RÉSUMÉS :
Ahmed ALAMI: Spinoza et Averroès
La question du rapport entre Spinoza et Averroès permet d'étudier
les liens entre deux grands philosophes appartenant à deux traditions
différentes. Les ressemblances entre les deux sont si nombreuses
"une vision critique de leur tradition religieuse respective, une vie persécutée
par le pouvoir religieux" qu'on est tenté de penser que Spinoza a
subi les influences de la philosophie d'Averroès. Mais ces ressemblances
suffisent-elles pour nous décider en faveur d'une telle thèse?
Henri ATLAN: Théorie de l'action
et identité psychophysique
Prendre au sérieux le monisme du corps et de l'esprit implique
que l'action volontaire et la perception soient traitées comme des
évènements produits par des états à la fois corporels
et mentaux, sans relation de cause à effet entre un état mental
intentionnel et une activité du corps, ou entre un état corporel
sensitif et une perception mentale. Il s'agit là d'une théorie
de l'action et de la perception, explicite dans l'
Ethique (III, 2),
mais qui contredit le sens commun, tant psychologique que moral. Un réexamen
de cette question à l'aide de concepts empruntés à
certains philosophes analytiques contemporains (D. Davidson, H. Putnam),
ainsi que de données neurophysiologiques, permet d'apprécier
autrement ce que l'on gagne en intelligibilité par rapport à
ce que l'on perd en relativisant le sens commun.
Françoise BARBARAS:
Le fondement mathématique de la puissance de modération des
sentiments chez Spinoza
Quel que soit le sujet, la raison offre l'intelligence mathématique
du caractère
infini d'une situation quelconque — cf. analyse
de l'exemple de la lettre 12. L'analyse de la nature des sentiments fait
apparaître que leurs composantes universelles, joie et tristesse,
permettent d'avoir une intelligence mathématique de leur essence.
L'Ethique offre deux voies du salut, la voie directe et une voie
indirecte, la voie politique. La première met en œuvre l'intelligence
de l'infini dans la mécanique du désir. Elle ne supprime pas
joie et tristesse qui sont constitutives du désir, mais elle suspend
l'espoir et la crainte, supprimant ainsi le moteur du mécanisme
passionnel
du désir. Dans la seconde, la raison produit les mêmes
effets par d'autres moyens ; elle ne suspend pas l'espoir et la crainte qui
sont, cette fois, la matière du travail de la raison, mais le ressort
de la
vertu de la Cité est encore la compréhension d'une
loi naturelle mathématiquement comprise.
Laurent BOVE: "Bêtes ou automates" (T.T.P., XX[6])
Le pouvoir souverain possède les moyens de contourner les résistances
naturelles de la nature humaine à l'oppression et faire ainsi que
la majeure partie des hommes croie, aime, haïsse ce qu'il veut. La dynamique
propre de la domination entraîne alors les sujets de l'obéissance
au-delà des limites d'une "vie humaine". Nous nous interrogerons sur
ces limites et leur au-delà, ainsi que sur la nature exacte des processus
qui réduisent des êtres rationnels en "bêtes" ou en "automates"
(en nous demandant si animalisation et automation sont dans une réelle
synonymie).
Mino CHAMLA: Spinoza et la lecture talmudique
de la Bible
Cette communication se déroulera entre les trois niveaux d’argumentation
suivants. En premier: quelle a été la vraisemblable réception
du Talmud de la part de Spinoza, voire la lecture directe et indirecte qui
sort de l’œuvre spinozienne. En deuxième: une certaine contextualisation
du discours spinozien dans le talmudisme juif et "chrétien" de l’époque.
En troisième et dernier: une petite offre d’interprétation
"philosophique" du talmudisme spinozien.
