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DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET
(14 H) 2010
LE WESTERN ET LES MYTHES DE L'OUEST
DANS LA LITTÉRATURE ET LES ARTS DE L'IMAGE
DIRECTION : Lauric GUILLAUD, Gilles MENEGALDO
ARGUMENT :
Le système du western repose essentiellement
sur le concept américain de frontier qui s’impose
en forgeant une véritable mythologie populaire.
Du Dernier des Mohicans de Cooper aux romans
de Gustave Aimard et de Karl May, en passant par les
"dime-novels", le western a d'abord des origines littéraires.
La généalogie du genre passe par
les récits d’enlèvement et de captivité,
la terreur gothique liée à l’émergence
de la littérature américaine, la fascination
pour la violence et le sacré, le rêve
(ou le cauchemar) américain. Il puise dans l'histoire
de l'Amérique, glorifiant l'épopée
des pionniers, sans négliger les Guerres indiennes.
Surtout, le western mythifie certains personnages
historiques qu'il fait entrer dans la légende.
À la fin de L'Homme qui tua Liberty Valance,
une phrase résume l'essence du western: "Quand
la légende devient réalité, imprimez
la légende !".
Apparu dès les premières années
du muet, le western connaît son apogée
entre les années 1930 et les années
1960. Si nombre de westerns sont alors confiés
à des réalisateurs de "série
B", plusieurs grands noms de l'histoire du cinéma
s'y illustrent. Robert Aldrich, John Ford, Howard
Hawks, Fritz Lang, Anthony Mann, Nicholas Ray, Raoul
Walsh, donnant au genre ses lettres de noblesse. Dans
les années 1960, le renouveau vient d'Europe, avec
Sergio Leone. Plus récemment, des réalisateurs
américains comme Clint Eastwood ou Sam Peckinpah,
réalisent des westerns "crépusculaires",
où l'héroïsme manichéen cède
la place à des personnages ambivalents. Un renouveau
du genre se dessine ces dernières années
avec Dead Man (1995) de Jim Jarmusch,
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert
Ford (2007) d'Andrew Dominik, 3h10 pour
Yuma (2007), de James Mangold (remake du film de 1957)
ou encore Appaloosa (2008) de Ed Harris.
On s’interrogera sur les ressorts idéologiques
du western. Le genre a longtemps servi de justification
à l’ethnocide des Indiens d'Amérique,
avant de montrer peu à peu les Indiens comme des victimes
de la Conquête de l'Ouest. Il conviendra
aussi d’explorer la grande perméabilité du western
aux autres genres: comédies musicales (La Kermesse
de l'Ouest de J. Logan), comédies (Go West
avec les Marx Brothers), films de gangster et films noir
(La Fille du désert de Walsh, remake de son propre
film La Grande évasion). Nombre d’idées
constitutives du western ont été recyclées
au cinéma souvent dans le film policier, Assaut
de Carpenter, est un remake de Rio Bravo de Hawks, ou de
science-fiction, Outland reprend la trame du Train
sifflera trois fois. Les séries télévisées
(Dead Wood) proposent aussi des réécritures
inventives.
Ce colloque se propose de décrire les commencements
du genre sur le plan littéraire et
de souligner les motifs westerniens dans la peinture
des grands espaces au XIXe siècle (Bierstadt,
Wyeth, Remington), la photo, la musique ou la bande
dessinée (Morris, Charlier, Giraud, Jijé,
Pratt). Il s’agira de resituer le western dans
la mythologie américaine dont il est issu et de
revisiter les "figures mythiques" telles Bas de Cuir,
Daniel Boone, Jesse James, Billy the Kid, Calamity Jane,
Buffalo Bill, et d'autres stéréotypes
du genre: le cow-boy, l’éclaireur, le sheriff, la
figure adamique, le pionnier, le héros solitaire,
la femme fatale, l’outsider. Des topoi seront convoqués,
comme la wilderness, la Prairie, le désert,
la ville, le saloon etc. On étudiera la persistance
des motifs du western dans la littérature
contemporaine mainstream (Cormac McCarthy, Jim
Harrison, James Lee Burke, etc.) sous forme de reprise
(décors, thèmes, personnages) ou d’hybridité
générique: fantastique/western, policier/western.
