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" Page mise à jour le 8 mars 2010 "
DU MERCREDI 21 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 31 JUILLET
(14 H) 2010
LE WESTERN ET LES MYTHES DE L'OUEST
DANS LA LITTÉRATURE
ET LES ARTS DE L'IMAGE
DIRECTION : Lauric GUILLAUD, Gilles MENEGALDO
ARGUMENT :
Le système
du western repose essentiellement sur le concept
américain de frontier qui s’impose en forgeant
une véritable mythologie populaire. Du Dernier
des Mohicans de Cooper aux romans de Gustave Aimard et de
Karl May, en passant par les "dime-novels", le western a
d'abord des origines littéraires. La généalogie
du genre passe par les récits d’enlèvement
et de captivité, la terreur gothique liée
à l’émergence de la littérature américaine,
la fascination pour la violence et le sacré, le rêve
(ou le cauchemar) américain. Il puise dans l'histoire
de l'Amérique, glorifiant l'épopée
des pionniers, sans négliger les Guerres indiennes.
Surtout, le western mythifie certains personnages historiques
qu'il fait entrer dans la légende. À la fin de
L'Homme qui tua Liberty Valance, une phrase résume
l'essence du western: "Quand la légende devient réalité,
imprimez la légende !".
Apparu dès
les premières années du muet, le western
connaît son apogée entre les années
1930 et les années 1960. Si nombre de westerns sont
alors confiés à des réalisateurs de
"série B", plusieurs grands noms de l'histoire du cinéma
s'y illustrent. Robert Aldrich, John Ford, Howard Hawks,
Fritz Lang, Anthony Mann, Nicholas Ray, Raoul Walsh, donnant
au genre ses lettres de noblesse. Dans les années
1960, le renouveau vient d'Europe, avec Sergio Leone. Plus récemment,
des réalisateurs américains comme Clint
Eastwood ou Sam Peckinpah, réalisent des westerns
"crépusculaires", où l'héroïsme
manichéen cède la place à des personnages
ambivalents. Un renouveau du genre se dessine ces dernières
années avec Dead Man (1995) de Jim Jarmusch,
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
(2007) d'Andrew Dominik, 3h10 pour Yuma (2007), de
James Mangold (remake du film de 1957) ou encore Appaloosa
(2008) de Ed Harris.
On s’interrogera
sur les ressorts idéologiques du western.
Le genre a longtemps servi de justification à l’ethnocide
des Indiens d'Amérique, avant de montrer peu à
peu les Indiens comme des victimes de la Conquête de l'Ouest.
Il conviendra aussi d’explorer la grande perméabilité
du western aux autres genres: comédies musicales (La
Kermesse de l'Ouest de J. Logan), comédies (Go
West avec les Marx Brothers), films de gangster et films
noir (La Fille du désert de Walsh, remake de son
propre film La Grande évasion). Nombre d’idées
constitutives du western ont été recyclées
au cinéma souvent dans le film policier, Assaut de
Carpenter, est un remake de Rio Bravo de Hawks, ou de science-fiction,
Outland reprend la trame du Train sifflera trois fois.
Les séries télévisées
(Dead Wood) proposent aussi des réécritures
inventives.
Ce colloque se
propose de décrire les commencements du genre
sur le plan littéraire et de souligner les motifs
westerniens dans la peinture des grands espaces au XIXe
siècle (Bierstadt, Wyeth, Remington), la photo,
la musique ou la bande dessinée (Morris, Charlier,
Giraud, Jijé, Pratt). Il s’agira de resituer le western
dans la mythologie américaine dont il est issu et
de revisiter les "figures mythiques" telles Bas de Cuir,
Daniel Boone, Jesse James, Billy the Kid, Calamity Jane, Buffalo
Bill, et d'autres stéréotypes du genre: le
cow-boy, l’éclaireur, le sheriff, la figure adamique,
le pionnier, le héros solitaire, la femme fatale,
l’outsider. Des topoi seront convoqués, comme la wilderness,
la Prairie, le désert, la ville, le saloon etc.
On étudiera la persistance des motifs du western dans
la littérature contemporaine mainstream (Cormac
McCarthy, Jim Harrison, James Lee Burke, etc.) sous forme de
reprise (décors, thèmes, personnages) ou d’hybridité
générique: fantastique/western, policier/western.
La littérature des écrivains amérindiens
(Louise Erdrich, James Welch) ou chicanos (Alejandro
Morales, Richard Vasquez) constituera une autre piste à
explorer.
