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DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET (14 H) 2010



LE WESTERN ET LES MYTHES DE L'OUEST

DANS LA LITTÉRATURE ET LES ARTS DE L'IMAGE



DIRECTION : Lauric GUILLAUD, Gilles MENEGALDO

ARGUMENT :

Le système du western repose essentiellement sur le concept américain de frontier qui s’impose en forgeant une véritable mythologie populaire. Du Dernier des Mohicans de Cooper aux romans de Gustave Aimard et de Karl May, en passant par les "dime-novels", le western a d'abord des origines littéraires. La généalogie du genre passe par les récits d’enlèvement et de captivité, la terreur gothique liée à l’émergence de la littérature américaine, la fascination pour la violence et le sacré, le rêve (ou le cauchemar) américain. Il puise dans l'histoire de l'Amérique, glorifiant l'épopée des pionniers, sans négliger les Guerres indiennes. Surtout, le western mythifie certains personnages historiques qu'il fait entrer dans la légende. À la fin de L'Homme qui tua Liberty Valance, une phrase résume l'essence du western: "Quand la légende devient réalité, imprimez la légende !".

Apparu dès les premières années du muet, le western connaît son apogée entre les années 1930 et les années 1960. Si nombre de westerns sont alors confiés à des réalisateurs de "série B", plusieurs grands noms de l'histoire du cinéma s'y illustrent. Robert Aldrich, John Ford, Howard Hawks, Fritz Lang, Anthony Mann, Nicholas Ray, Raoul Walsh, donnant au genre ses lettres de noblesse. Dans les années 1960, le renouveau vient d'Europe, avec Sergio Leone. Plus récemment, des réalisateurs américains comme Clint Eastwood ou Sam Peckinpah, réalisent des westerns "crépusculaires", où l'héroïsme manichéen cède la place à des personnages ambivalents. Un renouveau du genre se dessine ces dernières années avec Dead Man (1995) de Jim Jarmusch, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) d'Andrew Dominik, 3h10 pour Yuma (2007), de James Mangold (remake du film de 1957) ou encore Appaloosa (2008) de Ed Harris.

On s’interrogera sur les ressorts idéologiques du western. Le genre a longtemps servi de justification à l’ethnocide des Indiens d'Amérique, avant de montrer peu à peu les Indiens comme des victimes de la Conquête de l'Ouest. Il conviendra aussi d’explorer la grande perméabilité du western aux autres genres: comédies musicales (La Kermesse de l'Ouest de J. Logan), comédies (Go West avec les Marx Brothers), films de gangster et films noir (La Fille du désert de Walsh, remake de son propre film La Grande évasion). Nombre d’idées constitutives du western ont été recyclées au cinéma souvent dans le film policier, Assaut de Carpenter, est un remake de Rio Bravo de Hawks, ou de science-fiction, Outland reprend la trame du Train sifflera trois fois. Les séries télévisées (Dead Wood) proposent aussi des réécritures inventives.

Ce colloque se propose de décrire les commencements du genre sur le plan littéraire et de souligner les motifs westerniens dans la peinture des grands espaces au XIXe siècle (Bierstadt, Wyeth, Remington), la photo, la musique ou la bande dessinée (Morris, Charlier, Giraud, Jijé, Pratt). Il s’agira de resituer le western dans la mythologie américaine dont il est issu et de revisiter les "figures mythiques" telles Bas de Cuir, Daniel Boone, Jesse James, Billy the Kid, Calamity Jane, Buffalo Bill, et d'autres stéréotypes du genre: le cow-boy, l’éclaireur, le sheriff, la figure adamique, le pionnier, le héros solitaire, la femme fatale, l’outsider. Des topoi seront convoqués, comme la wilderness, la Prairie, le désert, la ville, le saloon etc. On étudiera la persistance des motifs du western dans la littérature contemporaine mainstream (Cormac McCarthy, Jim Harrison, James Lee Burke, etc.) sous forme de reprise (décors, thèmes, personnages) ou d’hybridité générique: fantastique/western, policier/western. La littérature des écrivains amérindiens (Louise Erdrich, James Welch) ou chicanos (Alejandro Morales, Richard Vasquez) constituera une autre piste à explorer.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 21 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 22 juillet
Matin:
Lauric GUILLAUD: Le western, tentative de généalogie d'un genre
Jean-Louis LEUTRAT: Le mythe de Billy le Kid (texte lu)

Après-midi:
Maureen TURIM: L'encadrement du paysage: les extérieurs variés dans trois westerns hollywoodiens
Yann CALVET: Le crépuscule des mythes


Vendredi 23 juillet
Matin:
Christian VIVIANI: Republic Pictures: la féminisation du western
Christophe DAMOUR: Stanislavski dans l'Ouest. Les Method Actors et le western

Après-midi:
Xavier DAVERAT: Géopolitique du désert westernien


Samedi 24 juillet
Matin:
Jean ARROUYE: Grandeur et décadence photographiques du cow-boy
Benjamin THOMAS: Mercenaires et samouraïs, western et chambara, le dialogue des genres

Après-midi:
Christophe CHAMBOST: La fange et le filon, ou comment Deadwood ré-investit le western
Jean-Paul MEYER: Les Aventures de Blueberry en BD. Une sémiographie du western


Dimanche 25 juillet
Matin:
Isabelle LIMOUSIN: De la poétique westernienne à la sublimation science fictive, The Roden Crater de James Turrell
Thierry CORMIER: Portraits mouvants de la femme de l’Ouest

