la santé et des sciences
humaines, des praticiens, des experts des politiques publiques,
et sera ouvert à toute personne intéressée
par le sujet traité.
Ainsi, après
avoir étudié, sous divers angles,
les histoires et les conceptions du soin mais aussi confronté
plusieurs philosophies du soin, les séances porteront
sur :
- les relations
de soin, l’organisation des services et les aspects
politiques du soin,
- les relations
de soin tout au long de la vie (de la petite enfance
au grand âge), notamment au regard du soin parental
ou des aidants naturels,
- le "prendre
soin de soi", en donnant une place particulière
au récent ouvrage 100 000 ans de beauté
(Gallimard 2009), initié par la Fondation l’Oréal,
- le prendre
soin des personnes en situation de vulnérabilité
(chômeurs, exclus, prisonniers, victimes de violence...),
- les lieux
et espaces qui prennent soin de nous (hôpitaux,
maisons de retraite, maisons ouvertes, espaces de mobilité...),
- le prendre
soin de l’environnement et de la nature,
- enfin,
les savoirs et les compétences propres au "prendre
soin".
Enfin, une équipe d’étudiants et de jeunes
chercheurs accompagnera toute la décade et en présentera,
à la dernière séance, les principaux
enseignements.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Vendredi
11 juin
Après-midi:
ACCUEIL
DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des
participants
Samedi
12 juin
Matin:
Ouverture
et problématiques (par les directrices de la décade)
Edith HEURGON: Entre autonomie et dépendance
Frédéric WORMS:
Le soin comme orientation éthique et politique dans le moment présent
Après-midi:
Histoires
et conceptions du soin - 1
Michel NADOT: L’institutionnalisation
du prendre soin. Entre habitat collectif singulier
et économie domestique de type rural
Claire MARIN: Qui prend soin de qui?
Cyndie SAUTEREAU: La dimension
éthique du "prendre soin": l'éthique du care
à l'épreuve du mal
Dimanche
12 juin
Matin:
Histoires
et conceptions du soin - 2
Elizabeth BERNARDINO: Composantes
universelles et culturelles des soins au Brésil
Claire CRIGNON-DE OLIVEIRA:
Quel homme le médecin soigne-t-il? Les fondements anthropologiques
de l'éthique médicale dans la pensée
de John Gregory
Françoise ACKER: Prendre
soin dans la société: une fonction aux
figures multiples, aux compétences distribuées,
aux cadres de référence brouillés
Après-midi:
Philosophie
du soin
Thomas DE KONINCK: Le soin de
l’âme
Robert LÉVY: La consolation
Soirée:
Table
ronde avec des étudiants et jeunes chercheurs: quelles
problématiques?, avec Karine AUBIN, Frédérique
BISIAUX, Maude DESSUREAULT
Lundi
14 juin
Matin:
Les
relations de soin tout au long de la vie (de la petite
enfance au grand âge)
Catherine ESPINASSE: La question
du genre au sein du prendre soin
Philippe ZARIFIAN:
Prendre soin du travail
Après-midi:
Regards
de soignants
Bernard
ROY: Les anges ont-ils un sexe? et les soins?
Nicolas VONARX: Variation des
soins et pluralité ontologique: entre relations, valeurs
et imaginaires
Suzanne BOUCHARD-CORDIER:
Identité de mère et maladie mentale: tabous et pratiques
courantes
Soirée:
Table
ronde "initiatives", animée par Sylvain
ALLEMAND, avec notamment Marc AVELOT (Le
rire médecin)
Mardi
15 juin
Matin:
Prendre
soin de soi
Marc HATZFELD: D'abord prendre soin de
soi
Françoise GAILLARD: La beauté (présentation
de l’ouvrage 100 000 ans de beauté,
L’OREAL)
Après-midi:
Promenade
organisée dans la Manche pour "prendre soin
de soi"
Soirée:
Exercices de "Tao du soin" avec Manuella HESSE-BOYER
Mercredi
16 juin
Matin:
Relations
de soin
Martine DALLAIRE: Prendre soin:
de l’hôpital au domicile
Lucille JUNEAU: La pratique
du soin: réflexion sur le discours
Nicole
ROUSSEAU: Comment en est-on venu à confondre "soins"
et "traitements médicaux"?
Après-midi:
Organisation
des services de soin et transformation des systèmes
Karine AUBIN: Est-ce que le soin
influence les transformations des systèmes de santé?
Réflexions sur l'évolution de la conceptualisation
de la continuité des soins en rapport avec le système
de santé québécois
Michèle ST-PIERRE:
Les soins d’aujourd’hui ne sont-ils que des systèmes organisés?
Philippe DELMAS: Professionnaliser
les soins: mettre sur pied un ordre professionnel au
XXIe siècle
Jeudi
17 juin
Matin:
Le
soin "communautaire"
Hélène LAPERRIÈRE:
Camouflage et clandestinité des pratiques informelles de
soins communautaires: coopérativité,
convivialité, dangerosité
Anne
SOLIVERES: Les soins infirmiers, de nuit
Après-midi:
Aspects
politiques du soin
Clémence
DALLAIRE: Entre sens politique des infirmières
et réceptivité de la société,
quelles voies envisager?
Dave
HOLMES: Préserver le corps propre, l’abjection
dans les soins infirmiers
Anne SALES: Choix politiques et soins
humains
Eric SANDLARZ: Dévisager la
victime, envisager le sujet
Soirée:
Ateliers
de travail en sous-groupes (avec les étudiants)
Vendredi
18 juin
Matin:
Prendre
soin des personnes en situation de fragilités
Julien
DAMON: Prendre soin des exclus
Pascal
CROSET: Prendre soin des prisonniers
Jean-Baptiste de FOUCAULD:
Prendre soin bénévolement des demandeurs d’emploi: portée,
limites, transpositions possibles d’une expérience citoyenne (à
partir de l’expérience de Solidarités nouvelles face au chômage)
Après-midi:
Lieux
et espaces qui prennent soin de nous
Gisèle BESSAC: Prévention
- art de vivre, de l'intime au collectif
Michel RENAUT: Prendre soin:
un exemple hospitalier en Basse-Normandie - Argentan
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS:
Se réfugier dans le soin?
Soirée:
Brice DURY: Prendre soin
des usages: diagnostic sensible d'un quartier de la Part-Dieu
Samedi
19 juin
Matin:
Prendre
soin de l’environnement et de la nature
Marion TILLOUS: Peut-on prendre soin
sans donner le choix? Le cas des espaces de mobilité
urbaine
Françoise COMBELLES:
Prendre soin de la ville: l'engagement de la RATP
Aliènor BERTRAND: Prendre
soin de la nature?
Après-midi:
Les services à la personne
Patrick HADDAD: Les services
à la personne : des services qui prennent soin des personnes?
Table ronde avec des responsables du département de la Manche,
de la Poste...
