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DU SAMEDI 20 JUILLET (19H) AU MARDI 30 JUILLET (14 H) 2002



SPINOZA AUJOURD'HUI


DIRECTION : Claude COHEN-BOULAKIA, Pierre-François MOREAU

COORDINATION : Mireille DELBRACCIO

ARGUMENT :

Spinoza est doublement actuel: par les études qui lui sont aujourd'hui consacrées ; mais aussi par la force de sa présence dans des interrogations et des pratiques parfois en apparence très éloignées de la philosophie.

Le renouvellement des études textuelles, l'intérêt pour les thèmes fondamentaux comme l'Etat, la tolérance, le temps et l'éternité, les discussions sur l'Ecriture sainte, la recherche des modèles scientifiques du système et des contextes d'origine (néo-latin, juif, néerlandais), l'histoire de la réception de l'Ethique ou du Traité théologico-politique ont marqué le développement récent des études spinozistes. Mais la figure de Spinoza est présente aussi durablement dans les travaux de la biologie, de la psychologie, de la psychanalyse, dans la réflexion politique ou dans des œuvres littéraires ou artistiques.

Ces deux approches sont-elles compatibles? En tout cas l'une et l'autre témoignent de la puissance d'une pensée et ce colloque tentera de les confronter.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 20 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 21 juillet
Matin:
Pierre-François MOREAU: Chemins du spinozisme aujourd'hui, 1977-2002

Après-midi:
Ahmed ALAMI: Spinoza et Averroès


Lundi 22 juillet
Matin:
Henri ATLAN: Théorie de l'action et identité psychophysique

Après-midi:
François ZOURABICHVILI: La langue de l'entendement infini
Mogens LAERKE: Deus quatenus: sur l'emploi des particules reduplicatives dans l'Ethique

Soirée:
"Gloire et béatitude (Ethique, V, 36)", débat avec Henri ATLAN et Michel JUFFÉ


Mardi 23 juillet
Matin:
Yves CITTON: Spinoza et Quesnay: l'envers du libéralisme
Frédéric LORDON: Spinoza et le monde social

Après-midi:
Discussion avec les participants autour du thème "Spinoza et la question de la différence"


Mercredi 24 juillet
Matin:
Jacqueline LAGRÉE: La foi du philosophe
Lorenzo VINCIGUERRA: "Le geste de Dieu". Origine et nature du signe chez Spinoza

Après-midi:
Gabriel ALBIAC: Sujets déterminés. Entre Althusser et Lacan, Spinoza
Pascal SÉVERAC: Le Spinoza de Bourdieu

Soirée:
Charles POLIO: L'éthique musicale sous Spinoza


Jeudi 25 juillet
Matin:
Laurent BOVE: "Bêtes ou automates" (T.T.P., XX[6])
Pierre-François MOREAU: Sur quelques difficultés du spinozisme

Après-midi:
Table Ronde : Spinoza et la psychanalyse, avec la participation de Mireille DELBRACCIO, Michel JUFFÉ et Pierre-François MOREAU


Vendredi 26 juillet
Matin:
Fatma HADDAD-CHAMAKH: L'actualité du T.T.P. de Spinoza. Pour une lecture critique des textes des "renaissants" arabo-musulmans de la fin du XIXe à la fin du XXe siècle
Mino CHAMLA: Spinoza et la lecture talmudique de la Bible

Après-midi:
REPOS


Samedi 27 juillet
Matin:
Elhanan YAKIRA: Spinoza et le concept du politique

Après-midi:
Table Ronde : Passions, corps, esprit, avec Chantal JAQUET (Le rôle actuel de la théorie spinoziste du corps et de l'esprit) et Epaminondas VAMPOULIS (Problèmes de la conception de la nature corporelle chez Spinoza)


Dimanche 28 juillet
Matin:
Manfred WALTHER: Souveraineté du peuple et état d'exception: Spinoza dans la jurisprudence pendant la République de Weimar