COMMUNICATIONS :
* Jean ARROUYE: Grandeur et décadence
photographiques du cow-boy
* Zachary BAQUÉ: La représentation
des institutions politiques américaines dans
le western
* Paul BLETON: L'Ouest, pratique culturelle
française
* Roger BOZZETTO: Bill
Cody à l’assaut de l’univers
* Yann CALVET: Le crépuscule
des mythes
* Christophe CHAMBOST: La fange
et le filon, ou comment Deadwood ré-investit le western
* Liliane CHEILAN: Portraits contrastés
de Calamity Jane: de la figure de légende
à l'héroïne de bandes dessinées
* Adela CORTIJO:
La bande dessinée et le western
* Christophe DAMOUR: Stanislavski
dans l'Ouest. Les Method Actors et le western
* Xavier DAVERAT: Géopolitique
du désert westernien
* Jocelyn DUPONT: The Assassination
of Jesse James by The Coward Robert Ford, manifeste
pour un western hypnagogique
* Jean-Pierre ESQUENAZI:
Les westerns de John Ford: la légende revue par l'histoire
* Lauric GUILLAUD: Le western,
tentative de généalogie d'un genre
* Jennifer JENKINS:
Simenon à la frontière américaine:
Le Fond de la Bouteille et The Bottom of the Bottle
de Henry Hathaway
* Marianne KAC-VERGNE: Les westerns
contemporains à l'épreuve du multiculturalisme
* Sophie LÉCOLE-SOLNYCHKINE: La construction
photographique du paysage ouest-américain:
de la propagande politique à l'identité nationale
* Jean-Marie
LECOMTE: Le western et la révolution du cinéma
parlant (1928-1931)
* Jean-Louis LEUTRAT: Le mythe de Billy
le Kid
* Suzanne LIANDRAT-GUIGUES:
La Ballade de Little Jo
* Isabelle LIMOUSIN: De la poétique
westernienne à la sublimation science fictive,
The Roden Crater de James Turrell
* Jean MARIGNY: Cowboys, Indiens et...
Vampires
* Gilles MENEGALDO:
Les westerns de Jacques Tourneur
* Jean-Paul MEYER: Les Aventures de
Blueberry en BD. Une sémiographie du western
* Cécile
MURILLO: "Easy to sneak upon": la figure de l'Indien
acculturé dans les westerns
* Anne-Marie PAQUET-DEYRIS: Itinéraires
westerniens dans les adaptations de Cormac McCarthy, All the Pretty
Horses [1992; Billy Bob Thornton, 2000] et No Country for Old Men
[2005; Joel et Ethan Coen, 2007]
* Maryse PETIT: La ville sauvage
* Philippe ROGER: Les
westerns de King Vidor
* Isabelle SINGER: Dead Man, la
traversée du mythe
* Benjamin THOMAS:
Mercenaires et samouraïs, western et chambara,
le dialogue des genres
* Christian VIVIANI: Republic Pictures:
la féminisation du western
RÉSUMÉS :
Jean ARROUYE: Grandeur et décadence
photographiques du cow-boy
Les cow-boys ont aussi une existence photographique. Comme
au cinéma, certains auteurs voient en eux des hommes hors du
commun dont ils célèbrent les vertus tandis que
d’autres les considèrent comme appartenant à une espèce
en voie de disparition ou même consacrent leur œuvre à
ruiner l’aura dont ils ont été parés. L’exemple
de quatre photographes américains contemporains illustrera la
diversité des statuts symboliques qui leur sont ainsi attribués.
Le livre monumental (40 x 50 cm) de Martin H. Shierber, Last
of a Breed, illustre en 130 photographies en noir et blanc la vie
des cow-boys dans la nature et au ranch. Il fait des cow-boys des hommes
aux multiples savoirs, épris de liberté, qui vivent
en communauté loin du monde moderne et ont un mode d’existence
vertueux. L’image qu’en donne le livre de photographies en couleurs
de William Albert Allan, Vanishing Breed, est moins valorisante.
Soucieux d’indépendance mais en fait astreints à un travail
épuisant, ses cowboys sont des êtres frustes et solitaires
qui ne connaissent d’autres plaisirs que ceux qu’ils trouvent au café
et auprès de filles de joie. Leur monde est menacé de disparition
et les plus anciens entretiennent la nostalgie d’un âge d’or
passé. Gary Winogrand, photographe de l’immédiateté,
se contente de les observer à la foire annuelle de Fort Worth
où ils sont en représentation. Les rôles qu’ils
y tiennent les font paraître le plus souvent grotesques, à
l’opposé de l’image exaltante de conducteurs de troupeaux dans
des espaces illimités qu’une certaine tradition littéraire
et cinématographique a élaborée. Cette image mythique
est ruinée définitivement par le photographe plasticien
Richard Prince qui rephotographie et recadre les images publicitaires
de la marque de cigarettes Malboro qui ont fait des cowboys des figures
emblématiques de l’énergie et de la virilité. Ses
images, simulacres d’une fiction, font paraître l’irréalité
d’une imagerie composée de stéréotypes de représentation
devenus si habituels dans l’iconologie américaine que leur artificialité
en était devenue invisible.
Zachary BAQUÉ:
La représentation des institutions politiques
américaines dans le western
Dans la perspective d'une
analyse de la représentation de la politique
au cinéma, il s'agira de voir comment, dans certains
westerns représentatifs, la loi du gouvernement fédéral
s'oppose (en tentant de s'imposer) à la loi de l'Ouest.
Souvent étudié comme une institution éloignée
des conditions de vie spécifiques des pionniers,
le gouvernement fédéral obéit cependant
à une logique interne d'expansion de la civilisation
(l'avancée du chemin de fer marquée par un gros
plan dans Duel in the Sun par exemple) qui va parfois
à l'encontre des intérêts de ses habitants à
l'avant-poste de la civilisation. Arrivant parfois trop tard ou
bien in extremis (les nombreux exemples de cavalerie, comme
dans Stagecoach), le gouvernement fédéral
se caractérise aussi par des envoyés dont
les idéaux entrent en conflit avec la violence présentée
comme inhérente de l'Ouest (The Man Who Shot Liberty
Valance, par exemple). Le but de cette communication sera
donc d'analyser tant d'un point de vue esthétique qu'idéologique
la dialectique spécifique du western, celle de la loi
et de la violence que rejoue au niveau national celle de la civilisation
et de la wilderness.