Après-midi:
Gilles MENEGALDO: Les westerns de Jacques Tourneur


Lundi 26 juillet
DÉTENTE


Mardi 27 juillet
Matin:
Maryse PETIT: La ville sauvage
Jocelyn DUPONT: The Assassination of Jesse James by The Coward Robert Ford, manifeste pour un western hypnagogique

Après-midi:
Jean-Pierre ESQUENAZI: Les westerns de John Ford: la légende revue par l'histoire
Philippe ROGER: Les westerns de King Vidor


Mercredi 28 juillet
Matin:
Roger BOZZETTO: Bill Cody à l’assaut de l’univers
Jean MARIGNY: Cowboys, Indiens et... Vampires

Après-midi:
Paul BLETON: L'Ouest, pratique culturelle française
Zachary BAQUÉ: La représentation des institutions politiques américaines dans le western


Jeudi 29 juillet
Matin:
Adela CORTIJO: Renouvellement graphique du western, Blain et Calpurnio
Liliane CHEILAN: Portraits contrastés de Calamity Jane: de la figure de légende à l'héroïne de bandes dessinées

Après-midi:
Jean-Jacques MALO: Le western et la guerre du Vietnam
Sophie LÉCOLE-SOLNYCHKINE: La construction photographique du paysage ouest-américain: de la propagande politique à l'identité nationale


Vendredi 30 juillet
Matin:
Céline MURILLO: "Easy to sneak upon": la figure de l'Indien acculturé dans les westerns
Marianne KAC-VERGNE: Les westerns contemporains à l'épreuve du multiculturalisme

Après-midi:
Anne-Marie PAQUET-DEYRIS: Itinéraires westerniens dans les adaptations de Cormac McCarthy, All the Pretty Horses [1992; Billy Bob Thornton, 2000] et No Country for Old Men [2005; Joel et Ethan Coen, 2007]
Mathieu LACOUE-LABARTHE: Western et maccarthysme, des effets à double détente


Samedi 31 juillet
Matin:
Bilan du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Jean ARROUYE: Grandeur et décadence photographiques du cow-boy
Les cow-boys ont aussi une existence photographique. Comme au cinéma, certains auteurs voient en eux des hommes hors du commun dont ils célèbrent les vertus tandis  que d’autres les considèrent comme appartenant à une espèce en voie de disparition ou même consacrent leur œuvre à ruiner l’aura dont ils ont été parés. L’exemple de quatre photographes américains contemporains illustrera la diversité des statuts symboliques qui leur sont ainsi attribués.
Le livre monumental (40 x 50 cm) de Martin H. Shierber, Last of a Breed, illustre en 130 photographies en noir et blanc la vie des cow-boys dans la nature et au ranch. Il fait des cow-boys des hommes aux multiples savoirs, épris de liberté, qui vivent en communauté loin du monde moderne et ont un mode d’existence vertueux. L’image qu’en donne le livre de photographies en couleurs de William Albert Allan, Vanishing Breed, est moins valorisante. Soucieux d’indépendance mais en fait astreints à un travail épuisant, ses cowboys sont des êtres frustes et solitaires qui ne connaissent d’autres plaisirs que ceux qu’ils trouvent au café et auprès de filles de joie. Leur monde est menacé de disparition et les plus anciens entretiennent la nostalgie d’un âge d’or passé. Gary Winogrand, photographe de l’immédiateté, se contente de les observer à la foire annuelle de Fort Worth où ils sont en représentation. Les rôles qu’ils y tiennent les font paraître le plus souvent grotesques, à l’opposé de l’image exaltante de conducteurs de troupeaux dans des espaces illimités qu’une certaine tradition littéraire et cinématographique a élaborée. Cette image mythique est ruinée définitivement par le photographe plasticien Richard Prince qui rephotographie et recadre les images publicitaires de la marque de cigarettes Malboro qui ont fait des cowboys des figures emblématiques de l’énergie et de la virilité. Ses images, simulacres d’une fiction, font paraître l’irréalité d’une imagerie composée de stéréotypes de représentation devenus si habituels dans l’iconologie américaine que leur artificialité en était devenue invisible.

Zachary BAQUÉ: La représentation des institutions politiques américaines dans le western
Dans la perspective d'une analyse de la représentation de la politique au cinéma, il s'agira de voir comment, dans certains westerns représentatifs, la loi du gouvernement fédéral s'oppose (en tentant de s'imposer) à la loi de l'Ouest. Souvent étudié comme une institution éloignée des conditions de vie spécifiques des pionniers, le gouvernement fédéral obéit cependant à une logique interne d'expansion de la civilisation (l'avancée du chemin de fer marquée par un gros plan dans Duel in the Sun par exemple) qui va parfois à l'encontre des intérêts de ses habitants à l'avant-poste de la civilisation. Arrivant parfois trop tard ou bien in extremis (les nombreux exemples de cavalerie, comme dans Stagecoach), le gouvernement fédéral se caractérise aussi par des envoyés dont les idéaux entrent en conflit avec la violence présentée comme inhérente de l'Ouest (The Man Who Shot Liberty Valance, par exemple). Le but de cette communication sera donc d'analyser tant d'un point de vue esthétique qu'idéologique la dialectique spécifique du western, celle de la loi et de la violence que rejoue au niveau national celle de la civilisation et de la wilderness.