Après-midi:
Salah MOSBAH: Spinoza et la tradition républicaine


Lundi 29 juillet
Matin:
François MATHERON: Louis Althusser et le "Groupe Spinoza"
Claude COHEN-BOULAKIA: Spinoza, l'anti-humanisme contemporain

Après-midi:
Table Ronde : Mathématiques et physique, animée par Michel BLAY, avec Françoise BARBARAS (Le fondement mathématique de la puissance de modération des sentiments chez Spinoza) et Fabrice AUDIÉ (Spinoza et les mathématiques)


Mardi 30 juillet
Matin:
Pierre-François MOREAU: La narrativité dans l'écriture de Spinoza
Synthèse du colloque

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Ahmed ALAMI: Spinoza et Averroès
La question du rapport entre Spinoza et Averroès permet d'étudier les liens entre deux grands philosophes appartenant à deux traditions différentes. Les ressemblances entre les deux sont si nombreuses "une vision critique de leur tradition religieuse respective, une vie persécutée par le pouvoir religieux" qu'on est tenté de penser que Spinoza a subi les influences de la philosophie d'Averroès. Mais ces ressemblances suffisent-elles pour nous décider en faveur d'une telle thèse?

Henri ATLAN: Théorie de l'action et identité psychophysique
Prendre au sérieux le monisme du corps et de l'esprit implique que l'action volontaire et la perception soient traitées comme des évènements produits par des états à la fois corporels et mentaux, sans relation de cause à effet entre un état mental intentionnel et une activité du corps, ou entre un état corporel sensitif et une perception mentale. Il s'agit là d'une théorie de l'action et de la perception, explicite dans l'Ethique (III, 2), mais qui contredit le sens commun, tant psychologique que moral. Un réexamen de cette question à l'aide de concepts empruntés à certains philosophes analytiques contemporains (D. Davidson, H. Putnam), ainsi que de données neurophysiologiques, permet d'apprécier autrement ce que l'on gagne en intelligibilité par rapport à ce que l'on perd en relativisant le sens commun.

Françoise BARBARAS: Le fondement mathématique de la puissance de modération des sentiments chez Spinoza
Quel que soit le sujet, la raison offre l'intelligence mathématique du caractère infini d'une situation quelconque — cf. analyse de l'exemple de la lettre 12. L'analyse de la nature des sentiments fait apparaître que leurs composantes universelles, joie et tristesse, permettent d'avoir une intelligence mathématique de leur essence. L'Ethique offre deux voies du salut, la voie directe et une voie indirecte, la voie politique. La première met en œuvre l'intelligence de l'infini dans la mécanique du désir. Elle ne supprime pas joie et tristesse qui sont constitutives du désir, mais elle suspend l'espoir et la crainte, supprimant ainsi le moteur du mécanisme passionnel du désir. Dans la seconde, la raison produit les mêmes effets par d'autres moyens ; elle ne suspend pas l'espoir et la crainte qui sont, cette fois, la matière du travail de la raison, mais le ressort de la vertu de la Cité est encore la compréhension d'une loi naturelle mathématiquement comprise.

Laurent BOVE: "Bêtes ou automates" (T.T.P., XX[6])
Le pouvoir souverain possède les moyens de contourner les résistances naturelles de la nature humaine à l'oppression et faire ainsi que la majeure partie des hommes croie, aime, haïsse ce qu'il veut. La dynamique propre de la domination entraîne alors les sujets de l'obéissance  au-delà des limites d'une "vie humaine". Nous nous interrogerons sur ces limites et leur au-delà, ainsi que sur la nature exacte des processus qui réduisent des êtres rationnels en "bêtes" ou en "automates" (en nous demandant si animalisation et automation sont dans une réelle synonymie).

Mino CHAMLA: Spinoza et la lecture talmudique de la Bible
Cette communication se déroulera entre les trois niveaux d’argumentation suivants. En premier: quelle a été la vraisemblable réception du Talmud de la part de Spinoza, voire la lecture directe et indirecte qui sort de l’œuvre spinozienne. En deuxième: une certaine contextualisation du discours spinozien dans le talmudisme juif et "chrétien" de l’époque. En troisième et dernier: une petite offre d’interprétation "philosophique" du talmudisme spinozien.