Paul BLETON: L'Ouest, pratique culturelle
française
D’un côté, il y aurait le western comme
genre, servant à inventer un passé mythique aux USA,
par de nombreux avatars (films, romans, BD, mais aussi rodéos,
peinture de l’Ole West, musique country...). D’un autre côté,
il y aurait cette hypothèse que la conception de la Frontier
en cercles concentriques ne dit pas tout. De nombreuses cultures nationales
autres que la culture US ont eu une expérience directe de la
conquête de l’Ouest, mais aussi BD, western en Angleterre, en
Italie, en Belgique et en France, en Espagne, cinéma western en
Allemagne, en Italie, roman western en Allemagne, en Angleterre, en
France, en Espagne...
Il s'agira de poursuivre l'investigation du côté
de la réelle appropriation individuelle de l’Ouest, à la
fois consumériste, réactive et innovatrice, qui passe
par le grand magasin de prêt-à-rêver fourni par
la culture médiatique. Au-delà de la fiction filmée
ou imprimée, l’Ouest comme pratique culturelle française...:
il s'agira d'en montrer l'empan.
Roger BOZZETTO: Bill Cody à l’assaut de l’univers
On notera que le premier film de ce qui ne s’appelait pas encore
la science-fiction date de 1902. Il s’agit du Voyage dans le Lune
de Georges Méliès. Il précède de deux ans au
moins le premier western muet (1904). Les deux genres vont continuer à
chevaucher de conserve. Parfois la mode du western prend le pas sur la SF,
parfois, comme de nos jours, c’est l’inverse. Ajoutons que les deux genres
ont énormément évolué, chacun de leur côté
et parfois ensemble. Mais, à chacune de leurs époques respectives,
ces genres ont traité des problèmes de la société
où ils se situaient (racisme, mécanisation, etc). De plus
ils possèdent quelques traits communs, originairement étasuniens:
le mythe de la frontière, le manichéisme, le rapport entre
la force et le droit, la conquête de l’Ouest (ou de l’univers) sous
le prétexte de "civiliser" des autochtones. Dernier point, ils se
sont influencés et, la plupart du temps, c’est le western qui a
servi de point de départ, comme on le voit avec Outland inspiré
par Le train sifflera trois fois, ou de Mondwest où
Yul Brunner porte les mêmes habits que dans Les sept mercenaires.
Et avec Stephen King et son "pistolero", il entrera dans la dimension de
la métaphysique.
Yann CALVET: Le crépuscule
des mythes
Le western classique révélait
un monde épique alors que les héros des
westerns crépusculaires sont voués à
l’échec et à la mort. A partir de l’analyse de plusieurs
exemples: L’étrange Incident (W. Wellman, 1943),
La horde Sauvage (S. Peckinpah, 1969), Impitoyable (C.
Eastwood, 1992)... Il s’agira de commenter et d’expliquer le complet
renversement mythologique et esthétique opéré
par le genre entre ses origines et aujourd’hui. En s’interrogeant
sur la représentation de la ville, sur l’organisation des
références bibliques (le déluge, l’enfer...
qui ont remplacé le thème du paradis perdu), sur
le thème de la représentation de la violence, sur
l’évolution de la figure du héros de l’Ouest...
notre réflexion portera plus globalement sur l’inversion des
codes qui s’opère dans le western au fil de son histoire.
Christophe CHAMBOST: La fange
et le filon, ou comment Deadwood ré-investit
le western
Deadwood (2004/2006) fait partie
des séries télévisées qui ont permis
aux studios de télévision américains de
connaître un nouvel essor à l’orée du XXIe siècle.
Cette série se démarque des stéréotypes
propres au western que véhiculaient les séries des
décennies précédentes (telles Wanted:
Dead or Alive en 1958 ou The Wild Wild West en 1965).
Ici aussi, les mythes de l’Ouest sont utilisés, de même
que certains personnages emblématiques de l’époque
(Calamity Jane, Wild Bill Hickok...), mais la complexité de l’intrigue
ainsi que l’épaisseur des protagonistes permettent une réflexion
affinée sur une société décrite avec
minutie. Il s’agira donc de voir comment l’auteur parvient à dépasser
les clichés inhérents au genre pour mieux observer,
de manière cinglante, la naissance d’une nation à partir
d’un campement de chercheurs d’or. Le passage du chaos à l’ordre
(où de la crasse à la prospérité) n’est en effet
pas vu de manière simpliste, et si la série redore bien le
blason du western télévisuel, cette dernière souligne
aussi les pratiques troubles qui viennent ternir le développement d’une
économie florissante.
Références bibliographiques
:
Bellour, Raymond. Le western. Paris:
Gallimard. 1993.
Kitses, Jim. Horizons West. London:
Thames & Hudson. 1969.
