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DU JEUDI 16 AOÛT (19 H) AU JEUDI 23 AOÛT
(14 H) 2012
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DIRECTION : Arnaud FRANÇOIS,
Frédéric WORMS
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ARGUMENT :
Le problème du vivant n'est plus aujourd'hui un problème "local", il
traverse et bouscule tous les domaines de la connaissance et de
l'action, depuis les fondements de l'esprit (dans le cerveau) jusqu'à
la préservation de la vie (dans l'univers), en passant par le rapport
de l'homme et de l'animal, le soin et le pouvoir entre les vivants,
l'expression de la vie qui fait retour dans la littérature et dans
l'art.
Mais rien ne serait plus trompeur que d'y voir une évidence réductrice:
comme s'il s'agissait seulement de réduire la pensée aux neurones,
l'histoire à la survie, tous les vivants à un seul modèle, l'éthique de
la "bioéthique" (ou la politique à la "biopolitique"), la littérature à
la biographie. Il y a là, au contraire, des tensions nouvelles, qui ne
sont pas extérieures au "vivant", mais qui le définissent: entre la vie et la
mort, entre l'homme et l'animal, entre le soin et le pouvoir, entre
l'écriture et la vie. C'est comme problème
que le vivant entre dans ces domaines, c'est à travers la diversité si
frappante des approches nouvelles qu'il suscite, que se constitue le moment philosophique (mais aussi
scientifique et historique) présent, comme moment du vivant.
Le but du présent colloque est donc d'explorer ce problème, ce domaine,
ces tensions, ces approches, c'est-à-dire non seulement de donner une
première carte de ce moment, mais de tenter de le parcourir et de le
penser, en acte. Il sera constitué d'étapes qui seront autant de
moments dans ce moment et occuperont chacune une journée, de la métaphysique à l'esthétique, en passant par la biologie, l'anthropologie, l'éthique et la politique. Ce ne seront pas
seulement des exposés "sur" le vivant ou le moment présent, comme sur
un objet extérieur, mais des interventions engagées chacune dans le
problème du vivant, et constituant
ce moment, par leurs relations
et leurs tensions, elles-mêmes.
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CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 16 août
Après-midi:
ACCUEIL DES
PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Vendredi 17 août
Matin:
Ouverture
Frédéric WORMS:
Le moment du vivant? (conférence
en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen)
Alain
PROCHIANTZ: Qu'est-ce que le vivant?
Après-midi:
Métaphysique
Pierre
MONTEBELLO: Métaphysique et anthropologie de la vie
Rocco RONCHI:
L'acte du vivant. La vie dans le miroir de la philosophie spéculative
(Aristote, Bergson, Gentile)
Johann
CHAPOUTOT: La "vie" comme norme: la nouvelle normativité des
nazis
Soirée
théâtrale:
Ex vivo / in
vitro de Jean-François PEYRET
et d'Alain PROCHIANTZ au
théâtre national de la Colline à Paris (projection DVD)
Samedi 18 août
Biologie
Matin:
(Centre d'Etude du Vivant, Université Paris VII-Denis Diderot/Institut
des Humanités)
Le vivant et
le temps
Marc
LACHIEZE-REY: Temps physique et temps biologique
Jean-Claude
AMEISEN: Vie, mort, devenir
Après-midi:
Didier SICARD:
La mémoire, le temps et l'éthique
Eduardo DEI
CAS: Les bases d’une éthique transphylétique. Incidences des
stratégies de recherche sur les représentations du vivant et de la santé
Paul-Antoine
MIQUEL: Le concept de nature
Soirée:
Atelier
Regards croisés: l'extrême Orient et le vivant, avec Shin ABIKO, Paul DUMOUCHEL et Jacques GIES
Dimanche 19
août
Anthropologie
Matin:
Anne DEVARIEUX:
Phénoménologie de la vie et du vivant. La vie ou l'"archi-référence"
Anne GLÉONEC:
Pour une autre approche de la biopolitique: une refonte
phénoménologique de l’analogie du corps politique
Etienne
BIMBENET: L'homme et l'animal: quelle communauté?
