RÉSUMÉS :
Dominique BADARIOTTI:
Modéliser la transmission de maladies contagieuses
pour en simuler la diffusion
Application à l'endémie pesteuse malgache
à partir du modèle multi-agents SIMPEST
(1)
La peste, présente
de manière endémique à Madagascar,
est actuellement en recrudescence. Depuis son introduction
sur la Grande île par les colons européens, les
recherches sur le cycle épidémiologique du
foyer malgache se sont concentrées sur les processus
de transmission du bacille pesteux entre les hôtes principaux
(les rats) et secondaires (les hommes) via un vecteur, les puces.
Ces mécanismes sont désormais bien connus grâce
à la démarche expérimentale de laboratoire,
aussi l'enjeu actuel des recherches porte aujourd'hui davantage
sur l'analyse des processus d'émergence, de réémergence,
de diffusion et de conservation de la peste, ce qui suppose
de replacer la maladie dans son environnement afin de mieux
l'étudier. Fondamentalement, il s'agit de comprendre
les tenants et les aboutissants de l'expansion de la maladie en
utilisant les connaissances et données actuelles, et
en élaborant un modèle de simulation multi-agents
de sa transmission.
Pour cela, nous
avons choisi une démarche de modélisation
de type isomorphique, c'est-à-dire qui essaie
de reproduire le plus fidèlement possible la réalité
observée de la transmission de la maladie dans sa dimension
sociale, spatiale et temporelle. A cet effet, nous faisons
tout d'abord le point sur les différents éléments
à prendre en compte, à savoir la connaissance
du processus de transmission du bacille pesteux, mais également
le système de peuplement de l'hôte (le
rat), le système de peuplement de la cible (l'homme)
ainsi que les aspects paysagers des zones à risque. Puis,
à partir des informations bibliographiques et collectées
sur le terrain, nous représentons l'endémie
dans le modèle SIMPEST en cherchant à traduire au
mieux la réalité du terrain ainsi que les comportements
spécifiques de la puce, du rat et de l'homme.
La simulation individu-centrée
que nous réalisons dans le modèle
SIMPEST nous offre de nouvelles possibilités en
terme d'étude de l'expression des maladies transmissibles,
dans le sens où elle permet de mettre en relation des
hypothèses formulées sur le comportement des
agents du système pathogène au niveau individuel,
à une dynamique globale observable au niveau populationnel.
Dans cette optique, nous effectuons donc des simulations à
partir de cette modélisation, dans le but de mieux repérer
et mieux comprendre l'émergence et la diffusion de
l'épidémie dans ses aspects à la fois déterministes
et contingents. Les premières analyses de sensibilité
réalisées nous permettent de classer les paramètres
et variables d'entrée du modèle selon leur degré
d'influence sur une variable de sortie choisie: le potentiel
de transmission de la peste à l'homme au cours d'une phase
d'épidémie murine. Par ailleurs nos résultats
sont également confrontés à des résultats
de modèles épidémiologiques plus "classiques"
basés sur des équations différentielles,
cela nous permettant d'apprécier la pertinence et la robustesse
de notre approche.
(1) Cette recherche fait partie du projet «
Evosim » au sein de l'ACI « Systèmes complexes
en SHS 2004-2007 » qui a été mené
en relation avec D. Laffly (laboratoire SET) et P. Handschumacher
(UR 024 de l'IRD).
