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" Page mise à jour le 21 mai 2012 "
DU MARDI 22 MAI (19 H) AU MARDI 29 MAI (14 H)
2012
LES QUESTIONS DE LA TRANSPLANTATION
DIRECTION : François DELAPORTE, Bernard DEVAUCHELLE
ARGUMENT :
Les opérations récentes de greffes de visage révèlent le caractère
proprement révolutionnaire des nouveaux modes d’intervention
sur l’homme défiguré. Elles posent également une série
de problèmes relatifs à leur commencement et à leur
histoire.
Par-delà l’intention médicale, il faudra décrire
une série d’événements qui, d’une façon ou d’une
autre, relèvent de la transplantation. Celle-ci comporte en effet de
nombreuses questions en histoire de la civilisation. Entre Orient et
Occident,
les transplantations s’inscrivent dans les catégories de l’économique,
du politique et du social, mais aussi du biologique, du culturel et du
religieux.
Il faudra enfin décrire, dans notre actualité, les enjeux liés
à la fabrication, à la monstration et aux représentations
du visage. Les disciplines évoquées dans ce colloque
seront mises à l’épreuve de la transdisciplinarité.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Mardi 22 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mercredi 23 mai
Matin:
Bernard DEVAUCHELLE:
Ouverture du colloque
François
DELAPORTE: Une
histoire du concept de
transplantation
Shin ABIKO: Deux manières de
sacrifier ses organes – Œdipe
et Sasuke
Après-midi:
Raphaël CUIR:
Les figures du
visage greffé
Jens HAUSER:
Microtransplantations et microperformativité
dans l’art vivant
Soirée:
Table ronde autour de l'œuvre d'ORLAN
Jeudi 24 mai
Matin:
Jean-François
BRAUNSTEIN:
Sociologues et anthropologues
face à la transplantation d’organes
Yves GAGNEUX:
Les reliques des
martyres des catacombes: une
greffe
artistique et spirituelle au XIXe siècle
Après-midi:
Emmanuel MORELON:
L’intolérance de l’autre: une histoire
d’immunologie et de transplantation
Antoinette
LE
NORMAND-ROMAIN: Rodin: de l’assemblage comme
moteur
de la création
Vendredi 25 mai
Matin:
Catherine
COQUERY-VIDROVITCH: La traite atlantique d’Afrique en
Amériques:
une transplantation humaine
Céline CHERICI:
Alexis
Carrel
(1873-1944): la culture des
organes
Jean-Claude
DUPONT: Des
greffes aux chimères: histoire
de la neurogenèse expérimentale
Guillaume DECOCQ:
Maîtriser, améliorer, restaurer:
itinéraire de la transplantation chez les végétaux
Après-midi:
DÉTENTE
Samedi 26 mai
Matin:
Barthélemy
DURRIVE:
Quelques enjeux spécifiques
aux pratiques sur et avec du vivant
Camille RIQUIER:
Le corps
agrandi de l’humanité: de
Descartes
à Péguy
Annick OPINEL:
Visages vs
obus, souvenirs de guerre par les
peintres
de la Neue Sachlichtkeit
Après-midi:
Sander L. GILMAN:
From the
Nose Job to Face Transplant: The History of The "Authentic Face"
Julie
MAZALEIGUE-LABASTE:
Altérer son visage
Jole SHACKELFORD:
Transplantation and Renaissance Matter
Theory
Soirée:
Projection du film Petite anatomie
de l'image d'Olivier SMOLDERS
Dimanche 27 mai
Matin:
Alain-Charles
MASQUELET:
L’homme en quête de transformation
Anne-Marie
MOULIN:
Archaïsme et modernité. Imaginaire
et réalités de la transplantation entre Orient et Occident
Après-midi:
Evelyne
JARDONNET: Visages
volés: le personnage
cinématographique
en devenir
Olivier SMOLDERS: Greffe
et cinéma, histoire d'une passion
Emmanuel
FOURNIER: Greffes
d’idées, greffes de rien?
Soirée:
Projection du film "Bina48, an existential crisis" de Max
AGUILERA-HELLWEG
Lundi 28 mai
Matin:
Katrin SOLHDJU:
La survie des
organes
Après-midi:
Max AGUILERA-HELLWEG:
Réflexions sur la chirurgie des
transplantations
Bernard DEVAUCHELLE: Le
visage organe. Anatomie d’une
transplantation
Mardi 29 mai
Matin:
Conclusion
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Shin ABIKO: Deux manières de sacrifier ses organes –
Œdipe
et Sasuke
La transplantation demande des donneurs d’organes qui, cadavériques ou
vivants, doivent avoir préalablement donné leur consentement à ce don,
et leur consentement, lui, doit avoir été précédé d’une étape
d’information plus ou moins approfondie. Est-ce qu’un jour,
l’information sera si détaillée et si parfaite que le consentement se
donnera sur-le-champ, quasi automatiquement, et que, par là, le
problème
de la greffe, n’étant plus éthique, deviendra simplement
technoscientifique? Pour répondre à cette
question, je me propose de mettre en parallèle deux héros littéraires,
Œdipe (personnage grec mythique) et Sasuke (héros de la littérature
japonaise). Ces deux héros conçoivent les relations au corps
différemment, et cette différence mettra en lumière deux façons
d’envisager le don d'organe à autrui.
Professeur de philosophie, Faculté des lettres, Université de
Hoseï, Tokyo. Directeur du centre des recherches pour les études
japonaises
internationales, Université de Hosei. Spécialité: Philosophie française
du 19e siècle et son introduction au
Japon moderne.
