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" Page mise à jour le 7 juin 2010 "
DU MERCREDI 4 JUIN (19 H) AU MERCREDI 11 JUIN
(10 H) 2008
L'ACTIVITÉ MARCHANDE SANS LE MARCHÉ
?
DIRECTION : Franck AGGERI, Olivier FAVEREAU, Armand HATCHUEL
ARGUMENT :
De larges
pans de la culture contemporaine semblent érigés
en système de défense contre l’activité
et l’échange marchands. Toute "marchandisation"
est souvent synonyme d’aliénation et de perte
des valeurs universelles. Pour autant, l’Histoire souligne
le rôle du commerce dans la rencontre des cultures,
dans les processus de civilisation ou de construction
des pouvoirs publics.
Aujourd’hui,
de nouvelles formes marchandes se réclament
de la responsabilité sociale, de l’équité,
ou d’une éthique de la personne. Et des pans entiers
de l’économie de la Toile se construisent sur l’échange
gratuit. A l’inverse, peut-on parler de "marché
du travail" comme si la relation d’emploi était
une activité marchande? Ces visions antinomiques de
l’activité marchande ne seraient-elles pas exacerbées
et popularisées par la confusion moderne entre
l’activité marchande et le "marché"? Cette confusion
est trop répandue pour qu'on se dispense de l’interroger
si l’on veut mieux concevoir les échanges de
demain.
Ce colloque,
ouvert aux chercheurs de toutes disciplines (notamment
le droit, l'économie, la gestion, l'histoire,
la sociologie) s’efforcera d’explorer les différentes
formes prises par l’activité marchande et par sa
gestion ; il confrontera les démarches théoriques
et empiriques qui éclairent de nouveaux liens
entre activité marchande et construction des marchés.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 4 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque
et des participants
Jeudi 5 juin
Matin:
Armand HATCHUEL: Introduction
Généalogies
des marchés
Mathieu ARNOUX: Les marchés:
histoire et généalogie
François-Xavier
DE VAUJANY: Enclaves religieuses, activités marchandes
et pratiques managériales: une approche historique
Après-midi:
Généalogies des marchés
Hélène
VÉRIN: Du marchand à l’entrepreneur: pour
une histoire des devis
Patrick FRIDENSON: Histoire des
marchés: quelles perspectives?
Soirée:
Problématiques et théories
de l’activité marchande
Alain CAILLÉ:
Universalité ou singularité historique du marché?
Vendredi 6 juin
Matin:
Problématiques et théories
de l’activité marchande
Olivier FAVEREAU: La représentation
de l’échange marchand pour l’économiste
André ORLÉAN:
Réflexions sur l'objectivité marchande
Après-midi:
Problématiques et théories
de l’activité marchande
Armand
HATCHUEL: Les prescripteurs de l’échange
marchand
Philippe STEINER: Marché
et transactions: l'approche de la sociologie économique
Soirée:
Mythes, réalités
et mutations de l'activité marchande: le point
de vue de grandes entreprises de services et de collectivités
territoriales, débat animé par Edith HEURGON,
avec Jean-Paul BAILLY (LA POSTE), Antoine FRÉROT
(VEOLIA EAU) et Jean-François LE GRAND (Conseil
général de la Manche)
Samedi 7 juin
Matin:
Formes contemporaines
François EYMARD-DUVERNAY:
Le contrat de travail est-il un échange marchand?
Anne-Sophie TRÉBUCHET-BREITWILLER
& Fabian MUNIESA: Tester le marché: tests olfactifs
dans la parfumerie fine
Après-midi:
DÉTENTE
Dimanche 8 juin
Matin:
Hervé
DUMEZ & Colette DEPEYRE: Qu'est-ce qu'un marché?
Un essai d'exercice wittgensteinien
Jean-Philippe ROBÉ: L’entreprise
comme institution fondamentale de l’échange
marchand
Après-midi:
Approches thématiques
Christophe JAMIN: Les solidarités contractuelles:
un autre regard sur l’échange marchand
Nathalie MOUREAU: Le marché
de l’art contemporain
Olivier
GODECHOT: Sociologie des marchés financiers:
l’activité de trading
Soirée:
Harrison WHITE: La théorie
des réseaux sociaux
Lundi 9 juin
Matin:
Formes contemporaines
Emmanuel
LAZEGA: Le tribunal de commerce
Romain LAUFER: Le
marketing, l'activité marchande et le marché
Après-midi:
Manuel ZACKLAD: Economie
de la fonctionnalité et développement durable:
de l'information marchande aux supports documentaires
Approches thématiques
Olivier
BLANDIN & Edith HEURGON: Le service aux populations
en situation de fragilité: une activité
marchande?