Stéphanie BARBU: Structuration
et dynamique des usages langagiers au sein des
réseaux sociaux
Les résultats concernant les dialectes sociaux, à
savoir les différents usages d’une même langue, sont bien
établis chez l’homme adulte. En revanche, la question de leur acquisition
chez l’enfant reste peu explorée. Notre projet vise à intégrer
les niveaux collectif et individuel dans la compréhension des processus
d’acquisition et de diffusion des variétés linguistiques
au sein des réseaux sociaux. Une telle compréhension nécessite,
d’une part, de caractériser le rôle des influences sociales
de différents niveaux sur la structuration des systèmes
linguistiques (société, groupe d’appartenance, groupe social
et interactions sociales entre les agents) et, d’autre part, de caractériser
les modes d’organisation socio-cognitive des agents (connaissances et représentations
individuelles des normes globales et encodage cognitif des influences
sociales). Notre projet vise donc à observer, à caractériser
et à modéliser la structuration concomitante des réseaux
sociaux et des usages langagiers dans le groupe de pairs, sans perdre
de vue les fonctionnements sociocognitifs qui lient l’individu au collectif.
Sacha BOURGEOIS-GIRONDE &
Elise PAYZAN: Processus d'adaptation métacognitive dans les
biais cognitifs
Notre projet porte au départ sur la
classification des biais cognitifs à l'aide de critères
de rationalité intrinsèques aux individus (plutôt
qu'attributifs via des agents extérieurs) basés
sur la nature des procédures métacognitives suivies
par les agents dans leurs taches de raisonnement et de décision.
Les capacités métacognitives des agents concernent
le contrôle et le pilotage de procédures cognitives
de premier ordre (raisonnement, décision, etc.). La métacognition
peut mettre en œuvre des mécanismes pragmatiques, comme par
exemple dans le cas des effets de cadrage, ou affectifs et émotionnels,
comme dans le cas de certaines illusions cognitives. Nous explorons,
plus précisément, les mécanismes émotionnels
d'adaptation métacognitive dans le contexte de raisonnements
et de décisions rapides. Précisément, il s'agit
de comprendre le rôle que les sentiments de certitude ou à
l'inverse les sentiments d'erreur (assimilables à des variations
des états de confiance des individus) jouent dans l'ajustement
comportemental post-biais. Une application intéressante concerne
la modélisation des états métacognitifs dans
deux situations d'incertitude contrastées: incertitude attendue
et incertitude non attendue dans le cas de caractère non stationnaire
de l'environnement. Dayan et Yu (2003) ont proposé un modèle
neurocomputationnel de l'encodage neural de ces deux formes d'incertitude.
Nous discutons ce modèle et en proposons un prolongement en vue
de l'étude des processus métacognitifs de traitement de
l'information incertaine sur les marches financiers.
Robert BOYER: A propos du rôle
de la connexion des réseaux dans le
changement institutionnel: le cas de la qualité des
vins de Bourgogne
Comment expliquer le basculement
intervenu dans l’entre-deux-guerres dans l’appréciation
de la qualité des vins de Bourgogne? A partir d’une étude
historique et ethnologique analysant le passage de la domination
des négociants de Beaune en faveur des propriétaires
dijonnais, le propos est de rechercher quelques-uns des outils
et formalisations permettant de rendre compte de ce changement.
Dans un premier temps, une analyse en termes de réseaux
fait ressortir que le basculement intervenu dans le champ économique
en faveur des propriétaires n’aurait pu advenir sans
la superposition de leur influence dans le champ culturel et politique,
tant aux niveaux régional que national. A ce titre, se confirme
la théorie faisant de certains acteurs qui se tiennent aux
croisements de réseaux, le facteur décisif d’un changement
des normes d’évaluation de la qualité et par voie
de conséquence de l’équilibre économique
lui-même. Dans un second temps, la particularisation d’une
approche empruntée à la physique statistique permet
de montrer que c’est l’établissement de liens à longue
distance — en l’occurrence avec Paris — qui a permis de compenser
l’asymétrie initiale dont jouissaient les négociants
de Beaune. La modélisation suggère aussi que cette influence
n’est pas monotone puisqu’il existe un seuil pour la probabilité
d’une interaction à longue distance à partir duquel prévaut
à nouveau un équilibre symétrique. Enfin, il
est suggéré que la structure du modèle correspondant
peut-être étendue mutatis mutandis à la crise
actuelle de certains grands crus français du fait de l’internationalisation
d’une autre norme d’évaluation de la qualité des vins
à l’initiative des nouveaux pays consommateurs. La conclusion,
encore provisoire, est la suivante: sous certaines conditions, la stabilité
d’interactions locales conduisant à un ensemble de conventions
et d’institutions peut-être remise en cause par l’établissement
de liens à longue distance et la mobilisation d’un champ
autre que l’économie, qu’il soit culturel ou politique.