Après-midi:
Frédéric KECK:
Biopolitique des sentinelles
Paul DUMOUCHEL:
La catastrophe entre vie et justice
André MICOUD:
Le moment écologique
Soirée:
Atelier Jeunes
Chercheurs "Philosophie contemporaine", animé par Anne LEFEBVRE et Caterina ZANFI, avec Madalina GUZUN, Saki KOGURE, Arum LEE, Nathalie LUCAS, Kaja Jenssen RATHE et Stéphane ZYGART
Lundi 20 août
Matin:
Politique
Florence
CAEYMAEX & Julien PIERON: Des politiques du vivant aux
politiques de la nature: concepts (I) et pratiques (II)
Jae-Hyung JOO:
Comment parler de politique à partir de la vie?
Roland SCHAER:
Répondre du vivant
Après-midi:
DÉTENTE
Mardi 21 août
Ethique
Matin:
(ETHOS)
Alain KAUFMANN:
Le vivant et le social
Lazare
BENAROYO: Vie, médecine, responsabilité
Frédérique
BISIAUX: Le soin maternel à la lumière de l'ontologie de la
relation
Après-midi:
Arnaud
FRANÇOIS: La différence entre santé et maladie. Modèles
(SIES)
Jean-Christophe
MINO: La vie à tout prix? Logique thérapeutique et
invisibilisation de la question de la mort au grand âge
Nathalie
ZACCAÏ-REYNERS: La vie de l’image comme médiation. Une
lecture
de Marion Milner
Soirée:
Cinéma,
avec Nathalie ZACCAÏ-REYNERS
Mercredi 22
août
Esthétique
Matin:
Anne SIMON:
Hommes et bêtes à vif: trouble dans la domestication et littérature
contemporaine
Claire MARIN:
Se sentir vivant
Après-midi:
Antonia SOULEZ:
Le langage et la vie
Yvon INIZAN:
Ecrire la vie
Olivier GOULET:
Corps.EXT, expérimentation artistique du vivant
Soirée
musicale:
Récital "Lucrèce ou le chant des
possibles", par Emmanuel LASCOUX avec Guillaume DOUSSARD et Samuel LASCOUX
Jeudi 23 août
Matin:
Discussion
générale
Après-midi:
DÉPARTS
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RÉSUMÉS :
Etienne
BIMBENET: L'homme et l'animal: quelle communauté?
C’est un fait d’époque: notre sensibilité à l’égard des animaux
s’affine, tendant à les intégrer toujours plus étroitement au cercle de
la considération morale. Les défenseurs de la "libération animale" (P.
Singer) ou du "droit des animaux" (T. Regan) entendent fonder cette
intégration sur l’exhibition de capacités mentales communes aux hommes
et aux animaux, comme la sensibilité (sentience)
ou le fait d’être "sujet d’une vie". Une telle stratégie s’appuie,
corrélativement, sur la révocation d’un propre de l’homme réputé
cautionner notre maltraitance ancestrale de l’animal. Est-ce la bonne
manière de faire? On tentera de défendre ici une approche différente,
assumant une forme d’anthropocentrisme dont on montrera qu’il est
constitutif de notre rapport à l’animal. Bien loin de nous pousser à
renier le propre de l’homme, le respect de l’animal commence au
contraire par une considération sérieuse de ce propre. Ce n’est pas
seulement qu’un respect de vérité commence par la connaissance précise
de ce que sont et l’homme et l’animal; c’est en outre que l’attachement
de l’homme à lui-même et à ce qu’il s’attache représente en réalité le
seul fondement possible d’une communauté sincère.
Ancien élève de l’École Normale
Supérieure, Étienne Bimbenet est actuellement maître de conférences à
l’Université Jean Moulin–Lyon III, où il enseigne la philosophie
contemporaine et la phénoménologie. Il est membre des Archives Husserl
de Paris; il co-dirige avec Bruce Bégout la collection "Matière
étrangère", aux éditions Vri; il fait partie du comité de direction de
la revue de phénoménologie Alter.
Il travaille sur Merleau-Ponty, mais aussi sur la question de notre
origine animale et sur la possibilité d’une anthropologie d’un point de
vue phénoménologique.
Il est l’auteur de Nature et
Humanité. Le problème anthropologique dans l’œuvre de Merleau-Ponty
(Vrin, 2004); de Après
Merleau-Ponty. Études sur la fécondité d’une pensée (Vrin,
septembre 2011) et de L’Animal que
je ne suis plus (Gallimard, octobre 2011).