Soirée:
Formes contemporaines
Michel CALLON:
De quoi un prix marchand est-il composé? Réflexions sur
la notion de gratuité
Mardi 10 juin
Matin:
Formes contemporaines
Franck AGGERI: Echange marchand
et développement durable
Où va la recherche?, atelier
avec Benjamin CHEVALLIER, Emmanuel COBLENCE, Laurent
GARCIN et Tiana RAKOTONDRAMANITRA
Conclusions
Après-midi:
DÉTENTE
Mercredi 11 juin
Matin:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Mathieu ARNOUX: Les marchés:
histoire et généalogie
La difficulté d'assigner une date de naissance aux marchés
a toujours été l'un des principaux obstacles à
une histoire économique de longue durée et l'un des piliers
de la croyance en une genèse moderne du Marché, structure
pluri-fonctionnelle et notion polysémique dont l'apparition
conditionnerait l'essor et l'intelligibilité de la société
industrielle. L'idée que les marchés locaux seraient l'une
des structures anthropologiques élémentaires de toute société
complexe et ne relèveraient pas d'une analyse proprement historique
traîne chez de nombreux historiens, qui s'estiment ainsi dispensés
de vérifier en quoi consistent exactement ceux qu'ils rencontrent
dans leurs sources. Prenant la suite d'analyses polanyiennes bien connues,
des recherches récentes en histoire antique ont fait justice de
ce caractère prétendument a-historique. La communication,
centrée sur le problème des marchés dans le monde
médiéval, s'inscrit dans une perspective comparable. Les documents
médiévaux montrent que le marché tenait dans l'économie
européenne une place centrale, tant pour l'organisation de l'espace
local et la hiérarchisation des réseaux urbains que pour la
définition d'un certain nombre de règles et de définitions
de l'espace public. Attribut du souverain, qui en détermine l'organisation
et y fait régner l'ordre, le marché est aussi l'un des gages
d'une justice sociale, qui prescrit à chacun sa place dans une société
très inégalitaire, mais assure à tous l'accès
à la subsistance, au prix justement fixé et garanti par le bon
fonctionnement du marché. À partir de quelques documents significatifs,
on essaiera de mettre en lumière quelques-uns des principes pragmatiques
et explicite de cette première (?) économie de marché.
Olivier BLANDIN & Edith
HEURGON: Le service aux populations en situation
de fragilité: une activité marchande?
La réflexion proposée s'appuie sur la démarche
de prospective La Poste 2020 visant à définir un
nouveau positionnement du groupe La Poste face à ses clientèles
en situation de fragilités. Il s'agit pour l'entreprise publique
de faire évoluer sa conception de « clientèles
sociales » vers la prise en compte de « clientèles
commerciales », en « situations de fragilité »,
qui constituent une partie explicite de son fonds de commerce, avec la
volonté de passer d’une logique d’assistance à un accompagnement
de l’autonomie des personnes à des moments clefs de leurs trajectoires
de vie… Reposant sur le constat que la fragilité est le résultat
des écarts qui se creusent entre, d'une part, certaines caractéristiques
de ces populations et, d'autre part, les produits-services standards
de la Poste auxquels elles ont du mal à avoir accès, l'enjeu
est de passer d'une co-production de la fragilité à une
co-production de sécurité, cohésion et confiance.
Cela exige de passer d’une conception de produits/services de masse (modèle
industriel, marketing central) à une dynamique de service porteuse
d’une capacité d’action (économie servicielle, marketing
situé).
