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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2013 : un des colloques







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POÉTIQUES DE VIGNY

AUTEUR, CRÉATION, LECTEURS


DU VENDREDI 28 JUIN (19 H) AU VENDREDI 5 JUILLET (14 H) 2013

DIRECTION : Sylvain LEDDA, Lise SABOURIN

ARGUMENT :

Organisé pour célébrer le cent cinquantenaire de la mort d’Alfred de Vigny, grand créateur romantique, ce colloque explorera tous les genres qu’il a pratiqués, les motifs récurrents de sa poésie comme de ses romans, son théâtre et sa correspondance.

Vigny se livre en effet à un continuel dialogue esthétique entre les formes et les idées, en quête d’un absolu littéraire et humain qui se conjugue avec un regard sans illusions sur le siècle. Joaillier de la désespérance, ciseleur de vers pour "l’élite spirituelle restreinte", Vigny fait entendre une voix, qui passe souvent par une prédication toute subjective, ce qu’il nomme dans Les Destinées "L'ÉCRIT UNIVERSEL, parfois impérissable", pour la nécessaire transmission d’une Parole vers un Public. Ainsi les clichés beuviens cristallisés autour du poète enfermé dans "sa tour d’ivoire" se fissurent-ils à l’examen attentif de l’œuvre de ce prophète en quête d’une vérité (si déceptive soit-elle). Le pessimisme ou la défiance que Vigny met en scène à travers la figure de l’isolement du paria dévoilent à quel point le poète est aussi peintre de la vie moderne. C’est sous le double signe du labeur de Sisyphe et du renoncement lucide que sa carrière se déploie, qu’elle soit militaire ou littéraire. C’est aussi sous le sceau du paradoxe que sa réception s’est constituée dans l’histoire de la littérature, de sa mort jusqu’à nous.

Les contributeurs reviendront ainsi sur la place que l’artiste occupe dans le paysage littéraire français et européen, à la lumière des travaux actuels sur son œuvre et, plus généralement, sur le romantisme, abordant les questions de son statut auctorial dans la pratique des genres, de la spécificité de sa pensée, mais aussi étudiant son lyrisme, son regard sur les philosophies et les religions, son écoute de l’époque, sa culture et la réception de son œuvre en France et à l’étranger.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 28 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 29 juin
La poésie
Matin:
Sylvain LEDDA & Lise SABOURIN: Introduction
Hommage à André Jarry

Etienne KERN: Vigny et l'épopée

Après-midi:
Bérangère CHAUMONT: Effets de nuit dans la poésie de Vigny
Esther PINON: "Votre dernier soupir sera-t-il un blasphème?": force et faiblesse du blasphème dans la poésie de Vigny
Isabelle HAUTBOUT: La poétique à l’épreuve de la poésie


Dimanche 30 juin
Le théâtre
Matin:
Valentina PONZETTO: Vigny et le genre du proverbe
Barbara T. COOPER: C’est par là que passe l’intrigue: le rôle des portes dans La Maréchale d’Ancre de Vigny

Après-midi:
Odile KRAKOVITCH: Alfred de Vigny, ou l'académicien censuré pour ses œuvres de jeunesse
Amélie CALDERONE: La publication de Quitte pour la peur dans la Revue des Deux Mondes: théâtre-chaire ou théâtre d'élite?
Stéphane ARTHUR: La réception du théâtre de Vigny dans la presse: Chatterton, "enthousiasme de poète" ou drame véritable?

Soirée:
Lecture de Quitte pour la peur, par Sylvain LEDDA, avec Esther PINON, Valentina PONZETTO et Stéphane ARTHUR


Lundi 1er juillet
Matin:
Militaria
Anne-Sophie MOREL: Figures de la violence dans Servitude et grandeur militaires de Vigny
Marie-Hélène GIRARD: Images de soldats, Vigny et la culture visuelle de son temps

Après-midi:
DÉTENTE


Mardi 2 juillet
L'Histoire
Matin:
Sophie VANDEN ABEELE-MARCHAL: "La minute est aux enfers dans le cabinet de Lucifer": manuscrits, documents historiques et fabrique de l’histoire ou réflexions sur la naissance de l’historiographie moderne
Isabelle DURAND-LE GUERN: Vigny et le roman historique

Après-midi:
Anne BOQUEL-KERN: Vigny et la notion d’empire
Philippe ANTOINE: La correspondance de Vigny à l’écoute de la vie moderne (conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen)


Mercredi 3 juillet
Journalisme et critique
Matin:
Patrick BERTHIER: Y, 1831: Vigny journaliste
Sidonie LEMEUX-FRAITOT: Vigny critique d’art

Après-midi:
Michel BRIX: Vigny et la modernité littéraire
Janette McLEMAN-CARNIE: Vigny et le milieu littéraire anglais


Jeudi 4 juillet
Réception de l'œuvre
Matin:
Mariana PERISANU: Eminescu et Vigny - orfèvres de la pensée poétique
Aurélie FOGLIA-LOISELEUR: Le système Vigny: un cristal d'abstraction

Après-midi:
Fabienne BERCEGOL: "L'aîné de nous tous": l'éloge de Vigny par Barbey d'Aurevilly
Luc FRAISSE: L'émergence de Vigny à travers les premières années du Figaro


