Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle : cliquez ici

" Page mise à jour le 19 septembre 2009 "



DU JEUDI 10 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 17 SEPTEMBRE (14 H) 2009



STYLE, LANGUE ET SOCIÉTÉ


DIRECTION : Eric BORDAS, Georges MOLINIÉ

ARGUMENT :

Le mot style est partout dans le monde contemporain: omniprésent dans les discours d’une certaine critique esthétique, on le rencontre tout autant, et même peut-être encore plus — pensons aux débats récurrents sur le "style Sarkozy", par exemple, ou aux pages "Style" des magazines — dans la publicité, dans les analyses politiques des journalistes, dans le langage spontané des jeunes.
 
Ce colloque escompte faire une mise au point théorique sur ces usages d’un mot clé de notre idéologie.  Il convient, pour cela, d’étudier les discours qui prennent si massivement ce mot en charge. Pourquoi ce succès? en particulier populaire ; selon quelles acceptions? dans quels cadres?

C’est dire que son assise théorique devrait ressortir au type sociolinguistique, et plus exactement socioénonciatif, et ce dans l’idée d’une sociostylistique des emplois, des pratiques de discours. Replacer, en somme, l’item lexical dans son contexte énonciatif, pour mieux comprendre le sens de cet item, autant que la logique de ce contexte. L’objectif serait de proposer, ainsi, en pensant autant à la sémiologie de Roland Barthes qu’à l’étymologie sociale de Maurice Tournier, l’analyse des mythologies contemporaines du style, en s’interrogeant sur les images, sinon du style, du moins, du "style". Car un mot ne dit pas le réel, mais une représentation.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 10 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 11 septembre
Matin:
Eric BORDAS: Introduction générale

Le mot
Marion COLAS-BLAISE: Est-ce que le style, c’est l’homme? Du style au mot "style": une approche sémio-linguistique
André PETITJEAN: Peut-on parler de "style" à propos des didascalies? L'exemple de Koltès

Après-midi:
Linguistique
Nicolas LAURENT: Du style et du stylistique dans la description contemporaine du nom propre
Anne-Sophie CATALAN: Les styles créoles de la crise aux Antilles (2009)


Samedi 12 septembre
Matin:
Littérature
Christelle REGGIANI: Les stratégies du style. Usages du mot dans le discours critique contemporain
Cécile NARJOUX: Le mot style dans le (méta-)discours des écrivains contemporains

Après-midi:
Littérature (suite)
Claire STOLZ: Les représentations du style chez Nathalie Sarraute, un objet romanesque
Agnès FONTVIEILLE-CORDANI: Avoir la haine. Stylistique et mythologie de la mutation urbaine chez François Bon


Dimanche 13 septembre
Matin:
Esthétique
Jacques DÜRRENMATT: La régression peut-elle avoir du style?
Denis BERTRAND: Style et semi-symbolisme

Après-midi:
Esthétique (suite)
Alexandre de VITRY: Y a-t-il un style littéraire chrétien non-communicationnel?
Pierre SAUVANET: Style et jazz


Lundi 14 septembre
Matin:
Rhétorique
Michel ARRIVÉ: Le style par le biais: les verbes styler et styliser
Marc BONHOMME: Les emplois du terme style dans le discours publicitaire
Philippe WAHL: Le style comme geste. Enjeux théoriques et critiques d’une métaphore

Après-midi:
DÉTENTE


Mardi 15 septembre
Matin:
Penseurs de style?
Johann DEFER: Pierre Bourdieu et l'espace des possibles stylistiques
Adrien CHASSAIN: Deleuze et le style
Mathilde VALLESPIR: Peut-on penser un style de la déconstruction? La question du "style Derrida"

Après-midi:
Sociabilité
Ruth AMOSSY: L'ethos au prisme du style
Anna JAUBERT: Style et sociabilité


Mercredi 16 septembre
Matin:
Rires
Anne-Marie PAILLET: Ironie et sociotypes: style "bourge" et style "beauf" chez les humoristes français
Laurence ROSIER: "C'est l'histoire d'un mec..." ou blagues et discours sociaux

Après-midi:
Questions
Dominique MAINGUENEAU: Problèmes d'auteur
Bernard VOUILLOUX: Le style, entre l'épistémique et l'axiologique
Georges MOLINIÉ: Style, langue et société


Jeudi 17 septembre
Matin:
Style Sarkozy
Alain RABATEL: Le style de présidence de Nicolas Sarkozy dans les discours politiques et dans les discours des journalistes et des politistes, à travers les occurrences du mot style et ses reformulations
Hugues CONSTANTIN de CHANAY & Catherine KERBRAT-ORECCHIONI: Style et ethos, le cas Sarkozy

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Michel ARRIVÉ: Le style par le biais: les verbes styler et styliser
Le nom style a donné lieu à la formation de deux verbes dérivés: styler et styliser. L’analyse linguistique de ces deux vocables montre qu’ils sont bien différents: styler est très ancien (il est attesté dès le début du XVème siècle), styliser n’a guère plus d’un siècle d’âge. La morphologie les oppose: styliser est un authentique suffixé, styler est la transposition verbale immédiate du nom style. Leurs compléments sont différents: sauf exception rare ou archaïsante, c’est un animé, le plus souvent un humain, qu’on style, alors que l’objet qu’on stylise est un non-animé, le plus souvent un objet esthétique ou susceptible d’être esthétisé, précisément pour avoir été soumis à la stylisation.
Reste ce que ces deux verbes si différents ont en commun... l’élément style. On se posera le problème de savoir si les sens pris par les deux verbes renvoient à des conceptions différentes — et sur quel(s) plan(s)? — du style, ou s’il est possible de trouver un noyau commun aux valeurs apparemment si diverses qui leur sont conférées.