L'enjeu du service aux clientèles en situations de fragilité
est majeur pour un développement responsable de La Poste, conciliant
son dynamisme commercial et sa capacité à créer
de nouveaux relais de croissance à son rôle d'opérateur
de lien et d'intermédiaire de confiance (au regard notamment de
l'adresse, de l'argent et de l'identitité). Nul doute que le service
aux populations en situation de fragilité ne soit une activité
marchande reposant sur une "économie hybride" qui exige une démarche
managériale de l'entreprise publique mais aussi le concours des
acteurs des territoires qui partagent les mêmes problèmes
(associations, services sociaux, ...).
Alain CAILLÉ:
Universalité ou singularité historique du marché?
J'ai longtemps cru pouvoir opposer à la
majorité des historiens de l'économie (et notamment à
F. Braudel) des arguments inspirés de Karl Polanyi, montrant
que le marché n'est ni universel ni naturel ou spontané,
mais au contraire plutôt rare dans l'histoire et toujours
politiquement institué. Mon point de vue est aujourd'hui
plus nuancé. Que peut-on garder malgré tout des intuitions
et des analyses de K. Polanyi et en quoi nous aident-elles à
comprendre l'état présent du monde?
Référence Bibliographique
:
A. Caillé, Dé-penser l'économie.
Contre le fatalisme, La Découverte / MAUSS, 2005.
Michel CALLON:
De quoi un prix marchand est-il composé? Réflexions
sur la notion de gratuité
L’objectif de ma présentation est de mettre
en relation deux évolutions qui affectent, me semble-t-il,
l’organisation des activités marchandes en ce début
de 21ème siècle: la gratuité d’un nombre grandissant
de transactions; une volonté croissante de comprendre et de
justifier les prix à partir de leur composition.
La gratuité totale ou partielle est fréquente
lorsqu’il s’agit de mettre en place des mécanismes de redistribution
ou de solidarité sociale; elle s’étend maintenant
aux marchés eux-mêmes. On pourrait même dire
que, de manière apparemment paradoxale, plus l’empire de la
marchandise s’étend et se renforce, et plus la gratuité
devient une pratique courante (presse gratuite, appareils téléphoniques
offerts à ceux qui souscrivent un contrat; ristournes en tous
genres, etc.). Cette extension de l’univers de la gratuité,
qui n’a pas échappé aux économistes (théorie
des two-sided markets), contribue à rendre particulièrement
opaques et inintelligibles, notamment pour les consommateurs, les
mécanismes de formation des prix qui semblent déconnectés
des coûts et, plus généralement, de l’appréciation
de la valeur.
On assiste, dans le même temps, à
la multiplication de demandes d’explication sur la formation des
prix, et en particulier sur la manière dont ils sont composés.
Un exemple parmi de nombreux autres est celui de l’industrie pétrolière
qui montre que les explications conventionnelles en termes d’offre
et de demande ne suffisent pas pour expliquer pourquoi le prix du baril
flambe. Il faut ajouter, selon les spécialistes, les spéculations
des fonds de pension américains, dont on nous dit qu’ils sont
responsables à eux seuls de 20% des prix constatés,
mais également les taxes et impôts divers qui sont prélevés
par les pouvoirs publics. Dans tous les domaines, la demande d’explication
des prix se traduit ainsi par une prolifération d’analyses
et de discours qui décrivent comment, et de quoi, ils sont composés.
Ces explications, selon qu’elles sont acceptées ou non, décident
en partie de la légitimité des prix eux-mêmes.
Fortement inspiré par les travaux de Jane
Guyer, mon exposé portera sur la notion de prix composé.
J’essaierai de montrer comment cette notion permet de rendre compte
de la gratuité mais aussi, et surtout, d’envisager de manière
nouvelle la vieille question de la moralité des prix.
François-Xavier
DE VAUJANY: Enclaves religieuses, activités marchandes
et pratiques managériales: une approche historique
Les premières
organisations et pratiques marchandes ont été,
pour beaucoup d'entre elles, de nature religieuse,
ou en tous cas, imprégnées de considérations
religieuses. En centrant le propos sur l'Eglise Catholique
et ses enclaves (abbayes, monastères, autorités
diocésaines, universités du Moyen Age...),
l'auteur propose de s'interroger sur l'articulation entre
pratiques religieuses, pratiques managériales et activités
marchandes, étudiée dans une perspective historique
(en particulier sur le Moyen Age). L'essai porte d'abord
sur le rôle de l'Eglise et de ses différentes
enclaves dans l'émergence de l'organisation comme bureaucratie
et lieu de pratiques managériales (problématique
institutionnelle). En rupture avec l'érémitisme,
le développement et l'affirmation de la règle
bénédictine (au 6ème siècle) sont
ainsi associés à une nouvelle forme d'action collective.
