RÉSUMÉS :
Lesley ABRAMS: Les fondations
scandinaves en Angleterre
Pendant les années 870, les vikings qui terrorisaient la Grande
Bretagne se tournent vers d'autres ambitions qui les mènent à
la conquête et à la domination politique d'une grande partie
de l'Angleterre dans le nord et dans l'est du pays. Par la suite, des différences
se trouvent entre la culture sociale et politique de l'Angleterre "anglaise"
et celle de l'Angleterre "danoise". Pourtant les immigrants scandinaves
de leur côté adoptent et adaptent les coutumes indigènes.
La puissance politique scandinave indépendante ne survit pas en Angleterre,
comme c'est le cas en Normandie, mais les contatcs avec la Scandinavie
se poursuivent quand même. Mon exposé traitera des conséquences
de ces intéractions internes et externes.
Références Bibliographiques :
Cultures in Contact: Scandinavian Settlement in England in the
Ninth and Tenth Centuries, ed. D.M. Hadley and J.D. Richards, Studies
in the Early Middle Ages (Brepols, 2000).
Edward the Elder 899-924, ed. N.J. Higham and D. H. Hille (Routledge,
2001).
Vikings and the Danelaw. Proceedings of the Thirteenth Viking Congress,
ed. J. Graham-Campbell et al. (Oxbow Books, 2001).
Pierre BAUDUIN: Chefs normands et
élites franques fin IXe-début Xe siècle
Selon un schéma devenu classique distinguant trois phases (pillage,
prélèvement de tributs, colonisation), la fondation du duché
de Normandie est souvent pensée comme l'aboutissement de l'expansion
scandinave sur le Continent. Elle doit aussi être replacée
dans le contexte politique du temps, en particulier dans le cadre des rapports
entre le roi et les grands du royaume, à un moment où s'affirment
les principautés territoriales en Francie occidentale. De ce point
de vue, cette communication s'attachera plus particulièrement à
examiner les relations établies entre les premiers comtes normands
de Rouen et l'élite franque. La fidélité, l'amitié,
les liens établis par les alliances matrimoniales et la parenté
spirituelle, concourent à une harmonisation des rapports de force
et, en définitive, contribuent à une assimilation rapide des
Rollonides à l'élite princière du royaume.
Stéphane COVIAUX: Baptême
et conversion des chefs scandinaves (IXe-XIe siècles)
L'une des clés de la réussite de la principauté
normande fut certainement le baptême de Rollon, qui se trouve mentionné
par Dudon de Saint-Quentin mais qui reste un événement quelque
peu mystérieux. Il s'intègre néanmoins dans un vaste
mouvement qui vit nombre de chefs nordiques se convertir au christianisme
entre le IXe et XIe siècle, tant en Scandinavie que dans les fondations
qui résultèrent de la colonisation viking en Occident. Nous
nous proposerons donc de rassembler la documentation disponible relative
à ces différentes conversions afin d'en analyser le contexte
et surtout les motivations profondes, qu'elles soient religieuses ou politiques.
Alain DIERKENS: Les Vikings en Lotharingie:
les enfants de Lothaire II et l'aristocratie lotharingienne à la
fin du IXe siècle
Le règne du second fils de l'empereur Lothaire Ier, Lothaire
II (835-855-869), fut rythmé par l'histoire mouvementée de
sa vie privée: son mariage avec Theutberge (dont il n'eut pas d'enfant)(855),
sa volonté de divorcer (857) pour pouvoir épouser Waldrade
(avec qui il aura au moins quatre enfants), son mariage avec Waldrade (862),
l'annulation de ce mariage par la volonté conjugée de son oncle
Charles le Chauve (et d'Hincmar de Reims) et du pape (865) entraînant,
par le fait même, l'annulation du couronnement de Waldrade comme reine
de Lotharingie, les longues négociations pour arriver à un nouveau
compromis, la mort soudaine du souverain... Ces faits sont bien connus.