Yves CITTON: Spinoza et Quesnay: l'envers du libéralisme
Cette intervention s'attachera à montrer les convergences qui apparaissent lorsque l'on met en parallèle la philosophie de Spinoza avec celle de Francois Quesnay, le père de la physiocratie et de la théorie économique contemporaine. Cette convergence nous amènera à lire Spinoza et Quesnay comme dévoilant l'envers du libéralisme: tous deux partent de prémisses éthico-économiques du libéralisme pour en développer rigoureusement la logique jusqu'à ce que celle-ci se retourne contre les conclusions politiques qui lui sont traditionnellement associées.

Claude COHEN-BOULAKIA: Spinoza, l'anti-humanisme contemporain
Devant la paresse mentale actuelle, Spinoza peut nous offrir un souffle nouveau. L'humanisme existentialiste nous a plongé dans l'illusion de la liberté, de la responsabilité. Spinoza nous apprend à cheminer dans la recherche de "l'utile propre" qui, seul, peut nous conduire à notre véritable humanité, authentique liberté.

Fatma HADDAD-CHAMAKH: L'actualité du TTP de Spinoza. Pour une lecture critique des textes des "renaissants" arabo-musulmans de la fin du XIXe à la fin du XXe siècle
Mon propos dans cette communication est de procéder à l'étude comparée de la genèse et de la fonction du T.T.P. de Spinoza et de quelques textes des réformateurs de la "renaissance" arabo-musulmane, pour une lecture critique des analyses et des réformes proposées par les penseurs et les politiques arabo-musulmans des XIXe et XXe siècles du devenir et des mutations des sociétés arabo-islamiques à l'époque dite "contemporaine".
Ma démarche est double: dans un premier temps, je compare la méthode de l'interprétation des Ecritures mise en œuvre dans le T.T.P. avec les méthodes (dont celle de "l'iptihad" ou "effort de réflexion et d'interprétation") d'interprétation des textes fondateurs de la tradition islamique (Coran et Hadith-s), mises en œuvre par les réformateurs arabes et/ou musulmans des XIXe et XXe siècles dans quelques-uns (quatre) de leurs ouvrages.
Dans un second temps, j'examine à partir et à la lumière des analyses, notions, concepts; que Spinoza développe dans le T.T.P. pour définir le statut du théologique et du politique, cerner la spécifiité du politique par rapport au religieux, celle de la philosophie et de la raison par rapport à la  foi, et fonder l'Etat et les droits de l'individu, dans quelle mesure les penseurs réformistes de la "Renaissance" arabo-musulmane du XIXe siècle et des mouvements nationalistes indépendantistes du XXe siècle recourent à des notions et concepts similaires pour reconstruire la pensée politique et théologique traditionnelle et pour réformer l'Etat dans la visée d'une modernisation des institutions politiques, religieuses, culturelles des sociétés arables et islamiques en mutation depuis deux siècles.

Chantal JAQUET: Le rôle actuel de la théorie spinoziste de l'union du corps et de l'esprit
En présentant l'esprit et le corps comme une seule et même chose exprimée sous deux attributs différents, la pensée et l'étendue, Spinoza ouvre la voie à une analyse de l'homme qui met un terme au dualisme psychophysique, sans pour autant prendre la forme d'un monisme réductionniste, de sorte qu'aussi bien les tenants actuels de la neurobiologie comme Jean-Pierre Changeux que les philosophes phénoménologues comme Paul Ricœur se réclament de sa philosophie, notamment dans leur ouvrage commun, Ce qui nous fait penser, La nature et la règle. C'est ce rôle déterminant du modèle spinoziste dans la pensée contemporaine des rapports entre l'esprit et le corps qu'il s'agit d'explorer, afin d'en montrer la puissance et la fécondité.

