Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle : cliquez ici

" Page mise à jour le 8 juin 2007 "


DU SAMEDI 26 MAI (19 H) AU SAMEDI 2 JUIN (14 H) 2007



SYSTÈMES COMPLEXES EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES


DIRECTION : Sharon PEPERKAMP, Gérard WEISBUCH

COMITÉ SCIENTIFIQUE : André ORLÉAN, André de PALMA, Denise PUMAIN, Richard TOPOL, Bernard WALLISER, Hervé ZWIRN

ARGUMENT :

Le Ministère de la Recherche et le CNRS ont lancé en 2003 une Action Concertée Incitative pour promouvoir en France le point de vue Systèmes Complexes en Sciences Humaines et en Sciences Sociales (SHS). Ce colloque est donc l'occasion d'une restitution sélective des travaux engagés à cette occasion et poursuivis jusqu'en 2007. Ces travaux couvrent tout le champ des Sciences Humaines et Sociales, qu'il s'agisse, entre autres, de  l'économie, de la géographie ou des sciences cognitives.

Le colloque sera donc l'occasion de répondre à des questions sur l'usage des modèles en sciences sociales, sur leur pertinence et sur les transversalités qu'ils permettent de révéler: questions de co-évolution, de réseaux, de localisation et bien d'autres. Ces réponses seront basées sur les travaux de recherche des intervenants.

Les journées seront organisées autour de thèmes transversaux: réseaux, systèmes spatiaux, marchés, diffusion et contagion, émergence, et motifs. Le rythme du colloque devrait aussi permettre aux participants d'approfondir les sujets qui les intéressent le plus par des discussions avec les intervenants.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 26 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 27 mai
Motifs et sous-unités fonctionnelles (Modératrice: Sharon PEPERKAMP)
Matin:
Emmanuel LAZEGA: Dynamique des réseaux sociaux et apprentissage collectif: le modèle de la toupie
François PELLEGRINO: Complexité des systèmes phonologiques: primitives et structures

Après-midi:
Noël NGUYEN (1) & Sophie WAUQUIER-GRAVELINES (2): Morphogenèse des catégories phonologiques (1), Laboratoire Parole et Langage (2) Structures formelles du langage
André de PALMA: Efficacité et équité: comment comprendre ce dilemme dans un contexte spatial?


Lundi 28 mai
Emergences (Modérateur: André ORLÉAN)
Matin:
Jean-Luc SCHWARTZ: La parole émergeant des interactions perceptuo-motrices: cadre théorique, données expérimentales et éléments de modélisation computationnelle
Stéphanie BARBU: Structuration et dynamique des usages langagiers au sein des réseaux sociaux

Après-midi:
Medhi MOUSSAID & Simon GARNIER: Les déplacements collectifs dans les sociétés animales et humaines
Jean LASSÈGUE: Emergence d'une économie symbolique


Mardi 29 mai
Marchés (Modérateur: Bernard WALLISER)
Matin:
Alan KIRMAN: Auto-organisation des marchés, théorie, données empiriques et simulations
Olivier BRANDOUY: Expliquer l’origine des faits stylisés: une analyse de la complexité des dynamiques financières à l’aide de modèles multi-agents

Après-midi:
Sacha BOURGEOIS-GIRONDE: Processus d'adaptation métacognitive dans les biais cognitifs
Jean-Pierre NADAL: Choix sous influence sociale: heurs et malheurs de la coordination


Mercredi 30 mai
Contagion / Diffusion (Modérateur: Gérard WEISBUCH)
Matin:
Dominique BADARIOTTI: Modéliser la transmission de maladies contagieuses pour en simuler la diffusion

Après-midi:
REPOS


Jeudi 31 mai
Réseaux (Modérateur: André de PALMA)
Matin:
Robert BOYER: A propos du rôle de la connexion des réseaux dans le changement institutionnel: le cas de la qualité des vins de Bourgogne
Bruno GAUME: Structure des réseaux lexicaux: mesures, outils et applications

Après-midi:
Pascal ROGGERO & Christophe SIBERTIN-BLANC: Approche complexe de l'action organisée: formalisation et simulation orientée agents des systèmes d'action concrets


Vendredi 1er juin
Systèmes spatiaux (Modératrice: Denise PUMAIN)
Matin:
Bernard ELISSALDE: Application de la plate-forme GeoCells à l'impact des fonds structurels sur les disparités régionales européennes
Daniel DELAHAYE: Le bassin versant: de l'unité spatiale aux sous-unités fonctionnelles

Après-midi:
Anne BRETAGNOLLE: Deux types de systèmes de villes identifiés par la modélisation multi-agents


Samedi 2 juin
Matin:
Conclusions

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS 

RÉSUMÉS :

