Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle : cliquez ici

" Page mise à jour le 3 mars 2008 "

DU MERCREDI 2 AOÛT (19H) AU SAMEDI 12 AOÛT (14 H) 2006


LE SURRÉALISME EN HÉRITAGE : LES AVANT-GARDES APRÈS 1945


DIRECTION : Olivier PENOT-LACASSAGNE, Emmanuel RUBIO

ARGUMENT :

Après la seconde guerre mondiale, le surréalisme peut passer en France comme dans une grande part de l’Europe pour le parangon de l’avant-garde. Peu d’avant-gardes naissantes qui, dans leur désir d’allier écriture, art et politique, n’interrogent ses synthèses les plus extrêmes comme, bien souvent, son histoire dramatique. Nulle avant-garde qui ne mette en place une réclame « terroriste » comme une politique de la revue inspirées du modèle surréaliste.

Le surréalisme en tant que tel reste pourtant présent sur la scène culturelle, au moment où la logique avant-gardiste impose sa mise à mort spectaculaire. Prise entre une relève oedipienne violente et la tentation du mimétisme, entre une critique idéologique aiguë et la poursuite conséquente du projet de libération surréaliste, s’instaure ainsi une passation pour le moins complexe, sinon contestée, une réactualisation polémique, un héritage nécessairement hérétique.

Ouvert sur l’esthétique autant que sur la littérature, le colloque tentera de tracer quelques lignes de partage, allant du « surréalisme révolutionnaire » à Cobra, du lettrisme à l’Internationale Situationniste, jusqu’à Tel Quel, Change et TXT, sans oublier le Movimento Nucleare, les Nouveaux Réalistes, la Beat Generation, Panique ou Fluxus.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 2 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 3 août
Matin:
Olivier PENOT-LACASSAGNE et Emmanuel RUBIO: Ouverture
René PASSERON: Le "Surréalisme révolutionnaire". Souvenirs, 1946-1948 (texte lu)

Après-midi:
Inauguration de l'exposition Le surréalisme en héritage, organisé par Jérôme DUWA et Claire PAULHAN (IMEC)
Stéphanie CARON: Christian Dotremont
Michel SICARD: Pierre Alechinsky


Vendredi 4 août
Matin:
Fabien DANESI: Enrico Baj et le mouvement d'art nucléaire
Roland SABATIER: Isidore Isou : la problématique du dépassement

Après-midi:
Eric MONSINJON: Le lettrisme: un nouveau concept de groupe
Projection du film Traité de bave et d'éternité d'Isidore Isou, présenté par Roland SABATIER


Samedi 5 août
Matin:
Entretien avec Jean-Pierre FAYE
Bénédicte GORRILLOT: Les TXT et l'héritage surréaliste

Après-midi:
Olivier PENOT-LACASSAGNE: Présentation de TXT et de Christian Prigent
Lecture de Christian PRIGENT


Dimanche 6 août
Matin:
Emmanuel RUBIO: Avant-garde et philosophie
Boris DONNÉ: Chtcheglov, Debord à la dérive

Après-midi:
Yan CIRET: Wolman et ses doubles / De l'automatisme au détournement
Projection commentée d'un film de Gil. G. Wolman


Lundi 7 août
REPOS


Mardi 8 août
Matin:
Yalla SEDDIKI: Bernstein, Debord et Les lèvres nues
Christophe BOURSEILLER: Les situationnistes à l'épreuve de la vie

Après-midi:
Jérôme DUWA: Les Affichistes ou le fonctionnement réel de l'inconscient collectif
Table Ronde : Debord et le cinéma


Mercredi 9 août
Matin:
Emmanuel RUBIO: Présentation de « Situationist Times »
Jacqueline de JONG: Entretien

Après-midi:
Bertrand CLAVEZ: Introduction à Fluxus
Jean-Pierre BOBILLOT: La poésie écrite a-t-elle encore lieu d'être ? De Breton à Heidsieck


Jeudi 10 août
Matin:
Gérald GARUTTI: Théâtre d'avant-garde
Olivier PENOT-LACASSAGNE: Le théâtre panique d'Arrabal

Après-midi:
Myriam BOUCHARENC: En Topor dans le texte
Vincent KAUFMANN: L'héritage médical


Vendredi 11 août
Matin:
Henri BÉHAR: Lautréamont et eux
Gérard FARASSE: Philippe Sollers aimé des Fées