Frédérique
BISIAUX: Le soin maternel à la lumière de l'ontologie de la relation
Le comportement de soin est un fait vital dont l’éthologie met en
évidence la centralité pour appréhender l’ontogénèse du comportement
instinctif des animaux. La vie animale ne peut donc être abstraite
d’une histoire relationnelle qui constitue le soubassement de ce qui se
présente bien à nous comme une "autre
existence" (Merleau Ponty, La
structure du comportement). Dans le monde humain, le
comportement de soin maternel ne peut être conçu hors de l’entrelacs
des sphères vitale, morale et sociale dont nous réfléchirons la
complexité spécifique en ramenant le comportement de soin à son
fondement, à une ontologie de la relation dont on expliquera pourquoi
elle contribue à dégenrer le soin maternel et à l’affranchir de la
spécialisation sexuée des tâches où la société occidentale l’enferme
depuis les Lumières.
Florence
CAEYMAEX & Julien PIERON: Des politiques du vivant aux politiques
de la nature: concepts (I) et pratiques (II)
Dire que la question de la vie n’est plus seulement un problème "local"
(d’ordre moral ou scientifique par exemple), mais traverse tous les
domaines de la connaissance et de l’action paraît donner un crédit
renouvelé à l’hypothèse biopolitique formulée par Foucault en 1976,
selon laquelle l’un des modes contemporains d’exercice du pouvoir passe
par la puissance de "faire vivre et laisser mourir". Au-delà de sa
reformulation comme concept historico-critique chez Agamben et
Esposito, la notion de biopolitique fait aujourd’hui l’objet, dans le
champ des sciences sociales, d’un usage qui tend à souligner
l’existence d’une "multiplicité des politiques de la vie" (Vailly,
Niewöhner & Kehr, 2011). Cet usage renoue implicitement ou
explicitement avec l’idée foucaldienne que l’enjeu de l’hypothèse
biopolitique n’est pas tant la vie elle-même, tenue pour un "donné",
que la modalité d’analyse du
pouvoir, pour laquelle l’objet
du pouvoir est d’abord une entité qui prend consistance - ou se
construit - par des technologies,
des agencements de discours et de pratiques. Pour aborder ces
technologies, certaines de ces études sont amenées à croiser deux
perspectives: une perspective généalogique et une perspective
ethnographique, dont Foucault et Latour ont respectivement fourni les
modèles. C’est à partir d’une comparaison de ces deux démarches,
parfois rangées sous l’étiquette de "constructivisme", qu’il s’agira
d’interroger, en deux temps, la pertinence théorique et pratique de ce
croisement pour une analyse des "biopolitiques".
Florence Caeymaex est philosophe,
chercheur qualifié du F.R.S.-FNRS à l’Université de Liège,
co-directrice du projet ARC/fructis "Contemporary
politics of nature" et membre du Comité consultatif de
bioéthique de Belgique. Spécialiste de Bergson et de Sartre, elle
travaille sur les rapports entre vie, normes et politique (en coll.
avec J. Pieron).
Publications
"Vie et praxis: le statut de l’organisme dans la Critique de la Raison dialectique",
dans La nature vivante in Bulletin d’analyse phénoménologique,
Volume 6 (2010), n°2.
"Le concept de biopolitique est-il un concept critique?", dans Medicalizzazione, sorveglianza e
biopolitica. A partire da Michel Foucault (a cura di Natascia
Mattucci, Gianluca Vagnarelli), Milano-Udine, Mimesis filosofie, 2012,
p. 13-29.
"La société sortie des mains de la nature. Nature et biologie dans Les
deux sources", dans Annales
Bergsoniennes V, Bergson et la politique: de Jaurès à aujourd’hui,
coll. "Epiméthée", PUF, 2012, p. 311-333.
Julien Pieron est philosophe, maître de conférences à l’Université de
Liège et coordinateur scientifique du projet ARC/fructis "Contemporary politics of nature".
Auteur d’un ouvrage sur Heidegger, de recherches sur l’épistémologie
historique française et actuellement sur l’ethnographie de B. Latour,
il travaille sur les rapports entre vie, normes et politique (en coll.
avec F. Caeymaex).
Publications
"De l’analytique existentiale à la zoologie privative: le problème de
la différence anthropologique et l’amorce du "tournant"", Alter, n°17, 2009, p. 195-212.
La nature
vivante in Bulletin d'Analyse
Phénoménologique, Volume 6 (2010), n°2.
"Le concept de "biopolitique" est-il pertinent pour penser les
nouvelles stratégies de prévention du VIH/sida?", in N. Mattucci &
G. Vagnarelli (éd.), Medicalizzazione,
sorveglianza e biopolitica, Mimesis Edizioni, 2012.