Paul BLETON: L'Ouest, pratique culturelle française
D’un côté, il y aurait le western comme genre, servant à inventer un passé mythique aux USA, par de nombreux avatars (films, romans, BD, mais aussi rodéos, peinture de l’Ole West, musique country...). D’un autre côté, il y aurait cette hypothèse que la conception de la Frontier en cercles concentriques ne dit pas tout. De nombreuses cultures nationales autres que la culture US ont eu une expérience directe de la conquête de l’Ouest, mais aussi BD, western en Angleterre, en Italie, en Belgique et en France, en Espagne, cinéma western en Allemagne, en Italie, roman western en Allemagne, en Angleterre, en France, en Espagne...
Il s'agira de poursuivre l'investigation du côté de la réelle appropriation individuelle de l’Ouest, à la fois consumériste, réactive et innovatrice, qui passe par le grand magasin de prêt-à-rêver fourni par la culture médiatique. Au-delà de la fiction filmée ou imprimée, l’Ouest comme pratique culturelle française...: il s'agira d'en montrer l'empan.

Roger BOZZETTO: Bill Cody à l’assaut de l’univers
On notera que le premier film de ce qui ne s’appelait pas encore la science-fiction date de 1902. Il s’agit du Voyage dans le Lune de Georges Méliès. Il précède de deux ans au moins le premier western muet (1904). Les deux genres vont continuer à chevaucher de conserve. Parfois la mode du western prend le pas sur la SF, parfois, comme de nos jours, c’est l’inverse. Ajoutons que les deux genres ont énormément évolué, chacun de leur côté et parfois ensemble. Mais, à chacune de leurs époques respectives, ces genres ont traité des problèmes de la société où ils se situaient (racisme, mécanisation, etc). De plus ils possèdent quelques traits communs, originairement étasuniens: le mythe de la frontière, le manichéisme, le rapport entre la force et le droit, la conquête de l’Ouest (ou de l’univers) sous le prétexte de "civiliser" des autochtones. Dernier point, ils se sont influencés et, la plupart du temps, c’est le western qui a servi de point de départ, comme on le voit avec Outland inspiré par Le train sifflera trois fois, ou de Mondwest où Yul Brunner porte les mêmes habits que dans Les sept mercenaires. Et avec Stephen King et son "pistolero", il entrera dans la dimension de la métaphysique.

Yann CALVET: Le crépuscule des mythes
Le western classique révélait un monde épique alors que les héros des westerns crépusculaires sont voués à l’échec et à la mort. A partir de l’analyse de plusieurs exemples: L’étrange Incident (W. Wellman, 1943), La horde Sauvage (S. Peckinpah, 1969), Impitoyable (C. Eastwood, 1992)... Il s’agira de commenter et d’expliquer le complet renversement mythologique et esthétique opéré par le genre entre ses origines et aujourd’hui. En s’interrogeant sur la représentation de la ville, sur l’organisation des références bibliques (le déluge, l’enfer... qui ont remplacé le thème du paradis perdu), sur le thème de la représentation de la violence, sur l’évolution de la figure du héros de l’Ouest... notre réflexion portera plus globalement sur l’inversion des codes qui s’opère dans le western au fil de son histoire.

Christophe CHAMBOST: La fange et le filon, ou comment Deadwood ré-investit le western
Deadwood (2004/2006) fait partie des séries télévisées qui ont permis aux studios de télévision américains de connaître un nouvel essor à l’orée du XXIe siècle. Cette série se démarque des stéréotypes propres au western que véhiculaient les séries des décennies précédentes (telles Wanted: Dead or Alive en 1958 ou The Wild Wild West en 1965). Ici aussi, les mythes de l’Ouest sont utilisés, de même que certains personnages emblématiques de l’époque (Calamity Jane, Wild Bill Hickok...), mais la complexité de l’intrigue ainsi que l’épaisseur des protagonistes permettent une réflexion affinée sur une société décrite avec minutie. Il s’agira donc de voir comment l’auteur parvient à dépasser les clichés inhérents au genre pour mieux observer, de manière cinglante, la naissance d’une nation à partir d’un campement de chercheurs d’or. Le passage du chaos à l’ordre (où de la crasse à la prospérité) n’est en effet pas vu de manière simpliste, et si la série redore bien le blason du western télévisuel, cette dernière souligne aussi les pratiques troubles qui viennent ternir le développement d’une économie florissante.

Références bibliographiques :

Bellour, Raymond. Le western. Paris: Gallimard. 1993.
Kitses, Jim. Horizons West. London: Thames & Hudson. 1969.
Lavery, David. Reading "Deadwood", a Western to Swear By. London & New York: 2006.
Leutrat, Jean-Louis & Liandrat-Guigues. Western(s). Paris: Klincksieck. 2007.


Liliane CHEILAN: Portraits contrastés de Calamity Jane: de la figure de légende à l'héroïne de bandes dessinées
Bien différente de la rousse aux manières de déménageur et à la gâchette facile, imaginée aux côtés de Lucky Luke par Goscinny et Morris, Calamity Jane apparaît dans deux bandes dessinées plus récentes: dans un one shot de Sylvie Fontaine en 2004 et, en 2007, dans le premier volume, primé à Angoulème en 2009, d’une trilogie de Matthieu Blanchin et Christian Perrissin dont le volume 2 est paru en octobre 2009. Le nouveau personnage qui se détache de ces deux interprétations prétend s’éloigner d’un certain nombre de clichés que les incertitudes caractéristiques des biographies des héros de cette période légendaire et les affabulations alimentées par l’intéressée elle-même ont entretenus. En même temps qu’un nouveau portrait de Calamity Jane, se dessinent dans ces deux interprétations les caractéristiques d’un genre: le western sentimental, la biographie en bande dessinée.