Vendredi 5 juillet
Matin:
Sylvain LEDDA & Lise SABOURIN: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Philippe ANTOINE: La correspondance de Vigny à l’écoute de la vie moderne
"Si je suis à Paris? Qui donc y serait si ce n’est moi? Oui, je suis à Paris, je suis Paris même je crois car il n’y a que moi qui y reste avec autant d’obstination". Telle est la réponse que Vigny adresse à Marie d’Agoult le 31 octobre 1843 après que cette dernière lui a fait part de son désir de le voir. Le propos n’a rien d’anodin, en ce qu’il va à l’encontre de l’image habituellement véhiculée et à vrai dire caricaturale d’un homme solitaire dont une partie de l’œuvre thématise la distance volontairement prise avec les agitations du siècle ou, pour employer une autre terminologie, de "la vie moderne". La lecture de la correspondance conduit en tout cas, on ne saurait s’en étonner, à fragiliser la posture (largement construite a posteriori) d’un poète en retrait. C’est de Paris dont il sera principalement question dans cette communication, non du "pivot de la France" ou de "l’axe du monde" (Paris, élévation), mais de cette ville où l’on fait "des cheminées à bascule de tôle" (à Bernard Michaud, le 17 avril 1843), où l’on risque d’être victime d’une attaque nocturne (à Marie d’Agoult, le 12 décembre 1844), où l’on trouve du charme au ruisseau de la rue Saint-Honoré (à Céline Chollet, le 9 septembre 1845)... De Paris, autant dire de Vigny lui-même.

Philippe Antoine, professeur de littérature française du XIXe siècle à l’Université Blaise Pascal depuis septembre 2010, a soutenu à l’Université de Bourgogne en 1995 une thèse consacrée aux récits de voyages de Chateaubriand (dont la version remaniée a paru chez Champion, 1997). Il a présenté à l’Université de Paris IV, en 2009, une habilitation à diriger des recherches: "Écritures de l’ailleurs à l’époque du romantisme". L’essai présenté en cette occasion, Quand le voyage devient promenade, à été publié aux Presses de l’Université de Paris-Sorbonne en 2011. Les travaux de Philippe Antoine portent essentiellement sur l’œuvre de Chateaubriand et le récit de voyage à l’époque du romantisme. Il contribue à l’édition des Œuvres complètes de Chateaubriand (Champion), est l’auteur d’une cinquantaine d’articles et a dirigé plusieurs ouvrages collectifs. On lui doit enfin un commentaire de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem ("Foliothèque", 2006).

Stéphane ARTHUR: La réception du théâtre de Vigny dans la presse: Chatterton, "enthousiasme de poète" ou drame véritable?
Si la presse a reconnu le profond succès rencontré auprès du public par les représentations de Chatterton en 1835, elle a adressé à Vigny de sévères griefs. Les uns touchent à la question de la portée morale de la pièce (que d’aucuns condamnent car ils y voient une apologie du suicide), comme l’a montré Sophie Marchal lorsqu’elle a mis en évidence la ""médiatisation" politique" du drame dans son bel article "Le poète, la presse et le pouvoir: l’accueil de Chatterton en 1835" (Bulletin de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny, n°24, 1995, p. 59-81). Les autres reproches concernent l’esthétique même de Chatterton, dont beaucoup  dénoncent le manque d’action; certains vont jusqu’à dénier le caractère dramatique de ce qu’ils estiment être avant tout une "belle et plaintive élégie" (L’Artiste).
La question mérite d’être posée: peut-on considérer Chatterton comme un simple "enthousiasme de poète" (Le Constitutionnel), au style remarquable mais inadapté à la scène? Comment expliquer en ce cas l’accueil très favorable que lui réserve le public? Enfin, est-ce une pièce aussi singulière que la presse le prétend? Cela incite à s’interroger sur la place du "Racine du romantisme" (Revue du théâtre) dans la bataille romantique - par rapport à Dumas et à Hugo, en particulier, mais aussi à Musset - en prenant comme pierre de touche la réception de Chatterton dans la presse, lors de la création du drame, mais aussi à l’occasion des reprises. L’originalité de cette pièce et la nature de la poétique de Vigny, fondée sur un dialogue entre les formes esthétiques, peuvent ainsi être mises en lumière.

Professeur agrégé enseignant en classes préparatoires au lycée Voltaire (Orléans), Stéphane Arthur a soutenu une thèse sur La Représentation du seizième siècle dans le théâtre romantique (1826-1842). Auteur d’une vingtaine d’articles sur le théâtre de la période romantique, l’écriture de l’Histoire et la poésie, il participe à l’édition des œuvres de Pixerécourt (dir. Roxane Martin, chez Garnier) et collabore à l’écriture d’articles pour le Dictionnaire Hugo (dir. Claude Millet et David Charles, à paraître chez Garnier).
Dernières publications
Postface du poème dramatique de Jean-Pierre Siméon Et ils me cloueront sur le bois (Les Solitaires intempestifs, 2013).
"D’Angelo, tyran de Padoue de Hugo à La Gioconda de Ponchielli: reprises et variations", article publié dans le programme de La Gioconda (Opéra Bastille, 2013).
Bibliographie
Sophie Marchal, "Le poète, la presse et le pouvoir: l’accueil de Chatterton en 1835", Bulletin de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny, n°24, 1995, p. 59-81.
Sylvain Ledda, "Chatterton: Harmonies poétiques et funèbres", Bulletin de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny, n°41, 2012, p. 19-26.


Fabienne BERCEGOL: "L'aîné de nous tous": l'éloge de Vigny par Barbey d'Aurevilly
Barbey d’Aurevilly a consacré à l’œuvre de Vigny de nombreuses études critiques qui rendent hommage à l’écrivain auquel il se plaît à reconnaître un rôle de précurseur dans la littérature du XIXe siècle. En dépit de leur dispersion se dégagent de ces articles des constantes en matière de pensée politique, religieuse et bien sûr d’esthétique littéraire dont il s’agira de faire la synthèse pour cerner les raisons de son admiration durable et, plus généralement, pour préciser les contours de la réception de cette œuvre à la fin du siècle. La lecture aurevillyenne est en effet particulièrement féconde, car à travers le cas de Vigny, est en jeu une conception du romantisme qu’il importe de définir au moment où cette poétique fait l’objet de réévaluations de plus en plus hostiles.