Publications récentes:
Qu’est-ce que la japonologie; la
japonologie vue de l’extérieur et de l’intérieur, Sanwa-Shobo,
Tokyo, 2008, in Japanese, co-authored.
Cartesian Revolution,
Chuo-Koron-Shinsha, Tokyo, 2007, in Japanese, co-authored.
Social Philosophies of 19th Century,
Chuo-Koron-Shinsha, Tokyo, 2007, in Japanese, co-authored.
An Introduction to the Philosophy
of Bergson, Hosei University Press, Tokyo, 2006, in Japanese,
co-edited and co-authored.
Max AGUILERA-HELLWEG: Réflexions sur la chirurgie des
transplantations
For my talk, I will discuss my experiences and thoughts photographing
surgery, and specifically organ transplantation — not only organ
donation, but organ transplant itself. The discussion will include
knowledge and experiences in the care of transplant patients obtained
during my medical training.
Publication:
Le cœur sacré, Un
atlas chirurgical du corps humain, 2006, éditions de l'Eclat.
Jean-François BRAUNSTEIN: Sociologues et anthropologues
face à la transplantation d’organes
Dès ses débuts la transplantation d’organes a été, aux Etats-Unis,
l’objet d’une observation attentive de la part de nombreux sociologues,
anthropologues ou ethnologues, qui ont donné lieu à la publication
de livres remarquables comme ceux de Renée Fox et Judith Swazey,
de Margaret Lock ou de Lesley Sharp, dont l’écho se retrouve en France
dans le livre récent de Philippe Steiner. Il est curieux de constater
que ces études, au départ fort bienveillantes, ont conduit quelquefois
à
une prise de distance face à une certaine idéologie de la
transplantation, comme en témoignent, à vingt ans de distance, les
titres de deux livres de Fox et Swazey: on passe du Courage d’échouer à Pièces détachées avant que les deux
sociologues ne décident de "quitter le champ" de la transplantation.
Quelles sont les raisons de cet éloignement et en quoi les questions
posées par ces observateurs bien informés permettent-elles de proposer
une vision plus nuancée de la transplantation d’organes?
Jean-François Braunstein, professeur de
philosophie française contemporaine à
l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, s’est intéressé à l’histoire
des sciences, notamment à Auguste Comte,
et à la philosophie de la médecine, en particulier à l’œuvre de Georges
Canguilhem.
Il a récemment publié Canguilhem,
histoire des sciences et politique du vivant (P.U.F., 2007), L’histoire des sciences. Méthodes, styles
et controverses (Vrin, 2008), La
philosophie de la médecine d’Auguste Comte. Vierge Mère, vaches folles
et morts vivants (P.U.F., 2009).
Il vient de co-éditer le
premier tome des Œuvres complètes de
Georges Canguilhem, Ecrits philosophiques et politiques, 1926-1939
(Vrin, 2012).
Céline CHERICI: Alexis Carrel (1873-1944): la culture des
organes
En 1908, Alexis Carrel réalise la première auto-transplantation rénale
sur une chienne, puis reproduit l'exploit avec la plupart des organes.
Il devient ainsi un pionnier de la transplantation d'organes.
Focalisant ses travaux sur la chirurgie cardiaque, il réalisa en 1910
le premier pontage cardiaque expérimental et obtient, en 1912, le prix
Nobel de physiologie et de médecine. Par la suite, il orienta ses
travaux sur la culture des tissus humains. Une de ses expériences a
beaucoup marqué son époque: il a fait vivre in vitro,
dans un liquide nutritif, pendant plusieurs décennies, un cœur de
poulet. Ces résultats sont assez
étonnants notamment quant à la durée exceptionnelle pendant
laquelle cet organe a été maintenu en vie. Au-delà du fantasme de
l’immortalité inhérent à une telle expérience, Carrel ouvre ainsi la
voie à deux thèmes de recherches: la conservation d'organes vivants en
vue de pratiquer des
transplantations, la limite exacte de la durée de vie des différents
organes. A partir de ses travaux sur la culture d’organes isolés, nous
nous
intéresserons, non seulement aux techniques mises en place par Carrel,
mais également aux possibilités de prolonger la vie organique
indéfiniment en vue de replacer ces éléments dans l’histoire des
transplantations.
A. Carrel, On the
permanent life of tissues outside of the organism, New-York, The
Rockefeller University Press, 1912, vol. 15, n°5, pp 516-528.
A. Carrel ; G. Dehelly, Le
traitement des plaies, Paris, Masson, 1917.
A. Carrel, Suture if blood- vessels
and transplantation d’organs, Angleterre, Les Prix Nobel ed.,
1912.
J. Descottes, Alexis Carrel :
1873-1944, pionnier de la chirurgie vasculaire et des transplantations
d'organes, Lyon, Simep éditions, 1966.
Catherine COQUERY-VIDROVITCH: La traite atlantique d’Afrique en
Amériques:
une transplantation humaine
Les "traites négrières" ont été multiples. La transplantation d’êtres
humains vers les pays arabo-musulmans s’est produite dans un temps
différent, nettement plus long que du côté atlantique; elle a pris des
formes et a eu des effets forts différents. C’est pourquoi, pour ne pas
trop compliquer les données, restant du côté occidental, nous
examinerons le problème seulement sur la rive Atlantique, pour lequel
les sources et les recherches sont plus développées. A partir de toute
une série de sources et de déductions, nous pouvons
faire des hypothèses sur les processus et les chemins de ce métissage
culturel (ou hybridation). Il est sûr que, d’Afrique en Amérique, il ne
s’agissait plus tout à fait des mêmes personnes ni des mêmes cultures.
