Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
DU LUNDI 12 JUILLET (19 H) AU LUNDI 19 JUILLET
(14 H) 2010
ANTOINE VOLODINE ET LES VOIX DU POST-EXOTISME
DIRECTION : Frédérik DETUE, Lionel RUFFEL
Avec la participation d'Antoine VOLODINE
ARGUMENT :
L'œuvre de fiction d’Antoine Volodine construit
une fiction d’œuvre, dont elle a même forgé
la théorie. Elle constitue donc un objet difficile
à identifier: quel usage critique et théorique
faire des notions qu’elle crée pour se définir,
à commencer par celle de "post-exotisme"? Même
la place, pourtant essentielle, qu’on lui accorde dans
le paysage littéraire français actuel paraît
problématique, puisque le post-exotisme se donne
pour une "littérature étrangère en
français" ou encore une "littérature des poubelles".
Le questionnement sur la situation de l’œuvre, sa
fonction critique, le jeu avec son intertexte, ne
peut faire l’économie de son rapport, étroit,
à l’histoire catastrophique du XXe siècle.
Etant donné l’échec révolutionnaire
qui hante le post-exotisme, que reste-t-il de l’articulation
moderne entre la littérature et la politique?
Cet échec apparaît comme un trauma qui
laisse le monde livré à la passion humaine de
l’autodestruction, au désespoir, à l’"humour
du désastre". Mais on peut observer des résistances:
les "engagés écrivains" du post-exotisme
témoignent, sabotent le réel en usant du merveilleux...
L’écrivain oppose-t-il alors à sa vision
d’apocalypse un idéal (ou une nostalgie d’idéal)?
CALENDRIER DÉFINITF :
Lundi 12 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des
participants
Mardi 13 juillet
Matin:
Frédérik DETUE, Anne ROCHE & Lionel RUFFEL:
Ouverture
Lionel RUFFEL: 1985-2009:
Histoire d’une réception
Pierre OUELLET:
Poétique de l'être-contre: portrait en négatif de
la communauté post-exotique
Après-midi:
Antonin WISER:
Espace(s) utopique(s) de la littérature: Volodine /
Adorno. Un archipel post-exotique
Simon SAINT-ONGE: Quelques
détails sur l’âme des faussaires:
l’antithèse commune de la communauté
Sylvie SERVOISE:
Présentisme et post-exotisme: les frères
ennemis
Soirée:
Lecture d'Antoine VOLODINE: Rentrée
littéraire post-exotique
Mercredi 14 juillet
Matin:
Philippe ROUSSIN:
Le pouvoir selon Antoine Volodine
Mélanie
LAMARRE: Antoine Volodine et la fiction idéologique
Après-midi:
Thierry SAINT-ARNOULT:
De l’épaisseur d’une feuille de papier à
cigarette: Antoine Volodine et Lutz Bassmann, signatures
post-exotiques
Guillaume ASSELIN:
La prairie des images. Pour une fantastique transcendantale
Soirée:
Projection de Mission fantôme de Christine PALMIERI
Jeudi 15 juillet
Matin:
Frank WAGNER:
Des voix et rien d'autre
Bruno BLANCKEMAN:
La charge de la brigade légère (l'humour dans
l'œuvre de Volodine)
Après-midi:
DÉTENTE
Vendredi 16 juillet
Matin:
Anne ROCHE: Volodine,
théâtre
Audrey CAMUS: Le
roman selon Volodine
Après-midi:
Gaspard TURIN:
La stratégie du silence dans "La stratégie
du silence dans l’œuvre de Robert Malipiero" d’Antoine
Volodine
Dominique SOULÈS:
Vocables mystérieux et langue facétieuse (ou vice-versa)
chez Antoine Volodine
Claire CALAND:
Conjugaison et désaccords volodiniens
Soirée:
Lire le post-exotisme, table ronde animée
par Anne ROCHE, avec Arno BERTINA et Nicole
CALIGARIS
Samedi 17 juillet
Matin:
Jean-Pierre VIDAL:
La stase apocalyptique ou l’après indéfini
François
BIZET: Crise sans sortie, apocalypse sans royaume, fin sans
fin
Après-midi:
Patrick REBOLLAR:
Onirologie post-exotique
Valéry KISLOV:
Traduire Volodine en russe
Brian EVENSON: Traduire Volodine en américain
Dimanche 18 juillet
Matin:
Joëlle GLEIZE:
Dispositif romanesque et mise en livres post-exotiques
Annie EPELBOIN: L’utopie
de la fin et la fin de l'utopie
Après-midi:
Catherine COQUIO: Du "merveilleux"
lazaréen à la mythologie post-exotique:
péripéties d'un refus de témoigner
Frédérik
DETUE: Post-exotisme et tradition littéraire
Lundi 19 juillet
Matin:
Synthèse
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Guillaume ASSELIN: La prairie
des images. Pour une fantastique transcendantale
La conception du monde, tout au long
de l’histoire, n’aura cessé de se polariser entre deux extrêmes,
mutuellement exclusifs. Au monde des sens, objet
de perception et d’observation scientifique, s’oppose systématiquement
un "monde des idées", dont l’accès
est réservé à l’Intellect. Or, entre ce monde
purement physique et cet "autre monde" idéel, plusieurs
traditions spirituelles font s’insérer un monde intermédiaire,
mundis imaginalis, qui permet de penser l’articulation
entre les deux. Mi-sensible, mi-intelligible, il n’est perceptible
qu’à l’imagination créatrice, visionnaire, et suppose
donc un autre mode de perception que celui auquel nous a réduit
notre conscience historique matérialiste et unidimensionnelle.