Ancienne élève de l’ENS (Ulm), Fabienne Bercegol est professeur de littérature française à l’Université Toulouse II. Spécialiste de la littérature de la première moitié du XIXe siècle, elle a consacré de nombreux travaux et éditions critiques à Chateaubriand, Senancour, Stendhal. Ses dernières publications comprennent un essai sur Chateaubriand: une poétique de la tentation (Classiques Garnier, 2009), un recueil collectif sur les Formes bibliques du roman au XIXe siècle (Classiques Garnier, 2011), et une édition critique en Livre de Poche de La Vie de Henry Brulard de Stendhal (à paraître).

Patrick BERTHIER: Y, 1831: Vigny journaliste
Connu comme poète (Poèmes antiques et modernes, 1828), comme romancier (Cinq-Mars, 1826) et comme dramaturge (Le More de Venise, 1829), Vigny est lié, autour de 1830, au milieu romantique dirigé par Victor Hugo. À la fois pour faire entendre sa voix dans le concert intellectuel de l’après-Juillet et pour promouvoir la carrière de l’actrice Marie Dorval, il envisage une série d’articles importants dont deux seulement, signés "Y.", furent publiés, et dans lesquels il développe un certain nombre de convictions et de préférences qu’il s’agira d’analyser en les recontextualisant avec autant de précision que possible dans son œuvre et dans son époque.

Patrick Berthier est professeur émérite de littérature française à l’Université de Nantes. Il travaille sur la presse littéraire à l’époque romantique et sur le théâtre de la première moitié du XIXe siècle, et dirige actuellement la première édition complète de la Critique théâtrale de Théophile Gautier (Champion, 4 vol. parus). Il a publié une édition annotée de Servitude et grandeur militaires de Vigny (Gallimard, "Folio", 1992).

Anne BOQUEL-KERN: Vigny et la notion d’empire
Deux empereurs occupent chez Vigny une place particulière: Julien l’Apostat dans Daphné et Napoléon dans Servitude et grandeur militaires - une figure antique, une figure moderne. Du premier, Vigny est allé jusqu’à dire: "Si la métempsychose existe, j’ai été cet homme"; on sait quelle relation ambiguë il entretient avec le second, objet d’une intense admiration avant d’être celui d’un rejet radical. Ces deux figures sont chez lui vectrices d’une réflexion sur la notion d’empire; contrairement à Victor Hugo, qui donne à ce mot une dimension spatiale autant que politique, Vigny s’attache surtout à sa valeur conceptuelle. Il y voit le lieu d’une alliance problématique entre puissance temporelle et puissance spirituelle; Julien face à son maître Libanius, Napoléon face au pape Pie VII sont tous deux confrontés à la question du pouvoir, à celle de sa nature comme à celle de ses limites. L’empire intéresse donc Vigny en tant que forme politique duelle, où se conjuguent les ressources de l’action et la puissance de l’Idée: nous aimerions montrer comment sa pensée articule données politiques, philosophiques et poétiques autour de cette notion.

Bibliographie
Paul Bénichou, "Poésie et religion", dans "Vigny", Les Mages romantiques, Gallimard, coll. "Quarto", 2004.
Georges Bonnefoy, Pensée religieuse et morale d’Alfred de Vigny, Hachette, 1946.
Maurice Descotes, La Légende de Napoléon et les écrivains du XIXème siècle, Minard, 1967.
Pierre Flottes, La Pensée politique et sociale d’Alfred de Vigny, les Belles Lettres, 1927.
Frank Laurent, Victor Hugo: espace et politique jusqu’à l’exil, Presses universitaire de Rennes, 2008.


Michel BRIX: Vigny et la modernité littéraire
Je me propose de reconstituer la chronologie de la relation Sainte-Beuve-Vigny, à travers l'abondante documentation qui est parvenue jusqu'à nous: correspondance, articles, recueils poétiques (ceux de Sainte-Beuve notamment, où la figure de Vigny est présente), journaux intimes, etc. Le cœur du dossier est bien sûr constitué par les articles que le critique a consacrés au poète d'Eloa: en 1826, sur Cinq-Mars; en 1835, à l'occasion de la publication de Servitude et grandeur militaires (ces deux articles sont repris dans les Portraits contemporains); en 1846, sur l'élection de Vigny à l'Académie française (repris dans les Portraits littéraires); en 1864 enfin, après la mort du poète (repris dans les Nouveaux lundis). Ces textes critiques, qui ont contribué à attacher plus d'un préjugé à l'œuvre de Vigny (ainsi le motif de la "tour d'ivoire"), vont dans le sens d'une sévérité toujours accrue, alors qu'à l'époque du Cénacle, les rapports entre les deux écrivains s'avéraient extrêmement cordiaux, voire franchement intimes. A l'exemple de l'amitié Sainte-Beuve-Hugo, l'amitié Sainte-Beuve-Vigny n'a pas résisté à l'épreuve de la critique. Dans le second cas comme dans le premier, les raisons du refroidissement apparaissent en effet essentiellement littéraires: c'est sur le rôle de l'écrivain et sur les grands traits de la révolution "romantique" en poésie que Sainte-Beuve se démarque de Vigny, non sans que celui-ci, ensuite, ne récuse les remarques du critique et la légitimité même de son discours. Cette relation, bien vite devenue tendue et houleuse, a-t-elle quelque chose à nous apprendre sur Vigny lui-même, mais aussi, plus généralement, sur le romantisme et sur la "situation" de la poésie dans le monde moderne?