Olivier BRANDOUY: Expliquer
l’origine des faits stylisés: une analyse de la
complexité des dynamiques financières à
l’aide de modèles multi-agents
Les
faits stylisés
en finance constituent des "invariants" statistiques qui
caractérisent les dynamiques financières.
Par exemple, quand on considère les distributions
de rendements à haute fréquence (les variations
de prix observées à chaque transaction), celles-ci
ne paraissent pas Gaussienne, sont fortement leptokurtiques,
autocorrélées sur des horizons très courts,
leur variance présentent une dépendance temporelle…
Des modèles statistiques, empruntant aux lois de Lévy,
rendent compte de ces faits, mais nous manquons encore de modèles
explicatifs liant les interactions locales des agents financiers
au sein d’une microstructure spécifique à l’apparition
de ces phénomènes. Ce travail présente les
éléments de tels modèles ainsi que leur utilité
pour comprendre, au-delà de ces phénomènes
statistiques, des comportements collectifs spectaculaires sur les
marchés financiers comme le sont par exemple les bulles
et les krachs.
Anne BRETAGNOLLE: Deux
types de systèmes de villes identifiés par la
modélisation multi-agents
Simpop2 est un modèle
multi-agent générique conçu
grâce à la collaboration entre des géographes
(UMR Géographie-cités) et des informaticiens
(LIP6). Il simule l’évolution d’un ensemble de villes
en interactions, sous des hypothèses de concurrence,
formalisées par le fonctionnement spatialisé d’un
marché d’échanges. Ces villes sont rendues hétérogènes
par la diversité de leurs fonctions (centrales, territoriales
et spécialisées) et par leur plus ou
moins bonne insertion dans les réseaux de l’échange.
Différents modèles spécifiques ont été
construits à partir du modèle générique.
Dans le cadre de l’ACI Systèmes Complexes en SHS, nous présentons
les résultats d’une comparaison entre les modalités
d’évolution des systèmes de villes dans les
pays anciennement urbanisés (Europe 1300-2000) et
ceux des pays Neufs (Etats-Unis, Afrique du sud, 1650-2000).
Les simulations ont permis de mettre en évidence de fortes
similitudes (le rôle des cycles d’innovation dans la croissance
urbaine, l’impact de l’accroissement de la portée de
échanges sur la hiérarchie urbaine, la nécessité
du recours à une nouvelle fonction caractérisant les
villes de rayonnement international, dès la mise en place
du système) mais aussi des différences fondamentales
entre des système à croissance essentiellement
endogène (type Europe) et des systèmes à croissance
essentiellement exogène jusqu’au milieu du 19ème
siècle (type Etats-Unis).
Références Bibliographiques
:
Bretagnolle A.,
Pumain D., Vacchiani-Marcuzzo C. (à paraître
2007), « Les formes des systèmes de villes
dans le monde », in Pumain, Mattéi (dir),
Données Urbaines, tome 6, Paris, Economica.
Pumain D., Bretagnolle
A., Glisse B. (2006), « Modelling the future
of citites », in Proceedings : European Conference
in Complex System (ECCS’06), Oxford, Septembre.
Bretagnolle A.,
Daudé E.., Pumain D. (2006), « From theory to
modelling : urban systems as complex systems », in Cybergeo
335, 26 p.
Bretagnolle A.,
Pumain D., Vacchiani-Marcuzzo C., Glisse B. (2006),
« Emergence et évolution des systèmes
urbains : un modèle de simulation en fonction
des conditions historiques de l’interaction spatiale ».