F. Caeymaex & J. Pieron, "Enjeux politiques et critiques d’une
philosophie des normes", à paraître aux PUF dans un volume sur les Usages de Foucault dirigé par G. Le
Blanc.
Anne
DEVARIEUX: Phénoménologie de la vie et du vivant. La vie ou
l'"archi-référence"
La phénoménologie "historique" depuis Husserl fait référence à la vie,
fait signe vers elle, et cela de façon équivoque, comme vers un fond,
un arrière-plan, ou un commencement qui gouverne nos vies
individuelles. Par la prééminence et la supériorité qu’on lui accorde
(contre quoi? La connaissance théorique abstraite? La mort? Le monde?
L’achèvement, la fin?), elle renvoie à une logique de l’excès de la
chose dont on parle, que mime parfois le discours jusque dans son
vocabulaire: archi-référent et archi-référée, la vie est
"l’archi-fait". Comment cet Ultime fondement, son "omniréalité" (au
cœur de nos vies et de nos discours) se laisse-t-il saisir? Si la
référence est commencement, et "l’archi-référence" (M. Henry)
commencement d’un commencement, comment s’y réfère-t-on sinon
nécessairement de manière circulaire? Quel accès à la vie sinon dans la
vie, ou par le vivant que nous sommes? Si, comme nous y invite le titre
de ce colloque, moment du vivant il y a, un tel moment ne peut pas
désigner un point (qui serait plus qu’un instant) dans une histoire,
mais plutôt le produit d’une puissance (comme en mécanique), un
mouvement ou une impulsion, mais aussi ses vicissitudes. Le moment du vivant est tout à la
fois pour le vivant le poids de sa vie, la cause de son mouvement, de
son écoulement, mais aussi son essentiel changement, sa variation.
C’est par conséquent autour du concept de mouvement que nous
l’interrogerons, à travers notamment les phénoménologies de la vie de
Michel Henry et de Renaud Barbaras.
Arnaud
FRANÇOIS: La différence entre santé et maladie. Modèles
La présente conférence, qui se veut la présentation de résultats acquis
au cours d’une recherche de plusieurs années en philosophie de la
médecine et de la biologie, discerne, au sein de l’histoire des
conceptions de la maladie, deux modèles principaux, l’un selon lequel
la maladie est un "vouloir-mourir" interne à l’organisme et au
psychisme, l’autre selon lequel elle se ramène à un moyen de
reconquérir la santé. Elle cherche, sur ce socle, à présenter une
conception de la maladie pour notre temps, puisque celle-ci ne saurait
accepter ni la négativité pure (et en définitive inconcevable) qui lui
est prêtée par la première conception, ni l’optimisme imperturbable de
la seconde, indifférente à la finitude qu’elle manifeste.
Anne GLÉONEC:
Pour une autre approche de la biopolitique: une refonte
phénoménologique de l’analogie du corps politique
Notre intervention tentera - sur le sol d’une refonte phénoménologique
de l’analogie entre le corps et le corps politique - une confrontation critique entre les ententes
patočkiennes et merleau-pontiennes de la corporéité et la théorie de la
bio-politique ouverte par M. Foucault. Le but étant de dévoiler ici
dans quelle mesure il est possible de comprendre ensemble que le pouvoir en ses
ordres construit le corps, le
sexe, et les rapports de genre, mais qu’il sourd lui-même en la
diversité de ses possibles - d’où l’infatigable histoire des analogies
du corps politique - d’un vécu
corporel qui est le lieu d’une proto-formation de l’imaginaire social,
où s’ancrent les rapports intersubjectifs; de comprendre donc qu’il y a
pleine circularité entre
corps et pouvoir.
