Plan du Site du Centre Culturel International de
Cerisy-La-Salle : cliquez
ici
" Page mise à jour le 21 mai 2012 "
DU JEUDI 16 AOÛT (19 H) AU JEUDI 23 AOÛT (14 H)
2012
LE MOMENT DU VIVANT
DIRECTION : Arnaud FRANÇOIS, Frédéric WORMS
ARGUMENT :
Le problème du vivant n'est
plus aujourd'hui un problème "local", il traverse et bouscule tous les
domaines de la connaissance et de l'action, depuis les fondements de
l'esprit (dans le cerveau) jusqu'à la préservation de la vie (dans
l'univers), en passant par le rapport de l'homme et de l'animal, le
soin et le pouvoir entre les vivants, l'expression de la vie qui fait
retour dans la littérature et dans l'art.
Mais rien ne serait plus trompeur que d'y voir une évidence réductrice:
comme s'il s'agissait seulement de réduire la pensée aux neurones,
l'histoire à la survie, tous les vivants à un seul modèle, l'éthique de
la "bioéthique" (ou la politique à la "biopolitique"), la littérature à
la biographie. Il y a là, au contraire, des tensions nouvelles, qui ne sont pas
extérieures au "vivant", mais qui le définissent:
entre la vie et la mort, entre l'homme et l'animal, entre le soin et
le pouvoir, entre l'écriture et la vie. C'est comme problème que
le vivant entre dans ces domaines, c'est à travers la diversité si
frappante des approches nouvelles qu'il suscite, que se constitue le moment philosophique (mais aussi
scientifique et historique) présent, comme moment du vivant.
Le but du présent colloque est donc d'explorer ce problème, ce domaine,
ces tensions, ces approches, c'est-à-dire non seulement de donner une
première carte de ce moment, mais de tenter de le parcourir et de le
penser, en acte. Il sera constitué d'étapes qui seront autant de
moments dans ce moment et occuperont chacune une journée, de la métaphysique à l'esthétique, en passant par la biologie, l'anthropologie, l'éthique et la
politique.
Ce ne seront pas seulement des exposés "sur" le vivant ou le moment
présent, comme sur un objet extérieur, mais des interventions engagées
chacune dans le problème du vivant, et constituant ce moment, par leurs relations et leurs tensions,
elles-mêmes.
CALENDRIER PROVISOIRE :
Jeudi 16 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Vendredi 17 août
Matin:
Ouverture
Frédéric WORMS: Le
moment
du vivant?
Alain PROCHIANTZ:
Qu'est-ce que le
vivant?
Après-midi:
Métaphysique
Pierre MONTEBELLO: Métaphysique
et anthropologie de la vie
Rocco RONCHI:
L'acte du vivant. La vie dans le miroir de la philosophie spéculative
(Aristote, Bergson, Gentile)
Johann
CHAPOUTOT: La "vie"
comme norme: la nouvelle normativité des nazis
Soirée:
Atelier
Jeunes Chercheurs "Philosophie contemporaine", avec Giusseppe BIANCO, Anne LEFEBVRE et Caterina ZANFI
Samedi 18 août
Biologie
Matin: (Centre d'Etude du Vivant,
Université Paris VII-Denis Diderot/Institut des Humanités)
Le
vivant et le temps
Marc LACHIEZE-REY:
Temps physique et temps biologique
Pierre-Henri GOUYON: Les
rythmes de l'évolution du vivant
Jean-Claude AMEISEN:
Vie, mort, devenir
Après-midi:
Didier SICARD: Le
temps, la mémoire, l'éthique
Arnaud
FRANÇOIS: La différence entre
santé et maladie. Modèles
Paul-Antoine
MIQUEL:
Le
concept de nature
Soirée:
Théâtre, avec Alain PROCHIANTZ et Jean-François PEYRET
Dimanche 19 août
Anthropologie
Matin:
Anne DEVARIEUX:
Phénoménologie
de la vie et du vivant. La vie ou l'"archi-référence"
Anne
GLÉONEC: Pour une autre approche de la biopolitique: une
refonte phénoménologique de l’analogie du corps politique
Etienne
BIMBENET: L'homme et l'animal: quelle communauté?
