Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle : cliquez ici

" Page mise à jour le 28 juin 2007 "


DU SAMEDI 21 JUIN (19 H) AU SAMEDI 28 JUIN (14 H) 2003



ACTUALITÉ DU SAINT-SIMONISME


DIRECTION: Pierre MUSSO

ARGUMENT :

La pensée saint-simonienne émerge de façon récurrente dans l’actualité. Que signifient ces retours? Est-ce le fait de réflexions sur les époques dites de "transition"? Un questionnement sur le statut de l’"utopie"? Un moyen pour interroger la crise de l’Etat?

Elle a fait l'objet d’une appropriation élargie par de nombreuses disciplines: sociologie, philosophie, histoire, littérature, science politique, économie, théories des organisations, sciences de la communication et de la multiplicité des courants qui l’ont visitée et vulgarisée. Comment interpréter cette "actualisation"?

Visant à faciliter par une approche critique, interdisciplinaire et internationale, les échanges entre chercheurs de disciplines différentes, le colloque est organisé autour de trois ensembles:
- Actualité du moment fondateur. Quelle est la portée de l'intervention saint-simonienne, du point de vue épistémologique, politique et idéologique? Peut-elle être lue dans son actualisation ou faut-il au contraire, et à quelles conditions, faire retour aux textes pour la contourner?
- Passage aux saint-simoniens. Quel est le rapport entre Saint-Simon et le saint-simonisme: vulgarisation, diffusion, interprétation, trahison? Tout cela à la fois? Saint-Simon aurait-il été saint-simonien?
- Diversité du saint-simonisme: ses conflits internes et son historicité.

Quels rapports entre le saint-simonisme de la Doctrine, les thèses défendues lors du Schisme, en 1848, lors du Coup d’Etat ou sous le Second Empire? Quels rapports entre les personnalités saint-simoniennes du XIXe siècle et les problématiques contemporaines? Quelles influences sur les industriels, les financiers, les corps d’ingénieurs, les acteurs de l’aménagement du territoire, les partis politiques, les mouvements syndicaux? Quelle est la modernité du saint-simonisme? Quelle est son actualité intellectuelle, voire idéologique?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 21 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 22 juin
1er temps autour de Saint-Simon (1): Le moment fondateur
Matin:
Pierre MUSSO: La philosophie politique de Saint-Simon et son actualité
Pierre ANSART: Diffusion et actualisation de la pensée de Saint-Simon (1825-1830)

Après-midi:
Philippe RAYNAUD: L'utopie scientifique et le projet systématique. De d'Alembert à Saint-Simon
Pierre-Jean SIMON: Saint-Simon, père fondateur de la sociologie?

Soirée:
Présentation des ouvrages de Saint-Simon et autour de sa pensée


Lundi 23 juin
Saint-Simon (2)
Matin:
Armel HUET: L’utopie européenne de Saint-Simon
Juliette GRANGE: Saint-Simon: une philosophie de l’industrie et du monde industriel

Après-midi:
Gilda MANGANARO FAVORETTO: Quelques réflexions sur le saint-simonisme en Italie
Varda FURMAN: La réception des saint-simoniens et des néo-babouvistes en Belgique, 1830-1839


Mardi 24 juin
Matin:
Alfonso Sanchez HORMIGO: Economie politique et romantisme: la pensée saint-simonienne en Espagne

2ème temps: autour des Saint-simoniens (1)
Alain MAILLARD: Communismes égalitaires et saint-simonisme

Après-midi:
Francis DEMIER: La "classe ouvrière" dans le projet saint-simonien
Michel LEVALLOIS: Les Algérie des saint-simoniens


Mercredi 25 juin
Saint-simoniens (2)
Matin:
Franck YONNET: Aux origines du socialisme, aux origines des banques d'affaires: l'Ecole saint-simonienne sous la Restauration
Antoine PICON: Les saint-simoniens, espace géopolitique et temps historique

Après-midi:
REPOS


Jeudi 26 juin
Saint-simoniens (3): Trois figures du saint-simonisme: Emile Barrault, Claire Bazard et Pierre Leroux
Matin:
Sophie DELVALLEZ: Claire Bazard, une figure emblématique du saint-simonisme?
Ginevra CONTI ODORISIO: Barrault et l'émancipation féminine dans l'école saint-simonienne

