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" Page mise à jour le 25 août 2008 "
DU JEUDI 14 AOÛT (19 H) AU JEUDI 21 AOÛT
(14 H) 2008
LES UNIVERSITÉS POPULAIRES, HIER ET AUJOURDHUI
DIRECTION : Gérard POULOUIN
ARGUMENT :
Ces dernières années, notamment après
la création en 2002 de l’Université
populaire de Caen, on s’est interrogé, dans la presse
généraliste et dans des revues spécialisées,
sur l’engouement évident, dans l’espace
français, pour les expériences de ce genre.
Sous des noms variés, celles-ci accueillent plusieurs
centaines de milliers d’adultes désireux d’enrichir
leurs connaissances. Nées dans le contexte de
l'affaire Dreyfus à la fin du XIXème siècle,
elles ont une histoire en France. D’autres pays européens
en ont eux aussi vu naître, certains même avant
la France. Elles sont présentes au-delà de l'Europe.
Les universités populaires d’aujourd’hui ont-elles
quelques rapports avec celles d’hier?
Ce colloque aura deux volets: d’une part, des éclairages
historiques sur les universités populaires,
en France et ailleurs; d’autre part, quelques présentations
des activités fort diverses qui sont
aujourd'hui proposées sous cette appellation.
On s’efforcera de faire le point sur une pratique
sociale, on s’interrogera sur ses modalités
et sa pertinence, sur ce qui est en jeu dans les démarches
et les procédures mises en œuvre par leurs initiateurs.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 14 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre,
du colloque et des participants
Vendredi 15 août
Matin:
Gérard POULOUIN:
Université populaire, université critique
Séverine AUFFRET:
Les femmes dans les premières universités
populaires en France
Après-midi:
Alexandre
DORNA: Quelques traces des universités populaires
dans le monde hispano-américain
Eric EYDOUX: Les universités
populaires en Scandinavie
Philippe BOUQUET: Les Hautes
Ecoles Populaires suédoises dans le roman
prolétarien
Samedi 16 août
Matin:
Dominique BUSSILLET: Universités
populaires au Portugal et au Brésil
Evelyne BLOCH-DANO: Georges Deherme
ou l'invention de l'université populaire
Après-midi:
DÉTENTE: Granville,
musée Christian Dior, Exposition "Barbey d'Aurevilly
et le dandysme"
Soirée:
Christophe
PRÉMAT: La genèse des universités
populaires en France (texte présenté
par Gérard POULOUIN)
Dimanche 17 août
Matin:
Michel NIQUEUX: Les universités
populaires en Russie: l'exemple de l'Université
Chaniavski de Moscou (1908-1918)
Gérard
FOUCHER: Les universités populaires
dans les pays anglo-saxons
Après-midi:
Brigitte KALBERMATTEN
& Valérie MICHELET-JACQUOD: Les universités
populaires en Suisse
Joackim REBECCA & Yann CORMONT: Projet d'une UP à
Valenciennes
Soirée:
Edith HEURGON (avec le
concours de François CHAUBET): Paul Desjardins, l'Union
pour l'Action Morale et les universités populaires
Lundi 18 août
Matin:
Seyni MOUMOUNI:
L'université populaire de Niamey: un modèle africain
de partage des savoirs
Michel ONFRAY: Ce que n'est
pas l'université populaire...