Celle-ci préfigure la bureaucratie à venir ainsi
qu'une certaine forme d'économie marchande. A partir
du Bas Moyen Age, le développement des universités
et l'action isolée de nombreux religieux sont liés
à l'élaboration et la diffusion de multiples techniques
de l'action collective dans un cadre marchand. Enfin au XIXème
siècle, après s'être intéressée
aux activités marchandes, la doctrine de l'Eglise va
porter plus précisément sur le marché et
sa régulation. Plus indirectement, les pratiques religieuses
semblent également être un objet opportun pour
comprendre les pratiques managériales ainsi que les activités
marchandes "par contraste" (problématique organisationnelle).
L'étude historique n'est pas seulement utile afin
d'établir une généalogie des pratiques
managériales. En intégrant des variables centrales
exacerbées dans les organisations religieuses et leur évolution
(valeurs, culture, schèmes interprétatifs),
elle permet aussi de mieux comprendre l'influence de ces variables
sur le partage des connaissances ou la résilience organisationnelle.
Hervé
DUMEZ & Colette DEPEYRE: Qu'est-ce qu'un marché? Un
essai d'exercice wittgensteinien
Il existe deux approches classiques
du concept de marché: par la modélisation (l’approche
privilégiée par les économistes) ou
par induction (celle plutôt privilégiée
par les sociologues et les anthropologues). La démarche tentée
ici est différente. Mobilisant les notions d’"airs
de famille", de concept fictif, de jeux de langage, elle repose
sur un exercice d’esprit wittgensteinien. A partir de l’analyse
d’un cas extrême, celui d’un secteur (une activité marchande)
fonctionnant de manière très éloignée
de ce que l’on a à l’esprit quand on parle d’un marché,
elle met en évidence des jeux de langage autour de la
notion de marché (le jeu de la régulation, le jeu de
l’investissement financier, le jeu de la stratégie).
Armand HATCHUEL: Les prescripteurs
de l’échange marchand
Il y a un paradoxe de l'activité marchande que masque la
notion de marché. Sa fragilité, son caractère éphèmère,
la méfiance qu'elle suscite par nature, l'équilibre incertain,
sinon introuvable, des consentements sur lequel elle devrait reposer,
tout semble lui assigner une place limitée et précaire.
Or, de fait, elle n'a cessé de s'étendre à des objets
de plus en plus difficiles à définir et à évaluer.
Pour comprendre ce paradoxe nous avons engagé, il y a quelques
années, un travail sur le rôle des prescripteurs (normes,
publicitaires, critiques, évaluateurs, tests, créateurs,
ordres socio-professionnels....) dans la formation de l'échange
marchand. En suivant la genèse, l'histoire et les crises de ces
prescripteurs, ce n'est pas "la loi du marché" qui se dévoile
mais plutôt les conditions de définition et de jugement des
"richesses" dans nos sociétés; conditions qui donnent aux
marchés leurs logiques d'action et leurs appuis. Dans les sociétés
où la culture collective permet une prescription forte, critique
et créative de la notion de richesse, l'activité marchande
participe de la consolidation sociale et y puise en retour son assurance.
A l'inverse, faute d'une telle culture critique, l'uniformisation des biens
soutient l'extension marchande, et engage paradoxalement un mécanisme
d'appauvrissement collectif, de méfiance et le sentiment d'une
hégémonie du "marché". A l'évidence ces deux
processus ont été à l'œuvre très tôt et
le sont toujours dans les sociétés contemporaines. On le
montrera avec des exemples venant de nombreux secteurs (architecture,
alimentation, titrisation financière...). La critique commune
de la "marchandisation" croissante de nos sociétés, ou
encore l'invocation de la notion d'"économie de marché",
gagneraient en pertinence à mieux distinguer les régimes
de prescription et de création qui sous-tendent les activités
marchandes et qui éclairent, au moins sur certains points, leurs
crises et leurs développements.