Mogens LAERKE: Deus quatenus: sur l'emploi des particules reduplicatives dans l'Ethique
Le spinozisme constitue l'un des champs de bataille principaux de la dispute actuelle entre Badiou et le deleuzianisme. Le spinozisme de Deleuze n'est pas un secret. Badiou se réclame également du spinozisme dans Court traité d'ontologie transitoire (1998). Reste que Badiou qualifie le Spinoza deleuzien d'une "créature méconnaissable". La divergence concerne surtout leurs interprétations respectives de la méthode de Spinoza. Pour Badiou, le more geometrico résulte d'une décision axiomatique prise par l'être lui-même. Pour Deleuze, au contraire, la méthode spinoziste forme une géométrie naturelle plus biologique que mathématique. Je vais confronter ces deux interprétations du more geometrico en retraçant leurs prédécesseurs dans l'histoire du spinozisme.

Jacqueline LAGRÉE: La foi du philosophe
Spinoza dans le Traité théologico-politique a strictement séparé le domaine de la foi ou de la révélation de celui de la philosophie. Pourtant, à la fin du chapitre XV, il soutient la nécessité de la révélation pour admettre, y compris de la part du philosophe, la nécessité de croire à une vérité qui n’a pu être démontrée par la philosophie, à savoir la possibilité d’un salut par l’obéissance. La communication s’attachera à montrer qu’il y a bien, y compris pour le philosophe qui s’efforce d’accéder à la science intuitive, un domaine de la foi et donc à réévaluer la positivité de la connaissance du premier genre.
Elle cherchera aussi à dégager en quoi consiste spécifiquement la foi du philosophe, y compris en d’autres domaines que la religion.

Références Bibliographiques :

La religion naturelle, PUF, collection Philosophies, 1991.
La raison ardente, Religion naturelle et raison au XVIIe siècle, avec une traduction (du latin) du Meletius, de Grotius, Vrin, Collection Philologie et Mercure, 1991.
Le médecin, le malade et le philosophe, Bayard, janvier 2002.
Traductions:
L. Meyer: La philosophie interprète de l'Ecriture sainte. Traduction (du latin), introduction et notes par J. Lagrée et P-F. Moreau Paris, Intertextes 1988.
Traduction et annotation (en collaboration avec P.F.-Moreau) de Spinoza, Traité théologico-politique, PUF, Epiméthée, 1999.


Frédéric LORDON: Spinoza et le monde social
Spinoza ne parle pas qu'aux philosophes. Sa pensée s'adresse aussi à tous ceux qui ont maille à partir avec les problèmes théoriques posés par le monde social. Le propos général de cette contribution peut donc certainement être lu comme un plaidoyer en faveur de sciences sociales spinozistes ou, pour le dire autrement, comme la position d'un programme de recherche spinoziste en sciences sociales.
Avancer dans cette direction suppose pourtant préalablement un travail d'adaptation des concepts spinozistes pour que, tirés de leur plan d'abstraction philosophique, ils deviennent opératoires dans le registre théorique propre des sciences sociales. Effectué sur le concept de conatus — probablement l'une des notions les plus fécondes dans la perspective d'un tel programme — ce travail reparcourt maints problèmes épistémologiques classiques des sciences sociales ; et l'on voudrait à cette occasion montrer qu'une science sociale se saisissant de ce concept n'est nullement vouée à tomber dans l'individualisme méthodologique, en prenant par exemple l'allure d'une monadologie enrichie de la volonté de puissance, mais peut se révéler parfaitement adéquat à un certain type de structuralisme.
Enfin, et comme il n'est pas de meilleure démonstration de viabilité que le passage aux travaux appliqués, on se propose de montrer de quelle façon un tel point de vue spinoziste permet de livrer une vision assez originale de faits socio-économiques très concrets, ainsi par exemple des conflits d'OPA dans le nouveau capitalisme financiarisé...