J’aimerais ici analyser la façon toute singulière
dont l’univers volodinien convoque et met en œuvre cette métaphysique
figurative des mondes intermédiaires — dont témoignent
par ailleurs les mystiques et les écrivains de tous temps
— à travers les références faites au voyage chamanique,
à l’onirisme surréaliste et au bardo bouddhiste,
paradigme de cet "intermonde" auquel Henri Corbin donnait le nom d’imaginal.
Il s’agit, du même coup, de contribuer au renouvellement de
la théorie de l’imagination transcendantale en l’appréhendant
sous l’angle proprement littéraire d’une "fantastique transcendantale",
suivant le mot de Novalis.
François BIZET: Crise sans sortie, apocalypse
sans royaume, fin sans fin
Quelle est la nature de la reprise, dans le livre de
Lutz Bassmann, Avec les moines-soldats,
de "Crise au Tong Fong Hotel", moment critique
où se déchaînent pour aussitôt
s’apaiser, dans une apocalypse sans royaume, les puissances
de vie et de mort? "La Crise a remplacé la Fin, [...]
la Crise est devenue transition sans fin", notait Paul Ricœur
à propos de la métamorphose, depuis la folie
de Lear, du paradigme biblique. Pourtant, à s’en tenir
aux statuts théologique ou littéraire du mythe
de l’apocalypse, Ricœur n’a pu que manquer la nouveauté
de la situation de l’homme d’après 1945. Je voudrais donc
lire cette reprise post-exotique à la lumière
d’une autre analyse, celle de Günther Anders, et des concepts
qu’il propose: l’"apocalypse nue" et le "temps de la fin" permettront,
je crois, d’éclairer la spécificité de ce
Temps définitif — temps enrayé, sans forme
et sans déroulement, car sans cesse menacé d’anéantissement
intégral — qui est le Temps propre du ressassement.
Références bibliographiques
:
"Postérité
de L’Espèce humaine", French Forum,
n°33/3, Fall 2008, University of Nebraska Press, Philadelphia
[pp. 55-68].
"Post-exotisme:
leçons zéro. Les fictions d’Antoine
Volodine", Etudes françaises, n°16
(janvier 2009), Université de Waseda, Tokyo [pp.
27-47].
Bruno BLANCKEMAN: La charge de la brigade
légère (l'humour dans l'œuvre de Volodine)
On s’intéressera à l’ombre qui double
l’écriture romanesque d’Antoine Volodine tantôt à
grandes enjambées tantôt à l’encre sympathique:
l’humour. On tentera d’en étudier les marques stylistiques
(textuelles, intertextuelles), les effets esthétiques (insolite/inconvenance/incongruïté),
les fins politiques (charge, mine). S’il est dans la tradition littéraire
un humour de défense — esprit de conservation, blindage
des corps constitués —, il est aussi un humour d’offense —
à l’attaque — et d’offensive — opération table rase.
Quelles sont leurs parts respectives dans l’œuvre, entre l’humour qui
vient comme une ceinture, ou un souterrain, supplémentaire, tout
en chausse-trapes, doubler (égal dupliquer par le fun)
l’univers post-exotique et celui qui, s’exerçant aux dépens
des instances susceptibles d’ériger cet univers, d’en faire une
place-forte (récit, histoire, auteur) ne cesse de le doubler
(à sa gauche, le dépasser, le trahir, le gauchir)?
La réflexion proposée s’appuiera sur un choix de romans
qui (c)ouvriront l’œuvre de ses débuts à aujourd’hui.
Claire CALAND: Conjugaison
et désaccords volodiniens
Temps décomposés,
suppression de l’infinitif pour ouvrir le sens de la phrase,
impératifs totalitaires (du côté du pouvoir)
ou à tonalité surréaliste (du côté
des dissidents), passé consumé et futur impossible sont
les modalités du "vindicatif présent" qu’identifie
Pierre Ouellet dans l’œuvre d’Antoine Volodine. Si l’on a maintes
fois signalé la force de la surnarration — qui entre en conflit
avec les règles d’accord familières — elle vient aussi
désaccorder l’ensemble des traits grammaticaux utilisés
pour inventorier les variations de la forme verbale. Nul n’en ressort
indemne, de la personne ou du genre, de la voix ou du mode. L’accompli
et l’inaccompli se confondent aussi sûrement que le "il" et
le "elle" sont interchangeables; sous l’influence du surréalisme,
le "il était une fois" des contes se mue en "il y aura une fois".
Si la conjugaison répertorie des variations verbales en fonction
des circonstances, si elle cisèle la langue pour en exprimer
toutes les subtilités, Volodine s’en joue assurément (la
part ludique est indéniable) au-delà de la puissance politique
qui guide ses choix narratifs.
Audrey CAMUS: Le roman selon
Volodine
En dépit de la remarquable inventivité
formelle qui caractérise la pratique de l’auteur, et de quelques
incartades éditoriales, les textes signés Antoine
Volodine paraissent généralement sous la mention
"roman", ce qui subordonne de facto ses diverses créations
au genre. Au nombre de celles-ci figure par ailleurs le romance, que
les écrivains post-exotiques affirment avoir inventé pour
ne pas être mêlés aux tentatives de rénovation
du roman ayant cours au-delà des murs de leur univers carcéral.