Raphaël CUIR: Les figures du visage greffé
Sur le modèle d’Aby Warburg, je souhaiterais proposer une connaissance
par le montage, composer un atlas d’images, plusieurs cartes et en
chercher les légendes possibles. Des sculptures précolombiennes au
cinéma fantastique, les représentations du visage greffé, littérales ou
métaphoriques, rituelles, réelles ou fictives, se montrent d’une
étonnante diversité qui posent les questions suivantes: quelles
significations symboliques
la rencontre des personnifications de Xipe Totec et d’un film
fantastique comme Les yeux sans
visage de Georges Franju tissent-elles? Quels imaginaires de la
greffe mettent-elles en évidence? Quels réseaux de significations se
trament dans ces faisceaux d’images?
Raphael Cuir est historien de l’art, docteur de l’EHESS. Ses
recherches portent sur les
représentations du corps de la Renaissance à nos jours (art et science,
art et anatomie). En 2005-2006 il a bénéficié d’une bourse de recherche
en résidence au Getty Research Institute à Los Angeles où il a enseigné
à Otis College of Art and Design.
Il est notamment l’auteur de "The
Development of the Study of Anatomy from the Renaissance to
Cartesianism: da Carpi, Vesalius, Estienne, Bidloo" (New York, Edwin
Mellen Press, 2009).
Il a dirigé le recueil de réponses à la question
"Pourquoi y a-t-il de l’art plutôt que rien?" (Paris, Archibooks,
2009).
En 1999 il a créé la première chaîne de télévision dédiée à
l’histoire de l’art sur Internet "Mémoires Actives" dont un best of est
disponible sur le site http://www.dailymotion.com/Memoires-Actives.
Il
a également contribué à de nombreuses ouvrages collectifs et catalogues
d’expositions parmi lesquels:
"(Ri)configurare il corpo nell’ età dell’ informatica", in Il corpo digitale : natura, informazione,
merce, sous la direction de Antonio Marturano, G. Giappichelli
Editore, Turin, 2011, pp. 135-145.
"Écorché", sous la direction de Bernard Andrieu dir., Dictionnaire du corps : dans les sciences
sociales, Paris, CNRS Éditions, (2005), 2008.
"Dissèque-toi toi-même, portrait de l’artiste en “Silène” posthumain",
in Ouvrir – couvrir, Paris,
Verdier, 2004. Ouvrage collectif. Textes de Paul Ardenne, Georges
Didi-Huberman, Alain Fleischer, Françoise Frontisi-Ducroux, Jacinto
Lageira, Benny Lévy, Jessica Vaturi, pp. 84-123.
"Tentative d'Evasion d'un Corps", in Une
œuvre de Francis Bacon, Marseille, Muntaner, 2000. Avec Pierre
Guin, Alain Chareyre-Méjan, Jean Arrouye, Bernard Lafargue, Agnès
Verlet, Dominique Château, pp. 109-118.
"Niki de Saint Phalle, et la femme créa la femme (la fête foraine comme
esthétique de la subversion)", in La
Femme, Métamorphose de la modernité, Barcelone, Fondation Miro,
2004.
Guillaume DECOCQ: Maîtriser, améliorer, restaurer:
itinéraire de la transplantation chez les végétaux
Nous aborderons successivement l’idée de maîtrise de la nature, à
l’origine de la domestication des plantes, de domination de la nature,
lorsque émergea l’idée "d’améliorer" les plantes, notamment dans le
domaine de l’agronomie et, enfin, la naissance de l’écologie de la
restauration, sur fond de "réconciliation" entre l’homme et la nature.
Pour chacun de ces types de transplantation — géographique,
physiologique et écologique —, nous analyserons les apports, les excès
et les paradoxes.
Guillaume Decocq est professeur de Sciences végétales et
fongiques à l’Université de Picardie Jules Verne et praticien
hospitalier au CHU d’Amiens. Il dirige l’unité de recherche
pluridisciplinaire "Dynamiques des Systèmes Anthropisés", dont la
thématique est l’analyse des interactions entre activités humaines et
fonctionnement des écosystèmes.
François DELAPORTE: Une histoire du concept de
transplantation
On décrira l’émergence du concept dans le domaine des activités
humaines et sa dissémination dans différentes pratiques. A partir des
gestes de manipulation des vivants et de la transplantation des idées,
des arts et des savoirs, on posera la question du déracinement.
François Delaporte, professeur émérite à l’Université de
Picardie Jules Verne, est l’auteur de plusieurs livres de philosophie
et d’histoire des sciences.
Récemment, il a publié Figures de la
médecine (Cerf, 2009) et, en collaboration avec Emmanuel
Fournier et Bernard
Devauchelle, La fabrique du visage
(Brépols, 2010).
Bernard DEVAUCHELLE: Le visage organe. Anatomie d’une
transplantation
L’exemplarité de la greffe du visage tient à ce que le visage est tout
entier et exclusivement organe. Siège privilégié de la sensorialité, il
accueille les organes des sens. Le visage est de ce point de vue
interface. On avancera, enfin, que le visage est le miroir de l’âme
qui, purement surfacique, dévoilerait ses états au gré des mouvements
d’expression. Il n’en demeure pas moins que le visage, devenu organe
"libre" depuis la première transplantation, capable de survivre
ex-vivo, indispensable à la dimension cosmogonique de l’individu, porte
en lui, au même titre que les autres organes, une ineffable beauté
ontologique qui constitue sa seule vérité.
Bernard Devauchelle est chef du Service de chirurgie
maxillo-faciale et stomatologie du CHU d’Amiens, Secrétaire Général de
l’Association Française de Chirurgie Maxillo-Faciale et
directeur-fondateur de l'Institut Faire faces.