Rapport final de l’ACI Systèmes Complexes en SHS, juin.
Bretagnolle A.,
Pumain D. (2005), “Artificial intelligence and collective
agents : a generic multi-agent model for simulating the
evolution of urban systems (Simpop2)”, European Conference
in Complex System (ECCS’05), Paris, November 2005.
Daniel DELAHAYE: Le bassin versant:
de l'unité spatiale aux sous-unités fonctionnelles
La complexité du "système bassin versant"
a toujours était gommée dans l’analyse hydrologique.
Le plus souvent cet espace est décrit par quelques paramètres
simplificateurs afin d’estimer la fonction pluie/débit. Le bassin
versant n’est pas un support neutre dans le processus hydrologique.
L’organisation de l’occupation du sol sur les versants a un rôle
fondamental dans la dynamique des écoulements. Ce rôle a
souvent été mis en avant mais il n’existe que peu de méthodes
permettant de le mesurer. De la même manière, l’incidence de
la structuration morphologique est trop souvent minorée, pourtant
tous les exemples des crues récentes mettent en évidence
l’importance, d’une part, de la distribution des systèmes de
pentes au sein des bassins versants et, d’autre part, de l’organisation
spatiale des réseaux de concentration. Il devient donc nécessaire
de mesurer le jeu des interrelations entre les composantes de l’hydrosystème,
de révéler le jeu des échelles spatiales et temporelles
qui l’anime, en bref, de mesurer sa complexité. La théorie
des systèmes complexes offre des méthodes pertinentes
pour atteindre cet objectif. L’objet de cette communication est de
montrer comment à partir de méthodes à base d’automate
cellulaire il est possible de suivre pas à pas l’élaboration
d’un débit, comment les sous-unités fonctionnelles d’un
bassin se combinent ou, au contraire, se dissocient en fonction de l’architecture
des réseaux de concentration pour aboutir à la réponse
hydrologique globale d’un bassin. Le propos sera illustré par
les résultats issus du projet SYMBAD mené dans le cadre
de l’ACI "systèmes complexes en SHS". Cette présentation
sera aussi l’occasion de discuter des apports de ce type de méthode
pour l’analyse voire la gestion des systèmes environnementaux.
Bernard ELISSALDE: Application
de la plate-forme GeoCells à l'impact des fonds structurels
sur les disparités régionales européennes
L'objectif de cet article
est de présenter le développement
de la plate-forme
GeoCells de simulation de processus
géographiques, ainsi qu'une première
application permettant de modéliser le comportement
des régions européennes en fonction des aides
accordées par l'UE. Le schéma d'ensemble de
la plate-forme repose sur l'utilisation d'un automate cellulaires
multi-couches.
La prise en compte des
disparités régionales par les politiques
structurelles de la Commission européenne, l'analyse
des positions relatives des régions européennes
sous l'angle des indicateurs macroéconomiques
et budgétaires, va permettre d'évaluer l'efficacité
globale desdites politiques, et de mesurer les conséquences
des modifications des règles d'attribution. Les différents
réglages offerts par la plate-forme de simulation permettent
de simuler à la fois l'impact des aides sur révolution
d'ensemble des régions de l'Europe des Quinze (mesuré
par des indicateurs tels que la bêta ou la sigma convergence),
en faisant varier les combinaisons de durée et de niveau
de dépenses publiques mais aussi leurs influences sur le devenir
spécifique de chaque région.
Partis du constat que
la dynamique spatiale de l'UE reflétait un
mode de croissance inégalitaire et fortement polarisé
dans lequel un tiers des régions européennes produit
les deux tiers du PIB communautaire, et que les aides structurelles
avaient rarement, dans ce contexte, les conséquences
attendues au niveau régional, nous avons tenté
d'élaborer un modèle de dynamiques spatiales combinant
des règles générales de fonctionnement
et les spécificités des réactivités locales.