Dominique BADARIOTTI: Modéliser la transmission de maladies contagieuses pour en simuler la diffusion
Application à l'endémie pesteuse malgache à partir du modèle multi-agents SIMPEST (1)
La peste, présente de manière endémique à Madagascar, est actuellement en recrudescence. Depuis son introduction sur la Grande île par les colons européens, les recherches sur le cycle épidémiologique du foyer malgache se sont concentrées sur les processus de transmission du bacille pesteux entre les hôtes principaux (les rats) et secondaires (les hommes) via un vecteur, les puces. Ces mécanismes sont désormais bien connus grâce à la démarche expérimentale de laboratoire, aussi l'enjeu actuel des recherches porte aujourd'hui davantage sur l'analyse des processus d'émergence, de réémergence, de diffusion et de conservation de la peste, ce qui suppose de replacer la maladie dans son environnement afin de mieux l'étudier. Fondamentalement, il s'agit de comprendre les tenants et les aboutissants de l'expansion de la maladie en utilisant les connaissances et données actuelles, et en élaborant un modèle de simulation multi-agents de sa transmission.
Pour cela, nous avons choisi une démarche de modélisation de type isomorphique, c'est-à-dire qui essaie de reproduire le plus fidèlement possible la réalité observée de la transmission de la maladie dans sa dimension sociale, spatiale et temporelle. A cet effet, nous faisons tout d'abord le point sur les différents éléments à prendre en compte, à savoir la connaissance du processus de transmission du bacille pesteux, mais également le système de peuplement de l'hôte (le rat), le système de peuplement de la cible (l'homme) ainsi que les aspects paysagers des zones à risque. Puis, à partir des informations bibliographiques et collectées sur le terrain, nous représentons l'endémie dans le modèle SIMPEST en cherchant à traduire au mieux la réalité du terrain ainsi que les comportements spécifiques de la puce, du rat et de l'homme.
La simulation individu-centrée que nous réalisons dans le modèle SIMPEST nous offre de nouvelles possibilités en terme d'étude de l'expression des maladies transmissibles, dans le sens où elle permet de mettre en relation des hypothèses formulées sur le comportement des agents du système pathogène au niveau individuel, à une dynamique globale observable au niveau populationnel. Dans cette optique, nous effectuons donc des simulations à partir de cette modélisation, dans le but de mieux repérer et mieux comprendre l'émergence et la diffusion de l'épidémie dans ses aspects à la fois déterministes et contingents. Les premières analyses de sensibilité réalisées nous permettent de classer les paramètres et variables d'entrée du modèle selon leur degré d'influence sur une variable de sortie choisie: le potentiel de transmission de la peste à l'homme au cours d'une phase d'épidémie murine. Par ailleurs nos résultats sont également confrontés à des résultats de modèles épidémiologiques plus "classiques" basés sur des équations différentielles, cela nous permettant d'apprécier la pertinence et la robustesse de notre approche.

(1) Cette recherche fait partie du projet « Evosim » au sein de l'ACI « Systèmes complexes en SHS 2004-2007 » qui a été mené en relation avec D. Laffly (laboratoire SET) et P. Handschumacher (UR 024 de l'IRD).

Stéphanie BARBU: Structuration et dynamique des usages langagiers au sein des réseaux sociaux
Les résultats concernant les dialectes sociaux, à savoir les différents usages d’une même langue, sont bien établis chez l’homme adulte. En revanche, la question de leur acquisition chez l’enfant reste peu explorée. Notre projet vise à intégrer les niveaux collectif et individuel dans la compréhension des processus d’acquisition et de diffusion des variétés linguistiques au sein des réseaux sociaux. Une telle compréhension nécessite, d’une part, de caractériser le rôle des influences sociales de différents niveaux sur la structuration des systèmes linguistiques (société, groupe d’appartenance, groupe social et interactions sociales entre les agents) et, d’autre part, de caractériser les modes d’organisation socio-cognitive des agents (connaissances et représentations individuelles des normes globales et encodage cognitif des influences sociales). Notre projet vise donc à observer, à caractériser et à modéliser la structuration concomitante des réseaux sociaux et des usages langagiers dans le groupe de pairs, sans perdre de vue les fonctionnements sociocognitifs qui lient l’individu au collectif.