La littérature des écrivains
amérindiens (Louise Erdrich, James Welch) ou
chicanos (Alejandro Morales, Richard Vasquez) constituera
une autre piste à explorer.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 21 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des
participants
Jeudi 22 juillet
Matin:
Lauric GUILLAUD: Le
western, tentative de généalogie d'un
genre
Jean-Louis LEUTRAT:
Le mythe de Billy le Kid (texte lu)
Après-midi:
Maureen TURIM: L'encadrement du paysage: les extérieurs
variés dans trois westerns hollywoodiens
Yann CALVET: Le crépuscule
des mythes
Vendredi 23 juillet
Matin:
Christian VIVIANI:
Republic Pictures: la féminisation du western
Christophe
DAMOUR: Stanislavski dans l'Ouest. Les Method Actors et
le western
Après-midi:
Xavier DAVERAT: Géopolitique
du désert westernien
Samedi 24 juillet
Matin:
Jean ARROUYE:
Grandeur et décadence photographiques
du cow-boy
Benjamin THOMAS:
Mercenaires et samouraïs, western et
chambara, le dialogue des genres
Après-midi:
Christophe
CHAMBOST: La fange et le filon, ou comment Deadwood
ré-investit le western
Jean-Paul MEYER:
Les Aventures de Blueberry en BD. Une sémiographie
du western
Dimanche 25 juillet
Matin:
Isabelle LIMOUSIN:
De la poétique westernienne à la sublimation science
fictive, The Roden Crater de James
Turrell
Thierry CORMIER: Portraits
mouvants de la femme de l’Ouest
Après-midi:
Gilles MENEGALDO: Les westerns de Jacques
Tourneur
Lundi 26 juillet
DÉTENTE
Mardi 27 juillet
Matin:
Maryse PETIT: La ville
sauvage
Jocelyn DUPONT:
The Assassination of Jesse James by The Coward
Robert Ford, manifeste pour un western hypnagogique
Après-midi:
Jean-Pierre ESQUENAZI:
Les westerns de John Ford: la légende revue par l'histoire
Philippe ROGER:
Les westerns de King Vidor
Mercredi 28 juillet
Matin:
Roger BOZZETTO:
Bill Cody à l’assaut de l’univers
Jean MARIGNY: Cowboys, Indiens
et... Vampires
Après-midi:
Paul BLETON:
L'Ouest, pratique culturelle française
Zachary BAQUÉ:
La représentation des institutions politiques américaines
dans le western
Jeudi 29 juillet
Matin:
Adela CORTIJO: Renouvellement graphique du
western, Blain et Calpurnio
Liliane CHEILAN:
Portraits contrastés de Calamity Jane: de
la figure de légende à l'héroïne
de bandes dessinées
Après-midi:
Jean-Jacques MALO: Le western et la guerre
du Vietnam
Sophie LÉCOLE-SOLNYCHKINE: La construction
photographique du paysage ouest-américain:
de la propagande politique à l'identité
nationale
Vendredi 30 juillet
Matin:
Céline MURILLO: "Easy to sneak
upon": la figure de l'Indien acculturé dans
les westerns
Marianne KAC-VERGNE:
Les westerns contemporains à l'épreuve du multiculturalisme
Après-midi:
Anne-Marie PAQUET-DEYRIS:
Itinéraires westerniens dans les adaptations de Cormac
McCarthy, All the Pretty Horses [1992; Billy Bob Thornton,
2000] et No Country for Old Men [2005; Joel et Ethan Coen, 2007]
Mathieu LACOUE-LABARTHE:
Western et maccarthysme, des effets à double détente
Samedi 31 juillet
Matin:
Bilan du colloque
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Jean ARROUYE: Grandeur
et décadence photographiques du cow-boy
Les cow-boys ont aussi une existence
photographique. Comme au cinéma, certains auteurs
voient en eux des hommes hors du commun dont ils célèbrent
les vertus tandis que d’autres les considèrent
comme appartenant à une espèce en voie de disparition
ou même consacrent leur œuvre à ruiner l’aura
dont ils ont été parés. L’exemple de
quatre photographes américains contemporains illustrera
la diversité des statuts symboliques qui leur sont ainsi
attribués.
Le livre monumental (40 x 50
cm) de Martin H. Shierber, Last of a Breed, illustre
en 130 photographies en noir et blanc la vie des cow-boys
dans la nature et au ranch. Il fait des cow-boys des hommes
aux multiples savoirs, épris de liberté, qui
vivent en communauté loin du monde moderne et ont un mode
d’existence vertueux. L’image qu’en donne le livre de photographies
en couleurs de William Albert Allan, Vanishing Breed,
est moins valorisante. Soucieux d’indépendance mais en
fait astreints à un travail épuisant, ses cowboys
sont des êtres frustes et solitaires qui ne connaissent
d’autres plaisirs que ceux qu’ils trouvent au café et auprès
de filles de joie. Leur monde est menacé de disparition
et les plus anciens entretiennent la nostalgie d’un âge
d’or passé. Gary Winogrand, photographe de l’immédiateté,
se contente de les observer à la foire annuelle de Fort Worth
où ils sont en représentation. Les rôles qu’ils
y tiennent les font paraître le plus souvent grotesques, à
l’opposé de l’image exaltante de conducteurs de troupeaux dans
des espaces illimités qu’une certaine tradition littéraire
et cinématographique a élaborée. Cette image
mythique est ruinée définitivement par le photographe
plasticien Richard Prince qui rephotographie et recadre les images
publicitaires de la marque de cigarettes Malboro qui ont fait des
cowboys des figures emblématiques de l’énergie et
de la virilité. Ses images, simulacres d’une fiction, font
paraître l’irréalité d’une imagerie composée
de stéréotypes de représentation devenus si habituels
dans l’iconologie américaine que leur artificialité en
était devenue invisible.
Zachary BAQUÉ: La représentation
des institutions politiques américaines
dans le western
Dans la perspective d'une analyse de la représentation
de la politique au cinéma, il s'agira
de voir comment, dans certains westerns représentatifs,
la loi du gouvernement fédéral s'oppose
(en tentant de s'imposer) à la loi de l'Ouest. Souvent
étudié comme une institution éloignée
des conditions de vie spécifiques des pionniers,
le gouvernement fédéral obéit
cependant à une logique interne d'expansion
de la civilisation (l'avancée du chemin de fer marquée
par un gros plan dans Duel in the Sun par
exemple) qui va parfois à l'encontre des intérêts
de ses habitants à l'avant-poste de la civilisation.
Arrivant parfois trop tard ou bien in extremis (les
nombreux exemples de cavalerie, comme dans Stagecoach),
le gouvernement fédéral se caractérise
aussi par des envoyés dont les idéaux
entrent en conflit avec la violence présentée
comme inhérente de l'Ouest (The Man Who Shot
Liberty Valance, par exemple). Le but de cette communication
sera donc d'analyser tant d'un point de vue esthétique
qu'idéologique la dialectique spécifique
du western, celle de la loi et de la violence que rejoue au
niveau national celle de la civilisation et de la wilderness.