Après-midi:
Frédéric KECK: Biopolitique des sentinelles
Paul DUMOUCHEL: La
catastrophe entre vie et justice
André
MICOUD: Le moment
écologique
Soirée
Atelier Regards
croisés: L'extrême Orient et le
vivant, avec Shin ABIKO,
Paul DUMOUCHEL et Jacques GIES
Lundi 20 août
Politique
Matin:
Florence
CAEYMAEX
&
Julien PIERON: Des politiques du vivant
aux politiques de la nature: concepts (I) et pratiques (II)
Roland
SCHAER: Répondre du vivant
Après-midi:
DÉTENTE
Mardi 21 août
Ethique (ETHOS)
Matin:
Lazare BENAROYO: Vie,
médecine,
responsabilité
Alain KAUFMANN: Le vivant
et le
social
Eduardo
DEI CAS:
Ethique de
la recherche sur le vivant
Après-midi: (SIES)
Jean-Christophe
MINO:
La
vie à tout prix? Logique thérapeutique et invisibilisation de la
question de la mort au grand âge
Nathalie
ZACCAÏ-REYNERS:
La vie de l’image comme médiation. Une
lecture de Marion Milner
Soirée:
Cinéma,
avec Nathalie
ZACCAÏ-REYNERS
Mercredi 22 août
Esthétique
Matin:
Jean-Marie SCHAEFFER: La
littérature, l'homme et le vivant
Anne SIMON:
Sur le vif:
mondes et rythmes animaux dans la littérature contemporaine de langue
française
Antonia SOULEZ: Le langage et
la vie
Après-midi:
Marielle MACÉ: Le style du
vivant
Claire MARIN: Ecrire le
corps ou Les corps vivants dans la littérature contemporaine
Soirée:
Concert/spectacle, par Emmanuel LASCOUX
Jeudi 23 août
Matin:
Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Etienne BIMBENET: L'homme et
l'animal: quelle communauté?
C’est un fait d’époque: notre sensibilité à l’égard des animaux
s’affine, tendant à les intégrer toujours plus étroitement au cercle de
la considération morale. Les défenseurs de la "libération animale" (P.
Singer) ou du "droit des animaux" (T. Regan) entendent fonder cette
intégration sur l’exhibition de capacités mentales communes aux hommes
et aux animaux, comme la sensibilité (sentience)
ou le fait d’être "sujet d’une vie". Une telle stratégie s’appuie,
corrélativement, sur la révocation d’un propre de l’homme réputé
cautionner notre maltraitance ancestrale de l’animal. Est-ce la bonne
manière de faire? On tentera de défendre ici une
approche différente, assumant une forme d’anthropocentrisme dont on
montrera qu’il est constitutif de notre rapport à l’animal. Bien loin
de
nous pousser à renier le propre de l’homme, le respect de l’animal
commence au contraire par une considération sérieuse de ce propre. Ce
n’est pas seulement qu’un respect de vérité commence par la
connaissance précise de ce que sont et l’homme et l’animal; c’est en
outre que l’attachement de l’homme à lui-même et à ce qu’il s’attache
représente en réalité le seul fondement possible d’une communauté
sincère.
Ancien élève de l’École Normale Supérieure, Étienne Bimbenet
est actuellement maître de conférences à l’Université Jean Moulin–Lyon
III, où il enseigne la philosophie contemporaine et la phénoménologie.
Il est membre des Archives Husserl de Paris; il co-dirige avec Bruce
Bégout la collection "Matière étrangère", aux éditions Vri ; il fait
partie du comité de direction de la revue de phénoménologie Alter. Il travaille sur
Merleau-Ponty, mais aussi sur la question de notre origine
animale et sur la possibilité d’une anthropologie d’un point de vue
phénoménologique.
Il est l’auteur de Nature et
Humanité. Le problème anthropologique dans l’œuvre de Merleau-Ponty
(Vrin, 2004); de Après
Merleau-Ponty. Études sur la fécondité d’une pensée (Vrin,
septembre 2011); et de L’Animal que
je ne suis plus (Gallimard, octobre 2011).