On peut se demander si l’écriture volodinienne, volontiers
agonistique, ne renouvelle pas la forme romanesque tout en lui tournant
résolument le dos. C’est la nature de ce renouvellement
marginal et autarcique qu’il s’agira d’interroger, dans la tension qu’il
instaure avec les formes brèves, la poésie ou le
théâtre, mais aussi dans ce qui fait de l’œuvre une œuvre
fondamentalement romanesque.
Frédérik
DETUE: Post-exotisme et tradition littéraire
Il s’agit de comprendre l’idée
de "post-exotisme" avancée par Antoine Volodine
pour déterminer son œuvre. Je propose de montrer qu’elle
vient définir rétrospectivement une tradition
littéraire née au XXe siècle d’une confrontation
de la littérature à l’histoire — du fait notamment
de l’échec du communisme. Qu’est-ce qui permet en l’occurrence
de parler de "tradition", et qu’est-ce que cette tradition fait
à la littérature? Dans le même temps qu’elle
fabrique cette tradition, l’œuvre de Volodine en recueille l’héritage
de façon singulière ; je m’intéresserai
à cette singularité, tout en me demandant en quoi elle
est exemplaire aujourd’hui.
Annie EPELBOIN: L’utopie de
la fin et la fin de l'utopie
Questionner l’ambivalence de la post-utopie
volodinienne oblige à réentendre — à travers
ses textes — les voix d’auteurs russes méconnus, qui
ont porté témoignage du traumatisme social engagé
par la Révolution. Témoins sublimes car opérant
la synthèse d’injonctions de l’éthique et de l’écriture
situées sur des vecteurs opposés: aller à
la fois jusqu’au bout de l’abîme et jusqu’au bout
du rêve. Ils ont rendu compte d’un espace-temps où l’humanité
s’est boutée hors d’elle-même, pour épancher
dans le réel le rêve transnational d’un bonheur commun,
croyant échapper à l’horreur tout en la redéployant.
L’onirisme tragique qu’instaure ce dialogue se fonde sur la
traversée de la fin et la dislocation du rêve.
Références bibliographiques
:
E. Zamiatine, Le récit du plus
important, trad. par J. Catteau, Lausanne, L’Age d’Homme,
1989.
E. Zamiatine, Nous autres, tr.
par B. Cauvet-Duhamel, Paris, « L’Imaginaire »
Gallimard, 1971.
A. Platonov, Tchevengour, tr. par
L. Martinez, Paris, Robert Laffont, 1996.
A. Platonov, Le Chantier, tr. par
L. Martinez, Paris, Robert Laffont,1997.
A. Platonov, Djann, tr. par L.
Nivat, Lausanne, L’Age d’Homme, 1972.
Joëlle GLEIZE: Dispositif
romanesque et mise en livres post-exotiques
Le post-exotisme est un univers imaginaire fait de livres
et de papier (on laissera de côté, provisoirement,
l’univers dramaturgique). On voudrait étudier sa
base matérielle et les liens étroits qu’entretient
l’œuvre d’Antoine Volodine avec les éléments
de la réalité éditoriale. A partir du constat
de l’écart entre le parcours de légitimation
accompli dans la littérature actuelle et la thématique
omniprésente dans son œuvre de la dissidence, on s’intéressera
aux interactions entre le statut d’auteur dans et hors de
l’univers fictionnel: intégration à la fiction
de nombre des éléments de l’institution littéraire
et construction d’un univers autonome et en apparence sans dehors.
Valéry KISLOV: Traduire Volodine en russe
Dans l’œuvre d’Antoine Volodine, à l’intérieur de
la narration fictionnelle, il y aurait ce que l’on pourrait appeler "une
fictionalité du langage" qui se réalise, évidemment,
en français, mais aussi via de multiples emprunts et références
à d’autres langues (russe, allemand...). Ainsi, à travers
des mots et surtout des noms, se crée tout un réseau de connotations
multilinguistiques censées renforcer, approfondir ou parfois même
décliner les sens de la narration. La connaissance de ces nœuds
chargés de sens supplémentaire, car le plus souvent ils se
réfèrent à des realia étrangers, pourrait modifier
la lecture et la compréhension de l’œuvre. L’ambiguïté
de certains termes, sémantique mais aussi idéologique, s’ajoute
à l’ambiguïté du message narratif.
La traduction de trois romans d’Antoine Volodine en russe (Des
Anges mineurs, Dondog, Bardo or not bardo) suppose
l’analyse de cette complexité sémantico-idéologique
et la recherche des moyens de transposition adéquats. Par ailleurs,
la traduction fait aussi réfléchir aux formes de transfert
et aux modes de réception de l’univers post-exotique volodinien
en Russie, pays d’un exotisme historique et d’un trouble idéologique
incommensurables.
Mélanie
LAMARRE: Antoine Volodine et la fiction idéologique
Subvertissant
les codes du roman à thèse, Antoine Volodine
met au jour les apories des idéologies marxistes
qui, en dépit de leur prétention à
la rationalité et à la vérité, relevaient
du domaine du narratif et du fictionnel bien plus que du
domaine scientifique. Faisant le procès de la "fiction
idéologique", la fiction volodinienne restitue cependant
aux utopies collectives leur part de grandeur et de beauté:
le marxisme possédait tous les attraits d’un grand récit
épique et poétique qui promettait à l’humanité
d’en finir, pour toujours, avec la souffrance terrestre. Entre
"révolution impossible" et "révolution trahie",
les romans d’Antoine Volodine oscillent entre la critique
et la mémoire du passé. Ils sont en cela homologiques
d’un état de l’imaginaire social avec lequel ils prétendent
pourtant n’avoir rien en commun.