Yves CITTON: Spinoza et Quesnay: l'envers
du libéralisme
Cette intervention s'attachera à montrer les convergences qui
apparaissent lorsque l'on met en parallèle la philosophie de Spinoza
avec celle de Francois Quesnay, le père de la physiocratie et de
la théorie économique contemporaine. Cette convergence nous
amènera à lire Spinoza et Quesnay comme dévoilant l'envers
du libéralisme: tous deux partent de prémisses éthico-économiques
du libéralisme pour en développer rigoureusement la logique
jusqu'à ce que celle-ci se retourne contre les conclusions politiques
qui lui sont traditionnellement associées.
Claude COHEN-BOULAKIA: Spinoza, l'anti-humanisme contemporain
Devant la paresse mentale actuelle, Spinoza peut nous offrir un souffle
nouveau. L'humanisme existentialiste nous a plongé dans l'illusion
de la liberté, de la responsabilité. Spinoza nous apprend à
cheminer dans la recherche de "l'utile propre" qui, seul, peut nous conduire
à notre véritable humanité, authentique liberté.
Fatma HADDAD-CHAMAKH: L'actualité
du TTP de Spinoza. Pour une lecture critique des textes des "renaissants"
arabo-musulmans de la fin du XIXe à la fin du XXe
siècle
Mon propos dans cette communication est de procéder à l'étude
comparée de la genèse et de la fonction du T.T.P. de Spinoza
et de quelques textes des réformateurs de la "renaissance" arabo-musulmane,
pour une lecture critique des analyses et des réformes proposées
par les penseurs et les politiques arabo-musulmans des XIX
e
et XX
e siècles du devenir et des mutations des sociétés
arabo-islamiques à l'époque dite "contemporaine".
Ma démarche est double: dans un premier temps, je compare la méthode
de l'interprétation des Ecritures mise en œuvre dans le T.T.P. avec
les méthodes (dont celle de "
l'iptihad" ou "effort de réflexion
et d'interprétation") d'interprétation des textes fondateurs
de la tradition islamique (
Coran et
Hadith-s), mises en œuvre
par les réformateurs arabes et/ou musulmans des XIX
e
et XX
e siècles dans quelques-uns (quatre) de leurs ouvrages.
Dans un second temps, j'examine à partir et à la lumière
des analyses, notions, concepts; que Spinoza développe dans le T.T.P.
pour définir le statut du théologique et du politique, cerner
la spécifiité du politique par rapport au religieux, celle
de la philosophie et de la raison par rapport à la foi, et
fonder l'Etat et les droits de l'individu, dans quelle mesure les penseurs
réformistes de la "Renaissance" arabo-musulmane du XIX
e
siècle et des mouvements nationalistes indépendantistes du
XX
e siècle recourent à des notions et concepts
similaires pour reconstruire la pensée politique et théologique
traditionnelle et pour réformer l'Etat dans la visée d'une
modernisation des institutions politiques, religieuses, culturelles des
sociétés arables et islamiques en mutation depuis deux siècles.
Chantal JAQUET: Le rôle actuel
de la théorie spinoziste de l'union du corps et de l'esprit
En présentant l'esprit et le corps comme une seule et même
chose exprimée sous deux attributs différents, la pensée
et l'étendue, Spinoza ouvre la voie à une analyse de l'homme
qui met un terme au dualisme psychophysique, sans pour autant prendre la
forme d'un monisme réductionniste, de sorte qu'aussi bien les tenants
actuels de la neurobiologie comme Jean-Pierre Changeux que les philosophes
phénoménologues comme Paul Ricœur se réclament de sa
philosophie, notamment dans leur ouvrage commun,
Ce qui nous fait penser,
La nature et la règle. C'est ce rôle déterminant du
modèle spinoziste dans la pensée contemporaine des rapports
entre l'esprit et le corps qu'il s'agit d'explorer, afin d'en montrer la puissance
et la fécondité.
Mogens LAERKE: Deus quatenus: sur l'emploi des particules
reduplicatives dans l'Ethique
Le spinozisme constitue l'un des champs de bataille principaux de la
dispute actuelle entre Badiou et le deleuzianisme. Le spinozisme de Deleuze
n'est pas un secret. Badiou se réclame également du spinozisme
dans
Court traité d'ontologie transitoire (1998). Reste
que Badiou qualifie le Spinoza deleuzien d'une "créature méconnaissable".