Après-midi:
Bruno VIARD: Pierre Leroux, dissident du saint-simonisme et penseur du socialisme républicain
Smaïl HADJ-ALI: Les saint-simoniens et la production scientifique de l'Algérie, 1830-1848


Vendredi 27 juin
Influences du saint-simonisme
Matin:
Maxime GOERGEN: Lectures romantiques du saint-simonisme
Lucien SFEZ: Récits saint-simoniens et autres récits

Après-midi:
Loïc RIGNOL: Le saint-simonisme et la théorie du croisement: science des races et philosophie religieuse au XIXe siècle
Paola FERRUTA: Les deux mondes saint-simoniens et la vision de la différence sexuelle: une relecture des transferts culturels franco-allemands autour de 1830
Philippe RÉGNIER: Pour une épistémologie des études saint-simoniennes


Samedi 28 juin
Matin:
Conclusions

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Pierre ANSART: Diffusion et actualisation de la pensée de Saint-Simon (1825-1830)
Comment la pensée de Saint-Simon a-t-elle été reçue pendant les années 1825-1830, et comment a-t-elle été interprétée, actualisée? Par delà le fait de cette singulière diffusion (à travers Le Producteur, L'Exposition de la doctrine, L'Organisateur, l'Ecole, puis l'Eglise saint-simonienne), on s'interrogera sur les sélections et relectures, sur les acteurs qui en ont renforcé l'actualité.

Ginevra CONTI ODORISIO: Barrault et l'émancipation féminine dans l'école saint-simonienne
A travers l'analyse des écrits de Barrault sur le problème de l'émancipation des femmes, je voudrais examiner le thème de l'actualité du Saint-Simonisme, les raisons de son succès et de son "ambiguïté". Je soulignerais aussi l'interprétation, très intéressante et un peu oubliée, de Mazzini du saint-simonisme.

Sophie DELVALLEZ: Claire Bazard, une figure emblématique du saint-simonisme?
A travers le parcours singulier de Claire Bazard, je me propose d’appréhender par l’étude des correspondances saint-simoniennes quelques-uns des enjeux dont sont l’objet les femmes qui ont fait partie de la hiérarchie de l’église. Le parcours de Claire Bazard est révélateur des tensions et rapports conflictuels entre les femmes qui veulent œuvrer à leur émancipation et les hommes qui, par le biais de la théorie, de la Doctrine réaffirment sans cesse leur autorité tutélaire. Puisque la "Mère", de par sa fonction spécifique, semble devoir être une figure emblématique, une représentante vivante du saint-simonisme, quelle marge de manœuvre reste possible pour Claire Bazard?

Francis DEMIER: La "classe ouvrière" dans le projet saint-simonien
Dans les "carnets ouvriers" consignés dans les archives Enfantin, des militants saint-simoniens ont enquêté sur la situation des "classes ouvrières" au moment où les philanthropes abordent eux aussi la nouvelle question sociale. A partir de ces enquêtes s'opère une rencontre entre intellectuels saint-simoniens et monde du travail. Mais se pose aussi, en filigrane de cette analyse sociale, le problème d'une nouvelle diretion politique au lendemain de la Révolution de 1830.