Florence CAEYMAEX & Julien
PIERON: Des politiques du vivant
aux politiques de la nature: concepts (I) et pratiques (II)
Dire que la question de la vie n’est plus seulement un problème "local"
(d’ordre moral ou scientifique par exemple), mais traverse tous les
domaines de la connaissance et de l’action paraît donner un crédit
renouvelé à l’hypothèse biopolitique formulée par Foucault en 1976,
selon laquelle l’un des modes contemporains d’exercice du pouvoir passe
par la puissance de "faire vivre et laisser mourir". Au-delà de sa
reformulation comme concept historico-critique chez Agamben et
Esposito, la notion de biopolitique
fait aujourd’hui l’objet, dans le champ des sciences sociales, d’un
usage qui tend à souligner l’existence d’une "multiplicité des
politiques de la vie" (Vailly, Niewöhner & Kehr, 2011). Cet usage
renoue implicitement ou explicitement avec l’idée foucaldienne que
l’enjeu de l’hypothèse biopolitique n’est pas tant la vie elle-même,
tenue pour un "donné", que la modalité
d’analyse du pouvoir, pour laquelle l’objet
du pouvoir est d’abord une entité qui prend consistance — ou se
construit — par des technologies,
des agencements de discours et de pratiques. Pour aborder ces
technologies, certaines de ces études sont amenées à croiser deux
perspectives: une perspective généalogique et une perspective
ethnographique, dont Foucault et Latour ont respectivement fourni les
modèles. C’est à partir d’une comparaison de ces deux démarches,
parfois rangées sous l’étiquette de "constructivisme", qu’il s’agira
d’interroger, en deux temps, la pertinence théorique et pratique de
ce croisement pour une analyse des "biopolitiques".
Florence Caeymaex est philosophe, chercheur qualifié du
F.R.S.-FNRS à l’Université de Liège, co-directrice du projet
ARC/fructis "Contemporary politics of
nature" et membre du Comité consultatif de bioéthique de
Belgique. Spécialiste de Bergson et de Sartre, elle travaille sur les
rapports entre vie, normes et politique (en coll. avec J. Pieron).
Publications récentes
"Vie et praxis: le statut de l’organisme dans la Critique de la Raison dialectique",
dans La nature vivante in Bulletin d’analyse phénoménologique,
Volume 6 (2010), N°2 [http://popups.ulg.ac.be/bap/sommaire.php?id=348] ;
"Le concept de biopolitique est-il un concept critique?", dans Medicalizzazione, sorveglianza e
biopolitica. A partire da Michel Foucault (a cura di Natascia
Mattucci, Gianluca Vagnarelli), Milano-Udine, Mimesis filosofie, 2012,
p. 13-29 ;
"La société sortie des mains de la nature. Nature et biologie dans Les
deux sources", dans Annales
Bergsoniennes V, Bergson et la politique: de Jaurès à aujourd’hui,
coll. "Epiméthée", PUF, 2012, p. 311-333.
Julien Pieron est philosophe, maître de conférences à l’Université de
Liège et coordinateur scientifique du projet ARC/fructis "Contemporary politics of nature".
Auteur d’un ouvrage sur Heidegger, de recherches sur l’épistémologie
historique française et actuellement sur l’ethnographie de B. Latour,
il travaille sur les rapports entre vie, normes et politique (en coll.
avec F. Caeymaex).
Publications récentes
"De l’analytique existentiale à la zoologie privative: le
problème de
la différence anthropologique et l’amorce du "tournant"", Alter, n°17, 2009, p. 195-212 ;
La nature vivante in Bulletin d'Analyse Phénoménologique,
Volume 6 (2010), N°2
[http://popups.ulg.ac.be/bap/sommaire.php?id=348] ;
"Le concept de "biopolitique" est-il pertinent pour penser les
nouvelles stratégies de prévention du VIH/sida?", in N. Mattucci &
G. Vagnarelli (éd.), Medicalizzazione,
sorveglianza e biopolitica, Mimesis Edizioni, 2012 ;
F. Caeymaex & J. Pieron, "Enjeux politiques et critiques d’une
philosophie des normes", à paraître aux PUF dans un volume sur les Usages de Foucault dirigé par G. Le
Blanc.
Eduardo DEI CAS:
Ethique de
la recherche sur le vivant
L'expression "le vivant", difficilement traduisible, se trouve au
centre de l'univers de la pensée biologique et substantialise la pensée
bioéthique en tant que domaine de l'éthique philosophique. La pratique
directe des recherches sur le vivant dans une perspective émergentiste
(Sève, 2005), associée à une critique ontologique de la réduction en
tant que stratégie épistémique prédominante, nous ont conduit à
subsumer la bioéthique dans le champ de la biophilosophie (Mahner et
Bunge, 1997; Boury et al, 2005). Cela nous a mené, notamment, à
explorer les rapports complexes, mais bien réels, entre l'épistémologie
de la biologie et la bioéthique. Notre hypothèse postule que les
stratégies d'analyse à l'œuvre dans la recherche biologique ont une
influence marquante sur les pratiques et sur l'éthique clinique
(Dei-Cas, 2010). Une véritable éthique du vivant habite en fait les
pratiques de recherche et participe substantiellement, d'après notre
propre expérience, à son potentiel créatif (Boury et Dei-Cas, 2008). En
participant directement au dévoilement créateur des dimensions cachées
du vivant, une telle éthique devient une poiesis, une sorte d'"habitation
poétique" du vivant, une po-éthique
(Andriot-Saillant, 2008). Une vraie éthique du vivant coévolue, se
nourrit de, et en même temps, alimente en permanence une pensée
biologique qui participe à l'enchantement du monde. Elle suppose, au
moins implicitement, une continuité entre la bioéthique clinique
conventionnelle, les philosophies de la prévention (le cas emblématique
d'une zoonose, la toxoplasmose congénitale, sera analysé dans cette
intervention) et une bioéthique anthropologique, élargie aux autres
communautés biologiques peuplant la biosphère (Larrère et Larrère,
2009; Dei-Cas et al, 2010).