Après-midi:
Walter BONOMO: L'UP de Saint-Brieuc,
une UP toute récente
Philippe
CORCUFF: Enjeux des universités populaires,
entre les Lumières d'hier et les défis d'aujourd'hui
Mardi 19 août
Matin:
Paule ORSONI: Comment est
née l'université populaire d'Arras (texte
présenté par Dominique BERNARD)
Tanguy WUILLÈME:
L'université populaire de Lyon (1899-2008): enseignements
et engagements
Après-midi:
DÉTENTE
Soirée:
Projection d'un documentaire
d'Olivier L. Brunet: "Le plaisir d'exister, Michel Onfray et
les Universités populaires", puis discussion
Mercredi 20 août
Matin:
Francis DANVERS: L'Université
populaire de Lille ou l'originalité d'un modèle provincial
Denis RAMBAUD: Des universités populaires
sur un territoire
Après-midi:
Geneviève TARDIEU:
L'université populaire Quart Monde
Boris PETROFF: Une université
populaire spécifique: l'université populaire de
l'eau et du développement durable du Val de Marne
Jeudi 21 août
Matin:
Gérard WORMSER:
Universités populaires, diffusion des savoirs
et débat public: l'espace des revues à l'âge
d'internet
Gérard POULOUIN:
Conclusions
Discussion générale
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Séverine AUFFRET: Les
femmes dans les premières universités
populaires en France
Les femmes, si longtemps
privées, en France, d’accès à l’Université,
furent les premières bénéficiaires
de l’ouverture des universités populaires. Non seulement
elles les investirent en nombre en tant qu’auditrices actives,
mais plusieurs d’entre elles y eurent un rôle, moins
connu, de conférencières-enseignantes et de
fondatrices, parfois en amont historique de la date de 1899 attribuée,
en France, à l’apparition des universités
populaires. Leur investissement dans ces universités populaires
se situe structurellement aux confins de quatre dynamiques:
les luttes féministes, les luttes pour le partage des
savoirs, les luttes sociales et le combat pour la laïcité.
Nous explorerons leurs premières tentatives, leurs réussites
et leurs éventuels échecs, en tout cas leurs enjeux
et leurs difficultés.
Evelyne BLOCH-DANO: Georges Deherme
ou l'invention de l'université populaire
Qui était Georges
Deherme (Paris, 1867- Bruxelles, 1937), "l’inventeur"
des universités populaires? Sculpteur sur bois
puis ouvrier typographe, cet autodidacte fut aussi un auteur
prolifique qui s’intéressa à des sujets très
divers. Nous tenterons de comprendre, en le replaçant
dans son époque, son itinéraire de l’anarchisme
au coopérativisme et aux Universités populaires,
avant son engagement final et total au service d’Auguste Comte
et du positivisme.
Walter BONOMO: L'UP de Saint-Brieuc,
une UP toute récente
L'université populaire de Saint-Brieuc est née en mars
2008. Sa spécificité tient pour une bonne part à sa
volonté d'expérimenter de nouvelles voies pour diffuser des
savoirs critiques, via les technologies de l'information et de la communication.
L'objectif de cette présentation consiste à rendre compte
de la situation de mise en œuvre en pointant les enjeux et les limites de
l'initiative. Au-delà du cas briochin, il s'agira de proposer des
pistes pour développer entre UP, une intelligence collective, propre
à servir le dessein critique et émancipateur esquissé
par Michel Onfray en 2002, à Caen.
Philippe BOUQUET: Les Hautes
Ecoles Populaires suédoises dans le roman prolétarien
Le conférencier se propose de montrer, citations
à l'appui, l'importance qu'a revêtue,
pour les romanciers prolétariens suédois,
cette institution typiquement nordique qu'est la Folkhögskola
(Haute Ecole Populaire). Ils sont pratiquement tous passés
par-là et ont témoigné, soit directement,
soit par personnages interposés dans leurs
œuvres, de l'influence qu'elle a eue sur eux pour leur formation
intellectuelle et morale, voire politique (et fut-ce, parfois,
a contrario). Ceci ne veut pourtant pas dire que le tableau
soit toujours et unanimement flatteur et laudatif. Les critiques
ne manquent pas et reflètent elles aussi la diversité
des personnalités qui ont illustré ce mouvement littéraire
unique au monde par sa qualité (deux de ses
membres, et non des moindes, ayant obtenu le prix Nobel de
Littérature). Leurs œuvres nous permettent donc
de nous faire une idée en relief de la nature de
cette institution et de sa place dans le monde culturel et
civique des pays du Nord.
Dominique BUSSILLET: Universités
populaires au Portugal et au Brésil
Au Portugal comme au Brésil,
partant d’un constat d’ignorance réciproque
entre intervenants et public cible, et donc de la nécessité
d’un apprentissage réciproque, principalement dans les domaines
des sciences sociales et des activités intellectuelles
et artistiques, les Universités populaires se proposent
de fournir des cadres analytiques et théoriques
de réflexion quant à la conduite de celles-ci. Elles
tentent, autour de trois pratiques fondamentales — pédagogie,
recherche-action, diffusion — de contrer l’offensive capitaliste
mondiale qui tend à injecter des fonds privés
dans les universités, officiellement pour les rendre
plus performantes, mais en fait pour avoir une main-d’œuvre
meilleur marché et plus consumériste.