La divergence concerne surtout leurs interprétations respectives
de la méthode de Spinoza. Pour Badiou, le
more geometrico
résulte d'une décision axiomatique prise par l'être
lui-même. Pour Deleuze, au contraire, la méthode spinoziste
forme une géométrie naturelle plus biologique que mathématique.
Je vais confronter ces deux interprétations du
more geometrico
en retraçant leurs prédécesseurs dans l'histoire du
spinozisme.
Jacqueline LAGRÉE: La foi
du philosophe
Spinoza dans le Traité théologico-politique a strictement
séparé le domaine de la foi ou de la révélation
de celui de la philosophie. Pourtant, à la fin du chapitre XV, il
soutient la nécessité de la révélation pour admettre,
y compris de la part du philosophe, la nécessité de croire à
une vérité qui n’a pu être démontrée par
la philosophie, à savoir la possibilité d’un salut par l’obéissance.
La communication s’attachera à montrer qu’il y a bien, y compris pour
le philosophe qui s’efforce d’accéder à la science intuitive,
un domaine de la foi et donc à réévaluer la positivité
de la connaissance du premier genre.
Elle cherchera aussi à dégager en quoi consiste spécifiquement
la foi du philosophe, y compris en d’autres domaines que la religion.
Références Bibliographiques :
La religion naturelle, PUF, collection Philosophies, 1991.
La raison ardente, Religion naturelle et raison au XVIIe
siècle, avec une traduction (du latin) du Meletius, de Grotius,
Vrin, Collection Philologie et Mercure, 1991.
Le médecin, le malade et le philosophe, Bayard, janvier
2002.
Traductions:
L. Meyer: La philosophie interprète de l'Ecriture sainte. Traduction
(du latin), introduction et notes par J. Lagrée et P-F. Moreau
Paris, Intertextes 1988.
Traduction et annotation (en collaboration avec P.F.-Moreau) de Spinoza,
Traité théologico-politique, PUF, Epiméthée,
1999.
Frédéric LORDON: Spinoza
et le monde social
Spinoza ne parle pas qu'aux philosophes. Sa pensée s'adresse aussi
à tous ceux qui ont maille à partir avec les problèmes
théoriques posés par le monde social. Le propos général
de cette contribution peut donc certainement être lu comme un plaidoyer
en faveur de sciences sociales spinozistes ou, pour le dire autrement,
comme la position d'un programme de recherche spinoziste en sciences sociales.
Avancer dans cette direction suppose pourtant préalablement un
travail d'adaptation des concepts spinozistes pour que, tirés de leur
plan d'abstraction philosophique, ils deviennent opératoires dans
le registre théorique propre des sciences sociales. Effectué
sur le concept de conatus — probablement l'une des notions les plus fécondes
dans la perspective d'un tel programme — ce travail reparcourt maints problèmes
épistémologiques classiques des sciences sociales ; et l'on
voudrait à cette occasion montrer qu'une science sociale se saisissant
de ce concept n'est nullement vouée à tomber dans l'individualisme
méthodologique, en prenant par exemple l'allure d'une monadologie
enrichie de la volonté de puissance, mais peut se révéler
parfaitement adéquat à un certain type de structuralisme.
Enfin, et comme il n'est pas de meilleure démonstration de viabilité
que le passage aux travaux appliqués, on se propose de montrer de
quelle façon un tel point de vue spinoziste permet de livrer une vision
assez originale de faits socio-économiques très concrets, ainsi
par exemple des conflits d'OPA dans le nouveau capitalisme financiarisé...