Paola FERRUTA: Les deux mondes saint-simoniens et la vision de la différence sexuelle: une relecture des transferts culturels franco-allemands autour de 1830
Vers 1830, les saint-simoniens, autour du Père Enfantin, s’apprêtent à décentrer la question sociale, à la déplacer au-delà des frontières de la vieille Europe et à la répandre jusqu’en Orient. Fidèles aux préceptes que Saint-Simon, avec ses premiers disciples, avait exposés en 1825 dans Les opinions littéraires, philosophiques et industrielles, ils poursuivent l’idéal d'unir les continents et les états européens dans une paix politique durable. Dès 1825, les saint-simoniens visent une future confédération, qui représenterait un âge d’or européen dans lequel les jouissances humaines seraient réalisables sur cette terre, la guerre disparaîtrait, l’église ne serait plus et le paradis cesserait d’être dans le ciel. L’héritage que Saint-Simon a confié à ses élèves représente au fond la conscience intime des maux qui déchirent le monde; que ces maux sont des pôles dont tout le mal est qu'aucune force ne les conduit. Là encore, le monde ne sera pas sauvé en supprimant ses pôles constitutifs, ses contradictions nécessaires, mais en les dépassant. Le déplacement se fait ainsi du social au religieux et par conséquent, au "racial". Si le retour à la religion est chose relativement courante en cette période de crise sociale et morale, le mysticisme saint-simonien est plus original et plus profond: la religion est société. Religio, elle est ce qui fait lien, unifie les hommes en un seul corps; elle est socius, ce qui associe là où le temps et ses malheurs dissocient. L’utilisation anticléricale, et aussi anticatholique, de l’Orient est définie par Philippe Régnier comme un "topos enfantinien" qui remonte à Saint-Simon. Déjà, les rêves des saint-simoniens et l’édification de cet univers oriental fantastique opposé à l’Occident, fortement ancré à des "racines collectives assez profondes et larges "sont liés à une construction parallèle. Il s’agit de l’annonce prophétique du "Messie-Femme", la construction (qui implique aussi une analyse de la féminité) d’un antipode féminin à juxtaposer au pôle masculin et à inscrire dans la dyade — unité duale divine et humaine — que constitue chaque individu, selon la formule de Saint-Simon, que Barrault avait su réinterpréter. L’ouvrage d'Eichthal, Les deux mondes, date de 1836. Les articles de Chevalier parus dans le Globe et repris dans Le système de la Méditerranée, La vie de Jésus du jeune Hegel (1795) et plus tard celle de Strauss en 1835, bien avant celle de Renan. Cet intérêt pour la religion en France comme en Allemagne répond à des intérêts variés et pouvait servir à de multiples usages, soit de rupture, soit de modernisation des dogmes ou des institutions religieuses. À la lumière d’ouvrages parus récemment comme des sources manuscrites, le transfert culturel des cercles allemands avec les saint-simoniens semble nécessiter une relecture et quelques précisions. Dans le monde intellectuel berlinois des années 20 et 30 du XIXème siècle, les héritiers de la Haskala et les successeurs de ceux qui avaient dominé la politique culturelle de l’époque précédente (Hardenberg, Gentz, Humboldt), s’imposaient dans les salons, les clubs et les Vereine. Leurs échanges culturels avec la France ne concernent pas seulement le domaine de la philosophie ou de l’art mais touchent et modifient l’imaginaire comme le vécu religieux en contribuant concrètement à l’élaboration, à la construction d’identités? sexuées aussi — nouvelles et à la perception des espaces géographiques. L´influence des ouvrages de Joseph Salvador, parus en France et quelques années après aussi en Allemagne, est évidente dans le cas de Gustave D´Eichthal et des frères Pereire. Prendre en compte cette vision du christianisme et du judaïsme, surtout entre 1822 (année de la publication des Lois de Moise) et les années 1840, et son impact sur les saint-simoniens nous permet de percevoir plus clairement les différentes positions au sein du mouvement. sont de 1832. Les années 1830, ou leurs alentours immédiats, ne sont pas une période neutre, ni pour les saint-simoniens ni pour le restant de la société française et européenne. De l'Allemagne déjà venait une religion nouvelle, christianisme régénéré par la gnose et la réforme comme en témoigne.

Varda FURMAN: La réception des saint-simoniens et des néo-babouvistes en Belgique, 1830-1839
Les années 1830 constituent un moment de grâce pour les néo-babouvistes radicaux qui accèdent au pouvoir par le soutien réel du peuple. En quelques semaines, le programme de Buonarroti de constituer en Belgique un foyer néo-babouviste semble se réaliser. Louis De Potter, dirigeant du mouvement, devient Premier ministre. Il est soutenu par un quart des membres du Congrès national. Sur le plan social. Les meetings ouvriers d'Adolphe Bartels engagent des milliers d'adhérents et une véritable collaboration entre dirigeants intellectuels et classes populaires se voit naître.
Tout autre est le sort réservé aux prédicateurs saint-simoniens. Leur arrivée à Bruxelles en février 1831, suscite une vive résistance. On refuse de leur prêter des salles de conférences. La presse locale met en garde contre leur incitation. Même les journaux qui leur sont à priori favorables comme l'Emancipation finissent par leur tourner le dos. Un accueil un peu moins hostile les attendent à Liège. Cependant, ils n'y siégeront plus que trois mois. Comment s'explique cette différence d'accueil? Comment se fait-il qu'un mouvement minoritaire et radical comme le néo-babouvisme ait des assises dans ce pays, tandis qu'un mouvement à portée large comme celui du saint-simonisme est rejeté par les Belges? Afin d'aborder ces questions, il faudra peut-être élargir le cadre de l'exploration.