Thierry CORMIER: Portraits mouvants de la femme de l’Ouest
"La femme de western, dont on n'a rien su dire, s'offre à l'oeil ébloui dans le statut multiple de son ambiguïté. Car ambiguë, elle l'est véritablement, dès l'origine, et de toutes manières. Qu'a t-elle à faire, en vérité, dans cet univers d'hommes, voilà ce que chacun demande" (Raymond Bellour).
Traditionnellement dans le western, la femme est prise dans l'étau d'un récit viril par excellence, sorte d'adjuvant souvent incontournable, mais pas essentiel, du héros masculin. Elle oscille entre les statuts de fiancée, d'épouse ou de mère, synonymes de stabilité pour le cow boy et symboliques de l'établissement d'une nouvelle nation ; et le statut d'entraîneuse ou de prostituée, souvent au grand coeur, représentant l'aventure et l'instabilité. Mais de nombreux cinéastes ont su donné une vision moins tranchée de ces femmes en résistance face à ce monde d'hommes qui les souhaiterait soumises. Des personnages tels Altar Keane (Marlène Dietrich, Rancho Notorious, Fritz Lang, 1952) ou Feathers (Angie Dickinson, Rio Bravo, Howard Hawks, 1958), en passant par les figures radicales de Vienna et Emma (Joan Crawford et Mercedes McCambridge, Johnny Guitar, Nicholas Ray, 1954), jusqu'à des incarnations contemporaines comme Allison French (Renée Zellweger, Appaloosa, Ed Harris, 2007), contredisent cette histoire traditionnelle du western qui voudrait le personnage féminin univoque. Femmes-gangsters, femmes de pouvoir, voire femmes fatales, mieux la caractérisation féminine dans certains westerns n’est pas une mais multiple: figures protéiformes, changeant de statuts à l’intérieur d’un même récit, ces personnages drainent une réalité souvent émouvante, parfois dure, sur la difficile survie de ces femmes dans cet univers cerclé par la mythologie virile de l’Ouest américain. Leur existence se démarque alors à l’écran par une complexité qui n’est pas de mise chez ces héros masculins qui demeurent hiératiques. Il va donc s’agir d'explorer certaines de ces figures féminines, parmi les plus marquantes et atypiques, non pas sous l’angle des gender studies, mais dans une approche analytique et historique du western classique et contemporain.

Christophe DAMOUR: Stanislavski dans l'Ouest. Les Method Actors et le western
Les acteurs américains formés à partir de la fin des années 40 à la "Méthode" d’Elia Kazan et Lee Strasberg pour des rôles d’antihéros contemporains sont-ils une incongruité dans le genre westernien ou en accompagnent-ils au contraire l’évolution logique? De Montgomery Clift dans La Rivière rouge/Red River (Howard Hawks, 1948) et Jack Palance dans L’Homme des vallées perdues/Shane (Georges Stevens, 1953), aux jeunes recrues entourant John Wayne dans Les Cow-Boys (Mark Rydell, 1972), en passant par Paul Newman dans Le Gaucher/Left-Handed Gun (Arthur Penn, 1958)  et le duo Marlon Brando/Karl Malden dans La Vengeance aux deux visages/One-Eyed Jacks (Marlon Brando, 1961), nous proposons d’étudier l’impact stylistique et thématique de la présence de praticiens des techniques de jeu psycho-physiologiques modernes d’inspiration stanislavskienne au sein d’un genre cinématographique classique comme le western.

Xavier DAVERAT: Géopolitique du désert westernien
Après avoir suivi la rivière Arkansas, longé les Rocheuses et rejoint Santa Fe (1805-1807), Zebulon Pike compare les plaines du sud au "désert de sable africain". Le désert est réel: Désert Mojave, Lone Pine... Son nom dit parfois la menace: Death Valley. Naguère, les puritains immigrés dans le Nouveau Monde l’ont sans doute traversé en se souvenant du "vaste et affreux désert" dont parlait l’Ancien Testament (Wagon Master). Sous l’unicité apparente du vide, il prend des formes variées: plaines brûlantes (Gunfight at the OK Corral), sables de l’Arizona (Ulzana’s Raid), plateaux sauvages (Forty Guns), montagnes arides (A Distant Trumpet)... Le désert est aussi un lieu symbolique. Exhibant les stigmates des chaos anciens, sa tectonique est convulsive. Il n’invite qu’au passage: rien, pas même l’homme, ne peut s’y enraciner. Sa traversée est l’étape obligée d’un voyage ou l’itinéraire imprévu d’une fuite. C’est aussi le terrain privilégié de l’errance. Il est des films qui désorientent et accentuent le nomadisme des personnages (The Shooting). Parcourir le désert est une épreuve, souvent initiatique. On s’y découvre soi-même (Along the Great Divide), on s’y régénère, on y est touché par la grâce (Three Godfathers). Parfois, on n’en revient pas: les os — la part la plus minérale de l’être — affleurent dans le désert. Puis, quand le western se fait plus rare, d’autres films font traverser à nouveau le désert westernien à pied, à cheval, en moto, en voiture, montrant ce qui se tarit, s’épuise, s’érode dans des films splénétiques (déplorations sur la mort de l’Ouest), révisionnistes (au nom de promesses non tenues et d’idéaux dévoyés). Le désert métaphorise alors une désertion. "Il y aura eu raréfaction absolue, le désert aura eu lieu" (Jacques Derrida).