Sacha BOURGEOIS-GIRONDE & Elise PAYZAN: Processus d'adaptation métacognitive dans les biais cognitifs
Notre projet porte au départ sur la classification des biais cognitifs à l'aide de critères de rationalité intrinsèques aux individus (plutôt qu'attributifs via des agents extérieurs) basés sur la nature des procédures métacognitives suivies par les agents dans leurs taches de raisonnement et de décision. Les capacités métacognitives des agents concernent le contrôle et le pilotage de procédures cognitives de premier ordre (raisonnement, décision, etc.). La métacognition peut mettre en œuvre des mécanismes pragmatiques, comme par exemple dans le cas des effets de cadrage, ou affectifs et émotionnels, comme dans le cas de certaines illusions cognitives. Nous explorons, plus précisément, les mécanismes émotionnels d'adaptation métacognitive dans le contexte de raisonnements et de décisions rapides. Précisément, il s'agit de comprendre le rôle que les sentiments de certitude ou à l'inverse les sentiments d'erreur (assimilables à des variations des états de confiance des individus) jouent dans l'ajustement comportemental post-biais. Une application intéressante concerne la modélisation des états métacognitifs dans deux situations d'incertitude contrastées: incertitude attendue et incertitude non attendue dans le cas de caractère non stationnaire de l'environnement. Dayan et Yu (2003) ont proposé un modèle neurocomputationnel de l'encodage neural de ces deux formes d'incertitude. Nous discutons ce modèle et en proposons un prolongement en vue de l'étude des processus métacognitifs de traitement de l'information incertaine sur les marches financiers.

Robert BOYER: A propos du rôle de la connexion des réseaux dans le changement institutionnel: le cas de la qualité des vins de Bourgogne
Comment expliquer le basculement intervenu dans l’entre-deux-guerres dans l’appréciation de la qualité des vins de Bourgogne? A partir d’une étude historique et ethnologique analysant le passage de la domination des négociants de Beaune en faveur des propriétaires dijonnais, le propos est de rechercher quelques-uns des outils et formalisations permettant de rendre compte de ce changement. Dans un premier temps, une analyse en termes de réseaux fait ressortir que le basculement intervenu dans le champ économique en faveur des propriétaires n’aurait pu advenir sans la superposition de leur influence dans le champ culturel et politique, tant aux niveaux régional que national. A ce titre, se confirme la théorie faisant de certains acteurs qui se tiennent aux croisements de réseaux, le facteur décisif d’un changement des normes d’évaluation de la qualité et par voie de conséquence de l’équilibre économique lui-même. Dans un second temps, la particularisation d’une approche empruntée à la physique statistique permet de montrer que c’est l’établissement de liens à longue distance — en l’occurrence avec Paris — qui a permis de compenser l’asymétrie initiale dont jouissaient les négociants de Beaune. La modélisation suggère aussi que cette influence n’est pas monotone puisqu’il existe un seuil pour la probabilité d’une interaction à longue distance à partir duquel prévaut à nouveau un équilibre symétrique. Enfin, il est suggéré que la structure du modèle correspondant peut-être étendue mutatis mutandis à la crise actuelle de certains grands crus français du fait de l’internationalisation d’une autre norme d’évaluation de la qualité des vins à l’initiative des nouveaux pays consommateurs. La conclusion, encore provisoire, est la suivante: sous certaines conditions, la stabilité d’interactions locales conduisant à un ensemble de conventions et d’institutions peut-être remise en cause par l’établissement de liens à longue distance et la mobilisation d’un champ autre que l’économie, qu’il soit culturel ou politique.

Olivier BRANDOUY: Expliquer l’origine des faits stylisés: une analyse de la complexité des dynamiques financières à l’aide de modèles multi-agents
Les faits stylisés en finance constituent des "invariants" statistiques qui caractérisent les dynamiques financières. Par exemple, quand on considère les distributions de rendements à haute fréquence (les variations de prix observées à chaque transaction), celles-ci ne paraissent pas Gaussienne, sont fortement leptokurtiques, autocorrélées sur des horizons très courts, leur variance présentent une dépendance temporelle… Des modèles statistiques, empruntant aux lois de Lévy, rendent compte de ces faits, mais nous manquons encore de modèles explicatifs liant les interactions locales des agents financiers au sein d’une microstructure spécifique à l’apparition de ces phénomènes. Ce travail présente les éléments de tels modèles ainsi que leur utilité pour comprendre, au-delà de ces phénomènes statistiques, des comportements collectifs spectaculaires sur les marchés financiers comme le sont par exemple les bulles et les krachs.