Après-midi:
Philippe FOREST: Artaud, Bataille, encore
Marie DOGA: "Sans entraves ni scrupules" : legs surréaliste et création poétique telquelienne
Conclusions avec Emmanuel RUBIO


Samedi 12 août
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Henri BÉHAR : Lautréamont et eux
En 1967, dans un retentissant article des Lettres françaises intitulé « Lautréamont et nous », Aragon rappelait l’importance que l’auteur des Chants de Maldoror et des Poésies avait eue pour les surréalistes de la première heure. Du même geste, il saluait deux « lectures » contemporaines, celles d’Hubert Juin et de Marcelin Pleynet, les intégrant à son propos. Qui « nous » ? l’équipe de l’hebdomadaire communiste? son lecteur ? ou bien la propre génération du sujet ? Démarche ambiguë qui en repliant les origines du surréalisme sur les temps présents rappelait aux nouvelles  générations se réclamant de Lautréamont qu’elles avaient à tenir compte de l’action de leurs prédécesseurs pour en parler. De la même façon que l’œuvre d’Isidore Ducasse devint pendant un certain temps le pont aux ânes des diverses méthodes critiques, on peut émettre l’hypothèse qu’elle fut l’inspiratrice et le discriminant des multiples groupements portant le surréalisme en héritage, du Lettrisme à Tel Quel en passant par l’Internationale Situationniste. Hypothèse que nous allons vérifier.

Christophe BOURSEILLER : Les situationnistes à l'épreuve de la vie
Les situationnistes voulaient construire des situations, définies comme des instants de vie réellement vécus. Quels sont donc, en fin de compte, les critères d'admission à l'Internationale situationniste et comment dépasser l'art dans la vie même ? Doit-on afficher un CV en lambeaux, une vie déréglée ? Faut-il s'adonner à l'alcool, aux drogues ou au libertinage ? Doit-on rejeter le salariat, choisir les expédients, passer à l'acte et récupérer la phynance, là où elle se trouve ?
Examinant les parcours sinueux de situationnistes célèbres ou inconnus, tels Guy Debord, Raoul Vaneigem, Gianfranco Sanguinetti, Patrick Cheval, Jacqueline de Jong, Walter Korun, Alexander Trocchi, Jacques Ovadia, Eduardo Rothe, René Viénet et Ralph Rumney, nous tentons en fin de compte d'établir un semblant de cartographie. A quoi correspondait, au quotidien, le projet situationniste, et comment les membres de l'IS ont-ils bâti leur propre vie ?
Ce questionnement nous renvoie aux surréalistes de la marge, ces personnages fascinants qu'André Breton avait cooptés, mais qui ne produisirent jamais d'œuvre conséquente. Ceux-ci avaient été élus, en raison d'une existence hors du commun. Les critères surréalistes et situationnistes pourraient-ils ainsi présenter quelques traits similaires ?