Maître de recherches à l'Université de Namur (Belgique), Michel Brix est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages portant sur la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles. Il a notamment consacré des travaux à Nerval et à Sainte-Beuve.

Amélie CALDERONE: La publication de Quitte pour la peur dans la Revue des Deux Mondes: théâtre-chaire ou théâtre d'élite?
Dans une note du Journal d’un poète datée de fin 1832-début 1833, Alfred de Vigny affirme que Laurette ou le Cachet rouge est "destinée au dénouement d’un grand roman", et que "c’est un sacrifice fait à la Revue des deux mondes" [1]. Les mots employés par l’auteur - "grand roman", "sacrifice" - interpellent à double titre. Cette vision, qui implique une hiérarchisation des supports d’impression de l’œuvre littéraire, et place de fait le livre imprimé au sommet de la pyramide, s’oppose, d’une part, en tous points à la volonté du directeur de la célèbre revue. François Buloz en effet, consacre non seulement tout son temps, son énergie et sa santé à son journal, mais il cherche de plus à en faire un espace de publication à part entière, tout aussi glorieux que le livre. C’est ce que révèlent les fragments de sa correspondance avec Vigny qui nous sont parvenus. Il va sans dire que cette différence de vues quant au statut du périodique dans la publication et création littéraire pèsera sur toutes les œuvres fournies par Vigny à Revue.
Aussi est-il pertinent de s’interroger sur les rapports entre Vigny et la presse, à travers l’exemple plus particulier de l’utilisation conflictuelle que Vigny dramaturge fait de la Revue des Deux Mondes entre 1831 et 1835. Que peut signifier ce choix de Vigny d’y publier Quitte pour la peur le 1er juin 1833, mais d’offrir le seul support du livre à Chatterton ou à La Maréchale d’Ancre? L’esprit aristocrate de l’auteur semble réticent à ce nouveau support, alors même qu’il l’utilise à des desseins modernes: sous forme de lettre ouverte - cela sera par exemple le cas lorsqu’il sera accusé de prôner le suicide avec Chatterton -, ou encore lorsqu’il exige des excuses par voie de presse s’il se sent offensé - tel est le cas lorsque la Comédie-Française refuse Sylvia. L’étude des rapports contradictoires entre Vigny, François Buloz et le théâtre révèleront ainsi comment le support périodique a pu influer sur la production et les conceptions dramatiques de l’auteur.
[1] Alfred de Vigny, Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, "Pléiade", 1948, p. 976.

Amélie Calderone, agrégée de l’Université, fait son doctorat à l’Université Lyon 2, sous la direction d’Olivier Bara (UMR-LIRE). Sa recherche s’intitule: "Spectacles dans un fauteuil: le théâtre dans la presse au début de l’ère médiatique, 1829-1856". Elle collabore au projet ANR "Médias 19", porté par les Universités de Laval (Québec) et Paul Valéry (Montpellier 3), ayant pour objectif d’approfondir la recherche sur la culture médiatique du XIXe siècle.
Publications
"Petits arrangements entre époux. De la scène théâtrale à la scène médiatique: l’exemple de la publication de L’École des Journalistes dans La Presse de Girardin (1839)" (en ligne, sur la plateforme medias19.org).
La Parole. Platon, Marivaux, Verlaine, Préparation CPGE scientifiques, Atlande, "Clefs concours - Français-Philo", 2012 (rédaction de la partie consacrée à Marivaux).
Éditions critiques
Delphine de Girardin, L’École des Journalistes (à paraître en ligne en 2013, sur medias19.org).
Revues de fin d’année de 1836: M. de Courcy, L’Année 1836 sur la sellette; Brazier et Gabriel, Le Diable à Paris; Clairville et Delatour, 1836 dans la Lune (à paraître en ligne en 2013, sur medias19.org).
Communications prévues
"Savinien Lapointe: un dramaturge populaire?", dans le cadre des journées d'étude conclusives consacrées aux "théâtres populaires en France avant le TNP", organisées par Olivier Bara, et qui se déroulement à Lyon les 31 janvier et 1er février 2013.
"La Revue des Deux Mondes, laboratoire de l’écriture dramatique. L’exemple de Prosper Mérimée", dans le cadre du colloque "Théâtres en liberté. Genres nouveaux, scènes alternatives, du XVIIIe au XXe siècles", qui se tiendra à l'Université de Genève les 31 mai et 1er juin 2013.


Bérangère CHAUMONT: Effets de nuit dans la poésie de Vigny
Des Poèmes antiques et modernes aux Destinées, la scénographie poétique d'Alfred de Vigny est majoritairement nocturne, ce qui n'est pas sans étonner par la nature même de la nuit ; noire, silencieuse, en un mot, irreprésentable. Avec sa génération romantique, Vigny s'attache à écrire et décrire cette nuit insondable. Dès lors, habiter la nuit en poète, c'est animer et illuminer une toile sombre, pour la rendre visible, lisible, dicible; c'est déployer des effets de nuit, des effets de couleurs, d'ombres et de lumière dans ses mots, pour toucher le nocturne essentiel, fait de mystères et de magie. Cette communication sera l'occasion d'aborder le côté "obscur" de la poétique d'Alfred de Vigny, ordonnateur de ténèbres, mais aussi peintre, chantre et démiurge d'un nocturne lumineux, ré-enchanté.