Soirée:
Martin WINCKLER:
"Docteur House meets Franz Karma - transmettre l'éthique du
soin par la fiction" (projection d'un épisode de Dr House
et lecture d'extraits de "Chœur des femmes", suivi d'un échange
avec la salle)
Dimanche
20 juin
Matin:
Savoirs
et compétences
Véronique
CHAGNON: Construire le savoir "prendre soin" dans
l’action
Josée
LANDRIEU: Tentatives de croisements et décloisonnement
des compétences
Après-midi:
Rapports
des étudiants et jeunes chercheurs (Karine AUBIN, Frédérique
BISIAUX, Maude DESSUREAULT) suivis d'un débat
général
Conclusions
Lundi
21 juin
Matin:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Françoise ACKER: Prendre
soin dans la société: une fonction
aux figures multiples, aux compétences distribuées,
aux cadres de référence brouillés
S’intéresser aux soins en tant
que soins de santé — ou concernant la santé — conduit
à rejeter dans l’ombre de nombreuses dimensions du "prendre
soin", à un moment où l’organisation sociale du "prendre
soin" devient plus difficile à déchiffrer. La partition
soins profanes/soins professionnels s’effrite. La division
du travail entre professionnels de santé, entre professionnels
infirmiers s’accroît, mais la visée du "prendre
soin", et les conditions qu’elle requiert, n’apparaît pas
centrale dans le déploiement pratique de cette division du
travail. L’ancrage institutionnel se modifie et n’offre plus un
cadre intégrateur. Prendre soin des personnes fragiles, vulnérables,
dépendantes, malades, fonde le travail non seulement des
professionnels de santé mais aussi de nombreux professionnels
du secteur social et, plus récemment, de travailleurs des
services à la personne. Les tutelles administratives,
les institutions, les politiques qui les encadrent diffèrent,
les valeurs et les savoirs mobilisés ne se recouvrent pas,
mais contribuent à reconfigurer le travail et l’espace de
travail des soignants.
Références
bibliographiques :
Acker F., 2009, "Le travail de confort.
Un travail au fondement des soins, mais un travail parfois
empêché, peut-être en péril",
Pratiques ou les Cahiers de la médecine utopique,
n°45, mars.
Acker F, 2009, "Comment disposer
des ressources professionnelles de demain? Questions pour
le recrutement des infirmiers en France", in Le "recrutement"
des infirmières: de la formation aux pratiques d’une profession
de santé. Regards croisés et analyses comparées
entre pays, sous la dir de M.T. Rapiau, L’Harmattan.
Acker F, 2008, "Formation universitaire
et recherche infirmière: un chantier pour la profession,
la santé et la société?, in Recherche
en soins infirmiers, n°93, juin, 122-124.
Acker F., 2008, "Des pratiques en redéfinition.
Une opportunité pour repenser quelques dimensions des
soins?", in Recherche en soins infirmiers, n°93,
juin, 61-67.
Acker F., Rapiau M.T., 2008, "Gérer
le secteur santé avec des dispositifs généraux.
Le cas de la formation", in Gestions hospitalières,
mars, 109-115.
Acker F., 2006, "Le cadre du travail
d’information des infirmières en reconfiguration",
in Soins Cadres, n°60, 24-27.
Acker F., 2005, "Les reconfigurations
du travail infirmier à l’hôpital", in Revue française
des Affaires Sociales, n°1, mai,161-181.
Acker F., 2004, "Travailler Ensemble?",
in Soins Cadres, n°49, 22-25.
Baszanger I., Acker F., 1998, "Organisation
du travail et interactions autour de la prise en charge de
la douleur", in L’enfant et la douleur: familles et soignants,
sous la dir. de J. Cook et A. Türsz, Syros, 123-141.
Acker F., 1997, "Sortir de l’invisibilité,
le cas du travail infirmier", in Raisons Pratiques,
n°8, "Cognition et information en société",
Conein B. & Thévenot L., 65-94.
Karine AUBIN: Est-ce
que le soin influence les transformations des systèmes
de santé? Réflexions sur l'évolution
de la conceptualisaion de la continuité des soins en rapport
avec le système de santé québécois
La présente réflexion
porte sur la polysémie du soin en prenant l’exemple
de son utilisation dans l’expression "continuité des
soins" et sur les différentes interprétations qui
lui sont attribuées. Elle s’appuie sur une contextualisation
précise des soins et de la continuité des soins
en relation avec les transformations d’un système de
santé sur une période donnée. Quels sont les
discours qui sous-tendent la continuité des soins dans un système
de santé? Ces discours parviennent-ils à influencer
les systèmes de santé? Et à l’inverse,
à partir des transformations des systèmes de santé,
le concept de continuité des soins est-il influencé?
Cette communication prend ancrage dans les résultats
préliminaires d’une étude portant sur l’évolution
de la conceptualisation de la continuité des soins au
Québec pendant la période de 1970 à 2007.
Ces matériaux constituent un terreau fertile à
une réflexion sur les soins à partir des éléments
les concernant ciblés par le discours politique lorsqu’il
prend le prétexte de la continuité des soins pour
organiser les services.
Elizabeth BERNARDINO:
Composantes universelles et culturelles des soins
au Brésil
Au Brésil, la configuration
contemporaine des soins souligne l’empreinte d’événements
antérieurs qui ont façonné la culture
du pays et l’insertion plus récente de la technologie
dans le domaine de la santé. Une approche historique
des soins considère d’abord l’influence de la colonisation
par les portugais dès les années 1500 ; les traces
laissées par la conception des soins des esclaves noirs
venus du continent africain; les pratiques des immigrants en provenance
de pays européens et asiatiques ; l’influence de la proclamation
de l’indépendance sur la société brésilienne
; et, finalement, la réforme sanitaire récente
et la mise en place de l’actuel système de santé
dans un contexte de re-démocratisation de la société
brésilienne. Un regard attenfif permet de retracer les origines
des soins et de mettre en évidence les déterminants
historiques propres aux soins brésiliens ainsi que
la diversité ancrée dans la culture des différentes
régions du Brésil. Cette présentation
alimentera la réflexion sur l’évolution historique
des soins en mettant en avant des éléments qui pourraient
distinguer les composantes universelles et les composantes culturelles
qu’on y retrouve.
Aliènor BERTRAND: Prendre soin
de la nature?
L’inventaire des concepts, idées et principes nous
servant à décrire et à penser notre rapport à
la nature s’enrichit graduellement à proportion de notre connaissance
de l’avancement des crises environnementales: nous ne nous contentons
plus de vouloir dominer ou maîtriser la nature, ni de l’exploiter
ou de tenter de la gérer, et pas davantage d’essayer de la protéger
ou de la préserver. Nous souhaitons la "respecter", nous cherchons
à "en prendre soin" (ex: Prendre soin de la nature ordinaire,
Catherine Mougenot, MSH, Paris, 2003). Dans quelle mesure est-il possible
de "prendre soin de la nature"? Est-ce une entreprise légitime?
Cela a-t-il un sens de vouloir nous y essayer? L’objectif de cet exposé
est double: montrer comment "prendre soin de la nature" contribue à
construire une nouvelle manière d’habiter les lieux que nous occupons,
mais que ce projet d’une telle relation de soin nous contraint en
même temps à reconduire des topoï culturels qui nous
piègent. Même lorsque nous cherchons à "prendre
soin de la nature", nous butons malgré nous sur des catégories
culturelles qui nous empêchent — ou qui rendent difficile — de
penser concrètement un nouveau rapport à la nature:
du coup nous sommes renvoyés également aux limites de
notre conception du soin...
Gisèle BESSAC: Prévention
— art de vivre, de l'intime au collectif
De 2003 à 2009, nous avons expérimenté,
à travers la mise en place de deux sites à Paris, la
méthode "Maison Ouverte" conçue en 2000. Celle-ci a d’abord
pour objectif de repenser et replacer le vieillissement et la vieillesse
dans une dynamique constructive d’épanouissement jusqu’à
la mort, d’intégrer la dernière phase de la vie dans un
présent partagé par tous les âges. Elle est fondée
sur l’association de la dimension individuelle et collective, la considération
de l’individu du point de vue de ses potentiels et dans une globalité
psychique, corporelle et créative, l’intervention du design global
et de la créativité dans toutes les dimensions du dispositif,
un ancrage territorial et un maillage de partenariats pluridisciplinaires.