Lavery, David. Reading "Deadwood", a Western
to Swear By. London & New York: 2006.
Leutrat, Jean-Louis & Liandrat-Guigues.
Western(s). Paris: Klincksieck. 2007.
Liliane CHEILAN:
Portraits contrastés de Calamity Jane: de la figure
de légende à l'héroïne de bandes
dessinées
Bien différente de la
rousse aux manières de déménageur
et à la gâchette facile, imaginée aux côtés
de Lucky Luke par Goscinny et Morris, Calamity Jane apparaît
dans deux bandes dessinées plus récentes:
dans un one shot de Sylvie Fontaine en 2004 et, en 2007,
dans le premier volume, primé à Angoulème
en 2009, d’une trilogie de Matthieu Blanchin et Christian Perrissin
dont le volume 2 est paru en octobre 2009. Le nouveau personnage
qui se détache de ces deux interprétations prétend
s’éloigner d’un certain nombre de clichés que
les incertitudes caractéristiques des biographies des
héros de cette période légendaire et
les affabulations alimentées par l’intéressée
elle-même ont entretenus. En même temps qu’un nouveau
portrait de Calamity Jane, se dessinent dans ces deux interprétations
les caractéristiques d’un genre: le western sentimental,
la biographie en bande dessinée.
Christophe DAMOUR:
Stanislavski dans l'Ouest. Les Method Actors et le
western
Les acteurs américains
formés à partir de la fin des années
40 à la "Méthode" d’Elia Kazan et Lee Strasberg
pour des rôles d’antihéros contemporains sont-ils
une incongruité dans le genre westernien ou en accompagnent-ils
au contraire l’évolution logique? De Montgomery Clift
dans La Rivière rouge/Red River (Howard Hawks, 1948)
et Jack Palance dans L’Homme des vallées perdues/Shane
(Georges Stevens, 1953), aux jeunes recrues entourant John Wayne
dans Les Cow-Boys (Mark Rydell, 1972), en passant par
Paul Newman dans Le Gaucher/Left-Handed Gun (Arthur Penn,
1958) et le duo Marlon Brando/Karl Malden dans La Vengeance
aux deux visages/One-Eyed Jacks (Marlon Brando, 1961), nous
proposons d’étudier l’impact stylistique et thématique
de la présence de praticiens des techniques de jeu psycho-physiologiques
modernes d’inspiration stanislavskienne au sein d’un genre cinématographique
classique comme le western.
Xavier DAVERAT: Géopolitique
du désert westernien
Après avoir suivi la rivière
Arkansas, longé les Rocheuses et rejoint Santa Fe (1805-1807),
Zebulon Pike compare les plaines du sud au "désert
de sable africain". Le désert est réel: Désert
Mojave, Lone Pine... Son nom dit parfois la menace: Death
Valley. Naguère, les puritains immigrés dans
le Nouveau Monde l’ont sans doute traversé en se souvenant
du "vaste et affreux désert" dont parlait l’Ancien Testament
(Wagon Master). Sous l’unicité apparente du vide,
il prend des formes variées: plaines brûlantes (Gunfight
at the OK Corral), sables de l’Arizona (Ulzana’s Raid),
plateaux sauvages (Forty Guns), montagnes arides (A Distant
Trumpet)... Le désert est aussi un lieu symbolique.
Exhibant les stigmates des chaos anciens, sa tectonique est convulsive.
Il n’invite qu’au passage: rien, pas même l’homme, ne peut
s’y enraciner. Sa traversée est l’étape obligée
d’un voyage ou l’itinéraire imprévu d’une fuite. C’est
aussi le terrain privilégié de l’errance. Il est des films
qui désorientent et accentuent le nomadisme des personnages (The
Shooting). Parcourir le désert est une épreuve, souvent
initiatique. On s’y découvre soi-même (Along the Great
Divide), on s’y régénère, on y est touché
par la grâce (Three Godfathers). Parfois, on n’en revient
pas: les os — la part la plus minérale de l’être —
affleurent dans le désert. Puis, quand le western se fait plus
rare, d’autres films font traverser à nouveau le désert
westernien à pied, à cheval, en moto, en voiture, montrant
ce qui se tarit, s’épuise, s’érode dans des films splénétiques
(déplorations sur la mort de l’Ouest), révisionnistes
(au nom de promesses non tenues et d’idéaux dévoyés).
Le désert métaphorise alors une désertion.
"Il y aura eu raréfaction absolue, le désert aura
eu lieu" (Jacques Derrida).
Références
bibliographiques :
ABBEY, Edward, Désert
solitaire, Hoëbeke, coll. "Le grand dehors",
1999.
MCCARTHY, Cormac, Méridien
de sang ou le rougeoiement du soir dans l’Ouest (Blood
meridian or the evening redness in the West), L’olivier,
coll. "Littérature étrangère", 1998.
MOMADAY, N. Scott, La maison
de l’aube (House made of dawn), Ed. du Rocher, coll.
"Nuage Rouge", 1993.
SILKO, Leslie M., Almanac
of the dead: a novel, Penguin, 1992.
MAUDUY, Daniel, HENRIET, François,
Géographies du western, Nathan, 1989.
ROYOT, Daniel, DUBAN, François,
JACQUIN, Philippe, Déserts américains,
Autrement, 1997.