Alain
KAUFMANN: Le vivant et le social
Dans le contexte du Programme international de recherche sur le Génome
Humain (PGH), l’une des plus grandes surprises a été le rôle joué par
les associations de patients. En France, l’Association Française contre
les Myopathies (AFM) a apporté une contribution essentielle à la
cartographie du génome avec la création du laboratoire Généthon. En
matière de maladies - les maladies génétiques rares en particulier que
l’on estime à plus de 7000 -, le fatalisme, le sentiment d’impuissance
et la passivité qui sont les attributs du déterminisme biologique ont
laissé la place à des démarches actives et militantes visant à faire de
la biologie un espace de conquête de nouveaux espoirs thérapeutiques
impliquant les patients dans une entreprise de co-production des
connaissances aux côtés des médecins et des chercheurs. On peut même
parler de l’émergence d’une nouvelle forme de "citoyenneté biologique" (biological citizenship; Rose &
Novas) articulant de manière inédite identité biologique et identité
sociale. Nous aborderons dans cette communication l’impact de la
mobilisation des groupes concernés et de la prolifération de ces
"biosocialités" (Rabinow) sur les politiques du vivant qui soutiennent
le développement de la génomique, et les réagencements des biopouvoirs
qui en résultent. Cette nouvelle configuration, associée au
développement rapide du Direct-To-Consumer
genomics et du séquençage à haut débit qui promettent
l’émergence d’une "médecine personnalisée", nous obligent à repenser la
pertinence des catégories classiques de la bioéthique pour assurer une
gouvernance démocratique de ces technologies du vivant.
Alain Kaufmann, biologiste et sociologue
de formation, est directeur de l'Interface Sciences-Société de
l'Université de Lausanne, qui héberge également Ethos, la plateforme
interdisciplinaire d’éthique de cette université.
Publications
Kaufmann A. (2004), "Mapping the human genome at Généthon laboratory.
The French Muscular Dystrophy Association and the politics of the
gene", in Rheinberger H.-J. and Gaudillière J.-P. (Eds), From Molecular Genetics to Genomics: The
Mapping Cultures of Twentieth-Century Genetics, London and New
York: Routledge, pp. 129-157.
Joly P.-B. and Kaufmann A. (2008), "Lost in translation? The need for
"upstream engagement" with nanotechnology on trial", Science as Culture, 17(3), pp.
225-247.
Kaufmann A. (2010), "Démocratisation des choix scientifiques et
techniques et refondation écologique", in Bourg D. et Papaux A. (Dir.),
Vers une
société sobre et désirable, Paris: Presses Universitaires de
France, coll. "2d2i", pp. 364-391.
Kaufmann A. (2012), "Le rôle des associations de patients dans la
définition de l’identité sociale et biologique des personnes", in Joye
C. (Dir.) Handicap et diagnostic à
l’aube de la vie: espoir ou dérive? Regards croisés sur le diagnostic
préimplantatoire, Genève: Editions Médecine & Hygiène, pp.
79-87.
Frédéric KECK:
Biopolitique des sentinelles
La sentinelle est un vivant qui lance l'alerte sur la première ligne de
front. Elle perçoit à l'avance les signes d'une menace invisible,
parfois au sacrifice de sa propre vie. Cette notion a proliféré dans
les dispositifs de prévention des risques, au croisement de la santé,
de la sécurité et de l'environnement. Il s'agira de donner à ces
différents usages une consistance conceptuelle, en partant d'une
enquête sur la grippe aviaire à Hong Kong. On s'appuiera notamment sur
la "théorie des signaux coûteux" formulée par le biologiste et
ornithologue Amotz Zahavi.
Frédéric Keck est chercheur au CNRS,
attaché au Laboratoire d'anthropologie sociale. Il a publié de nombreux
travaux sur l'histoire de l'anthropologie (Bergson, Lévy-Bruhl,
Lévi-Strauss) et Un monde grippé
(Flammarion, 2010).
André MICOUD:
Le moment écologique
Le "moment écologique" est une expression qui veut désigner les temps
que nous vivons en tant qu’ils marquent la fin des temps modernes dès
lors que l’on considère que ceux-ci "ont fait leur temps" (aux deux
sens de l’expression) et que le temps qu’ils ont fabriqué n’est plus de
mise. Avec ce moment s’annonce donc un nouveau régime de temporalité
même si l’on ne sait pas encore le nommer. Pourtant, à partir de
l’analyse des expressions apparues depuis trois ou quatre décennies et
qui présentent toute la particularité remarquable de faire référence à
la fois à la durée et à la vie (générations futures, ressources
renouvelables, développement durable, biodiversité...), on proposera
d’énoncer ce que pourraient être les caractéristiques de ces temps qui
viennent.
André Micoud est sociologue, directeur
de recherche honoraire au CNRS.
Publications
"Prendre en compte le temps du vivant", in Développement durable et participation
publique (Gendron C. et Vaillancourt J-G. éds), Les Presses de
l’Université de Montréal, 2003.
"Comment, en sociologues, rendre compte de l’émergence de la notion de
biodiversité?", in Les
biodiversités. Objets, théories, pratiques (Eds. Pascal Marty,
Franck-Dominique Vivien, Jacques Lepart, Raphaël Larrère), Ed. du CNRS,
2005.