Denis BERTRAND: Style et semi-symbolisme
Sur l'horizon de la critique du "style" développée depuis longtemps par la sémiotique du discours, et après avoir rappelé les migrations du concept au sein de cette discipline, on évoquera les perspectives selon lesquelles l'espace si résistant du style peut être occupé. Parmi celles-ci, le "semi-symbolisme" nous paraît particulièrement fécond. D’abord introduit en sémiotique plastique et poétique, le semi-symbolisme explicite la relation centrale entre le sens et le sensible dont il dégage les principes de motivation réciproque (cf. l'efficacité symbolique de Cl. Lévi-Strauss). Mais il peut aussi ouvrir des pistes nouvelles à une recherche sur le style, en dépassant le cadre strict des œuvres d'art et en s’intéressant plus largement aux pratiques du discours dans le champ social.

Marc BONHOMME: Les emplois du terme "style" dans le discours publicitaire
L’objectif de notre communication est d’explorer la variété des usages du terme "style" dans la publicité contemporaine. Dans un premier temps, nous appuyant sur quelques ouvrages de marketing, nous verrons que ce terme fait largement partie du métalangage des publicitaires. Tantôt il recouvre chez eux le sens traditionnel d’écriture singularisante (Haas, Pratique de la publicité). Tantôt il prend une acception plus sociologique, avec les notions de "style de vie" ou de "sociostyle" (Cathelat, Publicité et société). Dans un second temps, à partir d’un travail d’enquête, nous examinerons les emplois du mot « style » dans diverses annonces représentatives (mode, automobile, loisirs...). D’une part, nous observerons l’extraordinaire polysémie que revêt le terme "style" dans ces annonces. D’autre part, nous étudierons la grande créativité lexicale (dérivation, composition…) que celles-ci opèrent à partir de ce terme, souvent en liaison avec l’anglais. Plus généralement, nous analyserons la portée argumentative, stéréotypique — au sens de Putnam — et socioculturelle attachée à l’exploitation du mot "style" dans le discours publicitaire. Nous constaterons finalement que ce mot constitue une sorte de sésame connotatif qui contribue à la valorisation des produits et à la séduction/distinction des lecteurs-consommateurs.

Adrien CHASSAIN: Deleuze et le style
Il peut paraître étrange, à une époque où le structuralisme et la French Theory ont élaboré une critique sévère des notions d’œuvre, d’auteur et de sujet, de voir Deleuze et Guattari sauver des eaux, au beau milieu des années 70, la notion de style, pourtant jugée solidaire du même paradigme suranné. Mais, si le terme est conservé, il n’en fait pas moins l’objet d’un important travail de refonte conceptuelle qui, de loin en loin, parcourt l’ensemble des écrits des deux philosophes. Le concept deleuzien de style relève d’abord strictement du domaine littéraire, milieu naturel au contact duquel il a été forgé, et où il est devenu la pierre de touche d’une théorie vitaliste et immanente de la littérature. Cette théorie, si elle s’oppose fermement aux pensées de l’auteur comme sujet responsable de son oeuvre et du style comme trace de son irréductible individualité, de sa cohérence dernière, se distingue aussi du structuralisme et de ses abstractions. A l’idée de structure, elle répond par celle de machine, à l’idée de personne, par celles de singularités, de multiplicités et d’individuations. Mais, et c’est peut-être là tout l’intérêt d’un point de vue de philosophe sur cette notion littéraire, le style va bientôt voir son champ de compétence élargi, devenant un concept opératoire qui permet à Deleuze et Guattari de penser non seulement la parole, mais aussi les langues, leurs devenirs et leurs évolution, et, plus loin encore, une ontologie au sens large, qui, parce qu’elle relève davantage d’une étude de milieu plaçant l’avoir, l’expression et la relation avant l’être, semble mériter le nom d’éthologie. Notre exposé tentera, dans une perspective diachronique, de montrer comment s’est opéré chez Deleuze cet étirement du domaine de compétence du style, et de mesurer l’apport d’une telle réflexion dans le débat théorique qui anime la stylistique contemporaine.

Marion COLAS-BLAISE: Est-ce que le style, c’est l’homme? Du style au mot "style": une approche sémio-linguistique
Si des syntagmes du type "le style Sarkozy", "le style fashion", "faire style" servent à construire et à sémiotiser un fragment de réalité, fût-ce en faisant référence à un simulacre, on peut dire que c’est à travers la mise en circulation de "formules" largement dépourvues de "référent propre" (Bordas, 2001: 142). Le questionnement est alors double: si le référent n’est pas nettement circonscrit, quels sont les modalités de la construction d’un sens dans un contexte socioculturel donné et, plus particulièrement, les types de modélisation impliqués? Enfin, quelles sont les fonctions pragmatico-rhétoriques de l’emploi de ces syntagmes? D’une part, convoquant le principe tensif qui règle les corrélations entre des variations intensives (implication du sujet: acuité sensible et cognitive, affectivité) et des variations quantitatives (étendue, localisation spatio-temporelle), on essayera de montrer que pour un contexte socioculturel déterminé, l’essentiel concerne peut-être moins les contenus véhiculés comme tels que la projection d’un ensemble de sélections de régimes d’aspect, de tempo ou de tonicité (Zilberberg, 2006) considérées comme congruentes. Ensuite, poussant la réflexion plus avant, on se demandera si, indépendamment des référents, en deçà même du "code prédicatif" (Bordas, 2007: 134), l’emploi du mot "style" n’implique pas un certain type de modélisation interne, auquel correspond une pratique d’analyse déterminée (manifestant la volonté de construire une cohérence). D’autre part, on se demandera comment s’opère le passage du "style de vie" à la "forme de vie" caractérisée, en sémiotique, par une remise en question des systèmes de valeurs établis. Enfin, d’un point de vue pragmatico-rhétorique, la réflexion portera sur les fonctions culturelles, identitaires, idéologiques et politiques... de la mise en circulation de formules qui mettent en avant une activité de modélisation interne, mais qui opèrent aussi par distinction et classement dans des catégories préétablies.