Bérangère Chaumont est allocataire-monitrice à l'Université de Nantes où elle prépare une thèse sous la direction de Sylvain Ledda portant sur la représentation de la fête de nuit en littérature romantique. Au sujet de l'œuvre d'Alfred de Vigny, elle a publié un article dans le Bulletin de l'Association des amis de l'auteur de 2012: "Subversion politique de la fête de nuit dans l'œuvre d'Alfred de Vigny. Essai sur un imaginaire de la fête à l'envers". Elle a aussi présenté une conférence intitulée ""Faire retentir la nuit": Le lieu et le moment nocturnes dans l'œuvre d'Alfred de Vigny", devant le bureau de l'A.A.A. en mars 2012.

Barbara T. COOPER: C’est par là que passe l’intrigue: le rôle des portes dans La Maréchale d’Ancre de Vigny
Notre communication examinera des pièces de Vigny à partir de la définition de la théâtralité donnée par Roland Barthes: "Qu'est-ce que le théâtre? Une espèce de machine cybernétique [une machine à émettre des messages, à communiquer]. Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu'on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier, qu'ils sont simultanés et cependant de rythme différent; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, du costume, de l'éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c'est le cas du décor) pendant que d'autres tournent (la parole, les gestes); on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela la théâtralité: une épaisseur de signes" (Roland Barthes, "Littérature et signification", Essais critiques, Seuil/Points, 1981 (1963), p. 258).

Barbara T. Cooper, professeur émérite de littérature française à l’Université du New Hampshire (USA), travaille notamment sur le théâtre français de la première moitié du XIXe siècle (Dumas, Musset, Pixerécourt et d’autres dramaturges moins bien connus) et s’intéresse à la représentation de l’esclavage et des personnages africains ou antillais dans les pièces du XIXe siècle.
Publications
"L’autre théâtre romantique", numéro spécial de la Revue d’Histoire du Théâtre (Olivier Bara et Barbara T. Cooper, dirs.).
"Sélico ou les Nègres généreux", in Théâtre complet de René-Charles Guilbert de Pixerécourt, t. 1 (Roxane Martin, dir.; Classiques-Garnier).
Le Tremblement de terre de la Martinique, de Charles Lafont et Charles Desnoyer (L’Harmattan).


Isabelle DURAND-LE GUERN: Vigny et le roman historique
Il s’agit, à partir de l’exemple de Cinq-Mars, de réfléchir à la théorie et à la pratique du roman historique qui est celle de Vigny, et notamment dans la perspective de son rapport à l’héritage scottien. On travaillera notamment autour de la question des personnages historiques et des choix esthétiques liés à la représentation de l’histoire. Comment se situe Vigny dans la tradition naissante du roman historique instaurée par Scott et Hugo? Quelle conception de l’histoire sous-tend la réalisation romanesque? On abordera ainsi le roman historique de Vigny comme un exemple de conception romantique de l’histoire et du roman. En partant des analyses proposées par Lukacs dans Le roman historique, on s’interrogera sur l’interprétation de l’histoire que propose Vigny dans son roman historique: comment l’"Idée" vient-elle ordonner le chaos des événements, en fonction d’une lecture idéologique et morale de l’évolution historique?

Isabelle Durand-Le Guern est maître de conférences HDR en littérature comparée à l’Université de Bretagne Sud (Lorient).
Publications
Le Moyen Age des romantiques, PUR, 2001.
Images du Moyen Age, dir., PUR, 2007.
Le roman historique, Colin, coll. "128", 2008
Charlemagne, empereur et mythe d’Occident, en collaboration avec Bernard Ribémont, Klincksieck, 2009.
Le roman de la Révolution. L’Ecriture des révolutions de Victor Hugo à George Orwell, PUR, 2012.
Ainsi que des articles en relation avec ces différentes problématiques.


Luc FRAISSE: L'émergence de Vigny à travers les premières années du Figaro
Le Figaro commence à paraître à peu près au moment où Alfred de Vigny développe son œuvre poétique et dramatique. Aussi ses mentions dans le quotidien permettent-elles de voir se développer, par étapes, l'image que l'écrivain donne à son public français, et notamment parisien au XIXe siècle. Cette image, comme on peut le penser, ne cesse de se diversifier au fil du siècle. Les considérations polémiques ou anecdotiques s'enrichissent d'une réflexion esthétique rendue intéressante par ses prétextes et ses contextes imprévus. Se pose, à travers ce cas significatif, le problème plus général du rôle actif et non superficiel de la grande presse dans l'élaboration d'une gloire littéraire, et dans l'inscription progressive des grands écrivains au patrimoine national.

Professeur de littérature française à l'Université de Strasbourg, Luc Fraisse a consacré ses travaux aux méthodes de l'histoire littéraire (Les Fondement de l'histoire littéraire, Champion, 2002), au roman de Jean Potocki (Potocki et l'imaginaire de la création, PUPS, 2006), mais pour l'essentiel à l'œœuvre de Marcel Proust. Le Processus de la création chez Marcel Proust et L'Œuvre cathédrale. Proust et l'architecture médiévale (Corti, 1988 et 1990) ont reçu le prix de l'Essai de l'Académie française. La petite musique du style. Proust et ses sources littéraires (Classiques Garnier, 2011) comprend un chapitre sur l'influence de Vigny.