Paul BLETON: L'Ouest,
pratique culturelle française
D’un côté,
il y aurait le western comme genre, servant à
inventer un passé mythique aux USA, par de nombreux avatars
(films, romans, BD, mais aussi rodéos, peinture de l’Ole
West, musique country...). D’un autre côté, il
y aurait cette hypothèse que la conception de la Frontier
en cercles concentriques ne dit pas tout. De nombreuses cultures
nationales autres que la culture US ont eu une expérience
directe de la conquête de l’Ouest, mais aussi BD, western
en Angleterre, en Italie, en Belgique et en France, en Espagne,
cinéma western en Allemagne, en Italie, roman western en
Allemagne, en Angleterre, en France, en Espagne...
Il s'agira de poursuivre
l'investigation du côté de la réelle appropriation
individuelle de l’Ouest, à la fois consumériste,
réactive et innovatrice, qui passe par le grand
magasin de prêt-à-rêver fourni par la
culture médiatique. Au-delà de la fiction filmée
ou imprimée, l’Ouest comme pratique culturelle française...:
il s'agira d'en montrer l'empan.
Roger BOZZETTO: Bill Cody à
l’assaut de l’univers
On notera que le premier film de ce
qui ne s’appelait pas encore la science-fiction date de 1902.
Il s’agit du Voyage dans le Lune de Georges Méliès.
Il précède de deux ans au moins le premier western
muet (1904). Les deux genres vont continuer à chevaucher
de conserve. Parfois la mode du western prend le pas sur la SF,
parfois, comme de nos jours, c’est l’inverse. Ajoutons que les deux
genres ont énormément évolué, chacun de
leur côté et parfois ensemble. Mais, à chacune
de leurs époques respectives, ces genres ont traité des
problèmes de la société où ils se situaient
(racisme, mécanisation, etc). De plus ils possèdent
quelques traits communs, originairement étasuniens: le mythe
de la frontière, le manichéisme, le rapport entre
la force et le droit, la conquête de l’Ouest (ou de l’univers)
sous le prétexte de "civiliser" des autochtones. Dernier point,
ils se sont influencés et, la plupart du temps, c’est le western
qui a servi de point de départ, comme on le voit avec Outland
inspiré par Le train sifflera trois fois, ou de Mondwest
où Yul Brunner porte les mêmes habits que dans Les sept
mercenaires. Et avec Stephen King et son "pistolero", il entrera
dans la dimension de la métaphysique.
Yann
CALVET: Le crépuscule des mythes
Le western
classique révélait un monde épique
alors que les héros des westerns crépusculaires
sont voués à l’échec et à
la mort. A partir de l’analyse de plusieurs exemples: L’étrange
Incident (W. Wellman, 1943), La horde Sauvage (S.
Peckinpah, 1969), Impitoyable (C. Eastwood, 1992)... Il
s’agira de commenter et d’expliquer le complet renversement
mythologique et esthétique opéré par le genre
entre ses origines et aujourd’hui. En s’interrogeant sur la
représentation de la ville, sur l’organisation des références
bibliques (le déluge, l’enfer... qui ont remplacé
le thème du paradis perdu), sur le thème de
la représentation de la violence, sur l’évolution
de la figure du héros de l’Ouest... notre réflexion
portera plus globalement sur l’inversion des codes qui s’opère
dans le western au fil de son histoire.
Christophe
CHAMBOST: La fange et le filon, ou comment
Deadwood ré-investit le western
Deadwood
(2004/2006) fait partie des séries télévisées
qui ont permis aux studios de télévision
américains de connaître un nouvel essor à
l’orée du XXIe siècle. Cette série se démarque
des stéréotypes propres au western que véhiculaient
les séries des décennies précédentes
(telles Wanted: Dead or Alive en 1958 ou The
Wild Wild West en 1965). Ici aussi, les mythes de l’Ouest
sont utilisés, de même que certains personnages
emblématiques de l’époque (Calamity Jane, Wild
Bill Hickok...), mais la complexité de l’intrigue ainsi
que l’épaisseur des protagonistes permettent une réflexion
affinée sur une société décrite
avec minutie. Il s’agira donc de voir comment l’auteur parvient à
dépasser les clichés inhérents au genre pour
mieux observer, de manière cinglante, la naissance d’une
nation à partir d’un campement de chercheurs d’or. Le passage
du chaos à l’ordre (où de la crasse à la prospérité)
n’est en effet pas vu de manière simpliste, et si la série
redore bien le blason du western télévisuel, cette dernière
souligne aussi les pratiques troubles qui viennent ternir le développement
d’une économie florissante.
Références
bibliographiques :
Bellour, Raymond.
Le western. Paris: Gallimard. 1993.
Kitses, Jim.
Horizons West. London: Thames & Hudson.
1969.
Lavery, David.
Reading "Deadwood", a Western to Swear By.
London & New York: 2006.
Leutrat, Jean-Louis
& Liandrat-Guigues. Western(s). Paris: Klincksieck.
2007.
Liliane CHEILAN: Portraits contrastés
de Calamity Jane: de la figure de légende
à l'héroïne de bandes dessinées
Bien différente de la rousse aux manières
de déménageur et à la gâchette
facile, imaginée aux côtés
de Lucky Luke par Goscinny et Morris, Calamity Jane apparaît
dans deux bandes dessinées plus récentes:
dans un one shot de Sylvie Fontaine en 2004 et, en
2007, dans le premier volume, primé à Angoulème
en 2009, d’une trilogie de Matthieu Blanchin et Christian
Perrissin dont le volume 2 est paru en octobre 2009. Le nouveau
personnage qui se détache de ces deux interprétations
prétend s’éloigner d’un certain nombre de
clichés que les incertitudes caractéristiques
des biographies des héros de cette période
légendaire et les affabulations alimentées par
l’intéressée elle-même ont entretenus.