Pierre OUELLET: Poétique de l'être-contre:
portrait en négatif de la communauté post-exotique
Je montrerai qu'on ne peut définir de manière positive
ou assertive la nature ou le mode d'être de la communauté
post-exotique (interne ou externe, soit celle des personnages-narrateurs
d'Antoine Volodine et celle de ses pseudonymes... ainsi que celle, plus
étendue, des lecteurs "sympathisants"), dans la mesure où
il ne s'agit pas d'une communauté ethnique, nationale, linguistique,
territoriale ni même idéologique, mais d'un cum-munus
(Roberto Esposito) tout entier fondé, tel que son sens étymologique
l'indique, sur "ce qui lui manque ou lui fait défaut", qu'elle
a dès lors pour devoir ou pour mission de rechercher autant dans
le passé lointain que dans l'avenir inconnaissable, ou dont elle
a reçu le "don" et la "grâce" de célébrer l'absence,
sinon la présence en creux, dans des mots et des images où
elle en éprouve à la fois le désir et le deuil interminables
sous la forme d'un nouveau Sacre (celui d'un Homo sacer que son bannissement
bénit, élit, consacre). Je décrirai comment les narrateurs-personnages
sont en même temps en mission et en état de grâce, en
devoir et en offrande, tous sens du mot munus, incarnant ainsi
la figure sacrificielle qui fonde le cum-munus sur le partage de
la responsabilité, de la charge ou du legs d'un "crime commis en
commun" où l'Être-contre (non plus l'Être-avec) ou
l'Être-ailleurs (non plus l'Être-là) se définit
moins qu'il ne s'écrit sous tous les noms, sous toutes les identités,
d'alias en alibis, cherchant à fuir bien plus qu'à retrouver
le lieu et le moment où il serait "arrêté".
Patrick REBOLLAR: Onirologie
post-exotique
Loin des romans truffés d'artificiels
songes pour psychanalystes qui polluent la littérature
depuis plus d'un siècle, les récits post-exotiques
semblent redonner au rêve une liberté irréaliste
et un dynamisme narratif qui n'appartenaient plus que, rarement,
au cinéma et aux contes pour enfants. Le lecteur stupéfié
passe le mot au chercheur, qui veut aller au-delà... Mais
se demande ce dernier, comment pourrait être dressée
une typologie — quantique? magique? — qui ne serait pas fatale à
la beauté et à la littérarité des œuvres?
Références
bibliographiques :
"Le Langage des rêves chez Antoine
Volodine", Études de Langue et Littérature
françaises (Université Seinan-Gakuin, Fukuoka, Japon),
numéro spécial : "Traduire le rêve / Actes
du colloque franco-japonais des 31 oct.-1er nov. 2008, dirigé
par Marielle Anselmo et Mitsumasa Wada", à paraître (En
ligne à l'adresse : http://www.berlol.net/jlr2/?page_id=764).
"Le Vice des formes dans quelques œuvres
d’Alain Robbe-Grillet (La Maison de rendez-vous, Projet
pour une révolution à New York, Les Derniers Jours
de Corinthe, La Reprise)", dans Alain Robbe-Grillet : balises
pour le XXIe / Actes du colloque d'Ottawa, 1-3 juin 2009, Ottawa,
Paris : Presses de l’Université d’Ottawa, Presses Sorbonne
Nouvelle (à paraître).
"(Dis)continuités d'un lieu
d'écriture virtuelle", GLOTTOPOL, revue de sociolinguistique
en ligne (Université de Rouen, Laboratoire LiDiFra), n°10
: « Regards sur l'internet, dans ses dimensions langagières.
Penser les continuités et discontinuités. En
hommage à Jacques Anis », juillet 2007, p. 173-188
(En ligne à l'adresse: http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/telecharger/numero_10/gpl10_12rebollar.pdf).
"Henri Meschonnic, l'onto-poète",
p. 119-127 dans Henri Meschonnic, la pensée et le
poème (Actes du colloque de Cerisy, juillet 2003),
Paris : Éditions In Press, 2005 .- 276 p.
"Mines de riens. Essai sur La Télévision
de Jean-Philippe Toussaint", p. 99-115 dans Entre parenthèses.
Beiträge zum Werk von Jean-Philippe Toussaint / Herausgegeben
von Mirko F. Schmidt, Paderborn : Edition Vigilia, 2003 .-
170 p.
Les salons littéraires sont
dans l'internet, Paris : P. U. F., avril 2002, 224 p. (En
ligne à l'adresse : http://www.berlol.net/jlr2/?page_id=1730).