Anne BRETAGNOLLE: Deux types de systèmes de villes identifiés par la modélisation multi-agents
Simpop2 est un modèle multi-agent générique conçu grâce à la collaboration entre des géographes (UMR Géographie-cités) et des informaticiens (LIP6). Il simule l’évolution d’un ensemble de villes en interactions, sous des hypothèses de concurrence, formalisées par le fonctionnement spatialisé d’un marché d’échanges. Ces villes sont rendues hétérogènes par la diversité de leurs fonctions (centrales, territoriales et spécialisées) et par leur plus ou moins bonne insertion dans les réseaux de l’échange. Différents modèles spécifiques ont été construits à partir du modèle générique. Dans le cadre de l’ACI Systèmes Complexes en SHS, nous présentons les résultats d’une comparaison entre les modalités d’évolution des systèmes de villes dans les pays anciennement urbanisés (Europe 1300-2000) et ceux des pays Neufs (Etats-Unis, Afrique du sud, 1650-2000). Les simulations ont permis de mettre en évidence de fortes similitudes (le rôle des cycles d’innovation dans la croissance urbaine, l’impact de l’accroissement de la portée de échanges sur la hiérarchie urbaine, la nécessité du recours à une nouvelle fonction caractérisant les villes de rayonnement international, dès la mise en place du système) mais aussi des différences fondamentales entre des système à croissance essentiellement endogène (type Europe) et des systèmes à croissance essentiellement exogène jusqu’au milieu du 19ème siècle (type Etats-Unis).

Références Bibliographiques :

Bretagnolle A., Pumain D., Vacchiani-Marcuzzo C. (à paraître 2007), « Les formes des systèmes de villes dans le monde », in Pumain, Mattéi (dir), Données Urbaines, tome 6, Paris, Economica.
Pumain D., Bretagnolle A., Glisse B. (2006), « Modelling the future of citites », in Proceedings : European Conference in Complex System (ECCS’06), Oxford, Septembre.
Bretagnolle A., Daudé E.., Pumain D. (2006), « From theory to modelling : urban systems as complex systems », in Cybergeo 335, 26 p.
Bretagnolle A., Pumain D., Vacchiani-Marcuzzo C., Glisse B. (2006), « Emergence et évolution des systèmes urbains : un modèle de simulation en fonction des conditions historiques de l’interaction spatiale ». Rapport final de l’ACI Systèmes Complexes en SHS, juin.
Bretagnolle A., Pumain D. (2005), “Artificial intelligence and collective agents : a generic multi-agent model for simulating the evolution of urban systems (Simpop2)”, European Conference in Complex System (ECCS’05), Paris, November 2005.


Daniel DELAHAYE: Le bassin versant: de l'unité spatiale aux sous-unités fonctionnelles
La complexité du "système bassin versant" a toujours était gommée dans l’analyse hydrologique. Le plus souvent cet espace est décrit par quelques paramètres simplificateurs afin d’estimer la fonction pluie/débit. Le bassin versant n’est pas un support neutre dans le processus hydrologique. L’organisation de l’occupation du sol sur les versants a un rôle fondamental dans la dynamique des écoulements. Ce rôle a souvent été mis en avant mais il n’existe que peu de méthodes permettant de le mesurer. De la même manière, l’incidence de la structuration morphologique est trop souvent minorée, pourtant tous les exemples des crues récentes mettent en évidence l’importance, d’une part, de la distribution des systèmes de pentes au sein des bassins versants et, d’autre part, de l’organisation spatiale des réseaux de concentration. Il devient donc nécessaire de mesurer le jeu des interrelations entre les composantes de l’hydrosystème, de révéler le jeu des échelles spatiales et temporelles qui l’anime, en bref, de mesurer sa complexité. La théorie des systèmes complexes offre des méthodes pertinentes pour atteindre cet objectif. L’objet de cette communication est de montrer comment à partir de méthodes à base d’automate cellulaire il est possible de suivre pas à pas l’élaboration d’un débit, comment les sous-unités fonctionnelles d’un bassin se combinent ou, au contraire, se dissocient en fonction de l’architecture des réseaux de concentration pour aboutir à la réponse hydrologique globale d’un bassin. Le propos sera illustré par les résultats issus du projet SYMBAD mené dans le cadre de l’ACI "systèmes complexes en SHS". Cette présentation sera aussi l’occasion de discuter des apports de ce type de méthode pour l’analyse voire la gestion des systèmes environnementaux.