Romain LAUFER: Le
marketing, l'activité marchande et le marché
Le marketing se présente comme une des formes
dominantes prise par la gestion de l’activité marchande dans
les économies contemporaines. Il est l’objet de nombreuses
critiques qui se manifestent dans le développement des mouvements
consuméristes. Ces critiques peuvent être interprétées
comme l’expression de la défiance que des "pans entiers
de la culture" expriment à l’égard d’une "marchandisation"
qui est souvent considérée comme "synonyme d’aliénation
et de perte des valeurs universelles". La présentation s’attachera
à montrer comment les critiques adressées au marketing
mettent en jeu "la confusion moderne entre activité marchande
et marché" et en quoi, de ce fait, le marketing peut être
considéré comme un lieu privilégié pour l’étude
de la relation complexe qu’entretiennent dans les économies
contemporaines activité marchande et marché.
Emmanuel LAZEGA: Le
tribunal de commerce
La science économique peut-elle dire le droit pour
résoudre les conflits engendrés par l’activité
marchande, comme le préconise le mouvement de la Law & Economics?
L’évolution de cette discipline vers une théorie plus
pragmatique que positivise le programme de la New Law & Economics
met davantage en valeur l’expérience quotidienne et subjective
des juges que leur capacité de modélisation économétrique.
L’examen du fonctionnement d’une institution consulaire de régulation
conjointe des marchés, le Tribunal de commerce de Paris, fait
apparaître la proximité entre les thèses de la
New Law & Economics sur le "pragmatisme expérientiel" ou
le "pragmatisme quotidien" avec la pratique du jugement en équité
des juges du commerce qui s’appuient sur leur connaissance de l’économie
et de la gestion pour prendre des décisions en matière
de contentieux économique et de faillites. La mise en évidence
du contrôle de cette institution pragmatique par le monde (et
les conventions) de la banque/finance expose cependant l’existence, sous-jacente
au pragmatisme "individuel" enraciné dans l’expérience
quotidienne du juge, d’un pragmatisme "collectif" porteur de valeurs
et d’intérêts néo-corporatistes. Ce constat soulève
la question de la connaissance de la mise en œuvre du pragmatisme juridique
et de la perspective de la New (New) L&E dans les institutions privées
de plus en plus nombreuses auxquelles l’Etat délègue
ses pouvoirs.
Philippe
STEINER: Marché et transactions: l'approche de la sociologie
économique
La présentation présentera
d'abord les deux approches qui ont cours dans la sociologie
économique contemporaine: à côté d'une
approche sociologique du marché par les modes de coordination
marchandes qui se place en discussion critique avec la théorie
économique de la coordination par les prix se développe
une approche sociologique du marché par les transactions
dont la dimension plus ethnographique lui fait rencontrer les "acteurs
du marché" et donc les praticiens de l'économie que
sont les gestionnaires. La présentation se prolongera en
considérant un cas particulier d'une telle approche par
les transactions avec l'examen de la manière dont s'effectue,
en l'absence de marché, le transfert de ressource entre un
malade et un donneur dans la greffe rénale.
Anne-Sophie TRÉBUCHET-BREITWILLER
& Fabian MUNIESA: Tester le marché:
tests olfactifs dans la parfumerie fine
"Essayer", "expérimenter",
"tester": voici des notions qui intègrent
pleinement le vocabulaire de la culture marchande contemporaine,
aussi bien du côté de l’expérience d’achat
et de consommation que de celui de la production, du marketing
et de la vente. Examiner le rôle des activités
de recherche et développement, notamment de type
expérimental, dans la construction des marchés,
ou être attentif aux détails de ce qui s’éprouve
en situation d’essai, deviennent ainsi autant de chantiers
pour l’anthropologie des marchés, l’orientant notamment
vers l’analyse de ces objets polymorphes et difficiles que sont
les tests. Nous contribuons à ce questionnement à
partir d’une étude sur les pratiques de 'tests consommateur"
dans une industrie au sein de laquelle celles-ci ont pris une place
cruciale: la parfumerie fine. L’analyse ethnographique d’un
dispositif de test olfactif particulier permet de mettre en évidence
la manière dont l’agencement (matériel, sensoriel,
langagier, collectif) du test permet de construire, à partir
des "consommateurs" ainsi agencés, un outil de mesure
autour duquel peut se nouer un compromis.