François MATHERON: Louis Althusser et le "Groupe Spinoza"
En 1966-67, Louis Althusser constitua autour de lui un mystérieux "groupe Spinoza", groupe politico-théorique calqué sur le modèle des organisations politiques clandestines assez courantes à l'époque. Si les archives conservées par Althusser sont exactes, on parlait beaucoup de politique au cours des réunions, mais assez peu de Spinoza. On cherchera à expliquer les objectifs conférés par Althusser à ce groupe, et à expliquer son mode de fonctionnement; on se demandera pourquoi Althusser l'avait précisément appelé "Spinoza" ; et l'on examinera les (éventuels) rapports entre ce groupe et la lecture althussérienne de Spinoza.

Pierre-François MOREAU: La narrativité dans l'écriture de Spinoza
Parmi les formes d'écriture dont use Spinoza le récit figure en bonne place. Récit historique: plusieurs passages reconstituent comme une vie raisonnée d'Alexandre: ses superstitions, ses amours, son rapport au pouvoir, et la façon dont tout cela se mêle — les conjurations, les alliances matrimoniales, l'usage cynique de l'adoration religieuse du souverain, le heurt entre les coutumes des Grecs et celles des Perses. Au fil de ce récit interrompu, on voit les lois générales de la nature humaine s'exemplifier, mais revêtues de chair et vivantes. Récit romanesque aussi: parfois un scolie esquisse une brève fiction, avec plus de détails qu'il n'en paraît nécessaire pour faire comprendre le théorème qui le précédait, et sans se référer à un personnage historique; le récit rappelle des histoires connues, s'inscrit dans la vie de tous les jours, ou au contraire dans les épisodes qui en rompent le cours, mais qui semblent le faire si souvent qu'ils la suivent comme son ombre.

Salah MOSBAH: Spinoza et la tradition républicaine
Spinoza semble appartenir à sa manière au "Moment Machiavélien". En effet, il a accepté en le modifiant, les principaux thèmes du républicanisme classique, i.e. le bien commun, la vertu civique, la liberté républicaine, la citoyenneté, les régimes politiques...et ce en conjuguant à la suite de Tacite et de Machiavel fortune, vertu et liberté, d'où l'originalité de son républicanisme. Originalité qui a été malheureusement sous estimée par les défenseurs du républicanisme contemporain. Or, il nous semble que ce dernier pourrait approfondir plusieurs de ses thèmes en reprenant la matière spinoziènne de s'approprier la tradition républicaine.

Charles POLIO: L'éthique musicale sous Spinoza
A l'époque où Spinoza médite intensément sur notre condition humaine, musica antica et musica moderna se côtoient déjà de manière autonome: la musique n'est plus appréhendée seulement comme un idéal, un mystère inspiré à l'artiste par les forces divines, mais comme une construction de pensée parvenue au rang d'un art pur.
Dès lors, l'expression musicale s'est affranchie de la vaste fresque religieuse: non pour l'abandonner, mais pour s'emparer d'un nouveau mode d'écriture, qui va lui permettre d'explorer librement la nature humaine, changeante, et toujours en recherche sur sa vérité profonde. Un Monteverdi, un Descartes, chacun à sa manière, l'avaient prescrit plusieurs années auparavant: désormais, musique et conscience ne doivent faire qu'un.

Pascal SÉVERAC: Le Spinoza de Bourdieu
Il s'agira non seulement d'indiquer ce que P. Bourdieu disait lui-même emprunter à la philosophie de Spinoza, mais aussi de comprendre les continuités et les ruptures plus fondamentales entre sa sociologie déterministe et la pensée spinoziste de la nécessité. On se demandera dès lors pourquoi Bourdieu a finalement revendiqué une filiation pascalienne et non pas spinoziste.