Les résultats soulignent que des unités spatiales,
appartenant à un ensemble interdépendant comme
l'UE possèdent chacune des trajectoires qui leurs sont
spécifiques, au sein desquelles les délais de
réaction, les rythmes de transformation varient fortement
d'une région à l'autre. Tous ces pas de temps différenciés
vont façonner une mosaïque régionale européenne
rendant improbable un ajustement mécanique entre les
impulsions de la politique régionale de l'Union (Fonds
structurels, Fonds de cohésion, etc.) et le rééquilibrage
régional imaginé initialement.
Bruno GAUME: Structure des
réseaux lexicaux: mesures, outils et applications
Nous présentons une
étude sur la structure des réseaux lexicaux
qui nous amène à formuler l’hypothèse
que les réseaux lexicaux paradigmatiques de toutes
les langues naturelles sont des petits mondes hiérarchiques.
Nous présentons ensuite Prox qui est une méthode
stochastique pour la métrologie et la cartographie
des structures locales et globales des réseaux petits
mondes hiérarchiques: http://Prox.irit.fr. Pour illustrer
cette approche, des exemples concrets sont présentés
sur un réseau de synonymes. Nous montrons ensuite que cette
approche ouvre une voie pour la modélisation de la dynamique
d’acquisition du lexique par les jeunes enfants et plus particulièrement
de leurs approximations lexicales du type
[il déshabille
l’arbre],
[il casse le journal].
Jean LASSÈGUE: Emergence
d'une économie symbolique
Ce projet vise à clarifier
d’un point de vue épistémologique et théorique
la question de l’émergence des langues en corrélation
avec celle de valeurs et d’activités symboliques. Dans
ce cadre, l’émergence d’une économie symbolique a
été définie comme émergence d’un système
complexe dont les agents et les transactions visent à assigner
et transmettre des
valeurs conditionnant des
interactions,
par l’entremise d’un medium sémiotique spécifique
se formant de façon concomitante et réagissant sur
ces valeurs et ces interactions. Le projet s’est intéressé
à trois directions de recherche: (i)
analogie monnaie
/
langage: il est possible de dégager sur cette base
des schèmes génériques liés à
des protocoles de don/paiement, coopération/échange,
alliance, sanction, permettant de comprendre le co-développement
des médiations sémiotiques et des rôles portés
par les agents ; (ii)
catégorisation et langage:
en opposition avec le paradigme utilitariste fondé sur un
calcul portant sur des utilités pré-définies,
on peut montrer comment la catégorisation dans le langage mêle
au contraire intimement les registres du fictionnel et du pratique,
étirant la valeur et le sémantisme des unités
entre divers niveaux (classification, emblématisation et mythe);
(iii)
formes et activités symboliques: un plan d’intelligibilité
commun à ces formes et activités symboliques devient envisageable
si l’on modifie le cadre structuraliste et qu’on le dote de contraintes
plus dynamiques, de nature sémio-linguistique.
Emmanuel LAZEGA: Dynamique
des réseaux sociaux et apprentissage
collectif: le modèle de la toupie
Nous proposons
le modèle de la toupie comme métaphore
heuristique pour la compréhension du processus
d’apprentissage collectif intra-organisationnel. Ce modèle
rend compte du fait qu'une "élite" stabilisée
d’acteurs seniors capitalise des savoirs utiles dans les organisations
qui imposent à leurs membres une rotation rapide et
systématique. Les rotations créent à
leur tour un fort turnover relationnel qui incite les membres
à sélectionner un petit nombre de relations
d'échange stables que le tunover ne détruit
pas. Cette dynamique structure le partage des connaissances.
