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" Page mise à jour le 22 février 2010
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DU LUNDI 20 SEPTEMBRE (19 H) AU LUNDI 27 SEPTEMBRE (14 H) 2010



VILLES ET TERRITOIRES RÉVERSIBLES


DIRECTION : Franck SCHERRER, Martin VANIER

ARGUMENT :

Un des fondements de la pensée moderne quant à l’action collective fut, comme condition historique du progrès, de produire de l’irréversibilité. La ville du XXe siècle, sa société, ses mondes d’action collective, ont été profondément structurés, mais aussi profondément marqués, par ce goût démiurgique pour l’irréversible. On sait aujourd’hui ce qu’a permis de produire cette posture immodeste, mais aussi ce qu'il en a coûté, et continue d’en coûter.

On fait l’hypothèse que le nouveau fondement de la pensée post-moderne — ou hyper-moderne si l’on préfère échapper à ce débat — de l’action collective est dans la promotion du principe inverse: la réversibilité, comme nouvelle posture de la relation à un futur désormais largement désigné comme incertain. L’injonction au développement durable elle-même porte en germe une nouvelle utopie de la ville et du territoire réversible: comment agir de façon équitable sans avoir pour horizon la ville sans cesse inachevée afin de pas obérer les capacités des générations futures à conduire leur propre développement?

La ville réversible au sein de territoires et de réseaux qui le seraient tout autant, les uns comme les autres par leurs acteurs, leurs systèmes d’action, leurs mondes techniques, leurs univers de production matérielle et idéelle? De quoi peut-il bien s’agir? D'où une seconde hypothèse: la réversibilité qualifie, dans les sociétés développées, la relation que l'on construit avec le futur de la même manière que le patrimoine est devenu le filtre hégémonique de notre relation avec le passé.

Ce colloque résolument interdisciplinaire se donne pour objectif de répondre à ces questions en explorant la réversibilité dans le nouveau système de valeurs, dans les formes concrètes, techniques, organisationnelles de son avènement, dans les cultures professionnelles qui la fondent progressivement comme une nouvelle modalité structurante de nos rapports à un temps moins linéaire, et à un espace plus modulable.

Prioritairement destiné aux urbanistes et aux aménageurs, mais ouvert également à tous ceux, chercheurs, enseignants, étudiants, responsables de collectivités, que ces enjeux retiennent, ce colloque souhaite organiser une large rencontre sur la question de la réversibilité, telle qu’elle a déjà été abordée dans d’autres mondes, techniques ou culturels, que celui de la ville (en particulier celui de la production industrielle et du management de l’entreprise), et telle qu’elle a déjà cheminé, aussi bien dans les problématiques scientifiques (notamment les sciences de la matière et les sciences de l’univers) que dans la création artistique (notamment dans le Land Art ou les arts de la rue).

CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 20 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Etre(s) réversibles? A la découverte du sujet... (exploration collective)


Mardi 21 septembre

Matin:
Propos introductifs
Martin VANIER: Ouverture
Franck SCHERRER: Janus plus que Prométhée: ne pas laisser de traces, dernier orgueil de l’urbaniste

Signes avant-coureurs: Les villes rétrécissantes, projeter la décroissance
Sylvie FOL: Les villes rétrécissantes: projeter la décroissance. Regards internationaux
Marcus ZEPF: Rétrécir en Allemagne de l'Est: l'action collective entre déconstruction et valorisation

Après-midi:
Les trames réversibles, architectures territoriales de l’anticipation
Lauren ANDRES: L'éphémère, le temporaire et la veille comme enjeux d'une ville réversible et éminemment mutable
Philippe PANERAI: Eloge de la trame: de la centuriation romaine à la Land Ordinance de Jefferson

Soirée:
Cinéma


Mercredi 22 septembre
Matin:
Le projet urbain réversible, condition de la ville durable?
Nadia ARAB:
Projets urbains et temporalités de l'action
Frédéric DE CONINCK: La réversibilité de l'usage de l'espace par les entreprises, une mise en question de la durabilité sociale
Vincent FOUCHIER: La réversibilité urbaine: une nouvelle utopie?
François GRETHER: Les temps du projet urbain

Après-midi:
La réversibilité est-elle compatible avec la décision politique en matière de développement urbain et territorial?, table ronde entre des praticiens et des chercheurs animée par Philippe ESTÈBE, avec Laurent THÉRY, François LORFEUVRE et Dominique ROYOUX

Soirée:
Luc GWIAZDZINSKI: La réversibilité, approche sensible


Jeudi 23 septembre
Matin:
Alain BOURDIN: Réversibilité, abduction et paradigme des conséquences. Un enjeu pour penser la ville?