Publications concernant le
thème du colloque
Face transplantation, J.-M.
Dubernard, B. Devauchelle, Lancet, août 2008, 372 (9639): 603-4.
Encyclopaedia of flaps (3eme
edition), Chapter: "Facial Transplantation", Grabb’s lippincott
& wilkins, 2008.
La fabrique du visage, dir.
F. Delaporte, E. Fournier, B. Devauchelle, Edition Brepols-Publishers,
Liège, 2011.
Jean-Claude DUPONT: Des greffes aux chimères: histoire
de la neurogenèse expérimentale
Au cours du XXe siècle, les greffes et la fabrication
d’embryons chimériques devinrent des outils majeurs de la recherche
fondamentale en embryologie et en biologie du développement. Il s’agit,
dans cette présentation, d’analyser les circonstances particulières qui
suscitèrent ces approches expérimentales et de comprendre les avancées
conceptuelles qui en ont résulté dans le domaine du développement
embryonnaire, bref de tenter une généalogie compréhensive de ces
techniques de recherche. Le fil suivi sera celui de l’histoire de la
neurogenèse, de l’époque d’Hans Spemann à celle de Nicole Le Douarin.
Barthélemy DURRIVE: Quelques enjeux spécifiques
aux pratiques sur et avec du vivant
Quel est le point commun entre greffe végétale et greffe chirurgicale
qui justifierait l'utilisation du même mot? La définition minimale du
terme – "transfert d'une partie d'un organisme dans un autre" –
suffit-elle à rapprocher ces deux pratiques dans une même idée, dans
une logique commune? Rend-elle par exemple plausible l'idée d'une parenté historique entre greffe
végétale et chirurgicale – sous la forme d'une libre inspiration, voire
d'une exportation des techniques? En décrivant et comparant les gestes
propres à ces deux pratiques, puis
en esquissant un aperçu historique de leur assimilation plus ou moins
littérale, on proposera une piste de réponse: l'intervention
technique sur un organisme (quel qu'il soit) nous fait entrer dans une
relation d'interaction entre
deux vivants où le patient (qu'il soit végétal ou humain) ne subit pas
passivement une opération qui, au contraire, s'appuie sur et doit composer avec son effort pour vivre.
Barthélemy Durrive (né en 1986): agrégé de philosophie, élève
à l'ENS de Lyon. Après un Master autour de l'œuvre de Georges
Canguilhem, il étudie en PACES (Grenoble 1). Co-responsable du
Laboratoire Junior "Enquête sur l'Homme Vivant" (ENS-Lyon), il a
participé aux colloques "Réflexivité en contextes de diversité: un
carrefour des sciences humaines?" (déc. 2010, DYNADIV Limoges) et
"Hasard et ordres du vivant" (nov. 2011, ENS-Lyon).
Emmanuel FOURNIER: Greffes d’idées, greffes de rien?
Les plantes se greffent, les organes se greffent, les populations se
greffent, mais les idées? En art, en mathématiques, en sciences, on
aperçoit parfois des opérations d’analogie, de transposition, de
transplantation... qu’il faut bien rapprocher des greffes d’objets
vivants. Les unes peuvent-elles nous apprendre des autres? D’un objet à
une idée, sait-on ce qui peut se greffer et ce qu’une greffe change?
L’être? Quel renoncement, quelle abstraction, quelle disposition
suppose la prise d’une greffe?
Emmanuel Fournier, professeur à l’Université Pierre et Marie
Curie, Paris VI. Principaux travaux en philosophie et en dessin: Croire devoir penser (1992) et L’infinitif des pensées (2000),
éditions de l’Éclat; 36 morceaux
(1995), Mer à faire (2005) et
L’infinitif complément
(2008), éditions Eric Pesty; Creuser
la cervelle, Variations sur l’idée de cerveau, PUF, 2012.
Yves GAGNEUX: Les reliques des martyres des catacombes:
une
greffe
artistique et spirituelle au XIXe siècle
Au XIXe siècle, l'attention portée aux persécutions chrétiennes stimule
l'exhumation des ossements des martyrs des catacombes romains mais
aussi leur exportation, laquelle permet de propager des concepts
historiques et religieux originaux, tout en introduisant un mode de
présentation très particulier des reliques. Lorsque l’intérêt pour ces
martyrs s’estompe, les honneurs rendus à
leurs reliques prennent en France des formes différentes, tandis que
les usages autrefois qualifiés de "romains" perdurent mais évoluent, et
pour un autre usage. Nous examinerons l’évolution et la portée de cette
"greffe" spirituelle et technique.
Publications
Reliques et reliquaires à
Paris (XIXe-XXe siècle), Paris, Éd. du Cerf, 2007 (coll.
"Histoire religieuse de la France").
"Le reliquaire fait-il le saint ?", Actes du colloque Histoire de l’art et anthropologie,
Musée du Quai Branly, 2007, actes du colloque:
http://actesbranly.revues.org/106.
"Entre culte et histoire. Le reliquaire du tombeau de sainte Geneviève
à Saint-Étienne-du-Mont", Reliques
modernes. Cultes et usages chrétiens des corps saints des Réformes aux
révolutions, ouvrage collectif dirigé par Philippe Boutry,
Pierre-Antoine Fabre et Dominique Julia, vol. 2, p. 823-845, Editions
de l'’EHESS, 2009.
Sander L. GILMAN: From the Nose Job to Face Transplant: The
History of The "Authentic Face"
Why is the public today so very fascinated with face transplants?