TEAGUE, David W., The Southwest
in American literature and art : the rise of a desert
aesthetic, University of Arizona Press, 1997.
TOCQUEVILLE, Alexis de, Quinze
jours dans le désert américain, Mille
et une nuits, 1998.
Jocelyn DUPONT:
The Assassination of Jesse James by The Coward
Robert Ford, manifeste pour un western hypnagogique
Cette communication a pour
objet The Assassination of Jesse James by The
Coward Robert Ford, film d'Andrew Dominik (2007), post-western
ambitieux et onirique dans lequel le réalisateur choisit
de revisiter le genre en adoptant un mode froid, mélancolique
et crépusculaire. Le terme anglais dirge (chant
funèbre) vient d'ailleurs à l'esprit pour qualifier
cet opus qui narre la mort d'un mythe et sa résurrection.
Cette étude s'appuiera tout particulièrement sur
le récent ouvrage de Raymond Bellour, Le Corps du Cinéma
(2009). Au-delà du travail désormais "classique" de Bellour
sur le genre du western, nous tâcherons de montrer que The
Assassination mérite d'être vu comme un "western
hypnagogique", plus encore qu'un western postmoderne ou parodique
(Dead Man, Impitoyable). The Assassination
s'applique à exercer sur le spectateur un envoûtement
proche de l'hypnose, pierre d'angle du dernier ouvrage de Bellour.
On pourra également tenter de situer The Assassination
parmi un corpus contemporain, tel le western néo-noir (Trois
Enterrements, T. Lee Jones, 2005), qui adopte un mode assez
comparable quoique moins esthétisé, et à
l'autre extrémité du spectre Gerry (G. Van Sant,
2001), où seul demeure l'effroi d'une wilderness, littéralement
sublimée.
Jean-Pierre ESQUENAZI: Les westerns de John Ford: la légende
revue par l'histoire
Les westerns de John Ford, du moins à partir de la fin des années
trente, expriment les inquiétudes et les préoccupations contemporaines
du cinéaste. Stagecoach (1939) ou Drums along the Mohawk
(1939) sont tous deux imprégnés des engagements de Ford dans
le syndicat des réalisateurs et des influences subis alors. Les autorités
ou les notables ne sont pas souvent dépeints sous les meilleurs traits.
Son expérience de la guerre contre les japonais commande les films
de cavalerie de l’après-guerre (Fort Apache, 1948; She Wore
a Yellow Ribbon, 1949; Rio Grande, 1950) comme elle influence ses
westerns "communautaires" de la même époque (My Darling Clementine,
1946; 3 Godfathers, 1948; Wagon Master, 1950). Enfin la présence
renouvelée dans l’actualité américaine des minorités
comme l’inquiétude venue de la guerre froide et des guerres asiatiques
marquent The Searchers (1956), Sergeant Rutledge (1960),
The Man Who Shot Liberty Valance (1962), Cheyen Autumn (1964).
Dans mon intervention, je voudrais montrer comment le genre "historique"
du cinéma américain sert au cinéaste pour exprimer
ses engagements changeants dans l’histoire contemporaine au niveau des scénarios
comme de la mise en scène.
Références bibliographiques :
McBride J., 2001: A la recherche de John Ford, Arles, Institut
Lumière / Actes sud.
Davis R.L., 1995: John Ford Hollywood’s Old Master, Norman / Londres,
University of Oklahoma Press.
Pippin R.B., 2010: Hollywood Westerns and American Myth: The Importance
of Howard Hawks and John Ford for Political Philosophy, Yale University
Press.
Lauric GUILLAUD:
Le western, tentative de généalogie
d'un genre
Quelles sont les sources
du western cinématographique? L’histoire
du genre se confond avec celle de ces "lointains" (le Far
West) spatiaux et temporels qui ont alimenté l’imaginaire
depuis la naissance de l’Amérique: les grands espaces
de la conquête, l’Ouest comme terre régénératrice,
mais aussi la terrible wilderness et ses habitants censément
diaboliques, et la frontier qui va forger une véritable
mythologie populaire. Du Dernier des Mohicans de Cooper
aux romans de Gustave Aimard et de Karl May, en passant par les
"dime-novels" et The Virginian de Wister, le western a d'abord
des origines littéraires: récits de captivité,
terreur gothique liée à l’émergence
de la littérature américaine, fascination pour la
violence et le sacré, rêve (ou "mauvais rêve")
américain. Il faut ajouter la concurrence de l’écrit
et de l’image, les récits de voyage (W. Irving) rivalisant
avec les peintures de Catlin, Bodmer, Miller, Moran, Bierstadt
ou Remington, elles-mêmes annonciatrices de l’essor de la
photographie, façonnant une image romantique d’un Ouest "synthétique"
(J.-L. Leutrat), d’une "géographie mythologique" (L. Fiedler)
que le cinéma allait consolider.
Références
bibliiographiques :
Cawelti John, The
Six-gun Mystique Sequel, Bowling Green University,
1999.
Cohen Clélia,
Le western, Petits Cahiers du Cinéma,
Scéren-CNDP, 2005.
Leutrat Jean-Louis, Le
western, archéologie d’un genre, PUF de
Lyon, 1987.