Philippe
CORCUFF: Enjeux des universités populaires,
entre les Lumières d'hier et les défis d'aujourd'hui
On tentera de clarifier quelques-uns
des enjeux des nouvelles universités populaires
à l’aune d’une redéfinition des Lumières
du XVIIIème siècle ajustée aux défis
des sociétés contemporaines. Dans la pratique
même des universités populaires, il ne s’agit
ni d’éteindre les Lumières, au nom d’une dissolution
"post-moderne", ni de défendre un intégrisme de la
Raison en contradiction avec un certain esprit des Lumières,
mais de contribuer à dessiner des Lumières tamisées,
joyeusement mélancoliques et conscientes de leurs fragilités.
Références
Bibliographiques :
Corcuff Philippe, « Que
faire de nos héritages intellectuels? Les nouvelles
sociologies redéfinissent les Lumières »,
dans La société de verre – Pour une éthique
de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002.
Corcuff Philippe, « Vers
des Lumières tamisées – Contre des Lumières
aseptisées, contre des Lumières totales
», dans ContreTemps (éditions Textuel), n°17,
septembre 2006, dossier « Lumières, actualité d’un
esprit » (coordonné par Philippe Corcuff et Sophie Wahnich).
Corcuff Philippe, « L’alliance
conflictuelle de l’universitaire et du populaire »,
entretien avec Stéphane Le Lay, Agora – Débats/jeunesse
(revue trimestrielle de l’Institut National de la Jeunesse et
de l’Education Populaire), n°44, deuxième trimestre
2007 (mis en ligne sur http://ressourcesjeunesse.injep.fr/L-alliance-conflictuelle-de-l.html).
Francis DANVERS: L'Université
populaire de Lille ou l'originalité d'un modèle provincial
Plus que centenaire (107 ans), l’Université populaire
de Lille accueille le dimanche matin, plusieurs centaines
de participants pour des conférences de
prestige à l’auditorium du Nouveau Siècle et
le jeudi soir pour des rencontres-débats d’octobre
à avril.
- "Université" parce qu’ouverte sur tous les
thèmes de l’art, de la culture, des sciences
et techniques, de la médecine, du droit,
comme des questions de société ;
- "Populaire" parce qu’ouverte à tous, sans distinction
d’âge, de sexe, de condition sociale et économique
ou de diplôme ;
- "Lille" en plein cœur d’une agglomération
euro régionale, sans distinction de frontières.
L’université Populaire de Lille s’est identifiée
pendant 60 ans à la personnalité distinguée
de son refondateur, le bâtonnier Jean Lévy.
Aujourd’hui, c’est Jacquie Buffin qui est anime
un Conseil d’administration profondément
renouvelé qui doit affronter un triple défi: la
prérennité d’une œuvre d’éducation permanente
confrontée à la multiplicité concurrentielle
des offres de formation de qualité au sein de l’Agglomération
lilloise ; l’élargissement de son public trop
souvent confondu avec une "université du troisième
du troisième âge" ; le renouvellement
des générations aux prises de responsabilité
bénévole.
Il s’agira de questionner les origines de l’UPL, d’en
dégager sa dynamique interne et de mettre
en perspective quelques enjeux sur le plan institutionnel.
Référence Bibliographique
:
Danvers, F., 2003, 500 mots-clefs pour l’éducation
et la formation tout au long de la vie, 2ème
édition, Préface C. Wulf, Villeneuve
d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 701
p.
Alexandre DORNA: Quelques traces
des universités populaires dans le monde hispano-américain
A la fin du XIXème
les premières tentatives d’universités
populaires se concrétisent en Espagne, et dans quelques
pays d’Amérique latine, notamment au Chili, en
Argentine et au Mexique. Les courants anarchistes, puis marxistes,
sont les moteurs de ces expérimentations. Le mouvement
des universités populaires perdurera. En Amérique
latine les luttes pour la réforme universitaire qui
s’est développée dans les années 20
du siècle dernier à partir du manifeste de Cordoba
en Argentine ont influencé le mouvement des universités
populaires. Certaines figures intellectuelles (Ingenieros,
Ponce, Rodo, Vasconcelos, Latcham) joueront un rôle très
important dans la promotion des idées d’émancipation
politique et morale et la formation d’une pensée partagée
enracinée dans la culture hispano-américaine.