Fiction and film have dealt with such procedures in the past. Today, as
surgery makes such transplants more and more frequent, there is an ever
greater interest in the question of the face and its meanings. Are
faces "us"? Does the face have a claim on being our authentic self even
after we are dead? The history of modern operations on the face –
from the nose job of the late 19th century to the face transplant of
the early 21st – ask the question of our authenticity as mirrored
in our face. When we look in the mirror do we see us or do we see what
we imagine our self to be?
Jens HAUSER: Microtransplantations et
microperformativité
dans l’art vivant
A l’instar du biologiste américain Craig Venter qui parle de
"transplantation" pour qualifier son spectaculaire transfert d’un
génome minimal synthétique dans la bactérie microplasme capricolum afin
d’activer et faire fonctionner celle-ci, des caractéristiques végétales
se trouvent généralisées dans tous les champs de la bio(techno)logie,
de la médecine et de la pratique expérimentale – y compris artistique.
La transplantation implique à la fois le transfert, l’ancrage, le
développement, la croissance et, potentiellement, l’action d’une
l’entité biologique dans une autre entité spatio-fonctionnelle ciblée.
Ces tendances épistémologiques sont explorées à la fois dans les arts
plastiques et dans les arts dits "vivants" ou performatifs où il
servent à engendrer de nouvelles postures de co-corpor(e)alité du
spectateur.
Dès lors, la notion de microperformativité implique des fragments
organiques ou artefacts qui font
quelque chose et qui peuvent même acquérir une qualité d’acteur.
Nous assistons à un basculement de l’art de la performance vers la
généralisation de la performativité en art. Cela va de pair avec
l’émergence de formes hybrides, et avec l’éclatement des cadres et
échelles esthétiques habituelles – ceux à l’échelle humaine. Au-delà de
la tradition mésoscopique sur laquelle sont encore basées nos
considérations phénoménologiques, artistes et performeurs appréhendent
les dimensions à la fois micro- et macroscopiques, redéfinissent ce qui
est considéré comme "corps", et étendent les gestes physiques à des
phénomènes physiologiques ou encore à des transformations
biotechnologiques.
Jens Hauser, commissaire d’expositions et auteur
franco-allemand, est chercheur à la Ruhr Universität Bochum où il
développe un concept de biomédialité.
Outre ses engagements comme enseignant et conférencier dans des
universités et écoles d’art en Europe et aux Etats-Unis, il a conçu des
expositions telles que L’Art Biotech
(2003, Nantes), Still, Living
(2007, Perth), Article Biennale
(2008, Stavanger), sk-interfaces
(2008, Liverpool/2009, Luxembourg), Transbiotics
(2010, Riga), Fingerprints
(2011, Berlin/2012 Munich) et Synth-ethic
(2011, Vienne). Egalement vidéaste et réalisateur de pièces
radiophoniques, il a collaboré avec la chaîne de télévision Arte depuis
1992. Il a notamment publié L’art
biotech’ (2003), sk-interfaces
(2008) et Fingerprints…
Index-Imprint-Trace (2011).
Evelyne JARDONNET: Visages
volés: le personnage
cinématographique
en devenir
Dans les années 1950-1960, se concentre l’essentiel de la
production cinématographique consacrée au couple
défiguration/transplantation. Le motif du visage volé connaît ainsi une
certaine fortune, qui dépasse les frontières. Or ce motif constitue un
levier très fécond pour interroger le statut du personnage
cinématographique: en exacerbant son hybridité, il fait de ce dernier
une entité en constant devenir. L’évocation du contexte de production
des films, l’examen des interactions acteur/personnage seront les
principaux axes de réflexion retenus pour mettre à l’épreuve
l’hypothèse précédente. Une place particulière sera également réservée
à la question de l’adaptation puisque, tirées pour la plupart de
romans, les œuvres concernées apparentent le personnage à une sorte de
transplant.
Docteur en études cinématographiques, certifiée en lettres,
Evelyne Jardonnet enseigne le cinéma l’Université Paris 7. Ses
principaux thèmes de recherche concernent le cinéma français, le
personnage cinématographique et les interactions entre le cinéma et le
discours médical.
Auteur de deux ouvrages, Pickpocket
de Robert Bresson
(Atlande, 2005) et Poétique de la
singularité au cinéma (L’Harmattan, 2006), elle a récemment
publié "Naissance d’un type: l’écrivain" in Le Biopic, de la réalité à la fiction,
CinémAction, (Corlet, 2011).
Antoinette LE NORMAND-ROMAIN: Rodin: de l’assemblage comme
moteur
de la création
Pour Rodin, toute forme est en perpétuel devenir. Retournée, modifiée,
complétée par une autre, intégrant des éléments extérieurs tels
qu¹accidents ou commentaires des visiteurs, chacune peut donner
naissance à une composition complètement nouvelle. Les centaines de
figures modelées pour La Porte de
l¹Enfer, certains portraits qu'il
exécuta d'après des jeunes femmes, Camille Claudel notamment, dont le
visage l'inspirait, servirent ainsi de point de départ pour des œuvres
dont nous avons peine parfois à comprendre le sens: c'est seulement
lorsqu'il les vendait ou exposait que Rodin leur cherchait une
signification et leur donnait un titre. Cet aspect de son travail qui
échappait au grand public a beaucoup frappé ceux qui eurent accès à son
atelier, les écrivains et poètes symbolistes, en particulier
Rainer-Maria Rilke ou l'anglais Arthur Symons.
Antoinette Le Normand-Romain, Conservateur général du
patrimoine, Directeur général de l'Institut national d'Histoire de
l'Art depuis 2006, a été en poste au musée d'Orsay, puis au musée
Rodin.
Ses travaux portent sur la sculpture de la fin du XIXème et du début du
XXème siècle, notamment sur Rodin.