Références Bibliographiques :

BORDAS, É., 2001, "Le cliché du "style". Usages d’une mention terroriste", La licorne, 59, 133-154.
BORDAS, É., 2007, "Penser le style?", Critique, 718, 131-143.
BRANCA-ROSOFF, S., 2007, "Approche discursive de la nomination/dénomination", in G. Cislaru et alii (éd.), L’acte de nommer. Une dynamique entre langue et discours, Paris, PSN, 13-22.
COLAS-BLAISE, M., 2000, "La politesse au point de vue de la sémiotique", in M. Wauthion & A. C. Simon (éd.), Politesse et idéologie, Louvain-la-Neuve, Peeters, 351-365.
FONTANILLE, J., 2003, "Énonciation et modélisation", Modèles linguistiques, t. XXIV, fasc. 1, 109-133.
FONTANILLE, J., 2006, "Textes, objets, situations et formes de vie. Les niveaux de pertinence du plan de l’expression dans une sémiotique des cultures", in J. Alonso et alii (éd.), La transversalité du sens. Parcours sémiotiques, Saint-Denis, PUV, 213-241.
JAUBERT, A., 2005, "Des styles au style. Genres littéraires et création de valeur", in J.-M. Gouvard (éd.), De la langue au style, Lyon, PUL, 38-50.
JAUBERT, A., 2007, "La diagonale du style. Étapes d’une appropriation de la langue", Pratiques, 135-136, 47-62.
RABATEL, A., 2007, "La dialectique du singulier et du social dans les processus de singularisation: style(s), idiolecte, ethos", Pratiques, 135-136, 15-34.
SIBLOT, P., 1995, "Noms et image de marque: de la construction du sens dans les noms propres", in M. Noailly (éd.), Nom propre et nomination, Paris, Klincksieck, 147-160.
SIBLOT, P., 2007, "Nomination et point de vue: la composante déictique des catégorisations lexicales", in G. Cislaru et alii (éd.), L’acte de nommer. Une dynamique entre langue et discours, Paris, PSN, 25-38.
ZILBERBERG, C., 2006, Éléments de grammaire tensive, Limoges, PULIM.


Hugues CONSTANTIN de CHANAY & Catherine KERBRAT-ORECCHIONI: Style et ethos, le cas Sarkozy
On se propose d’analyser les rapports qu’entretiennent le "style" et l'"ethos" d'un même individu à partir du cas particulier de Nicolas Sarkozy, et plus précisément, à partir de l’analyse de deux émissions télévisées le montrant dans deux rôles distincts et face à des partenaires n’ayant pas le même statut: premièrement, le débat du 2 mai 2007 de l'entre-deux-tours de l’élection présidentielle où, présidentiable, il débat avec sa rivale, Ségolène Royal ; deuxièmement, l’interview du 24 avril 2008 où, président, il répond aux questions de journalistes qui se font plus ou moins le relais de l’opinion publique. Dans une perspective à la fois interactive (dans un débat comme dans une interview, l’ethos se négocie avec les partenaires interlocutifs) et polysémiotique (ce qui manifeste l’identité, ce n’est pas seulement le verbe, c’est aussi le corps qui l’incarne, par les mimiques, par les gestes, par les postures, par la voix), on se demandera dans quelle mesure émerge ponctuellement, dans chacune de ces deux émissions, un "effet Sarkozy" apte à s’intégrer à un "style Sarkozy" plus général, doté d’une certaine permanence et réputé couvrir l’ensemble des manières d’être et d’agir du personnage.