L’étude longitudinale du réseau de conseil entre
240 juges du Tribunal de Commerce de Paris a permis de tester
la validité de ce modèle de la toupie. L’analyse
statistique de la dynamique de ces réseaux s’appuie sur
trois observations en cinq ans. Elle retrouve bien un turnover
relationnel fort dans la sélection des conseillers,
ainsi que l’émergence consécutive d'une élite
stable de conseillers. Un mouvement cyclique de centralisation,
puis de décentralisation de ces réseaux de conseil
suggère que ce processus d’apprentissage collectif est
fragile puisqu'il dépend, entre autres, de la capacité
de l'organisation à stabiliser son "élite cognitive".
La métaphore de la toupie et l’analyse statistique
dynamique de réseaux observés éclairent ainsi
des aspects jusqu’ici peu connus de ce processus interactif et évolutif.
Jean-Pierre NADAL: Choix
sous influence sociale: heurs et malheurs de la coordination
Nous considérons un très
grand nombre d'agents ayant à faire un choix binaire
(e.g. acheter/ne pas acheter un bien homogène) dans
un contexte d'externalités endogènes positives.
Nous montrons que, pour une distribution arbitraire des dispositions
individuelles à payer, on observe génériquement
l'existence d'équilibres multiples: au-delà
d'une valeur seuil du rapport de la force de l'influence sociale
à la dispersion des préférences individuelles,
pour un même prix affiché la demande a plusieurs
solutions. Dans le cas d'une distribution monomodale des préférences,
on a deux équilibres, l'un avec peu d'acheteurs, l'autre
avec beaucoup d'acheteurs. Ce dernier, dont l'existence est
dûe à l'influence mutuelle entre consommateurs,
est toujours plus intéressant pour les consommateurs — ce
qui leur pose donc un problème de coordination. En deça
de ce seuil, c'est-à-dire pour des valeurs modérées
de l'influence sociale, la demande est monotone décroissante:
la demande classique apparaît ainsi comme un cas particulier
d'une formulation plus générale prenant en compte
les influences sociales.
L'analyse de la demande conduit
à un dilemme pour le vendeur: doit-il essayer de vendre
à prix élevé à une minorité, ou
à prix bas au plus grand nombre? Dans un contexte monopolistique,
nous montrons l'existence d'une transition abrupte entre les
deux stratégies lorsqu'on varie les paramètres
du modèle (e.g. si l'influence sociale augmente). De plus,
nous montrons que la multiplicité des solutions pour les
consommateurs (à prix donné) implique que le vendeur
ne peut pas toujours être sûr de voir sa stratégie
réussir. Ainsi, pour une large gamme de valeurs des paramètres,
le profit est en principe maximisé en vendant au plus grand
nombre, mais pour un prix optimal pour lequel la demande se trouve
être multivaluée: la réalisation de ce profit
demande que les consommateurs se coordonnent.
Enfin, dans un contexte de choix
itérés avec un prix fixé, nous étudions
la dynamique d'adaptation des consommateurs, qui doivent
anticiper ce que sera la fraction d'acheteurs. Nous montrons
la possibilité d'un continuum d'états stationnaires
selon les a priori des agents à l'instant initial.
Ces travaux ont été
effectués, par Mirta B. Gordon, Jean-Pierre Nadal,
Denis Phan, Viktoriya Semeshenko et Jean Vannimenus, dans
le cadre du projet "ELICCIR" financé par l'ACI "Systèmes
complexes en SHS".
Références Bibliographiques :
- Mirta B. Gordon, Jean-Pierre
Nadal, Denis Phan and Jean Vannimenus, "Seller's dilemma
due to social interactions between customers", Physica
A: Statistical Mechanics and its Applications, Volume 356,
Issues 2-4, 15 October 2005, Pages 628-640.
- Jean-Pierre Nadal, Denis Phan,
Mirta B. Gordon and Jean Vannimenus, "Multiple equilibria
in a monopoly market with heterogeneous agents and externalities",
Quantitative Finance, Vol. 5, No. 6, December 2005,
557-568.
- Nadal J.-P. et Gordon M. B.,
"Physique statistique de phénomènes collectifs
en sciences économiques et sociales", Revue Mathématiques
et Sciences Humaines, n. 172 (2005) pp. 65-87.