Alain-Charles MASQUELET: L’homme en quête de transformation
Au-delà des controverses qu’elles ont fait naître, la première greffe
de visage et celles qui ont suivi ont été saluées comme des avancées
décisives. La technique est désormais maîtrisée et la redoutable
question de l’identité semble se résoudre dans un processus
d’individualisation qui trouve son assise dans les phénomènes
biologiques d’intégration progressive. Bien qu’elles aient pu
apparaître initialement comme un surgissement de
l’impensable, les greffes de visage s’inscrivent en réalité dans la
longue tradition occidentale du désir de transformation de l’humain,
qui se déploie des premières mythologies grecques au transformisme
contemporain. Ce sont les étapes décisives de cette quête de
transformation que
l’exposé s’attache à explorer.
Alain-Charles Masquelet est chef du service de Chirurgie
Orthopédique et Traumatologique à
l'Hôpital Avicennes.
Publications:
Soin et subjectivité, sous
la direction de Alain-Charles Masquelet, Céline Lefève, Olivier Doron,
éditions PUF, 2010.
Le raisonnement médical,
PUF, 2006.
Julie MAZALEIGUE-LABASTE: Altérer son visage
Certains individus choisissent d’opérer sur leur visage des altérations
majeures, leur donnant une apparence étrange, fantastique, voire
monstrueuse. Elles peuvent passer par des techniques traditionnelles
comme le tatouage, mais aussi par des techniques plus invasives
(piercing, implants
métalliques ou osseux), et le recours à la chirurgie esthétique,
au-delà des simples ajustements physiques aux canons et idéaux de
beauté
socialement promus. A l’extrême, ces altérations peuvent aller jusqu’à
des modifications dont l’origine est perçue comme psychopathologique. A
travers une étude comparative, fondée sur les données esthétiques,
sociales, culturelles et psychologiques, il s’agira de questionner, à
la charnière de la philosophie et de l’anthropologie, le sens de ces
altérations qui semblent renvoyer à la demande de se faire autre que ce que l’on est,
et ce qu’elles révèlent quant à la place et fonction du visage en
Occident.
Julie Mazaleigue-Labaste, agrégée et docteur en philosophie
est rattachée au Centre d’Histoire
des
Sociétés, des Sciences et des Conflits, Amiens, UPJV.
Domaines
de recherche: épistémologie et histoire des sciences et des techniques.
Publications directement en relation avec le sujet du
colloque:
MAZALEIGUE, 2010, "Corps sans visage", dans DELAPORTE, François,
FOURNIER, Emmanuel, DEVAUCHELLE, Bernard (dir.), 2010, La fabrique du visage de la physiognomonie
antique à la première greffe avec un inédit de Duchenne de Boulogne,
Turnhout: Brépols, 327-346.
MAZALEIGUE, 2007c, "Où le regard vacille" (recension de l’ouvrage Phénoménologie des corps monstrueux,
de Pierre Ancet, 2006, Paris: P.U.F.), l’Humanité, 14 Février 2007.
Emmanuel MORELON: L’intolérance de l’autre: une histoire
d’immunologie et de transplantation
L’évolution naturelle d’une transplantation entre deux individus
différents démontre de façon magistrale le rôle central de la réponse
immune dans la perte ou l’acceptation d’un greffon: en absence de
blocage ou de manipulation du système immunitaire, le greffon est
détruit en quelques jours par le système immunitaire, alors qu’il peut
être toléré et maintenu au long cours lorsqu’on induit une tolérance
immune spécifique. Les mécanismes immunologiques mis en jeu lors d’une
transplantation impliquent les phénomènes de reconnaissance du soi et
du non soi et la définition organique de l’identité corporelle liée au
système HLA. Ils mettent aussi en jeu la discrimination du danger et
les interactions complexes entre la réponse immune innée et adaptative
anti-infectieuse et l’immunité de greffe. L’histoire même de la
transplantation d’organe et de tissu montre que le succès des greffes
fut le fruit d’une rencontre tardive entre chirurgiens et
immunologistes. La création de la chimère chirurgicale que devient
l’individu transplanté ne peut survivre qu’au prix d’une
immunosuppression non spécifique et délétère. La recherche d’une
tolérance spécifique de l’organe greffé cherche à utiliser les
mécanismes développés au cours de la période anténatale qui permettent
à des êtres chimériques de faire coexister en leur sein des cellules
d’origine génétique différente sans les rejeter. L’étude du
fonctionnement du système immunitaire pendant la grossesse, état
transitoire de coexistence naturelle de deux individus génétiquement
différents, pourrait apporter aussi des clefs pour induire la tolérance
en transplantation. Le mythe de la chimère de la période antique
pourrait devenir réalité et le chimérisme induit, le meilleur rempart
contre l’intolérance du patient transplanté envers son greffon.
Le Professeur Emmanuel Morelon, 48 ans, néphrologue, est
responsable de l’activité médicale de transplantation rénale et
pancréatique de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon depuis 2005 après une
formation initiale à l’hôpital Necker à Paris. Il a développé une
expertise en immunologie de transplantation et dans le suivi des
greffes de mains et de face qui ont été réalisées à Lyon et à Amiens.
Petruzzo P, Kanitakis J, Badet L, Pialat JB, Boutroy S, Charpulat R,
Mouly J, Gazarian A, Lanzetta M, Brunet M, Devauchelle B, Testelin S,
Martin X, Dubernard JM, Morelon E, Long-Term Follow-Up in Composite
Tissue Allotransplantation: In-Depth Study of Five (Hand and Face)
Recipients. Am J Transplant. 2011 Apr; 11(4):808-816.