Yan CIRET : Wolman et ses doubles / De l'automatisme au détournement
Gil J. Wolman a créé une série de gestes de négation de l’art, portant sa destruction jusqu’à ses ultimes conséquences. Paradoxalement, les processus d’extinction, mettant en crise la notion même d’œuvre, font de lui l’un des créateurs les plus extrêmes du Lettrisme et de l’Internationale Lettriste qu’il fonde avec Guy Debord. Son œuvre « désoeuvrée » est le chaînon qui mène directement à l’Internationale Situationniste. C’est au cœur de cet « anti-art », de cette « décréation », que se situe son rapport au Surréalisme. Du mouvement d’André Breton, il va reprendre en les inversant, ou les détournant, la plupart des signes. S'il détourne pour lui rendre son sens premier explosif, s'il coupe, assemble hors de leur contexte, des fragments de mots, de phrases du "Traité du style" d'Aragon, c'est extrait d'une édition pirate de 1979, circulant avec au verso une "épitaphe" iconoclaste de Louis Scutenaire "Ici gît Aragon Louis". On n'est pas sûr que ce soit lui ; quand il reprend un portrait de Benjamin Peret, ou de Breton, Eluard et René Char, c’est pour en faire une « Inhumation », un effacement par la couleur blanche.
On retrouvera durant tout son parcours, cette ambivalence envers le Surréalisme, jusque dans les années 90. Notamment dans son œuvre vidéo, lorsqu’il détourne un film de Bunel, ou nomme l’un des derniers groupes qu’il forme « Jacob ou la persuasion », titre d’un poème de l’auteur du « Paysan de Paris ». Car c’est dans le sillage d’Aragon et du C.N.E que débute le jeune Wolman, avant de rejoindre Isidore Isou et le Lettrisme. La théorie de la dérive, l’emploi du détournement, - dont il signe avec Guy Debord les textes phares -, sont dans la suite des explorations urbaines et magiques, du hasard objectif, des surréalistes. Mais, leurs buts sont renversés, remplaçant l’irrationnel, l’inconscient, par la dialectique, le matérialisme historique, l’aventure consciente d’un changement du réel. En ce sens, il se rapprochera du Surréalisme Révolutionnaire belge, pour publier dans la revue « Les Lèvres nues ».
En 1952, il paraphe la scission et la dissidence d’avec les lettristes historiques, d’un : »Il est inutile de revenir sur les morts, le blount s’en chargera », c’est encore une phrase d’Aragon qu’il détourne. Dans le même temps, Wolman est aux avant-gardes des conflits avec les surréalistes d’après-guerre. Sur un autre plan, sa poésie orale, physique, appelée « Mégapneumies » doit sa mise en place du souffle organique à Antonin Artaud. Il lui reprend l’usage du corps total dans le son, le cri, mais là aussi Gil J. Wolman tend à ce « dépassement de l’art », à son achèvement. Il pousse la glossolalie jusqu’à l’extinction, l’asphyxie, en compressant le bruit au niveau d’un « organe sans corps », pure mécanique qu’il ne tardera pas à enregistrer, faisant de lui l’un des précurseurs de la poésie sonore. De l’automatisme psychique surréaliste, il passe au détournement d’éléments prélevés dans la culture ; des collages, il réajuste les motifs et les agencements pour en faire des « Métagraphies influentielles », c’est-à-dire des moyens de propagande. Wolman rencontrera toujours des doubles, avec qui il liera sa vie et son art : Isidore Isou, Guy Debord, Jean-Louis Brau, François Dufrêne. Il se voyait comme « homme séparé », double, il inventera les « Séparations », mais aussi ces modélisations majeures de l’art moderne : « l’art scotch », « La peinture dépeinte », « La décomposition », « L’interruption », « Le déchet d’œuvre », autant de profanations de l’art qui brillent, de toute la puissance du négatif, à son plus haut degré d’intensité.

Fabien DANESI : Enrico Baj et le mouvement d'art nucléaire
C'est en 1951 que Enrico Baj crée avec Sergio Dangelo à Milan le mouvement pour l'art nucléaire, alors que la menace d'agression entre les Etats-Unis et l'URSS atteint un paroxysme. Dans ce contexte de la guerre froide, les peintures matiéristes sont bien sûr peu de choses mais leur ironie témoigne d'un désir de se réapproprier les événements politiques et d'en renverser la grandiloquence tragique. Cette dimension poético-satirique est au cœur de la démarche de Baj qui refusera ainsi tous les embrigadements. L'exposition Il Gesto organisée en 1955 avec la revue Phases d'Edouard Jaguer est de ce point de vue emblématique: le "rassemblement international des formes libres" associe des artistes d'horizons divers parmi lesquels se trouve Max Ernst qui vient d'être exclu du groupe surréaliste pour avoir accepté le Prix de peinture de la Biennale de Venise. En fait, Baj va graviter autour de ce mouvement sans jamais y adhérer. Il participe à l'exposition internationale du surréalisme présentée à la galerie Cordier en 1959 mais ne rencontre André Breton qu'en 1962, privilégiant alors les relations amicales aux positions dogmatiques. Il s'agira donc de retracer le parcours de cet artiste qui mit en oeuvre ce que l'on pourrait appeler une douce dissidence.