Références bibliographiques :

ABBEY, Edward, Désert solitaire, Hoëbeke, coll. "Le grand dehors", 1999.
MCCARTHY, Cormac, Méridien de sang ou le rougeoiement du soir dans l’Ouest (Blood meridian or the evening redness in the West), L’olivier, coll. "Littérature étrangère", 1998.
MOMADAY, N. Scott, La maison de l’aube (House made of dawn), Ed. du Rocher, coll. "Nuage Rouge", 1993.
SILKO, Leslie M., Almanac of the dead: a novel, Penguin, 1992.
MAUDUY, Daniel, HENRIET, François, Géographies du western, Nathan, 1989.
ROYOT, Daniel, DUBAN, François, JACQUIN, Philippe, Déserts américains, Autrement, 1997.
TEAGUE, David W., The Southwest in American literature and art : the rise of a desert aesthetic, University of Arizona Press, 1997.
TOCQUEVILLE, Alexis de, Quinze jours dans le désert américain, Mille et une nuits, 1998.


Jocelyn DUPONT: The Assassination of Jesse James by The Coward Robert Ford, manifeste pour un western hypnagogique
Cette communication a pour objet The Assassination of Jesse James by The Coward Robert Ford, film d'Andrew Dominik (2007), post-western ambitieux et onirique dans lequel le réalisateur choisit de revisiter le genre en adoptant un mode froid, mélancolique et crépusculaire. Le terme anglais dirge (chant funèbre) vient d'ailleurs à l'esprit pour qualifier cet opus qui narre la mort d'un mythe et sa résurrection. Cette étude s'appuiera tout particulièrement sur le récent ouvrage de Raymond Bellour, Le Corps du Cinéma (2009). Au-delà du travail désormais "classique" de Bellour sur le genre du western, nous tâcherons de montrer que The Assassination mérite d'être vu comme un "western hypnagogique", plus encore qu'un western postmoderne ou parodique (Dead Man, Impitoyable). The Assassination s'applique à exercer sur le spectateur un envoûtement proche de l'hypnose, pierre d'angle du dernier ouvrage de Bellour. On pourra également tenter de situer The Assassination parmi un corpus contemporain, tel le western néo-noir (Trois Enterrements, T. Lee Jones, 2005), qui adopte un mode assez comparable quoique moins esthétisé, et à l'autre extrémité du spectre Gerry (G. Van Sant, 2001), où seul demeure l'effroi d'une wilderness, littéralement sublimée.

Jean-Pierre ESQUENAZI: Les westerns de John Ford: la légende revue par l'histoire
Les westerns de John Ford, du moins à partir de la fin des années trente, expriment les inquiétudes et les préoccupations contemporaines du cinéaste. Stagecoach (1939) ou Drums along the Mohawk (1939) sont tous deux imprégnés des engagements de Ford dans le syndicat des réalisateurs et des influences subis alors. Les autorités ou les notables ne sont pas souvent dépeints sous les meilleurs traits. Son expérience de la guerre contre les japonais commande les films de cavalerie de l’après-guerre (Fort Apache, 1948; She Wore a Yellow Ribbon, 1949; Rio Grande, 1950) comme elle influence ses westerns "communautaires" de la même époque (My Darling Clementine, 1946; 3 Godfathers, 1948; Wagon Master, 1950). Enfin la présence renouvelée dans l’actualité américaine des minorités comme l’inquiétude venue de la guerre froide et des guerres asiatiques marquent The Searchers (1956), Sergeant Rutledge (1960), The Man Who Shot Liberty Valance (1962), Cheyen Autumn (1964). Dans mon intervention, je voudrais montrer comment le genre "historique" du cinéma américain sert au cinéaste pour exprimer ses engagements changeants dans l’histoire contemporaine au niveau des scénarios comme de la mise en scène.

Références bibliographiques :

McBride J., 2001: A la recherche de John Ford, Arles, Institut Lumière / Actes sud.
Davis R.L., 1995: John Ford Hollywood’s Old Master, Norman / Londres, University of Oklahoma Press.
Pippin R.B., 2010: Hollywood Westerns and American Myth: The Importance of Howard Hawks and John Ford for Political Philosophy, Yale University Press.


Lauric GUILLAUD: Le western, tentative de généalogie d'un genre
Quelles sont les sources du western cinématographique? L’histoire du genre se confond avec celle de ces "lointains" (le Far West) spatiaux et temporels qui ont alimenté l’imaginaire depuis la naissance de l’Amérique: les grands espaces de la conquête, l’Ouest comme terre régénératrice, mais aussi la terrible wilderness et ses habitants censément diaboliques, et la frontier qui va forger une véritable mythologie populaire. Du Dernier des Mohicans de Cooper aux romans de Gustave Aimard et de Karl May, en passant par les "dime-novels" et The Virginian de Wister, le western a d'abord des origines littéraires: récits de captivité, terreur gothique liée à l’émergence de la littérature américaine, fascination pour la violence et le sacré, rêve (ou "mauvais rêve") américain. Il faut ajouter la concurrence de l’écrit et de l’image, les récits de voyage (W. Irving) rivalisant avec les peintures de Catlin, Bodmer, Miller, Moran, Bierstadt ou Remington, elles-mêmes annonciatrices de l’essor de la photographie, façonnant une image romantique d’un Ouest "synthétique" (J.-L. Leutrat), d’une "géographie mythologique" (L. Fiedler) que le cinéma allait consolider.