- Semeshenko V., Gordon M. B.,
Nadal J.-P. and Phan D., "Choice under social influence:
effects of learning behaviors on the collective dynamics",
in: Cognitive economics: new trends, R. Topol and
B. Walliser Eds., Elsevier, Jan. 2007.
- Denis Phan and Viktoriya Semeshenko,
"Equilibria in Models of Binary Choice with Heterogeneous
Agents and Social
Influence", Soumis à :
European Journal of Economic and Social Systems
(EJESS).
- Mirta B. Gordon and Jean-Pierre
Nadal and Denis Phan and Viktoriya Semeshenko, "Discrete
Choices under Social Influence: Generic Properties", En
préparation.
- Mirta B. Gordon and Jean-Pierre
Nadal and Denis Phan and Viktoriya Semeshenko, "Monopoly
market with externalities: the curse of coordination", En
préparation.
Noël NGUYEN (1) &
Sophie WAUQUIER-GRAVELINES (2): Morphogenèse des
catégories phonologiques: (1) Laboratoire Parole
et Langage ; (2) Structures formelles du langage
Cette présentation
sera centrée sur les représentations employées
par l’auditeur dans le traitement de la parole, et que nous
avons entrepris d’explorer dans le cadre d’une approche nouvelle
basée sur la théorie des systèmes dynamiques
non linéaires. Après avoir présenté
une synthèse de quelques-uns des résultats expérimentaux
que nous avons récemment obtenus, nous nous engagerons
dans une réflexion plus générale sur
la manière dont la théorie des systèmes
dynamiques peut nous permettre de modéliser de manière
explicite l’existence de catégories discrètes
dans un espace perceptif / articulatoire / discursif continu ainsi
que l’émergence de représentations symboliques à
partir d’un continuum sonore et neuro-articulatoire. Nous focaliserons
cette réflexion sur les deux thèmes suivants: 1)
le rôle de l’environnement, de l’imitation et de la dynamique
discursive dans l’émergence des représentations phonologiques
dans la langue maternelle et dans une seconde langue, 2) les mécanismes
présidant à l’émergence des systèmes
phonologiques dans ce qu'ils ont de spécifique à
ces systèmes.
André de PALMA & Nathalie
PICARD: Efficacité et equité: comment comprendre ce
dilemme dans un contexte spatial?
La localisation des infrastructures peut s’appréhender
du point de vue de l’efficacité et/ou du point de vue de
l’équité. Dans le premier cas, il s’agit de localiser
les infrastructures afin de maximiser les
bénéfices
totaux (nets des coûts totaux) de déplacement (à
demande fixe) ou une fonction d’objectifs tenant compte de l’élasticité
de la demande (à demande variable). Dans le second cas, il
s’agit de prendre en compte l’hétérogénéité
des besoins et des préférences des ménages, et de
localiser les infrastructures en fonctions de la
distribution
des bénéfices et des coûts. En nous basant sur
des exemples simples, nous montrons d’abord comment ces logiques
s’affrontent. Ensuite, nous évaluons le degré d’équité
dans la localisation de différentes infrastructures en Ile-de-France.
Nous nous interrogeons à cet effet sur le niveau géographique
le plus pertinent pour mesurer les inégalités spatiales
d’accessibilité aux différentes infrastructures en tenant
compte à la fois de leur distribution spatiale et de leur valorisation
dans les préférences des ménages. Enfin, nous discutons
brièvement de la manière dont le risque peut être
pris en compte dans notre approche.