Johann DEFER: Pierre Bourdieu et l'espace des possibles stylistiques
La diversité et le nombre des commentaires qu'inspire l'écriture de Pierre Bourdieu laissent songeur: on y trouve aussi bien des constats d'une lourdeur scolaire de l'expression que des témoignages de fascination. Le premier point de vue peut être illustré par Robert Maggiori, qui décrivit ce style ainsi: "sacrifier élégance et effets de manche aux démonstrations austères, (...) se montrer lourd dans le style plutôt qu’imprécis dans le concept, et cimenter le chemin escarpé qui guide vers la compréhension"1. Jacques Dubois affirme pourtant ceci: "on ne partage vraiment un univers de pensée, qu'il soit de fiction ou de pur savoir, qu'en passant par ce qui fait le corps du discours, c'est-à-dire le style. Au risque de surprendre, on reconnaîtra à l'écriture bourdieusienne une séduction comparable à celle, si souvent célébrée, de l'écriture proustienne"2. Le caractère hétéroclite du corpus du sociologue français, la diversité des figures d'auteurs qu'il offre (co-écritures, direction d'ouvrages, direction de collection) et la nature composite de ses livres contribuent à produire ces écarts. Néanmoins, étant donné que la plupart de ces constats pointent des traits formels communs (le goût pour les reprises de termes dans une même phrase, le foisonnement des propositions en incise, les jeux étymologiques...), nous devons en conclure qu'il y a un malentendu sur la nature de ce "style". Peu de scientifiques étaient aussi soucieux de leur écriture que Bourdieu ; elle épousait toujours le projet intellectuel, des traités spinozistes élaborés avec Passeron à la collecte des paroles dans La Misère du monde, en passant par les articles de presse vivement satiriques. Il affirmait en 1990 dans l'émission de radio "Le Bon plaisir": "le plus intéressant dans La Distinction, c'est le bouleversement de la forme" et ajoutait: "c'est un livre, ça a l'air ridicule mais j'y crois vraiment, stylistiquement d'avant-garde". Ce bouleversement engage toute l'entreprise: le style y est lié à la dimension épistémique du langage. En d'autres termes, cette écriture sociologique crée un double littéraire de la connaissance scientifique: "on s'est efforcé de rendre immédiatement sensible (...) la figure concrète de cette totalité systématique, le style de vie, que l'analyse statistique brise dans les opérations mêmes par lesquelles elle la porte au jour"3. Fort de ce lien entre les "styles de vie" et le "style" littéraire, les modèles d'écriture effectuent des opérations de savoir complexes et variées qui s'articulent à l'ensemble des processus de l'activité scientifique: l'énonciation y établit par exemple une hiérarchie entre les différents discours d'un champ donné, tout en mettant en procès celui du sociologue, et met en place un espace des possibles théoriques. L'enjeu est donc la compréhension de ces opérations, de ce style, clé de voûte de l'entreprise scientifique.

1 Robert Maggiori, Libération, 25.1. 2002.
2 Jacques Dubois, "Passion double: Proust et Bourdieu", in Gérard Mauger (dir.) Rencontres avec Bourdieu, Broissieux, éditions du croquant,  2005, p. 608.
3 Pierre Bourdieu, La Distinction, critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979, p. 310.


Références Bibliographiques :

DAVID Jerôme, "Sur un texte énigmatique de Pierre Bourdieu", A Contrario, vol. 4, 2006.
DE CERTEAU, Michel, L'Invention du quotidien, 1. Arts de faire, Ed. établie et présentée par Luce Giard, Paris, Gallimard, 1990.
DUBOIS Jacques, "Une écriture en actes", Revue de l'institut de sociologie, n°1-4, 2002.
LAHIRE Bernard, "Sociologie et analogie, Jean-Claude Passeron, la métaphore et le disjoncteur", in FABIANI Jean-Louis (dir.), Le Goût de l'enquête, Pour Jean-Claude Passeron, Paris, L'Harmattan, coll. Logiques Sociales, 2001.
PASSERON Jean-Claude, Le Raisonnement Sociologique, l’espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, coll. "Essais et Recherches", 1991.
PASSERON Jean-Claude, "Ecrire, réécrire, et "dire vrai" en sociologie", préface à Écrire les sciences sociales, BECKER Howard, Paris, Economica, 2004.
PASSERON Jean-Claude, "Pensée Du Style, Styles de Pensée", Revue Critique, n°718, Paris, Minuit, 2007.
PASSERON Jean-Claude, "La Fabrique des sciences sociales, lectures d'une écriture", EspacesTemps, n°47/48, 1991.


Agnès FONTVIEILLE-CORDANI: Avoir la haine. Stylistique et mythologie de la mutation urbaine chez François Bon
Avoir la haine. Ce bloc intransitif de la langue ramasse dans une courte locution une passion complexe: haine des temps présents, révolte contre "le système", mal-être urbain... Autrefois ad hominem, dirigée contre un ennemi, une nation, une race, la haine est devenue le signe d’une passion anonyme, mi-privée, mi-publique, en partie désorientée. La haine contemporaine ne se dissocie guère d’un contexte social et géographique qui en redéfinit positivement la valeur tout en évidant partiellement le contenu du mot. La popularisation de l’expression participe d’une augmentation de ses sèmes connotatifs mais aussi de son possible affaiblissement — lorsque la haine devient synonyme de honte ou d’énervement. Quel que soit son degré d’intensité, avoir la haine se dit dans le parler jeune, banlieusard jusqu’à en devenir le signe. Les romans de François Bon, dans leur tentative de saisie des effets de la grande mutation urbaine, inventent une langue, une "grammaire" selon les termes de l’auteur, susceptibles de donner à voir les images venues du réel, enregistrées par un sujet qui s’en est trouvé "ému". L’écrivain multiplie audaces syntaxiques, images, angles énonciatifs — monologue, journal, déposition, discours de metteur en scène, etc. — pour rendre et mettre à distance les représentations encore impensées de la ville. La langue du fait divers sera ainsi appréhendée dans l’œuvre d’un romancier "mythologue" au sens de Barthes, c’est-à-dire qui présente, décrypte, critique ce que avoir la haine veut dire.