Bernard ELISSALDE: Application de la plate-forme GeoCells à l'impact des fonds structurels sur les disparités régionales européennes
L'objectif de cet article est de présenter le développement de la plate-forme GeoCells de simulation de processus géographiques, ainsi qu'une première application permettant de modéliser le comportement des régions européennes en fonction des aides accordées par l'UE. Le schéma d'ensemble de la plate-forme repose sur l'utilisation d'un automate cellulaires multi-couches.
La prise en compte des disparités régionales par les politiques structurelles de la Commission européenne, l'analyse des positions relatives des régions européennes sous l'angle des indicateurs macroéconomiques et budgétaires, va permettre d'évaluer l'efficacité globale desdites politiques, et de mesurer les conséquences des modifications des règles d'attribution. Les différents réglages offerts par la plate-forme de simulation permettent de simuler à la fois l'impact des aides sur révolution d'ensemble des régions de l'Europe des Quinze (mesuré par des indicateurs tels que la bêta ou la sigma convergence), en faisant varier les combinaisons de durée et de niveau de dépenses publiques mais aussi leurs influences sur le devenir spécifique de chaque région.
Partis du constat que la dynamique spatiale de l'UE reflétait un mode de croissance inégalitaire et fortement polarisé dans lequel un tiers des régions européennes produit les deux tiers du PIB communautaire, et que les aides structurelles avaient rarement, dans ce contexte, les conséquences attendues au niveau régional, nous avons tenté d'élaborer un modèle de dynamiques spatiales combinant des règles générales de fonctionnement et les spécificités des réactivités locales. Les résultats soulignent que des unités spatiales, appartenant à un ensemble interdépendant comme l'UE possèdent chacune des trajectoires qui leurs sont spécifiques, au sein desquelles les délais de réaction, les rythmes de transformation varient fortement d'une région à l'autre. Tous ces pas de temps différenciés vont façonner une mosaïque régionale européenne rendant improbable un ajustement mécanique entre les impulsions de la politique régionale de l'Union (Fonds structurels, Fonds de cohésion, etc.) et le rééquilibrage régional imaginé initialement.

Bruno GAUME: Structure des réseaux lexicaux: mesures, outils et applications
Nous présentons une étude sur la structure des réseaux lexicaux qui nous amène à formuler l’hypothèse que les réseaux lexicaux paradigmatiques de toutes les langues naturelles sont des petits mondes hiérarchiques. Nous présentons ensuite Prox qui est une méthode stochastique pour la métrologie et la cartographie des structures locales et globales des réseaux petits mondes hiérarchiques: http://Prox.irit.fr. Pour illustrer cette approche, des exemples concrets sont présentés sur un réseau de synonymes. Nous montrons ensuite que cette approche ouvre une voie pour la modélisation de la dynamique d’acquisition du lexique par les jeunes enfants et plus particulièrement de leurs approximations lexicales du type [il déshabille l’arbre], [il casse le journal].

Jean LASSÈGUE: Emergence d'une économie symbolique
Ce projet vise à clarifier d’un point de vue épistémologique et théorique la question de l’émergence des langues en corrélation avec celle de valeurs et d’activités symboliques. Dans ce cadre, l’émergence d’une économie symbolique a été définie comme émergence d’un système complexe dont les agents et les transactions visent à assigner et transmettre des valeurs conditionnant des interactions, par l’entremise d’un medium sémiotique spécifique se formant de façon concomitante et réagissant sur ces valeurs et ces interactions. Le projet s’est intéressé à trois directions de recherche: (i) analogie monnaie / langage: il est possible de dégager sur cette base des schèmes génériques liés à des protocoles de don/paiement, coopération/échange, alliance, sanction, permettant de comprendre le co-développement des médiations sémiotiques et des rôles portés par les agents ; (ii) catégorisation et langage: en opposition avec le paradigme utilitariste fondé sur un calcul portant sur des utilités pré-définies, on peut montrer comment la catégorisation dans le langage mêle au contraire intimement les registres du fictionnel et du pratique, étirant la valeur et le sémantisme des unités entre divers niveaux (classification, emblématisation et mythe); (iii) formes et activités symboliques: un plan d’intelligibilité commun à ces formes et activités symboliques devient envisageable si l’on modifie le cadre structuraliste et qu’on le dote de contraintes plus dynamiques, de nature sémio-linguistique.

Emmanuel LAZEGA: Dynamique des réseaux sociaux et apprentissage collectif: le modèle de la toupie
Nous proposons le modèle de la toupie comme métaphore heuristique pour la compréhension du processus d’apprentissage collectif intra-organisationnel. Ce modèle rend compte du fait qu'une "élite" stabilisée d’acteurs seniors capitalise des savoirs utiles dans les organisations qui imposent à leurs membres une rotation rapide et systématique. Les rotations créent à leur tour un fort turnover relationnel qui incite les membres à sélectionner un petit nombre de relations d'échange stables que le tunover ne détruit pas. Cette dynamique structure le partage des connaissances. L’étude longitudinale du réseau de conseil entre 240 juges du Tribunal de Commerce de Paris a permis de tester la validité de ce modèle de la toupie. L’analyse statistique de la dynamique de ces réseaux s’appuie sur trois observations en cinq ans. Elle retrouve bien un turnover relationnel fort dans la sélection des conseillers, ainsi que l’émergence consécutive d'une élite stable de conseillers. Un mouvement cyclique de centralisation, puis de décentralisation de ces réseaux de conseil suggère que ce processus d’apprentissage collectif est fragile puisqu'il dépend, entre autres, de la capacité de l'organisation à stabiliser son "élite cognitive". La métaphore de la toupie et l’analyse statistique dynamique de réseaux observés éclairent ainsi des aspects jusqu’ici peu connus de ce processus interactif et évolutif.