Jérôme DUWA : Les Affichistes ou le fonctionnement réel de l'inconscient collectif
L’expérience du décollage (Hains, Villeglé, Dufrêne, Rotella) est communément comprise à partir de la démarche des situationnistes. Or cette dernière repose sur la critique radicale de la fertilité de l’inconscient. Il semble bien pourtant que l’inconscient collectif — le Lacéré anonyme de Villeglé — soit le personnage clé de l’aventure des affichistes. Cela invite à reconsidérer le décollage dans la lumière de l’expérience automatique, comme mise en question de la figure de l’artiste, quand bien même il serait créateur de ready-made : de la page à la toile blanche, cette expérience prend au final les murs de la ville comme support de révélation. Ce changement transforme en profondeur le sens de l’expérience automatique pour les affichistes, mais l’état de disponibilité à la voix étrangère de la foule anonyme, qui caractérise leurs déambulations urbaines, accomplit quelque chose du projet surréaliste de sortie de soi.

Bénédicte GORRILLOT : Les TXT et l'héritage surréaliste
La revue TXT (1968-1993) a consacré certains de ses numéros à Antonin Artaud et à son héritage comme « Artaud interdit, Artaud inédit » (n°28) ou « Côté corps, côté jargons » (n° 29/30) : « il y a cinquante ans, Antonin Artaud plaçait les jalons de son théâtre de la cruauté. Un théâtre à mi-chemin entre le corps et la parole. […] Aujourd’hui, que reste-t-il de ces théories ? » (in « Introduction », TXT, n°29/30, p. 3).
Artaud fait lien avec la mouvance surréaliste et avec l’écriture d’un groupe contradictoire, ayant posé les bases d’un certain comportement esthétique, politique, éthique. Les surréalistes, c’est un fait bien connu, ont joué la provocation, le scandale, ont été tentés par le didactisme si ce n’est le dogmatisme, ont partagé une certaine certitude épistémologique, par la voie, par exemple, de leurs « Manifestes ». Ils ont joué la carte d’une communication forcenée, promouvant de nouveaux maîtres littéraires (Lautréamont, Mallarmé, Rimbaud), publiant les nouveaux talents de la « nouvelle écriture » luttant contre les académismes rhétoriques et esthétiques, par le media des numéros de la « Revue surréaliste ». Ils ont pris le parti  de l’inconscient et de la tabula rasa contre la raison raisonnante et radotante écrasée par sa culture et se sont efforcés de rénover (au sens latin violent) la langue française hors de sa syntaxe académique convenue. Artaud écrit ainsi, en 1953, dans Révolte contre la poésie, fictivement datée de 1944 : « le poète qui écrit s’adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l’inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et ne l’est pas ». Pourtant Artaud fait aussi dissidence avec ce groupe, entrant en conflit avec son « Pape », Breton, qui adhérait au parti Communiste et s’aliénait à une nouvelle religion laïque — acte forcément inadmissible pour le poète-dramaturge.
L’attention des membres de la revue TXT pour Antonin Artaud peut servir de révélateur, symptomatique de leur attitude par rapport à Artaud lui-même et par rapport à la nébuleuse surréaliste. Notre propos sera donc d’interroger ce reprennent et/ou délaissent des credos surréalistes des écrivains tels Christian Prigent ou, comme ce dernier en énumère les noms fondateurs, « Jean-Pierre Verheggen, Éric Clémens, Yves Froment, Daniel Busto, Philippe Boutibonnes, Pierre Lucerné, Jacques Demarcq, Pierre le Pillouër, Claude Minière, Alain Frontier » ou encore « Valère Novarina, Lemaire, de Cortanze » (in « Au temps des avant-gardes », Entretiens avec Hervé Castanet, Cadex, 2004, p. 110). Nous proposons de prolonger les premières réflexions engagées par H. Castanet avec Ch. Prigent sur le « groupe  TXT ».