Morelon E, Kanitakis J, Petruzzo P, Immunological issues in clinical
composite tissue allotransplantation: where do we stand today?,
Transplantation 2012, sous presse.
Anne-Marie MOULIN: Archaïsme et modernité. Imaginaire
et réalités de la transplantation entre Orient et Occident
La transplantation est un domaine clé de la modernité biomédicale. La
diffusion de la chirurgie des greffes s’est accompagnée de la recherche
d’une "compatibilité culturelle" (Moulin 1995). La transplantation
offre un excellent modèle pour étudier l’interaction entre vérités et
certitudes scientifiques d’une part, pratiques et vécus d’autre part.
La communication proposée suivra les chemins de la compatibilité en
Europe et dans les pays musulmans, explorant les confrontations de
l’imaginaire et des réalités dans un monde globalisé.
Médecin et philosophe, Anne-Marie Moulin est directeur de
recherche au CNRS (UMR SPHERE/ Paris 7), spécialiste de l’histoire de
l’immunologie et de la transplantation1. De 2002 à 2006, au
CEDEJ au Caire, elle a orienté ses travaux sur le monde arabe et
musulman.
1 L'Islam au péril des
femmes ("greffe" de la variole), avec P. Chuvin, Maspéro, 1981,
1987, 1990, 2001. La double nature de l'immunologie: histoire de la
transplantation rénale, Fundamenta
Scientiae, 1983, 3, 201-18. Le
dernier langage de la médecine, PUF 1991. Droit à la santé et
droit à la transplantation. La compatibilité culturelle, Ethique et Transplantation, Cilag,
16-30, 1995. The ethical crisis of organ transplants. In search of a
cultural "compatibility", Diogenes,
1995, 172, 43, 73-92. Transplantation d'organes (avec B.
Descamps-Latscha et F. Quéré) Dictionnaire
de philosophie morale, Monique Canto-Sperber ed., PUF, 1996.
Post-face, La greffe humaine,
(In)certitudes éthiques : du don de soi à la tolérance de l'Autre,
R. Carvais and M. Sasportes éds., PUF 2000, 749-64. French response to
"innovation". The return of the living donor in organ transplantation
(avec M. Gabolde), Innovations in
Health and Medicine, J. Stanton éd., Routledge, 2002,188-208.
Transplantation. Les sens changeants d'une histoire, Donner, recevoir un organe. Droit, dû,
devoir, Marie-Jo Thiel éd., Presses universitaires de
Strasbourg, 2009, pp. 261-281. Le
Médecin du Prince. Voyage à travers les cultures, Odile Jacob,
2010.
Annick OPINEL: Visages vs obus, souvenirs de guerre par
les
peintres
de la Neue Sachlichtkeit
Les peintres de la Neue
Sachlichtkeit, Otto Dix, George Grosz ou Max Beckmann, ont
représenté, entre autres violences liées à la guerre, les visages et
corps mutilés des soldats. De remarquables études (Catherine Wermester,
Sophie Delaporte) ont analysé ces représentations de la mutilation et
leur contexte. Dans la suite de ces travaux, nous nous attacherons
d’abord à souligner la différence des images de la première guerre
mondiale avec les représentations des blessés des guerres du XIXe
siècle. La représentation du champ de bataille du XIXe siècle sert une
fin de glorification de la nation (la blessure comme fait héroïque et
collectif) alors que l’intention des peintures de la Neue Sachlichtkeit est clairement
antimilitariste. Le soldat blessé est alors peint comme un individu
définitivement détruit et misérable. Nous nous attacherons à voir dans
cet étendard antiguerrier que constitue le visage déconstruit, partiel,
la notion d’irréversibilité (même si la chirurgie en a réparé beaucoup)
et le dommage non pas comme une nouvelle esthétique mais comme un
manifeste. Les images de vi(e)sages interrompus par un obus constituent
également
l’argument du musée anti guerre (et non pas "musée de la Paix") fondé
par Ernst Friedrich en 1923 à Berlin, et dont il a réuni les photos
dans son livre Krieg dem Kriege !
(1924). Creusant la boucle sémantique de Friedrich, nous chercherons à
mesurer la portée de cette exposition des exposés.
Docteur en histoire de l’art et habilitée à diriger les
recherches en histoire et philosophie des sciences, Annick Opinel a
d’abord travaillé sur l’histoire des représentations scientifiques puis
sur l’histoire et l’épistémologie des maladies parasitaires et
infectieuses. Ses champs de recherche actuels concernent
l’épidémiologie des maladies infectieuses et l’analyse des
comportements vaccinaux. Elle est chercheur SHS dans l’unité de
Pharmacoépidémiologie et maladies infectieuses de l’Institut Pasteur.
"Corps sommeilleux, déformés, interrompus: les
tableaux cliniques des maladies parasitaires (déb XXe)", in Les corps
de
la contagion, Corps, octobre
2008, 5: 49-57.
Cinéma et recherche à l’Institut
Pasteur dans la
seconde moitié du XXe siècle. Actes du colloque Etienne-Jules
Marey et
le film scientifique, Musée d’Orsay/La cinémathèque française/Semia,
2006.
"Zoologie métaphorique", in G. Gachelin (ed.) Les
organismes modèles dans la recherche médicale, PUF, coll.
Science, histoire et société, Paris 2006, 61-80.
Le peintre et le mal, France, XIXe
siècle, PUF,
2005.