Anna JAUBERT: Style et sociabilité
En son temps Montesquieu avait brossé dans ses Lettres persanes un tableau satirique de la sociabilité à la française. Sous la plume faussement naïve de Rica, celui qui deviendra lui-même un brillant fidèle des salons parisiens nous dit que l’homme est un animal sociable, et que sur ce pied-là, il lui paraît qu’un Français est plus homme qu’un autre; "c’est l’homme par excellence car il semble être fait uniquement pour la société" ! Sans commenter l’extrapolation aventureuse, ni m’engager dans une étude anthropologique, je constate que dans l’imaginaire des nations, la nôtre reste une référence en matière d’art de vivre, précisément sous les auspices d’une valeur appelée style. Un titre comme celui de J. De Jean (rappelé par E. Bordas) en témoigne de façon significative: Du Style. Comment les Français ont inventé la haute couture, la grande cuisine, les cafés chic, le raffinement et l’élégance, Paris, Grasset, 2006.
L’affinité entre vie sociale et goût du raffinement n’a rien de bien mystérieux. Le désir de plaire déclenche la recherche des moyens de plaire. L’empire de la représentation, la superficialité, l’aliénation au regard d’autrui n’en sont que des dérives. Les liens tissés entre Les Belles Lettres et la vie mondaine, entre l’âge d’or des salons et les ouvrages de l’esprit nous amèneront à interroger de plus près une certaine conception du style, sachant que cette valeur est à géométrie variable, à mes yeux parce qu’elle est en prise directe avec un certain positionnement de l’homme dans la société. De ce fait elle a évidemment varié dans ses manifestations au fil de l’histoire des formes de l’expression. En effet, l’émergence de la valeur style peut être appréhendée comme la résultante d’une tension consubstantielle à un habitus éminemment social qui nous fait perpétuellement négocier notre demande de reconnaissance entre conformité aux codes d’un groupe, production des insignes de notre appartenance, et, à l’inverse, désir d’être distingué. On retrouve là exactement la double postulation du style: la navette entre un pôle universalisant, où dessinent les constantes, et le pôle singularisant où le style tend à s’individuer. Les oscillations qui font émerger les déterminations stylistiques plutôt en direction d’un pôle ou de l’autre, sont particulièrement lisibles dans l’évolution des genres de discours et singulièrement ceux du discours littéraires dont nous examinerons quelques cas de figure.

Références Bibliographiques :

Jaubert, Anna, 2009 (à paraître), "La rumeur est-elle un genre de discours?", Circulation des discours et liens sociaux, Québec, Nota Bene.
Jaubert, Anna, 2008, "Dire et plus ou moins dire. Analyse pragmatique de l’euphémisme et de la litote", Figures et point de vue (Dir. A. Rabatel), Langue française n°160, décembre, p. 105-116.
Jaubert, Anna, 2007, "La diagonale du style. Etapes d’une appropriation de la langue", Questions de style (Dirs. A. Petitjean et A. Rabatel), Pratiques n° 135/136, p. 47-62.
Jaubert, Anna, 2006, "L’horizon de nos attentes et la médiation générique", La Lecture dialogique, Estudios de Lengua y Literatura francesas n°16, Université de Cadix, p. 15-21.


Nicolas LAURENT: Du style et du stylistique dans la description contemporaine du nom propre
Notre étude est consacrée à la manière dont le mot "style", ses dérivés et ses parasynonymes interviennent dans certains /discours /linguistiques, plus particulièrement dans la linguistique du nom propre, qui a recours, pour décrire certains fonctionnements marqués du nom propre, à des termes tels que "antonomase", "métaphore" ou "comparaison". Peut-on dégager ici une conception du "style" ou du "stylistique"? Comment décrire cette adaptation terminologique? Peut-on voir dans la manière dont circulent les termes la marque de ce que l’on pourrait appeler une idéologie? Les réponses apportées tenteront de mieux cerner la rhétoricité du métalinguistique.

Dominique MAINGUENEAU: Problèmes d'auteur
On le sait, la notion de style est particulièrement insaisissable. Mais dans l’espace scolaire au sens large (c’est-à-dire en y incluant les facultés de lettres et les concours de recrutement des enseignants) elle l’est beaucoup moins: sa consistance tient pour une bonne part à l’existence d’exercices rattachés à une discipline: la stylistique. Celle-ci se présente de manière massive comme une "stylistique d’auteur", qu’on oppose par exemple à une "stylistique de genre", laquelle reste d’ailleurs en dehors des pratiques scolaires. Mais si on s’est beaucoup interrogé sur l’identité de la stylistique depuis une vingtaine d’années, on s’est beaucoup moins penché sur la notion d’"auteur", apparemment tenue pour évidente. Le problème est qu’elle souffre de maux comparables à celle de style: d’un côté tout, ou à peu près, est susceptible d’avoir du style, d’un autre côté le style est indéniablement happé par l’esthétique; de la même manière, toutes sortes de productions verbales ont un auteur, mais dès que l’on parle d’auteur ("les grands auteurs", "un auteur du XIXème siècle"...) ou de stylistique d’auteur, c’est la littérature qui apparaît comme son espace de prédilection. Dans leur grande majorité, les analystes du discours ont éludé la fameuse question posée par Michel Foucault en 1969 ("Qu’est-ce qu’un auteur?"). Leur réticence peut se comprendre, pour peu que l’on considère les conditions dans lesquelles s’est développée l’analyse du discours. Mais aujourd’hui, avec le développement d’une analyse du discours littéraire, il devrait en aller différemment. Dans cette communication, j’aimerais revenir sur les conditions de possibilité de cette notion d’"auteur" qui constitue un point d’accès privilégié à la textualité, considérée dans ses enracinements socio-historiques. Pour ce faire, on ne peut pas prendre en compte la seule littérature, mais il convient de réfléchir à partir d’un réseau de pratiques diversifiées.