Anne ROCHE: Volodine,
théâtre
Antoine Volodine est
surtout connu pour ses romans, ou pour des textes narratifs
qui relèvent d'un genre de son invention (entrevoûtes,
narrats, murmurats...). Pourtant, dès 2001, il
compose huit pièces radiophoniques, quatre d'entre
elles seront récrites sous forme romanesque dans Bardo
or not Bardo. D'autre part, ses dernières œuvres
s'orientent vers un genre encore différent, lié au
travail de la voix et à la musique: il écrit un "cantopéra",
Vociférations (2004, en collaboration avec le
compositeur Denis Frajerman), adapte pour le théâtre
Slogans de Maria Soudaïeva (2007) qu'il avait déjà
traduit (2004), enfin écrit directement pour la scène
un texte encore inédit qui sera créé en
2010. De façon générale, et quel qu'en soit
le genre, chacun de ses textes tend vers le théâtre,
sous un double aspect: travail de la voix, non seulement sous
la forme classique de dialogues ou de monologues, mais sur le
"grain" de la voix, dans sa dimension mélodique et harmonique,
et travail sur la structure dramatique de la scène.
Philippe ROUSSIN: Le pouvoir selon Antoine
Volodine
Dans les récits d’Antoine Volodine, le
passé est le temps du politique; le présent est un état
scindé entre le temps du pouvoir qui a mis fin au politique et
le temps de la littérature post-exotique. Parce que le pouvoir
est identifié à ce qui interdit toute possibilité
et toute représentation du présent et du futur, la littérature
post-exotique se confond avec une science-fiction rétrospective.
Par le fait du pouvoir, elle égale le récit à un
roman du passé — le seul temps auquel elle a accès. Elle
fait du roman ce qui dit un passé radicalement séparé
du présent, dans le présent, une manière d’absolue différence
temporelle. Cette altérité relative au temps est aussi altérité
relative à l’espace et à l’agent. La littérature post-exotique
prend en compte les conditions de sa diffusion, c’est-à-dire
de sa manipulation: face aux questions et aux interrogatoires
du pouvoir, elle sait construire un passé modifié
d'images et de souvenirs. Le récit qui est, par principe,
récit de l’expérience de l’inexpérience, devient
celui du radicalement autre dans l’Histoire, hors de notre expérience
par définition. La littérature ici ne cherche pas
à réduire l’improbabilité de toute communication
ni à asseoir sur la réduction de cette improbabilité
son autorité. Elle traite de ce qui ne peut être un objet
de connaissance, ce qui n’est pas identifiable comme tel. Elle se
donne très librement les techniques et les figures de toute
improbabilité de la communication par le jeu de l’indécidable.
Par là-même, elle s’oppose à l’idéologie
du pouvoir de la littérature.
Lionel RUFFEL: 1985-2009:
Histoire d’une réception
L’image d’un auteur (ou celle
d’une œuvre) est indiscutablement le fruit d’une élaboration
collective: elle relève tout à la fois de
logiques internes (les textes, les textes d’accompagnement)
et de logiques externes (critique journalistique, critique savante,
apparition du corps de l’auteur sur des photographies, dans l’espace
public). Evidemment, ces deux logiques ne doivent pas être
confondues et ne sont pas situées sur le même plan.
Mais elles sont intriquées, elles communiquent, directement
ou indirectement. Cette intrication, cette communication sont
d’autant plus productives que l’œuvre en question est métacritique
ou qu’elle produit elle-même son commentaire. C’est particulièrement
le cas de celle d’Antoine Volodine. On aimerait donc, lors de cette
présentation, observer le champ de réception du post-exotisme
sur une période longue, vingt-cinq ans, en relation avec les
postures d’auteurs manifestées dans les textes eux-mêmes.
Cette perspective nous donnera ainsi l’occasion d’un bilan critique.
Thierry SAINT-ARNOULT: De l’épaisseur
d’une feuille de papier à cigarette: Antoine
Volodine et Lutz Bassmann, signatures post-exotiques
Avec
la publication chez Verdier en 2008 de Haïkus
de prison et de Avec les moines-soldats, Antoine
Volodine opte pour une nouvelle signature post-exotique
déjà connue des lecteurs puisque le nom
de Lutz Bassmann figurait parmi les huit co-signataires
du Post-exotisme en dix leçons, leçon
onze paru chez Gallimard en 1998. Ce choix marque
une nouvelle étape dans la stratégie de dissémination
éditoriale entamée avec la publication à
L’école des loisirs d’ouvrages signés Elli
Kronauer et Manuela Drager. Par ailleurs, on avancera que la
signature Lutz Bassmann occupe une place essentielle dans
l’édifice post-exotique puisque Antoine Volodine semble
décidé à publier ses prochains ouvrages sous cette
signature, occultant, au moins pour un temps, la signature originelle
et fondatrice du post-exotisme. Il semble donc fécond de
s’interroger sur la place occupée par Lutz Bassmann au
coeur de ce dispositif.
Simon SAINT-ONGE:
Quelques détails sur l’âme
des faussaires: l’antithèse commune
de la communauté
Avec le post-exotisme
vient d'une façon quasi systématique
la question de la communauté. Il s'agit le plus souvent
d'interroger la problématisation d'un esthétisme
à l'accent idéologique, qui entretiendrait un
rapport d'opposition sinon d'autonomie à l'égard
du monde empirique. Or, l'idée ou plutôt le
sens de la communauté ne s'épanche pas seulement
dans les délimitations d'un regroupement donné,
dont l'idéologie serait par exemple le principe de cloisonnement.