Maxime GOERGEN: Lectures romantiques du saint-simonisme
Autour de 1830 et de la publication du manifeste de Barrault, la doctrine saint-simonienne devient un point de référence mouvant pour nombre d'écrivains romantiques, qui ressentent le besoin de s'en démarquer pour affirmer la spécificité de leurs pratiques d'écrivains et/ou d'hommes publics. Nous souhaitons mettre en exergue le rôle fondateur du saint-simonisme dans la définition d'un modèle poétique contradictoire, notamment chez Lamartine et Vigny. Avec eux, c'est le mouvement romantique en général qui est interrogé dans ses hésitations théoriques: nous verrons comment son rapport au saint-simonisme peut, dans une certaine mesure, contribuer à les expliquer. Il s'agira aussi d'éclairer le visage protéiforme du poète saint-simonien et de réfléchir à son héritage contrasté.

Juliette GRANGE: Saint-Simon: une philosophie de l’industrie et du monde industriel
Il s'agit de considérer l'œuvre de Saint-Simon en tant que telle (sans considération des disciples "saint-simoniens" ou continuateurs dissidents, Marx et Comte compris) dans sa littéralité et son intégralité. De cette œuvre redondante, foisonnante, contradictoire sur plusieurs points, surgit, on tentera de le démontrer, une véritable philosophie de l'industrie. En philosophie politique, cette conception particulière d'un socialisme comme libéralisme social progressiste, mettant la société — et non le politique ou l'économique — au centre de ses préoccupations a été peu commentée: il s'agira donc d'en restituer la cohérence. La conception d'une religion séculière (Le Nouveau christianisme), celle de la science de l'homme et le projet politique (l'administration des choses, non le gouvernement des hommes, le pouvoir des industriels … au service de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre) s'articulent entre eux dans un projet peut-être inabouti mais ambitieux.

Smail HADJ-ALI: Les saint-simoniens et la production scientifique de l'Algérie, 1830-1848
Dès les premières années de la conquête coloniale la France engageait une entreprise multiforme d'exploration et de découverte de l'Algérie. Cette action a été le cadre d'une politique dont les objectifs étaient, entre autres, de produire scientifiquement ce pays, en voie d'occupation, afin de mieux le connaître. L'objet de notre propos est d'analyser et d'illustrer la part prise par des acteurs du mouvement saint-simonien dans ce processus.

Alfonso Sanchez HORMIGO: Economie politique et romantisme: la pensée saint-simonienne en Espagne
C'est un point de vue généralisé que la pensée de Saint-Simon, et des saint-simoniens, n'eut guère de répercussion en Espagne. Néanmoins, nous considérons que cette hypothèse aurait besoin d'une révision. Le saint-simonisme espagnol doit être observé depuis la perspective de l'émigration politique durant la dictature de Ferdinand VII. À partir de la révolution de juillet, et intervenant en même temps que le "schisme" dans la famille saint-simonienne, des partisans d'Enfantin et de Chevalier apparaîtront pour essayer de faire passer le saint-simonisme en Espagne, tant dans le monde littéraire — à travers l'introduction et la traduction de différents auteurs appartenant à l'école romantique, dans sa version "harmonique", notamment H. Heine et V. Hugo —, que dans le monde économique, à l'aide de la diffusion de l'industrialisme. Les lettres des immigrés espagnols en France, gardées dans la Bibliothèque de l'Arsenal, permettent de découvrir parmi eux des adhérents saint-simoniens, ainsi que leur répercussion par l'intermédiaire de la presse et d'autres publications (en particulier dans la période 1834-1837). Sous certains pseudonymes anglophiles, du type Covert-Spring ou autres, les saint-simoniens espagnols tâchèrent, sans y parvenir, de stimuler l'introduction de l'esthétique romantique, ainsi que de favoriser "un coup d'état industriel", dans lequel les capitalistes, les ouvriers et les banquiers cosmopolites auraient conduit l'Espagne sur un chemin politique de modernité, basé sur la recherche de l'égalité sociale. L'analyse des raisons de leur échec ouvre des perspectives intéressantes pour entamer un débat, auquel nous accordons une importance cruciale.