En effet, face à son interlocuteur, Christian Prigent souligne sans ambiguïté le rapport critique, fait de référence et de dissidence, entretenu par le groupe avec le surréalisme. Ses membres partageaient la même inquiétude théorique (p. 109), le même souci d’élaborer les conditions de diffusion (de publication) de textes tellement novateurs (révolutionnant les académismes rhétoriques) qu’ils en étaient impubliables ailleurs vers 1968 (Op. cit., p. 95). Ils partageaient la même dynamique de franchissement des genres littéraires et des frontières entre les arts, mêlant peinture, photographie, sculpture, philosophie, poésie, performance, théâtre, etc.. Christian Prigent évoque avec amusement la même accusation de «dictature intellectuelle » supposée exercée par lui-même, en tant que nouveau « pape » du « goût TXT ». Mais il engage aussitôt le débat sur ce qui le sépare et sépare les TXT du « mouvement » surréaliste, invitant à parler plutôt de « groupe de travail TXT » : « nulle orthodoxie TXT » (p. 101). « Il y a sans doute eu un programme TXT, et quelques exercices d’école […]. Mais si école il y eut, ce fut plutôt une école dissipée, volontiers canularesque, rebricolant sans cesse ses méthodes et ses disciplines, toujours prête à buissonner dans des taillis peu orthodoxes et très portée aux altercations chiffonnières. […] Ce qui a tenu ce « groupe », c’est l’amitié, plutôt. Je parle de l’amitié que lie un complexe de refus éthique, intellectuel, esthétique (du monde tel qu’il est et des livres tels qu’ils s’écrivent) » (Op. cit., p.110-111).
Faut-il donc opposer l’indiscipline des TXT, leur liberté buissonnante à la rigidité bretonienne imposée aux surréalistes? Peut-être. Nous suggérons une autre différence, parmi d’autres à traiter : elle concerne cette manière autre de lire Artaud ; quand il évoque la fatalité d’une soumission aux lois de l’inconscient. Les TXT semblent ne pas oublier la profonde dualité humaine et la revendiquer. Oui, nous sommes tous corps, trou, viandes, sang (cruor) et cruauté, mais aussi esprit fatalement parleur, fatalement faiseur de lois (même à l’inconscient), fatalement inscrits dans une langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit, pour cet esprit, de retomber dans sa représentation sentimentaliste, amoureuse et psychologisante qui est encore celle de certains… surréalistes (Aragon, Éluard, Breton !). Ch. Prigent rappelle ainsi à Hervé Castanet : « humain, c’est parlant, assignation au symbolique, médiatisation, distance aux choses. Humain, c’est expérience ratée » (Op. cit, p. 91). Breton, comme l’écrit encore Odile Bombarde, prétendait se passer de la rhétorique, mais y recourait sans cesse (Cf. Colloque sur L’éclatement des genres). Là où le « pape » du surréalisme jouait de duplicité, les TXT jouent le dualisme humain et, reprenant un propos de Francis Ponge dans « Faune et Flore », entérinent que « l’on ne peut sortir de l’arbre par des moyens d’arbre » pour s’exprimer.
Après avoir interrogé la notion de « groupe » TXT, afin de définir qui fut ce « groupe de travail » à l’influence décisive sur le paysage de l’écriture avant-gardiste, entre 1968 et aujourd’hui, nous évaluerons ce qui a été repris en héritage du mouvement surréaliste (ou plutôt aux différents surréalistes évoqués parfois en référence) et par où « les TXT » ont crée la possibilité d’une façon différente d’être à l’avant-garde.