Hélène VÉRIN:
Du marchand à l’entrepreneur: pour une histoire
des devis
Durant l’époque
moderne, il est généralement admis
que la réalisation des grands travaux publics doit
être assurée par des entrepreneurs. Le devis,
"chef-d’œuvre de l’ingénieur" est la pièce
maîtresse des dispositifs qui doivent faire coïncider
au plus juste les intentions du roi et celles des entrepreneurs
; les enchères publiques étant le moment
critique où s’opère la traduction, en termes de
marché contractuel, des évaluations techniques
du projet. On s’interrogera sur les conditions de possibilité
de cette "traduction" en développant l’hypothèse d’un
cadre conceptuel commun aux opérations marchandes et
aux supputations de l’ingénieur.
Débat : Mythes, réalités
et mutations de l'activité marchande: le point de vue
de grandes entreprises de services et de collectivités
territoriales, animé par Edith HEURGON, avec
Jean-Paul BAILLY (LA POSTE), Antoine FRÉROT
(VEOLIA EAU) et Jean-François LE GRAND (Conseil
général de la Manche)
Les entreprises sont confrontées
à de multiples questionnements quant à leur
activité marchande et leur légitimité: comment
positionner l’activité marchande de façon la plus
pertinente au sein d’un système complexe composé
de multiples parties prenantes aux intérêts légitimement
divergents? Quel sens une entreprise donne-t-elle à
ces grands idéaux que sont la transparence, la concurrence,
la construction de partenariats, ..., et à quelles conditions
ceux-ci peuvent-ils servir de cadre à un débat serein?
Comment les entreprises adaptent-elles leur modèle économique,
et partant, leur mode de rémunération, pour le
maintenir en permanence conforme à l’intérêt
général de la société qui sans cesse
évolue? C’est sur de tels questionnements que plusieurs
dirigeants de grandes entreprises et de collectivités donneront
leurs points de vue. Les débats seront introduits par
l’expérience de Veolia Eau dans les services publics d’eau
et d’assainissement.
BIBLIOGRAPHIE :
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L’économie des Services. Pour un dévelopement
durable, L’harmattan, 2007.
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La Découverte, 2003.
R. Teulier, P. Lorino (Collectif),
L’activité collective: entre connaissance et organisation,
La Découverte, 2006.
Autres ouvrages
A. Jacob, H. Verin, (Collectif),
L’inscription sociale du marché, L’harmattan,
1995.
M. Callon (Collectif), The
Laws of the market, Blackwell, 1998.
M. Callon, Y. Millo, F. Muniesa,
(ed.), Market Devices, Oxford, Blackwell,
2007.
J.-P. Robé, L’entreprise
et le droit, Que sais-je?, 1999.
M. Orillard, R. Laufer (Collectif),
La confiance en question, L’harmattan, 2000.
R. Laufer, A. Hatchuel, Le
libéralisme, L’innovation et la question des limites,
L’harmattan, 2005.
M. Granovetter, Le marché
autrement, Desclée de Brouwer, 2000.
H. White, Markets from networks,
Princeton University Press, 2002.
F. Aggeri, E. Pezet, A. Acquier,
C. Abrassart, Organiser le Développement
durable: expériences pionnières et règles
de l’action collective, Vuibert, 2005.
F. Eymard-Duvernay (Collectif),
L’Economie des Conventions: Méthodes et
résultats, Tomes 1 et 2. La Découverte, 2006.
R. Boyer, Une théorie
du capitalisme est-elle possible?, Odile Jacob, 2004.
C. Jamin, "Plaidoyer pour le
solidarisme contractuel", in: Le contrat au début
du XXIème siècle: études offertes
à Jacques Ghestin, LGDJ, 2001, pp.441- 472.
O. Favereau et E.Lazega (Collectif),
Conventions and structures in economic organization:
markets, networks and hierarchies, Edward Elgar, 2002.
Organisé dans le cadre du Cercle des Partenaires
de Cerisy,
avec le
soutien de l'Ecole des Mines de Paris
et de l'Ecole
doctorale Université Paris X - Mines "Economie, Organisation
et Société"