La communauté est également l'histoire "en tant
qu'un certain espacement du temps, qui est l'espacement d'un
nous"1. Ce "nous" conjugue sans
niveler des antinomies structurales qui, en comparaissant,
résident au cœur du partage de cet espacement. En d'autres
mots, l'histoire est le monde où se joue le partage entre
des singularités ontologiques constitutives d'un ensemble
à penser non pas comme une intériorité commune,
mais bien comme une kyrielle d'extérieurs où viennent
s'exposer ces singularités. Envisager cette perspective
ouvre la voie à une heuristique de l'histoire, qui autorise
de se poser à nouveau frais non seulement la question de
la communauté chez Antoine Volodine, mais également
celle de la tranche d'historicité que modalise l'ecrivain.
Lisbonne dernière
marge offre les termes nécessaires pour réinvestir
ces deux questions, en présentant l'histoire
comme un "paysage" dont les marges sont "communes aux uns
et aux autres", et ce, jusqu'à sous-entendre une
"identité de pensée et de destin"2
entre des singularités antinomiques entre elles, comme
ces amants que sont Kurt, policier, et Ingrid, membre de la RAF.
Or, si la littérature est le partage de la communication
que les amants — en tant que limite extrême de la communauté
— exposent au-dehors comme le veut Nancy à la suite de Bataille,
qu'implique l'impossibilité d'exposer une telle union pour
une littérature que cette impossibilité détermine?
On fera l'hypothèse qu'une telle littérature
conduit l'idée de partage, consubstantielle à celle
de la communauté, du côté de la dislocation
de l'espacement temporel qu'est l'histoire. Car seuls les divisions
et le revers de ces fractures qui zèbrent cet espacement
sont communiqués par Quelques détails sur
l'âme des faussaires, avec tout ce que cela implique
pour l'existence de la communauté. L'ouvrage d'Ingrid
prononce la délocalisation, l'errance de ces singularités
disjointes dans des lieux qui n'en sont pas, dans un espacement
temporel qui est l'envers de l'histoire. Ainsi, on aura à
s'interroger sur une littérature qui est non pas du côté
de ce que Nancy nomme par provocation "le communisme littéraire",
mais, pour paraphraser une formule adornienne, l'expression de
l'antithèse commune de la communauté3,
donc de l'histoire.
1
Jean-Luc Nancy, La communauté désœuvrée,
Paris, Christian Bourgois Editeur, 2004, p. 261.
2 Antoine
Volodine, Lisbonne dernière marge,
Paris, Minuit, 1990, p. 174.
3 La
formule exacte d'Adorno est : "l'art est l'antithèse
sociale de la société".
Sylvie SERVOISE:
Présentisme et post-exotisme: les frères
ennemis
L’usage pluriel dont fait
aujourd’hui l’objet le mot "présentisme"
est inversement proportionnel à la saisie de la notion: loin
d’être une ode joyeuse à l’ici et maintenant,
le présentisme serait, selon la définition
originelle qu’en donne François Hartog1,
un temps inquiet, vécu sous le signe d’une double
dette, à l’égard d’un passé honteux et d’un
futur menaçant. C’est dans cette perspective que nous
traiterons des liens qui peuvent unir le présentisme à
l’œuvre d’Antoine Volodine, avec l’exigence de ne pas réduire
les complexités de l’un et de l’autre aux besoins de la démonstration.
On verra plus précisément comment il est possible
de lire, dans le rapport contrasté que l’œuvre volodinienne
entretient avec le régime présentiste, l’expression
d’une dissidence de nature politique et idéologique: contre
les fictions et réécritures de l’histoire, la
fiction post-exotique impose paradoxalement son droit à
rétablir la vérité, tandis que l’attention
au texte perdu du passé se double d’une volonté farouche
de ne pas archiver l’histoire. Ce geste de redéploiement
du temps pourrait même constituer le seul moyen de transformer
en action ce qui apparaît en premier lieu comme simple
réception, de résister à l’effet d’un présentisme
qui risque de figer le contemporain dans la posture paralysante
de l’héritier. En ce sens, l’œuvre volodinienne, tout
en partageant certaines préoccupations d’époque
que nous pouvons associer au régime présentiste,
ne se contente pas de les retourner contre elles-mêmes
en en soulignant les failles et les limites: elle leur apporte
en même temps une réponse.
1
François Hartog, Régimes d’historicité
: présentisme et expériences du temps,
Paris, Seuil, « La Librairie du XXIe siècle »,
2003.
Dominique
SOULÈS: Vocables mystérieux et
langue facétieuse (ou vice-versa) chez
Antoine Volodine
Dès
Biographie comparée de Jorian Murgrave
(1985), la langue s’invite au cœur de la fiction volodinienne
par la présence d’un dictionnaire pourtant presque
invisible puisque simple accessoire scolaire. Mais cet opus
est récurrent dans le post-exotisme au point de faire
signe, invitant le lecteur à s’arrêter sur son utilité,
son contenu, sa constitution — bref, à s’interroger
sur la (les) langue(s). Parmi ces fictions hantées
par la langue, Le nom des singes (1994) et Le port
intérieur (1996) sont particulièrement précieuses
puisque l’une et l’autre donnent à lire une trame
linguistique qui double en filigrane celle du roman plus
immédiatement visible: dans les deux cas, mémoriser
une langue étrangère c’est avoir la vie
sauve! Être attentif à ces scènes diverses
éparpillées dans l’édifice volodinien
et distribuées entre différents personnages,
permet donc non seulement de se remémorer certains
mécanismes linguistiques utilisés lors de
l’adresse à l’autre, mais aussi de s’interroger sur leurs
usages et surtout leurs mésusages, comme dans les
régimes dictatoriaux. Ne se contentant pas de fictionnaliser
certains moments de l’Histoire, Antoine Volodine place véritablement
le lecteur en situation, le met aux prises avec la langue et
via quelques pratiques langagières rusées, il
lui offre de lui-même un portrait en linguiste chahuté...