François MATHERON: Louis Althusser
et le "Groupe Spinoza"
En 1966-67, Louis Althusser constitua autour de lui un mystérieux
"groupe Spinoza", groupe politico-théorique calqué sur le
modèle des organisations politiques clandestines assez courantes
à l'époque. Si les archives conservées par Althusser
sont exactes, on parlait beaucoup de politique au cours des réunions,
mais assez peu de Spinoza. On cherchera à expliquer les objectifs
conférés par Althusser à ce groupe, et à expliquer
son mode de fonctionnement; on se demandera pourquoi Althusser l'avait précisément
appelé "Spinoza" ; et l'on examinera les (éventuels) rapports
entre ce groupe et la lecture althussérienne de Spinoza.
Pierre-François MOREAU:
La narrativité dans l'écriture
de Spinoza
Parmi les formes d'écriture dont use Spinoza le récit figure
en bonne place. Récit historique: plusieurs passages reconstituent
comme une vie raisonnée d'Alexandre: ses superstitions, ses amours,
son rapport au pouvoir, et la façon dont tout cela se mêle
— les conjurations, les alliances matrimoniales, l'usage cynique de l'adoration
religieuse du souverain, le heurt entre les coutumes des Grecs et celles
des Perses. Au fil de ce récit interrompu, on voit les lois générales
de la nature humaine s'exemplifier, mais revêtues de chair et vivantes.
Récit romanesque aussi: parfois un scolie esquisse une brève
fiction, avec plus de détails qu'il n'en paraît nécessaire
pour faire comprendre le théorème qui le précédait,
et sans se référer à un personnage historique; le
récit rappelle des histoires connues, s'inscrit dans la vie de tous
les jours, ou au contraire dans les épisodes qui en rompent le cours,
mais qui semblent le faire si souvent qu'ils la suivent comme son ombre.
Salah MOSBAH: Spinoza et la tradition
républicaine
Spinoza semble appartenir à sa manière au "Moment Machiavélien".
En effet, il a accepté en le modifiant, les principaux thèmes
du républicanisme classique, i.e. le bien commun, la vertu civique,
la liberté républicaine, la citoyenneté, les régimes
politiques...et ce en conjuguant à la suite de Tacite et de Machiavel
fortune, vertu et liberté, d'où l'originalité de son
républicanisme. Originalité qui a été malheureusement
sous estimée par les défenseurs du républicanisme contemporain.
Or, il nous semble que ce dernier pourrait approfondir plusieurs de ses
thèmes en reprenant la matière spinoziènne de s'approprier
la tradition républicaine.
Charles POLIO: L'éthique musicale
sous Spinoza
A l'époque où Spinoza médite intensément
sur notre condition humaine,
musica antica et
musica moderna
se côtoient déjà de manière autonome: la musique
n'est plus appréhendée seulement comme un idéal, un
mystère inspiré à l'artiste par les forces divines,
mais comme une construction de pensée parvenue au rang d'un art pur.
Dès lors, l'expression musicale s'est affranchie de la vaste fresque
religieuse: non pour l'abandonner, mais pour s'emparer d'un nouveau mode
d'écriture, qui va lui permettre d'explorer librement la nature humaine,
changeante, et toujours en recherche sur sa vérité profonde.
Un Monteverdi, un Descartes, chacun à sa manière, l'avaient
prescrit plusieurs années auparavant: désormais, musique et
conscience ne doivent faire qu'un.
Pascal SÉVERAC: Le Spinoza
de Bourdieu
Il s'agira non seulement d'indiquer ce que P. Bourdieu disait lui-même
emprunter à la philosophie de Spinoza, mais aussi de comprendre les
continuités et les ruptures plus fondamentales entre sa sociologie
déterministe et la pensée spinoziste de la nécessité.
On se demandera dès lors pourquoi Bourdieu a finalement revendiqué
une filiation pascalienne et non pas spinoziste.
Epaminondas VAMPOULIS: Problèmes
de la conception de la nature corporelle chez Spinoza
La puissance de l’attribut étendue, dont les corps sont des modes
finis, explique par son infinitude certains traits purement physiques de
la nature corporelle, comme l'impossiblité du vide. Mais chaque corps
dépend aussi, quant à son existence, d’une série causale
qui le lie aux autres corps d’une manière transitive. Qui plus est,
ces rapports causaux des corps doivent être conçus comme constituant
tous ensemble le mode infini médiat de l’attribut étendue.