Michel LEVALLOIS: Les Algérie des saint-simoniens
L'Algérie a pris la place de l'Egypte dans la grande vision saint-simonienne de la rencontre de l'Orient et de l'Occident chère à Enfantin et à Barrault. Après les travaux de la Commission scientifique et la publication du livre d'Enfantin sur la colonisation de l’Algérie, les conceptions et les pratiques de la colonisation se sont diversifiées au sein de la "famille", entre les officiers, les ingénieurs, les entrepreneurs, les colons, les publicistes. Elles ont également évolué en fonction de l'extension de la conquête et de la succession des régimes politiques, Monarchie de juillet, Deuxième République, Second Empire. Les travaux et les publications de ces dernières années sur les saint-simoniens et sur Ismaÿl Urbain, interprète militaire devenu le chef de file des "arabophiles" et l’inspirateur de la politique pro-arabe de Napoléon III, permettent de prendre une vue plus diversifiée de ce que fut la position des saint-simoniens face à la question algérienne. Une revue de ces Algérie saint-simoniennes et en particulier de celles d’Urbain, Algérie pour les Algériens, Algérie française, Royaume arabe, permet de retrouver les origines de l’Algérie franco-musulmane dont le souvenir prend une actualité particulière en cette année de l’Algérie.

Références Bibliographiques :

Jacques Frémeaux, La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Economica, Paris 2002.
MIchel levallois, Ismaÿl Urbain (1812-1884): Une autre conquête de l'Algérie, Maisonneuve et Larose Paris 2001.
MIchel levallois, Préface et notes de la réédition de L'Algérie pour les Algériens, d'Ismaÿl Urbain 1861, Séguier Atlantica Paris, 2000.
Michel levallois, Préface et notes de la réédition de L'Algérie française d'Ismaÿl Urbain 1862, Séguier Atlantica Paris, 2002.
Morsy Magali, dir., Les saint-simoniens et l'Orient. Vers la modernité. Edisud 1990.
Philippe Régnier, Les Saint-simoniens en EGYPTE 1833-1851, 1989.


Alain MAILLARD: Communismes égalitaires et saint-simonisme
C’est en 1840 qu’apparaît au grand jour un mouvement qui se proclame ouvertement "communiste". Beaucoup de ses théoriciens invoquent alors la paternité de Babeuf et de Buonarroti. Cependant le socialiste allemand, Moses Hess, observait avec justesse, en 1843, qu’"entre le communisme babouviste et celui d’aujourd’hui, il y a le plein de la philosophie sociale française". Dans cette dernière il faut compter l’œuvre de Saint-Simon et des saint-simoniens. Nous reviendrons tout d’abord sur la place qu’occupent les idées saint-simoniennes dans la réélaboration des communismes égalitaires au cours des années 1830-1840, notamment sur les questions de l’industrie, de la propriété et de l’Etat. Nous nous arrêterons ensuite sur le rapport au politique qu’entretiennent les militants communistes, notamment ceux qui conspirent au côté de Blanqui: n’est-il pas possible d’entrevoir dans l’agir politique de ces révolutionnaires, outre l’héritage direct du jacobino-babouvisme et du carbonarisme, un certain esprit saint-simonien, celui des "ingénieurs" et des "chevaliers" de l’industrie, transposé ici dans la façon d’envisager la prise du pouvoir politique en France, au XIXe siècle?

Gilda MANGANARO FAVORETTO: Quelques réflexions sur le saint-simonisme en Italie
Dans l'histoire de la pensée politique italienne des deux derniers siècles, on peut saisir des nombreuses références à la doctrine de Saint Simon et surtout à celle de ses disciples. Certes, la multiplicité  des interprétations et l'extrême variété d'approches, qui caractérisent, déjà en France, l'évaluation de ce mouvement, se compliquent ultérieurement quand l'on prétend exporter ses idées à l'étranger en les adaptant à des milieux et à des problèmes tout à fait différents: en particulier quand il s'agit d'un pays cherchant encore à se construire en nation tel que l'Italie du XIXe siècle. Tenter d'analyser quelques uns de ces parcours est le but de cette communication qui se développera principalement autour de deux nœuds théoriques: le rôle du saint-simonisme dans l'élaboration du mouvement du Risorgimento et sa contribution à la formation du socialisme italien.