Ce retour sur la langue n’est pas le moindre intérêt
de ces œuvres romanesques pour les êtres de parole que nous
sommes tous.
Gaspard TURIN: La stratégie du silence
dans La stratégie du silence dans l’œuvre
de Robert Malipiero d’Antoine Volodine
Volodine est un auteur qui fait un usage fréquent
de la liste, laquelle a diverses fonctions. Synthétiquement,
on peut subdiviser ces fonctions en deux groupes, positif
et négatif. Dans sa fonction négative,
la liste met en pratique l’adage, figurant dans la Leçon
onze, des protagonistes volodiniens acculés
au dialogue par le contexte agonistique dans lequel ils
baignent, et pour qui il s’agit de "parler d’autre chose".
Cet acte de communication négative est un amenuisement
du langage, une régression, un pis-aller avant le
silence, un geste final. Mais dans le même mouvement,
la liste est un "savoir-survivre", une tekhnè
de tergiversation, une parole qui se développe malgré
tout. On touche alors à sa fonction positive,
où apparaît une jouissance rabelaisienne du langage,
tirée en direction de son signifiant, une proclamation
de la vitalité de celui-ci. Dans ce sens, la liste est
donc également un geste inaugural et une matrice romanesque.
L’illustration qui servira d’exemple à mon propos sera la
liste des "Wolff" dans "La stratégie du silence" de
Robert Malipiero. Pour terminer, je citerai (brièvement)
d’autres auteurs contemporains, comme E. Chevillard ou P. Senges, afin
d’observer en quoi les observations précédentes
peuvent être exportées, et combien cette pratique de
liste — marginale et douteuse au sein de la fiction — offre de correspondances
avec le travail de nombreux penseurs de notre contemporain.
Jean-Pierre
VIDAL: La stase apocalyptique ou l’après
indéfini
L’épuisement
des sens, pas seulement politiques, qui semble
caractériser l’apocalypse figée du post-modernisme
trouve dans l’œuvre de Volodine son "réactif",
au sens quasi chimique du terme. Fichée dans
les certitudes dilettantes de notre présent sans
durée, cette entreprise de résistance y
fait sursaut de sens, dans la fidélité, maintenue
jusqu’à l’autodérision, à une certaine
idée de l’homme, de la littérature, de l’écriture.
Peut-être s’agit-il, dans l’espace littéraire,
de redonner du temps au temps, de faire de la paradoxale flèche
de l’écriture un éternel recommencement,
quelque chose comme le contraire — et la réciproque
— du "moteur immobile" d’Aristote revu par Diogène.
Description d’un texte militant et viral (Songes de Mevlido,
entre autres œuvres).
Frank
WAGNER: Des voix et rien d'autre
Soucieux d'éviter une reprise littérale
de l'intitulé du colloque, j'ai prélevé
l'attaque de L'Innommable de Samuel Beckett (il est pire
compagnonnage) en guise de titre de cette communication, qui consistera
en un essai de poétique, consacré à la notion
de voix narrative dans l'univers post-exotique. En effet,
parmi les spécialistes de cette œuvre, c'est désormais
un truisme que d'affirmer que la voix (conçue comme origine
énonciative) y est constamment et systématiquement
brouillée. Reste à tenter, avec quelque rigueur,
de montrer comment. Après une brève
synthèse théorique portant sur la notion de
voix narrative, et incluant les travaux récents1
sur la question, il s'agira donc, exemples à l'appui, de recenser
et d'analyser les procédés déceptifs qui contribuent
à désoriginer l'énonciation de ces fictions.
De Biographie comparée de Jorian Murgrave à
Songes de Mevlido, en passant par Des anges mineurs
(pour s'en tenir — momentanément — au corpus signé "Antoine
Volodine"), on constatera en particulier que prédomine ce procédé
apparenté à la métalepse, que Gérard Genette
proposait jadis de baptiser "pseudo-diégétique" — dont
on verra en outre quelles répercussions il exerce sur le présumé
degré de réalité du contenu narratif, donc sur la lecture.
Il conviendra de plus de s'intéresser à la façon
(aux façons) dont cette déceptivité énonciative
est régulièrement dialectisée. La métatextualisation
du tremblement vocal constituera donc le deuxième temps
de ces analyses, sous l'égide de la formule désormais
bien connue (parmi nous): "entre la 1ère et la 3ème
personne, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier
à cigarette". Ce qui conduira, au prix d'une modeste extrapolation,
à transgresser les frontières de la fiction, pour
examiner les liens complexes de l'auteur (si cette notion peut être
maintenue), des (sur- ?)narrateurs et des personnages. Examen auquel
incitent vivement les phénomènes de diversification
hétéronymique, dont l'émancipation récente
de Lutz Bassman constitue le dernier avatar en date. Pour finir, l'analyse
de ces rebondissements hétéronymiques aboutira donc à
la prise en compte, dans l'œuvre comme à sa périphérie
(si cette notion peut être maintenue, bis), des enjeux
de ce traitement anomique — entre aphonie, polyphonie, ventriloquie,
babélisme... — de la voix dans tous ses états.
1
En particulier: Sylvie Patron, Le Narrateur,
Paris, Armand Colin, 2009.