André PETIJEAN: Peut-on parler de "style" à propos des didascalies? L'exemple de Koltès
On sait que les "didascalies" ou "indications scéniques" ont longtemps été négligées, que ce désintérêt théorique soit le fait des littéraires ou des linguistes, mais il est vrai aussi que, depuis une vingtaine d’années, la tendance s’est inversée. En témoignent de nombreux articles, ouvrages ou actes de colloques qui se donnent les "didascalies" comme objet d’études. Au point qu’il n’est pas rare d’entendre parler de "texte didascalique", "d’écriture didascalique", de "genre didascalique", voire de "style didascalique". Dans ce contexte, chercher à décrire stylistiquement les didascalies nécessite, d'une part, que l’on s’entende sur la définition même de la notion de "didascalies" et, d'autre part, que l'on s’interroge sur la notion de STYLE (type et nombre de propriétés, modes de leurs interactions...) en fonction desquelles il est possible d’attribuer à un objet textuel une appartenance commune, selon des degrés d’amplitude variable, caractérisant une époque, une école, un genre, un auteur. Dans la mesure où un fait de style et sa transformation en trait de style dépendent largement de la conception du style que se fait l’analyste et des méthodes qu’il utilise pour l’étudier, je dirai que mon point de vue est essentiellement sémio-linguistique. C’est pourquoi, je voudrais expérimenter, à partir d’une étude de cas (les didascalies koltésiennes), la pertinence et la validité des hypothèses de G. Molinié concernant la nature des stylèmes qu’il appelle de littérarité générale, générique et singulière. En fonction de quoi, je voudrais montrer, dans un premier temps, qu’il existe, pour cette strate textuelle que constituent les didascalies, des stylèmes de littérarité générique reposant sur des caractéristiques (forme, place, contenus, fonctions...) d’un fort degré de généralité et que partagent nombre de textes dramatiques et auxquels Koltès se soumet. Dans un second temps, je montrerai que cette conformité scripturale n’interdit pas, bien au contraire, l’existence d’une manière de faire des didascalies propres à Koltès et susceptibles de rendre compte, par l’intermédiaire de stylèmes de littérarité singulière, de l’ensemble qui les subsume et qu’on appelle un style d’auteur. Dans un troisième temps, je montrerai que Koltès participe de ce mouvement qui s’est radicalisé dans l’écriture dramatique contemporaine qui consiste à créer des interférences entre roman et théâtre, au point de contester l’existence de stylèmes de littérarité générale sous la pression d’un mouvement de romanisation des didascalies.

Références Bibliographiques :

Petitjean, André (à par), "Pour une stylistique des œuvres dramatiques: l’exemple des didascalies", colloque de Rennes, Questions de stylistique et stylistiques en question.
Petitjean, André (2007), "Effets d’oralité et de parlure populaires dans les textes dramatiques contemporains" in Les voix du peuple et leurs fictions, A. Petitjean, Jean-Marie Privat (Eds), Recherches Textuelles n°7, Université Paul Verlaine-Metz, 355-395.
Rabatel, Alain, Petitjean, André, Eds (2007), Pratiques n°135-136, "Questions de style", 256 p.
Petitjean, André  (2007), "Le style en question", Pratiques n°135-136, 1-12.
Petitjean, André (2007), "Le portrait durassien: de  la poétique à l’idiolecte", Pratiques  n°135/136, "Questions de style", A. Rabatel, A. Petitjean, éds, 137-162.


Alain RABATEL: Le style de présidence de Nicolas Sarkozy dans les discours politiques et dans les discours des journalistes et des politistes, à travers les occurrences du mot style et ses reformulations
Nous examinerons la tension entre un individu et une personne sociale à travers la notion de style en politique, où il s’agit d’être soi-même, de faire sa politique, et dans le même temps d’endosser la fonction, d’incarner des institutions et de représenter ses concitoyens, et pas seulement ses électeurs. Le corpus sera composé des discours autour du "‘Style’ Sarkozy", lors de la première année de sa présidence et lors du premier anniversaire de celle-ci, autour de l’émission du 24 avril 2008. On prendra en compte aussi des articles émanant de la presse internationale, notamment à travers la revue de presse effectuée par le Courrier international n°911 (17 au 23 avril 2008, qui rassemble des articles de la presse internationale échelonnés au cours de la première année de la présidence de N. Sarkozy). Les mots en usage et en mention témoignent d’un style de présidence populiste, tout en mettant en lumière un certain nombre de tensions relatives au style de vie ou au style de gouvernement:
- lorsque la tension est réduite, on dira que "le style, c’est le fond qui remonte à la surface".
- lorsque la tension est à son maximum, on dira que l’"habit ne fait pas le moine".
- dans une position médiane, on peut dire que "X habite la fonction": son style (personnel) d’exercer le pouvoir correspond alors à la conception dominante de l’exercice de la fonction.

Christelle REGGIANI: Les stratégies du style. Usages du mot dans le discours critique contemporain
Je me propose d’établir une cartographie des usages du mot style dans le discours contemporain sur la littérature et les arts plastiques. Une telle cartographie ne saurait faire l’économie de la dimension temporelle: le repérage des enjeux de l’usage du mot implique la détermination d’une périodisation fine, qui permette d’identifier les stratégies discursives alors en cause. Il s’agirait donc d’une étude socioénonciative, sur un double plan: comprendre comme des stratégies de positionnement dans le champ intellectuel les usages de la lexie style dans le discours théorique et critique, tout en reliant ces stratégies discursives à la vogue beaucoup plus générale du mot dans la société contemporaine.