Jean-Pierre NADAL: Choix sous influence sociale: heurs et malheurs de la coordination
Nous considérons un très grand nombre d'agents ayant à faire un choix binaire (e.g. acheter/ne pas acheter un bien homogène) dans un contexte d'externalités endogènes positives. Nous montrons que, pour une distribution arbitraire des dispositions individuelles à payer, on observe génériquement l'existence d'équilibres multiples: au-delà d'une valeur seuil du rapport de la force de l'influence sociale à la dispersion des préférences individuelles, pour un même prix affiché la demande a plusieurs solutions. Dans le cas d'une distribution monomodale des préférences, on a deux équilibres, l'un avec peu d'acheteurs, l'autre avec beaucoup d'acheteurs. Ce dernier, dont l'existence est dûe à l'influence mutuelle entre consommateurs, est toujours plus intéressant pour les consommateurs — ce qui leur pose donc un problème de coordination. En deça de ce seuil, c'est-à-dire pour des valeurs modérées de l'influence sociale, la demande est monotone décroissante: la demande classique apparaît ainsi comme un cas particulier d'une formulation plus générale prenant en compte les influences sociales.
L'analyse de la demande conduit à un dilemme pour le vendeur: doit-il essayer de vendre à prix élevé à une minorité, ou à prix bas au plus grand nombre? Dans un contexte monopolistique, nous montrons l'existence d'une transition abrupte entre les deux stratégies lorsqu'on varie les paramètres du modèle (e.g. si l'influence sociale augmente). De plus, nous montrons que la multiplicité des solutions pour les consommateurs (à prix donné) implique que le vendeur ne peut pas toujours être sûr de voir sa stratégie réussir. Ainsi, pour une large gamme de valeurs des paramètres, le profit est en principe maximisé en vendant au plus grand nombre, mais pour un prix optimal pour lequel la demande se trouve être multivaluée: la réalisation de ce profit demande que les consommateurs se coordonnent.
Enfin, dans un contexte de choix itérés avec un prix fixé, nous étudions la dynamique d'adaptation des consommateurs, qui doivent anticiper ce que sera la fraction d'acheteurs. Nous montrons la possibilité d'un continuum d'états stationnaires selon les a priori des agents à l'instant initial.
Ces travaux ont été effectués, par Mirta B. Gordon, Jean-Pierre Nadal, Denis Phan, Viktoriya Semeshenko et Jean Vannimenus, dans le cadre du projet "ELICCIR" financé par l'ACI "Systèmes complexes en SHS".

Références Bibliographiques :

- Mirta B. Gordon, Jean-Pierre Nadal, Denis Phan and Jean Vannimenus, "Seller's dilemma due to social interactions between customers", Physica A: Statistical Mechanics and its Applications, Volume 356, Issues 2-4, 15 October 2005, Pages 628-640.
- Jean-Pierre Nadal, Denis Phan, Mirta B. Gordon and Jean Vannimenus, "Multiple equilibria in a monopoly market with heterogeneous agents and externalities", Quantitative Finance, Vol. 5, No. 6, December 2005, 557-568.
- Nadal J.-P. et Gordon M. B., "Physique statistique de phénomènes collectifs en sciences économiques et sociales", Revue Mathématiques et Sciences Humaines, n. 172 (2005) pp. 65-87.
- Semeshenko V., Gordon M. B., Nadal J.-P. and Phan D., "Choice under social influence: effects of learning behaviors on the collective dynamics", in: Cognitive economics: new trends, R. Topol and B. Walliser Eds., Elsevier, Jan. 2007.
- Denis Phan and Viktoriya Semeshenko, "Equilibria in Models of Binary Choice with Heterogeneous Agents and Social
Influence", Soumis à : European Journal of Economic and Social Systems (EJESS).
- Mirta B. Gordon and Jean-Pierre Nadal and Denis Phan and Viktoriya Semeshenko, "Discrete Choices under Social Influence: Generic Properties", En préparation.
- Mirta B. Gordon and Jean-Pierre Nadal and Denis Phan and Viktoriya Semeshenko, "Monopoly market with externalities: the curse of coordination", En préparation.