François PELLEGRINO:
Complexité des systèmes phonologiques:
primitives et structures
Les langues du monde utilisent
pour construire leurs mots des phonèmes issus
d'un ensemble d'environ 900 phonèmes possibles. Tandis
que certaines langues n'exploitent qu'un inventaire réduit
(moins d'une vingtaine de phonèmes), d'autres en
utilisent plusieurs dizaines. L'étude de plusieurs centaines
de langues ddémontre que, au delà de leur importante
diversité, ces inventaires phonologiques obéissent
à certains principes de structuration communs. Cet exposé
présentera les travaux effectués pour évaluer
si les sciences de la complexité nous permettent de comprendre
ces structures et, en particulier, de déterminer dans
quelle mesure la présence de phonèmes donnés
dans une langue est déterminée par leurs caractéristiques
intrinsèques et par des contraintes structurelles (interactions
de type attraction/répulsion). Des aspects liés à
l'évolution des systèmes phonologiques seront également
abordés.
Pascal ROGGERO & Christophe
SIBERTIN-BLANC: Approche complexe de l'action organisée:
formalisation et simulation orientée agents des systèmes
d'action concrets
Installée dans l’idiosyncrasie monographique,
la sociologie de l’action organisée (SAO) est demeurée
étrangère aux systèmes complexes. Formaliser
et simuler son concept princeps, le système d’action concret
(SAC), tend donc vers une connaissance organisationnelle de
valeur plus générale. Notre formalisation du SAC
défini comme un contexte d’interaction structurant la coopération
d’un ensemble déterminé d’acteurs, a impliqué
celle de tout le corpus conceptuel de la SAO: acteur, relation, ressource,
enjeux, termes de l’échange, contraintes, pouvoir, autonomie
et satisfaction. Un méta-modèle du SAC « instanciable
» sur des cas empiriques et téléchargeable
sourceforge.net, été produit. Une fois paramétré
à partir des données empiriques du cas étudié,
le méta-modèle fournit deux types de résultats.
D’une part, il permet de déterminer analytiquement des points
remarquables dans l’espace des états possibles du système
tant en termes de satisfaction que de pouvoir ou d’autonomie des
acteurs. D’autre part, les simulations montrent comment le système
évolue dans cet espace et s’il converge vers un état d’équilibre
voisin de ce que montre l’étude empirique. Il est ainsi possible,
de manière inédite, en comparant les données simulées
aux données empiriques, de discuter le bien fondé des
résultats d’une étude empirique. La multiplication des
cas instanciés peut ouvrir à l’exploration des «
potentialités » et des processus de « bifurcation »
des systèmes organisationnels et à une typification des
leurs dynamiques.
Jean-Luc SCHWARTZ: La
parole émergeant des interactions perceptuo-motrices:
cadre théorique, données expérimentales
et éléments de modélisation computationnelle
Il s'agira de tenter de montrer
que c'est au sein des interactions perceptuo-motrices
que se construisent la parole, ses processus, ses représentations,
au cours du développement; dans ces interactions que
la parole s'est bricolée au cours de l'évolution;
dans ces interactions que le chercheur trouvera le cadre adéquat
pour comprendre et modéliser les processus de communication
orale. Il s'agit donc de mettre au net, le mieux possible,
les contraintes et capacités de production et de perception
ainsi que les mécanismes développementaux de co-maturation
de ces deux systèmes, et de tenter d'intégrer cet
ensemble au sein d'un scénario évolutionniste.
Références Bibliographiques
:
Abry, C.,
Boë, L.J., Laboissière, R., & Schwartz,
J.L. (1998). A new puzzle for the evolution of speech?
Behavioral and Brain Sciences, 21, 512-513.
Abry, C.,
Vilain, A. & Schwartz, J.-L. (2004). (Eds) 'Vocalize
to Localize'? A call for better crosstalk between auditory
and visual communication systems researchers. "Vocalize
to Vocalize", Special issue of Interaction Studies. Social
Behaviour and Communication in Biological and Artificial Systems,
5, 313-324.
Abry, C.,
Vilain, A., & Schwartz, J.L. (2004-2005). "Interaction
Studies" special issues on "Vocalise to Localise"
(http://www.benjamins.com/cgi-bin/t_bookview.cgi?bookid=IS%205%3A3).
Boë,
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