Laurence ROSIER: "C'est l'histoire d'un mec..." ou blagues et discours sociaux
"L’humour est un merveilleux instrument de sociologie" écrivait Alain Siegfried, sociologue, historien et géographe français, en préface au Daninoscope (1963). En effet, l’humour repose notamment sur des typifications stylistico-langagières  via les accents, les expressions propres à une culture ou à des milieux sociaux. Plus précisément, les blagues représentent un genre de discours qui a peu fait l’objet d’une approche discursive attachée à décrire les fonctionnements sociaux des discours et les représentations communes des classes sociales (sauf dans les travaux de Marc Angenot par exemple). Pourtant, les caractérisations spontanées de ce genre discursif témoignent d’une axiologisation (bonne blague ou mauvaise blague), d’une typologisation selon des critères de distinction (blagues spirituelles, fines) ou de non-distinction (salaces) et de catégorisations ethnotypiques (blagues juives, blagues belges, blagues racistes), sexotypiques (blagues sexistes) et sociotypiques (blagues sur les fonctionnaires). Dans cette communication, nous traiterons des blagues que nous avons appelées "classistes". Le terme entend rendre compte d’une double acception du terme "classe", superposant le sens de hiérarchie sociale à celui de distinction: ces blagues s’appuient sur des représentations sociotypiques (l’avocat, le fonctionnaire, l’aristocrate, le paysan) et des caractéristiques sociolectales accentuées par la mise en spectacle orale des blagues via l’accent "de classe", qui combine généralement origine nationale et origine sociale. Ces blagues classistes nous semblent particulièrement représentatives des rapports entre style et société parce qu’au-delà de la typification sociale et nationale, elles présentent également une stigmatisation de classe par la "mauvaise" maîtrise de la langue.

Pierre SAUVANET: Style et jazz
L'importation de la notion de style dans les études jazzistiques engage au moins trois questions. La première est celle de l'amphibologie de la notion: selon qu'il désigne un système historique de formes ou un ensemble de caractères individuels, le style en jazz s'applique à un courant générique (par exemple, le cool) ou à un artiste singulier (par exemple, Jimmy Giuffre). Comment repenser les liens entre ces deux significations, à la lumière du jazz, ou plus exactement à l'écoute de ce style musical? D'où la deuxième question, contenue dans la première: et si le jazz était en lui-même un style (au sens plus large que précédemment), immédiatement reconnaissable par contraste avec d'autres styles musicaux? La notion de style, sans la confondre avec celle de genre, inviterait alors à une possible redéfinition du jazz. Reste la troisième question, plus large encore, et en réalité déjà contenue dans les deux autres : comment parler de style à propos d'objets en eux-mêmes non linguistiques? (la même question se poserait d'ailleurs en histoire de l'art, à partir de Meyer Schapiro). Peut-on importer les outils d'une discipline pour les transposer dans une autre, ou bien faut-il tenter d'esquisser, en l'occurrence, quelque chose comme une stylistique jazzistique?

Claire STOLZ: Les représentations du style chez Nathalie Sarraute, un objet romanesque
Nathalie Sarraute parle beaucoup du style littéraire et de l’écriture, comme choix des mots et disposition, pour reprendre des termes de l’ancienne rhétorique, comme formes, clichages et structures pour reprendre les termes de la nouvelle critique. Mais elle en parle souvent en termes d’objets sociaux: sujet polémique, le style avec ses catégorisations joue un rôle de médium social. Ainsi, dans L’Ère du soupçon (1956), elle pointe à plusieurs reprises le "style classique" de La Princesse de Clèves, pour dire ironiquement qu’"on le porte aux nues" et pour en faire instantanément le personnage central d’une scénographie romanesque: "Avec quel empressement, quelle générosité, chacun s’évertue à découvrir un foisonnement de sentiments inexprimables derrière ses réticences et ses silences, à voir de la pudeur et une force contenue dans la prudence et l’abstinence que lui impose le constant souci de ne pas laisser perdre sa ligne à son style" (L’Ère du soupçon, dans Œuvres complètes, p. 1589). Aussi le style et l’écriture deviennent-ils des objets romanesques en tant qu’objets mythologiques au sens de Barthes, dont le commentaire, la description, voire la simple mention déclenchent des tropismes, comme on le voit notamment dans le roman Les Fruits d’or (1963), car pour Sarraute, le style, c’est soit du normé social ("style classique"), soit du ressenti dans un contexte social, du ressenti par un être sociable (Les Fruits d’or, Entre la vie et la mort), au point que le mot style apparaît peu dans les romans, remplacé par les indéfinis cela, ça, car c’est de la perception du style, de sa réception, de sa sensation qu’il s’agit, de sa valeur et de son soupçon aussi: le style comme faux apparaît par exemple dans Le Planetarium (in Œuvres Complètes, p. 503-505) à propos d’une statue "style Renaissance", mais peut-être "faux Renaissance". Cette communication voudrait montrer comment cette expérience du style comme objet instable pour désigner un référent cependant dénoncé comme figé appelle chez Sarraute des scénographies romanesques qui expriment une conception performative du style.

Références Bibliographiques :

N. Sarraute, Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1996.
F. Asso, Nathalie Sarraute, une écriture de l’effraction, Paris, PUF, 1995.
R. Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957.
D. Maingueneau, Le Discours littéraire, Paris, Colin, 2004.
G. Molinié, Sémiostylistique - L'effet de l'art, Paris, PUF, 1998.