A la lumière de cette expérimentation, nous voyons
comment elle replace l’individu, dans son altérité et
sa singularité, au centre d’une dynamique territoriale, aux différents
âges et dans différentes situations familiales. Nous
voyons aussi comment elle permet de ne pas stigmatiser les fragilités,
pathologies et handicaps, et constitue une alternative à la
"prise en charge". Cette approche et sa première phase d’expérimentation
seront décryptées, de la dimension individuelle, intime,
à l’échelle territoriale et politique. Les applications
potentielles et les conditions nécessaires à ces mises
en pratique seront également abordées.
Suzanne BOUCHARD-CORDIER:
Identité de mère et maladie mentale:
tabous et pratiques courantes
Etre mère tout en
étant atteinte de maladie mentale sévère
concerne une majorité de femmes malades depuis que
la désinstitutionalisation a commencée. Sujet
tabou parce qu’on n’en parle pas, il est pourtant un domaine de
pratique des infirmières de santé communautaire depuis
plusieurs années. D’un côté, les besoins des
mères face à une double identité complexe, d’un
autre côté la nécessité d'avoir pour les
enfants un statut contributif de leur développement. Pour
l’infirmière, aider la mère à se rétablir
et à assumer son identité de mère, aider l’enfant
à vivre dans des familles différentes est une mission
qu’elle se doit de relever avec ces familles. La division du travail
dans des réseaux non intégrés, ne s’occupant
que de la mère ou que de la protection des enfants, augmente
encore la complexité de ce travail. Comment affirmer ce rôle
infirmier sans briser le tabou de la protection de l’enfant à
tout prix ou sans remettre en question la fragmentation des systèmes
de soins?
Références
bibliographiques :
Aldridge, J., & Becher,
S. (2003). Children Caring For Parents With Mental
Illnees.Perspectives of young carers, parents and professionnals.
Bristol: The Policy Press.
Mason, C., Subedi, S. &
Davies, R.B. (2007), Clients with mental illness and
their children: Implication for clinical practice. Issues
in Mental Health Nursing, 28, 1105-1123.
Mowbray, C., Oyserman, D.,
Bybee, D., & MacFarlane, P. (2002), Parenting of
mothers with a serious mental illness: differential effects
of diagnosis, clinical history, and other mental health variables.
Social Work Research, 26(4), 225-240.
Nathiel, S. (2007) Daughters
of Madness. Growing Up and Older with a Mentally Ill
Mother (1ed.). Wesport: Praeger Publishers.
O'Connell, K. L. (2006).
Needs of families affected by mental illness: through
support, information and skill training, advocacy, and referral,
nurses can help families put the pieces together. Journal
of Psychosocial Nursing & Mental Health Services,
44(3), 40.
Françoise COMBELLES: Prendre soin de la ville:
l'engagement de la RATP
La signature de la RATP est, depuis 2008, "aimer la ville". Ce qui
implique pour cet acteur majeur du transport public en Ile-de-France,
tout d’abord de prendre soin de l’environnement urbain desservi, en menant
une politique de développement durable. Celle-ci sera exposée
à partir des enjeux environnementaux et sociétaux identifiés
pour le Grand Paris et au travers des engagements pris par l’entreprise.
La lutte contre le changement climatique, contre les inégalités
territoriales et les besoins de développement conciliant le statut
de métropole internationale et la qualité de vie des résidents,
constituent les principaux défis qui intéressent directement
la RATP, par rapport à cette agglomération urbaine de plus
de 11,5 millions d’habitants.
Les sept engagements de la RATP sont dès lors, de développer
l’écomobilité, d’économiser l’énergie voire
de lutter contre le changement climatique, d’agir en faveur de la santé
des voyageurs et des riverains, d’atteindre l’exemplarité dans les
pratiques professionnelles, de faire de l’accueil et de l’accessibilité
pour tous une priorité, de renforcer l’égalité des chances
et de favoriser la diversité, et enfin d’être solidaire dans
la ville...
Claire CRIGNON-DE
OLIVEIRA: Quel homme le médecin soigne-t-il?
Les fondements anthropologiques de l'éthique médicale
dans la pensée de John Gregory
Dans le Sexe de la
sollicitude, F. Brugère propose de revenir
aux fondements anthropologiques de la philosophie morale
écossaise (F. Hutcheson, A. Smith, D. Hume) pour
penser une éthique du soin (sollicitude) qui tiendrait
compte de l’importance des relations affectives dans la vie morale.
Nous nous pencherons ici sur l’œuvre du médecin-philosophe
John Gregory (1724-1773), cousin du philosophe écossais
Thomas Reid, qui s’est justement efforcé de penser l’éthique
du soin et de la pratique médicale à partir d’une
réflexion sur la nature de l’homme. La tendance à
disjoindre l’étude du corps humain (objet du médecin)
et celle de l’esprit (objet du philosophe), à opposer
l’homme au reste de la création (et à l’animal)
sont, selon Gregory, responsables du peu de progrès accomplis
dans la science de la nature humaine (A Comparative View
of the State and Faculties of Man with Those of the Animal World
- 1765). C’est de cette caractérisation de la nature humaine
comme nature fluctuante, plastique et relationnelle qu’il faut
repartir pour comprendre comment Gregory propose quelques années
plus tard — dans ses Lectures on the Duties and Qualifications
of a Physician (1772) — de penser ce qui fait la spécificité
de la pratique médicale et de la médecine comme profession.
Il va alors montrer que la réflexion éthique
sur les devoirs respectifs du médecin et du patient
est indissociable:
- premièrement,
d’une interrogation concernant l’homme que le médecin
cherche à soigner: peut-on le penser comme un être
chez lequel la raison et les instincts s’opposeraient? Est-ce
bien la raison qui le distingue de l’animal, ou n’est-ce
pas plutôt la capacité à exprimer des émotions?
- deuxièmement,
d’une investigation concernant la nature de celui qui
soigne: le médecin peut-il être l’ami de son
patient, peut-il faire preuve ou non de sympathie?
L’œuvre de John Gregory
fait ainsi la démonstration de la nécessité
de ne pas dissocier la réflexion éthique sur le
soin et la pratique médicale d’une interrogation sur la nature
de l’être humain, à la fois sujet et objet de ce soin.
Références
bibliographiques :
F. Brugère, Le
sexe de la sollicitude, « non conforme »,
Paris, Seuil, 2009.
Joan Tronto, Un monde
vulnérable, pour une politique du care,
Paris, la Découverte, textes à l’appui / philosophie
pratique, 2009.
John Gregory, Lectures
on the Duties and Qualifications of a Physician.
A new ed. corrected and enlarged, London, W. Strahan &
T. Cadell, 1772.
Lisbeth Haakonssen, Medicine
and Morals in the Enlightenment. John Gregory, Thomas
Percival and Benjamin Rush, Clio Medica, Amsterdam,
Atlanta, 1997.
Martine DALLAIRE:
Prendre soin: de l’hôpital au domicile
Le regard du soigné
est parfois différent de celui du soignant lors
de la transition de l’hôpital vers le domicile. La
diminution de la durée de séjour dans les hôpitaux
amène les infirmières à s’inquiéter
de la sécurité de certains patients lors de cette
transition. Des réadmissions surviennent régulièrement.