Références bibliiographiques :

Cawelti John, The Six-gun Mystique Sequel, Bowling Green University, 1999.
Cohen Clélia, Le western, Petits Cahiers du Cinéma, Scéren-CNDP, 2005.
Leutrat Jean-Louis, Le western, archéologie d’un genre, PUF de Lyon, 1987.
L. Guillaud, La Terreur et le sacré, M. Houdiard, 2003.


Marianne KAC-VERGNE: Les westerns contemporains à l'épreuve du multiculturalisme
Le succès de Danse avec les loups (Costner, 1991), au début des années 1990, relance l’intérêt pour le genre délaissé du western, revisitant en profondeur ses mythes et donnant la part belle aux Indiens. Répondant à l’essor du multiculturalisme dans la société américaine, une série de westerns plus ou moins connus, dont Posse, la revanche de Jesse Lee (Van Peebles, 1993), Belles de l’Ouest (Kaplan, 1994), Geronimo (Hill, 1994), Dead Man (Jarmusch, 1995), ou Mort ou vif (Raimi, 1995), remettent en cause la primauté de l’homme blanc dans le genre pour s’intéresser au sort des minorités, sexuelles et ethniques. Cette nouvelle approche "multiculturelle", qui met au premier plan des personnages traditionnellement secondaires, Indiens, Noirs et femmes, réussit-elle pour autant à faire véritablement vaciller l’hégémonie masculine telle que l’a perpétuée la tradition du western?

Mathieu LACOUE-LABARTHE: Western et maccarthysme, des effets à double détente
Déjà rendu responsable de nombreux maux dans les années 1920 et 1930, le cinéma américain se retrouve à nouveau sur la sellette dès le début de la guerre froide. Accusés à tort ou à raison de sympathies communistes, plus de 300 réalisateurs, scénaristes et acteurs sont exclus des studios et placés sur une liste noire. Peu d’entre eux travaillent dans le western, genre cinématographique réputé pour son patriotisme; nombre de ses réalisateurs et acteurs de prédilection approuvent au contraire cette chasse aux sorcières. Le maccarthysme n’en est pas pour autant sans effet sur le western. Sensibles à l’hystérie anticommuniste et aux incertitudes de la guerre de Corée, certains de ses réalisateurs accentuent sa dimension militaire et le manichéisme de son propos. A l’inverse, d’autres réalisateurs et scénaristes profitent de la plus grande tolérance dont bénéficie le western en raison de son éloignement dans le temps et de son patriotisme supposé pour dénoncer le maccarthysme et ses partisans et faire passer leurs idées libérales.

Jean-Louis LEUTRAT: Le mythe de Billy le Kid
Dans Broken Trails de Walter Hill, Robert Duvall approfondit son rôle d'homme vieillissant, faisant retour aux deux personnages qu'il avait interprétés dans Lonesome Dove et dans Open Range. L'acteur reconnaît lui-même que ces trois œuvres constituent une trilogie à ses yeux. Duvall a amoureusement sculpté ce personnage à travers lequel la dimension éthique du genre s'exprime de nouveau. Lonesome Dove date de 1989 et Broken Trails de 2006 et l'acteur est passé de 57 à 75 ans.

Isabelle LIMOUSIN: De la poétique westernienne à la sublimation science fictive, The Roden Crater de James Turrell
Dans le plus grand secret, James Turrell travaille à l’achèvement de son œuvre ultime, un volcan transformé en œuvre d’art. The Roden Crater, situé en Arizona, sur les anciennes terres indiennes du Painted Desert, a été acquis par l’artiste au début des années 1970. Depuis, celui-ci y aménage un observatoire de la voûte céleste. Figure de cowboy, James Turrell investit le décor du western et creuse à l’intérieur de son volcan les tunnels, galeries et espaces dédiés à l’accomplissement d’une expérience perceptive inédite. Là, en peintre de la lumière et magicien de l’illusion, il créé un espace paradoxal voué à l’immatériel. Lors de notre intervention, nous souhaitons montrer que The Roden Crater, œuvre contemporaine des réalisations du Land Art, mêle les motifs westerniens à ceux de la science fiction. Enfouie dans un volcan architecturé, au cœur d’un paysage désertique hors du temps, elle invite à explorer les limites, celles de la vision, de l’espace comme du temps. Antichambre de l’infini, son aura spirituelle outrepasse genres et catégories artistiques pour entrer en résonnance avec les mythes fondateurs des premiers américains.

Jean MARIGNY: Cowboys, Indiens et... Vampires
Le vampire est un personnage que l’on retrouve aujourd’hui dans tous les genres littéraires et cinématographiques. Le western ne fait pas exception à cette règle même si la présence des morts-vivants y est plus discrète qu’ailleurs... Au cinéma, deux westerns mémorables sont devenus des classiques du genre. Il s’agit de Curse of the Undead d’Edward Dein (1959) et surtout de Billy the Kid vs. Dracula de William Beaudine (1966). Ces deux films qui comportent l’un et l’autre un authentique vampire, respectent scrupuleusement les règles du genre avec l’inévitable duel au pistolet à la fin. Vers la fin du XXe siècle, on retrouve des vampires dans un décor de western, notamment dans Sundown the Vampire in Retreat de Anthony Hickox (1988), de From Dusk till Dawn de Robert Rodriguez (1995) et de Vampires de John Carpenter (1998). Au XXIe siècle, Uwe Boll renoue avec le western classique dans Bloodrayne 2 – Deliverance (2007). Les vampires sont également présents dans la littérature notamment dans des romans comme Vampire of the Sierra de Tim Evans (1979), The Cowboy and the Vampire de Clark Hays et Kathleen McFall (1999) et Bloodsilver de Wayne Barrow (2006). Particulièrement intéressants sont les romans qui mettent en scène des Amérindiens et qui établissent un lien entre les croyances indiennes et les mythes de la vieille Europe comme Skeleton Dancer d'Alan E. Erwin (1989), Eye Killers de l'écrivain navajo A.A. Carr, Loup debout (Walking Wolf) de Nancy A. Collins (1995), et la tétralogie de David et Aimée Thurlo (2002-2006) dont le héros est le vampire navajo, Lee Nez, membre de la police d’état du Nouveau Mexique. Toute cette production contribue à donner  du vampire une image nouvelle et originale.