L. Guillaud, La Terreur
et le sacré, M. Houdiard, 2003.
Marianne KAC-VERGNE: Les westerns contemporains
à l'épreuve du multiculturalisme
Le succès de Danse avec les loups (Costner,
1991), au début des années 1990, relance l’intérêt
pour le genre délaissé du western, revisitant en profondeur
ses mythes et donnant la part belle aux Indiens. Répondant à
l’essor du multiculturalisme dans la société américaine,
une série de westerns plus ou moins connus, dont Posse,
la revanche de Jesse Lee (Van Peebles, 1993), Belles de l’Ouest
(Kaplan, 1994), Geronimo (Hill, 1994), Dead Man (Jarmusch,
1995), ou Mort ou vif (Raimi, 1995), remettent en cause la primauté
de l’homme blanc dans le genre pour s’intéresser au sort des minorités,
sexuelles et ethniques. Cette nouvelle approche "multiculturelle", qui
met au premier plan des personnages traditionnellement secondaires, Indiens,
Noirs et femmes, réussit-elle pour autant à faire véritablement
vaciller l’hégémonie masculine telle que l’a perpétuée
la tradition du western?
Jean-Louis LEUTRAT: Le mythe
de Billy le Kid
Dans Broken Trails de Walter Hill, Robert Duvall
approfondit son rôle d'homme vieillissant, faisant
retour aux deux personnages qu'il avait interprétés
dans Lonesome Dove et dans Open Range. L'acteur
reconnaît lui-même que ces trois œuvres constituent
une trilogie à ses yeux. Duvall a amoureusement sculpté
ce personnage à travers lequel la dimension éthique
du genre s'exprime de nouveau. Lonesome Dove date de 1989
et Broken Trails de 2006 et l'acteur est passé de 57
à 75 ans.
Suzanne LIANDRAT-GUIGUES:
La Ballade de Little Jo
The Ballad of Little Jo (1993)
est le film d'une femme, Maggie Greenwald, ce qui en soi est
déjà un événement. Jo s'appelle en
réalité Joséphine et sa véritable nature
n'est révélée que par sa mort. Ce mélodrame
victorien où une jeune fille de la bonne société
de la côte Est ayant eu un enfant hors mariage se voit exclue
de sa famille et obligée de survivre dans de dures conditions
sur le front de l'Ouest, est d'une beauté impressionnante et
ouvre une voie insolite au genre western.
Isabelle LIMOUSIN: De la poétique
westernienne à la sublimation science fictive, The
Roden Crater de James Turrell
Dans le plus grand secret, James Turrell travaille
à l’achèvement de son œuvre ultime, un volcan transformé
en œuvre d’art. The Roden Crater, situé en Arizona, sur
les anciennes terres indiennes du Painted Desert, a été
acquis par l’artiste au début des années 1970. Depuis,
celui-ci y aménage un observatoire de la voûte
céleste. Figure de cowboy, James Turrell investit
le décor du western et creuse à l’intérieur
de son volcan les tunnels, galeries et espaces dédiés
à l’accomplissement d’une expérience perceptive inédite.
Là, en peintre de la lumière et magicien de l’illusion,
il créé un espace paradoxal voué à l’immatériel.
Lors de notre intervention, nous souhaitons montrer que The
Roden Crater, œuvre contemporaine des réalisations du
Land Art, mêle les motifs westerniens à ceux de la science
fiction. Enfouie dans un volcan architecturé, au cœur d’un
paysage désertique hors du temps, elle invite à explorer
les limites, celles de la vision, de l’espace comme du temps. Antichambre
de l’infini, son aura spirituelle outrepasse genres et catégories
artistiques pour entrer en résonnance avec les mythes fondateurs
des premiers américains.
Jean MARIGNY: Cowboys, Indiens et... Vampires
Le vampire est un personnage que l’on retrouve aujourd’hui
dans tous les genres littéraires et cinématographiques.
Le western ne fait pas exception à cette règle même
si la présence des morts-vivants y est plus discrète
qu’ailleurs... Au cinéma, deux westerns mémorables sont
devenus des classiques du genre. Il s’agit de Curse of the Undead
d’Edward Dein (1959) et surtout de Billy the Kid vs. Dracula
de William Beaudine (1966). Ces deux films qui comportent l’un et l’autre
un authentique vampire, respectent scrupuleusement les règles du
genre avec l’inévitable duel au pistolet à la fin. Vers
la fin du XXe siècle, on retrouve des vampires dans un décor
de western, notamment dans Sundown the Vampire in Retreat de Anthony
Hickox (1988), de From Dusk till Dawn de Robert Rodriguez (1995)
et de Vampires de John Carpenter (1998). Au XXIe siècle,
Uwe Boll renoue avec le western classique dans Bloodrayne 2 – Deliverance
(2007). Les vampires sont également présents dans la littérature
notamment dans des romans comme Vampire of the Sierra de Tim
Evans (1979), The Cowboy and the Vampire de Clark Hays et Kathleen
McFall (1999) et Bloodsilver de Wayne Barrow (2006). Particulièrement
intéressants sont les romans qui mettent en scène des Amérindiens
et qui établissent un lien entre les croyances indiennes et les
mythes de la vieille Europe comme Skeleton Dancer d'Alan E. Erwin
(1989), Eye Killers de l'écrivain navajo A.A. Carr,
Loup debout (Walking Wolf) de Nancy A. Collins (1995), et
la tétralogie de David et Aimée Thurlo (2002-2006) dont
le héros est le vampire navajo, Lee Nez, membre de la police d’état
du Nouveau Mexique. Toute cette production contribue à donner
du vampire une image nouvelle et originale.