Si l’on demande aux infirmières leur avis lors d’un
départ, il arrive que celui-ci soit différent
de celui du médecin. Une étude (master)
a démontré que l’infirmière avait raison de considérer
que les soins de convalescence avaient parfois besoin d’être
complétés avant le départ de l’hôpital.
Lorsque l’on demande l’avis du soigné, le résultat
peut être différent. Celui-ci a envie de retourner à
la maison, peu importe parfois son état. Est-ce qu’un non professionnel
a le savoir pour prendre ce genre de décision? Selon Meleis
(2000), les caractéristiques du patient, de la communauté
et de la société influencent cette transition. Le partenariat
soignant-soigné dans le prendre soin est-il un incontournable?
Thomas DE KONINCK:
Le soin de l’âme
Les thèmes du "soin de
l’âme" (tês psuchês epimeleisthai)
et du "souci de soi" (epimeleia heautou) occupent,
depuis Socrate au moins, une place fondamentale dans l’ensemble
de l’histoire de la pensée. On doit à Michel Foucault,
Jan Patocka, Paul Ricœur et d’autres importantes figures de
notre temps de les avoir repris et approfondis, et d’avoir suscité
la question du sens et de la pertinence de ces thèmes aujourd’hui.
Ils sont associés, chez Foucault, au très beau thème
de l’anti-flatterie, ou franc-parler (parrhêsia),
et partant à celui de la vérité. Dans
le débat entre Levinas et Ricœur, est mis en cause
le primat de la "responsabilité pour autrui". On ne saurait non
plus passer sous silence le travail considérable accompli
sur toute la sphère de la passivité intime, et l’apport
majeur, ici, de la réflexion de Michel Henry. "Prendre
soin" permet de poser à neuf la question du sens même
de l’humain et de la culture.
Brice DURY: Prendre soin des usages: diagnostic sensible
d'un quartier de la Part-Dieu
Construit à partir des années soixante-dix, le quartier
d’affaires de la Part-Dieu à Lyon fait aujourd’hui l’objet initiée
par le Grand Lyon d’une réflexion collective et stratégique
visant à en inventer l’avenir. Complémentaire des différents
travaux alimentant ce projet, le diagnostic des usages du quartier propose
un regard fin et sensible sur les pratiques de ses usagers. Les observations,
entretiens, photos, mettent en avant des éléments saillants
que l’aménageur ne voit pas toujours. L’appropriation par l’usager
d’un espace ou d’un service et les usages inattendus ou décalés
qu’il en aura permettent de comprendre ses attentes et ses besoins, de formuler
des pistes et des préconisations et de concevoir des scénarios
prospectifs innovants. Ce n’est pas par la taille du quartier ou la hauteur
de ses tours que la Part-Dieu pourra se différentier des quartiers
d’affaires européens. Pourrait-on, en intégrant à sa
vision stratégique l’idée de prendre soin des usages, imaginer
un quartier qui se singulariserait par l’urbanité, par des services
attentionnés, par des aménités urbaines?
Catherine ESPINASSE: La question du genre au sein
du prendre soin
La question du genre est au sein du prendre soin.
Les femmes jouent un rôle prédominant dans le soin informel,
vis-à-vis de leurs enfants, en tant que mères, vis-à-vis
de leurs conjoints, en tant que compagnes, vis-à-vis de leurs
parents âgés, en tant que ce qu’il convient d’appeler
des "aidantes naturelles". Même dans les pratiques de soin formel,
leur rôle reste déterminant, comme en témoignent
le nombre important d’infirmières, d’aides soignantes, de sages
femmes, de puéricultrices, de nourrices. Cependant, ce sont
les hommes qui détiennent encore majoritairement le pouvoir
politique, qui sont donc chargés, à ce titre, de déterminer
comment prendre soin du monde, de la terre, des hommes et des femmes
dont ils sont les élus. Et quand, face à des catastrophes,
l’urgence des interventions s’impose, ce sont alors des hommes qui partent
sur le terrain, qui occupent le devant de la scène médiatique,
en tant que "sauveurs": qu’il s’agisse de sauveteurs, de secouristes,
de pompiers ou de militaires... Malgré la féminisation
des professions médicales et sociales, au cours des dernières
décennies en France, l’invisibilité du prendre soin des
femmes, ne serait-elle pas révélatrice d’une inégalité
qui perdure entre les sexes?
Jean-Baptiste de FOUCAULD: Prendre soin bénévolement des
demandeurs d’emploi: portée, limites, transpositions possibles d’une
expérience citoyenne (à partir de l’expérience de
Solidarités nouvelles face au chômage)
Depuis vingt-cinq ans maintenant, Solidarités nouvelles face
au chômage expérimente des méthodes qui permettent
à des bénévoles de "prendre soin" de chômeurs,
dans une perspective de retour à l’emploi: des binômes de deux
accompagnateurs, eux-mêmes réunis dans des groupes de solidarité,
sont mis à disposition des demandeurs d’emploi qui le souhaitent,
sans limite de temps, et peuvent, si besoin, créer des emplois pour
eux grâce aux fonds collectés. Qu’apporte cette expérience
à la lutte contre le chômage et à la réflexion
sur la manière de prendre soin? Quelles en sont les conditions de
réalisation et les limites? Est-elle extensible à d’autres
domaines? Peut-elle inspirer la mise en œuvre des politiques publiques? Telles
seront les diverses questions qui seront soulevées.
Patrick HADDAD: Les services à la personne : des services
qui prennent soin des personnes?
Le secteur des services à la personne en France est l’héritage
de deux logiques historiques, celle de l’aide à domicile qui consiste
à prendre soin des personnes fragiles (familles, personnes âgées
et personnes handicapées) et celle de l’insertion des personnes
en difficulté sur le marché du travail. Cinq ans après
le lancement du plan de développement des services à la personne,
le secteur a crée des emplois malgré la crise économique.
Il s’est aussi accompagné de mutations profondes du cadre institutionnel,
organisationnel et concurrentiel de réalisation des services. Au total,
est-on réellement en train de concilier durablement ces deux logiques
ou, au contraire, le développement des services à la personne
se fait-il au prix d’une dégradation de la qualité des services
et d’une accentuation de la précarité des salariés?
Marc HATZFELD: D'abord prendre soin de soi
Dans les milieux populaires, une pression de déconsidération
et de mésestime s’abat sur des gens qui ont déjà
du mal à vivre. Avant d’accepter le soin des autres, il leur faut
d’abord conquérir suffisamment d’estime envers eux-même
pour qu’il leur semble valoir la peine de solliciter les autres. Le
premier geste de soin qui s’impose est donc le soin de soi. C’est parfois
un long travail. Prendre soin de soi repose sur des gestes apparemment
simples: manger de la nourriture saine, se faire plaisir dans les relations
amoureuses comme dans la gastronomie quotidienne, se regarder dans un
miroir, écouter son corps et son humeur, retrouver les chemins
d’une coquetterie ou d’une élégance perdues. C’est une
fois ce chemin parcouru qu’il est possible d’entendre les professionnels
du soin comme les proches. Et, dès lors, les gestes de soin tendent
à se faire avec la personne qui appelle ces soins, à devenir
collectifs.