On n'a cependant pas prêté toute l'attention souhaitable
à la position des grands — laïcs comme ecclésiastiques
— de Lotharingie dans ce conflit et aux conséquences politiques du
soutien que, majoritairement, ils ne cessèrent d'accorder à
Waldrade et à Lothaire II et donc à leurs enfants. Par voie
de conséquence, dans la conscience lotharingienne, ceux-ci bénéficièrent
d'un statut royal qui explique à la fois l'ampleur des révoltes
successives d'Hugues (né bien avant 862 et donc, un bref moment,
successeur légitime de Lothaire II) et l'importance de l'alliance
matrimoniale conclue, en 883 (?), entre Gisèle (née v. 860)
et Godefroid, un roi viking établi en Frise.
Dans le présent exposé, je reprendrai certains éléments
de l'histoire de Gisèle et, surtout, de celle d'Hugues, de ses
oppositions au pouvoir en place, de ses partisans et de son alliance avec
son beau-frère Godefroid (m. 885), de son échec final. Dans
le prolongement des recherches de Simon Coupland (Early Medieval Europe,
VII, 1998), je tenterai de montrer que la Frise aurait pu devenir la première
"Normandie".
Gillian FELLOWS-JENSEN: Les relations
entre la Normandie et les colonies scandinaves des îles britanniques
à la lumiére des noms de lieux
Dans les deux colonies, les Vikings adoptèrent certains noms,
en modifiérent d’autres et en abandonnèrent d’autres encore.
En Normandie comme en Angleterre, ils reprirent des domaines prospères,
fondèrent de nouveaux habitats sur des sites désertés
et mirent en valeur des terroirs peu occupés. Les bandes de Vikings
qui s’établirent dans les deux colonies comportaient des gens venus
de plusieurs contrées nordiques. Les relations entre les deux grandes
colonies nordiques d’Europe occidentale furent intenses et il est vraisemblable
que la plupart des colonisateurs scandinaves de la Normandie séjournèrent
d’abord dans l’une ou l’áutre région des îles Britanniques.
Références Bibliographiques :
Les noms de lieux d’origine scandinave et la colonisation viking
en Normandie. Examen critique de la question, Proxima Thulé
volume 1 (1994), pp. 63-103.
Vikinger i England og Normandiet: Hvad stednavnene fortæller
(Les Vikings en Angleterre et en Normandie à la lumière
des noms de lieux), Vikingetidens sted- og personnavne, éd. Gillian
Fellows-Jensen & Bente Holmberg, Nornarapporter 54 (Uppsala, 1994),
67-86.
James GRAHAM-CAMPBELL: Les traces
archéologiques des peuplements scandinaves en Occident
This survey of the nature of the archæological indicative of Scandinavian
settlement in Western Europe, during the 9th and 10th centuries AD, will
examine the following types of evidence: (i) pagan burials, containing weapons
and jewellery ; (ii) rural settlements and domestic architecture ; (iii)
fortifications ; (iv) Viking art, includind stone sculpture ; and (v) silver
hoards. Examples will be taken from Britain and Ireland, from Normandy and
Brittany, and form Frisia.
Références Bibliographiques :
Atlas du Monde Viking, ed. J. Grahal-Campbell (Editiions du
Fanail, 1994).
Les Vikings, ed. E. Roesdahl ans D. M. Wilson (Paris, 1992):
le catalogue de l'exposition de 1992 au Grand Palais.
Ase Kari HANSEN-WAGNER: Les
noms de lieux issus de l’implantation scandinave en Normandie. Le cas des
noms en -tuit
Je présenterai les résultats de mes recherches sur les
noms de lieux normands d’origine scandinave ; en particulier le groupe des
noms en -tuit (< vxscand. - veit). Les noms en -tuit comptent parmi les
traces les plus authentiques de l’implantation scandinave, dans la mesure
où ils témoignent de nouveaux défrichements. Ils marquent
également un contact linguistique relativement important, ce qui
les rend d’autant plus intéressants. À partir d’éléments
fondamentaux liés tant au nombre, à la distribution, au statut
et à la datation de ces noms qu’à leur sémantique, je
souhaite mettre en évidence certains traits d’ordre linguistique
et relatifs à l’implantation touchant la Normandie vers la fin du Xème
et le début du XIème siècle.