Jean-Paul MEYER: Les Aventures de Blueberry en BD. Une sémiographie du western
La série Blueberry est une des plus célèbres séries "western" de la bande dessinée francobelge. Créée en 1963 par Charlier et Giraud pour l'hebdomadaire Pilote, elle s'imposa très vite comme un fleuron du journal, et comme un laboratoire d'innovation formelle. Sa longévité, assurée par des auteurs et des dessinateurs successifs, en fait une œuvre particulièrement représentative du genre, de même qu'un témoin fidèle des évolutions de la BD depuis cinquante ans. Le dernier album en date, paru en 2009, ne dément pas cette affirmation. Cependant, bien que toutes les caractéristiques du western soient présentes et largement exploitées dans la série, le héros éponyme, Blueberry lui-même, n'est pas une figure habituelle des récits du far-west. Tête brûlée, soldat injustement proscrit luttant pour sa réhabilitation, justicier n'hésitant pas à "oublier" ses principes et beau gosse facilement sentimental, il est aussi loin du cow-boy solitaire que du shérif incorruptible. Dès lors, une problématique classique peut être retrouvée à travers cette opposition entre western typique et héros atypique. La peinture du monde dans lequel évolue le héros tranche volontairement avec la mise en scène de son discours, figurant ainsi un personnage ambigu, plus proche du western cinématographique des années 1950 que de la bande dessinée de son temps. Il y a de ce point de vue un "avant" Blueberry (Sergent Kirk, Jerry Spring, etc.) et un "après" (Jonathan Cartland, Buddy Longway, etc.), de même qu'un "anti" Blueberry, l'éternel rival Lucky Luke. Dans la série Blueberry, cette problématique se noue à travers la représentation duale de l'image et du texte, en particulier les effets visuels (cadrages, angles, chromatismes, lettrages) en regard des structures narratives et énonciatives. C'est pourquoi une approche sémiologique de la série (iconicité, connotation), de même que l'analyse sémantique des relations texte-image (référence, catégorisation), permettent de présenter Blueberry comme une sémiographie globale du western dessiné.

Références bibliographiques :

BLETON, Paul, 2002, Western, France : La place de l’Ouest dans l’imaginaire français, Paris/Amiens, Encrage/Les Belles Lettres, (Travaux, 42).
BLETON, Paul, SAINT-GERMAIN, Richard, (dir.), 1997, Les hauts et les bas de l’imaginaire western dans la culture médiatique, Montréal, Tryptique.
FILIPPINI, Henri, 1999, Dictionnaire encyclopédique des héros et auteurs de BD, vol. 2 : Western, héros juvéniles, aventure, quotidien, Grenoble, Glénat.
GIRAUD, Jean, 1999, Moebius/Giraud : Histoire de mon double, Paris, Éditions n°1.
HERMAN, Paul, Épopée et mythes du western dans la bande dessinée, Grenoble, Éditions Glénat, 1982.
HORN, Maurice, 1977, Comics of the American West, New York, Winchester Press.
LEUTRAT, Jean-Louis, 1995, Le western : quand la légende devient réalité, Gallimard, « Découvertes ».
PIZZOLI, Daniel, 1995, Il était une fois Blueberry. Charlier/Giraud : une monographie, Paris, Dargaud.
SADOUL, Numa, 1991, Moebius. Entretiens avec Numa Sadoul, Tournai, Éditions Casterman.
VIDAL, Guy, 1995, Jean-Michel Charlier, un réacteur sous la plume, Paris, Éditions Dargaud.


Anne-Marie PAQUET-DEYRIS: Itinéraires westerniens dans les adaptations de Cormac McCarthy, All the Pretty Horses [1992; Billy Bob Thornton, 2000] et No Country for Old Men [2005; Joel et Ethan Coen, 2007]
Chez Cormac McCarthy, les routes de l’Ouest, qu’elles soient réelles ou fantasmées, s’inscrivent toujours dans une topographie complexe, torturée. Horizon fantasmatique mais aussi itinéraire taillé dans une réalité souvent déchirante au sens propre comme figuré, cette cartographie tient de l’obsession et du schéma tragique. Lignes de fuite troubles, ces routes attirent à elles des héros perdus, aux prises avec des territoires inhospitaliers et mortifères. Dans All the Pretty Horses (1992) et No Country for Old Men (2005), Billy Bob Thornton et les frères Coen inscrivent à l’écran la beauté tourmentée et la dimension brutale et léthale de ces "cartes de l’Ouest" qu’analyse Jean-Louis Leutrat. Les nouveaux itinéraires des héros de McCarthy s’abîment toujours dans une violence brute, totale, qui infléchit le sens quasi-mythologique des paysages westerniens.