Eric EYDOUX: Les universités
populaires en Scandinavie
C'est au Danemark,
au milieu du XIXème siècle, qu'apparurent
les premières folkehöjskoler, littéralement
"Hautes écoles populaires". L'inspirateur
en était N.F.S. Grundtvig, un pasteur danois charismatique,
contemporain d'Andersen et Kierkegaard, qui entreprit de
prêcher un "christianisme joyeux" porté par
"le verbe vivant", dépourvu de tout fanatisme, conciliant
l'humain et le divin. S'inspirant de cette doctrine mais accordant
aussi une grande importance à l'éducation populaire
et aux aspects pratiques de l'existence, de nombreux établissements
virent le jour et se développèrent, essentiellement
en milieu rural. D'évidence, ils apportèrent
une contribution décisive à l'émancipation
d'une classe paysanne qui, quelques décennies plus
tard, sut faire valoir ses droits politiques et réussir
une spectaculaire mutation économique. Depuis, les folkehöjskole
ont essaimé dans l'ensemble de la Scandinavie mais elles
n'ont plus le même support idéologique et sont
essentiellement destinées à de jeunes adultes soucieux
d'élargir leur horizon intellectuel sans avoir à
se soucier de préparer un diplôme.
Gérard FOUCHER: Les universités
populaires dans les pays anglo-saxons
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne,
les universités populaires ressortissent à
la popular education. Myles Horton (1905-1990) et
Albert Mansbridge (1872-1952) en sont les pionniers respectifs.
Les deux furent inspirés par leur foi chrétienne.
Comme dans d'autres pays, ils se proposaient de donner aux
travailleurs comme au public peu instruit les moyens d'agir
sur leur condition par un enseignement appuyé sur l'expérience
de chacun et dispensé hors des institutions établies.
Leurs successeurs visent toujours l'émancipation guidée
par une pensée critique, empowerment. C'est
ainsi qu'en Grande-Bretagne, tout lieu ou situation favorisent la
prise de conscience qui doit conduire à davantage de démocratie
politique et économique. Aux Etats-Unis, on y ajoute l'auto-critique.
Elle doit distinguer la propagande de l'éducation populaire,
dont les moyens et le contenu précis restent matière
à débat.
Seyni MOUMOUNI:
L'université populaire de Niamey: un modèle africain
de partage des savoirs
La première version de l’Université ouverte
en terre africaine date de la fin du XVème siècle.
A cette époque, Tombouctou accueillait plus de vingt mille
étudiants d’horizons divers qui fréquentaient l’Université
de Sankoré. Les savants voyageurs y dispensaient bénévolement
leur savoir. L’Université populaire de Niamey a été
créée en 2006 par un groupe d’enseignants-chercheurs.
Elle s’inscrit dans la tradition africaine de transmission et de partage
du savoir. Les cours abordent toutes les disciplines, tous les domaines
du savoir, y compris les savoirs et savoir-faire traditionnels. Cette
Université populaire offre aux conférenciers issus du
monde universitaire et de la société civile (choisis en
fonction de leur capacité à transmettre un savoir inédit)
un espace d’échange et de partage du savoir. Elle garde du classique
arbre à palabre l’ouverture au public, l’usage et le développement
des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue come
moyen d’accéder au contenu.
Michel NIQUEUX: Les universités
populaires en Russie: l'exemple de l'Université
Chaniavski de Moscou (1908-1918)
Les premières tentatives d’élargir l’accès
de l’enseignement supérieur à ceux
qui en étaient exclus (en premier lieu les jeunes
filles) datent en Russie des années 1870 et
sont l’œuvre de "féministes". Mais c’est en 1908 que
fut ouverte à Moscou, à la suite de débats
houleux à la Douma (Parlement) une Université
municipale "populaire" (c’est-à-dire sans contrôle
étatique et sans restriction d’accès),
fondée grâce à une donation d’un général
à la retraite, A. Chaniavski (1837-1905), qui
avait fait fortune dans les mines d’or. Les rapports publiés
annuellement permettent de retracer précisément
l’histoire de sa fondation, les modalités de son
fonctionnement et de son administration, son financement
et son budget, les effectifs (3670 étudiants en 1913),
les programmes, le corps professoral, etc., avec des chiffres
à l’appui. Il s’agit là d’une des principales conquêtes
de la "société civile" russe d’avant-guerre. Fermée
par les bolcheviks en 1918, les universités populaires renaîtront
sous le nom d’universités ouvrières, maillons du
système soviétique de formation idéologique.