Cette manière de concevoir le mode infini médiat renvoie,
cependant, à la constitution d’une puissance indéfinie et
non pas à celle d’une puissance infinie. Comment peut-on concilier
les déterminations extrinsèques du corps — liées nécessairement
à son caractère fini — et l’infinitude de la puissance d’un
attribut?
Manfred WALTHER: Souveraineté
du peuple et état d'exception: Spinoza dans la jurisprudence pendant
la République de Weimar
La première démocratie de terrain de l'Allemagne, celle
de Weimar, est le produit d'une révolution, ce qui pose le problème
de la compréhension de la révolution en termes de théorie
du droit. Etant donné l'instabilité du régime démocratique
pendant les premières et les dernères années de la
République, la question de l'état d'exception était
pressante (?). C'est pourquoi un bon nombre de juristes pendant la période
de Weimar se référaient, avec des intentions bien différentes,
à la philosophie d'état de Spinoza et surtout à ses
réflexions concernant les "cas limites" de l'existence de l'état
— ce qui prouve la présence de la philosophie politique de Spinoza
à cette époque. Cela donne une occasion d'éclairci les
doctrines de Sinoza, — souvent mal interprétées — sur la résistance
et le cas d'exception.
Elhanan YAKIRA: Spinoza et le concept
du politique
La question des rapports entre l'Etat et l'Eglise, ou la Religion, reste
une question fondamentale aujourd'hui. En Europe même, mais d'une
façon encore plus urgente, parfois dramatique, ailleurs. Dans le
monde Islamique, dans les pays de l'Europe de l'Est, en Israël aussi.
Dans ce dernier, un débat essentiel a commencé avec la création
de l'Etat, et il continue sans cesse depuis. Dans ce débat, l'esprit
de Spinoza est présent, explicitement et implicitement, en permanence.
Or quel est est le sens de la question des rapports entre Etat et Eglise?
S'agit-il d'une seule question ou de plusieurs? D'une question scientifique
— historique, anthropologique, sociologique ou politologue — cherchant à
établir des
faits qui sont, nécessairement, contingents?
Ou est-ce que c'est une question sur un
a priori quelconque, qu'il
soit historique à la manière de Foucault par exemple, transcendantal
à la manière de la phénoménologie, comme chez
Rudolf Otto, ou autre? Ou peut-être cette question vise-t-elle des
concepts qu'il faut formuler, justifier et puis montrer la fécondité
heuristique ou l'adéquation à la réalité?
Spinoza, qui suit Hobbes sur ce point, est un des penseurs dont la théorie
politique se fonde sur une délinéation d'un champ spécifique
et irréductible du
politique ; il serait question dans cette
conférence d'essayer de définir le sens et la nature de ce
champ dans la pensée de Spinoza?
François ZOURABICHVILI:
La langue de l’entendement infini
Les idées, qui selon Spinoza appartiennent comme les corps à
la nature, relèvent d’une physique spéciale qui n’a rien de
métaphorique (simplement, le concept de physique doit s’ouvrir et
s’élargir). Ordinairement, on ne voit pas que Spinoza a produit cette
physique dans la II
e partie de
l’Ethique, parce que dans
le même temps on mésestime la portée des conventions
langagières introduites à partir du corollaire de la proposition
II, 11. Cette physique s’énonce dans des énoncés qui
heurtent le discours commun, et que pour cette raison on se borne habituellement
à traduire, quand il faudrait, en suivant Spinoza, apprendre à
les produire. C’est dans ce discours d’un nouveau type que la fameuse thèse
de l’esprit "idée du corps" prend vraiment consistance, et que la
réforme de l’ordre imaginatif envisagée dans la V
e
partie trouve à s’accomplir. Que signifie que la pensée soit
nature et que l’univers soit aussi entendement infini? La réponse
ne s’entend que dans une autre langue.