Jean-Paul MEYER: Les
Aventures de Blueberry en BD. Une sémiographie
du western
La série Blueberry
est une des plus célèbres séries
"western" de la bande dessinée francobelge. Créée
en 1963 par Charlier et Giraud pour l'hebdomadaire Pilote,
elle s'imposa très vite comme un fleuron du journal,
et comme un laboratoire d'innovation formelle. Sa longévité,
assurée par des auteurs et des dessinateurs successifs,
en fait une œuvre particulièrement représentative
du genre, de même qu'un témoin fidèle des
évolutions de la BD depuis cinquante ans. Le dernier
album en date, paru en 2009, ne dément pas cette affirmation.
Cependant, bien que toutes les caractéristiques du western
soient présentes et largement exploitées dans
la série, le héros éponyme, Blueberry lui-même,
n'est pas une figure habituelle des récits du far-west.
Tête brûlée, soldat injustement proscrit
luttant pour sa réhabilitation, justicier n'hésitant
pas à "oublier" ses principes et beau gosse facilement
sentimental, il est aussi loin du cow-boy solitaire que du shérif
incorruptible. Dès lors, une problématique classique
peut être retrouvée à travers cette opposition
entre western typique et héros atypique. La peinture
du monde dans lequel évolue le héros tranche volontairement
avec la mise en scène de son discours, figurant ainsi
un personnage ambigu, plus proche du western cinématographique
des années 1950 que de la bande dessinée de son
temps. Il y a de ce point de vue un "avant" Blueberry (Sergent Kirk,
Jerry Spring, etc.) et un "après" (Jonathan Cartland, Buddy
Longway, etc.), de même qu'un "anti" Blueberry, l'éternel
rival Lucky Luke. Dans la série Blueberry, cette
problématique se noue à travers la représentation
duale de l'image et du texte, en particulier les effets visuels
(cadrages, angles, chromatismes, lettrages) en regard des structures
narratives et énonciatives. C'est pourquoi une approche
sémiologique de la série (iconicité, connotation),
de même que l'analyse sémantique des relations texte-image
(référence, catégorisation), permettent de
présenter Blueberry comme une sémiographie globale du
western dessiné.
Références bibliographiques
:
BLETON, Paul, 2002, Western, France
: La place de l’Ouest dans l’imaginaire français,
Paris/Amiens, Encrage/Les Belles Lettres, (Travaux, 42).
BLETON, Paul, SAINT-GERMAIN, Richard, (dir.),
1997, Les hauts et les bas de l’imaginaire western dans
la culture médiatique, Montréal, Tryptique.
FILIPPINI, Henri, 1999, Dictionnaire
encyclopédique des héros et auteurs de BD,
vol. 2 : Western, héros juvéniles, aventure,
quotidien, Grenoble, Glénat.
GIRAUD, Jean, 1999, Moebius/Giraud :
Histoire de mon double, Paris, Éditions n°1.
HERMAN, Paul, Épopée et
mythes du western dans la bande dessinée, Grenoble,
Éditions Glénat, 1982.
HORN, Maurice, 1977, Comics of the American
West, New York, Winchester Press.
LEUTRAT, Jean-Louis, 1995, Le western
: quand la légende devient réalité,
Gallimard, « Découvertes ».
PIZZOLI, Daniel, 1995, Il était
une fois Blueberry. Charlier/Giraud : une monographie,
Paris, Dargaud.
SADOUL, Numa, 1991, Moebius. Entretiens
avec Numa Sadoul, Tournai, Éditions Casterman.
VIDAL, Guy, 1995, Jean-Michel Charlier,
un réacteur sous la plume, Paris, Éditions
Dargaud.
Anne-Marie PAQUET-DEYRIS: Itinéraires westerniens
dans les adaptations de Cormac McCarthy, All the Pretty Horses
[1992; Billy Bob Thornton, 2000] et No Country for Old Men [2005;
Joel et Ethan Coen, 2007]
Chez Cormac McCarthy, les routes de l’Ouest, qu’elles soient
réelles ou fantasmées, s’inscrivent toujours dans une
topographie complexe, torturée. Horizon fantasmatique mais aussi
itinéraire taillé dans une réalité souvent déchirante
au sens propre comme figuré, cette cartographie tient de l’obsession
et du schéma tragique. Lignes de fuite troubles, ces routes attirent
à elles des héros perdus, aux prises avec des territoires
inhospitaliers et mortifères. Dans All the Pretty Horses
(1992) et No Country for Old Men (2005), Billy Bob Thornton et les
frères Coen inscrivent à l’écran la beauté tourmentée
et la dimension brutale et léthale de ces "cartes de l’Ouest" qu’analyse
Jean-Louis Leutrat. Les nouveaux itinéraires des héros de
McCarthy s’abîment toujours dans une violence brute, totale, qui
infléchit le sens quasi-mythologique des paysages westerniens.