Jacques LE MAHO: Les Normands
et la Basse Seine à la fin du IXe siècle
Vers la fin des années 880, les habitants des bourgs portuaires
de la basse Seine furent évacués et trouvèrent refuge
dans les places-fortes de Lillebonne et de Rouen. Ce transfert de la population
créa les conditions nécessaires à l'installation
des premiers groupes nordiques dans le pays de Rouen. Elle se fit probablement
avec l'accord des autorités franques, à la suite d'un pacte
conclu entre Français et Normands à la fin du IXe siècle
ou au début du Xe siècle. Une trentaine de localités
portuaires furent alors rebaptisées d'un nom scandinave. Nous serions
donc en présence d'une première phase de colonisation normande,
antérieure au traité de Saint-Clair-sur Epte.
Niels LUND: L’an 845 et les relations franco-danoises
au IXe siècle
The purpose of my contribution is to demonstrate the consistency of
the foreign policy of Horik, king of Denmark 814-54, some of the time with
joint kings, towards the Frankish empire and kingdoms, and the level of
information and insight on which it was based. This involves a fresh study
of events of the year 845, when a certain Ragnar attacked Paris and other
places, and Horik sent a fleet up the Elbe against the Saxons. Hamburg was
also attacked — but by whom? The source for this, as well as for the negotions
following the warfare, are very ambiguous but if we accept that the Miracles
of St. Germain are untrustworthy even where they quote Kobbo and other eye-witnesses,
some events make more sense than has so far been made of them.
Anne NISSEN-JAUBERT: Implantations scandinaves
et traces matérielles en Normandie. Que pouvons-nous attendre?
La Normandie est certainement l’exemple le plus paradoxal des fondations
scandinaves en Occident. C’est en Normandie que l’implantation scandinave
était la plus vivace et la plus pérenne alors que les archéologues
n’en trouvent nulle trace. En réalité, seules les sources
écrites et linguistiques permettent d’affirmer l’importance de la
présence scandinave.
Jusqu’à une date récente, plusieurs chercheurs ont voulu
expliquer l’absence de découvertes scandinaves par une défaillance
des recherches archéologiques. Cependant, le nombre d’objets nordiques
n’a guère augmenté en dépit des très nombreuses
fouilles des deux dernières décennies, aussi bien en milieu
rural qu’en milieu urbain. Il devient alors intéressant de s’interroger
sur les raisons de ce silence archéologique. Il ne suffit pas d’examiner
la nature et les contextes des sites qui présentent des caractéristiques
scandinaves. Il faut aussi considérer les régions d’accueil,
avant l’arrivée des Scandinaves, et, cerner les relations entre
celles-ci et les différentes sociétés nordiques. De
même, il est également important de noter les différences
entre les sociétés scandinaves, qui ont certainement joué
un rôle important dans les modes d’installation.
Delphine PLANAVERGNE: Les
Normands avant la Normandie: les invasions scandinaves en Neustrie au IXe
siècle dans l'hagiographie franque
La communication a pour propos de montrer l'importance des sources hagiographiques
pour tenter de retracer l'histoire des "invasions" normandes dans le territoire
de Francie occidentale. Ces textes relativement nombreux pour la période
IXe-début Xe siècle permettent en outre de mesurer l'impact
culturel, social voire économique et politique de la venue des scandinaves
dans le royaume de Francie occidentale.