Synthèse à mi-parcours, par Franck SCHERRER et Martin VANIER

Après-midi:
Le Mont-St-Michel, où le retour orchestré à l’état d’île (Visite d’un site à la réversibilité débattue)

Soirée littéraire:
Lectures


Vendredi 24 septembre
Matin:
Qu’est-ce qui est vraiment irréversible?
Etienne KLEIN: Que veut dire réversible?
Dominique BOURG & Alain PAPAUX: Principe de précaution, logique indiciaire et irréversibilité

Après-midi:
Qu’est-ce qui est vraiment irréversible?
Yannick BARTHE: La réversibilité dans la gestion des déchets nucléaires: une nouvelle approche de la décision politique
Philippe DURANCE: Qu'est-ce qui est vraiment réversible?

Soirée:
Projection-Débat, par Philippe MOUILLON: S’inscrire dans la persistance rétinienne


Samedi 25 septembre
Matin:
Prévisibilités démographiques et labilité des pratiques sociales: vraies et fausses évidences à l’épreuve de la réversibilité
Vincent KAUFMANN: La motilité des villes
Monique ELEB: L'habitat: flexible, adaptable, réversible?

Après-midi:
Faire advenir le virtuel urbain: la médiation artistique
Philippe CHAUDOIR: Penser la ville fragile
Philippe CABANE: Actions non-territoriales
Maud LE FLOC'H: La ville à l'état gazeux


Dimanche 26 septembre
Matin:
La parole à la jeune recherche (synthèse finale)
Aurélie DELAGE
Benjamin PRADEL

Chloë VIDAL

Après-midi:
Conclusions


Lundi 27 septembre
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Lauren ANDRES: L'éphémère, le temporaire et la veille comme enjeux d'une ville réversible et éminemment mutable

Cette contribution part du postulat suivant: bien que les territoires urbains aient été construits et remodelés en fonction d’un mode de pensée fondé sur l’irréversibilité, la ville, historiquement, est intrinsèquement mutable et donc, par essence, réversible. Preuve en est l’existence de multiples délaissés, friches urbaines, trames et témoins d’usages et de fonctions désormais révolues car non adéquates. C’est donc au sein d’une contestation permanente entre une manière de concevoir l’espace, rigide et résistante au changement et une nécessité d’adapter et de modifier les trames urbaines héritées du passé que les territoires urbains du XXe ont évolué. Comment alors les villes du XXIe siècle, au nom d’un supposé (et utopique?) développement durable peuvent-elles renverser cette conception et, au contraire, considérer la réversibilité comme clé de leur développement future? Appréhender l’irréversible revient, à mon sens, à donner toute son importance à l’éphémère et au temporaire et, ce, durant des temps d’attente, de transition, dont font l’objet de multiples espaces et territoires urbains. Plus particulièrement, c’est au sein d’un temps d’entre-deux caractérisable de veille, qu’il est possible ponctuellement de puiser des manières de concevoir la ville réversible, flexible et permissive. En d’autres termes il s’agit de penser le temporaire comme forme d’action et d’intervention sur la ville et ce grâce à des usages et projets, artistiques et culturels en particulier, qui peuvent prendre place sur ces territoires. Préfigurés de manière singulière et ponctuelle par certains groupes d’acteurs (artistes en particulier), au travers d’univers de travail et de rapports à l’espace bien particulier, mis en œuvre ou repris en main par les acteurs décisionnaires, à des échelles plus vastes, les usages temporaires de l’espace tendent à se développer comme outils et alternatives au renouvellement des villes européennes. Formes, traductions, bonnes pratiques en quelques sorte de ces villes et territoires réversibles, ils tendent à attirer de plus en plus l’attention (dans les pays germaniques et le monde anglo-saxon en particulier) dans un contexte de crise où de nouveaux modèles de régénération et de renouvellement urbains sont désormais recherchés.