Marie-Hélène GIRARD: Images de soldats, Vigny et la culture visuelle de son temps
La récurrence du parallèle entre l'écriture et les arts visuels dans Servitude et grandeur militaires encourage à poursuivre l’enquête de L. Chotard sur Vigny et les arts (1998) en replaçant les trois récits dans la culture figurative des années 1820-1830. Le "pauvre glorieux" qu’est devenu le soldat aux yeux de Vigny fait écho à l’émergence du guerrier blessé dans les représentations contemporaines de la vie militaire, de Géricault à Vernet, en passant par Gros ou Charlet. Les multiples références aux gladiateurs renvoient de même à la rémanence du Gladiateur blessé dans l’imaginaire collectif et, plus largement, à l’héritage néo-classique et à la résurgence du stoïcisme dont il fut l’occasion. Au-delà de l’enjeu formel de l’illustration ou de la transposition, l’étude de la référence artistique éclaire indirectement les ambitions à la fois éthiques et philosophiques de Vigny.

Marie-Hélène Girard, professeur émérite de Littérature comparée à l’Université de  Picardie et Visiting Professor à Yale University, est spécialiste des relations entre texte et image au XIXe siècle. Elle a collaboré à la traduction des Vies de Vasari (Berger-Levrault, 1981-1986), à l’édition de la Correspondance de Gautier (Droz, 1986-1991). Elle a édité de Théophile Gautier, Ecrits sur l’art, Anthologie des Salons (Séguier, 1994), Bonjour M. Corot (Séguier, 1996), Italia (La Boîte à Documents, 1997), Le Musée du Louvre (Citadelles et Mazenod, 2011) et Les Beaux-Arts en Europe (Champion, 2011). Elle a publié également des articles sur Denon, G. de Staël, A. Bertrand, Balzac, G. Sand ou les Goncourt, ainsi que des études sur le voyage en Italie, la réception de la Renaissance italienne dans le Romantisme français et la notion de patrimoine au XIXe siècle. Elle co-dirige l’édition complète des Salons de Gautier en cours de publication (8 volumes).

Isabelle HAUTBOUT: La poétique à l’épreuve de la poésie
Quand Vigny célèbre l’avènement du romantisme, dans son discours de réception à l’Académie française, il en souligne la diversité et la liberté, conformément à son mépris des "dogmes froids, forgés à l’atelier" (La Flûte, v. 83). Dans son œuvre, ce refus d’ériger ses choix littéraires en poétique normative se traduit de diverses façons, que nous nous proposons d’étudier. L’idéalisme cher au poète n’est ainsi défendu qu’au terme de débats qui en soulèvent les limites. À l’inverse, certains travers de la littérature de l’époque, comme l’effusion de sentiments et de sang, sont questionnés à travers leur présence dans la poésie même de Vigny. Bien plus, l’auteur n’hésite pas à mettre en cause, au sein de sa création, certains de ses principes fondamentaux: exemplarité du récit, vérité du type, force entraînante de l’émotion, valeur de la sentence... Ce faisant, il illustre peut-être sa plus haute ambition: celle d’être un authentique penseur, en perpétuel questionnement.

Professeur agrégée de lettres modernes, Isabelle Hautbout a soutenu en 2012, à l’Université d’Amiens, sous la direction de Marie-Françoise Melmoux Montaubin, une thèse intitulée: "Un prédicateur laïque. Didactisme et doute dans la création littéraire d’Alfred de Vigny". Désormais en charge de la publication du bulletin de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny, elle poursuit par ailleurs des recherches variées au sein du Centre d’Études du Roman et du Romanesque de l’Université de Picardie Jules Verne.

Odile KRAKOVITCH: Alfred de Vigny, ou l'académicien censuré pour ses œuvres de jeunesse
Vigny eut la chance de voir représentées ses trois œuvres théâtrales principales, La Maréchale d’Ancre, Quitte pour la peur et Chatterton, durant une période de liberté bénie, ces cinq années sans censure, qui débutèrent avec la Charte de 1830 pour se terminer avec les lois de septembre 1835. Les traductions de Shakespeare, en revanche, auxquelles Vigny travailla durant les deux dernières années de la Restauration, ne furent probablement pas épargnées par la censure. Nous n’avons cependant que peu de renseignements sur les réactions des "censeurs incurables", comme les appelait Vigny, face au More de Venise, joué à la Comédie-Française en 1829. Plus connues, en revanche, sont les difficultés que Vigny rencontra avec Le Marchand de Venise qu’il eut la mauvaise idée, en 1830, de proposer à un théâtre très populaire, l’Ambigu-Comique. Les trois principales pièces de Vigny, créées durant la période de liberté, ne connurent aucune difficulté: la censure n’était plus là pour empêcher la création de Chatterton, notamment, qui fut un triomphe. Il n’en fut pas de même pour les reprises. La Maréchale d’Ancre, en 1840, ne semble pas avoir eu d’ennui: la pièce éponyme de Lacroix avait auparavant subi tous les orages. Pour Quitte pour la peur, en revanche, l’interdiction fut en 1847 totale et immédiate. Mais heureusement quatre mois plus tard, en mars 1848, une nouvelle période de liberté de deux ans permit au Théâtre-Français de reprendre la pièce en toute tranquillité. Quant à Chatterton, le drame fut joué à nouveau en 1840, sans que la censure osa intervenir, tant le succès en janvier 1835 avait été immense, tant la diffusion en province et à l’étranger ôtait toute possibilité d’interdiction ou même de modifications. En 1857, en revanche, la censure impériale n’eut pas de scrupules et coupa la pièce en quatre endroits. Les goûts changeaient, les genres évoluaient, mais la censure restait fidèle à elle-même.