En même temps qu’un nouveau portrait de Calamity Jane,
se dessinent dans ces deux interprétations les caractéristiques
d’un genre: le western sentimental, la biographie en bande
dessinée.
Thierry CORMIER: Portraits mouvants de la femme de l’Ouest
"La femme de western, dont on n'a rien su dire, s'offre
à l'oeil ébloui dans le statut multiple de son ambiguïté.
Car ambiguë, elle l'est véritablement, dès l'origine,
et de toutes manières. Qu'a t-elle à faire, en vérité,
dans cet univers d'hommes, voilà ce que chacun demande" (Raymond
Bellour).
Traditionnellement dans le western, la femme est prise dans l'étau
d'un récit viril par excellence, sorte d'adjuvant souvent incontournable,
mais pas essentiel, du héros masculin. Elle oscille entre les statuts
de fiancée, d'épouse ou de mère, synonymes de stabilité
pour le cow boy et symboliques de l'établissement d'une nouvelle
nation ; et le statut d'entraîneuse ou de prostituée, souvent
au grand coeur, représentant l'aventure et l'instabilité.
Mais de nombreux cinéastes ont su donné une vision moins tranchée
de ces femmes en résistance face à ce monde d'hommes qui les
souhaiterait soumises. Des personnages tels Altar Keane (Marlène
Dietrich, Rancho Notorious, Fritz Lang, 1952) ou Feathers (Angie
Dickinson, Rio Bravo, Howard Hawks, 1958), en passant par les figures
radicales de Vienna et Emma (Joan Crawford et Mercedes McCambridge, Johnny
Guitar, Nicholas Ray, 1954), jusqu'à des incarnations contemporaines
comme Allison French (Renée Zellweger, Appaloosa, Ed Harris,
2007), contredisent cette histoire traditionnelle du western qui voudrait
le personnage féminin univoque. Femmes-gangsters, femmes de pouvoir,
voire femmes fatales, mieux la caractérisation féminine dans
certains westerns n’est pas une mais multiple: figures protéiformes,
changeant de statuts à l’intérieur d’un même récit,
ces personnages drainent une réalité souvent émouvante,
parfois dure, sur la difficile survie de ces femmes dans cet univers cerclé
par la mythologie virile de l’Ouest américain. Leur existence se démarque
alors à l’écran par une complexité qui n’est pas de
mise chez ces héros masculins qui demeurent hiératiques. Il
va donc s’agir d'explorer certaines de ces figures féminines, parmi
les plus marquantes et atypiques, non pas sous l’angle des gender studies,
mais dans une approche analytique et historique du western classique et
contemporain.
Christophe DAMOUR: Stanislavski dans l'Ouest.
Les Method Actors et le western
Les acteurs américains formés à
partir de la fin des années 40 à la "Méthode"
d’Elia Kazan et Lee Strasberg pour des rôles
d’antihéros contemporains sont-ils une incongruité
dans le genre westernien ou en accompagnent-ils au contraire
l’évolution logique? De Montgomery Clift dans
La Rivière rouge/Red River (Howard Hawks, 1948)
et Jack Palance dans L’Homme des vallées perdues/Shane
(Georges Stevens, 1953), aux jeunes recrues entourant John Wayne
dans Les Cow-Boys (Mark Rydell, 1972), en passant
par Paul Newman dans Le Gaucher/Left-Handed Gun (Arthur
Penn, 1958) et le duo Marlon Brando/Karl Malden dans
La Vengeance aux deux visages/One-Eyed Jacks (Marlon
Brando, 1961), nous proposons d’étudier l’impact stylistique
et thématique de la présence de praticiens
des techniques de jeu psycho-physiologiques modernes
d’inspiration stanislavskienne au sein d’un genre cinématographique
classique comme le western.
Xavier DAVERAT: Géopolitique du
désert westernien
Après
avoir suivi la rivière Arkansas, longé
les Rocheuses et rejoint Santa Fe (1805-1807), Zebulon
Pike compare les plaines du sud au "désert de
sable africain". Le désert est réel: Désert
Mojave, Lone Pine... Son nom dit parfois la menace:
Death Valley. Naguère, les puritains immigrés
dans le Nouveau Monde l’ont sans doute traversé en
se souvenant du "vaste et affreux désert" dont parlait
l’Ancien Testament (Wagon Master). Sous l’unicité
apparente du vide, il prend des formes variées: plaines
brûlantes (Gunfight at the OK Corral), sables
de l’Arizona (Ulzana’s Raid), plateaux sauvages (Forty
Guns), montagnes arides (A Distant Trumpet)... Le
désert est aussi un lieu symbolique. Exhibant les stigmates
des chaos anciens, sa tectonique est convulsive. Il n’invite
qu’au passage: rien, pas même l’homme, ne peut s’y enraciner.
Sa traversée est l’étape obligée d’un voyage
ou l’itinéraire imprévu d’une fuite. C’est aussi le
terrain privilégié de l’errance. Il est des films qui désorientent
et accentuent le nomadisme des personnages (The Shooting).
Parcourir le désert est une épreuve, souvent initiatique.
On s’y découvre soi-même (Along the Great Divide),
on s’y régénère, on y est touché par
la grâce (Three Godfathers). Parfois, on n’en revient
pas: les os — la part la plus minérale de l’être
— affleurent dans le désert. Puis, quand le western se fait
plus rare, d’autres films font traverser à nouveau le désert
westernien à pied, à cheval, en moto, en voiture,
montrant ce qui se tarit, s’épuise, s’érode dans
des films splénétiques (déplorations
sur la mort de l’Ouest), révisionnistes (au nom de promesses
non tenues et d’idéaux dévoyés). Le désert
métaphorise alors une désertion. "Il y aura
eu raréfaction absolue, le désert aura eu lieu"
(Jacques Derrida).