Noël NGUYEN (1) & Sophie WAUQUIER-GRAVELINES (2): Morphogenèse des catégories phonologiques: (1) Laboratoire Parole et Langage ; (2) Structures formelles du langage
Cette présentation sera centrée sur les représentations employées par l’auditeur dans le traitement de la parole, et que nous avons entrepris d’explorer dans le cadre d’une approche nouvelle basée sur la théorie des systèmes dynamiques non linéaires. Après avoir présenté une synthèse de quelques-uns des résultats expérimentaux que nous avons récemment obtenus, nous nous engagerons dans une réflexion plus générale sur la manière dont la théorie des systèmes dynamiques peut nous permettre de modéliser de manière explicite l’existence de catégories discrètes dans un espace perceptif / articulatoire / discursif continu ainsi que l’émergence de représentations symboliques à partir d’un continuum sonore et neuro-articulatoire. Nous focaliserons cette réflexion sur les deux thèmes suivants: 1) le rôle de l’environnement, de l’imitation et de la dynamique discursive dans l’émergence des représentations phonologiques dans la langue maternelle et dans une seconde langue, 2) les mécanismes présidant à l’émergence des systèmes phonologiques dans ce qu'ils ont de spécifique à ces systèmes.

André de PALMA & Nathalie PICARD: Efficacité et equité: comment comprendre ce dilemme dans un contexte spatial?
La localisation des infrastructures peut s’appréhender du point de vue de l’efficacité et/ou du point de vue de l’équité. Dans le premier cas, il s’agit de localiser les infrastructures afin de maximiser les bénéfices totaux (nets des coûts totaux) de déplacement (à demande fixe) ou une fonction d’objectifs tenant compte de l’élasticité de la demande (à demande variable). Dans le second cas, il s’agit de prendre en compte l’hétérogénéité des besoins et des préférences des ménages, et de localiser les infrastructures en fonctions de la distribution des bénéfices et des coûts. En nous basant sur des exemples simples, nous montrons d’abord comment ces logiques s’affrontent. Ensuite, nous évaluons le degré d’équité dans la localisation de différentes infrastructures en Ile-de-France. Nous nous interrogeons à cet effet sur le niveau géographique le plus pertinent pour mesurer les inégalités spatiales d’accessibilité aux différentes infrastructures en tenant compte à la fois de leur distribution spatiale et de leur valorisation dans les préférences des ménages. Enfin, nous discutons brièvement de la manière dont le risque peut être pris en compte dans notre approche.

François PELLEGRINO: Complexité des systèmes phonologiques: primitives et structures
Les langues du monde utilisent pour construire leurs mots des phonèmes issus d'un ensemble d'environ 900 phonèmes possibles. Tandis que certaines langues n'exploitent qu'un inventaire réduit (moins d'une vingtaine de phonèmes), d'autres en utilisent plusieurs dizaines. L'étude de plusieurs centaines de langues ddémontre que, au delà de leur importante diversité, ces inventaires phonologiques obéissent à certains principes de structuration communs. Cet exposé présentera les travaux effectués pour évaluer si les sciences de la complexité nous permettent de comprendre ces structures et, en particulier, de déterminer dans quelle mesure la présence de phonèmes donnés dans une langue est déterminée par leurs caractéristiques intrinsèques et par des contraintes structurelles (interactions de type attraction/répulsion). Des aspects liés à l'évolution des systèmes phonologiques seront également abordés.

Pascal ROGGERO & Christophe SIBERTIN-BLANC: Approche complexe de l'action organisée: formalisation et simulation orientée agents des systèmes d'action concrets
Installée dans l’idiosyncrasie monographique, la sociologie de l’action organisée (SAO) est demeurée étrangère aux systèmes complexes. Formaliser et simuler son concept princeps, le système d’action concret (SAC), tend donc vers une connaissance organisationnelle de valeur plus générale. Notre formalisation du SAC défini comme un contexte d’interaction structurant la coopération d’un ensemble déterminé d’acteurs, a impliqué celle de tout le corpus conceptuel de la SAO: acteur, relation, ressource, enjeux, termes de l’échange, contraintes, pouvoir, autonomie et satisfaction. Un méta-modèle du SAC « instanciable » sur des cas empiriques et téléchargeable sourceforge.net, été produit. Une fois paramétré à partir des données empiriques du cas étudié, le méta-modèle fournit deux types de résultats. D’une part, il permet de déterminer analytiquement des points remarquables dans l’espace des états possibles du système tant en termes de satisfaction que de pouvoir ou d’autonomie des acteurs. D’autre part, les simulations montrent comment le système évolue dans cet espace et s’il converge vers un état d’équilibre voisin de ce que montre l’étude empirique. Il est ainsi possible, de manière inédite, en comparant les données simulées aux données empiriques, de discuter le bien fondé des résultats d’une étude empirique. La multiplication des cas instanciés peut ouvrir à l’exploration des « potentialités » et des processus de « bifurcation » des systèmes organisationnels et à une typification des leurs dynamiques.