Odile Krakovitch, archiviste paléographe, conservateur général honoraire du patrimoine, docteur en histoire et docteur ès lettres, a travaillé pendant quarante ans aux Archives nationales.
Publications
Hugo censuré. La liberté du théâtre au XIXe siècle, Calmann-Lévy, 1985.
Les Femmes bagnardes, Olivier Orban, 1990 (réédité chez Perrin en 1992).
Les Imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier, Commission des travaux historiques de la ville de Paris, Paris-Musée, 2008, ainsi que des éditions de textes et de nombreux inventaires, dont Censure des répertoires des grands théâtres parisiens (1835-1906), inventaire des manuscrits des pièces et des procès-verbaux des censeurs, Paris, Archives nationales, 2003.
En préparation: La Plume et les ciseaux: censeurs et dramaturges au XIXe siècle; Les Femmes, la grande peur du XIXe siècle vue à travers le théâtre; Edition des procès-verbaux de censure des pièces de théâtre (1807-1906); Le Répertoire des cafés-concerts, de l’Empire libéral à la fin de l’"ordre moral" (1867-1875), avec Catherine Savev; Filles perdues, filles sauvées? La maison du Bon Pasteur à Paris à travers les carnets de sa présidente, la comtesse de Vignolles (1825-1879), avec Claire Dumas.


Sidonie LEMEUX-FRAITOT: Vigny critique d’art
L’intérêt profond d’Alfred de Vigny pour l’art et ses liens avec peintres et sculpteurs laissent penser qu’il a sacrifié au genre de la critique comme ses contemporains Baudelaire ou Théophile Gautier. Pourtant l’écrivain n’a guère publié d’articles sur les Salons, les ateliers ou les expositions de peinture qu’il visitait assidument. Une distance prise avec le public et le jugement porté sur autrui, exercice même de la critique, en est sans doute la meilleure explication. Ses écrits esthétiques, consignés pour la plupart dans son journal ou sa correspondance, constituent ainsi essentiellement une critique privée, adressée à un petit cercle d’amis. Pour être atypique, ce pan de l’œuvre de Vigny n’en est pas moins important: les réflexions, parfois lapidaires, résultent d’une attention soutenue et de jugements sûrs, longuement mûris; l’influence des opinions formulées sur les artistes est indiscutable. Ici, comme ailleurs chez Vigny, l’idée guide la plume, les mots cernent le monde avec sensibilité, la quête d’un idéal anime un lyrisme romantique.

Sidonie Lemeux-Fraitot est docteur en Histoire de l’art, spécialiste du peintre Anne-Louis Girodet-Trioson auquel elle a consacré sa thèse et de nombreux travaux; elle travaille désormais au catalogue raisonné de son œuvre. Chercheur indépendant, son champ d’étude s’élargit aux cercles littéraires des années 1780 à 1830 (dont ceux de Diderot et de Joseph Joubert). Secrétaire générale de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny, elle collabore régulièrement au bulletin de cette association.

Janette McLEMAN-CARNIE: Vigny et le milieu littéraire anglais
Cinq-Mars et Stello avaient déjà eu, en Grande Bretagne, un succès retentissant avant que Vigny n’y ait fait deux séjours, en 1836, et en 1838/1839, lui ouvrant ainsi toutes grandes les portes des salons londoniens lesquels témoignaient, à l’époque, d’un réseau très serré de gens haut placés. De l’autre côté de la Manche, gens de lettres, critiques littéraires, traducteurs, salonnières, hommes politiques contribuèrent tous au succès de l’œuvre de Vigny parfois méjugée de ses compatriotes. A travers les forums littéraires préférés de l’époque, comme par exemple la London & Westminster Review, L’Athenaeum, Blackwood’s Edinburgh Magazine, pour n’en citer que trois, on saisit la soif des "Anglais" de la Parole vignyenne. La question se pose: qu’est-ce qu’il y a de particulier dans la création de Vigny qui réussit à éveiller l’intérêt des intellectuels "anglais"?

Janette Mcleman-Carnie, née en Ecosse, a vécu vingt-deux ans au Canada, deux ans à New York et est domiciliée en France.
BA Hons, MA, University of British Columbia. PhD, NYU, New York University: thèse de doctorat, Dramatic Strategies in Alfred de Vigny’s Brief Epics.
Bibliographie
"Stello et le milieu littéraire londonien dans les années 1830", in Bulletin de l’association des amis d’Alfred de Vigny, n°42, 2013.
"Compléménts sur la famille Bunbury", in BAAAV, n°40, 2011.
"L’Affaire Bunbury, Acte I: sous la lumière de nouveaux documents", in BAAAV, n°39, 2010.
"Alfred de Vigny", in The Literary Encyclopedia (http://www.litencyc.com), fév. 2008.
"Alfred de Vigny", in The Encyclopedia of French-American Relations, ABC-CLIO, Oxford & Santa Barbara, California, juin 2005.
"Le Poète à la charrue: drame à faire, drame à abandonner", in BAAAV, n°32, 2003.
"Monologue: a Dramatic Strategy in Alfred de Vigny’s Rhetoric", in NCFS, vol. 26, 1998.


Anne-Sophie MOREL: Figures de la violence dans Servitude et grandeur militaires de Vigny
Notre contribution propose de s’interroger sur la représentation de la violence dans Servitude et grandeur militaires, et les significations ambivalentes qui lui sont attachées. La violence de l’histoire trouve à se dire sur le mode du morcellement et de la fragmentation. À la profusion, Vigny préfère la sobriété et l’économie stylistique, usant pour cela de relais symboliques. L’énergie naguère employée à combattre sur le champ de bataille est transférée dans l’écriture, où se déploient une rhétorique de l’indignation et des effets dramatiques reposant sur la concision. Entre servitude et grandeur héroïque, fascination et répulsion, la représentation se voit alors investie d’une charge idéologique mettant en question le héros et, plus largement, le sens de la guerre et de l’histoire. Esthétisée, sublimée, la violence devient enfin geste artistique et forme d’écriture.