Philippe CABANE: Actions non-territoriales
L'espace public, essence de la vie urbaine, est menacé de multiples intérêts particuliers qui tendent fortement à se l'approprier. L'espace libre se change en espace de plus en plus contrôlé. Mais comment gérer un espace public sans qu'il soit "privatisé" par des interêts particuliers? Le projet associatif nt/Areal  (nt=non-territorial), situé sur une ancienne gare de marchandise à Bâle, prouve depuis 10 ans qu'il est possible de relancer un développement urbain par une simple gestion d'activités basées sur une culture du réversible. Celle-ci marque la condition principale d'un développement ouvert aux besoins imprévisibles du futur. Les principaux acteurs du projet nt/Areal ont développé une culture de l'éphémère en agissant en accord avec les réflexions critiques sur l'art public dans la tradition situationiste depuis Guy Debord. Ici, l'art agit dans l'espace public et renonce à une détermination monumentale du lieu. A travers différents exemples, il s'agira de développer une notion d'"action non-territoriale" comme type d'agir sur l'espace et de qualifier celle-ci comme une des principales conditions du développement urbain.

Vincent KAUFMANN:
La motilité des villes
Les conditions de déplacements ont transformé et transforment encore le monde. Depuis la seconde guerre mondiale, nous nous déplaçons en moyenne de plus en plus vite et de plus en plus loin, ce qui transforme profondément les expériences et les identités. L'extension massive des possibilités de déplacements à bas coût a également fortement marqué l'économie, contribuant à la globalisation et aux transformations des modes de production. Il n'est ainsi plus possible de penser les Etats nations comme des sociétés autonomes les unes vis-à-vis des autres, ni les villes et les territoires comme des espaces homogènes echässés dans des frontières nettes. En bref, les sociétés comme les villes occidentales s redéfinissent à travers la mobilité.
Qu'est-ce que cela signifie pour la ville, sa gouvernabilité et sa gouvernance? La communication propose d'explorer comment le phénomène urbain contemporain se déploie à partir de la capacité de mobilité de ses acteurs, leur motilité. En suivant cette veine, elle propose de considérer qu'une ville ou un territoire peut être saisi comme le produit d'un agencement spécifique de motilités.

Philippe MOUILLON: S’inscrire dans la persistance rétinienne

Si dans la ville classique européenne la statique des matériaux cristallisait une représentation du monde, la métropole contemporaine semble n’envisager léguer à la postérité que son empreinte carbone. En contrepoint à cette promesse d’incertitude, Philippe Mouillon et Maryvonne Arnaud développent de nouvelles procédures, de nouvelles mises en formes artistiques, qui dramatisent différemment l’espace public afin de saisir les particularités de l’époque. Ces œuvres, toujours d’échelle urbaine, engendrent un processus d’agitation, chahutant et oxygénant nos représentations les plus courantes du monde pour les relier à des formes antérieures ou en anticiper de nouvelles. Quelques installations réalisées à Sao Paulo, à Johannesburg, à Alger ou Sarajevo, seront ici commentées et mises en débat.

Références bibliographiques :

Façades imaginaires, 100 pages / français, anglais, 1990, Édition LABORATOIRE.
Humeur du monde, 128 pages / français, 1994, Épuisé, Édition REVUE NOIRE.
Légendes / Sarajevo, 216 pages / français, anglais, bosniaque, 1996, Édition LABORATOIRE.
Ce n'est pas par soif, 24 pages / français, 1995, Épuisé, Édition LABORATOIRE.
Arcos da lapa, 32 pages / français,   anglais, portugais, 1997, Édition LABORATOIRE.
Face to Face, 36 pages / français, anglais, zoulou, 2000, Édition LABORATOIRE.
Pacaembu, 64 pages / français, anglais, portugais, 1998, Édition LABORATOIRE.
Traversées, 38 pages / français, 2000, Édition LABORATOIRE.
Un passage dans la lumière, 172 pages / Français, anglais, arabe, 2003, Édition BEC EN L'AIR.
Dans le ventre d'Alger, DVD 10'30, 2003, Édition LABORATOIRE.
Tchétchénie (sur)exposée, 64 pages / français, 2005, Édition BEC EN L'AIR.
Vous êtes ici, local.contemporain 01 / 100 pages, 2004, Édition BEC EN L'AIR.
C'est dimanche !, local.contemporain 02 / 100 pages, 2005, Édition BEC EN L'AIR.
Ville invisible, local.contemporain 03 / 100 pages, 2007, Édition BEC EN L'AIR.
Le précaire, local.contemporain 04 / 80 pages, 2008, Édition BEC EN L'AIR.
Foules, local.contemporain 05 / 100 pages, 2010, Édition BEC EN L'AIR.



Avec le soutien du Conseil régional de Basse-Normandie



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