Références bibliographiques :
Coen, Joel et Ethan, No Country for Old Men, 2005, Paramount-Miramax.
Leutrat, Jean-Louis et Liandrat-Guigues, Suzanne, Les Cartes
de l’Ouest. Un genre cinématographique : le western, Paris,
Armand Colin, 1990.
McCarthy, Cormac, All the Pretty Horses, London, Pan Books-Picador,
1993.
McCarthy, Cormac, No Country for Old Men, London, Pan
Macmillan-Picador, 2005.
Slotkin, Richard, Gunfighter Nation: The Myth of the Frontier
in Twentieth-Century America, New York, Atheneum, 1992.
Thornton, Billy Bob, All the Pretty Horses, 2000, Columbia
Pictures.
Maryse PETIT: La ville sauvage
Si la figure du "bon sauvage" est un paradigme fondamental de la littérature
et de la philosophie française du 18ème siècle, cette
représentation semble voler en éclats quand le pluriel s’impose.
L’intérêt des lecteurs et des auteurs français pour
l’"exotisme américain", ses espaces à conquérir et
ses peuplades sauvages va en grandissant au cours du 19ème siècle,
et au rythme de la diffusion des romans de F. Cooper, au point que nombre
d’auteurs français (dont Alexandre Dumas) vont inventer une nouvelle
sauvagerie urbaine, une guerre latente avec des ennemis habiles et rusés,
défendant leur territoire que l’essor de la ville bourgeoise fait
reculer vers des confins indécis. Symétriques des guerres indiennes,
vont se déployer sur les bords de la Seine les combats des "Mohicans
de Paris" et autres Apaches...
Philippe ROGER: Les westerns de King Vidor
Au fil de sa longue carrière, King Vidor tourna plusieurs films
qui peuvent se rattacher, de façon plus ou moins directe, au genre
du western: de The Sky pilot (1921) à L'homme qui n'a pas
d'étoile (1955), en passant également par des œuvres aussi
diverses que Billy the Kid (1930), The Texas Rangers (1936),
voire Le Grand passage (1940), sans oublier bien sûr le fameux
Duel au soleil (1946). On examinera ce riche corpus en tentant
de déterminer sa cohérence.
Isabelle SINGER: Dead Man, la traversée
du mythe
Dans Dead Man (Jim Jarmusch, 1995), nous assistons
au questionnement du western lui-même par un personnage qui
se serait trompé de genre. "Dead Man est un film sur l’origine
de l’imagerie américaine" résume Jarmusch. L’imagerie
américaine, c’est ici, précisément, celle du
western, ce cadre universel dans lequel le film s’inscrit: la ville
de Machine, les paysages de la wilderness, les figures de la conquête.
William Blake n’est pas familier de cette imagerie américaine
à travers laquelle il va passer malgré tout, la question
de l’altérité ici renvoyant autant à l’Indien Nobody
qu’à lui-même. Et passant à travers, il va la détruire,
coupant ce rêve d’une Amérique dont le film ne cesse de
lui rappeler qu’elle "s’est bâtie sur la violence et sur un génocide".
Le voyage de Blake est alors à l’image de celui d’Ulysse, "itinéraire
suivi à travers les mythes par un soi physiquement très
faible" un soi physiquement faible, en l’occurrence, il est immédiatement
presque mort, mais qui finit par triompher de la sauvagerie du mythe
de l’Ouest.
Christian VIVIANI:
Republic Pictures, la féminisation du western
De Vera Ralston, l'épouse
du directeur du studio, Herbert J. Yates, à Joan
Crawford, star incontournable bien que sur le déclin,
REPUBLIC s'était fait une spécialité de westerns
insolites construits autour d'une femme. Poussant la logique
de la démarche jusqu'au bout, les hommes étaient relégués
aux rôles de faire valoir ou d'objets. A partir d'un noyau
d'une dizaine de films, dont certains remarquables, la formule
s'est progressivement étendue aux autres studios, produisant
des œuvres aussi singulières que Rancho Notorious
(L'ange des maudits, 1951) de Fritz Lang, Johnny Guitar
(1953) de Nicholas Ray ou Forty Guns (40 Tueurs, 1957)
de Samuel Fuller. Un épisode révélateur de
la remise en question du western, dans son âge d'or des années
50.
BIBLIOGRAPHIE :
Le Western,
sources, mythes, auteurs, acteurs, filmographies,
sous la dir. de Raymond Bellour, Union générale
d'Editions, Paris, 1966.
John Cawelti,
Six-gun Mystique, Bowling Green University,
1984.
J. H. Lenihan,
Showdown, confronting modern America in the western
film, University of Illinois Press, 1985.
Jean-Louis Leutrat,
Le western, archéologie d’un genre,
PUF de Lyon, 1987.
Suzanne Landrat-Guigues
et J.-L. Leutrat, Splendeur du western,
Rouge profond, 2007.
Suzanne Landrat-Guigues
et J.-L. Leutrat, Western(s), Klincksieck,
2007.
William Bourton,
Le western, une histoire parallèle des
Etats-Unis, PUF, 2008.
Avec le soutien de l’Université de Poitiers
(FORELL)