Camille RIQUIER: Le corps agrandi de l’humanité: de
Descartes
à Péguy
Depuis que Descartes a posé, plus que résolu, le problème de l’union de
l’âme et du corps, une rare tradition française en a accepté le mystère
et y a puisé les ressources d’une pensée neuve. Et dès que l’union fut
méditée pour elle-même, il a paru que le corps auquel l’âme était
jointe devait se penser sur fond d’une totalité où celui-ci ne serait
lui-même qu’une partie. Si les âmes sont appelées à se rejoindre, les
corps sont la marque de leur séparation. Il s’agit alors de réactiver,
derrière l’idée même de greffe et de transplantation, le soubassement
métaphysique implicite qui, avant même qu’elle ne se concrétisât,
permit de penser l’humanité comme un grand corps de membres pensants,
en renouant ainsi avec la doctrine paulinienne du "corps mystique".
Pascal, Rousseau, Maine de Biran, Bergson, Péguy pensent le corps
humain depuis la possibilité de son agrandissement, au point
d’envisager chaque individu comme le greffon d’un immense corps, qui, à
la limite, est appelé à se confondre avec l’humanité entière.
Camille Riquier, maître de conférences en Philosophie à la
Faculté Catholique de Paris, a notamment réalisé l'édition critique de Matière et mémoire de Bergson
(2008) et écrit Archéologie de
Bergson. Temps et métaphysique (2009), qui a reçu le prix La
Bruyère en 2010.
Jole SHACKELFORD: Transplantation and Renaissance Matter
Theory
The conception of "transplantation", which is a fundamental component
of Petrus Severinus’ Paracelsian biological theory, reveals how the
sixteenth-century author construed a horticultural term as a metaphor
for material change. His use of the term reveals an implicit insertion
of corpuscularian ideas into an Aristotelian and Neoplatonic natural
philosophy, laying the foundation for a material identity for diseases
in a metaphysics that was otherwise dominated by form.
Jole Shackelford was trained in the history of science and
medicine at the University of Wisconsin, USA (Ph.D. 1989) and is
presently an Assistant Professor in the History of Medicine at the
University of Minnesota, USA. His areas of research are late medieval
and early modern European science and medicine and the history of study
of biological rhythms.
Olivier SMOLDERS: Greffe et cinéma, histoire d'une passion
La chirurgie fait peur car, en modifiant les corps, on croit pressentir
qu’elle modifie peut-être aussi les âmes. Or le cinéma s’est toujours
passionné pour l’un comme pour l’autre. On ne s’étonnera donc pas s’il
s’est appliqué très tôt à dresser les figures à la fois mythiques et
horrifiques du chirurgien déraisonnable et des créatures effrayantes
qu’il fait naître sous son scalpel. Essayons de suivre les étapes de ce
chemin de croix, dans le cinéma classique comme dans les œuvres de
genre dont un exemple récent nous propose ce synopsis sidérant: "Un docteur fou enlève plusieurs personnes
afin de créer une créature peu ordinaire: un mille-pattes humain, en
soudant la bouche de l’un sur l’anus du précédent".
Heureusement, personne n’est obligé de voir tous les films qui sortent
sur les écrans.
Olivier Smolders est licencié en Philologie Romane (UCL),
diplômé en réalisation, puis professeur à l'INSAS et Maître de
conférence à l’université de Liège. Il est réalisateur de films et
auteur d’essais sur la littérature et le cinéma. Plus d’informations
sur http://www.smolderscarabee.be.
Katrin SOLHDJU: La survie des organes
L'intervention retracera, dans une première partie, l'histoire de
l'expérimentation
physiologique sur des organes isolés ou survivants qui a été mise en
place pour comprendre leurs fonctions en tant que telles. Dans ce
contexte-là, on peut observer une sorte de personnalisation des organes
comme des êtres intéressés que j'aimerais, dans une deuxième partie,
poursuivre dans le champ de la médecine de la transplantation
contemporaine. Peut-on penser des processus de rejet comme
des conflits d'intérêts? Quel genre de survie est produit par des
organes transplantés? Quelles nouvelles relations aux morts sont mises
en place avec les transplantations d'organes
survivants et intéressés?
Katrin Solhdju est docteur en histoire et philosophie des
sciences, chercheuse au Centre de recherche en littérature et culture
(ZfL) à Berlin et membre du groupe d’études constructivistes à
l’université libre de Bruxelles. Actuellement,
elle travaille sur la question des liens possibles entre l'éthique et
l'épistémologie principalement en médecine.
Elle est l'auteur d’un livre sur
l’histoire et l’épistémologie de l’auto-expérimentation intitulé: Selbstexperimente (Fink, 2011) et
de nombreux articles en histoire des sciences du vivant.
BIBLIOGRAPHIE :
La fabrique du visage De la physiognomonie antique à la première
greffe avec un inédit de Duchenne de Boulogne, sous la direction de
François Delaporte, Emmanuel Fournier et Bernard Devauchelle,
Turnhaout, Belgique, 1910, Brepols, 350 pages.
Delaporte, François, Figures de la médecine, préface par
Emmanuel Fournier, Paris, Les Edition du Cerf, 2009, 185 pages.
Gilman, Sander L., Making the Body Beautiful A Cultural History of
Aesthetic Surgery, Princeton University Press, 1999, 396 pages.
Moulin, Anne-Marie, Le dernier langage de la médecine. Histoire de
l’immunologie de Pasteur au Sida, Paris, PUF, 1991, 447 pages.
Orlan, Flammarion, Paris, 2004, 264 pages.
Santoni-Rugiu P., P. J. Sykes, A History of Plastic Surgery,
Springer-Verlag, Berlin, 2007, 395 pages.
Tilney Nicholas L., Transplant From Myth to Reality, Yale
University Press, 2003, 320 pages.
Avec
le soutien
de l'Institut Faire Faces,
de l’Université de Picardie Jules Verne
et d’Amiens Métropole
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