Vincent KAUFMANN : L'héritage médical
D'emblée, dès l'internat de Breton dans un hôpital psychiatrique militaire, le surréalisme est médicalisé, authentifié par la référence médicale, et ceci de façon durable. Il se constitue dans le passage d'un projet purement littéraire ou artistique à un projet thérapeutique qui le justifie, qui le fait passer — éternelle revendication des avant-gardes — du côté du vécu. La dimension thérapeutique du surréalisme est particulièrement sensible aussi dans ses marges, du côté des "dissidents": l'hyper-surréalisme d'Artaud tient tout entier dans une volonté de retour à un art médico-religieux, et l'anti-surréalisme de Bataille peut être lu comme une anti-thérapie (la fonction de la littérature n'est plus de guérir, mais de rendre malade). Qu'en est-il alors du médical après 1945 ? où passe-t-il ? comment expliquer son éclipse entre 1945 et 1965, puis son retour sur la scène de l'avant-garde entre 1965 et 1980 ? On répondra à ces questions sur la base d'exemples comme ceux de l'actionnisme viennois, du Living Theatre, ou encore celui de l'effet "Lacan" sur les avant-gardes littéraires des années 60 et 70.

Références Bibliographiques :

Poétique des groupes littéraires. Avant-gardes 1920-1970, PUF, 1997
Guy Debord, La révolution au service de la poésie, Fayard, 2001


Eric MONSINJON : Le lettrisme : un nouveau concept de groupe
Quand Isidore Isou fonde le groupe lettriste en 1946 à Paris, le surréalisme se reforme autour d’André Breton. D’emblée, Isou affirme que le lettrisme incarne le « mouvement plus émancipateur » que Breton attendait. Les lettristes, contrairement aux surréalistes, n’accordent aucune espèce d’importance à la célébration de la vie hors du système de la Culture. Ils récusent l’idée du dépassement de l’art pour ne situer la création que dans les disciplines de la connaissance. A un nouveau concept de création généralisée doit correspondre un nouveau concept de groupe créateur. Mais dès l’origine des différends chahutent le mouvement lettriste. Si à l’inverse d’un Breton, Isou ne pratique pas l’exclusion, c’est à la lueur de sa méthode de création qu’il critique violemment ceux qui le quittent pour un mouvement qu’il juge souvent moins émancipateur. Aussi déclare-t-il que « aucun surréaliste qui a quitté Breton […] même s’il a eu raison avec Breton, n’a pas eu raison contre Breton ». Dès 1964, pour dépasser l’« éthique moléculaire » des avant-gardes jusqu’au surréalisme, Isou élabore une « éthique nucléaire » pour tous les groupes créateurs, réglementant, entre autre, les attaques biologiques, physiques et injures. En résumé, les positions lettristes affirment la puissance créatrice et la longévité du groupe jusqu’à nos jours.

René PASSERON : Le surréalisme révolutionnaire, 1946-1948
Alors que, rentrant à Paris, André Breton veut « occulter le surréalisme », les jeunes surréalistes issus de « La Main à plume » cherchent à le faire sortir de l'occultisme et de la clandestinité. Reprenant l'attitude du groupe parisien au moment de son engagement politique (1933), Christian Dotremont lance en Belgique, dès 1945, le « Surréalisme révolutionnaire », lié à la mouvance communiste, aussitôt repris à Paris par Noël Arnaud et ses amis, notamment Queneau, Tzaza, Césaire, Dominguez, Jorn, Jacobsen, Magritte. Nous raconterons quelques souvenirs de cette tentative de lier les « deux plans » du poétique et du politique. Son échec a donné naissance au mouvement Cobra.

Références Bibliographiques :

René Passeron, « Persistance du Surréalisme », Encyclopædia Universalis, Universalia 1985, p. 461 sq
René Passeron, Le Surréalisme, Paris, Terrail, 2001
Le Surréalisme révolutionnaire, n° unique de la revue, 1948
Michel Fauré, Histoire du Surréalisme sous l'Occupation, Paris, La Table Ronde, 1982
Sous la dir. de René Passeron et Adam Biro, Dictionnaire général du Surréalisme et de ses environs, Paris, PUF, 1982


Roland SABATIER : Isidore Isou : la problématique du dépassement
Toutes les expressions poétiques et plastiques enregistrées depuis Rimbaud « ne pouvaient faire moins qu’aboutir au lettrisme », notait André Breton, en 1953, dans Du surréalisme en ses œuvres vives. En cela, l’auteur de Nadja semblait rejoindre Isidore Isou qui, dès 1946, dans La Dictature Lettriste, puis, surtout, l’année suivante, dans Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, signifiait solennellement cet aboutissement, en formulant le Manifeste de la poésie et de la musique lettristes, non sans avoir incidemment hissé le promoteur du Surréalisme au rang de l’un des dix plus grands poètes surgis depuis Baudelaire.
Cette apparente convergence dissimulait, en fait, une somme de malentendus que Breton esquivera de quelques mots, alors qu’Isou, en de très nombreuses publications, n’aura de cesse de les dissiper par des explications et des éclaircissements envisagés selon les voies de sa Créatique.

Références Bibliographiques :

Isidore Isou, La Créatique ou la Novatique (1944-1976), Al Dante, 2004
Isidore Isou, Histoire et rénovation de l’automatisme spirituel, Paris, 1967
Isidore Isou, Réflexions sur André Breton, Ed. Lettrisme, 1948
Roland Sabatier, Le Lettrisme : les créations et les créateurs, Z’Editions 1989



Avec le soutien de l'Université Paris III Sorbonne-Nouvelle (Centre de Recherches sur le Surréalisme)
et de l'Université de Paris X (Centre des Sciences de Littérature Française,
Ecole Doctorale "Lettre, Langue et Spectacle", Conseil Scientifique)




COLLOQUE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS L'AGE D'HOMME, MÉLUSINE, 2008



Pour nous contacter : cliquez ici