Antonin WISER:
Espace(s) utopique(s) de la littérature: Volodine/Adorno.
Un archipel post-exotique
Dans l'espace dévasté des mondes post-exotiques
volodiniens, l'espoir semble bien s'être travesti
en son contraire absolu. L'idée que l'art le
plus sombre — celui qui se dessine sur des ruines en les redoublant
— soit l'image cryptée de l'utopie est empruntée
à Adorno, pour qui "les œuvres d'art sont promesses au
travers de leur négativité jusqu'à la négation
totale". Cela affecte l'espace du récit, qui se désagrège
jusqu'à devenir à peine habitable, presque
un non-lieu. Seul le muthos, la fiction comme (production
de) ce qui existe, paraît sauver quelque chose de la possibilité
d'un lieu commun, d'un espace social possible, à l'instant même
où elle l'exhibe en sa fictionnalité. Il semble
alors que ce soit la littérature en tant que telle
qui recueille sur un mode paradoxal l'intention utopique autrefois
portée par la politique ou la philosophie. C'est en ce point
que les traces des écritures de Volodine et d'Adorno convergent.
Références
bibliographiques :
Antoine Volodine,
Des Anges mineurs, Paris, Seuil, 1999.
Theodor W. Adorno,
Théorie esthétique, Paris,
Klinchsieck, 1995.
Theodor W. Adorno,
Dialectique négative, Paris, Payot,
1978, 2001.
BIBLIOGRAPHIE :
Anne Roche, Dominique Viart (dir.), Antoine
Volodine: Fictions du politique, Paris-Caen,
Lettres modernes Minard, coll. "Ecritures contemporaines",
vol. 8, 2006, 279 p.
Lionel Ruffel, Volodine post-exotique, Nantes,
Editions Cécile Defaut, 2007, 335 p.
Europe: Maurice Blanchot, août-septembre
2007, n° 940-941, cahier "Antoine Volodine"
(sous la direction de Frédérik Detue
et Anne Roche), p. 192-243.
Frédérik Detue, Pierre Ouellet (dir.),
Défense et illustration du post-exotisme
en vingt leçons: Avec Antoine Volodine,
Montréal, VLB Éditeur, coll. "Le soi
et l’autre", 2008, 409 p.
Livres parus
sous le pseudonyme d'Antoine Volodine
Lisbonne,
dernière marge : Roman, Paris, Minuit,
1990.
Alto solo
: Roman, Paris, Minuit, 1991.
Le Nom des
singes : Roman, Paris, Minuit, 1994.
Le Port
intérieur : Roman, Paris, Minuit, 1995.
Nuit blanche
en Balkhyrie : Roman, Paris, Gallimard, 1997.
Le Post-exotisme
en dix leçons, leçon onze, Paris,
Gallimard, 1998.
Vue sur
l’ossuaire : Romånce, Paris, Gallimard,
1998.
Des Anges
mineurs : Narrats, Paris, Le Seuil, coll. Fiction
& Cie, 1999.
Dondog :
Roman, Paris, Le Seuil, coll. Fiction & Cie,
2002.
Biographie
comparée de Jorian Murgrave, Un Navire de nulle
part, Rituel du mépris, Des Enfers fabuleux,
Paris, Denoël, coll. Des heures durant..., 2003.
Bardo or
not bardo : Roman, Paris, Le Seuil, coll. Fiction
& Cie, 2004.
Nos Animaux
préférés : Entrevoûtes,
Paris, Le Seuil, coll. Fiction & Cie, 2006.
Songes de
Mevlido : Roman. Paris, Le Seuil, coll. Fiction
& Cie, 2007.
Macau
(avec Olivier Aubert), Paris, Le Seuil, coll. Fiction
& Cie, 2009.
Livres parus
sous des hétéronymes
Lutz Bassmann
Avec les
moines-soldats : Entrevoûtes, Lagrasse,
Verdier, coll. Chaoïd, 2008.
Haïkus
de prison, Lagrasse, Verdier, coll. Chaoïd,
2008.
Manuela Draeger
Au nord
des gloutons, Paris, L’École des loisirs,
coll. Médium, 2002.
Pendant
la boule bleue, Paris, L’École des loisirs,
coll. Médium, 2002.
Le Deuxième
Mickey, Paris, L’École des loisirs,
coll. Médium, 2003.
Nos bébés-pélicans,
Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2003.
La Course
au kwak, Paris, L’École des loisirs, coll.
Médium, 2004.
L’Arrestation
de la grande Mimille, Paris, L’École des
loisirs, coll. Médium, 2007.
Belle-Méduse,
Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2008.
Elli Kronauer
Ilia Mouromietz
et le Rossignol Brigand : Bylines, Paris, L’École
des loisirs, coll. Médium, 1999.
Aliocha
Popovitch et la rivière Saphrate : Bylines,
Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2000.
Sadko et
le tsar de toutes les mers océanes : Bylines,
Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2000.
Soukmane
fils de Soukmane et les fleurs écarlates : Bylines,
Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2000.
Mikhaïlo
Potyk et Mariya la très-blanche mouette :
Bylines, Paris, L’École des loisirs, coll. Médium,
2001.
Avec le soutien de l'Université Paris 8
(Equipe de recherche "Littérature
et histoires", Ecole doctorale "Pratiques et théories
du sens", BQR),
et de l’Université de Provence
(Centre Interdisciplinaire d'Etudes des
Littératures d'Aix-Marseille)