Références bibliographiques
:
ABBEY,
Edward, Désert solitaire, Hoëbeke,
coll. "Le grand dehors", 1999.
MCCARTHY,
Cormac, Méridien de sang ou le rougeoiement
du soir dans l’Ouest (Blood meridian or the evening
redness in the West), L’olivier, coll. "Littérature
étrangère", 1998.
MOMADAY,
N. Scott, La maison de l’aube (House made of
dawn), Ed. du Rocher, coll. "Nuage Rouge", 1993.
SILKO,
Leslie M., Almanac of the dead: a novel,
Penguin, 1992.
MAUDUY,
Daniel, HENRIET, François, Géographies
du western, Nathan, 1989.
ROYOT,
Daniel, DUBAN, François, JACQUIN, Philippe,
Déserts américains, Autrement,
1997.
TEAGUE,
David W., The Southwest in American literature
and art : the rise of a desert aesthetic, University
of Arizona Press, 1997.
TOCQUEVILLE,
Alexis de, Quinze jours dans le désert
américain, Mille et une nuits, 1998.
Jocelyn DUPONT: The Assassination
of Jesse James by The Coward Robert Ford, manifeste
pour un western hypnagogique
Cette communication a pour objet The Assassination
of Jesse James by The Coward Robert Ford,
film d'Andrew Dominik (2007), post-western ambitieux
et onirique dans lequel le réalisateur choisit
de revisiter le genre en adoptant un mode froid, mélancolique
et crépusculaire. Le terme anglais dirge
(chant funèbre) vient d'ailleurs à l'esprit
pour qualifier cet opus qui narre la mort d'un mythe et sa
résurrection. Cette étude s'appuiera tout
particulièrement sur le récent ouvrage de Raymond
Bellour, Le Corps du Cinéma (2009). Au-delà
du travail désormais "classique" de Bellour sur le genre
du western, nous tâcherons de montrer que The
Assassination mérite d'être vu comme un "western
hypnagogique", plus encore qu'un western postmoderne ou parodique
(Dead Man, Impitoyable). The Assassination
s'applique à exercer sur le spectateur un envoûtement
proche de l'hypnose, pierre d'angle du dernier ouvrage de
Bellour. On pourra également tenter de situer The
Assassination parmi un corpus contemporain, tel le western néo-noir
(Trois Enterrements, T. Lee Jones, 2005), qui adopte
un mode assez comparable quoique moins esthétisé,
et à l'autre extrémité du spectre Gerry
(G. Van Sant, 2001), où seul demeure l'effroi d'une
wilderness, littéralement sublimée.
Jean-Pierre ESQUENAZI: Les westerns de
John Ford: la légende revue par l'histoire
Les westerns de John Ford, du moins à
partir de la fin des années trente, expriment les inquiétudes
et les préoccupations contemporaines du cinéaste.
Stagecoach (1939) ou Drums along the Mohawk (1939)
sont tous deux imprégnés des engagements de Ford dans
le syndicat des réalisateurs et des influences subis alors.
Les autorités ou les notables ne sont pas souvent dépeints
sous les meilleurs traits. Son expérience de la guerre contre
les japonais commande les films de cavalerie de l’après-guerre
(Fort Apache, 1948; She Wore a Yellow Ribbon,
1949; Rio Grande, 1950) comme elle influence ses westerns
"communautaires" de la même époque (My Darling Clementine,
1946; 3 Godfathers, 1948; Wagon Master, 1950). Enfin
la présence renouvelée dans l’actualité américaine
des minorités comme l’inquiétude venue de la guerre
froide et des guerres asiatiques marquent The Searchers (1956),
Sergeant Rutledge (1960), The Man Who Shot Liberty Valance
(1962), Cheyen Autumn (1964). Dans mon intervention, je voudrais montrer
comment le genre "historique" du cinéma américain sert
au cinéaste pour exprimer ses engagements changeants dans l’histoire
contemporaine au niveau des scénarios comme de la mise en scène.
Références bibliographiques
:
McBride J., 2001: A la recherche de John
Ford, Arles, Institut Lumière / Actes sud.
Davis R.L., 1995: John Ford Hollywood’s
Old Master, Norman / Londres, University of Oklahoma Press.
Pippin R.B., 2010: Hollywood Westerns and
American Myth: The Importance of Howard Hawks and John Ford
for Political Philosophy, Yale University Press.
Lauric GUILLAUD: Le western, tentative
de généalogie d'un genre
Quelles sont les sources du western cinématographique?
L’histoire du genre se confond avec celle de
ces "lointains" (le Far West) spatiaux et temporels
qui ont alimenté l’imaginaire depuis la naissance
de l’Amérique: les grands espaces de la conquête,
l’Ouest comme terre régénératrice,
mais aussi la terrible wilderness et ses habitants censément
diaboliques, et la frontier qui va forger une véritable
mythologie populaire. Du Dernier des Mohicans de
Cooper aux romans de Gustave Aimard et de Karl May, en passant
par les "dime-novels" et The Virginian de Wister, le western
a d'abord des origines littéraires: récits
de captivité, terreur gothique liée à
l’émergence de la littérature américaine,
fascination pour la violence et le sacré, rêve
(ou "mauvais rêve") américain. Il faut
ajouter la concurrence de l’écrit et de l’image, les
récits de voyage (W. Irving) rivalisant avec les
peintures de Catlin, Bodmer, Miller, Moran, Bierstadt ou
Remington, elles-mêmes annonciatrices de l’essor de la
photographie, façonnant une image romantique d’un Ouest
"synthétique" (J.-L. Leutrat), d’une "géographie
mythologique" (L. Fiedler) que le cinéma allait consolider.