"Les OGM, des objets vivants construits?", in Gilbert Simondon, une pensée opérative,
Presses de l’Université de Saint-Etienne (J. Roux éd.), 2002.
Jean-Christophe
MINO: La vie à tout prix? Logique thérapeutique et invisibilisation de
la question de la mort au grand âge
Aujourd'hui, le développement des technologies médicales et des moyens
thérapeutiques bouleverse les soins aux personnes très âgées. Notre
propos cherchera à expliciter la logique de l'intervention médicale
auprès de ces personnes. On verra alors que la valeur de "la vie à tout
prix" et la routinisation des ressources techniques peuvent aboutir à
rendre obsolète et faire disparaitre la question de la fin de vie, même
lorsque les patients sont très âgés et très malades. Cet exemple
montrera que ce n'est pas seulement le tabou, mais aussi l'invisibilité
qui caractérise le rapport à la mort dans les pratiques de soin.
Médecin chercheur spécialiste de santé
publique, directeur du Centre National de Ressources Soin Palliatif et
membre de l'Observatoire National de la Fin de Vie, J.-C. Mino étudie
les enjeux pratiques, éthiques et organisationnels des soins en fin de
vie en France.
Publications
Les mots des
derniers soins, Les Belles Lettres, 2008 (prix d'éthique
médicale Maurice Rapin).
La
philosophie du soin, PUF, 2010 (co-directeur).
Paul-Antoine
MIQUEL: Le concept de nature
L’objectif de cette intervention est de revenir sur un vieux problème
philosophique, celui de l’existence du monde matériel. Comment
sommes-nous avertis que les qualités physiques ne sont pas que de
simples sensations psychiques? Cette information engage d’abord en
effet une rupture de corrélation: il n’est plus question de comprendre
le monde physique comme le corrélat intentionnel de nos vécus de
conscience. A la fois, il y a un monde matériel, nous en sommes avertis
et nous en avons une expérience, et pourtant cette expérience n’est pas
une expérience phénoménologique, et ce n’est ni la conscience pure, ni
même le Dasein qui peut
l’inaugurer. Par cette expérience, il n’y va plus en effet, au sujet du
Dasein,
dans son étant de son être, mais il y va précisément de l’être du monde
matériel dé-corrélé de celui du Dasein.
C’est le savant qui fait cette expérience, l’expérience d’une rupture théorique avec l’expérience
empirique. Cette expérience systémique n’a pas qu’une simple portée
épistémologique. Elle a une portée ontologique. C’est une expérience
duale qui engage, dans nos vécus de pensée, un dédoublement, un
mouvement de bascule entre le monde de la conscience et le monde
matériel. Nous allons nommer "Nature" ce mouvement. La deuxième
hypothèse que nous allons défendre, c’est que le savant ne sait pas
lire l’expérience qu’il fait. Il y a un engagement ontologique de la
science, mais ce n’est pas une métaphysique scientiste qui est en
mesure de réfléchir le concept de Nature. C’est une métaphysique
critique, capable de construire non seulement une vision du monde, mais
une vision de ce qui manque dans le discours de la science pour qu’elle
puisse comprendre l’incomplétude structurelle, la raison insuffisante,
du monde naturel.
Paul-Antoine Miquel est maître de
Conférences HDR à l’Université de Nice. Laboratoire CEPERC, UMR CNRS,
6059, Université de Provence.
Rocco RONCHI:
L'acte du vivant. La vie dans le miroir de la philosophie spéculative
(Aristote, Bergson, Gentile)
Le mot "vie" est devenu, comme Ivan Illich le craignait, un véritable Plastikwört de la contemporanéité,
un mot "passe-partout" à l’usage illimité et absolument flou. Donc, de
quoi parle-t-on quand on parle de "vie"? Il faut distinguer
soigneusement entre vie et vivant. Il s’agit d’une distinction
essentielle sur le plan de la signification. Du point de vue
spéculatif, il s’agit de la même distinction qui subsiste entre les
deux sens aristotéliciens de l’acte: acte comme energheia et acte comme entelecheia. Les historiens de la
philosophie considèrent souvent ces deux sens comme de véritables
synonymes, mais le philosophe italien Giovanni Gentile a montré qu’ils
sont, en fait, irréductibles. On a, d’un côté, l’acte comme activité en
acte (energheia), c’est-à-dire
l’acte comme praxis qui a sa
finalité en elle-même, dans son "avoir lieu"; de l’autre, l’acte comme
acte abouti et parvenu à son accomplissement (ergon). La vie est alors comprise
abusivement selon le modèle de la poiesis:
il s’agirait de production. Mais une différence essentielle s’impose
entre l’acte et le fait, entre praxis
et exis, dirait Sartre.