Eduardo Dei-Cas, docteur en Médecine et en Sciences
Biologiques, maître de Conférences-Praticien hospitalier hors classe au
CHRU, à la Faculté de Médecine de Lille, développe ses recherches à
l'Institut Pasteur de la même ville. Spécialisé depuis plus de 30 ans
en Parasitologie et Mycologie médicales, il est l'auteur d'environ 300
publications, la plupart dans des journaux scientifiques internationaux.
Publications récentes
Boury D, Dei-Cas E. 2008. "Current bioethical issues in parasitology". Parasite 15: 489-94.
Boury D, Deschamps C, Menozzi F, Raze D, Vandenbunder B, de Bouvet A,
Dei-Cas E. 2005. "Recherche biomédicale: le débat autour des notions de
réduction et d’émergence". Ann Biol
Clin 63: 573-9.
Dei-Cas E. 2010. "Ethique du vivant et épistémologie de la biologie". Ethique et Santé 7: 24-30.
Dei-Cas E, Aliouat CM, Certad G, Creusy C, Guyot K. "Infectious forms
of parasites in food: man embedded in ecosystems". In: "Detection of
Bacteria, Viruses, Parasites and Fungi", M. Viola-Magni (ed.), NATO Series Science for Peace,
Springer, Berlin, 2010, pp 299-32.
Kaneshiro E, Dei-Cas E. 2009. "The 10th International Workshops on
Opportunistic Protists (IWOP-10)". Eukaryotic
Cell 8: 426-8.
Anne DEVARIEUX: Phénoménologie
de la vie et du vivant. La vie ou l'"archi-référence"
La phénoménologie "historique" depuis Husserl fait référence à la vie,
fait signe vers elle, et cela de façon équivoque, comme vers un fond,
un arrière-plan, ou un commencement qui gouverne nos vies
individuelles. Par la prééminence et la supériorité qu’on lui accorde
(contre quoi? La connaissance théorique abstraite? La mort? Le monde?
L’achèvement, la fin?), elle renvoie à une logique de l’excès de la
chose dont on parle, que mime parfois le discours jusque dans son
vocabulaire: archi-référent et archi-référée, la vie est
"l’archi-fait". Comment cet Ultime fondement, son "omniréalité" (au
cœur de nos vies et de nos discours) se laisse-t-il saisir? Si la
référence est commencement, et "l’archi-référence" (M. Henry)
commencement d’un commencement, comment s’y réfère-t-on sinon
nécessairement de manière circulaire? Quel accès à la vie sinon dans la
vie, ou par le vivant que nous sommes? Si, comme nous y invite le titre
de ce colloque, moment du vivant il y a, un tel moment ne peut pas
désigner un point (qui serait plus qu’un instant) dans une histoire,
mais plutôt le produit d’une puissance (comme en mécanique), un
mouvement ou une impulsion, mais aussi ses vicissitudes. Le moment du vivant est tout à la
fois pour le vivant le poids de sa vie, la cause de son mouvement, de
son écoulement, mais aussi son essentiel changement, sa variation.
C’est par conséquent autour du concept de mouvement que nous
l’interrogerons, à travers notamment les phénoménologies de la vie de
Michel Henry et de Renaud Barbaras.