Références bibliiographiques
:
Cawelti John, The Six-gun Mystique Sequel,
Bowling Green University, 1999.
Cohen Clélia, Le western, Petits Cahiers
du Cinéma, Scéren-CNDP, 2005.
Leutrat Jean-Louis, Le western, archéologie
d’un genre, PUF de Lyon, 1987.
L. Guillaud, La Terreur et le sacré,
M. Houdiard, 2003.
Marianne KAC-VERGNE:
Les westerns contemporains à l'épreuve
du multiculturalisme
Le succès de Danse
avec les loups (Costner, 1991), au début des
années 1990, relance l’intérêt pour
le genre délaissé du western, revisitant en profondeur
ses mythes et donnant la part belle aux Indiens. Répondant
à l’essor du multiculturalisme dans la société
américaine, une série de westerns plus ou moins
connus, dont Posse, la revanche de Jesse Lee (Van Peebles,
1993), Belles de l’Ouest (Kaplan, 1994), Geronimo
(Hill, 1994), Dead Man (Jarmusch, 1995), ou Mort ou
vif (Raimi, 1995), remettent en cause la primauté de l’homme
blanc dans le genre pour s’intéresser au sort des minorités,
sexuelles et ethniques. Cette nouvelle approche "multiculturelle",
qui met au premier plan des personnages traditionnellement secondaires,
Indiens, Noirs et femmes, réussit-elle pour autant à
faire véritablement vaciller l’hégémonie masculine
telle que l’a perpétuée la tradition du western?
Mathieu LACOUE-LABARTHE: Western et maccarthysme, des effets
à double détente
Déjà rendu responsable de nombreux maux dans les
années 1920 et 1930, le cinéma américain se retrouve
à nouveau sur la sellette dès le début de la guerre
froide. Accusés à tort ou à raison de sympathies
communistes, plus de 300 réalisateurs, scénaristes et acteurs
sont exclus des studios et placés sur une liste noire. Peu d’entre
eux travaillent dans le western, genre cinématographique réputé
pour son patriotisme; nombre de ses réalisateurs et acteurs de prédilection
approuvent au contraire cette chasse aux sorcières. Le maccarthysme
n’en est pas pour autant sans effet sur le western. Sensibles à l’hystérie
anticommuniste et aux incertitudes de la guerre de Corée, certains
de ses réalisateurs accentuent sa dimension militaire et le manichéisme
de son propos. A l’inverse, d’autres réalisateurs et scénaristes
profitent de la plus grande tolérance dont bénéficie
le western en raison de son éloignement dans le temps et de son
patriotisme supposé pour dénoncer le maccarthysme et ses
partisans et faire passer leurs idées libérales.
Jean-Louis
LEUTRAT: Le mythe de Billy le Kid
Dans Broken Trails
de Walter Hill, Robert Duvall approfondit son
rôle d'homme vieillissant, faisant retour aux deux
personnages qu'il avait interprétés dans
Lonesome Dove et dans Open Range. L'acteur
reconnaît lui-même que ces trois œuvres
constituent une trilogie à ses yeux. Duvall a amoureusement
sculpté ce personnage à travers lequel la dimension
éthique du genre s'exprime de nouveau. Lonesome
Dove date de 1989 et Broken Trails de 2006
et l'acteur est passé de 57 à 75 ans.
Isabelle LIMOUSIN:
De la poétique westernienne à la sublimation
science fictive, The Roden Crater de
James Turrell
Dans le plus grand
secret, James Turrell travaille à l’achèvement
de son œuvre ultime, un volcan transformé en œuvre d’art.
The Roden Crater, situé en Arizona, sur
les anciennes terres indiennes du Painted Desert, a été
acquis par l’artiste au début des années 1970. Depuis,
celui-ci y aménage un observatoire de la voûte
céleste. Figure de cowboy, James Turrell
investit le décor du western et creuse à l’intérieur
de son volcan les tunnels, galeries et espaces dédiés
à l’accomplissement d’une expérience perceptive
inédite. Là, en peintre de la lumière et
magicien de l’illusion, il créé un espace paradoxal voué
à l’immatériel. Lors de notre intervention, nous
souhaitons montrer que The Roden Crater, œuvre contemporaine
des réalisations du Land Art, mêle les motifs
westerniens à ceux de la science fiction. Enfouie dans
un volcan architecturé, au cœur d’un paysage désertique
hors du temps, elle invite à explorer les limites, celles
de la vision, de l’espace comme du temps. Antichambre de l’infini,
son aura spirituelle outrepasse genres et catégories
artistiques pour entrer en résonnance avec les mythes fondateurs
des premiers américains.
Jean MARIGNY: Cowboys,
Indiens et... Vampires
Le vampire est un personnage
que l’on retrouve aujourd’hui dans tous les genres littéraires
et cinématographiques. Le western ne fait pas exception
à cette règle même si la présence
des morts-vivants y est plus discrète qu’ailleurs...
Au cinéma, deux westerns mémorables sont devenus des
classiques du genre. Il s’agit de Curse of the Undead d’Edward
Dein (1959) et surtout de Billy the Kid vs. Dracula de William
Beaudine (1966). Ces deux films qui comportent l’un et l’autre
un authentique vampire, respectent scrupuleusement les règles
du genre avec l’inévitable duel au pistolet à la fin.