Références Bibliographiques
:
Leonid Heller, Michel Niqueux, Histoire de l’utopie
en Russie. PUF (« Écriture »),
1995, 296 p.
Sophie Kovalevskaïa, Une nihiliste. Traduction
et présentation par Michel Niqueux. Phébus,
2004, 176 p.
Michel Niqueux, Alexandre Dorna (dir.), Le peuple,
cœur de la nation? Images du peuple, visages du populisme
(XIXème-XXème siècle).
L’Harmattan (« Psychologie politique »),
2004, 248 p.
Michel ONFRAY: Ce que n'est pas
l'université populaire...
En France les premières
universités populaires ont vu le jour dans le
contexte de l’Affaire Dreyfus à la fin du XIXème
siècle. Georges Deherme, qui fut à l’origine
de cette initiative, reprenait le flambeau des Lumières
en vertu de quoi le savoir est un pouvoir. Dans cet ordre d’idées,
la culture sert à lutter contre toutes les formes d’obscurantisme.
Pour contrer ceux de notre époque postmoderne (parmi
beaucoup d’autres: le retour des religions, le tribalisme communautaire,
la pensée unique, la dictature de l’idéologie
libérale, la marchandisation de la culture), il fallait
retrouver le sens du projet des universités populaires.
Evitant le double piège de l’élitisme aristocratique
et du populisme marchand qui conduit à la double impasse
d’un savoir confisqué à des fins de reproduction
sociale institutionnelle ou d’une production intellectuelle
bas de gamme pour le marché, l’Université populaire
telle que je la conçois se propose de mettre à
disposition du plus grand nombre un savoir de qualité et
de compléter ce premier temps d’offre d’un savoir par un
second temps de discussion collective et communautaire de
celui-ci. Les intervenants sont bénévoles, le
public populaire, autrement dit issu de toutes les couches sociales.
Cette Université populaire se propose d’actualiser l’invitation
de Diderot qui écrivait: "Hâtons-nous de rendre
la philosophie populaire". Ce n’est pas une université parallèle,
et encore moins un café philosophique alternatif, mais
une forme de micro-résistance sur le principe formulé par
Foucault et Deleuze.
Paule ORSONI: Comment est née
l'université populaiure d'Arras
D'abord
est née l'Université de Caen sous l'impulsion
et la belle initiative de Michel Onfray. Ce geste
a fait écho, et nous avions retenu "l'essaimage"
pour condition de justification et de continuité
de ce geste inaugural. Nous avons, à Arras, pris
le relais pour nous adresser au plus large public et pour
répondre en même temps au désir de nous
faire plaisir et de faire plaisir par le partage du savoir,
d'un savoir critique. Mais ce fut en même temps un geste
politique s'inscrivant dans un contexte donné: la
réforme apportée se caractérisait par un
effet de capillarité micro-résistante. A défaut
de changer le monde..., commençons par nous changer nous-mêmes
et nous voilà embarqués dans cette belle aventure
sur laquelle nous convenons de réfléchir ensemble.
Boris
PETROFF: Une université populaire spécifique:
l'université populaire de l'eau et du
développement durable du Val de Marne
Mon intervention sera structurée autour d'une triple
approche:
- pourquoi une université
sur le développement durable?
- pourquoi une université?
- pourquoi une université
populaire?
Sur chacun de ces points, après
avoir défini les objectifs du Conseil général
du Val de Marne, j'expliquerai en quoi, au bout de trois
années, ils ont été, ou non, atteints
et les dispositions qui sont envisagées en 2008-2009
pour la quatrième année.