Arnaud FRANÇOIS: La différence
entre
santé et maladie. Modèles
La présente conférence, qui se veut la présentation de résultats acquis
au cours d’une recherche de plusieurs années en philosophie de la
médecine et de la biologie, discerne, au sein de l’histoire des
conceptions de la maladie, deux modèles principaux, l’un selon lequel
la maladie est un "vouloir-mourir" interne à l’organisme et au
psychisme, l’autre selon lequel elle se ramène à un moyen de
reconquérir la santé. Elle cherche, sur ce socle, à présenter une
conception de la maladie pour notre temps, puisque celle-ci ne saurait
accepter ni la négativité pure (et en définitive inconcevable) qui lui
est prêtée par la première conception, ni l’optimisme imperturbable de
la seconde, indifférente à la finitude qu’elle manifeste.
Anne
GLÉONEC: Pour une autre approche de la biopolitique: une refonte
phénoménologique de l’analogie du corps politique
Notre intervention tentera – sur le sol d’une refonte phénoménologique
de l’analogie entre le corps et le corps politique – une confrontation critique entre les ententes
patočkiennes et merleau-pontiennes de la corporéité et la théorie de la
bio-politique ouverte par M. Foucault. Le but étant de dévoiler ici
dans quelle mesure il est possible de comprendre ensemble que le pouvoir en ses
ordres construit le corps, le
sexe, et les rapports de genre, mais qu’il sourd lui-même en la
diversité de ses possibles – d’où l’infatigable histoire des analogies
du corps politique – d’un vécu
corporel qui est le lieu d’une proto-formation de l’imaginaire social,
où s’ancrent les rapports intersubjectifsh; de comprendre donc qu’il y
a pleine circularité entre
corps et pouvoir.
André MICOUD: Le moment
écologique
Le "moment écologique" est une expression qui veut désigner les temps
que nous vivons en tant qu’ils marquent la fin des temps modernes dès
lors que l’on considère que ceux-ci "ont fait leur temps" (aux deux
sens de l’expression) et que le temps qu’ils ont fabriqué n’est plus
de mise. Avec ce moment s’annonce donc un nouveau régime de temporalité
même si l’on ne sait pas encore le nommer. Pourtant, à partir de
l’analyse des expressions apparues depuis trois ou quatre décennies et
qui présentent toute la particularité remarquable de faire référence à
la fois à la durée et à la vie (générations futures, ressources
renouvelables, développement durable, biodiversité...), on proposera
d’énoncer ce que pourraient être les caractéristiques de ces temps qui
viennent.
André Micoud est sociologue, directeur de recherche honoraire
au CNRS.
Il a publié nombre d’articles sur le thème du vivant:
"Prendre
en compte le temps du vivant", in Développement
durable et participation publique (Gendron C. et Vaillancourt
J-G. éds), Les Presses de l’Université de Montréal, 2003;
"Comment, en
sociologues, rendre compte de l’émergence de la notion de
biodiversité?", in Les
biodiversités. Objets, théories, pratiques (Eds. Pascal Marty,
Franck-Dominique Vivien, Jacques Lepart, Raphaël Larrère), Editions du
CNRS, 2005;
"Les OGM, des objets vivants construits?", in Gilbert Simondon, une pensée opérative,
Presses de l’Université de Saint-Etienne (J. Roux éd.), 2002.
Jean-Christophe MINO:
La
vie à tout prix? Logique thérapeutique et invisibilisation de la
question de la mort au grand âge
Aujourd'hui, le développement des technologies médicales et des moyens
thérapeutiques bouleverse les soins aux personnes très âgées. Notre
propos cherchera à expliciter la logique de l'intervention médicale
auprès de ces personnes. On verra alors que la valeur de "la vie à tout
prix" et la routinisation des ressources techniques peuvent aboutir à
rendre obsolète et faire disparaitre la question de la fin de vie, même
lorsque les patients sont très âgés et très malades. Cet exemple
montrera que ce n'est pas seulement le tabou, mais aussi l'invisibilité
qui caractérise le rapport à la mort dans les pratiques de soin.
Médecin chercheur spécialiste de santé publique, directeur du
Centre National de Ressources Soin Palliatif et membre de
l'Observatoire National de la Fin de Vie, JC Mino étudie les enjeux
pratiques, éthiques et organisationnels des soins en fin de vie en
France.
Il est l'auteur de "Les mots des derniers soins", Les Belles
Lettres, 2008 (prix d'éthique médicale Maurice Rapin) et a co-dirigé
l'ouvrage "La philosophie du soin", PUF, 2010.