L’acte-energheia est alors
l’actualité du faire (du se faire):
l’energheia (ou bien: l’énergie) est de l’ordre de l’événement et non pas de l’essence.
La distinction gentilienne est la même qui anime la métaphysique
bergsonienne. Le devenir, en
tant que changement en acte,
n’est pas la même chose que le devenu,
il est irréductible à celui-là (même s’il y est toujours impliqué). Une
chose est le devenir qui est en
train de devenir, l’acte en acte,
autre chose est le devenu, le processus qui a atteint son
accomplissement, qui est achevé. Mon intervention vise donc à discuter
des conséquences épistémologiques et politiques de cette équivoque.
Né en 1957 à Forlì (Italie). Rocco
Ronchi est professeur ordinaire de Philosophie théorétique à
l’Université de L’Aquila, Faculté de Sciences de la Formation. Il
enseigne aussi la Philosophie de la communication au CLEACC de
l’Université "L. Bocconi" de Milano.
Publications
Filosofia
della comunicazione, Bollati Boringhieri, Torino 2008.
Filosofia
teoretica. Un’introduzione, Utet, Torino 2009.
Henri
Bergson. Una sintesi, Christian Marinotti Edizioni, Milano 2011.
Come fare.
Per una resistenza filosofica, Feltrinelli, Milano 2012.
Collaborateur du journal "Il manifesto" (page culturelle).
Anne SIMON:
Hommes et bêtes à vif: trouble dans la domestication et littérature
contemporaine
Le moment du vivant est aussi le moment où la coupure
anthropozoologique est portée à son comble, à l’heure où les hommes
anéantissent un nombre croissant d’espèces sauvages, où les bêtes de
rente n’ont jamais autant souffert de leur transformation en produit de
consommation. D’Yves Bichet à Olivia Rosenthal, de Marie Darrieussecq à
Jean Rolin ou Maryline Desbiolles, la littérature contemporaine ne
cesse de se confronter à ce constat; pourtant, ces auteurs, comme
d’autres, tels Jacques Lacarrière, Jean-Pierre Otte ou Marie-Hélène
Lafon, tentent aussi, comme pour recoudre la déchirure, de rendre
compte de la vie des bêtes - de leurs mondes singuliers et de leurs
rythmes propres. On montrera que, pour le meilleur comme pour le pire,
le "versant animal" (J.-C. Bailly) se tient bien au cœur de ce qu’on a
tendance à assimiler à la plus humaine des activités, le langage
figural et ses métaphores vives.
Anne Simon est chargée de recherche au
CNRS (CRAL), où elle dirige le programme "Animots" (Agence nationale de
la recherche).
Auteure de Proust ou le réel retrouvé
(rééd. Champion 2011), et, avec C. Détrez, de À leur corps défendant (Seuil,
2006), elle anime ou a animé les séminaires "Organismes",
"Mots/Animaux" et "L’animal entre sciences et littérature".
Sur les vivants humains et animaux, elle a co-édité Voyages intérieurs (2004), Le Discours des organes (2006), Projections: des organes hors du corps
(Épistémocritique, 2008), "Facing Animals/Face aux bêtes" (L’Esprit créateur, 2011) et
"Humain-Animal" (Contemporary French
and Francophone Studies, à paraître en 2012).
Frédéric
WORMS: Le moment du vivant?