Vers la fin du XXe siècle, on retrouve des vampires dans un
décor de western, notamment dans Sundown the Vampire in Retreat
de Anthony Hickox (1988), de From Dusk till Dawn de Robert Rodriguez
(1995) et de Vampires de John Carpenter (1998). Au XXIe siècle,
Uwe Boll renoue avec le western classique dans Bloodrayne 2 –
Deliverance (2007). Les vampires sont également présents
dans la littérature notamment dans des romans comme Vampire
of the Sierra de Tim Evans (1979), The Cowboy and the Vampire
de Clark Hays et Kathleen McFall (1999) et Bloodsilver de
Wayne Barrow (2006). Particulièrement intéressants sont
les romans qui mettent en scène des Amérindiens et
qui établissent un lien entre les croyances indiennes et les
mythes de la vieille Europe comme Skeleton Dancer d'Alan
E. Erwin (1989), Eye Killers de l'écrivain navajo A.A.
Carr, Loup debout (Walking Wolf) de Nancy A. Collins (1995),
et la tétralogie de David et Aimée Thurlo (2002-2006)
dont le héros est le vampire navajo, Lee Nez, membre de la
police d’état du Nouveau Mexique. Toute cette production contribue
à donner du vampire une image nouvelle et originale.
Jean-Paul
MEYER: Les Aventures de Blueberry en
BD. Une sémiographie du western
La série
Blueberry est une des plus célèbres
séries "western" de la bande dessinée francobelge.
Créée en 1963 par Charlier et Giraud pour
l'hebdomadaire Pilote, elle s'imposa très vite comme
un fleuron du journal, et comme un laboratoire d'innovation
formelle. Sa longévité, assurée par
des auteurs et des dessinateurs successifs, en fait une
œuvre particulièrement représentative
du genre, de même qu'un témoin fidèle
des évolutions de la BD depuis cinquante ans. Le
dernier album en date, paru en 2009, ne dément pas
cette affirmation. Cependant, bien que toutes les caractéristiques
du western soient présentes et largement exploitées
dans la série, le héros éponyme,
Blueberry lui-même, n'est pas une figure habituelle
des récits du far-west. Tête brûlée,
soldat injustement proscrit luttant pour sa réhabilitation,
justicier n'hésitant pas à "oublier" ses principes
et beau gosse facilement sentimental, il est aussi loin
du cow-boy solitaire que du shérif incorruptible.
Dès lors, une problématique classique peut être
retrouvée à travers cette opposition entre
western typique et héros atypique. La peinture du
monde dans lequel évolue le héros tranche volontairement
avec la mise en scène de son discours, figurant
ainsi un personnage ambigu, plus proche du western cinématographique
des années 1950 que de la bande dessinée de
son temps. Il y a de ce point de vue un "avant" Blueberry (Sergent
Kirk, Jerry Spring, etc.) et un "après" (Jonathan Cartland,
Buddy Longway, etc.), de même qu'un "anti" Blueberry,
l'éternel rival Lucky Luke. Dans la série Blueberry,
cette problématique se noue à travers
la représentation duale de l'image et du texte, en
particulier les effets visuels (cadrages, angles, chromatismes,
lettrages) en regard des structures narratives et énonciatives.
C'est pourquoi une approche sémiologique de la série
(iconicité, connotation), de même que l'analyse
sémantique des relations texte-image (référence,
catégorisation), permettent de présenter Blueberry
comme une sémiographie globale du western dessiné.
Références
bibliographiques :
BLETON, Paul,
2002, Western, France : La place de l’Ouest dans
l’imaginaire français, Paris/Amiens, Encrage/Les
Belles Lettres, (Travaux, 42).
BLETON, Paul,
SAINT-GERMAIN, Richard, (dir.), 1997, Les hauts
et les bas de l’imaginaire western dans la culture médiatique,
Montréal, Tryptique.
FILIPPINI,
Henri, 1999, Dictionnaire encyclopédique
des héros et auteurs de BD, vol. 2 : Western,
héros juvéniles, aventure, quotidien,
Grenoble, Glénat.
GIRAUD, Jean,
1999, Moebius/Giraud : Histoire de mon double,
Paris, Éditions n°1.
HERMAN, Paul,
Épopée et mythes du western dans
la bande dessinée, Grenoble, Éditions
Glénat, 1982.
HORN, Maurice,
1977, Comics of the American West, New York,
Winchester Press.
LEUTRAT, Jean-Louis,
1995, Le western : quand la légende
devient réalité, Gallimard, «
Découvertes ».
PIZZOLI, Daniel,
1995, Il était une fois Blueberry. Charlier/Giraud
: une monographie, Paris, Dargaud.
SADOUL, Numa,
1991, Moebius. Entretiens avec Numa Sadoul,
Tournai, Éditions Casterman.
VIDAL, Guy,
1995, Jean-Michel Charlier, un réacteur
sous la plume, Paris, Éditions Dargaud.
Anne-Marie PAQUET-DEYRIS: Itinéraires
westerniens dans les adaptations de Cormac McCarthy, All
the Pretty Horses [1992; Billy Bob Thornton, 2000] et No
Country for Old Men [2005; Joel et Ethan Coen, 2007]
Chez Cormac McCarthy, les routes
de l’Ouest, qu’elles soient réelles ou fantasmées,
s’inscrivent toujours dans une topographie complexe, torturée.
Horizon fantasmatique mais aussi itinéraire taillé
dans une réalité souvent déchirante au sens propre
comme figuré, cette cartographie tient de l’obsession
et du schéma tragique. Lignes de fuite troubles, ces routes
attirent à elles des héros perdus, aux prises avec
des territoires inhospitaliers et mortifères. Dans All
the Pretty Horses (1992) et No Country for Old Men (2005),
Billy Bob Thornton et les frères Coen inscrivent à l’écran
la beauté tourmentée et la dimension brutale et léthale
de ces "cartes de l’Ouest" qu’analyse Jean-Louis Leutrat. Les
nouveaux itinéraires des héros de McCarthy s’abîment
toujours dans une violence brute, totale, qui infléchit le
sens quasi-mythologique des paysages westerniens.