Docteur en Langue et littérature françaises, Anne-Sophie Morel est professeur agrégé à l’Université de Franche-Comté. Elle consacre ses recherches à Chateaubriand et à l’écriture de la violence au XIXe siècle.
Principale publication
Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les Mémoires d’Outre-Tombe, Paris, Honoré Champion, collection "Romantisme et modernités", 2013.


Mariana PERISANU: Eminescu et Vigny - orfèvres de la pensée poétique
La réception de Vigny en Roumanie a eu moins d'éclat que celle de Hugo, Musset ou Lamartine. Les traductions de ses textes sont tardives: 1916 (Servitude et grandeur militaires), 1968 (Choix de vers), 1971 (Cinq-Mars), 1976 (Journal d'un poète), 1995 (La Maréchale d'ancre), 1997 (Chatterton). Le romantisme roumain épanoui plus tard a privilégié le côté militant lié à l'élan révolutionnaire de 1848, à l'aspiration vers l'unité (1859) et vers l'indépendance (1877). Le génie singulier qui a élevé la poésie roumaine à la hauteur des grands créateurs européens a été Mihail Eminescu (1850-1889). Sa sensibilité blessée par la vie et la médiocrité reste, comme celle de Vigny, pessimiste, digne et concentrée. Comme Moïse, Sarmi prie Dieu de lui "permettre l'entrée dans le repos éternel" (La Prière d'un Dace). L'étoile, la femme (ange et démon), le cor, Lucifer, le génie solitaire - autant de motifs communs. Leur approche de la religion comporte des nuances et celle de la nature reste divergente.

Bibliographie
Apostolescu, N.I., L'influence des romantiques français sur la poésie roumaine, Paris, Champion, 1909.
Calin, Vera, Rømantismul (Le Romantisme), Bucarest, Univers, 1970.
Drima, Ovidiu, Omul si poetal Alfred de Vigny (L'homme et le poète Alfred de Vigny), Bucarest, Ed. Tineretului, 1968.
Guillermou, Alain, La genèse interne des poésies d'Eminescu, Paris, Marcel Didier, 1963.
Vigny, Alfred de, "Journal d'un poète", in Œuvres complètes II, Paris, Gallimard, Pléïade, 1948.


Esther PINON: "Votre dernier soupir sera-t-il un blasphème?": force et faiblesse du blasphème dans la poésie de Vigny
Hantés par Satan et Caïn, les Romantiques connaissent le pouvoir fascinant et l’énergie du blasphème. Qu’en est-il chez Vigny? Le blasphème traduit-il la force de celui qui se révolte, ou la faiblesse de celui qui ne parvient pas à s’en tenir au silencieux dédain du "Mont des Oliviers"? Confrontée au silence de Dieu, la puissance poétique du blasphème pourrait bien se retourner en inutiles imprécations, et disperser en vain une parole elle-même tenue pour sacrée - au point que le véritable blasphème est peut-être moins l’insulte à Dieu que l’injure au poète.

ATER à l’Université de Bretagne-Sud, Esther Pinon est agrégée de Lettres modernes et docteur en littérature française. Elle a soutenu une thèse réalisée sous la direction de Patrick Berthier et intitulée "Musset et le sacré. Le mal du Ciel". Ses recherches portent sur la rhétorique religieuse et la représentation du sacré dans la littérature romantique, et elle participe également à l’édition du Théâtre complet de Musset, à paraître chez Honoré Champion.

Valentina PONZETTO: Vigny et le genre du proverbe
En 1833, Vigny écrit Quitte pour la peur, ou une nuit de l’ancienne Cour, proverbe en un acte destiné à mettre en valeur le talent de Marie Dorval et à compléter le programme d’une soirée au bénéfice de l’actrice. Le sujet en est scabreux, le ton insaisissable. Ainsi, tandis que la censure du XIXe siècle interdisait le pièce pour cause d’immoralité, la critique s’est souvent montrée déconcertée face à une œuvre apparemment excentrique dans le corpus du poète et difficilement classable, trop légère pour un drame, trop grinçante pour une comédie. Repenser la pièce dans la perspective de son appartenance au genre particulier du proverbe dramatique pourra aider à en saisir les enjeux, à en dévoiler les intentions profondes, et à jeter un jour nouveau sur la poétique de son auteur. Il conviendra notamment de s’interroger sur les raisons de ce choix générique à une époque où il passait pour suranné et mineur, sur les rapports de la pièce avec la tradition du proverbe léguée par le XVIIIe siècle et la Restauration, ainsi que sur sa participation au renouveau du genre vers le milieu du siècle, et enfin sur la place que cette "bagatelle" aux tréfonds de "satire philosophique" et de "question sociale" (Journal) occupe dans l’œuvre et la pensée de Vigny.

Valentina Ponzetto est chercheuse au Fonds National de la Recherche Suisse et collaboratrice scientifique à l’Université de Genève. Ses travaux portent sur Alfred de Musset (Musset ou la nostalgie libertine, Genève, Droz, 2007), George Sand, et plus en général sur l’héritage du XVIIIe siècle chez les écrivains romantiques. Elle est responsable d’un projet de recherche sur le genre du proverbe dramatique du XVIIe siècle à nos jours.

Avec le soutien
de l'AMO, Université de Nantes


Université de Nantes