Paul-Antoine MIQUEL:
Le
concept de nature
L’objectif
de cette intervention est de revenir sur un vieux problème
philosophique, celui de l’existence du monde matériel. Comment
sommes-nous avertis que les qualités physiques ne sont pas que de
simples
sensations psychiques? Cette information engage d’abord en effet une
rupture de corrélation:
il n’est plus question de comprendre le monde physique comme le
corrélat intentionnel de nos vécus de conscience. A la fois, il y a un
monde matériel, nous en sommes avertis et nous en avons une expérience,
et pourtant cette expérience n’est pas une expérience phénoménologique,
et ce n’est ni la conscience pure, ni même le Dasein qui peut l’inaugurer. Par
cette expérience, il n’y va plus en effet, au sujet du Dasein, dans son étant de son être,
mais il y va précisément de l’être du monde matériel dé-corrélé de
celui du Dasein. C’est le savant qui fait cette expérience,
l’expérience d’une rupture
théorique
avec l’expérience empirique. Cette expérience systémique n’a pas qu’une
simple portée épistémologique. Elle a une portée ontologique. C’est une
expérience duale qui engage, dans nos vécus de pensée, un dédoublement,
un mouvement de bascule entre le monde de la conscience et le monde
matériel. Nous allons nommer "Nature" ce mouvement. La deuxième
hypothèse que nous allons défendre, c’est que le savant ne
sait pas lire l’expérience qu’il fait. Il y a un engagement ontologique
de la science, mais ce n’est pas une métaphysique scientiste qui est en
mesure de réfléchir le concept de Nature. C’est une métaphysique
critique, capable de construire non seulement une vision du monde, mais
une vision de ce qui manque dans le discours de la science pour qu’elle
puisse comprendre l’incomplétude structurelle, la raison
insuffisante, du monde naturel.
Paul-Antoine Miquel est maître de Conférences HDR à
l’Université de Nice. Laboratoire
CEPERC, UMR CNRS, 6059, Université de Provence.
Rocco RONCHI: L'acte du vivant. La
vie dans le miroir de la philosophie spéculative
(Aristote, Bergson, Gentile)
Le mot "vie" est devenu, comme Ivan Illich le craignait, un véritable Plastikwört de la contemporanéité,
un mot "passe-partout" à l’usage illimité et absolument flou. Donc, de
quoi parle-t-on quand on parle de "vie"? Il faut distinguer
soigneusement entre vie et vivant. Il s’agit d’une distinction
essentielle sur le plan de la signification. Du point de vue
spéculatif,
il s’agit de la même distinction qui subsiste entre les deux sens
aristotéliciens de l’acte: acte comme energheia
et acte comme entelecheia.
Les historiens de la philosophie considèrent souvent ces deux sens
comme de véritables synonymes, mais le philosophe italien Giovanni
Gentile a montré qu’ils sont, en fait, irréductibles. On a, d’un côté,
l’acte comme activité en acte (energheia),
c’est-à-dire l’acte comme praxis
qui a sa finalité en elle-même, dans son "avoir lieu"; de l’autre,
l’acte comme acte abouti et parvenu à son accomplissement (ergon). La vie est alors comprise
abusivement selon le modèle de la poiesis:
il s’agirait de production. Mais une différence essentielle s’impose
entre l’acte et le fait, entre praxis
et exis, dirait Sartre.
L’acte-energheia est alors
l’actualité du faire (du se faire): l’energheia (ou bien: l’énergie) est de l’ordre de l’événement et non pas de l’essence.
La distinction gentilienne est la même qui anime la métaphysique
bergsonienne. Le devenir, en
tant que changement en acte,
n’est pas la même chose que le devenu,
il est irréductible à celui-là (même s’il y est toujours impliqué). Une
chose est le devenir qui est en
train de devenir, l’acte en
acte, autre chose est le devenu, le processus qui a atteint son
accomplissement, qui est achevé. Mon intervention vise donc à discuter
des conséquences épistémologiques et politiques de cette équivoque.
Né en 1957 à Forlì (Italie). Rocco Ronchi est professeur
ordinaire de Philosophie théorétique à l’Université de L’Aquila,
Faculté de Sciences de la Formation.
Il enseigne aussi la Philosophie
de la communication au CLEACC de l’Université "L. Bocconi" de Milano.
Derniers ouvrages parus
Filosofia
della comunicazione, Bollati Boringhieri, Torino 2008;
Filosofia teoretica. Un’introduzione,
Utet, Torino 2009;
Henri Bergson.
Una sintesi, Christian Marinotti Edizioni, Milano 2011,
Come fare. Per una resistenza filosofica,
Feltrinelli, Milano 2012.
Collaborateur du journal "Il manifesto" (page
culturelle).