Mathilde VALLESPIR: Peut-on penser un style de la déconstruction? La question du "style Derrida"
Le style n’est pas une notion derridienne. Eminemment logocentrique, il paraît incompatible avec une pensée qui n’eut de cesse de traquer et de réduire le logo-graphocentrisme. Pourtant, paradoxalement, on le trouve comme sous-titre d’une des œuvres du philosophe (Eperons, les styles de Nietzsche, 1978). L’enjeu de la communication sera double: d’une part, cerner le mode de fonctionnement du mot "style" dans l’œuvre de Derrida, c’est-à-dire étudier comment le style devient un objet de déconstruction (dont l’emploi au pluriel n’est que le plus évident indice); d’autre part, s’interroger sur ce qui, au sein de son discours, ou du programme et du régime sémiotique construit par la déconstruction, se substitue à ce que l’on pourrait ailleurs appeler "style", en mesurant les présupposés théoriques d’une telle substitution. On se penchera ainsi sur la configuration différence/voix/trace pour, in fine, poser la question de la possible identification d’un style de Derrida.

Alexandre de VITRY: Y a-t-il un style littéraire chrétien non-communicationnel?
En partant de la définition possible du christianisme comme un style de communication tel que le propose Christoph Theobald, il s'agira pour nous de présenter plusieurs problèmes posés par une telle conception dans son rapport à la littérature. En effet, selon les définitions du style qu'on adopte, style chrétien et style littéraire semblent s'exclure mutuellement, le premier consistant en un pur acte de communication, fondé sur une absence à soi-même et une présence à l'autre sur le modèle de la sainteté hospitalière du Christ, tandis que l'autre, du moins dans une certaine acception, consiste en une représentation et une singularisation individuelle. Ce paradoxe apparaît dans l'étude de différents écrivains qui, se réclamant plus ou moins du catholicisme, n'en font pas moins le choix d'une littérature apparemment non-communicationnelle (Balzac et Baudelaire, par exemple). Comment appréhender ces textes et ces auteurs dans leur rapport aporétique au christianisme (une littérature catholique non prosélyte)? Quelles pourraient être les raisons historiques d'une telle contradiction, et les réponses qu'y apportent certains? Quel rapport spécifique entre littérature et religion peut-on y voir? En s'appuyant sur les travaux de Philippe Muray, mais aussi d'Alain Besançon et de Marcel Gauchet, on dégagera les grandes lignes de ce que peut signifier cette particularité "stylistique", en voyant comment celle-ci est différemment appréhendée par quelques écrivains, au XIXème et au XXème siècles.

Références Bibliographiques :

Christoph Theobald, Le Christianisme comme style, 2007, éditions du Cerf, Paris.
Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, 1999, Tel Gallimard, Paris.
Philippe Muray, Exorcismes spirituels IV, Moderne contre Moderne, 2006, Les Belles Lettres, Paris.
Alain Besançon, Trois tentations dans l'Eglise, 2002, Perrin, Paris.
Marcel Gauchet, Le Désenchantement du monde, 1985, Gallimard, Paris.
Ainsi que les oeuvres de Balzac, Baudelaire, Péguy, Bernanos.


Philippe WAHL: Le style comme geste. Enjeux théoriques et critiques d’une métaphore
Cette contribution à une réflexion sur le style prendra appui sur la métaphore du style comme geste: non caractérisation ponctuelle, mais définition du ou d’un style verbal par référence à un domaine autre. Les images choisies prennent place respectivement dans un texte théorique (le chasseur du Traité de stylistique française de Ch. Bally), un essai critique (l’athlète dans "Ce que voient les oiseaux" de N. Sarraute) et un texte littéraire (le voleur dans Journal du voleur de J. Genet). À travers l’hétérogénéité des genres de discours, elles mettent en jeu la qualité d’un geste codifié ou ritualisé, dont il s’agira de cerner les implications épistémologiques et esthétiques. Elles invitent à un questionnement sur la fonction et la valeur du style comme phénomène langagier, en lien avec le degré d’individuation et le type d’intention attachés à son énergie scripturaire.

BIBLIOGRAPHIE :

. AMOSSY Ruth, & HERSCHBERG PIERROT Anne (1997): Stéréotypes et clichés. Langue, discours, société, Paris, Nathan (« 128 »).
. AMOSSY Ruth, & MAINGUENEAU Dominique (éd.) (2003): L’Analyse du discours dans les études littéraires, Colloque de Cerisy, Toulouse, PUM (« Cribles »).
. AUTHIER-REVUZ Jacqueline (1995): Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Paris, Larousse (deux volumes).
. BORDAS Eric (2008): « Style ». Un mot et des discours, Paris, Kimé.
. BOURDIEU Pierre (1979): La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit (« Le sens commun »).
. DESSONS Gérard (2004): L’Art et la manière, Paris, Champion.
. MOLINIÉ Georges & CAHNÉ Pierre (éd.) (1994): Qu’est-ce que le style?, Paris, PUF (« Linguistique nouvelle »). Mots. Les langages du politique [revue], Lyon, ENS Editions.
. TOURNIER Maurice (1989): « Pour une socio-histoire des mots-conflits », in G. Drigeard et alii (éd.), Courants sociolinguistiques, Paris, Publications de l’InaLF (« Saint-Cloud ») & Klincksieck, pp. 53-62.
. TOURNIER Maurice (2002a, b, c): Des mots sur la grève. Propos d’étymologie sociale 1 ; Des mots en politique. Propos d’étymologie sociale 2 ; Des sources du sens. Propos d’étymologie sociale 3, Lyon, ENS Editions (trois tomes).


Avec le soutien de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV), de l'ENS Lyon,
de l'UMR 5037 (Saint-Etienne) et du Ministère de la Recherche




Pour nous contacter : cliquez ici