Manuella HESSE-BOYER: Le Tao du soin
Si la sagesse chinoise met au premier rang la capacité
de prendre soin des autres: le ren (ou jen), faisant valoir
qu’on ne devient humain que dans sa relation à autrui, on peut
dire que le taoisme propose un ensemble de techniques corporelles, qui
rappellent que l’on ne devient sage que par la relation à soi. Ces
pratiques ont été élaborées en même temps
que le taoisme philosophique et religieux (Ve à IIe siècle
avant Jésus Christ) dont elles formaient la branche alchimique, destinée
à opérer le passage insensible du corps de l’homme ordinaire,
exposé comme tel aux vicissitudes et aux maladies, au corps de
l’immortel. Un tel corps est conçu comme un corps en lequel s’exprime
pleinement, librement et harmonieusement le souffle. Inversement, tout
ce qui fait obstacle à la respiration mais aussi à l’équilibre
du yin et du yang, à la circulation et au
flux de l’énergie en général, est porteur de faiblesse
et de maladie.
La gymnastique taoiste obéit ainsi au principe appelé
"nourrir le principe vital", elle a pour intention de détendre les
muscles, calmer l’esprit, approfondir la respiration, unir le geste
et le souffle. Il s’agit de rendre au corps et à l’esprit leur
véritable "spontanéité" (traduction possible du mot
chinois tao), afin de porter la vie en nous à son plein épanouissement.
Lucille JUNEAU:
La pratique du soin: réflexion sur le discours
Fréquemment,
la pratique du soin tend à être vue comme
des actions discrètes et peu visibles. Il y a peu
de conceptualisation sur la manière dont ces actions
discrètes s'arriment ensemble. Ainsi, cette complexité
des soins est particulièrement visible à proximité
du patient et tend à être plus difficile à
percevoir à des points de vue distants du quotidien du
soigné. Dans une expression métaphorique, nous
explorerons le discours de soignants et de soignés
de milieux de soins différents afin de mieux saisir la
pratique du soin. Dans ce sens, les métaphores peuvent
être vivantes ou mortes, selon qu'elles illuminent ou non
ce qui se passe ou devrait se passer dans la pratique du soin. Or,
l'expérience nous dévoile une richesse de métaphores
vivantes avec une variabilité d'expressions du soin qui peuvent
s'accompagner d'une variabilité d'actions pour rendre plus visible
la pratique du soin.
Hélène
LAPERRIÈRE: Camouflage et clandestinité des
pratiques informelles de soins communautaires: coopérativité,
convivialité, dangerosité
Lorsque le soin côtoie la
pauvreté, la souffrance, le manque de ressources,
la dangerosité, il se construit d’abord à partir
de pratiques informelles. Son origine découle de gestes
primaires de soin bénévole et volontaire. Basée
sur des expériences communautaires comme volontaire
et infirmière, l’analyse vise à souligner le fondement
existentiel du désir et de la volonté de mettre des énergies
au service des besoins des autres. Il s'agit de suivre les
traces laissées par les acteurs bénévoles ;
une vue de bas en haut. Plus qu’une raison d'être individuelle,
le soin bénévole est une réponse humaine
à la détresse d’un autre être et même d’une
population locale dans le besoin. Les motivations et mobilisations
pour ces actions passent d’un mouvement du bénévole
comme ouverture à un autre souffrant au bénévolat
conçu par des institutions comme une forme d'obligation sociale.
Cette dernière leur donne un droit de recrutement pour
une œuvre collective. Les formes multiples de pratiques informelles
de soin bénévole chevauchent les sphères domestique
et professionnelle; elles échappent aux conceptualisations
universalistes. Le bénévolat institutionnel part
souvent de la base qu’il est un fait naturel ne requérant
pas de réflexion plus approfondie. Le terme "bénévolat"
apparaît plus fréquemment dans la description de projets
communautaires qui proposent d'utiliser une main d'œuvre pour des fins
institutionnelles. Il est valorisé par les organisateurs des services
de soins infirmiers, les organismes communautaires, les chercheurs
et les grandes institutions étatiques. Sous un discours manipulé
de coopérativité et de convivialité (Illich), le soin
bénévole dans la communauté peut cacher une réalité
d'exploitation. Les pratiques informelles de soins communautaires "bénévoles"
sont camouflées. Leur visibilité dévoilerait
des réalités socialement et politiquement inacceptables.
Robert LÉVY: La consolation
La consolation est une entreprise par laquelle
l'un, par des mots, tente d'atténuer les maux de
l'autre; elle est une espèce du genre soin, s'attachant
au domaine des douleurs dites morales, aussi appelées
souffrances. En général les maux qu'elle tente
de guérir sont des peines, qui toutes peu ou prou ont rapport
avec les diverses formes du deuil. La consolation suppose
que pour des raisons variées l'un soit moins touché
ou affecté que l'autre; cette inégalité est requise
(comme la bonne santé du médecin face au malade) et,
si tous deux étaient également affectés, l'entreprise
de consolation risquerait de tourner court. A partir d'un passage
de Kant centré sur la question"le genre humain est-il en constant
progrès vers le mieux?", texte qui constitue la seconde partie
du Conflit des Facultés, on s'interrogera plus spécialement
sur la question suivante: pouvons-nous, nous les humains, faire le
deuil de notre humanité, perdue pour cause de crime? Peut-on
se consoler si tous nous sommes également touchés
et dans l'essentiel? Le devoir de prendre soin de l'autre qui s'énonce
dans l'article premier de la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme de décembre 1948 ("Tous les êtres
humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les
uns envers les autres dans un esprit de fraternité") et les considérations
de son Préambule semblent faire de cette Déclaration
une forme de lot de consolation historique — dont on étudiera
la portée et les difficultés.
Claire MARIN: Qui prend soin de
qui?
Au moment où le soin apparaît
dans certains discours comme un idéal régulateur
de la relation à autrui, il semble important d’interroger
très concrètement les limites que rencontre, dans
les pratiques thérapeutiques, ce modèle du soin, pour
en évacuer d’emblée toutes les formes trop idéalisées.
Avant même de penser une éthique, voire une politique
du soin ou de la sollicitude, il faut revenir sur les phénomènes
significatifs de résistance ou de refus du soin. Ces réactions
qui peuvent paraître a priori surprenantes ne font que manifester
explicitement la tension interne au soin, lequel soulage la douleur
en échange d’un consentement à une position de dépendance,
qui peut être vécue comme dégradante ou humiliante.
Le soin en effet introduit à son insu une forme de violence
dans la relation à autrui dans la mesure où, dans sa structure
même, il suppose l’aveu d’une faiblesse, d’une vulnérabilité
et d’une dépendance vis-à-vis d’autrui. Accepter le soin,
c’est-à-dire accepter d’être secondé, de se laisser
aider, ne va pas de soi. Du vieillard en perte d’autonomie au sans domicile
fixe, du séropositif au médecin lui-même, les dénis
de la maladie, du risque et les refus de soin prennent des formes très
variées et s’expliquent par des représentations du soignant,
de la thérapie, de la maladie et de la liberté très
différentes. Comprendre les différentes raisons du refus
de soin, c’est se donner les moyens de contourner ces résistances
et d’aider l’autre à se faire aider, à accepter le soin,
en particulier lorsqu’il en va de sa survie physique ou psychique. C’est
donc en réfléchissent sur les représentations singulières
du soin que nous essaierons de comprendre quelles sont les approches,
les paroles ou les figures soignantes qui rendent le soin tolérable
et efficace.