Pierre MUSSO: La philosophie politique de Saint-Simon et son actualité
Cette communication vise à  interroger  le statut de "l’actualité", ou du présent, dans la philosophie politique de Saint-Simon. Qu’est-ce que le présent et la conjoncture pour Saint-Simon, par rapport au passé et au futur: une simple transition, un passage entre systèmes sociaux, l’expression d’une crise, voire une illusion? La vérité du présent semble être ailleurs que dans ce qu’il présente, c’est-à-dire dans la tension entre un passé qui persiste et un futur qui s’annonce. N’est-ce pas cette conception particulière du présent comme théâtre de la transition et de la crise, qui a été l’objet central des "actualisations" de la pensée de Saint-Simon? Ces actualisations de sa pensée politique — notamment le saint-simonisme, le marxisme ou  certains courants de la sociologie — ont-elles cherché à la réinterpréter, ou bien ont-elles repensé d’autres conjonctures avec une conception inchangée de "l’actualité", considérée comme une tension entre un passé qui résiste et un futur annoncé?

Antoine PICON: Les saint-simoniens, espace géopolitique et temps historique
Les saint-simoniens ont abondamment écrit sur l’espace, de l’échelle de la ville à celle du territoire, voire même de la planète tout entière. Il s’agira ici de cerner la nature de leur approche des problèmes spatiaux, une approche éminemment stratégique qui fait volontiers référence au choc de civilisations dans une perspective annonçant la géopolitique. On s’interrogera également sur les liens qui unissent vision spatiale et perception du temps historique dans la pensée saint-simonienne.

Philippe RAYNAUD: L'utopie scientifique et le projet systématique. De d'Alembert à Saint-Simon
L’œuvre de Saint-Simon entretient avec la philosophie des Lumières une relation ambivalente: elle se veut à la fois une continuation et une critique de l’héritage du XVIIIe siècle français, comme le montrent sa relation ambivalente avec la Révolution française et avec la doctrine des "droits de l’homme" ou l’opposition entre les périodes "critiques" et les périodes "organiques" de l’histoire humaine. On s’efforcera ici de dégager le sens philosophique des divergences entre Saint-Simon et les Lumières françaises en étudiant la façon dont il reprend et transforme le projet encyclopédique: là où d’Alembert empruntait à Newton une idée essentiellement expérimentaliste de la science, Saint-Simon va peu à peu réinterprèter le modèle newtonien qui inspirait d’Alembert pour en faire le fondement d’une recherche d’une "Loi générale" qui gouvernerait l’ensemble de l’Univers. On s’efforcera, pour finir, d’analyser les conséquences de cette réinterprétation des Lumières sur la pensée politique de Saint-Simon et sur ses rapports à ses contemporains ou à ses successeurs.

Philippe RÉGNIER: Pour une épistémologie des études saint-simoniennes
La multiplicité et la diversité des interprétations, réinterprétations, réévaluations, réactualisations et réactivations du saint-simonisme qui se sont succédé du vivant même de Saint-Simon et des saint-simoniens, et de leur fait comme du fait de leurs contemporains et de leurs historiens et exégètes de toutes disciplines, ne sont pas les moindres traits constitutifs de cet objet aujourd’hui proposé, une fois de plus, mais avec une ampleur, semble-t-il, nouvelle et à plusieurs titres à la fois (gender studies et féminisme, utopian studies et mouvement social, histoire coloniale et coopération Nord-Sud, orientalisme et antiracisme), à la connaissance et à l’action.
Il ne suffit donc pas, même si ce peut être instructif, d’observer la succession de ses lectures (j’en esquisserai une histoire jusqu’au temps présent). Il faut aussi, pour achever de problématiser cet objet problématique, prendre en compte l’historicité de sa constitution, dégager les principes de fonctionnement de cette polysémie et de cette polyvalence, tâcher de poser en conséquence les règles théoriques et pratiques de sa construction comme objet d’étude et celles de son étude comme objet irréductible et complexe, autrement dit déplacer le regard de l’objet tel qu’il est regardé vers les motivations, les pratiques de recherche, les horizons intellectuels et idéologiques de celles et de ceux qui, tour à tour, le regardent et, par cela même, le font avoir été et être encore: vers les études saint-simoniennes.
Ma communication essaiera par là même de dire à quelles conditions le saint-simonisme peut être étudié scientifiquement, sans pour autant, bien au contraire, cesser de délivrer des messages actuels.