Références bibliographiques :

Coen, Joel et Ethan, No Country for Old Men, 2005, Paramount-Miramax.
Leutrat, Jean-Louis et Liandrat-Guigues, Suzanne, Les Cartes de l’Ouest. Un genre cinématographique : le western, Paris, Armand Colin, 1990.
McCarthy, Cormac, All the Pretty Horses, London, Pan Books-Picador, 1993.
McCarthy, Cormac, No Country for Old Men, London, Pan Macmillan-Picador, 2005.
Slotkin, Richard, Gunfighter Nation: The Myth of the Frontier in Twentieth-Century America, New York, Atheneum, 1992.
Thornton, Billy Bob, All the Pretty Horses, 2000, Columbia Pictures.


Maryse PETIT: La ville sauvage
Si la figure du "bon sauvage" est un paradigme fondamental de la littérature et de la philosophie française du 18ème siècle, cette représentation semble voler en éclats quand le pluriel s’impose. L’intérêt des lecteurs et des auteurs français pour l’"exotisme américain", ses espaces à conquérir et ses peuplades sauvages va en grandissant au cours du 19ème siècle, et au rythme de la diffusion des romans de F. Cooper, au point que nombre d’auteurs français (dont Alexandre Dumas) vont inventer une nouvelle sauvagerie urbaine, une guerre latente avec des ennemis habiles et rusés, défendant leur territoire que l’essor de la ville bourgeoise fait reculer vers des confins indécis. Symétriques des guerres indiennes, vont se déployer sur les bords de la Seine les combats des "Mohicans de Paris" et autres Apaches...

Philippe ROGER: Les westerns de King Vidor
Au fil de sa longue carrière, King Vidor tourna plusieurs films qui peuvent se rattacher, de façon plus ou moins directe, au genre du western: de The Sky pilot (1921) à L'homme qui n'a pas d'étoile (1955), en passant également par des œuvres aussi diverses que Billy the Kid (1930), The Texas Rangers (1936), voire Le Grand passage (1940), sans oublier bien sûr le fameux Duel au soleil (1946). On examinera ce riche corpus en tentant de déterminer sa cohérence.

Benjamin THOMAS: Mercenaires et samouraïs, western et chambara, le dialogue des genres
En 2007, Takashi Miike réalisait un film intitulé Sukiyaki Western Django. Cet exercice baroque et excessif offre la vision improbable d’une guerre entre deux clans japonais médiévaux dans un décor de "Far West". De plus, le seul survivant des combats sanglants, à la fin du film, est un jeune garçon nippon prénommé Django; comme si Miike prétendait offrir une "prequel" au western homonyme de Sergio Corbucci (1965). Le film est indéniablement mineur, mais il n’est pas inintéressant si on le considère comme un moment où se formule, avec les seuls moyens du cinéma, un discours sur le cinéma de genre japonais, et plus précisément sur le chambara (film de sabre). Il est en effet connu que le cinéma d’Akira Kurosawa a été revisité par le western américain, et a joué un rôle dans la naissance de sa version italienne. L’image du petit Django japonais, à la fin du film de Miike, rappelle ce jeu d’influences. Mais l’intrigue très japonaise du film, avant d’arriver à cette conclusion, s’est tenue dans l’Ouest américain. Ainsi, si le film souligne la dette du western envers le chambara, il réaffirme aussi que le chambara des années 1970 doit sans doute autant, sinon plus, à l’approche par le western italien de son propre cadre générique, qu’aux films de sabre de Kurosawa. Ce qui n’a rien de surprenant dès lors que l’on comprend que le film de sabre, genre reposant sur la trajectoire d’un individu se déprenant de la communauté et de la cité pour questionner les configurations de son espace, est en quelque sorte le western japonais.

Christian VIVIANI: Republic Pictures, la féminisation du western
De Vera Ralston, l'épouse du directeur du studio, Herbert J. Yates, à Joan Crawford, star incontournable bien que sur le déclin, REPUBLIC s'était fait une spécialité de westerns insolites construits autour d'une femme. Poussant la logique de la démarche jusqu'au bout, les hommes étaient relégués aux rôles de faire valoir ou d'objets. A partir d'un noyau d'une dizaine de films, dont certains remarquables, la formule s'est progressivement étendue aux autres studios, produisant des œuvres aussi singulières que Rancho Notorious (L'ange des maudits, 1951) de Fritz Lang, Johnny Guitar (1953) de Nicholas Ray ou Forty Guns (40 Tueurs, 1957) de Samuel Fuller. Un épisode révélateur de la remise en question du western, dans son âge d'or des années 50.

BIBLIOGRAPHIE :

Le Western, sources, mythes, auteurs, acteurs, filmographies, sous la dir. de Raymond Bellour, Union générale d'Editions, Paris, 1966.
John Cawelti, Six-gun Mystique, Bowling Green University, 1984.
J. H. Lenihan, Showdown, confronting modern America in the western film, University of Illinois Press, 1985.
Jean-Louis Leutrat, Le western, archéologie d’un genre, PUF de Lyon, 1987.
Suzanne Landrat-Guigues et J.-L. Leutrat, Splendeur du western, Rouge profond, 2007.
Suzanne Landrat-Guigues et J.-L. Leutrat, Western(s), Klincksieck, 2007.
William Bourton, Le western, une histoire parallèle des Etats-Unis, PUF, 2008.


Avec le soutien de l’Université de Poitiers (FORELL)



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