Anne SIMON: Sur le vif:
mondes et rythmes animaux dans la littérature contemporaine de langue
française
Le moment du vivant est aussi le moment où la coupure
anthropozoologique est portée à son comble, à l’heure où les hommes
anéantissent un nombre croissant d’espèces sauvages, où les bêtes de
rente n’ont jamais autant souffert de leur transformation en produit de
consommation. D’Yves Bichet à Olivia Rosenthal, de Marie Darrieussecq à
Jean Rolin ou Maryline Desbiolles, la littérature contemporaine ne
cesse de se confronter à ce constat; pourtant, ces auteurs, comme
d’autres, tels Jacques Lacarrière, Jean-Pierre Otte ou Marie-Hélène
Lafon, tentent aussi, comme pour recoudre la déchirure, de rendre
compte de la vie des bêtes – de leurs mondes singuliers et de leurs
rythmes propres. On montrera que, pour le meilleur comme pour le pire,
le "versant animal" (J.-C. Bailly) se tient bien au cœur de ce qu’on a
tendance à assimiler à la plus humaine des activités, le langage
figural et ses métaphores vives.
Anne Simon est chargée de recherche au CNRS (CRAL), où elle
dirige le programme "Animots" (Agence nationale de la recherche).
Auteure de Proust ou le réel retrouvé
(rééd. Champion 2011), et, avec C. Détrez, de À leur corps défendant (Seuil,
2006), elle anime ou a animé les séminaires "Organismes",
"Mots/Animaux" et "L’animal entre sciences et littérature". Sur les
vivants humains et animaux, elle a co-édité Voyages intérieurs [http://www.ecritures-modernite.cnrs.fr/voyages.pdf]
(2004), Le Discours des organes [http://www.ecritures-modernite.cnrs.fr/discours.pdf]
(2006), Projections: des organes
hors du corps
[http://www.epistemocritique.org/spip.php?article69] (Épistémocritique, 2008), "Facing Animals/Face aux bêtes" (L’Esprit créateur, 2011) et
"Humain-Animal" (Contemporary French
and Francophone Studies, à paraître en 2012).
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS: La vie de
l’image comme médiation. Une lecture de Marion Milner
Dans son ouvrage, "On not being able to paint", Marion Milner explore,
à travers l’expérience de la peintre, le trajet que l’imagination se
doit d’accomplir avant d’être en mesure de soutenir la rencontre d’un
monde extérieur à soi, dans un rapport à la fois vivant et ouvert. Ce
faisant, elle interroge le travail qui sous-tend l’usage des médiations
culturelles "vivantes", dans ce qu’elles autorisent comme expériences
de soi, des autres et du monde. Nous rappellerons les éléments
saillants de cette approche avant d’en dégager certains enjeux
sociologiques, notamment en dialogue avec les analyses de Richard
Sennett.
Nathalie Zaccaï-Reyners est chercheure qualifiée du Fonds de
la Recherche Scientifique belge, rattachée à l’Institut de sociologie
de l’Université libre de Bruxelles. Ses travaux s’inscrivent dans le
domaine de l’épistémologie des sciences sociales (compréhension sociale
et scientifique, expérience vécue, expérience ludique et biographie,
fiction, typification, monde vécu) et dans celui d’une sociologie
morale des relations institutionnelles (relations asymétriques,
relations de soin, imagination morale, respect et sociabilité)
[http://homepages.ulb.ac.be/~nreyners].
BIBLIOGRAPHIE :
Ameisen, Jean-Claude, Dans la
lumière et les ombres. Darwin et
le bouleversement du monde, Paris, Seuil, coll. Points, 2011.
Ameisen, Jean-Claude, La sculpture
du vivant. Le suicide cellulaire ou la mort créatrice (1999),
Paris, Seuil, coll. Points, série Sciences, 2e éd. 2003.
Benaroyo, Lazare, Éthique et
responsabilité en médecine, Médecine & hygiène, coll.
Médecine société, 2006.
Bimbenet, Etienne, L’animal que je
ne suis plus. Philosophie et évolution, Paris, Gallimard, coll.
Folio, 2011.
Caeymaex, Florence, Sartre,
Merleau-Ponty, Bergson. Les phénoménologies existentialistes et leur
héritage bergsonien, Hildesheim, Olms, coll. Europaea Memoria,
2005.
Crépon, Marc, La culture de la peur,
Paris, Galilée, coll. La philosophie en effet, t. I : Démocratie, identité, sécurité,
2008 ; t. II : La guerre des
civilisations, 2010.