Loïc RIGNOL: Le saint-simonisme et la théorie du croisement: science des races et philosophie religieuse au XIXe siècle
A l’instar des doctrines de son temps, le saint-simonisme cherche à unir, dans une synthèse nouvelle, la science, la religion et la politique. Cette " théologie politique de la science" trouve son champ privilégié de réflexions et d’expériences dans l’ethnologie, entendue au XIXe siècle comme science des races. Il s’agit de montrer comment, dans le prolongement de l’anthropologie contemporaine, à partir de sa rationalité et de ses possibilités, les saint-simoniens ont voulu fonder une ethnologie religieuse, cherchant dans la nature organique des ethnies la nature politique de leur association. C’est ainsi que le croisement joue un rôle nodal dans le processus "d’affamiliation des races", au moment où les physiologistes, monogénistes comme polygénistes, vantent les mérites de ces unions. Celles-ci "re-lient" les éléments dispersés de la famille humaine pour recomposer le grand organisme de l’Humanité, c’est-à-dire le corps même du Christ. Mais cette dialectique progressive de l’hybridité porte ses limites. La comparaison avec les trois lectures politiques des croisements proposées par Esquiros, Gobineau et Cœurderoy mettra en lumière la force de destruction contenue dans ces théories. Le croisement n’ouvre pas seulement la voie à une communion et une libération universelles, il introduit une forme, inédite et ultime, de conquête et de domination. C’est le cheval de Troie de la colonisation.

Pierre-Jean SIMON: Saint-Simon, père fondateur de la sociologie?
Question un peu vaine, bien entendu, à être prise au pied de la lettre. Si la sociologie n’a qu’une assez courte histoire, elle n’en a pas moins un très long passé, et elle ne saurait se reconnaître, comme peut-être d’autres disciplines, un héros fondateur qui, dans un geste décisif, aurait rompu avec la tradition qui la précède, la longue histoire de la pensée du social et du politique, l’assassinant tel le prêtre de Némi en en créant une autre. Question intéressante, cependant, en ce qu’à travers Saint-Simon et les idées qu'en son temps il a captées — en homme "qui a des antennes" comme disait Henri Gouhier — et brassées généreusement, elle amène à mettre l’accent sur ce moment décisif de l’histoire où a pu apparaître (avant même qu’Auguste Comte en invente le nom) la sociologie, autrement dit le projet d’étudier scientifiquement le social en tant que tel: l’entreprise inédite d’auto-institution à neuf, conformément à la raison, de la société par la Révolution française.

Bruno VIARD: Pierre Leroux dissident du saint-simonisme et penseur du socialisme républicain
Pierre Leroux fut libéral sous la Restauration à la tête du Globe,puis adhéra au saint-simonisme peu après Juillet 1830. Au bout d'un an, il rompit avec Enfantin sur la question de la liberté et désigna par le néologisme socialisme ce que le XXe siècle nomma totalitarisme. Il put mener à partir de 1832 une synthèse des deux engagements qu'il venait de prendre, comme libéral puis comme saint-simonien. Son socialisme républicain intègre la critique de l'économie politique, qu'il doit aux amis d'Enfantin, mais possède un fondement anthropologique libéral non sacrificiel qui anticipe sur les futures découvertes de Marcel Mauss.

Franck YONNET: Aux origines du socialisme, aux origines des banques d'affaires: l'Ecole saint-simonienne sous la Restauration
L'analyse des idées bancaires dans Le Producteur montre que les innovations en matière de technique et d’organisation bancaire apportées par les Saint-simoniens sont en fait dominées par un projet politique initial issu de l’industrialisme de Saint-Simon. Ce projet politique admet la co-présence paradoxale et originaire de thèses socialistes et de propositions décrivant le prototype de la première banque d’affaires moderne (Société Commanditaire de l'Industrie) préfigurant le Crédit Mobilier des frères Pereire. Cette intervention propose d’apporter des éléments de réponse au passage problématique du socialisme (dans La doctrine —  Exposition 1828-1829) aux banques d’affaires modernes (sous le Second Empire).


Avec le soutien de la DATAR, du Groupe Suez et de France Télécom R&D



COLLOQUE PUBLIÉ PAR LES PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE, 2004



Pour nous contacter : info.cerisy@ccic-cerisy.asso.fr

Pour accéder à la page d'accueil du site du CCIC : cliquez ici