Michel NADOT:
L’institutionnalisation du prendre soin. Entre habitat
collectif singulier et économie domestique de type
rural
Prendre soin, est d’abord
une activité générique ordinaire qui
réclame une attention particulière et certaines
compétences en vue de favoriser la vie ou les conditions
de vie au sein d’un espace privé ou familial. On peut
rattacher cet acte aux diverses manifestations de la vie qu’elles
soient végétales (les plantes, la nature), animales
(les animaux domestiques ou sauvages) ou humaines (les humains
et leur environnement de vie, entourage, proches, etc.). Le
"prendre soin" de cette dernière catégorie sera
l’objet de cette contribution. L’activité de "prendre soin"
va progressivement se déplacer de la maison (domus,
feu, foyer, logis) à un espace-temps institutionnel
public, spécialisé, collectif, notamment lorsque
la structure habituelle se révèle déficitaire
pour de multiples raisons. C’est alors que va apparaître
dès le XIIIe siècle (1248) à Fribourg (Suisse)
par exemple, l’hospital laïc (epetau en patois gruérien),
espace d’accueil, "hospitalier" au premier sens de ce mot, c’est-à-dire
un lieu d’hospitalité et de promotion de la survie. Comme
l’a déjà mentionné en son temps Michel Foucault,
l’hôpital n’est en aucun cas un établissement
médical aussi bien dans son fonctionnement que dans son propos.
L’hôpital qui est l’une des plus vieilles institutions
au monde est un espace spécialisé, urbain ou rural,
dans lequel on tente tant bien que mal de prendre soin de ceux et
celles qui "manquent de biens, de forces et de santé"
comme le relèvent les textes de l’époque. Il s’agit
de mettre en œuvre des pratiques pour "protéger la société
civile contre les défauts qui menacent sa tranquillité".
C’est dans cet espace-temps spécifique, organisé
selon une économie domestique de type rural, que les premiers
soignants laïcs, ancêtres des infirmières
d’aujourd’hui, vont commencer à standardiser leurs pratiques
autour du triptyque fondamental de l’aide à la vie institutionnalisée
"domus, familia, hominem". C’est sur ce triptyque profane
initial que va se développer la discipline du prendre
soin.
Références
bibliographiques :
Nadot, M. (2003). "Ces
« pauvres vulgaires dévouements » qui
nous permettent de renouer avec les traditions soignantes"
(pp. 94-110). Perspective soignante, 18. Paris
: Seli Arslan.
Nadot M. (2005). "Au
commencement était le « prendre soin »".
La revue de référence infirmière,
Soins, 700, (37-40). Paris : Masson.
Nadot M. (2008). "Prendre
soin : aux sources de l’activité professionnelle", chapitre
2, (27-51). In Clémence Dallaire (Dir. par). Le
savoir infirmier : au cœur de la discipline et de la profession.
Montréal : Gaëtan Morin éd.
Nadot M. (2008). "La
fin d’une mythologie et le modèle d’intermédiaire
culturel", chapitre 14, (359-382). In Clémence
Dallaire, (Dir. par). Le savoir infirmier : au cœur de
la discipline et de la profession. Montréal
: Gaëtan Morin éd.
Nadot M. (2009). "Les
constantes des pratiques professionnelles d’hier…au
service de la discipline infirmière demain" (pp.
107-131). In C. Sliwka et Ph. Delmas (Eds), Profession infirmière
: quelle place et quelle pratique à l’avenir ? Perspectives
professionnelles, pratiques innovantes, formation universitaire,
recherche en soins. Paris : éd. Lamarre et Wolters
Kluwer France.
Nadot, M. (2009). "L’articulation
historiquement ancrée d’éléments
sur lesquels repose notre discipline". Recherche en
soins infirmiers, 98, (12-18).
Michel
RENAUT: Prendre soin: un exemple hospitalier en Basse-Normandie
- Argentan
Pour pouvoir prendre soin,
le personnel hospitalier doit avoir la conviction que
la direction du Centre Hospitalier prend soin de lui.
. Il se sent accueilli par la
direction et par l'équipe avec laquelle il exerce.
. La considération mutuelle
entre métiers différents et vie en équipe/collectivité
est incontournable.
. Les conditions de rythme de
travail sont compatibles de son rythme familial (planning
annuel par exemple).
. La charge physique et mentale
de son activité est mesurée et la direction
en tient compte. Gare à l'insuffisance professionnelle!
. L'activité professionnelle
est évaluée et réévaluée
pour que sa formation soit poursuivie tout au long de
sa carrière.
. Au fur et à mesure
que l'âge de l'agent avance il est nécessaire
d'en tenir compte pour adapter l'emploi aux possibilités
et expériences acquises.
. Les outils à sa disposition
pour exercer sont métier sont opérationnels.
Les conditions d'accueil
des consultants et hospitalisés doivent être
de meilleur aloi.
Affirmation forte et osée
à la fois: un hôpital est d'abord un hôtel-restaurant
où les patients, leurs familles s'y sentent accueillis
avec empathie dès leurs premiers pas dans l'institution.
Le Centre Hospitalier d'Argentan
rend hommage à Fernand Léger, enfant
du pays, il se doit d'être beau, ouvert sur la ville
de telle sorte que l'anxiété qui préoccupe
le consultant, le visiteur, soit détournée par ce
qu'il visualise. La charte graphique de l'hôpital doit
apporter un sentiment de sérénité. L'hôpital
est un lieu où il fait bon vivre.
Le patient est un être
bio-psycho-social. L'hôpital doit prendre en considération
ces trois dimensions et lui offrir les prestations correspondantes,
sans oublier la culture locale (ex. les mots pansent les
maux).
Ces conditions réunies,
prendre soin doit être possible grâce à:
. Une harmonie, cohésion,
dans la relation entretenue entre personnel médical
et soignant.
. Une transversalité
réelle entre services d'hospitalisations et d'explorations
de telle sorte que le diagnostic soit posé au
plus tôt pour écourter la durée de séjour.
. La réflexion dès
l'entrée du patient aux conditions de sortie
c'est-à-dire réussir à créer des
relations réelles et fructueuses entre le médecin
de famille et le médecin hospitalier, etc. Le patient
doit participer à ses soins pour une meilleure compréhension
et une mise en œuvre personnelle.
. La famille doit être
inscrite dans le déroulement des soins apportés.
. La famille doit être
tout comme le malade accompagnée dignement lorsque
le pronostic vital est en jeu. La famille est bienvenue
à toute heure.
Prendre soin? C'est échanger
avec le patient et sa famille de telle sorte qu'ils perçoivent
l'hôpital comme un lieu à vivre parmi les
autres: la gare, la poste, la médiathèque.
La personne est un sujet pensant
qui doit ressentir l'empathie et se trouver à l'aise
dans cet univers si particulier qu'est l'hôpital.
Anne SALES: Choix politiques et
soins humains
Dans cette discussion, je vais me concentrer
sur deux thèmes centraux: l'économie politique
du soin et la professionnalisation des soins comme un moyen
d'obtenir le pouvoir économique et politique. Les aspects
politiques des soins humains sont étroitement liés
à l'économie tandis que l'impulsion à professionnaliser
les soins est étroitement liée à l'économie.
Cette impulsion exige le pouvoir politique dans les paramètres
nationaux, régionaux et organisationnels.
Eric SANDLARZ: Dévisager
la victime, envisager le sujet
Dans notre clinique des effets
de la violence politique, chaque sujet se présente
scruté par une scène que domine une mise en
acte de la cruauté humaine. Des images fixent le mouvement
de la représentation, bâillonnant la parole,
paralysant la temporalité. La victime se réduit
elle-même à une image sans parole qui occupe tout
l’espace du visible. Dévisager la victime consisterait
à lui arracher son masque médusant ; ce filtre
perceptif constitué par la gestuelle cruelle du bourreau,
qui entache d’impossible toute relation. Envisager le sujet impliquerait
de retracer intérieurement son visage afin de recueillir
la singularité de ses rythmes et de son apparence. Le langage
est ce qui lui en autoriserait la réappropriation.