Nous redécouvrons aujourd’hui notre condition de vivants, et cela dans
tous les domaines de la pensée (ainsi avec le cerveau) et de l’action
(jusqu’au niveau de la planète). Mais quel est le sens de cette
redécouverte? Le but de cet exposé est de montrer qu’elle définit un
nouveau moment historique que l’on peut cependant comprendre de
différentes façons, dont trois principales: la réduction, l’extension,
la relation. C’est en effet un moment, inévitable sans doute, de
"réduction": de notre pensée et notre vie à des mécanismes généraux; de
notre action voire de notre histoire à la préservation de la vie, en
particulier. Mais c’est aussi un moment d’extension, d’extension du
domaine du vivant, dans la biologie même, à travers l’évolution,
l’anthropologie, avec la question de sa spécificité, la morale, la
politique, l’esthétique, qui ne se voient pas seulement réduites, mais
renouvelées par la question du vivant. Et c’est enfin un moment de
relation, non seulement de relation entre ces deux points de vue, mais
parce que tous ces points de vue surgissent des relations entre les
vivants humains en tant que telles, aussi bien les questions
scientifiques qu’éthiques et politiques. Dès lors, le moment du vivant
requiert ces différents points de vue ou résulte de leur rencontre et
de leur développement, dans des approches et des positions diverses qui
le constituent comme un moment. On le montre dans cet exposé en
étudiant ces trois figures du moment sur un exemple (la maladie
d’Alzheimer) et avec une position précise, pour ouvrir une discussion
qui en comprendra de nombreux autres et qui sera illustrée par
l’ensemble de ce colloque.
Frédéric Worms est Professeur de
philosophie contemporaine à l’Université Charles de Gaulle Lille III et
à l’ENS où il dirige le Centre international d’étude de la philosophie
française contemporaine (Ciepfc). Ses travaux sur Bergson (Bergson ou les deux sens de la vie,
PUF, 2004), sur la philosophie en France au XXe siècle et ses "moments"
(Gallimard, Folio-Essais, 2009) et sur les relations vitales et morales
(Revivre, Flammarion, Sens
propre, 2012), convergent tous vers l’idée que nous vivons aujourd’hui
un moment philosophique caractérisé par l’importance nouvelle de la
question du vivant. Cette hypothèse doit cependant être vérifiée. C’est
l’objet de sa propre recherche, ainsi dans l’exposé ci-dessous, mais
aussi d’un travail collectif, ainsi dans le présent colloque, dont il
est l’un des organisateurs, et dont cet exposé assurait l’ouverture.
Nathalie
ZACCAÏ-REYNERS: La vie de l’image comme médiation. Une lecture de
Marion Milner
Dans son ouvrage, On not being able
to paint, Marion Milner explore, à travers l’expérience de la
peintre, le trajet que l’imagination se doit d’accomplir avant d’être
en mesure de soutenir la rencontre d’un monde extérieur à soi, dans un
rapport à la fois vivant et ouvert. Ce faisant, elle interroge le
travail qui sous-tend l’usage des médiations culturelles "vivantes",
dans ce qu’elles autorisent comme expériences de soi, des autres et du
monde. Nous rappellerons les éléments saillants de cette approche avant
d’en dégager certains enjeux sociologiques, notamment en dialogue avec
les analyses de Richard Sennett.
Nathalie Zaccaï-Reyners est chercheure
qualifiée du Fonds de la Recherche Scientifique belge, rattachée à
l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles. Ses
travaux s’inscrivent dans le domaine de l’épistémologie des sciences
sociales (compréhension sociale et scientifique, expérience vécue,
expérience ludique et biographie, fiction, typification, monde vécu) et
dans celui d’une sociologie morale des relations institutionnelles
(relations asymétriques, relations de soin, imagination morale, respect
et sociabilité).
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Zaccaï-Reyners, Nathalie (sous la direction de), Questions de respect. Enquête sur les
figures contemporaines du respect, Université de Bruxelles,
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Avec
le soutien
du Centre
international d'étude de la Philosophie française contemporaine,
ENS (Cirphles
USR 3308 ENS/CNRS),
de
l'Université Charles de Gaulle-Lille III,
du Centre
d'Etudes du Vivant (Université Paris Diderot),
de la Chaire
de Processus Morphogénétiques (Collège de France),
du Centre de
Recherches sur les Arts et le Langage (CNRS/EHESS/ANR Animots),
d'ETHOS,
Plate forme interdisciplinaire d'Ethique (Université de Lausanne),
du Séminaire
international d'études sur le Soin
(Centre
Georges Canguilhem, Ciepfc, Ethos, ULB, Lille III),
de
l'Université Toulouse II-Le Mirail (Master Erasmus Mundus
EuroPhilosophie;
Master
"Éthique de la décision et gestion des risques relatifs au vivant"),
du Center on
bioethics and biopolitics (University of Warwick),
de Ars
vivendi (revue, Kyoto), Global center for Living and Surviving
(Ritsumeikan
University Kyôto, Japon)
et de
l’Université de Caen Basse-Normandie (Equipe "Identité et
Subjectivité", 2129)
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