Epaminondas VAMPOULIS: Problèmes de la conception de la nature corporelle chez Spinoza
La puissance de l’attribut étendue, dont les corps sont des modes finis, explique par son infinitude certains traits purement physiques de la nature corporelle, comme l'impossiblité du vide. Mais chaque corps dépend aussi, quant à son existence, d’une série causale qui le lie aux autres corps d’une manière transitive. Qui plus est, ces rapports causaux des corps doivent être conçus comme constituant tous ensemble le mode infini médiat de l’attribut étendue. Cette manière de concevoir le mode infini médiat renvoie, cependant, à la constitution d’une puissance indéfinie et non pas à celle d’une puissance infinie. Comment peut-on concilier les déterminations extrinsèques du corps — liées nécessairement à son caractère fini — et l’infinitude de la puissance d’un attribut?

Manfred WALTHER: Souveraineté du peuple et état d'exception: Spinoza dans la jurisprudence pendant la République de Weimar
La première démocratie de terrain de l'Allemagne, celle de Weimar, est le produit d'une révolution, ce qui pose le problème de la compréhension de la révolution en termes de théorie du droit. Etant donné l'instabilité du régime démocratique pendant les premières et les dernères années de la République, la question de l'état d'exception était pressante (?). C'est pourquoi un bon nombre de juristes pendant la période de Weimar se référaient, avec des intentions bien différentes, à la philosophie d'état de Spinoza et surtout à ses réflexions concernant les "cas limites" de l'existence de l'état — ce qui prouve la présence de la philosophie politique de Spinoza à cette époque. Cela donne une occasion d'éclairci les doctrines de Sinoza, — souvent mal interprétées — sur la résistance et le cas d'exception.

Elhanan YAKIRA: Spinoza et le concept du politique
La question des rapports entre l'Etat et l'Eglise, ou la Religion, reste une question fondamentale aujourd'hui. En Europe même, mais d'une façon encore plus urgente, parfois dramatique, ailleurs. Dans le monde Islamique, dans les pays de l'Europe de l'Est, en Israël aussi. Dans ce dernier, un débat essentiel a commencé avec la création de l'Etat, et il continue sans cesse depuis. Dans ce débat, l'esprit de Spinoza est présent, explicitement et implicitement, en permanence. Or quel est est le sens de la question des rapports entre Etat et Eglise? S'agit-il d'une seule question ou de plusieurs? D'une question scientifique — historique, anthropologique, sociologique ou politologue — cherchant à établir des faits qui sont, nécessairement, contingents? Ou est-ce que c'est une question sur un a priori quelconque, qu'il soit historique à la manière de Foucault par exemple, transcendantal à la manière de la phénoménologie, comme chez Rudolf Otto, ou autre? Ou peut-être cette question vise-t-elle des concepts qu'il faut formuler, justifier et puis montrer la fécondité heuristique ou l'adéquation à la réalité?
Spinoza, qui suit Hobbes sur ce point, est un des penseurs dont la théorie politique se fonde sur une délinéation d'un champ spécifique et irréductible du politique ; il serait question dans cette conférence d'essayer de définir le sens et la nature de ce champ dans la pensée de Spinoza?

François ZOURABICHVILI: La langue de l’entendement infini
Les idées, qui selon Spinoza appartiennent comme les corps à la nature, relèvent d’une physique spéciale qui n’a rien de métaphorique (simplement, le concept de physique doit s’ouvrir et s’élargir). Ordinairement, on ne voit pas que Spinoza a produit cette physique dans la IIe partie de l’Ethique, parce que dans le même temps on mésestime la portée des conventions langagières introduites à partir du corollaire de la proposition II, 11. Cette physique s’énonce dans des énoncés qui heurtent le discours commun, et que pour cette raison on se borne habituellement à traduire, quand il faudrait, en suivant Spinoza, apprendre à les produire. C’est dans ce discours d’un nouveau type que la fameuse thèse de l’esprit "idée du corps" prend vraiment consistance, et que la réforme de l’ordre imaginatif envisagée dans la Ve partie trouve à s’accomplir. Que signifie que la pensée soit nature et que l’univers soit aussi entendement infini? La réponse ne s’entend que dans une autre langue.


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