Cyndie SAUTEREAU:
La dimension éthique du "prendre soin": l'éthique
du care à l'épreuve du mal
Le "prendre soin" dans sa
dimension éthique sera au cœur de mon propos.
En effet, ce qui sourd du "prendre soin", autrement dit de
la disposition à discerner le besoin de l’autre vulnérable
et à y répondre, c’est une éthique, c’est
une certaine façon de traiter autrui. Afin de cerner
la composante éthique du "prendre soin", je propose
de faire appel à deux approches: l’éthique du care
d’une part, et la "petite éthique" de Paul Ricœur d’autre part.
L’éthique du care, comme sa dénomination l’indique,
prend directement le souci et le soin d’autrui pour objet.
La dimension éthique qui s’en dégage s’articule
autour de plusieurs piliers: la place centrale de la relation
entre l’agent et le patient, la responsabilité envers l’autre
vulnérable et dépendant, la sensibilité entendue
comme sentiment et attention à l’autre, ainsi qu’un ancrage
dans le particulier, dans les situations concrètes
de la vie plutôt que dans la généralité
et l’abstraction. Cependant, on objecte souvent à une telle
éthique d’être le propre du féminin et de s’opposer,
par là-même, à une conception davantage masculine
de l’éthique fondée, elle, sur l’autonomie, la justice,
la norme ou encore l’universalité.
Recourant à
l’éthique ricœurienne, c’est ce clivage que
je vise à mettre en question. Il s’agira de montrer
que si l’éthique du care — en tant qu’elle rend
compte d’une capacité à faire attention à autrui
— permet de contrer l’indifférence aux autres,
elle ne peut cependant pas empêcher que cette bienveillance
puisse faillir. La dissymétrie propre à la relation
de soin laisse, en effet, la porte ouverte à toutes les
dérives maléfiques de l’interaction. Pensons
ici, par exemple, aux maltraitances ou au manque de soin dont
des personnes âgées sont victimes dans certaines
maisons de retraite. Ricœur nous apprend, en effet, que le soi
est ainsi fait qu’il peut faillir dans l’exercice de la sollicitude.
C’est pourquoi le recours à la norme morale "caractérisée
à la fois par la prétention à l’universalité
et par un effet de contrainte" (Paul Ricoeur. Soi-même
comme un autre. Paris: Seuil, 1990. Coll. Points Essais,
p. 200.) s’avère nécessaire. Cependant, quand
la norme morale se trouve confrontée aux situations concrètes
de la vie — qui est le lot du "prendre soin" — des conflits moraux
ne peuvent manquer de survenir. C’est pourquoi Ricœur propose finalement
de recourir à une sollicitude non plus "naïve"
— qui s’apparenterait en quelques façons à l’éthique
du care —, mais à une "sollicitude critique" qui
"consiste à inventer les comportements justes appropriés
à la singularité des cas" (Soi-même comme un
autre, p. 312). Sans renier, donc, les éléments
centraux d’une éthique du souci et du soin des autres, Ricœur
permet de montrer que cette "sollicitude naïve" a néanmoins
besoin de la morale, mais que cela ne l’empêche pas pour autant
de guider l’agir dans les situations singulières dans la mesure
où elle s’est muée en une "sollicitude critique".
Références
bibliographiques :
Carol Gilligan. In
a different voice : psychological theory and women’s
development. Cambridge, Mass. : Harvard University
Press, 1982 (Traduction française : Une voix
différente. Pour une éthique du care. Paris
: Flammarion, 2008. Coll. Champs essais).
Patricia Paperman et
Sandra Laugier (dir.). Le souci des autres.
Éthique et politique du care. Paris : Éditions
de l’École des Hautes Études en Sciences
Sociales, 2005.
Paul Ricœur. Soi-même
comme un autre. Paris : Seuil, 1990, Coll. Points
Essais.
Joan Tronto. Moral
Boundaries. A Political Argument for an Ethic of Care.
New-York/Londres : Routledge, 1993 (Traduction française
: Un monde vulnérable : pour une politique
du care, Paris : Éditions La Découverte,
2009).
Michèle ST-PIERRE: Les soins d’aujourd’hui
ne sont-ils que des systèmes organisés?
Encore aujourd'hui, c'est la diffusion de l'activité
rationnelle, scientifique et technocratique, l'importance accordée
au travail et à l'organisation de la production, ainsi que
la prolifération des règles de droit qui balisent
nos façons de faire en santé. Cependant, au-delà
de la place que prennent les systèmes ainsi organisés,
une tension constante caractérise les activités de soin
du fait qu'elles rejoignent à la fois tant les individus dans
leurs spécificités personnelles, que les groupes dans
leurs caractéristiques collectives. Dans ce cadre, le principe
de l'utilité sociale et celui de l'utilité individuelle du
soin sont en constante confrontation. Les professionnels de la santé
n'ont alors d'autre choix que de structurer un équilibre toujours
précaire, et ce, non pas pour résoudre ce dilemme, mais
pour le gérer. Le prendre soin ne peut donc se contenter d'être
technicisé, mécanisé et instrumentalisé, étant
donné la dynamique de co-construction du soin qu'il engendre entre
les soignants, les soignés et leurs impératifs d'action.
Marion TILLOUS: Peut-on prendre soin
sans donner le choix? Le cas des espaces de mobilité urbaine
La dimension du "prendre soin" est restée
absente de la conception des espaces de transport depuis leur
création jusqu'à une date relativement récente.
A Paris, réseau qui constitue notre étude de cas,
les espaces de mobilité souterrains ont été conçus
à la fin du XIXe siècle selon les principes qui présidaient
alors à la conception des réseaux techniques, au premier
rang desquels se trouvaient la recherche de fluidité et l'hygiène.
Le voyageur était alors assimilé à la particule
d'un flux. Au cours des années 1980 (donc bien après
l'élaboration du RER, conçu suivant les mêmes
principes que le métro), cette conception du "réseau-tuyau"
a été mise à mal par l'opérateur de transport
parisien (RATP) au profit d'une individualisation du service rendu au voyageur.
Les espaces ont peu à peu été conçus pour prendre
soin du voyageur, de ses envies, de ses besoins et de ses vulnérabilités.
Dans le passage du flux à l'individu, le voyageur a gagné
en indépendance (et en confort) mais pas en autonomie: le concepteur
répond à ses envies, besoins et vulnérabilités,
mais il ne lui laisse toujours pas le choix, en particulier de son itinéraire.
Peut-on dès lors parler de "prendre soin"? Peut-on prendre soin
sans donner le choix?
Nicolas VONARX: Variation
des soins et pluralité ontologique: entre relations,
valeurs et imaginaires
Au sein de tout système médical
se sont élaborés plusieurs systèmes
de soins préoccupés par certaines situations
traduites socialement comme des infortunes et des maladies.
En dépit des différences qui existent entre ces
systèmes, autant dans la lecture et la compréhension
de ces situations, que dans les moyens mis en œuvre et disponibles
pour y faire face, ils trouvent chacun leur raison d’être
dans une ontologie du monde où il est question de relations.
De relations à ce qui compose ce monde, de relations valorisées
socialement et de relations incorporées sous forme d’expériences.