Joëlle QUAGHEBEUR: Bretagne
et Norvège: le destin de deux royaumes à l'époque carolingienne
A son retour d'exil, Alain Barbe Torte, ultime héritier du dernier
roi de Bretagne, Alain le Grand, ne se vit concéder par le roi
carolingien que le titre de
dux. Il retrouva un pays ravagé
dans ses structures et ses hommes: ses élites l'avaient déserté,
parties en exil en Francie ou auprès de lui, Outre-Manche et ses
institutions, calquées sur le modèle carolingien, avaient
grandement souffert d'une installation scandinave avérée
dans deux comtés bretons. Il convient donc de mesurer la portée
de cette présence nordique, de déterminer la nation d'origine
des "hommes du nord" mentionnés par les textes, et de saisir ainsi
le subtil jeu géo-politique qui semble avoir présidé
au retour du prince breton en sa terre.
Elisabeth RIDEL: Les premiers mots
d’origine scandinave attestés en Normandie dans les textes latins
du XIe siècle
Les textes latins du XIe siècle — essentiellement des textes
de nature diplomatique — fournissent les plus anciennes attestations
des termes lexicaux scandinaves qui ont intégré les parlers
d'oÏl de Normandie. Nous nous proposons de présenter, de manière
détaillée, ces termes parfois encore très proches
de leurs étymons d'origine. Dans quelle mesure peuvent-ils nous éclairer
sur les échanges linguistiques entre Francs et Scandinaves au cours
du IX-XIe siècles?
Références Bibliographiques :
Fauroux M., Les Actes des ducs de Normandie (911-1066), Caen, Caron,
1961.
Ridel E., "The linguistic Heritage of the Scandinavians in Normandy",
in Scandinavians and Europe 800-1350: Contact, Conflict and Co-Existence
(Actes du colloque international de Hull, mai 1999), J. Adams et K. Holman
(éd), à paraître.
Louis VIOLETTE: L’Eglise de Rouen au
Xe siècle: l'exemple de l'évolution d'un patrimoine ecclésiastique
de la période franque à la période normande
Nous étudierons les destinées de l'Eglise métropolitaine
de Rouen de la fin de l'époque carolingienne au début du
XIème siècle à partir des données disponibles
sur l'évolution du patrimoine de cette Eglise, pour voir dans quelle
mesure les invasions ont pu représenter une période de bouleversement
pour les assises foncières de l'établissement ou bien si celles-ci
ont pu retrouver pendant la période normande des caractéristiques
comparables à celles qu'elles avaient à la fin de l'époque
carolingienne. Au-delà du thème de la rupture ou de la continuité
entre période franque et période normande, on cherchera quelques
axes decomparaison avec l'évolution d'autres patrimoines,
en particulier monastiques.
Olivier VIRON: Les fondations scandinaves
en Irlande entre le VIIIe et le XIIe siècle
La présence scandinave en Irlande s'inscrit dans la longue durée,
depuis le sac de l'abbaye d'Iona en 795 jusqu'à la conquête
anglaise de la fin du XIIe siècle. Les activités scandinaves
correspondent, dans un premier temps, à ce que Lucien Musset nomme
le second assaut contre l'Europe chrétienne, une période
d'incursions qui associe comme ailleurs le pillage des monastères,
le massacre des populations et la recherche insatiable du butin. Une seconde
phase intervient ultérieurement, au cours du Xe siècle, quand
les Norvégiens et les Danois transforment leurs campements maritimes
en comptoirs, puis leurs comptoirs en villes, et qu'ils font de Dublin,
Limerick ou Waterford les premières véritables cités
que l'Irlande ait connues. Associant les pillages d'un côté
et les activités commerciales de l'autre, les Scandinaves participent
depuis leurs cités côtières aux conflits entre rois
irlandais pour finalement subir leur souveraineté, sans pour autant
jamais s'assimiler à la population insulaire. Ils demeurent, jusqu'à
la conquête anglaise, des "étrangers" (irl.
gall) confinés
dans un espace périphérique, que la communication propose
d'analyser en détail.