Références
bibliographiques :
Coen, Joel et Ethan, No Country
for Old Men, 2005, Paramount-Miramax.
Leutrat, Jean-Louis et Liandrat-Guigues,
Suzanne, Les Cartes de l’Ouest. Un genre cinématographique
: le western, Paris, Armand Colin, 1990.
McCarthy, Cormac, All the Pretty
Horses, London, Pan Books-Picador, 1993.
McCarthy, Cormac, No Country for
Old Men, London, Pan Macmillan-Picador, 2005.
Slotkin, Richard, Gunfighter Nation:
The Myth of the Frontier in Twentieth-Century America,
New York, Atheneum, 1992.
Thornton, Billy Bob, All the Pretty
Horses, 2000, Columbia Pictures.
Maryse PETIT: La ville sauvage
Si la figure du "bon sauvage" est un paradigme
fondamental de la littérature et de la philosophie française
du 18ème siècle, cette représentation semble
voler en éclats quand le pluriel s’impose. L’intérêt
des lecteurs et des auteurs français pour l’"exotisme
américain", ses espaces à conquérir et ses
peuplades sauvages va en grandissant au cours du 19ème siècle,
et au rythme de la diffusion des romans de F. Cooper, au point que
nombre d’auteurs français (dont Alexandre Dumas) vont inventer
une nouvelle sauvagerie urbaine, une guerre latente avec des ennemis
habiles et rusés, défendant leur territoire que l’essor
de la ville bourgeoise fait reculer vers des confins indécis.
Symétriques des guerres indiennes, vont se déployer sur
les bords de la Seine les combats des "Mohicans de Paris" et autres
Apaches...
Philippe ROGER: Les westerns
de King Vidor
Au fil de sa longue carrière, King
Vidor tourna plusieurs films qui peuvent se rattacher, de
façon plus ou moins directe, au genre du western: de
The Sky pilot (1921) à L'homme qui n'a pas d'étoile
(1955), en passant également par des œuvres aussi diverses
que Billy the Kid (1930), The Texas Rangers (1936),
voire Le Grand passage (1940), sans oublier bien sûr
le fameux Duel au soleil (1946). On examinera ce riche
corpus en tentant de déterminer sa cohérence.
Benjamin THOMAS: Mercenaires et samouraïs,
western et chambara, le dialogue
des genres
En 2007, Takashi Miike réalisait un film
intitulé Sukiyaki Western Django. Cet exercice baroque
et excessif offre la vision improbable d’une guerre entre deux
clans japonais médiévaux dans un décor de
"Far West". De plus, le seul survivant des combats sanglants,
à la fin du film, est un jeune garçon nippon prénommé
Django; comme si Miike prétendait offrir une "prequel" au
western homonyme de Sergio Corbucci (1965). Le film est indéniablement
mineur, mais il n’est pas inintéressant si on le considère
comme un moment où se formule, avec les seuls moyens du cinéma,
un discours sur le cinéma de genre japonais, et plus précisément
sur le chambara (film de sabre). Il est en effet connu que
le cinéma d’Akira Kurosawa a été revisité
par le western américain, et a joué un rôle dans
la naissance de sa version italienne. L’image du petit Django japonais,
à la fin du film de Miike, rappelle ce jeu d’influences.
Mais l’intrigue très japonaise du film, avant d’arriver à
cette conclusion, s’est tenue dans l’Ouest américain. Ainsi,
si le film souligne la dette du western envers le chambara,
il réaffirme aussi que le chambara des années 1970
doit sans doute autant, sinon plus, à l’approche par le western
italien de son propre cadre générique, qu’aux films
de sabre de Kurosawa. Ce qui n’a rien de surprenant dès lors
que l’on comprend que le film de sabre, genre reposant sur la trajectoire
d’un individu se déprenant de la communauté et de
la cité pour questionner les configurations de son espace,
est en quelque sorte le western japonais.
Christian VIVIANI: Republic Pictures, la
féminisation du western
De Vera Ralston, l'épouse du directeur du studio,
Herbert J. Yates, à Joan Crawford, star incontournable
bien que sur le déclin, REPUBLIC s'était
fait une spécialité de westerns insolites
construits autour d'une femme. Poussant la logique de la
démarche jusqu'au bout, les hommes étaient relégués
aux rôles de faire valoir ou d'objets. A partir
d'un noyau d'une dizaine de films, dont certains remarquables,
la formule s'est progressivement étendue aux autres
studios, produisant des œuvres aussi singulières que
Rancho Notorious (L'ange des maudits, 1951) de Fritz
Lang, Johnny Guitar (1953) de Nicholas Ray ou Forty
Guns (40 Tueurs, 1957) de Samuel Fuller. Un épisode
révélateur de la remise en question du western,
dans son âge d'or des années 50.
BIBLIOGRAPHIE :
Le Western, sources, mythes, auteurs, acteurs,
filmographies, sous la dir. de Raymond Bellour,
Union générale d'Editions, Paris,
1966.
John Cawelti, Six-gun Mystique, Bowling
Green University, 1984.
J. H. Lenihan, Showdown, confronting modern America
in the western film, University of Illinois
Press, 1985.
Jean-Louis Leutrat, Le western, archéologie
d’un genre, PUF de Lyon, 1987.
Suzanne Landrat-Guigues et J.-L. Leutrat, Splendeur
du western, Rouge profond, 2007.
Suzanne Landrat-Guigues et J.-L. Leutrat, Western(s),
Klincksieck, 2007.
William Bourton, Le western, une histoire parallèle
des Etats-Unis, PUF, 2008.
Avec le soutien de l’Université de Poitiers
(FORELL)