Prendre soin porterait alors sur ces relations et se déclinerait
au pluriel en fonction d’imaginaires que les hommes ont su et
savent, élaborer et partager. Lors de cette présentation,
je reviendrai sur cette idée de dénominateur commun
aux systèmes de soins, soulignerai des distinctions dans
les formes de soins d’ici et d’ailleurs à l’aide de quelques
exemples, et proposerai de revoir le soin dans les sociétés
occidentales à la lumière de transformations socio-symboliques
qui s’opèrent actuellement dans cette partie du monde.
Martin WINCKLER: "Docteur House meets Franz Karma - transmettre
l'éthique du soin par la fiction"
Cette présentation comprendra (pour renouer avec deux autres
colloques de Cerisy "le corps souffrant, entre médécine
et littérature" (1994), "Les séries télévisées"(2002))
la projection d'un épisode de Dr House" (40 minutes) et une
lecture d'extraits de "Chœur des femmes, POL" (20 minutes), le tout
suivi d'un échange avec la salle, pour une durée de 90 minutes
ou plus si les participants tiennent le coup.
Frédéric WORMS: Le soin comme orientation
éthique et politique dans le moment présent
Le soin n'est pas seulement une priorité clinique et un
travail concret face aux maux qui affectent les individus, il est aussi
une réponse active et créative face aux diverses vulnérabilités
qui vont des relations interindividuelles aux enjeux les plus vastes,
cosmiques et politiques, en outre il est traversé de tensions,
de risques, de déformation internes qui peuvent le retourner en
son contraire et appellent des critères éthiques et politiques.
C'est à ce triple titre qu'il peut être vu non pas comme un
activité ou un problème parmi d'autres, mais comme le principe
d'une orientation d'ensemble dans un "moment" défini non seulement
par la diversité des faits, mais aussi des théories qui le
constituent.
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS:
Se réfugier dans le soin?
"Elles se réfugient dans
le soin" me confia un jour la directrice d'une maison de
retraite bruxelloise à propos du personnel de son établissement.
A quelle fuite est-il ici fait allusion? Je propose d'explorer
quelques pistes au départ de cette question en ancrant
la réflexion dans le domaine de l'accueil institutionnel
des personnes âgées, et en prenant appui sur les
travaux consacrés à l'éthique du care
(Gilligan, Tronto, Paperman, Molinier, Laugier).
Philippe ZARIFIAN: Prendre soin du travail
La question du travail, de sa qualité, de son apport, a disparu
de la scène des grandes politiques publiques depuis des dizaines
d’années, recouverte qu’elle a été par la question
de l’emploi. De manière plus récente, dans les entreprises
et administrations, on a assisté à une véritable "mise
en disparition du travail", du fait de nouveaux dispositifs de contrôle
gestionnaire, inspirés de la DPO (direction par objectifs). Dans
les entreprises ayant adopté ces dispositifs, il n’existe plus aucun
moment et aucun lieu pour "discuter" du travail et l’évaluer. Enfin,
la vogue née de la thématique de la souffrance au travail,
évoque largement la souffrance, mais oublie le travail.
Notre propos sera de redonner une visibilité au travail, en
associant: savoirs et puissance d’action, initiatives et effets tangibles
de ces initiatives, et en montrant, par des exemples, que le problème
social principal ne vient pas d’une souffrance abstraite, inspirée
d’un modèle totalitaire, mais d’une absence de visibilité,
de reconnaissance, de débats sur la question du travail, en y incluant
tout à la fois ce que les personnes font réellement, mais
qui n’est jamais vu ni reconnu et ce qu’elles sont capables de faire et
voudraient faire, tout en y étant empêchées.
Références bibliographiques :
Philippe Zarifian, Le travail et la compétence : entre
puissance et contrôle, éditions PUF, mai 2009.
Philippe Zarifian, Le modèle de la compétence,
édition Liaisons, septembre 2004.
Philippe Zarifian, A quoi sert le travail ?, éditions
la Dispute, janvier 2003.
BIBLIOGRAPHIE :
Baudelot, Christian,
Establet, Roger, Suicide, l’envers de notre monde,
Paris, Seuil 2006.
Collière, Marie-Françoise (2001), Soigner...
Le premier art de la vie. Paris : Masson, 454
pages.
Cote Armando et
Patsalides Béatrice (dir), Transmettre
et témoigner, les effets de la violence politique
sur les générations, Paris, L'Harmattan,
2008.
Dallaire, Clémence
(2008), Le savoir infirmier. Au cœur de la
discipline et de la profession. Montréal : Gaëtan
Morin éditeur, 488 pages.
Damon, Julien
(2002), La question SDF, critique d’une action
publique, PUF.
Damon, Julien
(2006), Les politiques familiales, Que sais-je
?, PUF.
Damon, Julien
(2009), L’exclusion, Que sais-je ?, PUF.
Derrida, Jacques,
Etats d'âme de la psychanalyse, Paris,
Galilée 2000Revue ESPRIT (janvier 2006),
"Les nouvelles figures du soin".
Fiat, Eric, Geoffroy,
Michel, Questions d’amour, De l’amour dans
la relation soignante, Letheillieux, 2009.
Hatzfeld, Marc (2006), Les dézingués,
parcours de SDF, Autrement.
Hatzfeld Marc
(2006), La culture des cités, une énergie
positive, Autrement.
Hesbeen W. (2002),
La qualité du soin infirmier. Penser et agir
dans une perspective soignante. 2e édition.
Paris : Masson.
Honoré
Bernard (2003), Pour une philosophie de la formation
et du soin : la mise en perspective des pratiques,
L'Harmattan. INED 2009 - Population et société,
N°455, avril 2009.
Lawler J. (2002),
La face cachée des soins. Soins au corps,
intimité et pratique soignante. Seli Arslan.
Primo Levi, Les
naufragés et les rescapés, collection
TEL, Gallimard.
Marin, Claire (2008), Hors de moi, éd. Allia.
Marin, Claire
(2008), Violences de la maladie, violence de la
vie, Armand Colin.
Molinier, Pascale,
Laugier, Sandra, Paperman, Patricia (2009), Qu'est-ce
que le care ?, Petite Bibliothèque Payot
| Numéro : 734, 304 pages.
Revue MAUSS,
n°32 (2 semestre 2008), "L’amour des autres.
Care, compassion et humanitarisme", La Découverte.
Nasio, Juan David,
Le livre de la douleur et de l'amour, Paris, collection
Désir/Payot, 1996 Paperman, Partricia, Laugier,
Sandra, éds. (2005), Le souci des autres. Éthique
et politique du care, Paris, Éditions de
l'École des hautes études en sciences sociales,
2005, 349 p.
Perrault-Soliveres,
Anne (2001), Infirmières, Le savoir
de la nuit, PUF.
Revue PORTIQUE
(2003), dir. Jean-Paul Resweber, Jean Agnès,
Jean-François Bert, Michel Klein, "Les gestes de
soin".
Saillant, Francine
(2000), "Identité, altérité,
invisibilité sociale : expérience et théorie
anthropologique au cœur des pratiques soignantes",
Anthropologie et sociétés, 24 : 1,
155-171.
Stiegler, Bernard
(2008), Prendre soin de la jeunesse et des générations,
Flammarion.
Tronto, John
(2009), Un monde vulnérable, pour une politique
du care, La Découverte.
Winnicott Donald
Woods (1989), De la pédiatrie à la
psychanalyse, Payot.
100 000
ans de beauté (2009), 5 volumes, introduction
par Michel Serres, Futur – Projections, sous la direction
d’Elisabeth Azoulay et Françoise Gaillard, Gallimard,
Fondation d’entreprise l’Oréal.