Jean-Luc SCHWARTZ: La parole émergeant des interactions perceptuo-motrices: cadre théorique, données expérimentales et éléments de modélisation computationnelle
Il s'agira de tenter de montrer que c'est au sein des interactions perceptuo-motrices que se construisent la parole, ses processus, ses représentations, au cours du développement; dans ces interactions que la parole s'est bricolée au cours de l'évolution; dans ces interactions que le chercheur trouvera le cadre adéquat pour comprendre et modéliser les processus de communication orale. Il s'agit donc de mettre au net, le mieux possible, les contraintes et capacités de production et de perception ainsi que les mécanismes développementaux de co-maturation de ces deux systèmes, et de tenter d'intégrer cet ensemble au sein d'un scénario évolutionniste.

Références Bibliographiques :

Abry, C., Boë, L.J., Laboissière, R., & Schwartz, J.L. (1998). A new puzzle for the evolution of speech? Behavioral and Brain Sciences, 21, 512-513.
Abry, C., Vilain, A. & Schwartz, J.-L. (2004). (Eds) 'Vocalize to Localize'? A call for better crosstalk between auditory and visual communication systems researchers. "Vocalize to Vocalize", Special issue of Interaction Studies. Social Behaviour and Communication in Biological and Artificial Systems, 5, 313-324.
Abry, C., Vilain, A., & Schwartz, J.L. (2004-2005). "Interaction Studies" special issues on "Vocalise to Localise"
 (http://www.benjamins.com/cgi-bin/t_bookview.cgi?bookid=IS%205%3A3).
Boë, L.-J., Vallée, N., Badin, P., Schwartz, J.-L. & Abry, C. (2002). Tendencies in phonological structures: the influence of substance on form. Bulletin de la Communication Parlée, 5, 35-55.
Schwartz, J.L. (2001). Une théorie de la perception pour le contrôle de l’action. In D. Keller, J.P. Durafour, J.F.Bonnot, & R. Sock (Eds.) Percevoir : monde et langage – Invariance et variabilité du sens vécu (pp. 261-270). Liège (Belgique) : Mardaga.
Schwartz, J.L. Ed. (2005). Origine de la parole et du langage: Neanderthal, le singe et l’homme. Primatologie.
Schwartz, J.L., Abry, C., Boë, L.J., & Cathiard, M. (2002). Phonology in a theory of perception-for-action-control. In J. Durand, B. Laks (eds.) Phonology : from Phonetics to Cognition (pp. 255-280). Oxford: Oxford University Press.
Schwartz, J.L., Boë, L.J., & Abry, C. (2006). Linking the Dispersion-Focalization Theory (DFT) and the Maximum Utilization of the Available Distinctive Features (MUAF) principle in a Perception-for-Action-Control Theory (PACT). In M.J. Solé, P. Beddor & M. Ohala (eds.) Experimental Approaches to Phonology. Oxford: Oxford University Press (to appear).
Schwartz, J.L., Boë, L.J., Vallée, N., & Abry , C. (1997). The dispersion-focalization theory of vowel systems. Journal of Phonetics, 25, 255-286.
Serkhane, J.E., Schwartz, J.L., Boë, L.J., Bessière, P. (2005). Building a talking baby robot: A contribution to the study of speech acquisition and evolution. Interaction Studies, 6, 253-286. (http://www.icp.inpg.fr/%7Eschwartz/fichiers_pdf/Serkhane_Int_Stud_2005.pdf).
Serkhane, J.E., Schwartz, J.L., Boë, L.J., Davis, B.L., & Matyear, C.L. (2006) Characterization of infants' early articulatory exploration with an articulatory model integrating the non-linear growth of the vocal tract. Journal of Phonetics, In Press.


BIBLIOGRAPHIE :

Jean-Louis Le Moigne & Edgar Morin, Intelligence de la complexité. Epistémologie et pragmatique, Colloque de Cerisy, Editions de l'Aube (2007).
Thomas Schelling, Micromotives and Macrobehavior, W. W. Norton & Company (1978).
L'auto-organisation : de la physique au politique,  Colloque de Cerisy, P. Dumouchel et J.-P. Dupuy (Eds), Seuil, Paris (1983).
Gérard Weisbuch, Dynamique des systèmes complexes : une introduction aux réseaux d'automates, InterEditions/Editions du CNRS, Paris (1989).
Cognitive Economics, P. Bourgine et J.-P. Nadal (Eds), Springer (2004).
Hervé Zwirn, Les systèmes complexes, Odile Jacob (2006).


Avec le soutien du CNRS



Pour nous contacter : info.cerisy@ccic-cerisy.asso.fr

Pour accéder à la page d'accueil du site du CCIC : cliquez ici