Christophe
PRÉMAT: La genèse des universités
populaires en France
Les Universités populaires
ont été fondées en France à la fin
du 19ème siècle au moment de l’affaire
Dreyfus. L’objectif était de pouvoir donner
des outils et des lieux de réflexion à
des publics d’horizon social divers. Ces Universités
ont permis à la fois de créer des lieux de sociabilité
autour de l’accessibilité au savoir et de faire sortir les universitaires
de leur enceinte pour s’adresser à d’autres
publics. Il s’agissait de faire intervenir des savants
pour qu’ils éclairent le public sur une question
particulière tout en alternant avec des débats
de sociétés. Nous souhaiterions analyser
la genèse de ces universités populaires,
c’est-à-dire la manière dont elles ont été
instituées, leurs acteurs et les conditions qui ont permis
à ce type de structure de fleurir à Paris et en province.
A la lumière de ces expériences, il devient
essentiel de pouvoir définir un label d’Université
populaire selon des critères bien précis (gratuité
des enseignements, aucune formation diplômante) afin de pouvoir
juger l’ensemble des structures de ce type existant de
nos jours.
Références Bibliographiques
:
Cacérès Benigno, 1964, Histoire
de l’éducation populaire, Paris, éditions
du Seuil, 250p.
Fasseur Nicolas, 2005, "La rue Mouffetard, lieu d’ancrage
de pratiques d’éducation populaire?",
dans Mustafa Poyraz (dir.), Les interventions sociales
de proximité, Paris, éditions L’Harmattan,
pp. 30-38.
Lottin Alain (dir.), 2001, L’Université populaire
de Lille, Un siècle d’histoire 1900-2000,
éditions La Voix du Nord, Lille, 2001.
Mercier Lucien, 1986, Les Universités
Populaires: 1899-1914, éducation populaire et
mouvement ouvrier au début du siècle,
Paris, éditions ouvrières, 188p.
Mercier Lucien, "Universités Populaires",
dans Dictionnaire des Intellectuels français,
Paris, éditions du Seuil, 2002, pp. 1375-1378.
Onfray Michel, 2004, La communauté philosophique,
Manifeste pour l’Université populaire,
Paris, éditions Galilée, 137p.
Poujol Geneviève, 1981, L’éducation
populaire: histoires et pouvoirs, Paris, éditions
ouvrières, 225p.
Denis RAMBAUD:
Des universités populaires sur un territoire
La vitalité du réseau des Universités
Populaires en France tient à leurs diversités.
Chacune des 100 UP, accueillant ensemble plus de 100 000 participants
par an, est le fruit de la rencontre d'une demande et d'un contexte
local. En Alsace hier, dans toute la France aujourd'hui, elles partagent
les mêmes objectifs : la construction de soi par le savoir,
la capacité pour chacun de comprendre le monde qui l'entoure.
En se développant sur un territoire, au
plus près de chacun, elles participent au developpement
local et à l'aménagement du territoire. Populaires
parce qu'ouvertes à tous afin de donner accès à
des savoirs, elles se situent dans la tradition de l'Education populaire
et des premières UP nées de l'Affaire Dreyfus. En s'appuyant
sur les savoirs et les connaissances dont les gens sont porteurs, ellles
revendiquent les acquis de l'éducation des adultes. Elles veulent
être des lieux d'imagination, de formation, d'apprentissage
accessibles à tous, quel que soit son age ou son activité
professionnelle. Depuis leurs fondations, elles sont résolument
européennes car elles en sont un trait culturel commun.
Références Bibliographiques
:
Les UP, Charles Guieysses, Les Cahiers
de la Quinzaine, 1900/1901.
Les UP, Lucien Mercier, Editions Ouvrières,
1986.
Apprendre avec plaisir, l'Education des Adultes
en Défis, Denis Rambaud et Marc Jeannerat, Préface
de Geneviève Poujol, Chronique sociale, 1999.
Histoire de l'education populaire, Begnigno
Caceres, Seuil, 1964.
Une société sans Ecole,
Yvan Illich, Seuil 1971.
Le retour des UP, Genevieve Poujol, Injep,
1983.
Des universités presque populaires,
Clothilde Monteiro, Politis, Janvier 2006.
"Les UP", Catherine Halpern, Sciences Humaines,
Janvier 2006.
"Les Up en Alsace", Saisons d'Alsace, Ed.
Nuée bleue, 1991.
Sur le web:
- www.wniversitepopulaire.eu
- www.eaea.org
Autres ressources:
Musée social- Cedias, 5 rue Las Cases, Paris.