Devarieux, Anne, Maine de Biran :
l’individualité persévérante, Grenoble, Jérôme Millon, 2004.
François, Arnaud, Bergson,
Schopenhauer, Nietzsche. Volonté et réalité, Paris, PUF, coll.
Philosophie d’aujourd’hui, 2008.
Gléonec, Anne, L’enjeu d’une anthropologie philosophique, in Tumultes, n°32-33, Paris, Kimé,
novembre 2009.
Gléonec, Anne (avec Étienne Tassin), Anthropologie, anthropologie
politique, anthropologie philosophique: un dialogue, in L’homme et la société, URMIS
Université Paris 7, à paraître.
Keck, Frédéric, Un monde grippé,
Paris, Flammarion, coll. Essais, 2010.
Lefève, Céline (sous la direction de, avec Claude-Olivier Doron et
Alain-Charles Masquelet), Soin et
subjectivité, Paris, PUF, coll. Science, histoire &
société, 2010.
Marin, Claire, Hors de moi,
Paris, Allia, coll. Petite coll, 2008.
Marin, Claire, Violences de la
maladie, violence de la vie, Paris, Armand Colin, coll.
L’inspiration philosophique, 2008.
Mino, Jean-Christophe (avec Emmanuel Fournier), Les derniers mots du soin. La démarche
palliative dans la médecine contemporaine, Paris, Les Belles
Lettres, coll. Médecine et sciences humaines, 2008.
Miquel, Paul-Antoine, Le vital.
Aspects physiques, aspects métaphysiques, Paris, Kimé, coll.
Philosophie en cours, 2011.
Montebello, Pierre, Nature et
subjectivité, Grenoble, Jérôme Millon, coll. Krisis, 2007.
Peyret, Jean-François et Prochiantz, Alain, Les variations Darwin, Paris, Odile
Jacob, 2005.
Pierron, Jean-Philippe, Vulnérabilité.
Pour une philosophie du soin, Paris, PUF, coll. La nature
humaine, 2010.
Prochiantz, Alain (sous la direction de), Darwin : 200 ans, Odile Jacob,
coll. Sciences, 2010.
Prochiantz, Alain, Géométries du
vivant, Paris, Collège de France/Fayard, coll. Leçons
inaugurales, 2007.
Ronchi, Rocco, Teoria critica della
communicazione, Mondadori Bruno, coll. Campus, 2003.
Wolff, Francis, Notre humanité.
D’Aristote à l’homme neuronal, Paris, Fayard, coll. Histoire
de la pensée, 2010.
Worms, Frédéric, Bergson ou les deux
sens de la vie, Paris, PUF, coll. "Quadrige", 2004.
Worms, Frédéric, La philosophie en
France au XXe siècle. Moments, Paris, Gallimard, coll. Folio,
2009.
Worms, Frédéric, Le moment du soin.
À quoi tenons-nous ?, Paris, PUF, coll. Éthique et philosophie
morale, 2010.
Worms, Frédéric (avec Lazare Benaroyo, Céline Lefève et Jean-Christophe
Mino), Philosophie du soin. Éthique,
médecine et société, Paris, PUF, 2010.
Zaccaï, Edwin, 25 ans de
développement durable, et après ?, Paris, PUF, coll.
Développement durable et innovation institutionnelle, 2011.
Zaccaï-Reyners, Nathalie (sous la direction de), Questions de respect. Enquête sur les
figures contemporaines du respect, Université de Bruxelles,
coll. Philosophie et société, 2011.
Avec
le soutien
du Centre international d'étude de la Philosophie française
contemporaine, ENS (Cirphles USR 3308 ENS/CNRS),
de l'Université Charles de
Gaulle-Lille III,
du Centre d'Etudes du Vivant
(Université Paris Diderot),
de la Chaire de Processus
Morphogénétiques (Collège de France),
du Centre de Recherches sur les Arts
et le Langage (CNRS/EHESS/ANR Animots),
d'ETHOS, Plate forme
interdisciplinaire d'Ethique (Université de Lausanne),
du Séminaire international d'études
sur le Soin (Centre Georges
Canguilhem, Ciepfc, Ethos, ULB, Lille III),
de l'Université Toulouse II-Le Mirail
(Master Erasmus Mundus
EuroPhilosophie; Master "Éthique de la décision
et gestion des risques relatifs au vivant"),
du Center on bioethics and
biopolitics (University of Warwick),
et de Ars vivendi (revue, Kyoto),
Global center for Living and Surviving
(Ritsumeikan University Kyôto, Japon)