Geneviève TARDIEU:
L'université populaire Quart Monde
Fondée
en 1972 par Joseph Wrésinski, l’Université
Populaire Quart Monde est une des actions fondatrices
du mouvement. Dans la lignée des Universités
populaires, elle se démarque toutefois à
deux niveaux. Le public concerné est en premier
lieu les personnes qui vivent dans la grande pauvreté.
C’est par elles, et avec elles, que sont conçues
les sessions d’Université Populaire QM. Elle se démarque
également par une inversion de la relation d’enseignement
au profit d’une relation de conscientisation, de
formation et d’apprentissage dont les membres sont les acteurs.
Un savoir émancipatoire est élaboré
à partir de l’expérience des membres de l’Université
populaire QM dans les interactions entre ceux qui ont l’expérience
de la grande pauvreté et d’autres qui ne l’ont
pas, et avec l’invité: expert du thème abordé
pour chaque session. L’Université populaire QM a une dimension
citoyenne et promeut un mouvement social qui contribue
à l’élimination de la grande pauvreté.
Références Bibliographiques
:
Defraigne
Tardieu, Geneviève. L’université populaire
quart monde 2007 Education populaire: une actualité
en question. Agora Débats/ Jeunesse INJEP n°44
2eme trim. 2007.
Defraigne
Tardieu, Geneviève. La construction
du savoir, levier de lutte contre la grande pauvreté,
enjeu pour la démocratie. 2005. Les
pratiques contemporaines de l’éducation populaire.
Pratiques de formation, Analyse. Université de Paris
8. n°49. 2005.
Defraigne
Tardieu, Geneviève. L’Université populaire
Quart Monde: la construction du savoir émancipatoire.
Thèse de doctorat en Sciences de l’Education.
Université de Paris 8 sous la direction du professeur René
Barbier. A paraître fin 2008.
De Gaulle
Anthonioz, Geneviève, Le secret de l'espérance,
livre de Poche.
Ferrand,
Françoise. 1996. Et vous, que pensez-vous?
L’Université Populaire Quart Monde. Editions
Quart Monde. 289 p.
Goupe
De Recherche Quart Monde Université.
1999. Quand le Quart Monde et l’Université
pensent ensemble. Editions de l’Atelier et Editions
Quart Monde 525 p.
Goupe
De Recherche Action-Formation Quart Monde Partenaire.
2002. Le croisement des pratiques. Quand le
Quart Monde et les professionnels se forment ensemble.
Editions Quart Monde. 228 p.
Wresinski,
Joseph. Refuser la misère, une pensée
politique née de l’action. Paris. Le
Cerf-Editions Quart Monde. 2007. 228 p.
Tanguy WUILLÈME: L'université
populaire de Lyon (1899-2008): enseignements et engagements
Notre
intervention s’intéressera à la naissance
et à la renaissance de l’Université populaire
de Lyon. Initiée en 1900, puis de nouveau
en 2003, il s’agit de comprendre ce qui a motivé,
à des moments historiques distincts, la mise en place
d’une telle innovation pédagogique. Le moment
1900 permet d’apprécier les conditions biographiques,
sociologiques, politiques et philosophiques qui président
à cette expérience d’enseignement censée
rapprocher les classes, ouvrières, intellectuelles,
entre elles. Le contexte de la république laïque,
de l’installation du radicalisme, de la question ouvrière,
le parcours de certains acteurs issus du monde de l’instruction
publique secondaire et supérieure, et la concurrence
avec la forte présence d’un enseignement religieux
(la Chronique sociale) permettent de comprendre le sens
de cette nouveauté pédagogique. Un siècle
plus tard, les circonstances et les acteurs ne se ressemblent
pas et pourtant des gestes inconscients se reproduisent (implantation
dans un quartier, parcours des intervenants, appel à
la municipalité, engagements politiques...), des objectifs
se rejoignent tout en faisant apparaître des nouveautés
considérables. L’idéale d’une nouvelle
communauté et d’une autre solidarité se dessine
que cette intervention aura pour tâche d’analyser.
Avec le soutien de l'Université de Caen Basse-Normandie,
de l'Université populaire de Caen
et du Conseil
régional de Basse-Normandie